Speaker #0Bonjour, bienvenue dans Derrière les mots. Aujourd'hui, nous décortiquons un mot qui donne envie de prendre ses jambes à son coup et de partir le plus vite possible, le plus loin possible. Bref, un mot qui fait peur. Que dis-je ? Un mot qui terrorise et c'est le cas de le dire. L'écoterrorisme. C'est en 2022 que l'écoterrorisme a pleinement surgi dans nos vies. Ou plutôt, dans notre télévision, par la voix de Gérald Darmanin, à l'époque ministre de l'Intérieur et des Outre-mer, alors qu'il s'exprimait en direct au sujet des manifestations en cours contre l'installation d'une méga-bassine à Sainte-Soline dans les Deux-Sèvres. Non pas que le mot n'existait pas avant. Il s'était simplement fait assez discret jusqu'à ce que Gérald Darmanin lui offre une caisse de résonance il y a un peu moins de 4 ans. Une caisse de résonance rêvée pour quiconque estime que le dérèglement climatique n'existe pas et pour quiconque se dit que l'écologie fait plus de ravages que les ouragans, la canicule, la sécheresse ou les inondations. Et surtout, une caisse de résonance rêvée pour Gérald Darmanin dont les propos lui ont permis de squatter les gros titres de la presse et des plateaux de télévision durant des semaines. C'est en fait bien plus tôt, avant la naissance de M. Darmanin dans le courant des années 70, qu'est né le concept d'écoterrorisme, en même temps que la genèse, au Royaume-Uni, puis aux États-Unis, de l'écologisme radical. Sauf qu'en France, concrètement, ce sont des jets de peinture sur des tableaux et des sit-ins sur l'autoroute qui sont qualifiés par certains d'éco-terrorisme. Un terme qui par ailleurs n'existe pas dans le droit pénal français, qui ne mentionne que le terrorisme, qu'il définit comme, je cite, « des infractions commises intentionnellement, en relation avec une entreprise individuelle ou collective, ayant pour but de troubler gravement l'ordre public par l'intimidation ou la terreur » . Fin de citation. Effectivement. Je ne sais pas pour vous, mais moi, quelqu'un qui s'assoit devant moi, une pancarte dans les mains et une cigarette roulée à la bouche me terrorise au plus haut point. Voir, en direct à la télévision, un avion foncer dans le World Trade Center, tuant des milliers de personnes, m'avait laissé de marbre à côté. Mais puisque c'est vous, je vais quand même braver la peur pour regarder la définition du mot « sit-in » dans le dictionnaire. D'après le Larousse, un sit-in est une manifestation non-violente consistant pour les participants à rester assis sur la voie publique. Un sit-in de militant écologiste ne peut donc être qualifié de terrorisme eu égard à son caractère non-violent et à l'absence d'objectif d'intimider ou de terroriser quiconque dans ce cadre. Il s'agit en fait ni plus ni moins d'une manifestation. À part qu'au lieu de la faire sur vos pieds, vous la faites sur vos fesses. Sans avancer par contre, sinon c'est du Taylor Swifting. Si vous n'avez pas la référence sur le Taylor Swifting, je vous invite à visiter notre site, derriere-le-vacarme.com, où vous trouverez toutes les sources de ce podcast. Quant au jet de soupe et de peinture sur des œuvres d'art, j'avoue honnêtement ne toujours pas comprendre le rapport entre la Joconde et l'inaction climatique que ces personnes entendent dénoncer. Toujours est-il que cela n'a jamais terrorisé ou tué qui que ce soit. Plus largement, aucune mort émanant directement de mouvements écologistes, y compris des groupes britanniques et états-uniens les plus radicaux, n'a en réalité été constatée à ce jour. Si le mot écoterrorisme n'existe pas dans le Code pénal, la notion de terrorisme écologique y est en revanche bel et bien décrite. Le Code pénal, l'évoque en ces termes : "Constitue également un acte de terrorisme lorsqu'il est intentionnellement en relation avec une entreprise individuelle ou collective ayant pour but de troubler gravement l'ordre public par l'intimidation ou la terreur, le fait d'introduire dans l'économie, sur le sol, dans le sous-sol, dans les aliments ou les composants alimentaires ou dans les eaux, y compris celles de la mer territoriale, une substance de nature à mettre en péril, la santé de l'homme ou des animaux ou le milieu naturel." Vous avez bien entendu. Ce sont les actes anti-écologiques, autrement dit écocides, qui sont assimilés par le droit pénal français. à du terrorisme et non l'inverse. Si tant est, évidemment, que s'y cache une intention, je cite de nouveau, de troubler gravement l'ordre public par l'intimidation ou la terreur. Dans le cas contraire, cela ferait belle lurette que nombreux d'industriels auraient déjà été condamnés (ou du moins attaqués en justice : ne jamais sous-estimés le pouvoir des lobbies) pour terrorisme écologique. Cela aurait pu, par exemple, être le cas de Nestlé Waters, la filiale eau en bouteille du groupe Nestlé, contre laquelle le parquet a requis le 26 mars dernier 750 000 euros d'amende pour avoir laissé à l'abandon plus de 473 000 m3 de bouteilles en plastique et autres polluants dans 4 décharges sauvages dans le département des Vosges. Il a également été requis que l'entreprise soit condamnée à remettre en état les sites concernés. Selon l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, Les micro-plastiques tels ceux qui auraient été retrouvés dans les eaux de forage de Nestlé-Waters (les études menées d'un côté par le parquet et de l'autre par l'entreprise sont pour leur contradictoire, sachant que les tests menés à la demande du parquet ont été annulés pour vices de forme) constituent un risque tant pour l'environnement que pour la santé humaine. Au fond, le concept d'écoterrorisme, qui disqualifie les défenseurs de l'environnement, de la biodiversité et de la vie humaine, en criminalisant leurs actions, c'est du pain béni pour des multinationales qui n'hésitent pas à sacrifier la nature et à mettre en danger la santé des consommateurs sur l'autel du profit, vous ne croyez pas ? Comment ça, ma question est orientée ? Oh là là, tout de suite les grands mots. Bon allez, sur ces grands mots donc, je vous souhaite une très bonne semaine et vous dis à très bientôt pour un nouvel épisode de Derrière les mots.