- Animatrice
Bienvenue dans ce deuxième épisode de 2026 de Derrière nos Ecrans, l'émission qui met l'humain au coeur du numérique. Aujourd'hui j'échange avec Eric Barbier, journaliste français et représentant des journalistes sur les sujets liés à l'IA, de l'impact effrayant pour lui sur la promotion journalistique de l'usage de l'IA. par les directions des médias et notamment du journal où il travaille. Nous parlons au-delà de ça des modèles économiques qu'ont adoptés ou tentés d'adopter les médias français et du cri d'alarme que lance Éric Barbier sur les dangers pour nos démocraties de voir la profession du journaliste remplacée par des agents basés sur les biens. Éric Barbier, vous êtes journaliste à l'Est républicain depuis presque 30 ans, et vous avez en plus un rôle de représentant de la profession des journalistes en France, en tant que délégué général du syndicat national des journalistes. Vous avez en plus une compétence précise que je vais vous laisser présenter, qui nous amène à nous rencontrer aujourd'hui.
- Invité Journaliste
Oui, bonjour Caroline, effectivement je suis reporter à l'Est républicain depuis... petite trentaine d'années, et membre du bureau national du SNJ, le syndicat national des journalistes, qui est le syndicat représentatif, le premier syndicat de la profession en France, donc très attaché à défendre les intérêts et les droits des journalistes qui sont, depuis l'avènement de l'IA, malmenés, maltraités, et on va développer tout ça, je présume. Alors, qu'est-ce qui m'a amené à exposer mon avis ? syndicalement l'univers de l'intelligence artificielle. Il se trouve que mon titre L'Est républicain a été le premier titre en France à expérimenter. C'était l'ère préhistorique plus tôt puisque c'était en octobre 2023, donc à peine un an après l'apparition de ChatGP Trans. Donc le premier a mené une expérimentation sur l'introduction de l'intelligence artificielle dans le fonctionnement du secrétariat de rédaction. Donc le secrétariat de rédaction ça. Ça parle aux journalistes qui travaillent dans la presse écrite, ce sont ces journalistes plus sédentaires qui, dans les rédactions, s'occupent de la hiérarchisation de l'information, de la relecture, de la correction de la copie et du montage des pages. Oui,
- Speaker #0
et donc je me souviens que j'avais lu ce qui s'était passé, que finalement votre journal s'était retrouvé à faire plus que ce qui était prévu à l'origine, c'est-à-dire qu'au-delà de… La simple, peut-être, correction grammaticale et orthographique il y avait la tendance de réécriture des papiers de certains correspondants qui vous avaient inquiété, c'est ça ?
- Speaker #1
Voilà, tout à fait. Alors, peut-être en liminaire, tout de même indiqué, et que notre direction, sans une transparence, sans cette transparence de la part de notre direction, je n'aurais pas pu mener ce travail syndical. qui est aujourd'hui, après deux ans et demi d'exploration, permet d'avoir une position assez argumentée sur le sujet. Donc effectivement, à l'époque, il s'est agi, lors de cette toute première présentation, d'introduire cet IA, en l'occurrence ChatGPT, dans une version 3.8 qui était en accès libre à l'époque. Le procès, c'était le suivant. Il ne concernait que les papiers, les articles des correspondants locaux de presse. Les correspondants locaux de presse, ce sont ces travailleurs indépendants qui, dans les communes, parlent de la vie rurale, entre autres. Et ces articles alimentent une séquence non négligeable du déroulé, du chemin de fer du journal. Et donc, il s'agit toujours, puisque l'expérimentation se poursuit, de passer par la moulinette chatte GPT, ces articles. Et c'est là, comme vous le notiez à l'instant, que trouve le véritable point de... de rupture, de divergence entre ma direction et l'appréciation que le SNJ a de ce process. C'est-à-dire que pour notre direction, il ne s'agit que d'une correction orthographique, grammaticale, syntaxique, un résumé. Or, effectivement, il s'agit bien d'une mission éditoriale confiée à l'intelligence artificielle puisqu'on lui demande de réécrire toute ou partie de ce texte initial. Voilà, pourquoi est-ce que la direction résonne ainsi ? Mon analyse, c'est qu'elle contourne ainsi l'obligation faite par une charte de confiance vis-à-vis de nos lecteurs, qui a été d'ailleurs rédigée unilatéralement par la direction et la rédaction en chef. Les principaux intéressés des journalistes n'ont pas eu voix au chapitre. Ils ont découvert cette charte sans concertation, sans consultation préalable. Et cette charte dispose que le journal doit... préciser, mentionner en toute transparence à nos lecteurs. C'est un article qui a été écrit avec l'aide de l'IA, qui est le cas ici. Sauf qu'à partir du moment où on estime, on évalue qu'il ne s'agit que d'une correction orthographique grammaticale, donc quelque chose... Elle ne l'indique pas et des dizaines de milliers de contenus ont été publiés sans jamais que cette mention n'ait été apposée dans le journal.
- Speaker #0
Ah oui, donc malgré... ce que vous avez défendu depuis quelques années, ça n'a pas amené à ajouter au moins cette mention ? Je suis étonnée parce qu'autant, on imagine bien les motivations de votre direction, c'est évidemment, il faut le dire, l'IA générative et notamment la GVT est une façon d'écrire très… Voilà, elle va trop. trouver peut-être des choses qui vont aguicher, elle va être un petit peu peut-être plus aguicheuse qu'un texte classique. Donc attirer l'attention des lecteurs. Et puis, évidemment, il y a l'économie financière. Si à terme, cette IA remplace tout ou en partie vos secrétaires de rédaction, on imagine évidemment l'économie financière que la direction ferait derrière. Merci. Pourquoi votre sens ne veut-elle pas du tout mettre cette mention ? Si, comme vous le dites, il y a quand même une réécriture, est-ce qu'elle est quelque part gênée ?
- Speaker #1
Elle n'est pas gênée, je ne pense pas que ce soit le comportement de notre direction, elle a plutôt une idée derrière la tête, et en l'occurrence vous avez identifié une des menaces majeures pour la profession, c'est évidemment l'impact de cette intelligence artificielle sur le volet social, l'emploi. Lorsque ce process nous a été présenté, j'ai quelques voyants qui ont clignoté rouge vif, évidemment, et j'ai tout de suite identifié deux menaces majeures. La première, comme vous venez de l'indiquer, c'est cette propension qu'a l'IA à se nuer du rôle d'assistant au rôle d'agent. Et là, c'est clairement prouvé par l'expérimentation que l'on mène, c'est-à-dire cet algorithme qui initialement était présenté comme un simple assistant, comme un simple... compagnon de travail, c'est d'ailleurs des termes qui sont souvent utilisés par les grands de la tech pour cette anthropomorphisation de l'outil pour favoriser l'acceptation par les équipes. Donc ce compagnon de travail, cet assistant est au final véritablement un agent à qui on confie une mission éditoriale qui repose sur un argument qui est souvent déployé dans les entreprises par les patrons pour justifier cette introduction, c'est la volonté de retirer aux salariés, donc aux journalistes, ces tâches rébarbatives, répétitives, chronophages, ingrates, qui leur font perdre du temps, grosso modo, au profit de tâches à valeur ajoutée. J'attends toujours d'ailleurs qu'on m'explique, qu'on me définisse ce que sont ces tâches à valeur ajoutée, je ne les connais toujours pas, sauf que les tâches répétitives, rébarbatives, chronophages dont on parlait là, c'est la substance même du métier du secrétaire de rédaction, des tâches qu'il maîtrise parfaitement, qu'il nécessite une... un engagement ou en tout cas qui n'impacte pas ou plus modérément la charge mentale. Lorsque l'on le réoriente vers des tâches à valeur ajoutée, ce sont des tâches qui, par définition, nécessitent une implication cognitive plus élevée, donc amplifient évidemment la charge mentale. Alors ça, c'est le premier point. Donc à l'usage, on s'aperçoit effectivement qu'on confie à cette IA une mission éditoriale qui revenait jusqu'alors à haut journaliste. Et donc à ce titre, pour moi, il se mue d'assistant en agent éditorial. C'est une menace. Quand on additionne à cette première, comment dirais-je, brique, le fait qu'aujourd'hui sur le marché existent des extensions à des logiciels éditeurs que l'on utilise généralement dans la presse, des extensions algorithmiques qui permettent notamment l'automatisation du montage des pages, avec une uniformisation des formats de comptes. et ainsi de suite, pour faciliter justement cette automatisation du montage des pages, on a retiré un pourcentage non négligeable de l'essence même du métier de SR. Et à terme, c'est évidemment une menace majeure pour cette fonction du journalisme. C'est pour ça que d'emblée, j'ai moi mis tout de suite positionné en lanceur d'alerte dès octobre 2023 par rapport à ce phénomène qui apparaissait dans nos rédactions. et qui, à mon sens, était délétère pour l'emploi. Et le deuxième indicateur, le deuxième voyant rouge vif, c'est celui évidemment de la dégradation de la qualité de l'information, puisque là, on introduit des outils dont la fiabilité n'est absolument pas reconnue. Et depuis, c'est tout le paradoxe ou l'hypocrisie manifestée par nos éditeurs de presse, et laquelle qu'ils soient. C'est d'un côté ces patrons de presse, via leurs syndicats patronaux, attaquent. ces services d'intelligence artificielle, ces développeurs d'intelligence artificielle, parce qu'ils moissonnent, ils fouillent illicitement nos contenus protégés par la propriété intellectuelle, et de l'autre, les introduisent dans nos fonctionnements. C'est quand même extrêmement paradoxal et toxique comme raisonnement.
- Speaker #0
Oui, ils sont un peu entre deux. C'est vrai qu'ils sont inquiets aussi, évidemment. mais qu'est-ce qu'est-ce qu'ils vous répondent ? Quand vous leur soumettez ces points, quel est leur argumentaire,?
- Speaker #1
Leur argumentaire est de dire qu'on ne peut pas remplacer les journalistes. L'information fiable n'a qu'une seule source, c'est le journalisme, c'est le travail des journalistes, l'exercice du métier du journalisme, sauf qu'aujourd'hui cet exercice du journalisme, il est... Il est malmené, il est percuté par l'utilisation de ces outils algorithmiques qui agissent insidieusement sur ces deux paramètres fondamentaux dont je viens de vous parler, c'est-à-dire l'emploi et la qualité de l'information. Cette qualité de l'information devrait justement nous distinguer, nous différencier, nous démarquer de toute cette... comment ce purin que l'on peut rencontrer sur les réseaux sociaux, depuis peu sur les sites d'informations synthétiques, qui se multiplient, c'est de la multiplication cellulaire, c'est affolant. Un journaliste du site Next en France, Jean-Marc Manac, pour le citer, a identifié plus de 9000 sites synthétiques en France, qui non seulement potentiellement véhiculent des fausses informations, mais utilisent. illicitement nos contenus au mépris de la propriété intellectuelle. Voilà. Il serait temps que les éditeurs de presse, pour répondre à votre question, il serait temps que les éditeurs de presse se mettent en conformité avec les principes qu'ils défendent, à savoir l'exercice strict du métier. Nous l'accomplissons tous les jours en respectant des règles déontologiques, des règles éthiques extrêmement strictes, qui répondent à la charte de Munich, qui répondent aussi à la charte d'éthique du SNJ. qui, elles, ont une valeur juridique conventionnelle pour la profession, à la différence de ces chartes qui sont publiées, ce millefeuille de chartes, je serais tenté de dire, qui existent aujourd'hui en France, pour permettre aux patrons de justifier une promesse éditoriale vis-à-vis des lecteurs qu'ils ne respectent pas. Et on a de nombreux exemples en tête.
- Speaker #0
Oui, je comprends très bien, évidemment, ce que vous voulez dire. Si j'essaie juste de me mettre, en effet, à leur place et de voir. par rapport à toute cette concurrence complètement délirante de contenus sur Internet contre lesquels eux aussi se battent avec vous. A priori, normalement, vous avez un combat commun, c'est d'essayer d'apporter, j'espère, de l'information de qualité au milieu de ce boubiboulga d'informations générées. Comment est-ce que vous, vous voyez une façon positive Avec l'IA que vous avez en main aujourd'hui, ou est-ce que vous n'avez pas à votre disposition une IA qui répondrait à vos besoins ? Qu'est-ce qu'il vous faudrait aujourd'hui pour quand même mener le combat contre ce flot d'informations gratuites et volées, et en même temps protéger vos confrères et protéger le journalisme en France et ailleurs ?
- Speaker #1
C'est une question à tiroir, il y a trois ou quatre questions dans la même phrase. Je vais répondre point par point en apportant une nuance. Au début de votre questionnement, les patrons, à mon sens, pensent réduction de coût, l'outil algorithmique, les IA, quelles qu'elles soient, sont aujourd'hui utilisées comme des leviers économiques pour agir directement sur la masse salariale. Puisque nos patrons sont infoutus de développer les chiffres d'affaires, sauf prouver d'hypothétiques volets de croissance, achetant des boîtes, bref. Comme ils ne sont pas foutus de développer notre chiffre d'affaires, ils sont contraints d'agir sur l'autre partie du budget, si je puis dire, c'est-à-dire la masse salariale, ce qu'ils font depuis des années. À mon sens, ils ont commis une erreur majeure il y a une petite dizaine d'années lorsqu'ils se sont tous engouffrés dans ce qu'on a appelé, je sais que vous n'aimez pas les termes anglais au Canada, et vous avez bien raison, ce qu'ils ont appelé le « digital first » , le « web first » , moi ce que je qualifie de… tout simplement priorité au numérique, c'est-à-dire donner la priorité au numérique par rapport au journal papier. Et ça, ça remonte à 2016, 2017. On nous a engagés, malgré nous, dans ce canal, dans cette autoroute vers le numérique, en adossant à cette stratégie complètement aléatoire, un paramètre essentiel, c'est la gratuité des contenus. C'est-à-dire que tous nos contenus numériques étaient en accès libre. parce qu'il fallait développer l'audience de nos sites. Parallèlement, les abonnés papiers payaient. plusieurs centaines d'euros par an pour obtenir le journal tous les matins. Donc on a déjà créé une différence de traitement entre ces deux publics qui est, à mon sens, anormale. Et donc, à l'époque, on a expliqué, on a éduqué nos lecteurs, internautes, au fait que l'information finalement était en accès libre, était gratuite. Et aujourd'hui, parce qu'il faut aussi rentabiliser les investissements, on leur explique depuis trois, quatre ans que ces contenus sont payants finalement et qu'à 80% sur nos sites internet, ces contenus ne sont plus en accès libre mais sont en accès payant. sauf que le mal, le verre est déjà dans le fruit et il est difficile de revenir en arrière sur ce plan-là. Ça, c'est le premier point. Ensuite, une partie de cette stratégie numérique, elle repose sur un terme qui est devenu, comment dirais-je, l'amec ou de tous nos patrons. L'objectif absolu, c'est le référencement. Le SEO, il faut être référencé sur la toile pour exister.
- Speaker #0
C'est vrai que malheureusement, la presse s'est mise à dépendre du référencement pour avoir des visites, puisque quand les personnes tapent des mots-clés, en laissant en accès libre vos contenus, ça permettait de renvoyer vers les pages des supports et là, de vendre de la publicité sur ces pages.
- Speaker #1
Cette publicité, on l'a observée avec les GAFAM et notamment ces directives européennes. qui a créé les droits voisins, ces revenus publicitaires ont été captés par les GAFAM et pas par les éditeurs de presse. D'où cette rétrocession sous la forme de droits voisins qui sont dérisoires par rapport aux ressources publicitaires captées par les GAFAM. Ce petit ruissellement, c'est une goutte d'eau. Donc, ce référencement, il a permis effectivement le développement de l'audience de nos sites, sauf que ça n'a pas été ça n'a pas résulté à des ressources financières supplémentaires. Et d'ailleurs, presque dix ans après, on observe que la part financière apportée par le numérique a du mal à décoller. Elle représente, dans le meilleur des cas, 15% du chiffre d'affaires des titres. Donc, ça signifie que nos entreprises reposent encore à 85-90%, voire plus de 90% sur le journal papier, sur ce que nous rapporte le journal papier. Sauf que parallèlement, on nous a engagé dans cette voie numérique-là avec pour seul objectif améliorer le référencement et notamment améliorer notre détection par le dieu du référencement qui s'appelle Google Discover. Et là, on a une forme d'asservissement, de soumission de nos éditeurs de presse par rapport à Google Discover. Il faut être référencé par Google Discover, sauf qu'avec le développement des sites synthétiques dont on a parlé tout à l'heure. On s'aperçoit que Google Discover référence d'abord des sites. Il alimente son business model publicitaire. Et ça, nos patrons ont bien du mal à le dire parce que ça remettrait en question leur stratégie, la stratégie dans laquelle ils nous engagent depuis des années. Il faut noter, et c'est ce qu'a révélé notamment Jean-Marc Manac sur le site Next récemment, il a référencé plus de 9000 sites synthétiques, je vous le rappelle, en France, générés par l'IA. Les 250 premiers sites synthétiques référencés en termes d'audience captent plus d'un quart de l'audience.
- Speaker #0
Tout à fait.
- Speaker #1
Donc, nos patrons font fausse route et ils ont bien du mal à l'avouer. Ils ont bien du mal à l'avouer, sauf que c'est pas engagé. Et là, c'est sans parler, sans compter. Je termine juste sur ce point-là parce qu'il est essentiel. C'est sans compter sur le deuxième étage de la fusée que va nous envoyer, pas Elon Musk, Google Mais Google, en la personne, vous voyez, je parle aussi comme les patrons de presse, en anthropomorphisant, il s'agit évidemment de Google Overview, cet aperçu Google qui arrêt en haut des résultats de recherche et qui nous fournit un contenu synthétique rédigé par l'IA, un résumé synthétique rédigé par l'IA, qui s'appuie une fois de plus sur le contenu de nos sites, protégé par la propriété intellectuelle. Et là, on va vers la recherche sans clic. C'est un phénomène qui se développe énormément aujourd'hui, la recherche sans clic. C'est-à-dire qu'il y a une modification majeure, radicale des habitudes de consommation d'informations et les internautes se contentent de se résumer de cet aperçu fourni par Google Overview qui n'est pas en France, mais qui va bientôt arriver. Le journal Le Temps en Suisse s'est amusé, ce n'est pas le terme, mais j'ai observé pendant deux mois les effets. de l'arrivée de Google Overview le 26 mars 2025 en Suisse. Et deux mois après, il s'est aperçu que les flux vers ces sites avaient été divisés par deux.
- Speaker #0
Hum, d'accord.
- Speaker #1
Voilà, ça ce sont des éléments factuels qui devraient inspirer nos patrons, les raisonner, et plutôt que de revendiquer, alors c'est sur le principe des droits voisins, revendiquer des droits voisins de l'IA qui, à mon sens, ne permettront pas à la presse de se sortir de la situation extrêmement dégradée dans laquelle elle se trouve, parce que demain c'est clairement vers ces outils algorithmiques développés par les grands services d'IA que se tourneront les internautes si nous... médias ne nous démarquons pas si nous n'indiquons pas à nos lecteurs que la véritable info, l'info sourcée, vérifiée, fiable, se trouve sur nos sites d'information et pas sur ces sites synthétiques et pas sur les aperçus développés par Google, développés par Gemini, développés par tout le monde, développés par Microsoft, par Google et ainsi de suite. Il y a un fait important cette semaine qui s'est produit au Royaume-Uni, je ne sais pas si vous l'avez vu. avec justement le Royaume-Uni qui permet aux éditeurs de presse de refuser l'utilisation par Google Overview des contenus éditoriaux. Il serait de bon ton que l'Europe s'en inspire.
- Speaker #0
Aujourd'hui, Google Overview, si le contenu est axé payant, Google Overview n'y a pas accès.
- Speaker #1
Ici, les IA performent sans difficulté les murs payants. Et non seulement les services d'IA performent les murs payants, mais ils ne respectent pas l'opt-out, qui est une règle bien européenne. Alors c'est un peu votre fair use américain. Donc l'opt-out, c'est une évolution majeure dans la législation européenne, qui jusqu'alors protégeait strictement le droit d'auteur, le respect de la propriété intellectuelle pour ses contenus liés au droit d'auteur. Sauf qu'en 2019, elle a introduit une nouvelle notion qui s'appelle l'exception text and data mining, l'exception TDM, qui a autorisé à l'époque la fouille, initialement pour une finalité scientifique de recherche et ainsi de suite, de ces contenus protégés par la propriété intellectuelle, sauf que rapidement... Cette exception TDM s'est étendue à toute finalité, y compris commerciale. Et aujourd'hui, les développeurs d'IA, et j'en sais quelque chose puisque j'étais membre de la commission de concertation entre développeurs d'IA et ayant droit, initiée par le ministère de la Culture en France, eh bien ces développeurs d'IA aujourd'hui se retranchent derrière cette exception TDM pour justifier l'utilisation de nos contenus. Lorsqu'on leur demande un minimum de transparence par rapport à l'utilisation de ces contenus, cette fois brandissent notre artifice réglementaire en leur... possession et en leur faveur c'est le secret des affaires nous ne pouvons pas révéler comment notre prédateur fonctionne voilà donc on est vous voyez dans une voie un peu un peu sans issue sauf sauf réaction sauf ferme justement
- Speaker #0
pour pour essayer de d'ouvrir vers l'avenir et moi vers des exemples qui vous inspire ailleurs en france en europe je sais pas si à des exemples qui vous inspire ou alors voilà comment sur quoi je sais que vous avez on va pas avoir le temps de parler je sais que vous avez organisé un contre-sommet de l'IA en même temps que le sommet de l'IA en 2025 organisé sous l'égide de l'Elysée pour essayer de clore malheureusement notre soutien. Où en êtes-vous aujourd'hui ? Qu'est ce qui vous manque à part un peu de j'ai bien compris un peu de force de résistance vis-à-vis des GAFAM. Est-ce que vous voyez des possibilités d'amélioration de la situation ?
- Speaker #1
Précisément, le projet du contre-sommet que nous avons organisé le 10 février, il y a quasiment un an, jour pour jour, le 10 février 2025, au théâtre de la Concorde, alors qu'Emmanuel Macron organisait le Haut Grand Palais, le sommet pour l'action de l'IA, financé entre autres par des développeurs d'IA. L'objectif était de sensibiliser, d'appeler à la mobilisation justement de toutes ces professions qui sont percutées par l'utilisation de l'IA. Et les craintes que l'on avait exprimées lors de ce contre-sommet se vérifient aujourd'hui. Récemment, un hebdomadaire parisien a eu le point à licencier 30 journalistes en introduisant l'intelligence artificielle. Mais la réalité nous rattrape aujourd'hui, c'est-à-dire que socialement, on entre dans une année opérationnelle, je pense, 2026, 2024, 2025, qui étaient des années expérimentales, où à tâtons, on utilisait, on expérimentait les outils. Cette fois-ci, en 2026, on va rentrer dans le dur, il me semble. Et puis, ce qu'il faut appréhender, ce sont les risques majeurs. pour nos démocraties, parce qu'on ne peut pas éluder la question des ingérences étrangères, notamment russes, notamment chinoises, et américaines avec Grok. Ce sont des risques majeurs pour nos démocraties, c'est sur ce point qu'on veut alerter aujourd'hui. Il n'y a pas une prise de conscience collective et rapide par rapport à ces effets toxiques, délétères. Je crains pour l'emploi, je crains pour nos sociétés. Et ce contre-sommet que le SNJ a organisé avec le philosophe français Éric Sadin, Eric Sadin emploie une formule qui illustre parfaitement le défi face auquel nous nous trouvons. L'arrivée de chaque GPT, il la qualifie de rupture, de rupture civilisationnelle même. Parce que derrière tout ça, c'est notre éducation qui est en jeu, l'éducation de nos enfants. Et il faut absolument qu'il y ait une prise de conscience collective par rapport à cela. Juste un dernier point, il y a des pratiques, ces pratiques sont encadrées dans la presse par des préconisations qui ont été formulées par le CDJM, le Conseil de déontologie journalistique et de médiation. Sauf que ce CDJM n'est pas reconnu par les éditeurs de presse parce qu'il fixe un cadre assez strict à l'utilisation de ces IA qui peuvent dans certains cas être utiles au journalisme lorsqu'il s'agit de compulser des centaines de pages de documents à condition que ce document ne soit pas confidentiel évidemment ou dévoile des sources. Mais pour les utilisations dont on parle là, elles portent atteinte directement à l'emploi et à la qualité de l'information. Là, si les patrons de presse ne prennent pas conscience rapidement et ne se mettent pas en conformité avec les principes qu'ils défendent, je pense qu'on est sur une très mauvaise voie.
- Speaker #0
Peut-être que ce n'est pas rassurant, mais en effet, au moins, vous n'êtes pas la seule profession touchée par ce syndrome.
- Speaker #1
Très sincèrement, c'est mon intime conviction, je n'ai pas envie d'être rassurant. Il faut faire face à la situation, il faut s'y confronter. Et la réalité, elle est là. Je ne veux pas être assurant. Je veux être provocateur pour que cette prise de conscience soit effective.
- Speaker #0
Je suis ravie qu'on ait pu en discuter ensemble. Je pense à des modèles alternatifs à la presse classique qui ont émergé ces dernières années. Et j'aurais bien aimé juste avoir votre avis sur ça. C'est tout ce qui est l'infolettre ou la newsletter spécialisée, semi-professionnelle. mais est-ce qu'il y a l'équivalent qui pourrait exister du côté local ? Moi, je veux des informations très locales, mais ça prend la forme d'une newsletter. Et est-ce que vous connaissez des modèles où on peut faire payer un abonnement pour recevoir cette newsletter ?
- Speaker #1
C'était une des diversifications qui étaient associées au développement du Digital First, de la priorité au numérique, il y a une petite dizaine d'années, justement le déploiement de ces newsletters. le déploiement aussi d'éditions du soir numérique. C'est-à-dire que les internautes voyaient livrer en priorité une partie du chemin de fer du journal publié le lendemain. Ce sont tous ces leviers qui permettaient aussi de développer l'attractivité de nos titres. Mais une fois de plus, on constate aujourd'hui qu'il ne suffit pas à projeter nos médias dans un futur ensoleillé. Il faut une fois de plus revenir aux fondamentaux. Et les fondamentaux aujourd'hui, c'est le journal papier, c'est un taux de pénétration qui est inégalé. notamment dans les zones rurales, parce que derrière tout ça, et vous avez tout à fait raison de soulever cette question-là, se pose la question de l'accès à l'information, qui est essentiel. Et lorsqu'on parle de déserts médicaux, on peut tout à fait parler de déserts informationnels aussi. Ou alors, concentrer cette information, en incluant malheureusement les fake news et l'information synthétique, concentrer sur les canaux Internet, les réseaux sociaux et ainsi de suite. Sauf qu'il existe d'autres moyens de s'informer. Il faut travailler dès à présent sur l'éducation de nos petites têtes blondes, pour leur expliquer qu'il y existe différents canaux pour s'informer. Et malheureusement, ce n'est pas le chemin que l'on emprunte. J'ai encore lu récemment dans les fiches pédagogiques du CLEMI, c'est le Centre de liaison d'éducation aux médias et à l'information en France, que parmi les canaux de recherche de l'information, on donne en priorité les moteurs de recherche. On ne parle pas des journaux, on ne parle pas des livres. Et pire, ce clémy produit des pistes pédagogiques qui incitent prioritairement les élèves de primaire à utiliser les outils algorithmiques plutôt que leur cerveau pour produire des textes et des images. C'est catastrophique. C'est-à-dire qu'on est potentiellement en train de fabriquer une société de crétins numériques.
- Speaker #0
Quelque chose qui est dans l'air du temps, les zombies, la génération zombie.
- Speaker #1
On va même les appeler les IAzombies.
- Speaker #0
Voilà, IAzombie, voilà, il y a un truc à faire. Merci beaucoup, on pourrait continuer très longtemps, mais c'était étonnant de se mettre à jour un petit peu de votre défense pour l'information. On tiendrait ça au-dessus de la main et on se retrouve. Merci. C'était la fin de notre entretien avec Eric Barbier sur l'avenir. inquiétant du journalisme par rapport à l'IA générative. Je vais maintenant évoquer beaucoup de lois qui sont sorties depuis fin 2025-2026 visant à enfin protéger les enfants, les mineurs en général, en ligne, notamment face aux réseaux sociaux, mais de façon plus large, face aux contenus, soit dans le cadre de jeux vidéo. soit de l'Internet en général.
Je vais commencer par une loi qui a été promulguée en France le 26 janvier 2026, qui, il faut le dire, fait suite à une loi qui non seulement a été promulguée, mais a été mise en œuvre en Australie fin décembre 2025, visant clairement à interdire l'accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans en Australie. Cette loi française, portée par un député qui s'appelle Laure Miller, qui a été adoptée en première lecture à une très large majorité en France, donc 150 voix contre 21, s'appelle « Loi visant à limiter les risques liés à l'exposition des enfants et des adolescents aux écrans et aux réseaux sociaux » . Le Sénat, la deuxième chambre législative en France, doit examiner le texte et l'amender avant qu'il ne retourne encore pour être promulgué à l'Assemblée nationale. L'Australie a lancé la première salve contre notamment les GAFAM, ce qu'on appelle Google, Amazon, Facebook, Microsoft, Meta évidemment. Donc c'est suivi par la France, mais aussi il y a des projets en Espagne, en Allemagne, au Danemark. J'en passe et des meilleurs.
Ce qui se passe maintenant en Australie, c'est que les plateformes comme Instagram, TikTok et Snapchat doivent vérifier l'âge de leurs utilisateurs et bloquer l'accès aux moins de 16 ans. Évidemment que la mise en œuvre n'est pas aisée et que bon nombre de critiques et de soutien des géants numériques argumentent la difficulté. de vérifier l'âge des utilisateurs, du traquage que cela pourrait impliquer. On sait très bien que les acteurs du numérique sont extrêmement bons et qu'ils n'ont nullement besoin d'une pièce d'entité pour savoir que c'est un jeune qui est connecté. Mais en tout cas, c'est un jeu de résistance des acteurs des réseaux sociaux pour limiter la portée de cette loi australienne.
La proposition de loi française est très soutenue par le gouvernement, qui veut une procédure accélérée et qui vise à une adoption définitive de la loi avant l'été 2026, pour une application dès la rentrée scolaire, c'est-à-dire le mois de septembre 2026. Auparavant, le fait que la France fasse partie de la communauté européenne limitait l'Union européenne, je devrais dire. limiter la faculté de la France à réguler l'usage des réseaux sociaux par les mineurs, mais avec la mise en œuvre d'une nouvelle loi qui s'appelle le DSA, Digital Services Act, et une présupposition de la Commission européenne en 2025 sur la protection des mineurs en ligne, il semblerait que maintenant la France ait d'autres pays et le feu vert pour réguler l'accès au numérique de loisirs. pour les jeunes, les mineurs dans leur pays.
Il faut préciser que le Sénat avait lui-même proposé sa loi auparavant, qui avait été adoptée un mois avant, le 18 décembre 2025, qui visait aussi à protéger les jeunes des risques d'exposition aux écrans. Seulement, le Sénat, lui, avait collé à l'âge limite américain, qui est de 13 ans, pour une raison qu'on ignore. comme si à 13 ans on avait acquis une maturité suffisante pour interpréter la violence, la pornographie, l'appel au suicide qui circule sur les réseaux sociaux aujourd'hui. Le Sénat avait une vision légèrement différente que celle de la Sommée nationale. On va voir si les deux arrivent à concorder, à se mettre d'accord. Sachez que l'âge limite fixé en France est lui aussi un peu différent de l'âge limite australien, puisque ce serait interdit au moins de 15 ans. On espère qu'après passage par le Sénat, ce ne sera pas 14 ans. On verra.
Ce qui était intéressant en plus dans le texte du Sénat, C'était qu'il y avait des mesures de sensibilisation et de formation pour les professionnels de santé et de l'éducation. Et ça, c'est quelque chose que chez Tech for Good Canada, qui soutient ce podcast, on soutient énormément parce qu'on se rend compte que les enseignantes, enseignants, les médecins ne sont pas assez informés de l'impact de l'usage du numérique de loisirs par les jeunes et ne comprennent pas toujours que des symptômes sont principalement liés à ça et non à d'autres symptômes de mal-être qu'on peut avoir pendant l'adolescence. Est-ce que cette mesure de formation des personnels qui interagissent avec les jeunes sera retenue ? On le verra, ce serait l'idéal. Il faut savoir que les députés ont dû préciser quelle plateforme serait interdite aux jeunes. Ils ont dû énumérer que les encyclopédies collaboratives ne seraient pas concernées, les répertoires éducatifs ou scientifiques et les plateformes de développement et de partage des logiciels libres. Bon, ça laisse donc quelques trous dans la raquette. On verra si en effet les réseaux sociaux visés qui sont Instagram, TikTok, Facebook ou Snapchat sont réellement modérés, interdits aux plus jeunes. En France, il y a une autorité qui s'appelle l'ARCOM, l'Autorité de Régulation de la Communication Audiovisuelle et Numérique, qui serait chargée de veiller au respect de cette interdiction. L'ARCOM, c'est quelqu'un, une autorité issue du monde des télécoms. Ce n'est pas une autorité sanitaire ou alors une autorité liée à l'enfance. On verra comment l'ARCOM met en œuvre son rôle si elle a en effet... l'obligation et on espère les moyens de faire respecter cette loi.
Enfin, ce qu'il faut préciser, c'est que le texte voulait rendre effective l'interdiction du cellulaire dans les lycées français, qui pour l'instant avaient été légiférés, mais n'étaient pas véritablement mis en œuvre, en imposant aux lycées de préciser les lieux et les conditions d'utilisation des téléphones portables. dans le règlement intérieur. Là encore, on espère que ce sera suivi d'un peu.
En d'autres nouvelles par rapport aux jeunes et à l'usage du numérique et des écrans, Google nous a sorti un guide de la parentalité numérique 2026 qui est préfacé par deux ministres français, Stéphanie Rist, ministre de la Santé, des familles d'autonomie et des personnes handicapées, et Sarah El-Airi, au commissaire à l'enfance. Et, pardon, troisième personne, non pas un ministre, mais le président de l'ARCOM, Martin Adjari, que je viens de mentionner comme étant responsable de la mise en œuvre de la restriction d'usage des réseaux sociaux aux moins de 15 ans en France, ils ont préfacé ce guide Google, qui en fait... comme souvent, prêche la modération. Il met la responsabilité du côté des parents et des jeunes de s'automodérer face à des outils numériques qui, on le sait bien aujourd'hui, n'ont pas été conçus pour être d'usage ennuyeux et de nature à conduire à la modération.
Par exemple, le président de l'ARCOM, l'ARCOM a besoin de la mobilisation de tous, notamment des parents. Par votre présence, votre écoute et les outils que vous mettrez en place à la maison, vous êtes les premiers régulateurs du numérique. Voilà ce que dit Martin Ajari en préface du guide Google de la parentalité numérique. D'autres associations ont signé ce guide, ont co-créé ce guide même, des associations en France qui s'appellent l'OPEN, l'UNAF, e-Enfance, Génération Numérique, Cybermalveillance. et le Clémi. Il faut dire que ces associations, et notamment e-Enfance, sont financées ou soutenues par les géants du numérique comme Google. Google annonce dans un communiqué de presse récent financé à hauteur d'un million d'euros. d'euros, il ne dit pas sur comien de temps. e-Enfance, qui supervise en France un numéro de détresse face au cyberharcèlement qui s'appelle le 30-18. Donc Google annonce financer à hauteur de 1 million d'euros e-Enfance pour pouvoir faire bénéficier les enfants d'un certain nombre de communes du programme dit les Super Héros du Net, SHDN, voilà un bel acronyme, via cette association e-Enfance. Vous voyez bien qu'il peut y avoir des intérêts qui se rejoignent entre e-enfance et Google.
L'association Lève les yeux, qui a organisé avec le collectif Attention sa réunion biannuelle les assises de l'attention à Paris en janvier récemment, fait un commentaire en parlant d'inconscience, de naïveté ou d'intérêt bien compris pour essayer de... de commenter le fait que des ministres français, notamment de la santé, préfassent un guide Google qui invite tout simplement à l'automodération des parents et des enfants. Je dois souligner qu'il y a un ministre bien absent de ce guide, c'est le ministre du numérique qui, lui, ne consigne pas ce guide. Donc, est-ce qu'il a été ou elle a été contactée ? Je n'en suis pas sûre. En tout cas, c'est à noter que le ministre du Numérique ne cautionne pas ce guide Google.
Pour continuer sur le commentaire de l'association Lève les yeux, qui propose des ateliers autour de l'hygiène numérique, tout comme Tech for Good Canada au Canada, en France, dans les écoles. L'association précise un tel décalage et le propos des périodes de bascule. lorsque la prise de conscience gagne progressivement les différentes composantes d'une société, d'abord à faire de lanceurs d'alerte et de militants, notre combat se joue désormais également dans les arènes médiatiques, judiciaires et politiques. Gagnons des points, preuve en est l'engagement de dizaines de candidats et candidates aux prochaines élections municipales françaises en mars 2026 qui ont signé la charte « Plus d'humains, moins d'écrans » du collectif Attention. Pour prolonger cette prise de conscience qui semble se développer en Europe, et on se souvient qu'au Québec, il y a eu également une commission d'enquête sur l'impact des réseaux sociaux sur la jeunesse.
En France, une commission d'enquête a été annoncée par le président Emmanuel Macron sur les jeux vidéo et la violence. En février 2026, il a commenté dans une interview Quand vous passez 5 à 6 heures par jour à tuer des gens dans des jeux vidéo, à être dans cette logique de prédation, c'est clair qu'à un moment donné, ça conditionne les jeunes. Pour lui, une mission durera deux mois et regardera bien les effets scientifiques de cet usage intensif du gaming violent. Il y a évidemment différents types de jeux vidéo, mais en tout cas les jeux vidéo violents et addictifs, accoutumants, il faut bien le dire. sur la santé mentale et la violence des jeunes garçons notamment.
Et pour clore, aux États-Unis, nous suivons en ce mois de février un procès historique contre Instagram et YouTube notamment, puisque d'autres réseaux sociaux ont négocié un accord avant le début du procès. Donc c'est un procès qui est mené par une jeune femme, Kelly J. Une Californienne de 20 ans et sa famille accusant les plateaux d'avoir sciemment conçu des applications addictives au détriment de sa santé mentale. L'audience se tient devant une cour supérieure civile de Los Angeles et elle est très subie aux États-Unis. Ce procès est le premier d'un groupe de plaintes consolidé auprès de cette cour de Los Angeles contre les entreprises des réseaux sociaux au nom de plus de 1 600 plaignants. dont plus de 350 familles. L'affaire de Kelly J est également la première d'une série de plus de 20 procès-pilotes utilisés pour évaluer les réactions des jurys et les verdicts potentiels, ainsi que pour établir un précédent juridique. TikTok et Snapchat étaient initialement mis en accusation dans l'affaire de Kelly J, mais les deux entreprises ont préféré négocier un accord financier, comme ça se fait aux États-Unis, à l'amiable. accord confidentiel avec la famille. Meta et YouTube, eux, ont décidé de poursuivre avec le procès et nient toute faute dans cette affaire.
La porte-parole de Meta a déclaré « La question pour le jury de Los Angeles » Ce sera de savoir si Instagram a été un facteur substantiel dans les problèmes de santé mentale de la plaignante. Les preuves montreront qu'elle a fait face à de nombreux défis, bien avant d'utiliser les réseaux sociaux. Meta va tenter d'argumenter que la plaignante avait déjà des soucis, mais ce que montre, ce que va apporter la défense, c'est que faire ressortir des courriers internes de ces sociétés de méta, notamment éditeurs de Facebook et d'Instagram, de courriers internes, de mémos et d'études confidentielles qui ont été récupérées par l'acquisition, qui démontrent que ces géants du numérique ont connaissance depuis des années de la nocivité de leurs produits, tout à fait comme l'industrie du tabac était très consciente de produire des produits accoutumants, notamment chez les adolescents qui sont des proies faciles, leur cerveau n'est pas encore formé. Ils sont influençables, ils veulent appartenir, ils ont du temps. Ça va être l'heure du grand déballage, de la tentative de défense de Mark Zuckerberg et d'autres comme le PDG de Google.
Adam Mosseri, le PDG d'Instagram, est lui déjà passé devant le tribunal. Il a nié que ça va être en général une quête en forme d'addiction. On découvre pourtant des conversations internes des employés de l'entreprise. On peut lire, mon Dieu, Instagram c'est une drogue, on est en quelque sorte des dealers, on provoque un trouble du déficit de récompense parce que les utilisateurs passent tellement de temps sur Instagram qu'ils ne ressentent plus de récompense. Et on le sait, du coup il y a une recherche un peu frénétique de cette sensation de récompense qu'on ressent au début quand on utilise les médias sociaux, mais au bout d'un moment ce seuil est toujours dépassé et on tombe dans la dépression. Donc le chercheur d'Instagram rajoute « Je sais qu'Adam Mosseri ne veut pas l'entendre, il a pété un câble quand j'ai parlé de dopamine dans ma présentation sur les fondamentaux du marketing pour les adolescents, mais c'est indéniable. » Ce procès est vraiment majeur, il y en a eu d'autres dans le passé. Ce procès par la quantité de plaignants et les répercussions possibles est majeur et on espère qu'il débouchera sur une protection. et des amendes records de plusieurs milliards pour les éditeurs d'Instagram et de YouTube, puisque YouTube, propriété de Google, est également mise en cause.
Voilà pour ces deux semaines. Prochain épisode dans deux semaines. Contactez-nous via TechForWoodCalendar si vous avez des remarques ou des questions, des suggestions, des sujets à élaborer. N'oubliez pas de noter ce podcast sur votre appli de podcast préférée. pour nous aider à remonter et à nous faire connaitre. À bientôt.