Speaker #0Hello, bienvenue dans le podcast Dessine-moi une maison, le podcast qui interroge nos espaces de vie, nos maisons et la manière dont on y vit. Je m'appelle Elodie, je suis coach et architecte d'intérieur pour Maisons et L'Hôte. Pendant 10 ans, j'ai accompagné mes clients dans leurs projets de rénovation, de l'étude jusqu'à la gestion de leur chantier. Aujourd'hui, je suis coach en aménagement intérieur pour t'aider à dessiner ta maison idéale. Dans ce podcast, je mets mon expertise et mes connaissances à ton service pour t'amener à réfléchir sur ta façon d'habiter. Mon objectif t'aider à visualiser ta maison idéale et à définir le mode de vie qui te correspond vraiment. Avec ma bonne humeur, j'explore nos intérieurs à travers le prisme de l'histoire et l'évolution de nos modes de vie actuels. Mon ambition Te donner les clés pour devenir autonome dans la conception de ton lieu de vie. Tu es prêt Alors c'est parti pour l'épisode du jour Je suis tombée un jour sur un drôle de lieu. Ça s'appelait le Faministère. Rien que le nom déjà... On dirait une secte ou une maison de retraite à thème. Et pourtant, bah non, c'était un bâtiment. Enfin non, c'est bien plus que ça. C'est un projet, un rêve en briques. En me baladant dans ces couloirs baignés de lumière, en découvrant ces logements modulables, ces espaces communs, ces détails pensés pour le quotidien, j'ai eu un petit moment de vertige. Parce que je me suis dit, et si quelqu'un avait déjà trouvé la réponse La réponse à quoi En fait à une grande question qui se pose rarement et qui pourtant change tout. C'est quoi un logement qui fonctionne pour tout le monde Une maison c'est pas juste un toit, c'est pas juste quatre murs, mais c'est un endroit qui répond à nos besoins réels. Un espace qui s'adapte, qui respecte notre intimité, qui favorise la vie en commun, mais sans nous l'imposer. Bref, la question que je me pose c'est est-ce qu'il est possible d'imaginer un habitat universel qui tienne compte de chacun Parce qu'aujourd'hui j'aimerais vous emmener dans un épisode un petit peu spécial. On va parler de logement social, mais pas pour faire des statistiques, on va parler plutôt de quelque chose de positif, on va parler d'utopie, mais pas pour rêvasser. On va surtout parler d'un projet qui est le Familyster Godin, qui va essayer de répondre à cette époque à une question qu'on oublie souvent. Et si on pensait vraiment le logement pour ceux qui y vivent, ce qui est une bonne chose, on est bien d'accord. Donc installez-vous, respirez et... demandez-vous en silence, est-ce que votre maison, là maintenant, elle a été pensée pour vous, ou simplement pour vous loger C'est une question que j'ai déjà posée dans les autres podcasts. Vous avez remarqué, je la pose souvent. Mais c'est vrai que pour moi, c'est une question qui est cruciale en tant qu'architecte d'intérieur, et c'est une question que je me pose à chaque fois que j'imagine la maison d'un de mes clients. À cette époque, on ne parle pas de déco, on parle de survie. Et c'est pas une image, vraiment. On vit parfois à 8 dans une pièce, on cuisine à même le sol, Et l'idée d'avoir une pièce à soi, ça tient plus du fantasme que du projet immobilier. C'est là que certaines voix s'élèvent. Des voix qu'on appelle parfois utopistes, idéalistes, mais qui, en réalité, posent des questions très très simples. Est-ce qu'on peut vivre décemment en travaillant dur Est-ce qu'un logement, ça serait pas aussi un lieu de repos, de santé et de dignité surtout Parce qu'à l'époque, on a, comme je l'ai dit dans le précédent podcast, On a un exode rural qui mène les gens à aller travailler vers la ville dans les usines. Sauf que la ville, à ce moment-là, elle n'est pas du tout faite pour ça. Donc les gens se retrouvent entassés dans les villes, vraiment dans des logements qui deviennent insalubres. Il y a beaucoup de problèmes de maladie, et en fait on se retrouve dans des villes qui deviennent invivables, clairement. Et donc, parmi ces voies, il y a celle d'un homme qu'on n'attendait pas forcément, qui s'appelle Jean-Baptiste André Gaudin. C'est un industriel, oui, un patron. Mais un patron un peu particulier. Lui, il ne voulait pas juste produire des poêles en fonte, parce que c'est ce que fait Gaudin, il produit des poêles en fonte pour se chauffer. Il voulait produire une société meilleure. Rien que ça. C'est très humble de sa part. C'est là que naît l'idée du familister. En fait, le familister, c'est une sorte de réponse à la question qu'on va se poser tout au long de cet épisode. Est-ce qu'il est possible d'imaginer un habitat qui fonctionne vraiment pour tout le monde C'est la question que j'ai posée juste au-dessus. Mais pas juste un toit. Un logement intelligent, respectueux, un... pensée pour tout le monde, donc collectif, mais pas étouffant. Donc, pas un logement pour tous, en fait. C'est dans cette époque d'urgence sociale et de réflexion radicale que ce rêve en briques va sortir de terre. Et moi, c'est ce contexte-là qui m'a fascinée. Alors, j'avoue que c'est ma période préférée de l'histoire de l'architecture intérieure, parce que justement, elle pose les bases. Parce qu'au moment où tout le monde se contentait de casser les gens, Godin, lui, il s'est mis à penser l'espace pour qu'on puisse y vivre vraiment. Donc, c'est dans ce contexte que ce rêve de briques va sortir de terre. Justement, parlons-en, parce que ce rêve, il a un nom, comme je vous l'ai dit au début, le familister. Alors moi, le familister Godin, je l'ai visité. Et très franchement, au début, je m'attendais à un monument historique un petit peu poussiéreux, avec une visite guidée, pleine de dates, de détails historiques, que tu oublies aussitôt, dès que tu as passé la boutique de souvenir. Mais en fait, pas du tout. J'étais pas prête, mais à ce moment-là, cette visite-là, elle remet vraiment en question la vision que j'ai des espaces. Alors oui, j'y suis sensible parce que je mène des études dans ce domaine, l'architecture intérieure, je suis en plein dedans, le design, etc. Et du coup, forcément, ça va me toucher. Mais ça remet en question et ça remet en perspective un petit peu cette vision des lieux communs, parce que moi je suis quelqu'un d'assez... Je vais pas dire introvertie, c'est plutôt que j'aime mon petit confort. et que le partage des espaces, avant ça, c'est pas forcément mon truc. Même si, en soi, j'ai vécu pendant des années en internat et il y a plein de questions qui tournaient autour de ça qui m'intéressaient. Mais du moins, je n'étais pas forcément sensibilisée. Et je suis tombée sur ce lieu qui était vivant. Il a été construit avec une telle intelligence que même aujourd'hui, en 2025, je pense qu'on ferait bien de s'en inspirer. Déjà, il faut visualiser. Il y a trois grands bâtiments organisés autour d'une immense cour, une immense cour qui est vitrée, et ça c'est assez atypique pour le souligner. Elle est ouverte sur le ciel et elle est surtout baignée de lumière. Donc en fait finalement là, ce qui m'intéresse moi, c'est qu'il y a un intérieur-extérieur. Et je trouve ça génial. Il n'y a pas tout petit couloir sombre dans lequel on se dit je marche à tâtons, j'entends des voisins vivre leur vie à travers les murs. Non, en fait ici on respire. Et dans chaque aile, des logements. Ils sont modulables. Oui, oui, ils sont modulables, même pour l'époque, c'est étonnant, mais c'est le cas. On pouvait par exemple combiner deux appartements en fonction de la taille de la famille. C'est-à-dire que vous arrivez en couple au familister Godin, vous avez un appartement qui est adapté à votre taille. Demain, vous venez à avoir des enfants, l'appartement dans lequel vous êtes restera le vôtre, une réorganisation se met en place, et le logement d'à côté, en fait, il va s'assembler au vôtre pour créer un logement plus grand. Et ce qui est super, c'est que du coup, le modèle de ces logements-là, il a été pensé pour fonctionner comme ça. Donc pas besoin de déménager au moindre bébé qui arrive ou au grand-père qui débarque, on adapte en module. Comme si on avait fait comprendre à nos murs que notre vie allait changer, que les vies évoluent et qu'ils devaient s'adapter. Les pièces, elles sont hautes de plafond, elles sont très bien orientées, bien aérées et il y a de la notion de lumière naturelle partout. Et c'est pas juste pour faire joli sur les photos, on est bien d'accord. Non, non, c'est pour y vivre bien, mais surtout pour y vivre sain. Mais surtout, et c'est là que j'ai eu un vrai choc, tout autour des espaces collectifs pensés pour améliorer la vie, il y a une buanderie collective, une école, une piscine, un théâtre, des jardins et même une épicerie, bref. Un micro-monde où tout a été prévu pour que tu n'aies pas à courir partout. En fait, tu vis en société sans sacrifier ton espace personnel. Et franchement, à ce moment-là de la visite, j'ai levé les yeux vers cette grande verrière et je me suis dit mais c'est possible en fait ça, ça me parle, moi je pourrais habiter ici parce que ça combine les deux, un logement adapté et individuel et en plus des espaces communs et surtout une accessibilité à tout ce ton dont on a besoin et franchement à ce moment là de la visite j'ai levé les yeux vers cette grande verrière et je me suis dit mais c'est possible en fait, c'est possible de construire quelque chose de beau, de collectif d'intelligent Mais sans tomber dans le compromis grisâtre. C'est là que le fil rouge de l'épisode m'a rattrapée. Est-ce que c'est ça, le modèle universel Est-ce que le logement pour tous, c'est pas justement un logement qui pose des bases Lumière, air, modularité, accès au service, et qui ensuite laisse chacun y mettre sa vie, sa façon d'habiter et sa personnalité. Et Godin, il s'est pas contenté de dessiner des plans, il a dessiné un mode de vie. Et c'est peut-être pour ça que, plus d'un siècle plus tard, ça tient encore debout et ça pourrait encore être utilisé parce que ça fonctionne. Parce que c'était pas seulement un projet d'architecture, mais c'est un projet d'humanité. On a mis l'humain au centre de l'architecture. Et bien il n'était pas le seul à tenter cette utopie. D'autres avant lui, ou après, ont aussi rêvé d'un habitat un petit peu plus juste, plus collectif. Parfois avec plus ou moins de succès, on est bien d'accord. Et ce que je vous propose c'est de regarder ça de plus près. D'autres ont eu cette même intuition. celle qu'en changeant l'espace, on pouvait peut-être changer le monde. Un petit peu. Bon, parfois ça a marché, parfois un petit peu moins. Mais tous ces projets, ils ont le mérite d'essayer. Le premier exemple dont je vais vous parler, c'est le phalanstère de Charles Fourier. Il a été créé au début du 19e siècle. C'est un grand bâtiment collectif, une sorte de ruche humaine finalement, qui est organisé autour de la coopération. Là-bas, chaque famille y a son espace, mais on partage des lieux communs. La salle à manger, la buanderie, les lieux de loisirs, en fait l'idée c'est de briser l'isolement et vraiment de favoriser les échanges et de créer une société qui est beaucoup plus harmonieuse. Bon, en pratique, c'est un peu plus chaotique que ça. Mais c'était déjà une tentative de repenser le logement comme un espace de transformation sociale. Un peu plus tard, au tournant du XXe siècle, Ebenezer Howard propose lui des cités jardins. Là, on essaie de marier le meilleur des deux mondes, c'est-à-dire la ville pour ses services et la campagne pour son air pur. L'idée, c'est de créer des petites villes autonomes, bien organisées, entourées de verdure, avec des maisons individuelles, des écoles, des commerces et beaucoup de parcs. En gros, un équilibre entre densité et respiration. C'est un modèle qui a inspiré énormément d'urbanistes. D'ailleurs, en France, certaines banlieues, elles ont été pensées sur cette base. Alors l'intention, elle est belle. Recréer du lien social, du confort et éviter l'anonymat des grandes villes. Bon, après, dans certains cas, c'est devenu des zones pavillonnaires mal desservies, mais ça, c'est une autre histoire. L'intention est là. Et puis arrive le corbusier. Là, changement d'ambiance. C'est carré, c'est droit, c'est béton. Mais c'est révolutionnaire. Avec son unité d'habitation, il imagine un bâtiment tout en un. Logement, école, commerce, salle de sport, même des rues intérieures. Il pense à la lumière, à la ventilation et à la modularité des espaces. Il appelle ça la machine à habiter. Oui, c'est un peu froid comme image, mais c'est une machine qui pense à tout. Le corbusier, il a voulu simplifier la vie. Il a voulu standardiser pour que chacun ait accès au confort moderne. Et on lui doit beaucoup parce qu'en fait les... plans traversants, les toits terrasses et les logements modulables, bah c'est lui en fait. Après, c'est vrai que son style brutaliste, bah il a parfois été un peu imposé. Au marteau piqueur, on est d'accord. Tous ces projets ont posé des bases importantes. Des idées fortes, en gros, mutualiser les services, ça c'est clair, ça se retrouve dans tous. Penser les besoins réels, créer des logements, favoriser du lien, sans sacrifier l'individuel. Ils ont tous tenté, à leur manière en fait, de répondre à la même question. Peut-on loger tout le monde sans déshumaniser personne Mais voilà, parfois, à force de vouloir faire du bien à tous, on a oublié chacun. On a standardisé, on a uniformisé, on a rationalisé, jusqu'à parfois fabriquer du logement sans habitant finalement. C'est là que pour moi, le familister, il se distingue. Parce qu'il ne cherche pas à imposer une seule manière d'habiter. Il pose des bases solides, mais il laisse de l'espace. Il propose des formes, ça c'est sûr, mais il laisse la vie les remplir en fait. Et c'est peut-être ça l'habitat universel, une trame finalement, qui est bien pensée. mais qui n'est jamais figé. Alors pourquoi tous ces projets si prometteurs ont-ils parfois donné des résultats disons discutables Peut-être parce qu'en chemin on a perdu quelque chose, une idée ou une attention, et c'est ce qu'on va voir maintenant. Alors, avant d'aller plus loin, mettons les pieds dans le béton. On parle de logement social depuis tout à l'heure, mais c'est quoi en fait Est-ce que c'est un logement triste avec du carrelage blanc Une cuisine en ongles avec des cages d'escalier à l'écho douteux ou un outil politique pensé pour loger dignement ceux que le marché ignore. Et bien, à l'origine, c'est plutôt la deuxième option. Le logement social, en fait, c'est une réponse. Une réponse à un besoin fondamental qui est celui de se loger. Mais se loger sans y laisser un poumon émis. Il est né dans un contexte d'urbanisation massive, d'exode rural, de croissance démographique et de crise sanitaire. Bref, quand les villes ont commencé à exploser et que la misère est venue frapper à la porte des usines, On s'est dit qu'il fallait mieux faire quelque chose. Enfin, on s'est dit ça un peu tard, mais bon. L'idée à la base, c'est de créer des logements décents pour la classe populaire. Qu'elles soient encadrées par l'État ou par des organismes publics, privés ou à vocation sociale. Des loyers abordables, avec des règles précises et une mission claire, offrir un toit, pas juste un abri, et un lieu de vie, un logement digne en fait. Et sur le papier, c'est beau franchement. C'est presque une utopie moderne. permettra chacun de vivre dans un logement salubre, bien conçu, dans des quartiers vivants avec des services accessibles, etc. C'est vraiment, on est à deux doigts du rêve de Gaudin, mais avec un numéro de dossier à la mairie. Sauf que dans la pratique, il y a eu des ratés. Il y en a toujours. Parce que quand les moyens sont limités, que le foncier est compliqué, et que les villes veulent cacher la misère sans la résoudre, eh bien on tombe dans du logement social par défaut. Celui qui isole plus qu'il ne rassemble, et celui qui standardise à l'extrême. celui où on n'habite plus, mais on est logé. Mais il faut le dire aussi, il y a des vrais projets de qualité, des architectes qui se battent pour redonner forme à la dignité de l'architecture, avec de la lumière, avec de l'espace, de l'intelligence, et surtout des plans intelligents. Le logement social, c'est pas un gros mot, c'est pas un bloc gris déshumanisé par essence, c'est un terrain de bataille, c'est un champ d'expérimentation, et parfois, quand tout s'aligne, c'est vraiment une réussite. Si on en parle ici, c'est pas pour faire un procès, C'est juste pour rappeler d'où ça vient et ce que ça devrait être. Et surtout, pourquoi c'est si important de continuer à en parler. Parce qu'un logement, c'est jamais neutre. Et quand on en construit des milliers, ça façonne des vies entières. Et on aura toujours besoin de se loger. Bon, à ce stade de l'histoire, on aurait pu se dire que ça allait continuer dans le bon sens. De plus en plus de logements bien pensés, lumineux, aérés, adaptés. Et ben non. Parce qu'à ce moment-là, quelqu'un s'est dit, et si on oubliait tout ce qu'on avait appris Et si on construisait juste à la va-vite et en masse Ben c'est l'époque des grands ensembles en fait. L'époque des barres d'immeubles sorties de terre à la vitesse de l'éclair. L'objectif, c'était quoi Ben de loger tout le monde rapidement et efficacement. Alors on empile, on copie-colle. on répète, un plan type des couloirs longs comme des tunnels, des escaliers qui résonnent et des cuisines où on tient à deux clairement, enfin si l'un des deux est un chat. On a pensé au rationnel pas à l'émotionnel, on a aligné des fenêtres sans toujours se demander qu'est-ce qu'il y a derrière en fait. Et c'est comme ça qu'on s'est retrouvé avec des logements qui cochent toutes les cases du règlement, ça c'est sûr mais aucune de celles de notre bien-être. Alors attention, je dis pas que tout est bon à acheter. Il y a des grands ensembles où on a essayé de faire bien, de créer du lien de proposer des services, mais souvent, ce qui manque, c'est un petit supplément d'âme en fait. C'est cette idée qu'un logement, c'est pas juste une boîte à dormir, c'est aussi un lieu où on habite, qu'on transforme et qui nous ressemble. Et puis, il y a eu la standardisation extrême. Des plans figés, la salle de bain minuscule, toujours placée entre la cuisine et la chambre, bien sûr, comme si c'était un passage obligé du parcours du combattant. Les pièces, elles sont aveugles, il y a des placards placés là où tu voudrais mettre un lit. Et surtout, on ne parle plus du tout d'adaptabilité. Parce qu'au fond, c'est ce qu'on a oublié. La vie, c'est pas standard, en fait. Il y a des familles, il y a des solos, il y a des colocations, il y a des vieux, il y a des jeunes, il y a des couples avec trois Ausha. Chacun son mode de vie, en fait. Et pourtant, on continue à proposer le même plan pour tout le monde. Comme si une maison, en fait, c'était un moule. Et que les habitants devaient s'y plier. Et que les habitants devaient s'y conformer. Alors que non. c'est le logement qui devrait s'adapter, qui devrait se plier et accompagner, pas l'inverse. C'est pas aux gens de s'adapter à la cuisine minuscule, c'est à la cuisine de comprendre comment on cuisine et qu'on ne cuisine pas pareil quand on est six à table ou tout seul avec un micro-ondes et un bol de nouilles en fait. Heureusement, aujourd'hui, certains, certaines choses bougent. Bon, lentement certes, mais l'idée revient peu à peu. Repensez les logements pour qu'ils soient plus évolutifs, plus flexibles et surtout plus humains. Et peut-être que si on veut retrouver le chemin d'un habitat vraiment pour tous, et ben il faudrait peut-être réécouter de vieilles références comme le fameux Lister Godin. Mais tout n'est pas perdu, parce que si l'histoire nous a montré comment on pouvait se tromper, elle nous montre aussi comment on pourrait faire mieux. Alors posons-nous la question, la bonne. Est-ce qu'un modèle habitable pour tous, c'est encore possible aujourd'hui Spoiler alert, oui. Mais pas comme on le pense. Alors maintenant qu'on a bien ri... jaune, sur les plans copier-coller des années 70, il est temps de se poser une vraie question. Est-ce qu'on peut imaginer un modèle de logement universel sans tomber dans le logement universel triste Oui, mais il va falloir penser un petit peu plus loin que pouvoir faire rentrer un lit dans 12 mètres carrés. D'abord, on peut repartir de quelques fondamentaux. Non pas des idées toutes faites, mais des vraies constantes humaines. Tout le monde a besoin de lumière, tout le monde a besoin de confort thermique et d'un minimum d'intimité. et si possible de ne pas avoir à poser sa table de salle à manger dans l'entrée parce que ça fait gagner de la place. Un modèle habitable pour tous, c'est pas seulement un plan unique gravé dans le marbre. Pour moi c'est une structure aussi adaptable, c'est des murs qu'on peut déplacer, des pièces qu'on peut transformer, un logement qui évolue avec la personne. Enfants, ados, parents, seniors, télétravailleurs, solitaires ou tribus recomposées, le logement doit pouvoir survivre à tout ça. Et puis il y a la notion des services partagés. La mutualisation, oui, mais pas forcément une buanderie commune qui se trouve à l'autre bout de la ville. Des espaces verts, pourquoi pas, mais pas des espaces dans lesquels on est obligé de socialiser tous les dimanches à 11h. Du collectif choisi, mais pas imposé. Et puis des logements qui s'adaptent au territoire. On n'a pas les mêmes besoins à Lille qu'à Marseille, en montagne qu'en centre-ville. Le modèle universel, c'est pas un logement neutre en fait. C'est un logement qui comprend où il est et avec qui il vit. Finalement, c'est peut-être ça le défi du futur, créer des logements généreux qui laissent la place. Pas forcément des mètres carrés en plus, mais de la possibilité en plus. La possibilité de bouger un meuble, de changer une cloison, d'ajouter une pièce ou d'en faire disparaître une par exemple. Parce qu'un logement vraiment pour tous, c'est pas seulement un logement figé, c'est un logement qui nous accueille, qui nous suit et qui nous accompagne. Un logement qui comprend la vie en fait. C'est pas une brochure d'architecte, c'est un truc un petit peu bordélique qui change, qui s'adapte. Comme nous en fait. Et si je vous parle avec autant de passion de cette possibilité d'avoir des lieux adaptables et communs, et si je vous parle avec autant de passion, c'est parce que la vie en internat, finalement, elle m'a poussée aussi à réfléchir sur tout ça. J'ai vécu dans des lieux, alors dans différents internats, et la vie dans certains, elle n'était vraiment pas idéale, parce qu'en fait, ce n'était pas des lieux qui étaient pensés pour. C'était des lieux qui ont été adaptés rapidement, voilà. Et ça m'a marquée. de me dire qu'avec des choses très simples, on pouvait permettre à des personnes de vivre bien. Et notamment, cette visite du Familyster Godin, elle a été un petit peu déclencheuse dans ma tête parce que je me suis rendu compte qu'il y en avait déjà qui avaient pensé ça et que ce n'était pas tout récent. Donc laissez-moi vous raconter un petit peu plus en détail cette visite. Je crois que ce projet-là, le Familyster, il m'a marqué profondément et pourtant au départ, c'était juste une simple visite. Un truc un peu curieux, un lieu historique qu'on m'avait conseillé, mais en réalité, j'ai pas visité un bâtiment, j'ai visité vraiment une idée. Ce qui m'a frappée, c'est que tout semblait penser, mais sans jamais tomber dans le contrôle. Alors, j'ai lu des livres, parce que moi j'adore tout ce qui est dystopique et récits dystopiques. C'est un récit futuriste, dans lequel on essaye de mettre en place une société ou un mode de vie utopique, mais qui finalement ne fonctionne jamais. Et on nous explique... comment un peu ça fonctionne pas, on nous montre un peu la déchéance de ce système. Et là, ce que je trouvais super intéressant, c'est que j'avais limite l'impression d'être un petit peu dans ce genre de récits, parce que ce lieu, il est pas commun. Il casse les codes, en fait, par rapport à la manière dont on habite d'ordinaire. La plupart des gens ne vivent pas dans un lieu collectif qui ressemble à une mini-ville. Et justement, dans ces récits dystopiques, il y a souvent cette notion de contrôle par l'espace. Et là, ce qui m'a frappée, c'est qu'en fait, tout semble penser, mais sans jamais tomber dans le contrôle. On sentait une volonté d'offrir un cadre, une structure, mais avec de l'espace à l'intérieur en fait, pour que la vie elle circule simplement, de l'adaptabilité, du respect, et ça ça m'a touchée en fait, parce que moi personnellement j'ai du mal avec les environnements un petit peu trop collectifs, je suis plutôt celles qui ont besoin de leur bulle, j'aime avoir mon espace, mes repères, mes silences, et en même temps je suis convaincue qu'on ne vit pas bien tout seul, on ne vit pas bien isolé du monde, alors trouver des lieux qui réussissent à proposer les deux, bah c'est fort. Et là, je reprends ma référence de l'internat. On a beau vivre ensemble toute la semaine, on a notre lieu, notre chambre, c'est notre point de repère et on a besoin de retrouver notre intimité pour que ça fonctionne. On vivrait dans des dortoirs collectifs, d'ailleurs, ma mère l'a fait, c'est tout autre chose. Voilà, c'est un autre mode de vie et là, pour le coup, l'intimité, elle est absente, mais elle serait vraiment nécessaire. Voilà, parce que tout être humain a besoin aussi, à un moment donné, de se retrouver un petit peu seul avec lui-même. Ce qui m'a bluffée en fait dans le familistère, c'est cette manière d'associer deux choses, qu'on croit souvent incompatibles, c'est le collectif et l'intime. Ici on peut vivre ensemble, partager une cour, une buanderie, un théâtre, sans pour autant se marcher dessus. On peut être chez soi tout en ayant accès à ce qui permet de bien vivre. On a accès à de la lumière, à de l'air, à la culture, à des échanges avec les autres. Et ce qui est d'autant plus intéressant, c'est que c'est pas un hasard tout ça, en fait ça a été pensé et dessiné. C'est l'architecture intérieure qui permet ça. Parce que la disposition des pièces, leur proportion et l'orientation, c'est pas juste de la technique. C'est vraiment une philosophie de l'habitat et une philosophie de la maison avec un grand M finalement. Et peut-être que c'est ça en fait mon obsession à moi. C'est pas juste de rendre les maisons jolies en fait. C'est de les rendre intelligentes, sensibles, mais surtout souples pour qu'elles vous accompagnent dans tous les moments de votre vie. Encore une fois, c'est pour ça que ce projet me fascine. Parce que j'ai eu l'impression que quelqu'un un jour... avait réussi à formuler une réponse à cette question qui me hante. Qu'est-ce que c'est un bon logement Un logement qui respecte, qui accompagne, qui protège, mais sans enfermer. Alors peut-être que c'est ça l'utopie, je me dis. Pas une grande théorie impossible à atteindre, juste une maison où l'on vit bien. En tout cas, moi c'est mon utopie. Moi qui adore être chez moi, qui adore être dans ma maison, voilà. Pour moi c'est ça l'utopie en fait. Mais si c'est une maison où on vit bien, c'est une maison aussi où on vit ensemble. Mais chacun chez soi. C'est une maison qui fait du bien, une maison qui comprend en fait, qui vous comprend. Bon, on en a parlé légèrement juste avant, mais je vais m'autoriser une petite digression. Parce que moi ce que j'aime dans les récits dystopiques, comme je vous l'ai dit juste avant, ou même les récits utopiques d'ailleurs, c'est la manière dont ils imaginent le logement parfait. Le logement idéal pensé pour l'humain ou pour le système. Et ce qui est fascinant, c'est que dans ces mondes-là, le logement parfait, il est souvent standardisé. Même taille, même forme, même mobilier, même fonction, c'est rationnel, efficace et propre. Mais surtout, c'est identique. Si par exemple vous regardez Le Passeur, ou même Divergente, Hunger Games, je sais pas quel film vous parle le plus, Equilibrium, Ou encore, dans un genre un petit peu plus récent, les quartiers uniformes de WandaVision qu'elle a créé dans une ville parfaite, le logement devient une cellule, une boîte propre, identique et fonctionnelle. On y vit, on y mange, on y dort, mais surtout, on n'y pense plus. C'est fait pour apaiser, mais à force d'être trop lisse, ça finit par anesthésier. Et puis de l'autre côté, il y a l'extrême inverse. C'est le chaos, le monde post-crise, post-effondrement, comme dans Snowpiercer, où les classes sociales s'entassent dans un train sans fin. Ou Ready Player One, avec ses empilements de caravanes façon bidonville vertical. Blade Runner 2049, où l'être humain devient minuscule face à la démesure. Ou encore la version de 2012 de Total Recall, où les logements s'entassent dans une ville construite comme un patchwork étouffant. Là, les logements ne sont plus pensés du tout. On empile, on rafistole et on survit, c'est du système dégénéralisé. L'intimité, bah elle disparaît, le confort aussi, et on habite dans un bricolage géant. Et chacun fait ce qu'il peut avec ce qu'il a. Ce que ça raconte, bah en fait c'est qu'en fiction, le logement devient un symptôme. Un symptôme du pouvoir, du contrôle ou de l'abandon. Dans les deux cas, c'est jamais l'habitant qui choisit, il subit un cadre, qu'il soit trop parfait ou trop dégradé. Et ça, ça me fait réfléchir. Est-ce qu'on n'a pas tendance dans la vraie vie, comme dans les films d'ailleurs, à fantasmer le logement idéal comme une formule magique ou un modèle universel Sans se demander s'il est vraiment habitable pour chacun. Est-ce qu'on rêve de logements alignés parce que c'est rassurant ou parce qu'on a oublié qu'on avait le droit d'inventer Moi c'est ce que j'aime dans ces récits, c'est justement ce qu'ils réinventent, ce qu'ils révèlent. Que même dans un monde parfait et parfaitement organisé, il y aura toujours quelqu'un pour repeindre son mur en bleu, changer l'usage d'une pièce ou poser une lampe moche qui lui rappelle sa grand-mère. Et c'est peut-être là que commence le vrai logement, quand on reprend la main. Alors peut-être que la vraie piste, ce n'est pas de choisir entre la froideur du tout standardisé Ou le chaos du tout improvisé d'ailleurs. Peut-être qu'on peut imaginer un socle commun, une base stable, fonctionnelle, bien pensée pour les besoins fondamentaux, mais avec assez de liberté à l'intérieur pour que chacun puisse y mettre sa patte, son histoire, et pourquoi pas sa folie douce. Une sorte de cadavre architectural sur lequel on pourrait broder sa propre vie. Ce serait ça, l'équilibre entre un logement qui offre un cadin, sans enfermer, qui guide, sans dicter, qui structure, mais sans normaliser nos existences. Alors voilà, on a traversé les utopies, les briques, les barres d'immeubles, les phalanstères, les théories, et on revient à une question toute simple. Est-ce qu'il existe un logement idéal pour tout le monde Pas un logement parfait, pas une vitrine d'architecte avec des coussins symétriques et des plantes qui fanent jamais. Non, non, un logement juste, adaptable et simple, qui est vraiment pensé pour la vie réelle en fait. Et moi, ce que je retiens de tout ça, c'est qu'un bon logement, c'est un équilibre entre le soi et le nous. Entre la solidité d'une base commune et la liberté d'y mettre son propre désordre. Et pourtant, je suis une architecte d'intérieur qui a fait énormément de rénovations et qui fait essentiellement ça parce que ça la passionne de se dire je vais prendre un bien et je vais le rendre unique et l'adapter aux personnes qui vivent dedans. Là, c'est une autre question qu'on se pose, c'est est-ce qu'on pourrait créer un modèle type de logement Donc ça casse un peu mes codes, c'est-à-dire que moi, tout ce qui est constructeur, maison vendue sur... plan qu'on vend à tout le monde, bah ça me parle pas trop en fait. Et là clairement, j'ai été touchée par une référence qui parle de modèle universel. Voilà, c'est un peu contradictoire mais pour le coup c'est peut-être parce que cette réponse là, elle répond elle répond correctement au problème et du coup, voilà, ça me parle. D'ailleurs j'adore regarder dans des films ou des séries des passages où on nous montre alors souvent dans un futur utopique ou dystopique en fonction des films Les logements, un petit peu type, on va dire, qu'on aurait pu inventer sous prétexte de catastrophes mondiales ou, je sais pas, de voyages dans le temps ou peu importe en fait. On parle de ce logement d'urgence finalement qu'on va créer sur un modèle assez basique et qui peut héberger tout le monde. Voilà, parce que j'aime bien voir ce qu'on a imaginé. D'ailleurs, ce serait super de faire un épisode de podcast qui parle de ça. de la maison utopique, entre guillemets, même au cinéma, en fait. Voir comment on l'a pensé et finalement, qu'est-ce qu'on imagine Qu'est-ce que les écrivains projettent Pas les architectes, mais les écrivains, simplement. Je suis aussi de ceux qui pensent qu'on vit mieux quand on a des espaces pour respirer ensemble. Et c'est peut-être ça, au fond, ma réflexion. Le logement, c'est pas juste une affaire de surface ou de budget. C'est une affaire de projet de vie. Et ça, ça mérite mieux qu'un plan, en fait. Et c'est aussi pour ça que je fais ce podcast, c'est que j'aimerais que les gens pensent plus loin qu'un simple plan de maison, quand ils vont chez un constructeur, qu'ils pensent plus loin que où je mets la cuisine, par quel couloir on passe pour aller là, mais plutôt comment est-ce que je vais me poser dans cette pièce, où est-ce que je vais mettre mes livres pour les prendre et me poser pour lire, comment je me mets devant ma cheminée, comment est-ce que je regarde la télé le soir, où est-ce que je vais mettre mon linge sale, toutes ces questions finalement, que moi je pose à mes clients quand je fais un projet, mais... que les gens dont c'est pas le métier ne vont pas forcément poser et finalement ils passent à côté de l'essentiel donc encore une fois ce podcast il est là pour ça il est là pour vous sensibiliser, il est là pour vous faire vous interroger sur des sujets et pour moi cette référence là du familiste Ergodin, alors si vous avez l'occasion allez le visiter donc j'espère que cet épisode vous a plu, j'ai adoré vous partager cette petite histoire de ma visite du familiste Ergodin Et de vous exprimer un petit peu ce que j'en ai pensé. Et surtout ce que ça m'a fait ressentir. J'espère que vous aurez réussi à vous projeter un petit peu. Même si sans les images c'est clair que c'est un peu compliqué. Mais n'hésitez pas à aller voir à quoi ça ressemble. Et voilà j'espère que ces réflexions vous auront permis d'interroger peut-être un peu plus. Nos habitations et nos maisons avec un grand aimant. Quant à moi je vous retrouve très vite pour un nouvel épisode de podcast Dessine-moi une maison. Et d'ici là... Prenez soin de votre intérieur et surtout prenez soin de vous.