Speaker #0Hello, bienvenue dans le podcast Dessine-moi une maison, le podcast qui interroge nos espaces de vie, nos maisons et la manière dont on y vit. Je m'appelle Elodie, je suis coach et architecte d'intérieur pour Maison Hello. Pendant dix ans, j'ai accompagné mes clients dans leurs projets de rénovation, de l'étude jusqu'à la gestion de leur chantier. Aujourd'hui, je suis coach en aménagement intérieur pour t'aider à dessiner ta maison idéale. Dans ce podcast, je mets mon expertise et mes connaissances à ton service pour t'amener à réfléchir sur ta façon d'habiter. Mon objectif ? t'aider à visualiser ta maison idéale et à définir le mode de vie qui te correspond vraiment. Avec ma bonne humeur, j'explore nos intérieurs à travers le prisme de l'histoire et l'évolution de nos modes de vie actuels. Mon ambition ? Te donner les clés pour devenir autonome dans la conception de ton lieu de vie. Tu es prêt ? Alors c'est parti pour l'épisode du jour ! Et bienvenue dans ce nouvel épisode du podcast Dessine-moi une maison. Aujourd'hui, on va parler de maison. Oui, évidemment, c'est un petit peu le thème. Mais pas n'importe lesquels. On va pas parler de manoir, pas de villa XXL, pas non plus des maisons dans lesquelles on a besoin d'une carte pour retrouver la salle de bain, non non non. Aujourd'hui, on va s'intéresser à celles qui tiennent, au sens propre, dans un mouchoir de poche. Les tiny house. Ces petites maisons, vous savez, entre 10 et 40 mètres carrés, sur roues, qui sont devenues un phénomène. Elles sont minimalistes, mobiles, pleines d'astuces, mais aussi pleines de paradoxes. Donc on peut se demander pourquoi choisir de vivre dans un espace aussi réduit, quand on nous vend partout, l'idée... que plus grand c'est mieux en fait. Est-ce que c'est juste une mode ou une tendance écologique ou est-ce que c'est une vraie révolution de notre manière d'habiter ? Après avoir décortiqué dans les épisodes précédents ce qui fait qu'une maison tient debout, ses organes vitaux, ses fonctions essentielles, c'est ce qu'on a vu dans le dernier épisode de podcast, aujourd'hui on pousse la réflexion encore plus loin. Qu'est-ce qui reste quand on enlève tout le superflu ? Qu'est-ce qu'il faut vraiment pour vivre heureux et bien ? Est-ce que finalement moins d'espace ce serait pas plus de liberté ? Bref. Préparez-vous à voir l'immense dans le minuscule et peut-être à repenser votre définition du confort. Alors pour commencer, qu'est-ce qu'on appelle exactement une tiny house ? Vous le savez peut-être, mais je le reprécise pour ceux qui ne savent pas. L'idée elle est simple, c'est une maison, une vraie, mais toute petite. Généralement, ça mesure entre 10 et 40 mètres carrés. Et attention, on ne parle pas ici d'une cabane au fond du jardin ou d'une cabane de chantier. La tiny house, c'est un petit bijou d'ingéniosité posé sur une remorque. elle est pensées pour être déplacées en fait, tractées par un véhicule adapté. Même si dans la réalité, beaucoup finissent par s'installer et demeurer sur un terrain et ne plus bouger. Côté esthétique, elles arborent souvent un style chaleureux et rustique. Bardage en bois, toit à deux pentes, parfois une petite terrasse miniature et des fenêtres bien proportionnées pour laisser entrer la lumière. Et certaines tiny house modernes s'orientent aussi vers des lignes un petit peu plus épurées, avec du métal, du bardage sombre, des formes un petit peu plus minimalistes. En gros, il y en a pour tous les goûts. Mais toujours avec ce point commun, tout est pensé pour être compact, pratique et agréable à vivre malgré la taille. A l'intérieur en fait c'est un véritable jeu d'optimisation. La cuisine elle est souvent en linéaire, ultra fonctionnelle, parfois même sur deux niveaux superposés. Le coin salon il sert aussi d'espace de rangement, voire de couchage d'appoint. L'espace nuit lui généralement il est accessible par une échelle et il est niché sous la mezzanine, vraiment sous les toits en fait. Et les rangements en fait ils sont cachés partout, sous les escaliers, dans les banquettes, dans les murs parfois. Bref, chaque recoin est vraiment utilisé, mais sans donner l'impression d'étouffer. Alors d'où vient cette drôle d'idée de mini-maison sur roue ? Bon, contrairement à ce qu'on pourrait penser, il n'y a pas eu vraiment un inventeur de la tiny house. C'est un mouvement né aux Etats-Unis dans les années 1990-2000, une réaction à la crise économique, au coût de la vie qui a flambé, et à l'envie de vivre plus simplement. En fait, plutôt de vivre autrement. On attribue souvent cet élan médiatique au livre de Sarah Susanka The Not-So-Big House de 1998 qui appelait déjà à repenser la maison autrement qu'en termes de surface. Mais le vrai coup d'accélérateur est venu après la crise des subprimes. En 2008, beaucoup de familles se sont retrouvées à chercher des solutions de logement plus abordables, plus souples et plus résilientes. Il faut aussi dire que la tiny house dans sa philosophie a un air de famille avec certaines formes de logements qu'on connaît bien, la caravane et le camping-car. Mais là où une caravane est souvent pensée pour le voyage court, la tiny house elle, elle est pensée pour être un vrai chez-soi, vraiment sur le long terme. Avec du bois, de l'isolation, une vraie salle de bain, une vraie cuisine, bref tout ce qui transforme un abri mobile en une véritable maison miniature. En résumé, une tiny house c'est une rencontre improbable entre un rêve de cabane en forêt et une volonté d'indépendance. Et aussi un petit soupçon d'esprit de camping mais version grand confort. Bon, si on prend un peu de recul, l'idée de vivre dans un espace optimisé n'a rien de révolutionnaire, ça c'est sûr. Depuis toujours, les humains, ils ont dû composer avec des contraintes d'espace, de mobilité et de ressources. Je vous donne un petit exemple, les yurtes des peuples nomades d'Asie centrale, elles sont légères, démontables, conçues pour résister au vent glacial des steppes par exemple. L'intérieur en fait, il est organisé avec une précision millimétrée. Chaque objet a une place précise et rien n'est là par hasard. Ou encore un autre exemple, les cabanes de pêcheurs sur les côtes atlantiques, c'était quelques mètres carrés qui suffisaient à abriter une vie entière. Il y avait une cheminée pour se chauffer, une table pour manger, un lit, souvent escamotable ou partagé, et tout était pensé pour le strict nécessaire, avec un minimum d'emprise sur l'environnement. Un exemple plus récent, dans les villes médiévales, la contrainte était verticale. Les maisons étroites s'empilaient sur plusieurs étages, chaque recoin étant exploité, parfois même de façon très acrobatique on peut le dire. On y vivait serré. oui, mais c'était fonctionnel. Et même le mobilier suivait cette logique. Par exemple, un coffre, il servait à la fois de banc, de lit ou d'armoire. Une grande table, par exemple, elle pouvait accueillir aussi bien les repas que les réunions, mais aussi les jeux et parfois même les accouchements. Bref, l'idée d'adapter les espaces aux besoins essentiels, c'est vieux comme le monde. Au XXe siècle, les grands courants architecturaux ont cherché à redonner un sens à cette simplicité. Le Bauhaus, comme je vous en ai déjà parlé en Allemagne, il prenait la fonctionnalité avant l'ornement. La forme suit la fonction, c'était ça leur principe. Et c'est un principe que les tiny house incarnent aujourd'hui à merveille. Et Le Corbusier par exemple, un des pères fondateurs de l'architecture moderne, voyait lui la maison comme une machine à habiter. C'était un outil au service de la vie et pas un musée d'apparats. La tiny house, sans le savoir, elle réactive donc ses grandes idées. Réduire le superflu pour se concentrer vraiment sur l'essentiel. Mais en même temps, il faut bien le dire, nos sociétés, elles ont un petit peu dérivé. Mais en même temps, cette réponse que donnent les tiny house, il faut bien le dire, elle fait écho au fait que nos sociétés ont un petit peu dérivé. Avec la montée de la consommation de masse, on a glissé doucement mais sûrement vers une autre philosophie. Plus grand, c'est mieux. Tout l'inverse. En gros, c'est tout l'inverse. Plus de pièces, plus d'objets, plus de gadgets, plus de bras pour les utiliser. Avoir une salle de bain par chambre, c'est normal. Avoir une pièce pour faire du yoga qu'on n'utilise que deux fois par an. Une cave pleine de cartons qu'on n'ouvrira jamais. En fait, c'est devenu presque normal. Et d'ailleurs, j'en parlais dans le dernier épisode de podcast, en vous donnant des fonctions d'espace qui, pour le coup, ne sont pas forcément vitales dans la maison, mais qui existent. Et dans tout ça, le logement, il est parfois devenu une extension de notre frénésie d'accumulation. Bien plus qu'un espace pensé pour nous porter, nous protéger ou nous apaiser. Alors, quand on regarde une tiny house aujourd'hui, on pourrait croire à une idée neuve, presque futuriste. Mais en réalité, elle nous murmure quelque chose de bien plus ancien. c'est que l'essence de l'habitat, c'est pas d'impressionner, mais d'habiter, d'abriter même, de répondre à nos besoins réels et pas à nos envies passagères. Et si finalement, vivre petit, c'était retrouver une vérité oubliée dans l'histoire longue de l'habitat humain ? Parlons maintenant d'un des principes de l'architecture intérieure moderne, et plus précisément du design, qui a pour nom le minimaliste ou l'assist. Alors l'assist mort, en anglais pour les non-bilingues, c'est le moins, c'est plus. Mais c'est plus qu'un slogan accrocheur, parce que ça sonne bien, on va se le dire. C'est une philosophie exigeante. Cette philosophie, elle dit que la beauté, l'harmonie et même le confort, ça naît parfois de la simplicité et non de l'accumulation. Cette approche, on la doit à Ludwig Mies van der Rohe, l'un des grands noms du mouvement Bauhaus. Pour lui, la qualité d'un espace ne se mesure pas à sa taille ni à son nombre de meubles, mais à sa capacité à porter la vie sans l'encombrer. Dans l'architecture, cela se traduit par des lignes au clair, des matériaux simples et authentiques, Une recherche constante de fluidité et de l'évidence. Moi, c'est pendant mes études d'architecture intérieure que j'ai découvert ce principe. Et je dois l'avouer, au début, ça m'a profondément intriguée. Parce que, soyons honnêtes, quand on commence dans ce métier, on rêve plutôt de grands volumes, de perspectives monumentales, d'espaces et d'aménagements spectaculaires. On imagine des projets où la lumière fuse à travers des verrières, où l'on crée des mezzanines théâtrales, des halls majestueux, etc. Alors quand un professeur vous explique que le véritable défi, c'est de faire mieux avec moins, qu'une pièce de 15 m² bien pensée peut être plus belle qu'un loft de 300 m², eh bien disons que ça remet quelques certitudes à plat. A l'époque, j'avais trouvé ça presque étrange. Pourquoi choisir de se limiter volontairement ? Pourquoi chercher à restreindre quand on pourrait déployer ? Mais plus je travaillais sur mes projets et plus je comprenais. Bah en fait que la simplicité, c'est pas une contrainte, mais une force. Que de faire tenir la vie, la circulation, le confort dans un espace réduit, ça demande bien plus d'intelligence, de sensibilité... et de rigueur que d'encombrer des mètres carrés inutiles. Et alors chaque choix devient fondamental, chaque détail devient un poids, et du coup chaque vide avait autant de valeur que chaque espace plein. Et quelque part, cette approche, elle change aussi votre regard sur le monde. Parce qu'on ne regarde plus seulement un espace en se demandant « qu'est-ce que je peux rajouter ? » mais plutôt « de quoi ai-je réellement besoin pour me sentir bien ? » Et dans une tiny house, cette philosophie, elle prend vie avec une intensité particulière. Là, le laisse-mort, c'est pas juste une option esthétique, c'est une nécessité pratique. Parce que chaque élément est pensé pour remplir plusieurs fonctions. Par exemple, l'escalier, il devient un rangement. Le canapé, il cache des coffres pour pouvoir ranger des choses. La table disparaît quand on n'en a plus besoin. Et là, ça nous fait écho au thème de la salle à manger qu'on a vu dans le podcast précédent, où je vous disais que la plupart du temps, les salles à manger ne servent pas. Et bien voilà, la solution est toute trouvée, la salle à manger doit disparaître. La médanine, quant à elle, en plus d'accueillir le sommeil, Elle abrite parfois les souvenirs d'une vie. Tout est mobile, tout est modulable, tout est vivant. Et forcément, quand on voit ça, on se pose une question toute simple. Et chez moi alors ? Est-ce que je vis dans un espace optimisé ou dans un espace rempli ? Est-ce que mes meubles pourraient être plus intelligents ? Enfin, plus polyvalents du moins. Est-ce que mon espace pourrait être plus libre, plus respirant, sans avoir besoin d'un agrandissement ou d'un déménagement ? Parce qu'au final, le « less is more » , c'est plus qu'une punition, c'est une manière de se réapproprier son espace. De le rendre vivant en fait. De faire que chaque mètre carré, c'est un choix plutôt qu'un oubli. Alors pourquoi ces petites maisons atypiques, elles séduisent autant aujourd'hui malgré leurs contraintes évidentes ? Parce qu'au fond, elles viennent toucher à plusieurs désirs profonds que beaucoup ressentent parfois, sans même y mettre les mots. D'abord, il y a la liberté. La liberté de ne pas s'endetter pendant 20 ans ou 30 ans pour rembourser un prix immobilier colossal. La liberté de se dire qu'on peut vivre autrement en dehors des standards, sans forcément suivre le schéma classique du pavillon de banlieue ou de l'appartement sur plomb. Et même si ce n'est pas aussi simple qu'on l'imagine parfois, il y a aussi la notion de mobilité. Parce qu'une tiny house est montée sur roue, et même si déplacer sa maison demande une bonne logistique, on est d'accord, et même un véhicule qui a du coffre parce que ça pèse du poids, au sens propre comme au figuré, l'idée reste symboliquement forte. Ma maison peut me suivre, mon lieu de vie ne me fixe pas un endroit pour toujours. Je peux envisager un autre rapport au territoire, au temps et à mes choix de vie. c'est une forme de nomadisme moderne, beaucoup plus doux. que la rupture brutale d'un déménagement classique. Ensuite, il y a l'autonomie. Beaucoup de tiny house sont conçus pour être les plus autonomes possibles. Des panneaux solaires pour produire l'électricité, un système de récupération et de filtration des eaux-pluies, des toilettes sèches pour réduire la consommation d'eau et l'utilisation de matériaux naturels ou recyclés pour limiter l'impact environnemental. L'idée est de vivre léger, d'être moins dépendant des réseaux, de réduire son empreinte carbone sans renoncer au confort moderne. En vivant dans moins d'espace, on consomme aussi naturellement moins d'énergie, évidemment. Pas pour se chauffer, ou pour s'éclairer, ou même pour s'équiper. Et au fond, cette autonomie, elle ne parle pas seulement d'écologie. Elle parle aussi de souveraineté personnelle, de capacité à reprendre un peu le pouvoir sur sa propre vie. Il y a aussi une envie de retrouver du sens dans notre manière d'habiter. Le monde ou le logement devient parfois un simple produit financier ou un alignement de mètres carrés standardisé. La tiny house, elle propose autre chose. Elle propose un espace sur mesure, un lieu... conçu pour soi, déjà, pensé dans les moindres détails et adapté à sa manière d'être, de vivre ou de rêver. Chaque tiny house est différente. En fait, il n'y a pas de modèle unique, il n'y a pas de recette toute faite. C'est un habitat qui oblige à se poser des vraies questions sur les besoins, sur ses priorités, sur ses envies, finalement. On peut se poser pas mal de questions. Est-ce qu'on a vraiment besoin d'un dressing de 20 mètres carrés ? Est-ce que je préfère un grand salon ou un petit espace de lecture cosy ? Est-ce que je choisis d'abord une baignoire ou un espace pour travailler assis par terre sur un tapis ? Habiter une tiny house, c'est renouer avec une certaine forme d'authenticité. Un lieu qui raconte vraiment qui l'on est, au lieu d'imiter ce qu'on croit devoir désirer. Et enfin, il y a la créativité. Parce que vivre petit, ce n'est pas seulement se priver, c'est inventer. Inventer des solutions, des astuces et des configurations. C'est se creuser la tête pour trouver comment faire entrer toutes les fonctions essentielles d'une maison. dans un espace mini, sans que ça ressemble à un camping-car ou un débarras. Et dans cette contrainte, il y a une formidable liberté créative. Concevoir une tiny house, c'est un peu comme résoudre un immense puzzle en trois dimensions. Comment articuler le rangement, la lumière, la circulation, le confort, sans perdre d'espace ni perdre d'âme ? Et c'est là que la magie opère, dans ces petits espaces, on trouve souvent des aménagements d'une ingéniosité folle. Et moi, c'est là que ça me parle, c'est qu'on retourne aux essences de mon métier d'architecte d'intérieur. C'est réfléchir pour arriver à associer les fonctions, les éléments nécessaires, les critères, tout ce qu'on doit mettre dans un intérieur et le penser de manière logique, maligne et créative. Donc encore une fois, on ne se contente pas de remplir des mètres carrés, on les compose et on les fait vibrer. Et finalement, peut-être que la tiny house, elle séduit justement. parce qu'elle nous invite à redevenir acteurs de notre propre lieu de vie. Et ça, je suis la première à vous le dire. Nos espaces de vie doivent ressembler et faire écho à nos modes de vie et nous ressembler. Alors oui, vivre dans une tiny house, ça fait rêver. Mais pour être juste, il faut aussi parler des limites très concrètes que ce mode de vie impose. Soyons un petit peu terre à terre. Parce que si la liberté est grande, oui, l'espace, lui, l'est un peu moins. D'abord, la mobilité, c'est pas tout à fait ce qu'on en imagine. Techniquement, une tiny house, c'est mobile. Elle est montée sur une remorque, oui. Mais en pratique, déplacer sa tiny house, c'est pas aussi simple que ça. C'est pas aussi simple que de sortir sa valise du placard. Il faut un gros 4x4 parce qu'une tiny house ça pèse lourd. Un permis adapté pour tracter, des itinéraires autorisés et parfois des autorisations spécifiques selon les régions. Et puis il faut trouver un terrain où se poser, ce qui peut vite devenir un vrai parcours du combattant administratif. Bref, votre tiny house, vous pouvez la déplacer, mais pas sur un coup de tête. Pas pour partir en week-end au bord de la mer, là c'est un camping-car qu'il faut. Ensuite, l'espace, même optimisé, il reste limité. 20-30 mètres carrés, ça demande quand même une discipline de... tous les instants. Pas de place pour les collections de grandes chaussures, pas de carton souvenir qu'on garde au cas où, pas d'aspirateur robot qu'on peut mettre où on veut, la planche à repasser taille XXL vous oubliez, et pas de vélo elliptique. Vivre dans une tiny house, c'est faire des choix clairs, ce que je garde, ce que je donne, et ce que je laisse derrière moi. Au quotidien, ça veut dire aussi accepter une certaine proximité. Une salle de bain petite, voire minuscule, une cuisine où l'on peut tout attraper sans bouger d'un mètre, Une chambre parfois accessible par une échelle, un petit peu raide. C'est parfait pour des amateurs d'espace cosy, c'est parfait pour un couple aussi. Un peu plus délicat pour les adeptes de grands écarts matinaux ou les grandes familles. Il y a aussi un couche. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, une tiny house n'est pas toujours une solution bon marché. Pour avoir une vraie qualité de construction, donc une bonne isolation, des matériaux durables, des systèmes écologiques intégrés, le prix peut varier et grimper entre 40 000 et 90 000 euros, voire plus selon les options. Alors oui, c'est beaucoup moins cher qu'une maison traditionnelle, ça on est bien d'accord, mais ce n'est pas non plus l'équivalent d'un cabanon discount. Enfin, la vie quotidienne, elle impose une vraie capacité d'adaptation. Vivre dans un petit espace, c'est gérer au millimètre près son rangement, ses déplacements et sa logistique. C'est être capable de transformer un espace de jour en espace de nuit, de moduler son environnement en permanence. C'est passionnant pour certains, c'est potentiellement étouffant pour d'autres. Bref, la tiny house, c'est une vraie aventure, une aventure qui demande... parfois envie de changer ses habitudes et de repenser sa manière de vivre. Et surtout, de faire la paix avec le fait que dans 25 mètres carrés, on ne rangera pas une vie de palace. Et puis, vivre dans une tiny house, ça demande aussi un certain sens de l'humour et de l'acrobatie. Il faut aimer pouvoir attraper son café, son pull et son ordinateur sans quitter son lit. Accepter de se cogner une ou deux fois contre la mécanine, de devenir champion du rangement de précision où chaque tiroir caché compte autant qu'une pièce en plus. La salle de bain, elle est compacte, La cuisine multifonction, le salon, a replié selon son humeur du jour. Bref, c'est un peu comme vivre dans une maison de poupée, mais avec de vraies contraintes d'adultes. Une aventure donc, on est d'accord, c'est une aventure. Mais pour ceux qui se lancent, c'est souvent un espace où chaque détail devient un choix, et où la contrainte devient finalement une belle liberté. Allez, c'est le moment où je vous expose mon petit point de vue personnel. Moi, en tant qu'architecte d'intérieur, les tiny house, forcément, ça m'inspire. Quand on travaille au quotidien sur la composition des espaces, sur la manière de rendre un lieu fonctionnel et agréable, voir un habitat où chaque recoin compte, où chaque détail a été réfléchi, où rien n'a été laissé au hasard, c'est presque comme regarder un ballet millimétré. D'un point de vue purement professionnel, je trouve ça fascinant. Comment réussir à loger toutes les fonctions essentielles d'une maison classique, se nourrir, dormir, se laver, se détendre, dans l'équivalent de deux grandes pièces, parfois moins ? Ça demande un sens de l'optimisation, de l'équilibre et aussi une certaine audace. Oser inventer, oser penser autrement, oser refuser l'idée que plus grand égale forcément mieux. Mais au-delà de l'exercice de style, ce que je trouve particulièrement intéressant, c'est ce que ça nous raconte de notre rapport à l'espace. Parce qu'une tiny house nous oblige à revenir à l'essentiel. À se demander, qu'est-ce qui est vraiment vital dans mon quotidien finalement ? Ce n'est plus une maison où l'on accumule les mètres carrés au cas où. C'est une maison qui accompagne le mouvement de la vie, ses besoins réels et surtout ses envies profondes. Et dans un monde où on nous pousse souvent à vouloir toujours plus, les tiny house, elles, elles posent une question un peu impertinente. Et si finalement, habiter mieux, c'était pas avoir plus, c'était plutôt de mieux choisir ce qui nous entoure. Pour moi, au-delà de leur fonction esthétique ou de leur côté insolite, les tiny house, c'est surtout un rappel que l'essentiel ne se mesure pas en mètres carrés. mais en qualité de vie et en fluidité et en justesse. Vous pouvez acheter une maison qui fait 100 m², si elle est mal agencée, elle ne vaudra jamais une maison de 60 qui est optimisée. Et je dois dire qu'il y a quelque chose qui me fascine profondément dans les tiny house. C'est que chaque centimètre carré est réfléchi, que chaque meuble a une fonction, que chaque espace se transforme et se réinvente selon les besoins. Ce sont des maisons qui nous montrent avec un petit peu d'intelligence et beaucoup de créativité qu'on peut rendre un petit espace aussi riche et vivant, et parfois même plus fonctionnel, qu'un grand espace mal utilisé. Donc tout au long de cet épisode, on a exploré ce qu'était une tiny house, une maison minuscule, qui est pensée pour optimiser chaque centimètre, allier la mobilité, l'autonomie et le minimalisme. On a vu comment ce concept s'inscrivait dans une longue histoire d'habitat compact et ingénieux, et comment il résonnait avec des mouvements architecturaux comme le Bauhaus. Comment il remet en question notre besoin parfois démesuré d'espace et d'accumulation, mais on a aussi parlé de ce que ces petites maisons étaient capables de nous offrir. Plus de liberté, plus d'autonomie et plus de personnalisation. Et aussi des défis qu'elles imposent. Logistique, confort réduit, besoin d'organisation millimétrée. Mais au fond, La tiny house, c'est pas seulement un phénomène marginal ou une curiosité pour amateurs d'aventure, elle me pose une vraie question. Et si demain, c'était ça l'habitat du futur ? Pas forcément roulant sur les routes, mais dans une logistique plus globale. Des maisons peut-être plus compactes, plus autonomes en énergie, plus adaptables à notre vie mouvante, moins gourmandes en ressources, et plutôt pensées pour évoluer avec nous plutôt que de nous enfermer dans des schémas rigides. Si on regarde du côté de l'imaginaire, on trouve souvent des visions du futur qui oscient entre dystopie et utopie. Oui, vous savez, c'est un thème que j'aime beaucoup. Par exemple, les capsules hyper standardisées de Blade Runner, les habitats vivants et flexibles imaginés par Miyazaki, ou les trains modulaires de Snowpiercer où chaque wagon remplit une fonction de différence. Alors pour ceux qui n'ont pas les références, je vous laisse aller voir tout ça, c'est vraiment chouette à regarder. Mais peut-être qu'une image plus douce et plus inspirante pourrait nous guider. Alors, le podcast s'appelle Dessine-moi une maison, évidemment en référence au Petit Prince. Et comme dans Le Petit Prince, où chaque planète est habitée par un personnage, une fonction et surtout une singularité, chaque planète, elle est minuscule, autonome et différente. Mais toutes font partie du même système solaire. Peut-être que demain, nos habitats ressembleront à ça. À une myriade de tiny houses, chacune pensée pour un besoin, une envie ou une manière d'habiter. Elles pourraient être reliées ensemble, non pas par une obligation ou par un lieu choisi, vivant, organique, mais plutôt un tissu d'habitat léger, adaptable, mobile peut-être, formant peut-être des villages, des quartiers ou des communautés humaines réinventées. Ce seraient des espaces capables de respirer, de grandir, de se transformer avec nous finalement. Ni nostalgie, ni monde figé, ni fuite d'une technologie froide, mais plutôt une tentative qui est celle de recréer du lien, du mouvement, du vivant, à partir de ces petites unités libres. Peut-être que sans le savoir, ces drôles de petites maisons sur roues, elles nous soufflent déjà quelques secrets pour inventer demain une manière d'habiter plus juste. Bon, je vous avoue que tout ça, ça me pose des petits problèmes sur les fondements de l'architecture intérieure et ma vision. Mais bref, l'idée c'est vraiment de vous ouvrir à une façon de penser, à une philosophie peut-être un peu différente de celle qu'on a d'habitude. Et d'ailleurs, en y pensant, tout ça, ça me rappelle un mode de vie qui existe depuis bien longtemps, celle des gens du voyage. Les habitats mobiles, autonomes, qui se rassemblent et qui se dispersent au fil des saisons. Au fil des envies et au fil de la vie surtout. Comme quoi, parfois, ce qu'on imagine comme une révolution n'est peut-être qu'un retour aux sources discrètement réinventées. Bon d'accord, je suis partie peut-être un petit peu loin. Mais après tout, quand on parle d'aménagement intérieur, on a bien le droit de laisser son imagination vagabonder un petit peu, non ? Et on a bien le droit de trouver quelques piques pour imaginer le futur de nos habitats et de nos logements. Alors, on se retrouve très bientôt dans le podcast Dessine-moi une maison pour peut-être parler de l'habitat du futur ou au moins pour questionner un petit peu le vôtre. En attendant, je vous dis à la prochaine, prenez soin de votre intérieur et surtout, prenez soin de vous !