- Speaker #0
Hello, moi c'est Elisa et vous écoutez D'étonnante, le podcast qui donne la parole aux femmes différentes. A travers leurs témoignages inspirants, vous découvrirez comment elles se réalisent au-delà des normes et des modèles. Parfois par choix, souvent par nécessité, elles ont clairement fait une sortie de route et on les admire pour ça, pour leur résilience et leur authenticité. Voilà, je me lance et je vous embarque deux fois par mois dans mon aventure. à la rencontre de femmes singulières et détonantes. Bonne écoute ! Alors aujourd'hui, j'ai le plaisir d'accueillir Marion Boucard au micro de Détonantes. Bonjour Marion !
- Speaker #1
Bonjour Elisa, bonjour à tous !
- Speaker #0
Alors je vais te laisser te présenter, mais avant je vais simplement introduire un peu le sujet, parce qu'aujourd'hui c'est une histoire chargée d'émotions qu'on s'apprête à entendre. On va parler de maternité, mais comme on est au micro de Détonantes... Ce n'est pas forcément une maternité classique que tu as vécue. Et surtout, tu vas nous aider à comprendre pourquoi, à comprendre comment on peut faire famille autrement. Comment on peut vivre la parentalité en dehors du schéma classique. Alors, je n'en dis pas plus et je te laisse déjà te présenter.
- Speaker #1
Je suis Marion Boucard, j'ai 49 ans. Je suis maman d'un petit garçon de 4 ans et demi que j'ai eu par PMA Solo. À l'époque où c'était encore illégal en France, à savoir que la loi pour toutes est passée en août 2021 et que du coup Philemon a été fait en Espagne dans une clinique de la fertilité en mars 2020.
- Speaker #0
En mars 2020, rappelle-moi la loi en France, qu'est-ce qui se passe ?
- Speaker #1
Alors, la loi bioéthique passe enfin devant les gens qui votent les lois et... Du coup, la PMA devient accessible aux femmes célibataires et aux femmes en couple homosexuel.
- Speaker #0
Et donc ça, cette loi, elle est passée quand ?
- Speaker #1
Le 6 août 2021.
- Speaker #0
D'accord, donc depuis le 6 août 2021, c'est légal de faire un enfant toute seule ou un enfant quand on est homosexuel via la PMA.
- Speaker #1
Voilà, et en France, en tout cas, il y a un chiffre d'à peu près 43 000 femmes qui ont fait une demande de... De PMA, ça veut dire aussi de don de gamètes, puisqu'évidemment, on a besoin au moins d'un don de sperme et parfois d'un don d'ovocytes.
- Speaker #0
Alors juste, est-ce que tu peux rappeler ce que c'est justement un don de gamètes ?
- Speaker #1
Alors les gamètes, ce sont ces petites cellules mâles ou femelles dont nous avons besoin pour faire un enfant. Les gamètes hommes, ce sont les spermatozoïdes, gamètes femmes, les ovocytes.
- Speaker #0
D'accord. Alors merci Marion, là c'était pour la base, ça nous permet un petit peu de nous situer sur la loi, on attaque direct. Mais ce qui m'intéresse aussi, moi c'est un petit peu ton histoire. Comment, donc tu disais que tu avais 40, 43 ans, enfin petite quarantaine. Comment t'en arrives dans ta vie à te dire, moi finalement je vais faire un enfant, mais je ne vais pas le faire avec un papa, je ne vais pas le faire dans une famille, je ne vais pas le faire avec un autre parent, je vais le faire toute seule.
- Speaker #1
C'est un long chemin de renoncement. En tout cas, c'est comme ça que j'ai pris les choses au départ. Alors, j'avais effectivement très envie d'avoir des enfants et d'avoir une famille nucléaire, on dit ça. Donc, un papa, une maman, des enfants. Pendant très longtemps, enfin, depuis que je suis petite fille, peut-être que j'ai eu un désir d'enfant vraiment réel vers 27 ans ou en tout cas avec l'homme avec qui j'étais. Donc, j'ai eu plein d'histoires d'amour. J'ai eu une sexualité très riche. mais... je n'ai jamais trouvé l'homme avec qui ils fonderaient une famille au bon moment ou alors oui je l'ai trouvé mais je ne suis pas tombée enceinte ou alors je suis tombée enceinte à 30 ans par exemple c'était un oeuf clair il y a eu plein d'étapes dans ma vie qui ont fait que je n'ai pas pu faire famille quand on est très fertile et puis c'est à 43 ans quand je venais d'acheter un appartement à Marseille j'avais tout pour être heureuse et là j'ai été prise d'une grosse déprime parce que je me suis dit mais Merci. tu es en train de renoncer à ton désir d'enfant. Et je voulais vraiment connaître cet amour filial qui est si particulier, qui est vraiment du don de soi et cette transformation qu'on vit quand on est parent aussi. Et cet amour inconditionnel, c'était vraiment des choses que je voulais connaître. Et donc, très triste plusieurs semaines. Et puis, je rencontre une amie super enceinte. Je me dis, mais comment ça se fait que... Tu m'as jamais dit que tu avais un copain ou une nana et elle me dit mais je l'ai fait par PMA solo à Madrid par double don. Je me suis dit c'est quoi le double don ? Un don d'ovocytes et un don de sperme parce que ça fait cinq ans que je faisais une PMA avec mes propres ovocytes et ça ne marchait pas. J'ai tout essayé, même ma soeur. Les données de zébocytes, elle n'avait pas pris non plus. Et en tout cas, moi, cette rencontre a été déterminante puisqu'elle m'a dit, ah, mais je peux faire un enfant sans passer par les hommes, en fait. Donc, je me dis, génial. Donc là, je commence à me renseigner. Déjà, faire des bilans de fertilité, évidemment. Et là, le verdict de la gynécologue a été radical. Elle m'a dit, votre fertilité est basse. Je vous conseille de faire directement un double don. Donc là, c'était vraiment genre... On me met un sueur sur les ovaires et c'était assez dur à encaisser. Là, tu prends un coup de vieux d'un coup.
- Speaker #0
En fait, à part les stars, après 40 ans, concrètement, c'est difficile d'avoir un enfant.
- Speaker #1
Mais en fait, les stars aussi font des PMA.
- Speaker #0
Mais on a l'impression qu'on peut se permettre d'attendre 40, 45, mais la nature fait que c'est quand même compliqué.
- Speaker #1
Alors, voilà, on peut. Et en Espagne, c'est jusqu'à 50 ans, les PMA. Mais avec, a priori, dons de vocite, effectivement. Pourquoi c'est plus facile d'avoir un enfant avec un don de vocite, ou en tout cas un double don, c'est qu'on a deux donneurs, de moins de 30 ans en général, super fertiles, et la fertilisation est faite in vitro, fécondation in vitro, FIV, et que l'embryon est fabriqué en laboratoire, et ensuite on prend le meilleur embryon qu'on dépose dans l'utérus de la mère porteuse ou la mère désireuse d'un enfant. Donc, effectivement, il y a déjà plus de chances que ça arrive. La gynéco suisse qui était dans la clinique espagnole m'a fait un petit dessin hyper clair pour me montrer par A plus B que j'avais vraiment beaucoup plus de chances de réussite avec un double don que sur mes propres ovocytes. J'aurais pu essayer avec mes propres ovocytes, mais il aurait fallu faire plusieurs ponctions d'ovocytes. C'est des opérations, des stimulations. Ensuite, la ponction, il faut une anesthésie générale. Tout ça, revenir plusieurs mois pour avoir au moins une vingtaine d'ovocytes, pour pouvoir avoir à chaque fois sa descente. Donc, 6-7 embryons qui sont recongelés, qui sont ressortis. Il y a beaucoup de pertes dans tout ce protocole. Et du coup, pour avoir peut-être 2 ou 3 embryons à la fin. Et surtout, elle m'a dit, après 40 ans, statistiquement, 80% de la qualité ovocitaire... diminue. C'est beaucoup, ça veut dire que vous allez peut-être tomber enceinte. Mais il peut y avoir un problème trisomique et surtout, vous allez peut-être faire des fausses couches. C'est ce qui se passe quand l'embryon n'est pas viable, n'est pas bon.
- Speaker #0
Et alors du coup, vu que tu as fait un don et d'ovocytes et de spermatozoïdes, tu as lâché, entre guillemets, ton patrimoine génétique. Comment on vit ça de se dire, ce bébé, par exemple, il n'aura pas forcément été très physique, par exemple. Est-ce que c'est une question qui était importante sur ce moment-là, où le désir de maternité, il était plus fort que tout ?
- Speaker #1
Alors évidemment, le désir de maternité était plus fort que tout. Et c'est vrai que ça, la perte du patrimoine génétique, ça vient un peu à la fin de tous les renoncements. Donc j'ai envie de dire que ce n'était pas le plus important pour moi. Donc il fallait déjà renoncer à la famille classique.
- Speaker #0
Ça, c'était un vrai deuil pour toi, la famille classique ?
- Speaker #1
Oui, parce que je me suis toujours imaginée élever un enfant à deux. même à un moment donné j'ai cherché en coparentalité dans mes amis homosexuels ou les autres c'est vrai que c'est la vision qu'on a quand on élève des enfants et parfois c'est plus simple, là je me rends compte parce que maintenant je suis maman solo que c'est chouette aussi d'être toute seule parce qu'il y a aussi plein de choses qu'on peut décider seule sans faire de compromis et on a une extrême liberté de... de choisir la vie qu'on veut pour nous et pour notre enfant. En tout cas, la perte du patrimoine génétique n'a pas été une grosse étape pour moi parce qu'à partir du moment où un enfant désireux est un enfant heureux et s'il a tout l'amour qu'on a à lui transmettre, c'est le plus important. Moi, je m'en fous de lui transmettre ma voiture ou mon appartement. J'ai envie de lui transmettre ma croyance en l'amour, en la générosité, des valeurs positives. Et ce n'est pas très grave s'il n'a pas mon grain de beauté que j'ai sur la fesse gauche. Et alors, il y a des études de plus en plus poussées aussi en épigénétique qui montrent que le comportement et la façon dont les enfants copient le comportement de leurs parents est très, très importante. Même des enfants adoptés peuvent avoir les dents, la mâchoire qui se transforme en fonction de leurs propres parents. C'est une dentiste qui m'a dit ça, donc c'est incroyable. Et il y a d'autres études sur le microchimérisme qui sont très intéressantes, qui montrent qu'il y a des cellules qui passent de l'embryon à la mère et que même mon fils peut avoir des cellules de ma grand-mère, puisque je suis ici aussi de l'embryon qu'a fait ma mère. Et alors, très marrant, parce qu'effectivement, ma mère, quand elle fait une tâche difficile, elle tire légèrement la langue sur le côté et mon fils fait pareil donc c'est marrant parce que c'est émouvant de retrouver ce genre de signe alors est-ce que c'est parce qu'il a vu faire et que du coup il reproduit mais je pense pas parce qu'il se voit pas hyper souvent ou alors c'est ces petites bouts de cellules qui sont remontées jusqu'à cette petite grimace Mais voilà, je trouve que ça, ça relâche aussi un petit peu les choses.
- Speaker #0
Justement, sur cette triple hérédité, j'ai lu une très belle phrase que tu as écrite et donc que je vais lire. « Lâcher son patrimoine génétique et choisir le double don, c'est accéder à la gratitude par la grande porte. C'est ouvrir son cœur, c'est faire confiance, c'est donner la vie à des êtres universels qui sont riches de leur triple hérédité. » Alors cette phrase, je l'ai trouvée sincère, vraiment magnifique. Et quand tu parles de cette triple hérédité et de cette gratitude, toi justement, comment tu transmets ça à ton fils ? Est-ce que tu lui parles de ses donneurs ? Est-ce qu'ils vont être anonymes ? Comment vous vivez ça avec Philemon aujourd'hui ?
- Speaker #1
Alors, je ne me souvenais plus du tout de cette phrase, mais je vais en dire. Génial, parfait. Oui, c'est important, la gratitude, c'est vraiment quelque chose qui m'a habitée pendant... toute la préconception de mon fils. Et c'était important pour moi aussi de me connecter spirituellement à la donneuse pendant justement sa stimulation et sa fonction. Ça m'émule encore.
- Speaker #0
Oulala, c'est l'instant émotion. Mais simplement, moi, je n'avais pas compris. Je pensais que la donneuse et le donneur avaient donné leur gamètes avant. Mais si je comprends bien, la donneuse les a données après ta visite en Espagne ?
- Speaker #1
Alors... les donneurs, on estime, enfin probablement ils l'avaient donnée, je sais pas quand, un an, un mois avant. En revanche, la donneuse a été choisie pour moi. Donc à partir du moment où mes règles se sont déclenchées, que j'avais décidé de passer à l'action, ils m'ont trouvé tout de suite la donneuse et j'ai retardé mon ovulation pour me mettre en synchronisation avec elle. Moi, c'est très léger comme stimulation du coup quand on est receveuse. on prend On prend juste des médicaments pour augmenter la taille de l'endomètre. Donc, c'est la paroi de l'utérus pour que l'anidation de l'embryon puisse se faire. Donc, c'est ce que j'ai pris à partir du moment où elle a stimulé à fond ses ovules. Quand la pension a eu lieu, c'est là où j'ai demandé à la clinique de me dire vers quelle heure serait la pension. J'avais le jour, mais pour que je puisse la soutenir, me connecter et par la gratitude, lui dire merci, merci. d'avoir fait tout ça pour moi. Et puis, cinq jours après, j'ai reçu ce transfert dans cet embryon ici de cette femme.
- Speaker #0
On souffle un peu.
- Speaker #1
Donc ouais, c'est une façon extraordinaire d'apprendre la gratitude.
- Speaker #0
Mais complètement, ce don de soi.
- Speaker #1
Et effectivement, pour moi, il est né de... de l'ADN de ces deux personnes et un peu du mien parce que pendant la grossesse de toute façon ça a transmuté et je trouve qu'il y a peut-être une sorte de... quand je dis universel c'est que peut-être il m'appartient moins on sait que les enfants ne nous appartiennent pas et que de toute façon ils finiront par partir mais il y a aussi quelque chose comme ça pour moi c'est vraiment c'est un cadeau et C'est un cadeau de naître d'un double don, déjà. C'est une autre façon de penser le don, mais je pense que c'est très important de revenir sur la gratitude et du coup, aussi de sensibiliser les donneurs et les donneuses pour donner leur gamètre, pour qu'ils puissent rendre heureux des parents qui ne peuvent pas le faire forcément.
- Speaker #0
Et j'en viens du coup à poser une question qui peut aussi peut-être parfois inquiéter justement les donneurs ou ceux qui potentiellement envisagent. C'est de se dire, ok, moi j'ai envie de faire un don, Mais par contre, je souhaite rester anonyme. Mais comment ça se passe si l'enfant souhaite savoir qui je suis ou a envie que je joue un rôle dans sa vie ?
- Speaker #1
C'est simple, tout ça, il y a des lois. Donc, ça dépend des pays. Soit le don est anonyme ou ouvert. En Espagne, il est anonyme de par la loi. Donc, ni moi ni mon enfant ne pourront jamais connaître l'identité des donneurs. Mais Moi, je l'éduque aussi avec cette idée qu'il est né de mon désir et qu'on remercie les donneurs, donneuses.
- Speaker #0
Comment tu parles de ça à ton enfant ?
- Speaker #1
Je lui ai écrit une histoire qui est dans son bouquinou, dans sa boîte à histoire. Il peut l'écouter quand il veut. Pour moi, c'est vraiment important de le dire et d'en parler le plus facilement. après c'est au rythme de l'enfant évidemment mais en tout cas que nous quand on construit Quand on construit notre histoire de la naissance de notre enfant né par PMA et d'un don de gamètes, c'est hyper important que quand il arrive avec ses questions, on lui réponde tout de suite et qu'on n'hésite pas.
- Speaker #0
Est-ce que du coup, il a des questions ou finalement, le fait qu'il ait toujours su, qu'il n'y ait jamais eu de tabou autour de ce sujet, c'est comme ça. Il a une maman et puis ça lui semble tout aussi naturel.
- Speaker #1
Il n'y a pas de questions. Là, avec l'école, ça arrive et j'ai eu ma première carte des papas. Maîtresse, est-ce que tout le monde a un classe à un papa ? Il a levé la main, il a dit j'ai pas de papa, donc très courageux de sa part déjà. Il a un papa de cœur en revanche. J'ai demandé à plusieurs amis, pareil dans mon protocole de préconception, disons ça comme ça, qui m'est très personnel, j'ai demandé à cinq amis s'ils voulaient bien être le papa de cœur de Philemon. Il se trouve qu'il n'y en a qu'un qui a pris très en charge son rôle pour l'instant, peut-être que les autres seront là plus tard. En tout cas, ce qui est important, c'est qu'il y en ait un. qu'il soit à fond et que c'est un très bon ami à moi et c'est quelqu'un aussi avec qui j'ai une puissante amitié. Du coup, je l'ai inscrit dans mon testament en tant que tuteur légal. Il devient très important. Il est très important pour Philemon. Et il lui a demandé récemment s'il pouvait l'appeler papa et pas papa de cœur. Bon, voilà. Donc, il y a une très belle chose qui se met en place entre eux et je suis contente de ça.
- Speaker #0
Et qu'il y ait une figure masculine, c'était important aussi pour toi ?
- Speaker #1
Oui, je pense. En tout cas, ça m'a rassurée dans mon projet de maternité solo. Et en France, après cette loi de bioéthique de août 2021, les donneurs doivent être ouverts. Donc ça, c'est la nouvelle loi qui dit que la majorité de l'enfant peut demander l'identification de son donneur ou de sa donneuse. Ça ne veut pas dire l'appeler au téléphone. Il n'y a pas de contacts qui sont donnés. Mais il peut retrouver une lettre, par exemple, qu'aurait laissé le donneur à son attention. Et il a le nom.
- Speaker #0
Et ton avis là-dessus, t'en penses quoi, toi ?
- Speaker #1
C'était une volonté de Maman Solo, une association beaucoup plus importante que les Joyeuses Mères, qui soutient aussi les femmes qui ont des PMA solo, qui estime que l'enfant a le droit de connaître son héritage. Et aussi pour des raisons de maladie, par exemple, on a besoin de savoir. Après, moi, je pense que même si mon donneur est fermé, enfin, est anonyme, s'il y a un problème de santé, on peut aller voir la clinique. Donc voilà, ça, ce sont des choix personnels aussi. Ça fait partie des choix qu'on doit faire quand on est dans le parcours PMA, donneur anonyme ou pas. Moi, je pense qu'il n'y a pas de charge mentale comme ça. C'est anonyme et il n'y a pas de... Peut-être qu'à 18 ans... mon fils ou mon enfant pourra aller voir. Voilà, c'est vraiment encore, c'est vraiment chaque femme qui décide de ça et c'est très bien d'avoir le choix, puisque, bon, du coup, en France, en revanche, il n'y a plus le choix, c'est forcément d'honneur ouvert, mais dans les pays étrangers, on peut encore choisir, à savoir que comme il y a beaucoup de, il y a des gros délais d'attente dans les... PMA en France pour les femmes célibataires ou en couple homosexuel, il y a entre 18 et 24 mois d'attente sur le parcours en France. Donc, il y a des femmes qui ont décidé de ne pas attendre ce délai. Elles vont à l'étranger.
- Speaker #0
Ça montre bien, en tout cas, qu'il y a vraiment une forte demande des femmes en France, ces chiffres-là.
- Speaker #1
Oui, complètement. Et du coup, on n'a aucun statistique pour l'instant qui révèle le nombre de femmes qui vont encore à l'étranger. À savoir que la sécurité essentielle sociale rembourse certains parcours à l'étranger de PMA. Encore une fois, jusqu'à 42 ans.
- Speaker #0
Et alors, je me demandais quand tu étais enceinte et comment on te posait la question. Et alors, le papa, comment tu accueillais ça ? Qu'est-ce que tu répondais à ça ?
- Speaker #1
Je suis quelqu'un d'assez déterminée. Quand j'ai pris une décision, je la porte haut et fort. Donc, je ne me suis pas trop laissée secouer d'un part d'autres personnes. C'est-à-dire qu'à un moment donné, j'ai compris que j'avais envie de faire un enfant seul. Voilà, j'ai continué à avoir des relations avec des hommes jusqu'à enceinte. J'ai eu notamment quelques histoires un peu que j'appelle à l'arrache avant de faire le protocole PMA. Ou des trucs assez surnaturels, quoi. Où j'ai rencontré un type un soir, on passe la nuit ensemble, le lendemain matin, il m'invite à déjeuner et il me dit « Mais si tu veux, je veux bien être le papa, moi. Je te le fais, ton enfant. » Donc, c'est un peu genre « Mais de quoi tu te mêles ? » Je n'ai rien demandé. Et à partir du moment où j'ai pris la décision que je m'affranchissais des hommes pour faire un enfant, ça me simplifiait la vie, en fait, et que j'entrais dans cette... liberté de concevoir comme je veux l'éducation à mon enfant et la possibilité d'avancer dans ma vie.
- Speaker #0
Si justement aujourd'hui tu rencontrais quelqu'un, un homme avec qui tu tombes amoureuse, est-ce que tu serais prête à lui faire une place dans ta vie et surtout une place de coparent auprès de ton fils ? Alors j'entends bien qu'il a déjà un papa de cœur, mais est-ce que tu serais prête à lui offrir cette place-là ?
- Speaker #1
Je reste ouverte puisqu'il ne faut jamais se fermer les portes. et je l'ai fait en fait j'ai aussi une relation après, enfin comme on le savait peut-être un an avec un homme qui avait trois filles qui étaient en garde alternée et voilà on a commencé à avoir une histoire d'amour classique avec mon enfant que j'allais témoigner encore donc en même temps j'avais peu d'envie sexuelle et il a fini par me larguer lamenteusement par SMS au bout d'un an en me rappelant que ouais c'était le printemps et que lui il avait des envies sexuelles un peu trop fortes Et en gros, depuis ça, j'ai plus du tout envie de me remettre en couple pour le moment. Et je suis vraiment dans une période de déconstruction de toutes les injonctions faites aux femmes par le patriarcat et les injonctions pour faire couple, quoi. Et que, mince, on est bien seules.
- Speaker #0
Alors justement, tu parles d'injonction, d'injonction sociale. Mais c'est vrai qu'aujourd'hui, le fait d'avoir un enfant seul, Hors du schéma classique de la famille, ça peut faire peur. Et est-ce que ce n'est pas aussi cette peur qui freine certaines femmes de se lancer dans cette PMA solo ? Qu'est-ce que toi, avec ton expérience, tu pourrais dire pour rassurer ou en tout cas pour conseiller les femmes qui aujourd'hui se posent la question d'aller ou non vers ce schéma familial ?
- Speaker #1
Je pense qu'à partir du moment où j'ai eu mon enfant, je n'ai plus eu besoin de passer... Par le filtre des hommes. C'est-à-dire que j'ai l'impression que pendant 30 ans de ma vie, j'ai essayé d'être avec des hommes pour avoir un enfant et fonder une famille. Et comme je l'ai faite sans leur aide, finalement, j'ai pu, évidemment, kikiner avec la séduction et les histoires de séduction et les injonctions liées à ça. Et ça m'apaise énormément. Ma vie, elle est tellement plus zen. Après, on a toujours des choses qui nous speed, mais en tout cas, j'ai des projets persos que j'accomplis, que j'assume. Je ne perds pas mon temps à ce que je dois répondre à ce texto maintenant. Je ne passe pas mon temps à aller m'épiler le sexe qui fait super mal pour faire plaisir à quelqu'un. Donc voilà, je suis dans plein de livres là-dessus, de Alice Rebo, Nos puissantes amitiés. réinventer l'amour de mon acholé. Je pense qu'il y a beaucoup de femmes là, on est en train vraiment de rejeter tout ça pour nous redécouvrir entièrement et aussi, voilà, c'est le fait de m'être vue à travers le regard des hommes pendant toutes ces années. Maintenant, j'ai des relations plus simples aussi avec les femmes. J'ai presque que des femmes dans mes amis, d'ailleurs, dans mes amitiés et dans mes relations maintenant parce qu'avant, pour moi, c'était un peu des compétitrices et et Et on nous poussait les unes contre les autres aussi. Alors que je pense qu'il faut se soutenir, s'aider. Et c'est aussi une des raisons pour lesquelles j'ai créé cette association.
- Speaker #0
On y vient. Alors parle-nous justement de ton association.
- Speaker #1
Donc, Les Joyeuses Mères est une association qu'on a cofondée en 2023 avec Béatrice Louchouarne et Jennifer Lepesqueur, une psychologue qui l'a quittée depuis. C'est vraiment une association pour le soutien. Des femmes qui sont en parcours PMA solo ou des mamans par PMA solo. On est local. Pour moi, c'était important d'activer le présentiel à fond et de faire du partage d'expériences. Voilà, c'est aussi comme on le sait, des sujets PMA, FIV, etc. On passe beaucoup de temps à chercher des choses sur Internet. Et les forums, pour moi, ça a été le pire dans mon expérience. C'est qu'en fait, on n'a souvent que des résultats négatifs. Ça nous détruit le moral. alors que que trouver, parler autour d'un café, autour d'un pique-nique, dans un parc, avec des femmes qui ont vécu ces parcours-là et qui ont tout un parcours unique. Mais il y a vraiment de la solidarité qui se met en place, beaucoup aussi d'apaisement. Ça fait du bien, on a des très bons retours. On met aussi en place des actions comme le portage-partage de repas à domicile après l'accouchement. Souvent, les femmes s'organisent pour que les deux et quelqu'un c'est ce qu'on conseille vraiment quelqu'un de la famille ou une amie proche pendant au moins les 10 premiers jours et ensuite on s'engage Les bénévoles de l'association qui le souhaitent s'engagent à faire des repas et à les apporter à cette femme pendant un mois, une ou deux fois par semaine. On fait aussi beaucoup de trocs, d'échanges, tous les cododos, les poussettes.
- Speaker #0
Quand tu te lances dans une maternité solo, tu as finalement deux fois moins de revenus. Donc ça aussi, c'est une question qui peut faire peur avant de se lancer.
- Speaker #1
Voilà. Judith Duportail dans son livre Maternité Rebelle que je conseille à toute seule qui peut se lancer en maternité solo, elle en parle très bien elle estime qu'il faut 600 à 800 euros de plus par mois donc ouais, notamment les deux premières années il y a tellement de choses à acheter en puriculture, il y a vraiment c'est ok de faire des échanges, on garde les choses la plupart du temps que quelques mois, donc c'est vrai que c'est pénible de tout acheter qu'on propose aussi ... Des ateliers pour les femmes en parcours, pour les enfants. On propose des ateliers sur l'écriture de la naissance par PMA, etc.
- Speaker #0
Et ça, c'est quelque chose que vous conseillez justement d'écrire les mots, d'écrire l'histoire de la naissance ?
- Speaker #1
Oui, je pense qu'écrire l'histoire, écrire l'histoire de son enfant. Il y a des livres aussi personnalisés qui existent, Madame, Madame fait ça, où on écrit quelques phrases dans son cadre, puis on reçoit le livre qui raconte l'histoire de son enfant. Voilà, chacun choisit ses propres mots et c'est un livre un peu de chevet pour les tout petits bébés jusqu'à 2-3 ans qui seront contents de le lire, ça s'est vraiment intégré aussi à son récit de naissance. et on fait là la demande des adhérents on on On fait des ateliers sur la monoparentalité, parler pour que les enfants écoutent, qui est une technique de communication non-violente canadienne. Et on a un partenariat avec la tribu Ménado, qui est une ressourcerie parentale basée à Marseille également.
- Speaker #0
Et vous avez beaucoup de demandes justement à Marseille ?
- Speaker #1
Là, on a complé le cycle. Il est complé avec 10 parents. On est à peu près une soixante-dix, on est un petit peu moins de cent dans l'association, elle a deux ans, donc c'est pas mal. On est référencés maintenant justement par le SECOS et les centres PMA qui parlent de nous, dès que les femmes ont des questions. Et puis aussi, de plus en plus, on essaie d'avoir une action politique auprès de la ville, par exemple, pour avoir des places en crèche en priorité pour les mamans solos. Parce que voilà, ça arrive qu'il y a quand même deux enfants, un enfant sur trois qui n'a pas de solution de garde à Marseille. Donc pas de place en crèche, pas de nounou. Ça veut dire qu'une femme qui doit reprendre le travail, elle ne peut pas. Et on a aussi des actions nationales. Et notre grosse action, cette année en 2025, on a lancé un concours de nouvelles sur le don de gamètes. Donc très gros morceau. Ça s'est hyper bien passé. On a eu 118 nouvelles proposées pour briser les tabous et parler du don de gamètes et faire en sorte que ça devienne un petit peu plus connu, nos histoires. On voit que pour les couples infertiles, l'infertilité est vraiment taboue, surtout pour les hommes. Ils en parlent très peu. Souvent, dans les familles avec des enfants nés de dons, il y a peu de communication. Ce n'est pas du tout les mêmes enjeux que pour les mamans solo ou les femmes homosexuelles, puisque nous, on va en parler dès le départ. Mais nous, on a besoin de donneurs, par exemple. Donc ce concours, c'est aussi pour sensibiliser le grand public.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a justement un profil type de donneur ? Parce que c'est vrai que, par exemple, autour de moi, je ne crois pas forcément en connaître.
- Speaker #1
Les chiffres sont vraiment très bas. En 2024, c'est quelque chose comme 900 donneurs de spermatozoïdes et 1200, un peu plus, d'ovocytes. En région PACA, en 2024, c'est carrément 56 donneurs de spermatozoïdes et 93 donneuses. C'est rien. Et fin 2024, il y a 10 400 femmes en attente de spermatozoïdes. Donc, vous vous rendez compte du décalage. Il y a l'agence de biomédecine qui chapeaute tout ça, qui va faire un roadshow. sur toute la France cet automne, pour lequel nous allons être bénévoles aussi. On lance aussi le premier festival sur le don de gamètes qui va s'appeler « Quoi, ma famille ? »
- Speaker #0
Alors, c'est quoi un festival du don de gamètes ?
- Speaker #1
Alors, festival sur le don de gamètes, ça veut dire qu'on mixe à la fois des spectacles et des conférences. Puis, sans doute, des lectures de nouvelles et une grande soirée le soir. Et moi, je terminerai ce site de conférences avec « Où sont les hommes ? » Que se passe-t-il avec ce silence des hommes face à l'infertilité et où en est-on ? Quelle est la place des hommes maintenant qu'on fait des enfants toutes seules ?
- Speaker #0
Justement, est-ce que tu ne crois pas qu'ils se sentent un peu rejetés, les hommes, face à tout ça ?
- Speaker #1
Non, je ne pense pas qu'ils se sentent rejetés, ce n'est pas l'idée, mais en tout cas, il y a du travail de déconstruction, reconstruction, d'acceptation de son infertilité quand c'est le cas, de ne pas culpabiliser, d'en parler aux copains.
- Speaker #0
Et pour en revenir un peu à ton histoire et ta vie de maman ? Dans le podcast de Détonnante, on parle de différence, on parle de façon de faire autrement. Est-ce que toi, tu te sens aujourd'hui différente dans ton rôle de maman et dans ta place de femme dans la société ?
- Speaker #1
Oui, je crois que je me suis toujours sentie un petit peu différente parce que je ne suis jamais rentrée vraiment dans les casques. Je suis partie du lycée de ma campagne. très vite à 18 ans, que j'ai toujours à fond d'expérience, que j'ai fait beaucoup de choses seule. Alors est-ce que ceci aboutit à ça ? Mais c'est vrai que dès 18 ans, j'allais voyager en Asie du Sud-Est avec mon sac à dos. J'aime bien me challenger. J'ai créé ma société quand j'avais 38 ans. Personne dans ma famille l'avait fait avant. Je suis chef d'entreprise, je suis maintenant présidente de cet asso, je suis maman solo, j'enchaîne des responsabilités parce que j'aime bien faire avancer les choses et j'aime bien faciliter le passage pour les suivantes.
- Speaker #0
Et alors, si tu devais donner un conseil à une femme qui hésite à se lancer, quel conseil, quel mot lui dirais-tu pour la rassurer et pour lui donner peut-être le coup de... pouce qui lui manque pour oser se lancer ?
- Speaker #1
Déjà, conserver ses ovocytes avant 36 ans. Le pic de la fertilité étant à 30 ans. Moi, je conseille de conserver ses ovocytes dès 30 ans parce qu'évidemment, c'est rarement l'âge où on a envie d'enfant. C'est plutôt l'âge où on vient juste d'avoir un poste et on a éventuellement un copain ou une copine et on s'installe avec lui.
- Speaker #0
Et si on ne l'a pas encore fait à 30 ans mais qu'on approche plutôt de la quarantaine, il n'est pas trop tard. Est-ce que tu aurais un conseil à donner aussi pour les femmes qui nous écoutent ?
- Speaker #1
S'écouter, je pense. C'est très difficile de donner des conseils à ce niveau-là. C'est vraiment, quel est ton désir d'enfant ? Comment tu te vois dans 10 ans ? Est-ce que vraiment tu serais très triste si tu n'as pas d'enfant ? Ou est-ce OK si tu continues ta voie personnelle ? Après, je ne peux pas décider pour les femmes, mais c'est vraiment s'interroger sur ce désir-là. Si le désir d'enfant est profond et qu'il est là, commencer à faire les rendez-vous séquoces parce qu'on sait que le parcours dure deux ans qu'à partir de 40 ans on est déjà un petit peu mise de côté parce qu'il y a deux ans d'attente et que 42 ans c'est l'âge où ça sera terminé donc ouais je dirais 38 ans même si on n'est pas trop sûr de soi c'est déjà rencontrer d'autres femmes qui ont fait ce chemin là pour pouvoir se projeter et commencer le parcours et Merci. Pendant le parcours, les choses se mettent en place. Quitte à arriver à la fin du parcours et dire « Finalement, j'ai plus envie. » Mais au moins, on ne perd pas encore deux ans. Après, sinon, vous faites comme moi, les femmes trop vieilles, entre guillemets, pour utiliser leurs ovocytes. Et puis, on fait du double don.
- Speaker #0
Écoute, Marion, merci. Est-ce que tu as encore peut-être quelque chose à ajouter pour terminer notre entretien ?
- Speaker #1
Voilà, l'important. Pourtant, c'est l'amour et la gratitude, j'ai envie de dire. Et puis, n'hésitez pas aussi à adhérer ou à nous faire des dons, puisque on fait tout ça sans financement, autre que quelques subventions que veut bien nous donner l'État ou la Ville.
- Speaker #0
Eh bien, merci beaucoup Marion, vraiment, pour ton témoignage. Je suis sûre que tes mots, ton parcours vont pouvoir éclairer, aider, rassurer beaucoup de femmes qui nous écoutent. Et prouver que le désir de maternité, quand il est là, s'il y a de l'amour à donner, il existe plein de façons d'être parent. Et c'était vraiment hyper inspirant. Alors, merci beaucoup.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
Et voilà, cet épisode se termine. Je vous remercie beaucoup de l'avoir écouté jusqu'au bout. Si ça vous a plu, vous pouvez bien sûr vous abonner sur toutes les plateformes d'écoute à ce podcast. et également suivre l'actualité sur le compte Instagram d'étonnante. podcast. Le prochain épisode sortira d'ici deux semaines et moi je vous dis à très bientôt !