Speaker #0Aujourd'hui, j'ai envie de parler d'une phrase que j'entends constamment, surtout en cette période estivale. Cette phrase est « Je suis fatiguée » . Et c'est pas une fatigue parce que la semaine a été chargée, pas une fatigue qui disparaît après un week-end, mais une fatigue qui semble vivre dans le corps depuis des années. Une fatigue d'être celle qui porte, celle qui organise, celle qui pense à tout, celle qui tient. Et ce qui me frappe, c'est que cette phrase est presque toujours suivie d'une autre phrase qui est « Mais ça va, je suis fatiguée, mais ça va » . Comme si reconnaître sa fatigue n'était jamais suffisant, comme s'il fallait immédiatement rassurer l'autre, et surtout, comme si être fatiguée était devenu le prix à payer pour être une femme forte. Aujourd'hui, j'aimerais qu'on interroge ensemble cette idée, parce que je crois que beaucoup de femmes ne sont pas épuisées Parce qu'elles sont fragiles, elles sont épuisées, parce qu'elles ont appris que leur valeur dépendait de leur capacité à tenir. Hola douce soeur, je m'appelle Sokerta, ce qui signifie arbre du bonheur en cambodgien. Et mes parents ont fui le régime des Khmer Rouge et le Cambodge pour venir en France, il y a déjà 50 ans. Et pendant tout ce temps, j'ai cherché ma place. Entre deux mondes, entre loyauté, liberté, entre le besoin de réparer ma famille, mon histoire et celui de me trouver. Pendant près de 20 ans, j'ai travaillé dans l'humanitaire et le secteur associatif, aux côtés de populations en exil, de femmes isolées, dans des contextes de crise et d'urgence à travers le monde. J'ai longtemps combattu les injustices à l'extérieur, jusqu'au jour où j'ai compris que la paix commençait en soi, à l'intérieur. Alors j'ai choisi un autre chemin, celui de la thérapie et de l'accompagnement des femmes vers leur essence, leur liberté, leur confiance, leur affirmation de soi, leur pouvoir, leur puissance. Aujourd'hui j'accompagne les femmes à se reconnecter à leur corps, à libérer leurs blessures, à se sentir à nouveau en sécurité dans leur puissance et leur douceur. Je crois profondément que la réponse est déjà en chacune de nous, que le retour à soi est le début de toute transformation. Bienvenue dans Douceur, un espace de parole, de guérison, de réconciliation entre le féminin, le masculin, le corps, la terre et l'âme. Ici, on apprend à ralentir, à respirer, à retrouver la voie de l'équilibre de la liberté et de la paix intérieure. Merci d'être là, à mes côtés. Et quand je parle de la femme forte, je ne parle pas de la puissance féminine. Je parle de cette image, de cet idéal, de ce rôle, celui de la femme qui gère tout, qui ne demande rien, qui s'adapte, qui prend soin des autres, qui travaille, qui élève des enfants, qui prend des nouvelles de ses parents, qui organise les vacances, qui n'oublie jamais un anniversaire et qui continue d'avancer même quand son corps dit stop. Et ce qui est fascinant, c'est beaucoup. D'entre nous, appelons ça de la force. Mais dans le fond, est-ce que c'est vraiment de la force ou plutôt une armure ? Parce qu'une armure, par définition, ça protège. Et là où c'est plus problématique, c'est qu'une armure, selon moi, empêche aussi de sentir et ressentir. Et finalement, personne ne naît avec cette armure. Aucune petite fille ne naît en pensant Hum, je vais porter le monde sur mes épaules, et derrière le monde, j'entends surtout la famille. On apprend, on apprend que les bonnes filles ne dérangent pas, qu'elles sont sages, qu'elles sont gentilles, qu'elles sont disponibles, qu'elles pensent aux autres, et puis les années passent. Et les injonctions, parce que ce sont déjà des injonctions, changent tout simplement de forme. Aujourd'hui, on nous dit... Sois indépendante, sois ambitieuse, sois une mère parfaite, sois une partenaire épanouie, mais n'oublie pas de prendre soin de toi. Médite, fais du sport, réussis, entreprends, sois libre, mais reste agréable. Affirme-toi mais pas trop, vieillis bien mais naturellement, exprime-toi mais sans déranger. Est-ce que tu entrevois finalement le vrai problème ? Le vrai problème, c'est qu'on nous demande d'être partout. Le vrai problème, c'est qu'on nous demande d'être tout, tout en même temps. Et ce problème, il n'est pas individuel. Non, tu n'es pas seul dans ces questionnements-là. Ce problème, il est politique. Et c'est ici que j'ai envie d'élargir le regard. Parce qu'on entend souvent, tu devrais mieux gérer ton stress, tu devrais apprendre à lâcher prise, tu devrais prendre davantage soin de toi. Mais très rarement, Cette question est posée. Pourquoi les femmes ont-elles autant besoin d'apprendre à lâcher prise ? Pourquoi les femmes sont-elles si nombreuses à vivre en hypervigilance ? Pourquoi les femmes sont-elles si nombreuses à croire qu'elles doivent mériter leur repos ? Moi j'ai l'intime conviction que notre fatigue n'est pas individuelle ni personnelle. Elle est systémique et politique. Parce que le système nous apprend dès l'enfance à nous adapter, à être utile, à prendre soin des autres avant de prendre soin de soi, à anticiper, à faire passer les besoins des autres avant les nôtres. Et petit à petit, cette voie extérieure qui provient du système à travers les différents environnements, que ce soit la famille, l'école et autres, petit à petit, cette voie... extérieure devient notre propre voie, notre voie intérieure. Et nous n'avons même plus besoin qu'on nous dise de continuer dans ces injonctions, ces schémas. Nous nous le répétons toute seule. Et ça devient, allez, encore un effort, je me reposerai plus tard. C'est pas si grave. C'est là que le système patriarcal finit par habiter notre corps. Parce que le patriarcat ne vit pas. pas seulement dans les institutions, il vit aussi et surtout dans nos corps. Quand je parle de patriarcat, je ne parle pas uniquement des hommes, je parle du système. Ce système qui depuis des siècles organise nos vies, distribue nos rôles, décide de ce qui a de la valeur et de ce qui n'en a pas. Ce système qui a appris aux femmes à être utiles avant d'être libres, à prendre soin avant de se choisir, à donner avant de recevoir. à produire avant de ressentir. Et ce qui est fascinant, c'est que ce système n'a plus besoin d'être constamment imposé de l'extérieur. C'est vraiment quelque chose qu'on intériorise au fil du temps. Et c'est sur ce point-là que j'ai envie de t'interpeller. Parce que cette voix, elle devient vraiment une vérité intérieure. Et c'est ce qu'on vient de déconstruire pendant les séances. C'est ces fameuses croyances bloquantes. Ces voix qui nous disent, tu n'as pas le droit. D'être égoïste, tu n'as pas le droit de penser à toi. Tu peux encore faire un effort parce que les autres passent avant tout, avant toi, et tu te reposeras quand tout sera terminé. Et c'est aussi pour cette raison que beaucoup de femmes vont se sacrifier jusqu'à leur retraite et créer leur seconde vie à la retraite, voire un petit peu avant, au moment de la ménopause. Mon apénopause, c'est quand en fait les enfants sont devenus autonomes et grands, et souvent ils sont partis du foyer. Mona Cholet écrit que les femmes portent encore aujourd'hui le poids de siècles d'attentes invisibles, de toutes ces injonctions, et pas seulement dans leur choix, mais jusque dans leur manière d'habiter leur corps, de vivre, d'incarner la réalité. Et, je crois que c'est profondément vrai malheureusement, nous croyons souvent que nous choisissons librement mais combien de nos choix sont en réalité des adaptations. Et ça, c'est quelque chose qu'il me semble important d'exposer aujourd'hui. Et d'autant que j'ai lisé récemment un bouquin de Silvia Federici qui explique quelque chose qui m'a profondément marquée parce qu'elle montre que pendant des siècles, le travail des femmes a été invisible et ce travail invisible, c'était naturel. Prendre soin, nourrir, écouter, porter, organiser, réparer. Comme si les femmes devaient être dans une disponibilité infinie. Et cette disponibilité infinie, elle fait simplement partie de la nature, de notre nature, de nous en tant que femmes. Mais moi je ne crois pas que ce soit notre nature. Je crois vraiment que c'est une construction politique. Que cette construction politique, elle vient de tout ce système. éducatif que sociétal qui encourage cette disponibilité infinie pour les autres et que cette disponibilité infinie devient une identité pour nous les femmes et que quand on décide de se reposer, ça crée de la grâce. culpabilité. Et justement, c'est peut-être ce que ton corps essaye de te dire, notamment en cette période estivale où je vois autour de moi et dans ma patientèle, beaucoup de femmes qui ont du mal à se reposer. Et c'est pour cela que je ne peux pas réduire cette notion d'épuisement à la mauvaise gestion du stress, parce que ça amène beaucoup trop de culpabilité. Tu n'es pas assez forte. Et parce que surtout, le corps n'est jamais contre nous. Le corps raconte une histoire. Le corps, c'est le messager de nos émotions. Le corps, c'est le messager de notre alignement et de notre vérité. Et, quand je dis que le corps raconte une histoire, c'est qu'il renvoie aussi au trauma. Et le trauma qui n'est pas seulement ce qui nous est arrivé à nous-mêmes, mais ce qui est resté bloqué dans notre système nerveux à travers le transgénérationnel, à travers cet inconscient collectif. Car chez beaucoup de femmes, il existe selon moi un trauma collectif qui remonte notamment jusqu'à la chasse aux sorcières. Des générations de femmes qui ont appris à survivre, à se taire, à faire passer leurs besoins après ceux des autres, à tenir, toujours tenir. Et parfois, nous héritons moins de ces histoires que des stratégies de survie. Nos grands-mères, nos mères et même au-delà de nos grands-mères. Et aujourd'hui, nous. Pas parce que nous sommes condamnés, mais parce que le corps est aussi ce métagé et il transmet aussi des façons d'être au monde. Et c'est dans cette optique qu'il y a quelques semaines, j'ai créé un guide autour des archétypes du féminin. Et dans ce guide, celui qui est revenu le plus souvent en termes d'archétypes, c'est celui de la carrière épuisée. Et je pense vraiment que c'est en fait l'archétype de la femme moderne. de l'époque dans laquelle nous vivons. Cet archétype de la carrière épuisée. Et lorsque je lis les témoignages de ces femmes, après le retour sur ce guide, je suis plutôt bouleversée parce que finalement, chaque femme qui me fait un retour se reconnaît immédiatement dans cette carrière épuisée. C'est celle qui porte beaucoup, voire beaucoup trop, celle qui gère, qui gère tout. Celle qui contrôle parfois même ses émotions pour continuer d'avancer. C'est celle qui s'oublie. Celle qui s'oublie derrière cette force. Parce que derrière cette force, il y a une immense fatigue, une non-autorisation à se reposer. Et il y a surtout une peur. Une peur que si elle s'arrête, tout s'écroule. Alors elle continue. Encore. Encore. Et encore. Jusqu'à ce que son corps dise que... ce que son mental refuse d'entendre. Mais ce que j'aime rappeler, c'est que cette carrière, ce n'est pas toi, ce n'est pas ton identité, c'est une posture et c'est une stratégie. C'est une stratégie de survie. Parce qu'à un moment de ta vie, cette carrière, elle t'a protégée, elle t'a permis de traverser des tempêtes, elle mérite d'être honorée, mais peut-être qu'aujourd'hui, elle peut enfin se reposer. et se relier aux autres archétypes qui sont présents en toi. Parce que je crois profondément que nous avons besoin de changer notre définition de la force et que la vraie révolution finalement ce serait de déposer l'armure. La vraie force n'est peut-être pas de tout porter. La vraie force c'est peut-être de sentir, de ressentir ce qui est présent dans son corps et d'oser dire non, d'oser demander de l'aide. Oser ralentir, oser poser limite et ne plus se trahir pour continuer à être aimé dans une société qui valorise la performance. Choisir son rythme, ralentir, se reposer devient un acte politique dans une société qui glorifie le sacrifice, la performance. Et ce choisir, c'est un vrai acte de liberté dans une société qui demande aux femmes d'être disponibles. « Redevenir indisponible à ce qui nous éloigne de nous-mêmes, c'est peut-être l'une des plus grandes formes de liberté. » En tout cas, pour moi, c'est là où notre société nous emmène si on veut sortir de ces injonctions patriarcales. Et c'est pour sortir de ces injonctions patriarcales, ça peut se faire aussi avec une révolution très douce. Belux ! Une autre écoféministe américaine écrivait que le patriarcat demande aux hommes de couper leur vulnérabilité. Moi, je suis complètement d'accord avec ça. Et je pense que c'est aussi ce qui est demandé aux femmes. Le patriarcat demande aux individus de couper leur vulnérabilité et de se couper de leur sensibilité. Parce que si les femmes sont coupées de leur sensibilité, elles sont aussi coupées de leur capacité à écouter leurs besoins, leur corps, et elles deviennent disponibles pour les autres en permanence. Et je crois que c'est ça le grand mouvement. Comment sortir de cette logique ? Pas pour devenir plus dure, pas pour devenir des femmes qui n'ont besoin de personne, mais pour devenir profondément vivante et incarnée. Pour moi, l'écoféminisme nous rappelle quelque chose de magnifique. La domination qui épuise les femmes est la même logique que celle qui épuise la terre. Toujours produire, toujours extraire, toujours optimiser, toujours faire plus. nos corps sont traités comme aisselles On attend d'eux qu'ils donnent encore et encore, sans jamais respecter les saisons, sans jamais respecter les hivers, où tout ralentit. Or, la nature ne fleurit pas toute l'année. Elle alterne, elle ralentit, elle se retire, elle se régénère. Et nous vivons dans une culture qui ne supporte plus les cycles, qui n'accepte plus les cycles. Cette culture voudrait que la terre produise toute l'année, comme nous les femmes. Cette culture voudrait que les corps restent performants. toute l'année, comme pour nous les femmes. Elle voudrait, cette culture voudrait que les femmes soient disponibles 24h sur 24 toute l'année. Sans repos, sans hiver, sans j'achère, sans silence, sans un seul moment pour toi. Et le problème, c'est que nous avons appris à traiter nos corps comme cette culture traite la terre. Produire toujours plus, être disponible en permanence, récupérer, faire une pause mais récupérer vite. Ne jamais ralentir, ne jamais s'épuiser, comme si nos ressources étaient infinies. Et encore une fois, l'écofinisme nous rappelle que cette logique est à l'œuvre partout, tant dans le rapport à la terre que dans le rapport aux femmes. Il y a une logique d'extraction. On extrait des ressources de la terre jusqu'à épuiser les sols. On extrait le travail des femmes. On extrait la disponibilité des femmes jusqu'à... épuisé leur corps. On extrait la disponibilité émotionnelle, la capacité à prendre soin, à écouter, à porter, comme si tout cela était inépuisable. Et lorsque la terre ne produit plus assez vite, on la force. Lorsque les femmes n'arrivent plus à suivre, on leur propose d'optimiser leur organisation, de mieux gérer leur stress, de devenir plus résiliente. Et dans les deux cas, on répond à l'épuisement par encore plus de performance plutôt que de remettre en question le système qu'il a produit. Et au fond de moi, je crois profondément que nous avons besoin d'une autre définition de la puissance du féminin. Une puissance qui ne naît plus du contrôle, une puissance qui ne se mesure plus à notre capacité à tout supporter. Et peut-être que la véritable liberté commence ici, quand nous cessons d'admirer les femmes pour leur capacité à tout encaisser, à tout endurer, et que nous commençons à honorer leur capacité à ressentir. à poser des limites, à recevoir, à se reposer, à choisir, à vivre. Et pour finir, j'aimerais te laisser avec une question. Quand tu dis « je suis forte » , qu'est-ce que cela signifie vraiment pour toi ? Est-ce que tu parles de ta puissance ou est-ce que tu parles de tout ce que tu supportes depuis des années ? Parce que ce sont deux choses très différentes, comme tu viens de le comprendre. Et je crois qu'il est temps que nous arrêtions de confondre endurance et liberté. Et je te remercie pour ton écoute, et si cet épisode a fait écho en toi, je t'invite à télécharger mon guide « Quelle part de toi t'empêche encore d'être pleinement libre ? » qui est en légende de cet épisode. A travers ce quiz introspectif, tu pourras découvrir quel archétype guide aujourd'hui tes choix et tes réactions. Peut-être... que tu reconnaîtras cette guerrière épuisée. Peut-être rencontreras-tu la femme qui se sacrifie, la sorcière cachée ou la femme en mutation. Dans cette approche, cet outil, l'idée, ce n'est pas un test pour te mettre dans une case. C'est un miroir pour rendre visibles les mécanismes qui t'ont protégé et qui cherchent aujourd'hui à évoluer. Et si tu connais une femme à qui l'on dit sans cesse « Toi, tu es forte » , partage-lui cet épisode. Parce que j'ai la conviction que le monde n'a pas besoin de femmes plus fortes. Il a besoin de femmes qui n'ont plus besoin de survivre pour avoir leur place. A très bientôt dans tout ce soir. Merci pour ton écoute.