- Speaker #0
Certains ont tout perdu. L'argent, la confiance, l'image qu'ils avaient d'eux-mêmes. Des athlètes qui ont continué quand leur corps disait non. Des entrepreneurs qui ont reconstruit sur des décombres. Des femmes et des hommes qui ont traversé le brouillard et qui sont encore là. Ils ne sont pas venus ici pour te motiver. Ils sont venus car ils ont quelque chose de vrai à dire. Du Rouge Renouveau, le podcast qui donne la parole à ceux qui ont choisi de se révéler. Parce que derrière chaque transformation, il y a un moment où on arrête de se mentir. Ce moment-là, il mérite d'être entendu.
- Speaker #1
Bienvenue sur Du Rouge au Renouveau, heureux de te retrouver ici. Tu connais ces moments où la vie elle t'arrache quelque chose ? Un travail, une relation, une version de toi-même, que tu pensais être pour toujours. Et dans ces moments-là, le réflexe c'est de se renfermer, de rester seul avec ça, de faire comme si ça allait. Mon invitée aujourd'hui, elle a connu ça à 17 ans, d'une façon que la plupart d'entre nous n'imagineront jamais. Elle s'appelle Céline Ventile, elle était cavalière de haut niveau en équipe nationale suisse junior. Et en 2008, son cheval lui retombe dessus lors d'un stage en Allemagne. Résultat, traumatisme crânien sévère, un mois dans le coma, à son réveil, elle ne marche plus, elle ne parle plus et elle doit réapprendre les gestes les plus simples du quotidien. Ce que tu vas entendre dans cet épisode, c'est pas une histoire de résilience propre et bien emballée. C'est l'histoire de quelqu'un qui a recommencé trois fois à zéro, trois sports différents, trois identités perdues reconstruites, championne du monde de paracyclisme, deux médailles d'argent aux Jeux Olympiques de Paris, 16 ans après son accident. Céline, c'est aussi une femme qui a choisi de mettre son vécu au service des autres. Elle a écrit deux livres, pas à pas, écrit mot à mot pendant sa rééducation. Et tout est possible. Elle a fondé l'association du même nom pour soutenir des sportifs en situation de handicap à atteindre le plus haut niveau. Et elle siège aujourd'hui au Grand Conseil Jeune Voix. Mais ce qui m'a le plus frappé dans notre conversation, c'est pas les médailles, les livres, ni les titres. C'est ce qu'elle dit sur les moments où tout s'effondre. Elle dit de ne pas rester seule avec ça, de se mettre en mouvement, même petit pas après petit pas. Parce que tout est possible, mais ça commence par bouger. C'est du rouge au renouveau,
- Speaker #0
et cet épisode, il est pour toi.
- Speaker #1
Bonjour et bienvenue dans l'épisode de podcast. Aujourd'hui, j'ai la chance d'être avec Céline Ventil. Bonjour Céline.
- Speaker #2
Bonjour.
- Speaker #1
Comment tu vas ?
- Speaker #2
Je vais très très bien. Je suis à Maconin actuellement, non pas comme sportive d'élite cette fois, mais en tant que cadre de milice. Et c'est vrai que c'est une vraie joie de pouvoir accompagner les recrues, les futurs champions et championnes.
- Speaker #1
C'est clair et heureusement que tu es là pour donner justement ce cadre et amener ces recrues pour le futur.
- Speaker #2
C'est vrai qu'en plus de l'instruction militaire, le côté sanitaire, j'ai la chance de pouvoir partager justement mon expérience avec elle puisque j'ai vécu la même chose.
- Speaker #1
C'est vrai et on va aller directement dans le vif du sujet. Céline, avant qu'on rentre dans ton histoire, si tu devais décrire qui tu es aujourd'hui en une phrase, pas les médailles que tu as eu au JO. Pas les titres, pas les combats que tu mènes, mais juste toi, ça serait quoi ?
- Speaker #2
Je me définirais par mon état d'esprit. Tout est possible. Donc, j'essaierais toujours d'agir de cette manière-là.
- Speaker #1
Toujours en avant ?
- Speaker #2
Toujours en avant. Ça ne sert à rien de reculer, de regarder vers l'arrière. Certes, ça doit être un apprentissage qui est désormais acquis pour avancer, pour continuer à aller de l'avant justement et le faire d'une bonne manière.
- Speaker #1
C'est vrai. Je te rejoins totalement. Et avant 2008, tu avais une identité qui était très claire. Tu étais engagée dans les jeunes au niveau du cheval. Tu étais en équipe junior de dressage. Tu étais cavalière de haut niveau en équipe nationale. Et tu avais un avenir qui était clairement tout tracé. Quand tu repenses à cette fille-là aujourd'hui, tu la reconnais encore ou pas du tout ?
- Speaker #2
C'était une vie facile quand tout était plus ou moins simple. Pour moi, je n'avais pas besoin de réfléchir beaucoup à mon avenir puisque, comme tu l'as dit, il était désormais dessiné. Et puis, c'est vrai qu'aujourd'hui, non, je ne pense plus du tout. Comme la jeune fille que j'étais, c'est sûr que maintenant, je suis bien plus âgée. Mais c'est vrai que la vie, elle était simple avant et maintenant, je connais vraiment la réalité et surtout ce qu'elle signifie concrètement. ce qu'on peut faire avec, là où on peut aller, et aussi comment on peut servir et aider les autres.
- Speaker #1
Oui, et tu en as eu des engagements, on en viendra plus tard, mais tu es bien engagée autant dans le sport, autant dans la politique. Et c'est un honneur de t'avoir partout, parce qu'aujourd'hui, tu redonnes au sport, alors que le sport a failli t'enlever la vie à un moment donné. Et toi, le sport t'a aussi sauvé d'une manière en disant, la vie, elle aurait pu être différente, mais aujourd'hui, je redonne au sport ce que le sport m'a donné.
- Speaker #2
C'est juste, c'est juste, puisque le sport, c'est toute ma vie. Ça a été peut-être la source de mes ennuis, mais c'est... aussi ma meilleure thérapie, mon meilleur médicament, ce qui m'a permis de revenir à la vie.
- Speaker #1
C'est vrai. Et ton cheval, Ziz, il se cabre sur toi dans les années 2008. Est-ce que tu peux nous emmener pas avant la chute, mais à ton réveil ? En fait, ton état, qu'est-ce qui se passe quand on trouve les yeux à ce moment-là ?
- Speaker #2
Je ne me suis pas réveillée d'une seconde à l'autre. Ce n'est pas comme si mon réveil sonnait le matin comme pour tout. Toi, quand tu te lèves, tu te lèves peut-être rapidement ou pas. Peut-être que tu prends un moment pour te lever.
- Speaker #1
Je suis très matinal, je me lève très vite, donc ça va.
- Speaker #2
Moi aussi, c'est plus ma tendance. Et bien là-bas, à ce moment-là, c'est vrai que le réveil a duré deux mois. Donc, je fais un mois de coma plus deux mois de semi-coma. Ou comme l'appellent les médecins, un état confusionnel puisque je ne me rappelais de rien, je n'arrivais pas à me réveiller. pas à savoir qui j'étais dans la vie. Je hurlais aussi beaucoup.
- Speaker #1
Et pour toi, en fait, tout était totalement désorienté. Tu ne te souvenais pas de ce qui s'était passé. Tu ne reconnaissais pas les gens, si je me souviens aussi. Et en fait, à ce moment-là, ta vie, tu recommences à zéro.
- Speaker #2
Je recommence tout. Je vois certes me relever et c'est bien grâce à ma maman qui a eu l'idée de me ramener à la maison pour un week-end, entourée de mes proches et de ma famille. que j'ai fait un déclic. Elle a négocié avec les médecins, ce qui n'était pas donné, mais c'était ce qu'il me fallait. Plus qu'après ce week-end, j'ai retrouvé la conscience et surtout la motivation. À ce moment-là, je voyais un long tunnel noir et sombre, mais au bout, il y avait une petite lumière claire et brillante. Et cette lumière, c'était la vie. Donc chaque pas en avant, d'où le titre de mon livre, Pas à Pas, chaque pas était un tremplin pour moi. pour aller encore beaucoup plus loin. Donc chaque projet que je faisais, je devais en prendre conscience, vraiment pour pouvoir me motiver moi-même plus que mon entourage, et surtout les médecins ne le voyaient et ne le considéraient donc pas toujours. Mais pour moi, chaque petite avancée me permettait d'aller beaucoup plus loin et me motivait surtout à travailler sans relâche.
- Speaker #1
Et ta maman, elle a joué un énorme rôle. Je sais que ta maman, tu as une relation qui est très précieuse tout au long des années. Et je sais qu'elle, elle a été beaucoup là pour ta thérapie. Et je sais que ça a été un cocon qui t'a reconstruit aussi sur le long terme.
- Speaker #2
Bien sûr que ça n'a pas été facile pour elle. Surtout que plus tard, elle a eu un accident. Elle aussi, aussi avec le cheval, un coup de sabot au visage, une grande défiguration, une grande chirurgie. donc euh Personnellement, j'ai vécu tout son accident. J'étais auprès d'elle comme elle l'a été pour moi. Et c'est vrai que notre relation aujourd'hui, elle est toujours très, très fusionnelle et on s'entraide beaucoup.
- Speaker #1
En même temps, ce n'est pas des choses qu'on vit dans une vie normale en soi. Donc, toi, tu as eu ton accident, elle a eu son accident. Donc, vous avez été là l'une pour l'autre. Et c'est vrai qu'elle avait un accident assez grave. Elle a reçu un coup de sabot, plus de 50 plaques, je crois, pour refaire tout le visage. Donc oui, c'est des choses que normalement on ne vit pas dans une vie normale, classique, on va dire.
- Speaker #2
Non, non, non.
- Speaker #1
Au-delà du corps, qu'est-ce qui t'avait été pris que tu n'aurais jamais imaginé qu'on pouvait perdre ?
- Speaker #2
La vie. Je ne savais pas avant qu'on pouvait perdre la vie quand on était jeune. Et si les imprévus arrivent. Et c'est vrai que quand j'étais en coma, j'étais plus morte que vivante. On m'a sauvé la vie. Je ne suis plus revenue à la vie. et il faut que j'en fasse bon usage.
- Speaker #1
Aujourd'hui, je pense que tu es impliquée à 2000% dans chaque projet que tu fais, donc tu l'y redonnes bien.
- Speaker #2
C'est vraiment ce qui me plaît et ce que j'apprécie, ce que j'aime, c'est en fait donner aux autres, eux qui m'ont tellement donné.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a un moment où tu t'es dit la personne que j'étais avant, elle n'existe plus ?
- Speaker #2
Je pense que si j'étais une jeune fille rayonnante, pleine de motivation, qui visait grand désormais en sport au niveau professionnel. Je voulais poursuivre aussi des études universitaires. Lors de mon adolescence, j'étais déjà intéressée de rejoindre l'armée tôt ou tard. Et finalement, tout ça, je ne l'ai jamais lâché. Donc en fait, ce que je fais aujourd'hui se retrouve en fait dans mes pensées en tant que jeune fille. Quand j'étais jeune, justement, avant l'accident, je rêvais déjà dans l'optique d'y participer. Et finalement, c'est en tant qu'athlète paralympique que j'ai pu réaliser mon rêve en participant aux Jeux à Rio en 2016, en équitation. Et puis, encore mieux, en remportant deux médailles d'argent en 2024 à Paris, en paracyclisme.
- Speaker #1
Et ça, c'est quelque chose où tu as pu représenter ton pays. Et c'est des choses où je pense que porter le pays comme tu l'as fait, c'est un honneur aussi et ton chemin. que tu as fait pour en arriver là, il est incroyable. Parce qu'on ne parle pas de quatre ans de préparation, on parle de tout ce qu'il y a avant. Chaque petit combat t'a amené à arriver jusqu'à là. Donc, les pas à pas. J'aime bien beaucoup ton livre. Le premier titre de ton livre représente clairement ton chemin.
- Speaker #2
Oui, et puis si je reprends le titre du deuxième, « Tout est possible » , en fait, c'est mon état d'esprit qui me permet de relever... chaque défi, même petit, vraiment les uns après les autres. Puisque pour pouvoir réapprendre à marcher, pour pouvoir tout simplement prendre une fourchette ou aller aux toilettes, ça paraît simple et bête.
- Speaker #1
Mais tu as dû le réapprendre.
- Speaker #2
Oui, ça paraît évident quand on a tout, mais quand on perd ces capacités-là, on remarque que non, c'est pas normal.
- Speaker #1
Et quand on recommence tout à zéro,
- Speaker #2
Oui, oui, oui, voilà. Et c'est vrai que pour récupérer chaque geste, c'était un long travail. Il fallait bosser d'arrache-pied. J'avais dit un jour et nuit, bien sûr que la nuit, je vais dormir. Mais pour donner un exemple, j'avais des cahiers d'écriture sur lesquels étaient marqués dès 5 ans, de 6 à 8 ans, ce qu'on obtient à l'école primaire pour faire le geste. Moi, j'avais exactement la même chose, sauf que je vivais dans un corps de 17 ans. Mais après, quand j'arrivais à accumuler ces petites victoires, en fait, ça me donnait envie d'aller encore plus loin. Et en sport, c'est exactement la même chose. Après avoir réussi une chose à tant d'objectifs, j'ai justement envie de défier encore plus, essayer de réussir quelque chose que je n'ai encore jamais réussi à faire. Et c'est pour ça que je m'étais reconvertie à l'athlétisme. Je ne savais pas courir. Je l'ai réappris. Et puis surtout à courir très vite.
- Speaker #1
Parce qu'on rappelle, tu as une vision au niveau de l'œil gauche. Ou tu as une vue en 2D, si je ne me trompe pas.
- Speaker #2
Oui, alors en fait, j'ai perdu mon champ visuel du côté gauche sur les deux yeux. Et de la partie droite, je vois net. Mais par contre, je vois double. Ça veut dire que mes deux yeux, ils voient une différente image. Je vois double donc en... en permanence et puis donc en deux dimensions.
- Speaker #1
Pour l'athlétisme, quelque chose au niveau de te situer, c'est quelque chose de difficile.
- Speaker #2
Oui, c'est très dur justement. Et puis, il ne faut surtout pas oublier mes difficultés au niveau de l'équilibre et de la coordination.
- Speaker #1
La coordination, je pense que c'est quelque chose, en tout cas, je pense au tout début, c'est quelque chose, réapprendre à marcher. Comme tu dis, c'est de la répétition, c'est des pas. Et c'est qu'en répétant les choses petit à petit que tu te fais confiance, puis tu vas chercher ces gaps. au fur et à mesure du temps et tu te reconstruis.
- Speaker #2
Quelque part, c'est super pénible de faire ça, mais il faut passer par là si on veut revenir à la vie. Il faut arrêter de se plaindre et travailler d'arrache-pied. Et c'est seulement comme ça qu'on se donne la chance d'éventuellement y réussir. Moi non plus, je ne savais pas ce que ça allait donner au final. Je ne savais pas quelles seraient les séquelles définitives et celles que je pourrais améliorer.
- Speaker #1
À travers, justement, quand tu dis qu'il faut tout réapprendre à tenir une cuillère, quel était le moment le plus dur pour toi ? Parce que c'est un côté où tu vois un cahier 5 à 6 ans, c'est un côté où au final, il faut avoir une énorme résilience. Est-ce qu'il y a eu un moment où tu te dis « waouh, c'est difficile » ? Le regard des autres, il y a quelque chose aussi qui a joué là-dedans ?
- Speaker #2
Là, en fait, ce n'est pas un nombre d'années défini, parce qu'aujourd'hui, 18 ans après mon accident, je dois toujours travailler au quotidien pour maintenir. Mes capacités physiques et mentales, si je ne fais plus rien, je régresse. Si je ne prends plus simplement un verre de la main droite pour boire, après quelques semaines ou mois, je vais perdre cette capacité et je vais plus trembler.
- Speaker #1
Tu vas perdre la capacité du fait de ne plus refaire ce geste. Donc c'est quelque chose pour toi, tu dois le répéter au quotidien pour garder les gestes qui sont normaux pour quelqu'un. Mais pour toi, ça demande un effort supplémentaire.
- Speaker #2
Oui, ça demande un grand effort pour continuer à faire l'exercice encore et encore. Aussi pour ne pas perdre ces capacités-là.
- Speaker #1
C'est clair. Et moi, ce que je trouve incroyable, c'est que tu as un accident à cheval. Moi, j'ai fait de l'équitation, je suis tombé deux fois. J'ai pas arrêté, mais ça a été dur de retourner à cheval et de refaire confiance à la bête, comme je dis. Et toi, quatre mois après ton coma, tu remontes à cheval, si je ne me trompe pas. Est-ce que c'était vraiment un choix conscient ou ton corps t'a amené là avant que ta tête comprenne pourquoi ?
- Speaker #2
En fait, je n'ai pas du tout compris. Lorsque ma maman est arrivée un vendredi soir à l'hôpital pour me ramener à la maison pour un week-end, elle est arrivée et m'a demandé si je voulais monter sur mon cheval. J'ai... crié, j'étais fâchée, j'ai cru qu'elle me donnait des faux espoirs. Elle m'a regardée dans les yeux et elle m'a dit « Si, tu peux le faire. » Et c'est comme ça que tout s'est passé. Pour moi, en fait, c'était normal de retourner vers le cheval. C'était ma passion. C'était l'animal que j'aimais. Donc pour moi, c'était la plus belle chose et c'était mon plus grand rêve peut-être même à ce moment-là. Mais je te rassure, ou pas. Mais avant mon accident, je suis tombée plus d'une cinquantaine de fois. Donc, ce n'était pas la première fois et je suis toujours remontée tout de suite. Certes, là, il y a une période entre deux, évidemment, comme j'étais inconsciente, mais j'ai remonté. Et puis, c'est aussi ce qui m'a permis de renouer les liens avec le cheval pour après, par la suite, reprendre une carrière sportive.
- Speaker #1
Moi, je suis tombée deux fois à cheval. La personne qui m'a accompagnée m'a dit maintenant, tu remontes tout de suite, sinon tu ne remonteras plus. C'est pour ça que je te pose cette question, parce que là, il y a quand même un gap de quelques mois. Et te dire, bon, ben oui, il me fait peur, mais de l'autre côté, c'est quand même une thérapie de montée à cheval, parce qu'on ne fait qu'un avec l'animal. Et moi, j'ai toujours ressenti une liaison très, très, très spéciale avec le cheval. Donc, je pense que c'est quelque chose qui manque aussi au quotidien quand tu dis stop.
- Speaker #2
En fait, tout cela s'explique ou s'illustre très bien par l'exemple que je vais te donner. La première fois que je suis remontée sur son dos, j'étais encore en chaise roulante. Je ne tenais pas encore debout en équilibre sur mes jambes. Je parlais à peine seulement quelques mots. Quand j'étais sur son dos, il n'osait même pas avancer.
- Speaker #1
Il a ressenti au niveau de son dos.
- Speaker #2
Et quand je m'approchais de lui, depuis la chaise roulante, c'est un cheval de composition, donc quand même assez énergique. Et là, il était très doux, il est venu doucement avec son nez vers moi, il est resté. Donc, il a vraiment senti que je n'avais plus la même capacité qu'avant.
- Speaker #1
La liaison du cheval, on dit tout le temps, c'est quelque chose d'apparentière. Comme tu le disais, Rio 2016, tu réalises quelque chose que tu rêvais depuis enfant, faire les JO. Avec tout le chemin parcouru depuis 2008 pour y arriver, qu'est-ce que ça représentait pour toi d'être sur cette piste ? piste là, à ce moment là ?
- Speaker #2
C'était wow, c'était quelque chose d'exceptionnel et en même temps c'était mes premiers jeux donc ça marque beaucoup. Certes je savais aussi après ma performance que Rio ne serait pas de mes derniers jeux mais je ne savais pas comment continuer.
- Speaker #1
Pour toi tu avais déjà la décision de dire je vais peut-être arrêter le cheval et faire autre chose ?
- Speaker #2
Non pas du tout. non pas du tout jamais avant une échéance majeure qu'on prend ce genre de décision parfois ça a peu l'air pour un arrêt de carrière notamment mais pas pour un changement de sport parce que sinon je serais plus dans le moment présent c'est sûr.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu as ressenti exactement quand tu rentres sur la piste avec ton cheval en disant c'est un rêve d'enfant je réalise un rêve qui est extraordinaire parce que pour accéder jusqu'à là on sait le chemin Ces quatre ans où tu as cravaché, tu n'as pas arrêté, tu es arrivé jusqu'à là, quels sont les sentiments que tu reçois en ce moment-là ?
- Speaker #2
C'était quelque chose d'assez magique, pour tout dire. C'est vrai que c'est un rêve qui se réalise. Et je me souviens avoir dit à mon cheval, oui, on est ici, on va le vivre.
- Speaker #1
Donc en gros, ce qui est magnifique, c'est que tu as pu profiter du moment présent. Tu étais vraiment connectée au niveau de ton parcours de dire on l'a fait, on y est arrivé. Malgré tout, on y est.
- Speaker #2
Oui, exactement. À la fois axé sur la performance, mais pas seulement. Aussi vraiment sur le moment présent. Et je dirais que ça, c'était important aussi pour mes premiers Jeux. Maintenant que j'en ai vécu d'autres à Paris, c'est là que j'ai pu vraiment viser le podium. Et vraiment me battre pour le classement.
- Speaker #1
Oui, alors là, on en reparlera après. Mais ça, moi, je t'ai suivi à la télé. C'était un honneur de voir ta course. C'était incroyable.
- Speaker #2
Il faut dire que j'étais aussi moins dans l'émotionnel parce que ce n'était pas mes premiers Jeux. Et que là, vu les titres que j'avais aussi déjà obtenus auparavant, je voulais vraiment défendre la Suisse, défendre les couleurs de la Suisse, les porter haut. Et vraiment, c'est ce que j'ai pu faire avec mes deux titres de vice-championne paralympique.
- Speaker #1
Justement, il y a Rio en 2016, mais il y a un deuxième recommencement, justement, tu en parlais avant, c'était l'athlétisme. C'est tout quitter pour recommencer une nouvelle discipline. Donc pour moi, c'est une deuxième réincarnation. Donc tu as ton premier accident, le cheval pour toi c'est ok, tu te dis bon je vais essayer quelque chose d'autre. L'athlétisme au niveau, comme tu dis, la coordination, la vue, c'est des choses qui sont nouveaux pour toi. Et tu décides de tout quitter, l'équitation, le sport qui t'avait aidé à te reconstruire après l'accident. Pourquoi en fait on quitte ce qui nous a remis debout à ce moment-là ?
- Speaker #2
En fait... J'avais non seulement envie de vivre de nouvelles aventures, mais surtout, envie de démontrer ma philosophie de vie, mon état d'esprit, que tout est possible. Disons que oui, en équitation, tout se passait bien. Je vivais une carrière qui était plutôt stable.
- Speaker #1
Mais en même temps, tu avais connu tout ça depuis enfant, en fait.
- Speaker #2
Voilà. Mais en même temps, j'avais besoin peut-être aussi de vivre. autre chose. Et puis, en parallèle, beaucoup de personnes, après avoir entendu que ma philosophie de vie, c'est tout est possible, disaient que tout est possible pour moi et même pas pour elles. Donc, j'avais juste envie de leur montrer qu'en se donnant des moyens, on peut y arriver ou on peut arriver à autre chose, tout simplement parce qu'on passera obligatoirement de la situation A Jusqu'à la situation B. Donc, sa situation, elle va être différente. Et le parcours, c'est celui-là qui va être important. Et c'est celui-là qui va être beau et qui doit être valorisé. Peu importe, finalement, le résultat final. Et en même temps, je savais aussi qu'en perdant tout de manière imprévue, j'ai réussi à me relever.
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #2
Pourquoi est-ce que je n'arriverais pas si je décide moi-même de changer ?
- Speaker #1
C'est beau. Et ce qui est beau, comme tu dis, souvent, on attend le résultat, on attend cette fameuse ligne d'arrivée, on oublie tout le chemin. Et toi, je pense que le chemin, c'est quelque chose où tu as commencé à apprécier, de te dire, ben oui, c'est quatre ans, mais ces quatre ans-là, peu importe le résultat, c'est un parcours qui vaut la peine d'être vécu.
- Speaker #2
Oui, parce que finalement, il faut le dire aussi, je ne serais pas allée aux Jeux Paralympiques de Tokyo en 2021, certes. j'avais atteint les minima pour me qualifier ou en tout cas une partie mais comme j'ai chuté juste avant et que je ne voulais donc plus prendre de risques pour ma santé parce que il y avait quand même un risque de chute important avec mon handicap courir le 100 mètres à 24 à l'heure de moyenne ben ça représentait trop de risques pour moi donc j'avais mis fin à ma carrière Et là,
- Speaker #1
tu as su t'écouter à ce moment-là et te dire stop. Stop. Mais qu'est-ce qui se passe à ce moment-là en fait ? Comme tu dis, il y a une chute en Tunisie, ça se finit. Qu'est-ce qui se passe dans ta tête à ce moment-là ?
- Speaker #2
En fait, je ne réalisais pas tout de suite que ma carrière sportive allait être terminée. Mais finalement, j'ai eu des maux de tête, des vertiges et une grosse fatigue pendant quatre mois. Donc, neurologiquement, j'étais atteinte. Donc, très vite déjà, au bout de quelques semaines, j'ai décidé d'arrêter. Je n'avais plus envie. Oui, j'avais tout simplement plus envie et je n'avais pas envie surtout de mettre...
- Speaker #1
Ta vie en danger aussi ?
- Speaker #2
Ma vie en danger, de risquer ma vie pour un sport parce qu'il faut pouvoir mesurer les choses. Mais la vie, c'est quand même beaucoup plus important que le sport. Donc ça, il faut le dire aussi.
- Speaker #1
Et ton entourage, tu mises tout sur Tokyo pendant quatre ans. Donc quatre ans, ce n'est pas une petite année. Donc c'est quatre ans, tu prends des priorités, tu t'entraînes. Ton corps, ton temps, ton énergie y passe comme tu disais ? Est-ce que quelqu'un autour de toi, en fait, t'a dit que c'était trop à un moment tout ce que tu faisais ou pas ?
- Speaker #2
Oui, bien sûr, bien sûr. Puis je l'entends très souvent encore aujourd'hui. C'est vrai que je fais beaucoup de choses, je suis très engagée.
- Speaker #1
Tu es à 200 à l'heure toujours.
- Speaker #2
J'ai vécu aussi des périodes de surentraînement, de surcharge, voire de burn-out. En tout cas, je m'en suis parfois approchée. J'ai toujours su réagir pour prévenir la chose, bien m'entourer également.
- Speaker #1
C'est... D'être bien entouré, c'est quelque chose qui est important.
- Speaker #2
C'est essentiel, c'est absolument crucial, non seulement au niveau de la famille, des amis, mais aussi mon entourage et mon équipe médico-sportive, que ce soit médecin, physio, nutritionniste, psychologue du sport. Et après, surtout aussi mon coach qui joue quand même un rôle clé.
- Speaker #1
Bien sûr. Et il sait, il te connaît par cœur, il sait comment tu... Enfin, il sait comment te suivre au quotidien. Il sait tes capacités, où est-ce qu'il peut t'amener. Ça, c'est important. Et tu as un handicap qui est visible. Tu as des troubles de l'équilibre, la malvoyance. C'est quelque chose que tu dois encore expliquer aux gens quand tu as ces disciplines-là ou tu as arrêté de te justifier à un moment ?
- Speaker #2
Alors, je n'aimerais pas dire que je me justifie, mais de temps en temps, il est nécessaire d'apporter une explication. Et toutes les personnes... ont le droit d'être informés si elles ne le sont pas nécessairement. Parce que souvent, les personnes ne savent pas comment elles doivent réagir avec des personnes en situation de handicap. Donc, j'estime que tout le monde a le droit d'apprendre.
- Speaker #1
Oui, je trouve ça beau. Je trouve ta réponse très bien. Six mois après l'arrêt, en fait, là, on part dans le troisième recommencement. Parce que moi, je dis toujours que tu as eu trois vies. C'est comme les Ausha, mais toi, tu en auras encore plein d'autres. Mais six mois après l'arrêt, tu découvres le cyclisme, presque par hasard en fait, si je me souviens. Et est-ce que la flamme du recommencement était encore là à ce moment-là ? Parce que tu as une chute, tu as un doute, tu te dis bon, j'arrête pour ma santé. Mais à ce moment-là, est-ce que tu doutes ou c'est une flamme qui s'est rallumée progressivement en disant, ah c'est ça que je cherche ?
- Speaker #2
En fait, j'ai arrêté et je pensais que c'était terminé. Les personnes qui me connaissaient bien... pensait déjà ou se demandait même plutôt quand est-ce que j'avais recommencé le sport de compétition.
- Speaker #1
Ah, toi tu doutais et eux se posaient la question. Voilà. C'est drôle.
- Speaker #2
Voilà. Et puis voilà, c'est quelques mois plus tard, en m'inscrivant à un triathlon, que j'ai également fait, donc la partie cyclisme. Et là, j'avais un vélo couché où j'étais dans la caisse de... dans lequel j'étais assise et qui se pédalait, certes, avec les pieds. Mais je voulais en fait trouver un vélo pour faire peut-être un peu de triathlon ou pour le plaisir. Mais un vélo comme il existe en parasitisme, justement, pour les personnes qui ont des handicaps comme...
- Speaker #1
Des problèmes de l'équilibre, oui.
- Speaker #2
Oui, au niveau neurologique. Et puis là, j'ai appelé, j'ai téléphoné à la Fédération. La fédération m'a donné les coordonnées de l'entraîneur national de paracyclisme, que je connaissais d'ailleurs parce qu'on s'était vu lors de différents événements. Donc, je l'ai appelé et puis il m'a trouvé un vélo. Et il me l'a fait essayer. Je me suis hyper bien débrouillée avec. Donc, finalement, après cet essai-là, lui m'a dit, « Rentre chez toi et réfléchis parce que toi, tu as des bonnes capacités d'endurance, tu as beaucoup de force. Donc, je pense que dans ta catégorie de handicap. » ça pourrait le faire.
- Speaker #1
Incroyable. C'est une rencontre comme ça, presque inattendue, où tu te dis, bon, je te prête un vélo, essaye. Puis au final, c'est un coup de cœur parce que tu te dis, ah, j'ai toutes les capacités physiques pour aller plus loin.
- Speaker #2
Oui, certainement. Puis après, c'est le sport, c'est quelque chose que j'aime. Donc forcément, je me prends au jeu.
- Speaker #1
Bien sûr. Et à chaque fois que tu recommences une étape, tu repars dans la pointe de départ parce que là, tu réapprends tout. Et c'est ça qui est... Tu as une force de caractère qui est incroyable parce que tu te dis bon j'ai fait du cheval, ben là je pars dans le cyclisme. Donc tu repars de zéro dans une discipline que tu ne connais pas. Mais comment on vit ?
- Speaker #0
Ça, quand on a déjà été au sommet dans une autre discipline, par exemple.
- Speaker #1
En fait, je n'ai jamais atteint le sommet avant.
- Speaker #0
Les Jeux Olympiques, c'est quand même...
- Speaker #1
Oui, oui, mais je n'ai pas fait de podiums internationaux. Ça, je me suis toujours bien débrouillée. J'étais en équipe suisse dans deux disciplines, en équitation et en athlétisme. Je me lance dans une troisième discipline. Mais en fait, ce n'est pas du tout repartir de zéro. Puisqu'en fait, sans le savoir à l'époque... L'athlétisme m'a préparée pour ma future carrière de cycliste. En fait, c'est exactement ça. L'athlétisme m'a permis de développer mes capacités physiques jusqu'à un tel point que je puisse les utiliser comme des forces en cyclisme, notamment pour le sprint final et pour la montagne.
- Speaker #0
Waouh, ça t'a appris une énorme endurance aussi, comme tu disais, parce que dans le cyclisme, on en a besoin quand on va chercher cette ligne rouge. De se dire, non, non, je suis capable encore, je peux y aller.
- Speaker #1
Oui, exactement. Et puis en plus, par rapport à mes difficultés d'équilibre, le cyclisme était vraiment un bon compromis puisque je roule avec un tricycle, donc j'ai deux roues à l'arrière, donc c'est un vrai vélo de course. Certes, ce n'est pas évident parce qu'il faut apprendre à faire du tricycle comme on apprend à faire du deux roues. Pour moi, certes, je ne peux pas faire du deux roues. Mais du tricycle, ça se passe très bien. Mais par exemple, si je te demande d'en faire...
- Speaker #0
Les virages et tout, ce n'est pas la même chose.
- Speaker #1
C'est hyper compliqué.
- Speaker #0
C'est clair.
- Speaker #1
Ce n'est pas du tout la même chose.
- Speaker #0
C'est sûr.
- Speaker #1
Et l'équilibre, il est totalement différent. Et puis, notamment, si je ne freine pas assez dans les courbes...
- Speaker #0
Tu peux te retourner, oui, c'est vrai. Et Paris 2024, avec toute cette expérience, tu te mets au tricycle. Deux médailles d'argent. 16 ans après l'accident quand même, c'est un long parcours. Sur la ligne d'arrivée, tu passes et qu'est-ce qui te traverse la tête à ce moment-là ? Le vrai truc où tu te dis « Ah, voilà ! »
- Speaker #1
J'étais naturellement hyper contente d'être à Paris, de pouvoir concourir. Mais je suis certes très compétitive aussi, puisque j'ai au moins gagné toutes les courses une fois auparavant. Donc, évidemment, j'attendais un petit peu plus. Peut-être à Paris, certes, les catégories étaient différentes. Je le savais aussi. J'avais eu quelques soucis pendant ma course, notamment avec mon camelback qui n'a pas marché. Donc, je ne pouvais plus m'hydrater, etc. Donc j'étais aussi dans le dur. C'était une course compliquée, difficile, mais j'étais très contente avec ma médaille d'argent. Pour ce que j'ai vu faire, mais certes, c'était vraiment très compétitif. Donc, je visais bien entendu la première marche du podium. Et puis là, on continue. Puis, on verra bien ce qui va se passer ces prochaines années. Déjà, je suis vraiment ravie, l'année passée, en 2025, d'avoir fait les deux titres de championne du monde en contre-la-montre.
- Speaker #0
Félicitations encore.
- Speaker #1
Oui, merci. Merci beaucoup. Donc ça, c'était vraiment, on va dire, le top. de ma carrière cycliste. Et puis, on va continuer et voir où la suite me mènera. Mais en tout cas, je vise les Jeux de 2028.
- Speaker #0
Je te souhaite d'y arriver en pleine forme et de représenter notre pays comme tu sais le faire. Mais quatre ans, on arrive à deux médailles d'argent. C'est clair que toi, la première place, tu ne l'as pas eue. Est-ce qu'aujourd'hui, avec les mois qui ont passé, est-ce qu'aujourd'hui tu te satisfais de ces deux médailles d'argent ? Tu dis, ah, je peux faire mieux.
- Speaker #1
Oui, bien sûr, j'aurais pu faire mieux peut-être sur le moment. Si tout avait fonctionné correctement, je donnerais toujours mon maximum. Et tant que je suis capable de donner le meilleur de moi-même, de performer au mieux le moment présent, là, j'aurais effectué le bon boulot.
- Speaker #0
C'est beau. Et tu as recommencé trois fois à zéro dans trois sports différents. À chaque fois que tu as perdu quelque chose, on perd des fois une identité, à travers un accident parfois, un objectif des années. Est-ce que tu penses que c'est toi qui as choisi ces épreuves ou c'est les épreuves qui t'ont choisi ?
- Speaker #1
Alors, en fait, j'ai toujours réagi un petit peu selon les opportunités qui se sont présentées à moi aussi. J'ai vécu des grandes difficultés, je dirais même celle qui est la plus difficile et qui m'a touchée à plusieurs moments de ma vie, c'est celle de la dépression surtout. Après mon accident, il y avait tout de suite après la période où je ne voulais plus vivre, où je n'étais pas encore consciente. Mais il y a eu aussi deux, trois ans après, quand j'étais retournée chez moi après mes six mois d'hôpital et que je devais reprendre la vie courante. Ça, c'était une période très, très difficile parce que je devais aussi digérer une agression que j'avais vécue avant mon accident, donc abus sexuels. dont je n'avais encore jamais parlé. Donc, ça, c'est une difficulté supplémentaire. Et puis, finalement, je peux presque faire le rapprochement un peu avec la dépression, ce que j'ai vécu l'année passée après mes deux médailles d'or au championnat du monde. Ça a été vraiment ma meilleure ou mes meilleures performances. Là, j'ai eu une grande période où, justement, je devais retrouver une sorte d'identité. justement et une période dont j'ai beaucoup souffert pour retrouver vraiment la motivation et l'énergie nécessaire pour avancer, pour retourner à l'entraînement justement pour préparer la suite.
- Speaker #0
Parce que tu touches le sommet, tu décroches des médailles d'or et là, tu as le gap, après tu as la chute. Souvent, il y a beaucoup d'athlètes qui disent j'ai une médaille d'or et après, qu'est-ce qu'on fait ? Et tu as souvent cette... dépression après post-Olympique ou tout ça. Oui, tu as eu des moments qui étaient très durs. Mais ça, c'est des choses où toi, ça a été lourd sur ta vie. C'est des choses que tu as utilisées comme essence pour avancer pas à pas.
- Speaker #1
Bien sûr que c'est une période utile aussi. Et ça, il faut le dire, puisque ça nous permet de nous remettre en question et de mieux repartir, justement.
- Speaker #0
Et pour toi ? Comment tu as fait pour t'en sortir à ce moment-là, quand on est dans le dark, dans ce côté vraiment rouge, noir, on n'est vraiment pas bien ? Qu'est-ce qu'on fait pour sortir de là ? Est-ce que tu as des conseils ?
- Speaker #1
Alors j'ai la chance d'être très bien dans le souhait. Donc déjà, comme j'ai eu par exemple des difficultés avec l'alimentation, j'ai toujours mangé avec... je me suis organisée une manière à manger avec d'autres personnes. En même temps que moi, en tout cas pour les trois repas les plus importants.
- Speaker #0
Tu as été t'entourer, tu as été chercher une vie sociale qui t'a fait du bien.
- Speaker #1
Déjà avant les championnats du monde, puisque je craignais effectivement que c'était une période plus compliquée après, j'avais déjà établi des rendez-vous avec ma psychologue du sport, etc. pour prévoir déjà aussi la suite. Et puis effectivement, il faut bien s'entourer et il faut être aidé. Et ça, c'est quelque chose de tout à fait normal pour tout le monde.
- Speaker #0
C'est vrai.
- Speaker #1
Et il n'y a aucune honte à ça.
- Speaker #0
S'entourer, c'est important. Et qu'est-ce que tu sais sur toi aujourd'hui que la Céline de 17 ans ne savait pas, que personne n'aurait pu te dire à l'époque ?
- Speaker #1
Pas seulement qu'elle aurait fait tout ce qu'elle a fait, tous les défis qu'elle a pu relever, mais surtout la personne qu'elle est devenue.
- Speaker #0
C'est beau. Dans Tout est possible, tu parles de la confiance à la vie, aux autres et à soi. C'est que pour toi aujourd'hui, faire confiance, après tout ce que tu as traversé, tu arrives à faire confiance. À la vie aussi et croire que tout est possible.
- Speaker #1
Je crois à la vie. Je crois que les choses plus difficiles n'arrivent pas pour rien. C'est pour nous remettre sur le droit chemin et pour... continuer à bien avancer ou pour créer une nouvelle vie, un nouveau chapitre de sa vie, justement. Il y a parfois des opportunités qui arrivent. On ne peut pas tout laisser se dire. Il ne serait pas bon de tout les laisser passer également, mais on fait un choix le mieux possible et puis on avance.
- Speaker #0
J'aime bien on avance. C'est vraiment quelque chose qu'on voit où on va toujours de l'avant. Tu ne parles jamais d'avant, mais toi tu parles toujours d'après. Tu vas toujours chercher ton gap, tu vas toujours chercher les objectifs. Et ça te permet toujours d'avoir un objectif long terme, de te mettre un cap. Et te dire, ben oui, ça, ça me pousse et ça me fait aller de l'avant et je ne reste pas dans l'histoire du passé. Beaucoup de personnes ont utilisé leur histoire comme excuse. Et toi, tu en as utilisé comme une force.
- Speaker #1
Oui, on peut l'utiliser comme l'excuse, mais ça va servir à rien ou à... pas grand chose en tout cas, donc vraiment ce que j'aimerais dire c'est que tout est possible mais dans un sens comme dans l'autre et c'est soi-même par l'action qu'on entreprend au quotidien qu'on peut orienter sa vie dans la bonne direction.
- Speaker #0
J'aime bien. Et c'est quoi un truc que les gens pensent de toi qui est complètement faux ?
- Speaker #1
Ouh là ! Alors, je dirais qu'il faut le demander aux autres personnes.
- Speaker #0
Ok. On ne saura pas. Puisque personne n'est là. C'est quoi une journée où tu te sens vraiment toi ? Pas les titres, pas les objectifs, mais juste Céline.
- Speaker #1
Une journée... où je vis ma passion, donc le sport, une journée où je peux voir les personnes que j'aime, une journée où je vis dans le moment présent, où je prends conscience de l'environnement, où je peux aller dans la nature, écouter les différents bruits, voir le paysage, ça c'est quelque chose qui me ressource beaucoup.
- Speaker #0
Pour toi, c'est important ce moment présent, d'être toujours connecté, que ce soit à la personne ou à l'activité que tu fais. C'est vraiment quelque chose qui est presque une thérapie pour toi ?
- Speaker #1
Je dirais que ça ne sert à rien de vivre dans le futur et de prévoir tout ce qui va arriver puisqu'on ne peut pas le faire. On peut prévoir des choses, mais ça ne sert à rien de tirer trop de plans sur la comète parce qu'il y aura toujours des choses imprévisibles qui vont survenir. Ça ne sert à rien. de trouver des excuses et de vivre dans le passé tout le temps. Par contre, j'aimerais vraiment revenir là-dessus. Il faut apprendre du passé. Et il faut pouvoir se remettre en question. Et ça, c'est hyper important pour la suite et pour l'avenir.
- Speaker #0
Pas utiliser ça en excuse, mais de se dire, si ça m'arrive, c'est peut-être pas pour rien. C'est que je dois peut-être aller chercher plus en profondeur sur ce qui m'arrive.
- Speaker #1
Voilà. Et puis en tirer une leçon.
- Speaker #0
Oui. important, et c'est à savoir se remettre en question. Ce n'est pas toujours facile. Si quelqu'un t'écoute aujourd'hui, et qu'il est à son point zéro, comme toi, tu l'as vécu à plusieurs reprises dans ta vie, pas forcément un sportif, mais juste quelqu'un dont la vie s'est effondrée, qu'est-ce que toi, tu lui dirais ?
- Speaker #1
Ce que je viens de te dire.
- Speaker #0
Tu n'aurais pas un conseil vraiment clé en disant « Moi, ça, c'est ma clé qui m'a sauvé à ce moment-là » .
- Speaker #1
Vis tout d'abord, et conscience de la chance. que tu as d'être là. Considère tout ce que tu as ou tout ce qui est autour de toi ou ce que tu peux aller chercher, comment tu peux t'entourer, les ressources que tu as.
- Speaker #0
Utiliser les ressources qu'on a aujourd'hui, on a toutes ces technologies qui peuvent nous aider. Et parfois on se dit...
- Speaker #1
La technologie ne fait pas tout.
- Speaker #0
C'est clair. Mais elle peut nous accompagner.
- Speaker #1
Elle peut nous accompagner, mais finalement, ce qui va déterminer comment on se sent, nos émotions, nos pensées et notre forme, finalement, ce ne sont pas les machines.
- Speaker #0
C'est clair, c'est une introspection avec soi-même et souvent à travers la technologie, on va plutôt se perdre à poser des questions au lieu de faire une introspection en se disant « mais est-ce que moi j'ai un problème aujourd'hui ? » Ce n'est pas ChatGPT qui va répondre à ton état de comment tu te sens à l'intérieur, mais c'est toi seul qui peux répondre à ça.
- Speaker #1
Je ne l'ai jamais fait encore, mais je pourrais essayer de lui poser la question.
- Speaker #0
Tu me rediras. Et pour moi, si tu devais parler à la Céline du 30 juin 2008, celle qui vient de tomber, qui est plus morte que vivante, tu lui dirais quoi ?
- Speaker #1
Crois en la vie.
- Speaker #0
Crois en la vie.
- Speaker #1
Et bats-toi.
- Speaker #0
Parce que c'était un moment difficile, qu'aujourd'hui c'est encore quelque chose où tu y penses, où tu as réussi à vraiment... C'est derrière et tu avances.
- Speaker #1
Quelque part, c'est derrière, mais quelque part, c'est toujours présent parce que c'est ce qui me fait avancer, en fait, aujourd'hui.
- Speaker #0
C'est ce qui t'anime, au final.
- Speaker #1
C'est mon plus grand moteur.
- Speaker #0
Ça a été ton premier point zéro où tu t'es dit, si je n'avais pas eu ça, peut-être que je n'aurais pas eu cette carrière-là.
- Speaker #1
Ah, mais bien sûr, j'en suis plus que convaincue. Si je n'avais pas eu cet accident, j'aurais... jamais considéré la vie telle qu'aujourd'hui. Et puis, j'aurais peut-être fait plein de belles autres choses. Qui sait ? Mais j'aurais en tout cas pas la vie que j'ai aujourd'hui.
- Speaker #0
À l'époque, tu avais une idée d'une vie tracée si tu n'avais pas eu cet accident ?
- Speaker #1
Écoute, à l'époque, j'avais beaucoup de facilités, des bonnes notes à l'école, je n'avais pas besoin d'apprendre, j'avais des bons résultats en sport. Oui, j'aurais voulu m'améliorer, progresser au niveau de l'équitation. Après, au niveau professionnel, j'aurais voulu soit faire des études de médecine, devenir chirurgienne du cœur, ou bien aller en droit. Donc finalement, j'avais une vie plus ou moins tracée, mais qui sait si j'allais réussir ou non ? Comment j'allais réagir face à l'échec ? Ça, c'est quelque chose que j'ai appris grâce à l'accident.
- Speaker #0
Grâce à l'accident, tu sais à chaque échec, comment te dire je vais trouver la solution, j'avance.
- Speaker #1
En fait, un échec n'est pas une fin, c'est seulement un passage obligatoire pour devenir plus fort.
- Speaker #0
Bien sûr. Et s'il n'y a pas d'échec, on n'évolue pas.
- Speaker #1
Non, s'il n'y a pas d'échec et si on ne fait pas face aux échecs, il n'y a pas de victoire.
- Speaker #0
J'aime beaucoup cette phrase. Les échecs nous amènent à devenir meilleurs et nous amènent sur la bonne route. Et souvent, on se dit, oui, qu'est-ce que la vie a contre moi ? Souvent, il y a cette phrase de dire, pourquoi tu t'acharnes sur moi ? Tu serais la première à pouvoir le dire, mais pourtant, tu as appris, tu as avancé et tu n'as rien lâché.
- Speaker #1
Oui, mais tu sais, ça ne vaut pas toujours la peine de se poser cette question et de s'acharner sur son sort. mieux travailler et continuer à se battre pour retrouver la vie. Et puis justement, j'irais à l'accident qui m'a donné cette force de combativité et cette volonté de me battre pour pouvoir évoluer, progresser, non seulement moi, mais aussi pour les autres et toutes les personnes que je représente, d'où mon engagement politique en tant que députée au Grand Conseil de la République et du canton de Genève.
- Speaker #0
Dans l'association aussi ?
- Speaker #1
Oui, exactement. L'association Tout est possible, que j'ai fondée et que je co-préside aujourd'hui, qui soutient le sport handicap, des bénéficiaires en situation de handicap, qu'ils aient qu'une jambe, qu'un bras, qu'ils soient aveugles ou en chaise. Finalement, c'est ensemble qu'on montre vraiment le meilleur exemple et qu'on montre que nos plus grandes difficultés peuvent devenir une source d'opportunité pour nous, mais aussi pour toutes les autres personnes. pour qui on peut être une source d'inspiration.
- Speaker #0
J'aime beaucoup l'écosystème que tu as construit autour de toi, à travers tout le temps que tu donnes à la vie, parce que la vie, elle aurait pu basculer à un moment T, puis toi tu t'es dit, non, mais en fait, j'ai du temps, ce temps, il est précieux, et j'ai envie de le redonner à plein de choses. Et je trouve ça incroyable d'avoir fait ton association, redonner à des personnes la chance de pouvoir vivre. une carrière et forcément, ils n'ont pas forcément tous les moyens. Et toi, tu leur donnes les moyens d'avancer et de devenir meilleur en disant tout est possible, voilà, je suis là, je vais t'aider, je vais t'accompagner et tu peux suivre le même parcours que moi.
- Speaker #1
Oui, exactement, puisque c'est un peu le sens que je donne à la vie. Et puis, pour parler de mon engagement militaire aussi, vu que je suis quand même en uniforme lors de l'enregistrement de ce podcast. C'est vrai que ça m'emmène à parler de l'inclusion. Je me bats pour une meilleure inclusion et une meilleure égalité des droits des personnes en situation de handicap depuis fort longtemps aujourd'hui. D'abord c'est un engagement militant, après en tant qu'élu, mais c'est aussi au quotidien, dans la vie de tous les jours. Et c'est vrai que j'ai fait l'objet d'un projet pilote au niveau de l'inclusion pour l'armée. j'ai fait une école de sous-officier En 2025, c'était un vrai défi pour moi, mais je suis très heureuse de l'avoir fait, de l'avoir réussi. Et puis aujourd'hui, de pouvoir poursuivre l'aventure militaire et j'ai envie de rejoindre une formation de combat prochainement. Et ça, ça va être mon prochain défi. au niveau de l'armée, et aussi toujours et encore pour pousser l'inclusion.
- Speaker #0
J'aime beaucoup le message que tu donnes aujourd'hui. Merci beaucoup pour l'interview. Moi, j'ai juste une dernière question. On en a déjà parlé à plusieurs reprises, mais pour moi, aujourd'hui, si tu as un conseil d'une personne isolée ou une personne qui a parfois des idées noires, des idées compliquées, il y a le fait d'être suivi, mais des fois, on se sent seul au monde, on se sent seul par rapport à tous ces problèmes. Quel serait ton dernier conseil pour l'auditeur qui nous écoute, qui se dit « la vie j'en ai marre, c'est compliqué » , est-ce que tu aurais un mot pour lui ?
- Speaker #1
Quand on vit une sorte de dépression, ce qui est dur en fait, c'est qu'on n'a plus le contrôle de ses émotions et personne ne peut nous aider et ne peut les contrôler. Donc c'est nous quelque part qui devons trouver le déclic pour s'en sortir. Donc là, je dirais... Je dirais qu'il faut trouver le moyen de s'en sortir, trouver le sens de sa vie. Pourquoi on est là, ce qu'on a envie d'accomplir et pourquoi surtout.
- Speaker #0
Notre fameux why, c'est ça. Je te remercie infiniment de ton temps. C'était un plaisir aujourd'hui de revenir à ma collère après plus de dix ans où je n'avais pas vu cet endroit. Mais vraiment, merci infiniment pour m'avoir reçu. Et je te dis à bientôt.
- Speaker #1
Merci beaucoup à toi, c'était un plaisir.
- Speaker #0
Merci.
- Speaker #2
Derrière chaque invité que tu entends ici, il y a un moment rouge. Un moment où tout pouvait s'arrêter. et qui a tout changé. Parfois, une histoire vraie devient taboussole. Si cet épisode t'a bousculé, ne l'ignore pas, abonne-toi et partage-le avec quelqu'un qui traverse son moment rouge. Du rouge au renouveau, le cap se décide.