- Speaker #0
Salut, moi c'est Henri, bienvenue dans GenZ Network, le podcast qui explore la relation un peu compliquée, parfois toxique, entre la GenZ et le monde du travail. En France, plus de 2 millions de jeunes sont en situation de handicap. La GenZ parle beaucoup d'inclusion, mais au travail, est-ce qu'on en parle vraiment ? On imagine encore un handicap visible, mais beaucoup de réalité ne se voit pas et reste difficile à exprimer. Alors au fond, qu'est-ce qui est le plus dur aujourd'hui ? Avoir un handicap ou en parler ? Pour en discuter, je reçois une jeune en début de parcours professionnel et une experte du sujet. Est-ce que tu peux commencer par te présenter s'il te plaît ?
- Speaker #1
Alors bonjour, merci beaucoup pour l'invitation. Du coup, moi, je m'appelle Nola, j'ai 19 ans et actuellement, je suis en stage et je fais des études de communication.
- Speaker #0
Parfait, merci beaucoup pour cette présentation. Alors, le thème de ce podcast aujourd'hui, c'est le handicap au travail. Et déjà, je voulais te remercier d'avoir accepté mon invitation. Tu m'as permis de dire que tu avais un handicap. Est-ce que... Aujourd'hui, comment est-ce que tu le définirais ? Est-ce que ce serait plutôt un handicap visible ou invisible ?
- Speaker #1
Moi, du coup, je suis malentendante. Je pense que c'est plutôt un handicap qui est invisible parce que quand on me voit dans la rue, on ne saurait pas dire que je suis malentendante. Voilà, il faut vraiment voir, parce que je porte des appareils auditifs, donc il faut vraiment les voir pour comprendre que je porte ce handicap.
- Speaker #0
Et aujourd'hui, qu'est-ce que représente le mot handicap pour toi ? Qu'est-ce que veut dire le terme handicap ? Qu'est-ce que tu mets là-dessus ?
- Speaker #1
Pour moi, handicap, ça veut surtout dire avoir quelque chose en plus, quelque chose que les gens « normaux » , c'est pas du tout le bon mot, mais que la majorité des gens n'ont pas. Et donc, le handicap, c'est surtout quelque chose en plus. plus et quelque chose avec laquelle on doit vivre et apprendre à s'adapter.
- Speaker #0
Et alors, tu m'as dit que, tu nous as dit que tu étais aujourd'hui en stage. Comment est-ce que ça se passe au travail aujourd'hui ?
- Speaker #1
Ça se passe bien. C'est vrai que du coup, comme à chaque fois, il faut apprendre à s'adapter quand on est avec des personnes qu'on ne connaît pas, qu'on travaille avec des gens qu'on ne connaît pas et qui ne sont pas au courant de... de notre handicap, c'est compliqué. Il faut avoir le courage d'en parler. Et puis, il faut s'adapter. Et du coup, c'est vrai que parfois, c'est compliqué. Et quand on en parle, ça devient tout de suite plus simple. Mais il y a un temps d'adaptation qui est assez important.
- Speaker #0
Le mot temps d'adaptation, c'est important. Mais justement, est-ce que tu as des moments un peu plus compliqués ou c'est un peu plus compliqué au travail ?
- Speaker #1
Oui, par exemple, des exemples assez simples mais assez classiques aussi au travail, je pense aux visios, les visioconférences. Moi, du coup, comme je suis malentendante et que parfois on fait des visios, j'ai tendance à beaucoup moins comprendre ou suivre parfois ce qu'on me dit, surtout quand on ne met pas la caméra par exemple, parce que moi j'ai besoin de voir le visage des gens pour voir ce qu'ils disent, ça permet de me concentrer un peu plus. Et donc, les visios, pour moi, c'est l'exemple classique. Ou même les réunions, quand on parle longuement, moi, il faut que j'entende et puis que je comprenne aussi ce qu'on me dit et ça me demande un double effort. Et donc, voilà, c'est plein de petits moments comme ça en entreprise, mais ça compte énormément.
- Speaker #0
Justement, quand on parle de handicap, est-ce que tu trouves, est-ce que tu penses que les gens osent venir te poser la question ? Tu es handicapé ? Est-ce que les gens viennent te dire Ah bah Est-ce que tu J'ai cru comprendre que tu avais un handicap Est-ce qu'ils rentrent ? Est-ce qu'ils te posent la question ? Ou est-ce qu'ils préfèrent éviter le sujet Parce que Ils ne veulent pas être gênés Peut-être
- Speaker #1
En général on ne me demande pas On attend que moi je Prenne l'initiative d'en parler Euh... Ouais, non, en général, on me demande pas si j'ai... Si j'ai un handicap ou même quand on voit que j'en ai un, on ne vient pas forcément m'en parler.
- Speaker #0
Oui. Et donc, en fait, ma deuxième question, c'était dans la continuité. Donc, tu préfères expliquer, que ce soit toi qui explique d'abord que tu as un handicap, si tu as envie de l'expliquer.
- Speaker #1
Oui, je préfère en parler moi-même. Et d'ailleurs, tu as dit si tu as envie d'en parler. Moi, dans mon cas, je n'aime pas du tout en parler de mon handicap. Je trouve que c'est hyper handicapant du coup au quotidien parce que je n'ai pas envie qu'on me prenne pour quelqu'un de différent ou pour quelqu'un pour qui on doit s'adapter. J'ai envie qu'on me voit comme un collègue normal du coup, entre guillemets. Je n'aime pas ce mot, mais c'est le cas. Donc non, j'ai tendance à ne pas en parler et à même vouloir le cacher le plus possible.
- Speaker #0
Ok, c'est intéressant ce que tu dis. Parce que tu vois, moi, à titre personnel, j'ai aussi un handicap. Et c'est vrai que parfois, on n'a pas trop envie d'expliquer. Et parce que c'est ce que tu disais, en fait.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Tu vois, on a envie d'être, entre gros guillemets, Comme les autres, parce que finalement, on est tous différents. Et si dans la société, on était tous pareils, ce serait très nul.
- Speaker #1
Oui, c'est la différence qui fait les couleurs de la vie.
- Speaker #2
Carrément.
- Speaker #0
Est-ce que tu as l'impression, au travail parfois, de devoir peut-être plus prouver que les autres dans l'émission ? Ou alors, comme tu me dis que tu n'aimes pas trop parler de ton handicap, tu te dis, comme les gens ne sont pas nécessairement courants, je fais mon travail comme bon me semble. Ou alors, tu te dis, il faut que je fasse plus que les autres pour arriver au même résultat.
- Speaker #1
Je ne me dis pas... Oui, il faut que je fournisse un effort de plus, mais ça dépend sur quoi. En règle générale, non, j'ai pas besoin de vous prouver plus. Peut-être à moi-même, j'ai envie de me prouver aussi que j'ai pas besoin d'en parler ou quoi pour fournir un meilleur travail. Mais non, non, je pense pas fournir plus d'efforts que les autres en règle générale dans mon travail. Je ne sais pas si ça répond bien. Ah, mais si,
- Speaker #0
c'est très bien. C'est très bien. Et aujourd'hui, ça me permet... Et aujourd'hui, là, dans ton stage actuel, ça se passe bien. Enfin, tu es heureuse avec tes missions. Tu t'en sors.
- Speaker #1
Oui, oui, bien sûr.
- Speaker #0
Ah oui ?
- Speaker #1
Oui, oui, ce sont des missions qui sont parfaitement adaptées à moi.
- Speaker #0
Trop bien.
- Speaker #1
Et puis, j'en parle. Quand j'ai besoin d'en parler, j'en parle. Il ne faut pas que j'hésite. Il ne faut pas hésiter à en parler,
- Speaker #0
quoi. D'accord. Et alors, je voulais savoir, mais est-ce qu'il y a quelque chose que tu aimerais que tes collègues, que les gens avec qui tu travailles, les gens que tu croises dans l'entreprise, comprennent mieux sans que tu aies à l'expliquer ? Tu parlais par exemple tout à l'heure des visios. Est-ce que tu as envie que... que des collègues comprennent que c'est compliqué, ça peut être compliqué, sans que tu aies besoin d'aller en parler et donc d'expliquer, tu vois.
- Speaker #1
Oui, j'aimerais bien que tout le monde soit au courant sans avoir besoin d'en parler ou que tout le monde puisse s'adapter sans même qu'on ait besoin d'en parler. Ce serait beaucoup plus simple, mais ce n'est pas possible. Et puis...
- Speaker #0
Et justement, tu es en stage. T'es en stage, donc t'es encore à l'école, et l'école ça se passe bien ?
- Speaker #1
Oui, oui, l'école ça se passe super bien. Par contre, moi personnellement, dans mon école, très peu de gens sont au courant, je crois, parce que j'ai fait le choix de ne pas en parler.
- Speaker #0
D'accord, c'est intéressant.
- Speaker #1
Oui, de nature, j'aime pas avoir le regard sur moi, donc en parler, pour moi, ça me donnerait l'impression d'être au centre de conversation. C'est pas pour... me donner une certaine importance ou quoi, ou me prendre pour quelqu'un au centre de l'intérêt des gens, mais j'aurais cette impression-là et c'est pas du tout ce que j'ai envie, donc j'en parle pas.
- Speaker #0
Qu'est-ce qu'aujourd'hui, qu'est-ce qui va... véritablement t'aider aujourd'hui au travail est ce que ça va plutôt être des aménagements est ce que ça va être des attitudes voilà on va déjà posé cette question est ce qu'il ya est ce que il ya quelque chose qui pourrait vraiment ou qui t'aident vraiment au travail aujourd'hui dans
- Speaker #1
ton stage aujourd'hui moi j'ai aucun aménagement pour moi maintenant je sais que c'est un sujet qui revient beaucoup notamment quand je vais Quand je vais en rendez-vous, en entretien pour mes appareils auditifs, par exemple, quand j'étais petite, on m'avait proposé de... Quand j'étais à l'école, on m'avait proposé de prendre un micro et de proposer à mes professeurs d'avoir un micro connecté à mes appareils pour que je puisse entendre ce qu'ils disaient beaucoup mieux. Mais je n'avais pas voulu pour la raison... dont je t'avais parlé tout à l'heure. Je n'avais pas envie de demander à mes professeurs d'avoir un micro juste pour moi. Mais je sais qu'il existe différents aménagements pour les malentendants et pour d'autres handicaps. Mais moi, je n'en ai aucun.
- Speaker #0
Ok. Mais c'est intéressant parce que parler de son handicap, c'est d'abord un choix. Et tu vois, on peut choisir d'en parler ou pas. Et en fait, à partir du moment où tu es bien, j'allais dire tu es bien avec toi-même. Mais en fait, c'est un peu ça. Tant que tu es bien, tant que tu vis les choses, la manière dont tu veux les vivre, il n'y a pas de problème. Tu vois ? Et c'est encore une liberté de pouvoir en parler ou pas. Et alors, dernière question. Si aujourd'hui, tu pouvais changer une chose dans le monde du travail ? Qu'est-ce que ce serait ?
- Speaker #1
Je pense qu'aujourd'hui, il faudrait qu'on apprenne à sensibiliser davantage sur les handicaps comme le mien, ou en tout cas des handicaps qui sont peut-être un peu plus communs, dont on parle plus facilement, et pourtant qu'on ne parle pas tant que ça en entreprise, et donc qu'on les mette plus en valeur et qu'on en parle davantage dans les entreprises. que d'autres handicaps qu'on connaît un peu plus, ou en tout cas qu'on entend un peu plus parler.
- Speaker #0
C'est très bien. Parfait. Donc oui, il y a ce travail-là encore à mener. Le chemin est encore un peu long. Merci beaucoup, Nola, d'avoir accepté de témoigner pour ce courage-là.
- Speaker #2
Merci pour l'invitation.
- Speaker #0
Je t'en prie. Merci beaucoup.
- Speaker #2
Je reçois maintenant Élodie,
- Speaker #0
responsable RSE et référente handicap chez I2O. Bonjour Élodie.
- Speaker #2
Salut Henri.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux te présenter cette émission ?
- Speaker #2
Bien sûr. Je suis Élodie Friot, je suis responsable RSE depuis 5 ans maintenant chez I2O. Mes missions au quotidien vont être d'animer la politique RSE en interne dans l'entreprise, auprès des collaborateurs et des collaboratrices. Et les piliers sur lesquels j'interviens essentiellement sont les piliers environnementaux, le pilier social, au sein duquel on trouve le handicap, l'égalité professionnelle, l'orientation sexuelle, la diversité socioculturelle, la diversité générationnelle, bien évidemment, et puis aussi tout ce qui touche à la qualité de vie, au travail.
- Speaker #0
Et alors, est-ce que toi, à titre personnel, et tu m'as autorisé en off à en parler ? Toi, tu as un handicap aussi ?
- Speaker #2
Oui, complètement. À la différence de Nola, qui a un handicap depuis sa naissance, moi, c'est un handicap qui est arrivé assez tardivement, puisque j'ai une maladie invalidante qui s'appelle un rhumatisme psoriasique, qui n'est pas forcément super connu, mais qui est une version améliorée du psoriasis, qui touche les articulations et qui peut devenir vraiment invalidant. au quotidien de par les douleurs et de par le manque de mobilité. C'est une maladie qui est tout à fait contrôlée chez moi, soumise à traitement et ça fonctionne plutôt bien. C'est plutôt des traitements qui ont parfois des effets secondaires un peu délicats et donc en entreprise, j'ai une reconnaissance, une RQTH, reconnaissance de qualité de travailleur handicapé et ça me permet au quotidien de pouvoir... On va dire vivre la maladie plus facilement. Donc j'ai des temps spécifiques qui me sont alloués par l'entreprise pour aller faire mes examens. médicaux, en cas de crise, en cas de poussée, ou tout simplement les examens annuels. Ça paraît pas grand-chose, mais en vrai, pour moi, c'est quand même deux jours de congé que je n'utilise pas pour aller faire ces soins médicaux. Et donc, c'est ce qu'on appelle une compensation en entreprise. Ça permet à I2O d'être serein au niveau, pour des raisons de sécurité, sur mes absences quand je fais ces examens. Et pour moi, c'est de la charge mentale en moins. Et la charge mentale, ce sera peut-être le sujet d'un autre podcast, mais elle est déjà bien. bien pleine,
- Speaker #0
bien intense. Écoute, je te propose de rentrer directement dans le cœur du sujet. Aujourd'hui, les politiques handicap et d'inclusion, notamment, sont de plus en plus mises en avant par les entreprises, qu'elles soient publiques ou privées. Pour autant, parler du handicap, ça peut être un tabou et ça peut même faire peur. Je voulais te poser la question pour savoir, est-ce que, selon toi, les choses évoluent dans le bon sens ? Et comment on va lever cette entre guillemets peur côté équipe ?
- Speaker #2
Alors, le handicap en entreprise, oui, ça évolue, mais ça évolue doucement. Donc on a encore, en fait, ça n'évolue pas à la même vitesse chez tout le monde. L'idée, ce serait quand même de passer du, on doit agir sur le sujet du handicap en entreprise parce que la loi nous l'impose, en sachant qu'en plus en France, on a une sanction financière lorsque l'on ne respecte pas cet engagement. Mais l'idée, ce serait de passer de cette obligation légale à quelque chose de plus spontané où on aurait une compréhension de ça rend l'entreprise meilleure, c'est meilleur pour l'efficacité de l'entreprise, pour la rentabilité de l'entreprise. Bon, c'est le cas chez certains. Moi, je vois des choses très positives tous les jours en entreprise. Ce n'est pas le cas pour tout le monde. Après, c'est vrai que c'est un sujet, comme le disait Nola et comme tu le disais très bien, c'est un sujet personnel. Donc, c'est toujours un peu difficile. Les entreprises, parfois, ont du mal à se positionner. Sur le, ça ne me regarde pas. Il faut l'aborder de la bonne manière, ça on y reviendra peut-être tout à l'heure. Mais oui, aujourd'hui je trouve quand même depuis le moment où j'ai commencé vraiment à m'intéresser au sujet, donc ça fait une petite dizaine d'années, je vois quand même des entreprises qui ont pris conscience de la valeur de ces profils un peu différents et qui mettent des choses en place, non pas simplement pour répondre à l'obligation légale, même si c'est un argument de poids, on ne va pas se mentir. mais aussi parce qu'il y a une vraie volonté d'améliorer le quotidien de ses collaborateurs et d'améliorer la performance de l'entreprise.
- Speaker #0
Tu sais, aujourd'hui, on entend beaucoup parler de handicap moteur, etc. Mais je trouve qu'on entend moins parler, voire pas du tout parler, de la santé mentale, du handicap... Tu sais, des troubles psy, l'anxiété au travail. En quoi est-ce que c'est quand même important d'en parler dans les lieux professionnels ?
- Speaker #2
Alors, on commence quand même à en parler, puisque ça a été déclaré comme cause nationale par le gouvernement. Mais effectivement, comme le handicap est à bout, la santé mentale l'est aussi, clairement. En plus, la santé mentale va toucher... Enfin, on touche aussi la santé des femmes, la santé des hommes. Et les hommes ont du mal à parler de leur santé, encore plus la santé mentale. Donc, ce sont des sujets qui sont effectivement très tabous, mais qu'on aborde en entreprise parce qu'en fait, là, pour le coup, il y a un impact direct. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, les entreprises, elles fonctionnent comme elles fonctionnaient avant, potentiellement avec le même niveau de stress, le même niveau de pression auquel les collaborateurs sont soumis, sauf qu'à l'extérieur, le climat extérieur, à l'extérieur de l'entreprise, je pense au climat géopolitique, je pense au climat ou à l'impact au changement climatique. Tout cet environnement dans lequel on évolue aujourd'hui n'est plus du tout le même qu'il y a 15 ou 20 ans. Et donc, la santé mentale des humains, vraiment dans leur grande généralité, est de plus en plus fragile et de plus en plus affectée. Et donc, en entreprise, on se retrouve avec des situations très complexes, avec cette fameuse épidémie de burn-out, qui n'est pas liée forcément qu'à l'environnement de l'entreprise, qui est liée à un tout. Mais aujourd'hui, l'entreprise se retrouve vraiment face à des vrais cas. On parle de vrais humains qui s'effondrent littéralement. Et donc, beaucoup de managers, beaucoup de chefs d'entreprise se retrouvent un peu démunis. Alors, on sait que la Gen Z est beaucoup touchée par cette thématique ou par cette épidémie de burn-out, mais ce ne sont pas les seuls. Mais effectivement, il faut agir en entreprise et il y a les moyens d'agir. Donc ça, on pourra en parler tout à l'heure. Et je crois que les entreprises ont aussi compris que tous ces sujets de santé mentale pouvaient provoquer un... provoquent un désengagement des collaborateurs. On voit plus fort chez la Gen Z, quand ça ne lui convient pas, elle s'en va. Les autres ne s'en vont pas, mais s'effondrent. Et donc, c'est vrai que c'est un vrai sujet en entreprise, lequel il faut accompagner, bien sûr.
- Speaker #0
Justement, à quelqu'un qui hésite de parler de son handicap, qu'est-ce que tu lui dirais ? Quel est le bon moment ? Pourquoi il faut le faire ? Pourquoi est-ce que c'est important ? On l'a vu avec Nola tout à l'heure qu'elle ne voulait pas forcément déclarer sa situation pour ne pas être, j'allais dire, stigmatisée. En tout cas, oui, qu'on lui porte un jugement. Donc voilà, mais je voulais juste savoir quel était le bon moment pour le dire et pourquoi il fallait le faire.
- Speaker #2
Alors, à nouveau, c'est très personnel. Donc je ne sais pas s'il y a un bon moment. en tout cas c'est un choix déjà un choix personnel on dit ou on dit pas moi j'ai dit tout de suite mais moi ma situation est un peu tronquée puisque c'est mon métier je triche un peu maintenant pourquoi il faut le faire quand on a cette reconnaissance de travailleurs handicapés alors le mot fait peur déjà moi je milite pour qu'on arrête d'utiliser ce mot de travailleurs handicapés il y a des images qui viennent dans la tête elles sont pas toujours Vraies, en tout cas, elles sont soumises à stéréotypes et préjugés, donc c'est un peu dommage. Mais en tout cas, pourquoi il faut le faire ? Il faut le faire parce que lorsque vous êtes en situation de handicap, vous pouvez avoir besoin, ou en tout cas, on peut vous offrir ce qu'on appelle ces fameuses compensations. Donc ce ne sont pas des avantages, attention, ce sont vraiment des compensations qui vont vous permettre de travailler de la même manière, avec la même efficacité, la même performance. que vos collaborateurs d'à côté qui, eux, ne sont pas apporteurs de ce handicap. Donc, ça veut dire qu'au lieu de redoubler d'efforts pour être au même niveau que les autres, alors que vous n'avez rien demandé, que ce handicap, vous ne l'avez pas souhaité, on va juste venir vous proposer d'avoir des ajustements et des choses à disposition qui vont vous rendre la vie plus facile. En fait, aujourd'hui, il faut arrêter de culpabiliser là-dessus. On peut vous rendre la vie plus facile. Prenez la main qu'on vous tend, clairement. Moi, par exemple... dans l'absolu, mes soins médicaux, je pourrais les faire en dehors, aussi en dehors du temps de travail. Et c'est ce que je fais la plupart du temps, parce que c'est OK avec mon agenda. Mais le jour où j'ai un problème, le jour où j'ai besoin de faire un soin à 17h et pas à midi, je le fais à 17h, je sais que c'est OK avec l'entreprise et je ne me mets pas dans une situation galère de gestion de vie de famille, de gestion d'agenda. Donc, c'est vraiment une main tendue, une main que tend l'entreprise et, pour être honnête, il faut vraiment la prendre. Ça, ça... C'est OK pour l'entreprise et c'est OK pour vous. Et le reste du monde, j'ai envie de dire, n'a pas forcément besoin d'être au courant. Après, sur la manière dont vous en parlez et à quel moment, c'est vous qui choisissez.
- Speaker #0
C'est personnel.
- Speaker #2
Après, sur le timing, il n'y a pas de timing particulier. Sur les gens à qui vous devez en parler, ce sont les référents handicap de vos entreprises ou alors les ressources humaines ou alors votre manager. Et vous pouvez effectivement stipuler à ces personnes à qui vous évoquez votre handicap, si vous souhaitez le voir évoqué, ou si vous, au reste de l'équipe, ou si vous souhaitez que ça reste quelque chose de confidentiel, c'est tout à fait possible.
- Speaker #0
Bon, parfait.
- Speaker #2
Alors ça, Henri, c'était côté collaboratrice et collaborateur. Après, côté entreprise, bien évidemment, quand on est une entreprise, on communique sur sa politique handicap. Ce qui fait qu'un collaborateur qui va hésiter à se déclarer doit savoir avant de le faire. Quelle est la politique de l'entreprise sur le sujet ? Quels sont les moyens mis en œuvre ? Quels sont les référents ?
- Speaker #0
D'accord, c'est important de se renseigner en amont. Est-ce que justement, pour finir dans ces démarches-là, est-ce que tu dirais que l'inclusion, en tout cas le fait d'expliquer, est-ce qu'aujourd'hui ça repose encore peut-être trop sur... Est-ce que ce n'est pas plus un effort de la personne concernée aujourd'hui ? D'une certaine manière, la personne qui doit se dire « c'est moi qui dois prendre les devants parce que de toute façon, même s'il y a un accompagnement, je choisis de le dire ou pas » . Est-ce qu'aujourd'hui, ça repose trop sur la personne concernée, le fait de dire et d'expliquer ?
- Speaker #2
On ne peut pas déclarer un handicap à la place de la personne. Donc forcément, ça, c'est quelque chose qui va lui incomber de toute manière. Par contre, l'entreprise peut être facilitatrice ou facilité. tentent, en exposant effectivement correctement sa politique, en ayant sensibilisé ses collaborateurs, l'ensemble des équipes à ce qu'est le handicap, ce qui fait que le jour où votre collègue se déclare en disant, ben voilà, moi, j'ai... Cette maladie invalidante, moi j'ai ce type de handicap et j'ai besoin de cette adaptation. Il n'y a pas de jugement de la part des collaborateurs parce qu'ils auront été sensibilisés par l'entreprise. Il y a aussi le rôle de l'entreprise qui est de former les managers pour que les managers sachent accompagner. Par contre, sur la déclaration en elle-même, ça restera toujours un choix personnel. Personne n'ira présenter, déclarer le handicap à la place de la personne.
- Speaker #0
Donc c'est au départ une démarche à faire, j'allais dire, en son âme et conscience, mais oui, oui. Très bien. Aujourd'hui, pour des jeunes qui arrivent sur le marché du travail, quels sont les aménagements très simples que nous pourrions mettre en place ? Et attention, je complique, en fonction ou même, quel que soit le type de handicap. Les aménagements, tu sais, tout à l'heure, on parlait du fait que les réunions, c'était compliqué pour nous là. Il fallait qu'elle voit les visages. Qu'est-ce qu'on peut mettre en place simplement pour faciliter peut-être le quotidien ?
- Speaker #2
Alors, je ne vais pas forcément lister tous les aménagements possibles à tous les types de handicap. Par contre, je ne vais citer qu'une seule chose qui paraît être la base d'ailleurs, pas uniquement quand on parle de handicap, c'est l'écoute en fait, la communication. Je crois qu'il suffit juste de demander à la personne qui arrive dans l'entreprise cette fameuse phrase, vous allez voir c'est une phrase magique, mais finalement assez simple, de quoi as-tu besoin pour travailler dans des conditions correctes, raisonnables, performantes ? On met l'adjectif qu'on souhaite derrière en fonction de la mission. Mais en fait, il suffit de poser cette question. Et si demain on pose cette question à Nola, si c'est le choix de Nola de communiquer sur son handicap, c'est à elle de dire, moi pour travailler correctement, j'ai besoin d'un environnement. calme, j'ai besoin d'avoir les vidéos sur les visuaux parce que ça me permet de communiquer. Donc c'est vraiment créer un climat, un peu une safe place où on est ok pour échanger, où on va se sentir suffisamment à l'aise pour parler de ses besoins d'adaptation. Après si on rentre dans le détail de certains types de handicap, on a aujourd'hui par exemple pour toutes les pathologies visuelles des outils qui s'adaptent sur les écrans. Donc nous on travaille avec... avec une structure qui s'appelle Facility et qui effectivement nous permet d'adapter nos outils digitaux aux différentes pathologies visuelles, et pas que visuelles d'ailleurs. Ça peut être effectivement pour les maladies invalidantes de l'adaptation des horaires de travail, pour des gens avec une fatigabilité importante, on peut optimiser ou augmenter le nombre de jours de télétravail. Il y a vraiment, on peut avoir aussi pour les, je pense, aux profils diabétiques qui peuvent avoir besoin d'un endroit où faire leur piqûre, tester leur glycémie. Il y a vraiment, ou alors plus commun, mais sur les pathologies moteurs, on peut aussi avoir des bureaux qui s'adaptent, des chaises spécifiques, des bureaux qui se lèvent. Après, il y a beaucoup, beaucoup d'adaptations qui sont possibles. C'est souvent étudié avec la médecine du travail et c'est surtout vraiment cette question à poser. De quoi as-tu besoin pour travailler sereinement ?
- Speaker #0
C'est la clé.
- Speaker #2
C'est la clé.
- Speaker #0
Et j'allais dire, même handicap ou pas, cette question est primordiale pour tout le monde. Donc, ma prochaine question, c'était, comment on va créer ce cadre-là sans tomber dans la maladresse, la surprotection, l'infantilisation, un mot fort, mais en fait, comment on va faire pour ne pas justement en faire trop, en fait, Et en ayant... Le juste milieu ?
- Speaker #2
Alors, la réponse, elle est assez facile et assez simple. On sensibilise les collaborateurs à l'ensemble des typologies de handicap. Il y a des gens qui font ça très bien et qui vous expliquent quels sont les gestes simples à appliquer et la posture à avoir face aux différents profils. Et on forme ces managers. Ça, c'est les deux premières étapes. Une fois qu'on a fait ça, on écrit une politique handicap qui explique que c'est un sujet... qui est personnelle à chacun. Donc, on respecte le droit de ne pas en parler. Et finalement, ce que l'on fait auprès des managers, on le fait auprès de tous les collaborateurs. C'est-à-dire, on les sensibilise à l'écoute et au respect de l'avis de chacun. Donc, voilà. Pour moi, c'est aussi simple que ça. On explique les choses, on les dit, on les communique. Il n'y a pas de faux-semblants. Et on explique que c'est de la vie perso, qu'on n'est pas médecin, qu'on n'est pas psy. Surtout, on n'est pas psy et on n'est pas médecin, à la place de ceux qui le font vraiment. On est juste présent, on tient son rôle de collègue et on peut avoir une oreille à l'écoute quand la personne en ressent le besoin.
- Speaker #0
Est-ce qu'aujourd'hui... Aujourd'hui, on connaît la situation, mais on va faire une projection. Est-ce que les entreprises seront vraiment inclusives dans 10 ans ? Et qu'est-ce qui doit vraiment évoluer en priorité ?
- Speaker #1
Forcément, je suis quelqu'un de très optimiste, alors je vais dire oui. On sera toujours plus qu'aujourd'hui. Je n'imagine pas un recul en arrière, mais ça, c'est parce que je n'ai pas envie de l'imaginer non plus. Donc je me dis, on va plutôt aller de l'avant. Après, là, c'est mon expérience de responsable RSE qui parle. Il y a aussi des obligations européennes qui ont été très fortes ces dernières années, qui ont brutalement arrêté assez curieusement cette année. Pour autant, je ne vois pas d'entreprise faire marche arrière. Je vois des entreprises qui étaient prêtes à avancer sur la RSE de manière générale, dont font partie les sujets de diversité et donc de handicap. Et je ne les ai pas vues faire marche arrière. J'ai vu des entreprises engagées parce que j'ai vu des entreprises qui avaient travaillé leur politique RSE et qui s'apercevaient clairement que pour la performance de leur entreprise, pour la robustesse de leur entreprise, on était vraiment sur de bonnes bases. Donc je suis très confiante par rapport à ça. Je me dis qu'aujourd'hui, plus il y a d'entreprises qui comprennent que la viabilité de leur entreprise va aussi dépendre de leur politique diversité et leur politique RSE au sens large, je me dis que dans dix ans, on aura forcément embarqué plus de monde. Et si je ne suis pas optimiste, je me dis au pire, on n'aura pas reculé. Mais je suis plutôt optimiste là-dessus. Après, ce qu'on pourrait améliorer, je vais reprendre une phrase qui est très bateau et très connue dans le monde de la diversité. Elle n'est pas de moi. Mais c'est de dire qu'effectivement, l'inclusion, la diversité, c'est être invité au bal. Et l'inclusion, c'est d'être invité à danser. Donc, s'il y a quelque chose sur lequel on devait vraiment insister, c'est... Voilà, pas de poudre aux yeux. Quand je dis on dit ce qu'on fait et on fait ce qu'on dit, effectivement, quand on parle de diversité, on ne rajoute pas juste une chaise à la table. On réorganise un peu tout le monde autour de la table pour que les choses soient plus fluides, plus cohérentes et qu'on soit vraiment dans cette notion d'inclusion et d'intégration.
- Speaker #0
Trop bien. Et bien, écoute, merci beaucoup, Elodie, parce que ça nous a éclairés. Je pense que, en tout cas, j'espère que les auditeurs ont appris. Parce que c'est l'objectif de ce podcast. Merci beaucoup, Elodie.
- Speaker #1
Avec plaisir.
- Speaker #0
Dîtes les fermes. C'est la minute où l'on décrypte le langage de la Gen Z au bureau. Aujourd'hui, le validisme. Le validisme, c'est le fait de considérer, souvent sans s'en rendre compte, qu'une personne sans handicap est la norme. et que tout ce qui s'en l'éloigne doit s'adapter ou se justifier. Ça peut passer par des remarques, des doutes, des maladresses ou encore des comportements comme la surprotection ou l'infantilisation. Rien de forcément intentionnel mais un impact bien réel au quotidien. Le problème, c'est que ça va rendre invisibles certaines réalités et ça peut même... freiner la parole. Alors, la vraie question, et on pourrait se demander, comment favoriser l'inclusion sans enfermer dans des cases ? Alors au fond, c'est quoi le plus difficile aujourd'hui ? Est-ce que c'est d'avoir un handicap ou oser en parler au travail ? Entre volonté d'inclusion et réalité de terrain, la Gen Z fait bouger les lignes. Mais le chemin reste encore long. et restent encore à construire. Merci à nos invités du jour pour leur témoignage et leur éclairage. Et toi, t'as une anecdote à raconter ? Viens nous le dire sur Insta ou LinkedIn parce que figure-toi qu'on prépare déjà le prochain épisode où on va se poser une question très simple. Faut-il oser être soi-même au travail ? A très vite.