Speaker #0Quand on pense au spatial, on pense souvent à deux choses. Soit un rêve d'enfant qui n'a pas rêvé de voyager dans l'espace, de découvrir de nouvelles étoiles, de marcher sur la Lune, l'exploration quoi. En tout cas, moi c'était mon cas. Soit un milliardaire en combinaison moulante qui brûle des tonnes de carburant pour flotter trois minutes et revenir nous expliquer que la Terre est belle. Et là, forcément, on se dit, mais c'est écolo ce truc-là ? Parce que le spatial, c'est un drôle de paradoxe. D'un côté, ce sont des satellites qui nous permettent de prévoir les tempêtes, de suivre le réchauffement climatique, de cartographier la déforestation, d'anticiper les catastrophes naturelles aussi. Autrement dit, sans le spatial, on comprendrait beaucoup moins bien l'état de la planète. Et de l'autre côté, on a des fusées qui émettent en haute atmosphère, des milliers de satellites lancés chaque année, une orbite qui commence à ressembler à un parking un samedi après-midi, donc qui commence à bien se remplir, et une industrie qui grandit très vite, parfois plus vite que les règles pour l'encadrer. Alors aujourd'hui, on va faire ce que j'aime bien faire ici. On va éviter le discours « le spatial c'est génial, laissez-nous rêver » , Et aussi le discours. Tout ce qui décolle est un crime climatique. On va regarder les faits tout en nuances. Donc dans cet épisode, on va se poser plusieurs questions simples mais essentielles. D'où vient le spatial et comment on est passé d'une poignée de lancements par an à des constellations de milliers de satellites ? Qu'est-ce que ça représente aujourd'hui en chiffres ? Lancements, satellites, débris ? Combien, où et pourquoi faire ? Quel est l'impact environnemental réel du spatial ? Pas seulement en CO2, donc en émissions de gaz à effet de serre. mais aussi sur l'atmosphère, sur l'ozone et même le ciel nocturne. Est-ce que le tourisme spatial est comparable au spatial utile ? Ou est-ce que c'est un autre débat ? Et surtout, à quoi pourrait ressembler le spatial de demain ? Plus sobre, plus régulé ou juste plus encombré ? Parce que le spatial, ce n'est pas un détail. Ce qui joue là-haut, ça a des conséquences ici, sur la planète, sur Terre, sur notre climat, sur notre atmosphère. sur notre capacité à continuer à renvoyer des choses dans le ciel sans tout casser. Alors aujourd'hui, on va parler fusées, satellites, orbites et débris. Mais bon, comme toujours, on va surtout se poser la question qui fâche. Le spatial, écolo ou pas ? Pour comprendre le spatial aujourd'hui, il faut revenir au début. Parce que le spatial n'est pas né pour observer la Terre, ni pour sauver le climat, ni même pour connecter son téléphone. Il est né pour impressionner. Allez, on remonte le temps. 1957, l'Union soviétique lance Spoutnik, un petit satellite, un simple, dans le ciel. D'un coup, l'espace devient un enjeu militaire. Un enjeu politique, un enjeu symbolique. Ce n'est pas de la science, c'est un message. Regardez jusqu'où on peut aller nous. Les années 60, c'est la course à la Lune. Objectif officiel, explorer. Objectif réel, gagner la guerre froide sans tirer directement un coup de feu. Résultat, des budgets colossaux, des fusées gigantesques et une logique du toujours plus loin, toujours plus fort. A l'époque... personne ne se demande combien ça pollue. Déjà parce que le climat n'est pas encore un sujet public et le nombre de lancements est très limité. L'impact existe, mais il est marginal à l'échelle mondiale. Puis, progressivement, le spatial change de rôle. On passe de « regarder ce qu'on est capable de faire » à « regarder ce que ça peut nous servir à faire » . C'est là que naissent les satellites météo, les satellites de télécommunication. Les premiers satellites d'observation de la Terre. Et puis aussi les systèmes de navigation comme le GPS. Et là, pour la première fois, le spatial commence à aider la planète. Sans satellite, soit pas de prévision météo fiable, pas de suivi des cyclones, pas de mesure globale du climat et pas de cartographie précise de la déforestation ou de la fonte de la banquise. Le spatial devient en fait une infrastructure. invisible mais essentielle pendant longtemps le spatial reste un club fermé quelques états quelques agences des lancements rares et des satellites conçus pour durer longtemps à cette époque on lance peu on surveille beaucoup et on remplace lentement donc au final on a peu de débris on a peu de congestion orbitale et un impact environnemental faible en volume mais ça vous vous en doutez ben ça ne va pas durer à partir des années 2010 on entre dans une nouvelle ère Le New Space. Ce n'est plus seulement des états ou des agences publiques. Ce sont des entreprises privées, des modèles économiques, des lancements plus fréquents, des satellites plus petits et des durées de vie plus courtes. L'idée en soi est simple. Aller plus vite, moins cher, en plus grand nombre. Et là, tout change. Parce que quand on multiplie les satellites, on multiplie les lancements. Quand on réduit la durée de vie, on multiplie les remplacements. Quand on densifie l'orbite, On augmente les risques. Le spatial n'est plus un événement exceptionnel. C'est devenu une industrie continue. Cette histoire, elle est importante pour comprendre la suite. Le spatial n'est pas bon ou mauvais par nature. Son impact dépend du nombre d'objets envoyés, de leur durée de vie, de leur utilité réelle et des règles qu'on se donne. Aujourd'hui, en fait, on est à un moment charnière. On est en train de décider si le spatial reste un outil au service de la planète ou s'il devient un nouveau terrain de surconsommation mais en orbite. Bon, maintenant que le décor est posé, il est temps de regarder la situation actuelle. Combien de lancements, combien de satellites, et qu'est-ce que ça représente vraiment aujourd'hui ? C'est ce qu'on va voir tout de suite. Maintenant qu'on a vu d'où vient le spatial, regardons où on en est aujourd'hui. Parce que le vrai changement, il n'est pas technologique, il est quantitatif. Pendant longtemps, un lancement spatial, c'était un événement. Aujourd'hui, c'est presque devenu une routine. En 2025, on est autour de 250 à 270 lancements orbitaux par an dans le monde. Donc un lancement tous les 1 à 2 jours, quelque part sur la planète. Et surtout, la majorité de ces lancements ne servent plus à envoyer un satellite unique et précieux, mais des lots entiers de satellites. Un autre chiffre clé, ce sont les satellites actifs. En 2010, on a environ 1000 satellites actifs. En 2020, ils sont autour de 3000. En 2025, plus de 13 000 actifs. On n'a pas doublé, on n'a pas triplé, on a multiplié par plus de 10 en 15 ans. Ce n'est plus une évolution, c'est un changement de monde. La grande différence avec le passé, ce sont les constellations. Avant, on avait quelques satellites, plutôt espacés, et conçus pour durer 10 à 15 ans. Aujourd'hui, on a des milliers de satellites en orbite basse, avec une durée de vie de 5 à 7 ans. donc en remplacement permanent. A lui seul, Starlink représente plus de la moitié des satellites actifs. Et ce n'est pas un cas isolé. Les télécoms, l'internet global, l'observation, la défense. L'Orbit Pass devient une infrastructure, comme un réseau routier. Sauf que, quand une route est saturée, on le voit. Quand une orbite est saturée, on le découvre parfois trop tard. Maintenant, parlons de ce qu'on ne met jamais sur les affiches. Les débris spatiaux. on en parle de plus en plus quand même. Aujourd'hui, on estime environ 50 000 objets de plus de 10 cm suivis. Un million d'objets entre 1 et 10 cm et des dizaines de millions de fragments plus petits. Et le problème, ce n'est pas seulement le nombre, c'est la dynamique. Parce qu'une collision crée des fragments. Les fragments augmentent le risque de collision. Les collisions créent encore plus de fragments. Un joli cercle vicieux. C'est ce qu'on appelle en fait un risque d'emballement. En clair, même sans nouveau lancement, le problème peut... continuer à s'aggraver. Du coup, ces chiffres racontent une chose simple. Le spatial, ce n'est plus un domaine rare, lointain et symbolique. C'est devenu une industrie de flux. Et comme toute industrie de flux, plus on accélère, plus les impacts s'accumulent, plus les erreurs coûtent cher. Ce n'est pas encore une catastrophe, mais ce n'est plus un détail. Bon, maintenant qu'on sait combien on lance, combien on a d'objets là-haut, et à quelle vitesse ça augmente, il est temps de se poser la vraie question écologique. Quel est l'impact environnemental réel du spatial ? Là, on va parler de CO2, mais pas seulement. Quand on parle d'impact environnemental du spatial, on pense souvent à une seule chose, les gaz à effet de serre. Mais pour le spatial, le vrai sujet, ce n'est pas seulement combien on émet, c'est où on émet. Commençons par remettre les choses à leur place. A l'échelle mondiale, le spatial représente une part infime des émissions de gaz à effet de serre, très loin derrière l'aviation ou le transport routier. Donc non, le spatial ne fait pas exploser le budget carbone mondial. Mais les fusées émettent dans la stratosphère et parfois jusqu'à la mésosphère. Or là-haut, les polluants restent plus longtemps et les effets climatiques sont différents. Ce n'est pas la quantité qui pose problème, c'est l'altitude. Certaines fusées émettent des particules de suie. Ces particules absorbent la chaleur, peuvent réchauffer localement la stratosphère et interagir avec la couche d'ozone. Des études récentes montrent que si le nombre de lancements continue d'augmenter, l'impact sur l'ozone pourrait devenir mesurable, alors qu'il était négligeable il y a 20 ans. Alors, on ne parle pas d'un trou géant dans l'ozone demain. On parle d'un risque cumulatif lié à la croissance du secteur. On parle souvent des lancements. Mais très peu de ce qui se passe quand les satellites reviennent. Quand un satellite rentre dans l'atmosphère, il brûle. Mais du coup, il libère des oxydes métalliques, notamment de l'alumine. Aujourd'hui, on estime environ 1000 tonnes de matériaux par an liées aux réentrées. Dans certains scénarios futurs, ce chiffre pourrait dépasser les 30 000 tonnes par an, si les constellations continuent à croître rapidement. On a inventé en fait un nouveau type de pollution, celle qui se vaporise avant d'atteindre le sol. Dernier point clé, les débris spatiaux. Chaque fragment augmente le risque de collision, la consommation de carburant pour éviter les chocs, et la complexité des futures missions. Ce n'est pas une pollution classique, c'est une pollution de capacité. Elle menace notre possibilité même d'utiliser l'espace demain. Le spatial, du coup, n'est pas un désastre écologique immédiat. Mais son impact augmente vite. Il touche des zones. très sensible de l'atmosphère et il repose sur une logique de croissance rapide. Le problème, ce n'est pas le spatial en soi, c'est le spatial sans limite. Maintenant qu'on a vu les impacts, ça me fait poser une autre question très simple. Est-ce que tous les usages du spatial se valent vraiment ? Bah oui, parce qu'entre surveiller le climat et envoyer les touristes flotter 3 minutes, Il y a peut-être un petit écart écologique. Allez, on voit ça tout de suite. Bon, commençons par le tourisme spatial. Aujourd'hui, en volume, c'est encore marginal. Quelques dizaines de vols suborbitaux, quelques centaines de passagers au maximum. Donc non, le tourisme spatial ne représente pas encore une grosse part du spatial mondial. Mais le problème, c'est l'impact par passager. Les études récentes estiment qu'un vol suborbital peut émettre plusieurs dizaines de tonnes de CO2 pour quelques minutes d'apesanteur. Rapporter à un passager, c'est bien plus qu'un aller-retour long courrier, pour une utilité sociale très limitée. En clair, beaucoup d'impact pour très peu de services collectifs. N'est-ce pas, Cathy Perry ? À l'autre extrême, il y a le spatial qu'on utilise... tous les jours, sans y penser. Je le rappelle, sans satellite, il n'y aurait pas de prévision météo fiable, de suivi des cyclones d'incendie, des mesures globales de réflexion climatique, etc. Le spatial, en fait, est devenu une infrastructure critique. Et sur le plan environnemental, ces satellites permettent souvent d'éviter des dégâts plus graves, d'anticiper des catastrophes ou d'optimiser des systèmes très énergivores. Transport, réseau... Donc, oui... Le spatial, entre guillemets, utile, peut réduire indirectement des impacts environnementaux. Et du coup, c'est là où ça se complique. C'est quand l'utilité devient une justification automatique. Plus de satellites, ça veut dire plus de lancements, plus de remplacements, plus de réentrées, plus de débris. Et parfois, plus de connectivité, plus de consommation. Donc, plus d'impact ailleurs. Un satellite peut aider à mieux gérer la planète. 10 000 satellites, ça pose une autre question. La question n'est donc pas spatiale ou pas spatiale. La vraie question, c'est à quoi ça sert concrètement ? Combien d'objets pour rendre ce service ? Combien de temps aussi ils durent, ces satellites, et à quel coût environnemental global ? Autrement dit, ce n'est pas le rêve qui pose problème, c'est la débauche de moyens pour des usages tout secondaires. Bon, maintenant qu'on a distingué le spatial vitrine, Du spatial infrastructure, il reste une dernière grande question. A quoi ressemble le futur du spatial ? Plus de satellites ? Plus de régulations ? Ou une fuite en avant, enfin, en orbite ? C'est ce qu'on va voir pour finir. Si on suit les trajectoires actuelles, le nombre de satellites en orbite basse pourrait atteindre plusieurs dizaines de milliers dans les prochaines années. Certaines projections parlent de 30 000 à 50 000 satellites à moyen terme. Voir davantage si toutes les constatations prévues voient le jour. Deuxième enjeu clé, la gestion du trafic spatial. Aujourd'hui, chaque opérateur gère ses satellites. Les règles sont encore largement basées sur des recommandations et les sanctions sont rares. Mais avec des milliers d'objets en mouvement, à plusieurs kilomètres par seconde. Une collision majeure pourrait rendre certaines orbites inutilisables pendant des décennies. Ce n'est pas de la science-fiction, c'est de la mécanique orbitale. Mais bonne nouvelle, il existe des solutions techniques. Par exemple, les fusées réutilisables, les satellites conçus pour se désorbiter rapidement en fin de vie, la réduction de la durée de présence des débris et les projets de nettoyage orbital. Mais aucune de ces solutions ne compense une croissance incontrôlée. On ne réglera pas un problème de surpopulation orbitale avec seulement des aspirateurs à débris. Le futur du spatial va surtout se jouer ici, dans la régulation, dans les autorisations de lancement, dans les règles de fin de vie des satellites, dans les limites sur le nombre d'objets. dans la responsabilité en cas de collision, et dans la reconnaissance de l'orbite comme une ressource limitée. Aujourd'hui, l'espace est encore traité comme s'il était infini. Spoiler, il ne l'est pas ! En résumé, le futur du spatial pose trois questions plutôt simples. Est-ce qu'on accepte une logique de « toujours plus, toujours plus vite » ? Est-ce qu'on distingue clairement le spatial essentiel du spatial accessoire ? Est-ce qu'on se donne des règles avant l'accident majeur ou après ? Parce que l'espace, contrairement à la Terre, on ne pourra pas le dépolluer si facilement que ça. Alors voilà, le spatial peut aider à comprendre le climat, il peut protéger des populations, il peut optimiser des systèmes critiques, mais sans limite claire, il peut aussi devenir un nouveau problème environnemental hors sol. Alors le spatial, écolo ou pas ? Comme souvent, comme tout le temps en fait, la réponse n'est pas un oui ou un non. Le spatial, ce n'est pas juste des fusées, des satellites, des milliardaires en apesanteur. C'est aussi notre capacité à comprendre le climat, à prévoir les tempêtes, à suivre la déforestation, à anticiper des catastrophes et à faire fonctionner une partie invisible de nos sociétés. Le spatial est devenu une infrastructure. Et une infrastructure, ça peut être utile ou destructeur. Donc ce qu'on a vu dans cet épisode, c'est que le problème n'est pas le spatial en soi. Le problème, c'est la course au nombre, la croissance sans limite. L'idée que l'orbite est infinie et que ce qui est techniquement possible serait automatiquement souhaitable. Envoyer des satellites pour observer la Terre n'est pas la même chose que d'envoyer des touristes flotter quelques minutes pour faire une vidéo souvenir. Tout ne se vaut pas. Le spatial, en réalité, nous pose la même question que beaucoup d'autres secteurs. À quoi ça sert ? Pour qui ? Et à quel coût environnemental global ? Parce que polluer l'espace, ce n'est pas abstrait. C'est rendre certaines orbites inutilisables, compliquées, du coup ce qu'on a vu, les missions futures, et aussi créer des problèmes qu'on ne saura pas réparer facilement. La bonne nouvelle, c'est que le futur du spatial n'est pas écrit. On peut limiter, prioriser, réguler, concevoir plus durablement, et accepter que même là-haut, il y a des limites planétaires, ou presque. Finalement, le spatial nous oblige à grandir. Arrêtez de confondre progrès et accumulation. Sur ce, je vous dis à vos bourses des vélos, et on se retrouve dans deux semaines pour un prochain épisode. Allez, salut !