- Speaker #0
dans cet épisode.
- Speaker #1
Très concrètement aujourd'hui, dans le public qui vient en refuge, vous avez encore des personnes qui viennent parce qu'ils attendent de leur chien qu'il soit utile ou finalement aujourd'hui la grande majorité de vos adoptants sont des gens qui viennent juste pour avoir un chien de compagnie en tant que tel.
- Speaker #2
On a des personnes qui veulent un chien de garde parfois, mais en même temps le chien de garde doit être ok avec tout le monde. Donc c'est assez paradoxal.
- Speaker #1
Les chiens qui arrivent ici, est-ce que vous voyez davantage de chiens pour ceux dont vous connaissez l'historique évidemment, qui arrivent. d'appartements, de maisons, est-ce que vous voyez des différences ? La SPA aujourd'hui se retrouve très régulièrement confrontée à ce paradoxe, avec d'un côté des gens qui voudraient adopter plus facilement, et de l'autre côté, beaucoup de confrères, consœurs, qui demandent à la SPA d'être plus vigilants sur les questions d'adoption.
- Speaker #2
Ça demande aussi d'aborder des thématiques que les gens ne veulent pas entendre, que ce soit leur âge, que ce soit le temps qu'ils passent au travail.
- Speaker #0
Bienvenue dans « Tu boxes à la maison » , le podcast canin qui explore sans filtre ce qui touche aux chiens et à leur vie en refuge. Chaque mois, les agents animaliers de la SPA d'Hermeray prennent la parole pour partager leur réalité. Les difficultés rencontrées lors de la prise en charge d'un chien ou de son placement en famille. Micro Alexis Bonnarran, éducateur canin comportementaliste, vous accompagne pour comprendre les chiens de refuge et mettre en lumière celles et ceux qui œuvrent chaque jour aux côtés des chiens qui attendent un nouveau foyer. Bon épisode !
- Speaker #2
Bonjour ! Je m'appelle Elena, je suis agent animalier à la SPA d'Hermeray.
- Speaker #1
Bonjour, je m'appelle Alexis, je suis éducateur canin dans les Yvelines avec ma société et du chien.
- Speaker #2
Et lui, c'est Aiko, à l'adoption à la SPA d'Hermeray.
- Speaker #1
On se retrouve pour un formalon, un formalon sur la première thématique qui est évidemment essentielle. Qu'est-ce qu'un chien ?
- Speaker #2
Alors un chien, le chien a construit sa relation avec l'homme, ça fait vraiment longtemps. Alexis va pouvoir aborder l'évolution de cette relation. et les particularités de cette espèce.
- Speaker #1
On va comprendre notamment que la relation entre l'homme et le chien, elle a beaucoup impacté évidemment le comportement et les attentes qu'on avait du chien. Ces attentes aujourd'hui, en réalité, elles ne correspondent plus tout à fait à l'historique initiale du chien. Le chien a évolué avec l'homme notamment pour sa fonctionnalité. Le chien n'était pas là pour être beau, il n'était pas là pour nous tenir compagnie, il était là pour être utile. Il remplissait donc une fonction de garde. de berger, donc de conduite des troupeaux ou encore de protection des troupeaux, mais également des chiens de chasse, alors avec différentes typologies de chiens de chasse à nouveau. Et en réalité, ce chien, il n'avait de fonction que cette notion d'utilité. Il a donc été sélectionné en conséquence et présente un comportement qui répond justement à cette fonctionnalité. Les chiens de chasse ayant évidemment tendance à prédater, à explorer, à beaucoup se servir de leur nez, mais également à poursuivre le mouvement. Les chiens de berger, eux, ayant des besoins extrêmement importants, notamment de dépenses physiques, et à nouveau cette prédisposition très forte à suivre le mouvement. Les chiens de garde, eux, plutôt typés sur, effectivement, une certaine appréhension de l'inconnu, parfois même une forme d'anxiété, et des réactions plus facilement agressives à leur environnement, agressives au sens de tendance à mettre à distance ce qui peut être inconnu. Et puis, on retrouvera chez... Toutes nos typologies de chiens, des prédispositions comportementales qui sont évidemment différentes. Alors aujourd'hui, on le retrouve dans notre métier, Elena le retrouve dans le sien. Le gros problème que l'on rencontre, c'est que ces chiens présentent toujours les mêmes prédispositions comportementales. C'est-à-dire que les bergers ont toujours des besoins qui sont importants, ont toujours une certaine envie de poursuivre le mouvement. Les chiens de garde peuvent toujours garder pour certains une appréhension vis-à-vis de certains inconnus. Et ça, c'est quelque chose en réalité... qui ne reflète pas un trouble du comportement. C'est un comportement normal pour la race, pour le chien, qui pose problème au regard de la fonctionnalité que l'on en attend aujourd'hui. Je ne sais pas si, Héléna, tu as quelques mots à dire par rapport à ça. Aujourd'hui, les typologies de chiens que vous retrouvez en refuge, comment est-ce que tu les décrirais ? Est-ce que tu penses qu'il y a un lien avec, justement, cette évolution de fonctionnalité ? C'est quoi ton regard, aujourd'hui, après quelques années de refuge ?
- Speaker #2
C'est vrai qu'en refuge, on voit énormément de personnes venir. avec un projet d'adoption avec l'attente de partager de l'amour. Donc la première chose que les gens disent toujours, c'est « j'ai de l'amour à donner, j'aime les animaux, j'aime les chiens, et donc je souhaite adopter un chien » . Alors on sait très bien que, comme a dit Alexis, les chiens ont d'autres besoins. Bien sûr qu'aimer un chien, c'est important, mais ils ont d'autres besoins que ça, et il faut être en capacité de pouvoir combler ces besoins. Et c'est vrai qu'en refuge, on voit des typologies se répéter, parce que... Les gens trouvent le chien beau, les chiens typés de berger et les chiens typés staff sont majoritaires dans nos refuges parce que les gens ne prennent pas en considération leurs besoins et leurs particularités.
- Speaker #1
Est-ce que très concrètement aujourd'hui, dans le public qui vient en refuge, vous avez encore des personnes qui viennent parce qu'ils attendent de leur chien qu'il soit utile ou finalement aujourd'hui la grande majorité de vos adoptants sont des gens qui viennent juste pour avoir un chien de compagnie en tant que tel ?
- Speaker #2
Très peu, on a très peu de personnes qui viennent pour une fonction. On a des personnes qui veulent un chien de garde parfois, mais en même temps le chien de garde doit être OK avec tout le monde. Donc c'est assez paradoxal, ils veulent un chien qui soit capable de faire la garde, mais en même temps le chien doit être gentil et mignon avec la famille. Donc c'est vrai que ce sont des choses incompatibles. On a des chiens réactifs humains dans le refuge, on a des chiens avec un potentiel de garde. Mais bien évidemment, il faudrait travailler pour qu'ils acceptent des personnes et ils peuvent être même voire dangereux pour certains membres de la famille si les personnes reçoivent des invités, etc.
- Speaker #1
Oui, donc finalement, la grande majeure partie de vos placements, ce sont des chiens de compagnie qui n'ont pas de fonctionnalité particulière. Pour autant, on s'entend bien, ce n'est pas parce qu'on vient les adopter sans fonctionnalité particulière que ces chiens n'ont pas de besoin. Et donc, il y a des besoins à combler qui sont essentiels. aujourd'hui Quel est ton regard par rapport à ça ? Est-ce que dans les profils d'adoptants, typiquement, qui viennent au refuge, tu as l'impression d'avoir des gens qui sont conscients de cette notion de besoin ou pas nécessairement ? Est-ce que ça dépend des gens ? Est-ce que, et ça c'est une question à laquelle, par exemple, moi j'ai une réponse assez partagée, est-ce que tu as l'impression qu'en fonction des générations, il y a aussi une évolution de regard par rapport à tout ça ? Dis-nous tout.
- Speaker #2
Tout à fait, tout à fait. On va avoir... Les anciennes générations qui ont encore la vision, la première chose qu'ils nous disent c'est j'ai un grand jardin, je souhaite adopter un chien, j'ai un grand jardin et souvent ce sont des personnes âgées qui souhaitent un jeune chien, souvent des bergers, c'est des personnes qui aiment beaucoup des bergers et c'est un gros travail de les faire comprendre qu'ils n'ont pas les capacités physiques de pouvoir s'occuper de ce chien qui aura des besoins très particuliers de ce part son espèce et aussi de la race. et de leur faire comprendre aussi qu'un jardin n'est pas suffisant. Cette question du jardin, d'ailleurs, elle revient même sur les nouvelles générations. La première chose que les personnes me disent, c'est « j'ai une maison de tant mètres carrés avec un jardin de tant mètres carrés » . Et les personnes qui vivent en appartement viennent presque en s'excusant, en disant « je vis en appartement, vous croyez que je peux avoir un chat ? » . Alors que cette question, je pense qu'Alexis pourra vous la développer aussi, d'un point de vue éducatif, la taille de votre appartement, de votre maison ou de votre jardin compte très peu.
- Speaker #1
Très peu. pour ne pas dire pas du tout, c'est-à-dire qu'en réalité, effectivement, la notion de budgétant, elle prend largement le dessus sur les questions de surface de votre jardin ou de votre mètre carré, de mètre carré de maison, etc. Et donc en fait, cette notion de budgétant, c'est le total d'activités que le chien va trouver dans son environnement dans la journée. Donc en fait, dans une journée, un chien a un besoin d'activités qui est aujourd'hui évalué en moyenne à 5 heures. qui peut monter jusqu'aux environs de 8 à 10 heures chez certaines lignées de travail. Et donc ce besoin d'activité ne sous-entend pas, attention, que vous devez sortir votre chien pendant 5 heures ou 8 heures, ça sous-entend que votre chien va dormir pendant toute la journée, à l'exception de 5 heures pendant lesquelles il sera actif, en moyenne, jusqu'à 8 à 10 heures pour les chiens de travail où ils devront être actifs. Très concrètement, qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que si votre environnement permet au chien de combler ses besoins, de trouver ses 5 heures d'activité en moyenne, au travers de promenades, au travers d'interactions de jeux, au travers d'enrichissement, c'est-à-dire d'occupations que vous allez mettre à disposition, vous allez combler les besoins de votre chien. Et donc, il n'y aura pas de comportements particuliers qui vont se développer par rapport à cette question de budget temps. En revanche, si vous ne répondez pas à ces besoins, votre chien va chercher à les combler de lui-même. Alors souvent, il va boucher les trous. Et donc, l'heure d'activité manquante, votre chien va la passer à détruire le canapé, à aboyer de façon intempestive au portail, etc. D'ailleurs, tout un tas de raisons qui font que le chien finit par se retrouver, in fine, au refuge. Que ce soit la destruction, les aboiements intempestifs, etc. Et donc, nous, aujourd'hui, ce qu'on constate dans notre travail, très concrètement, c'est que souvent, au contraire, les gens qui sont en appartement vont attribuer plus de temps aux activités de leur chien que les gens qui sont en maison. C'est vrai qu'en général, quand on a des gens qui sont en appartement, les gens sont très conscients que le chien trouve peu d'activités dans l'appartement. Et donc, en général, ils vont passer beaucoup de temps à l'extérieur. facilement pour certaines personnes qu'on accompagne, 2 à 3 heures de promenade en extérieur. Quand on a des gens en maison qui parfois ne sortent leur chien par exemple que le week-end, parce que c'est la facilité en semaine, matin et soir, d'ouvrir la porte du jardin et de laisser le chien aller faire ses besoins. Et finalement on se retrouve avec des chiens dont les besoins sont beaucoup moins comblés que pour un chien qui serait en appartement. Donc effectivement cette question de maison appartement, elle n'est pas si simple que ça. Il ne suffit pas d'être en maison pour combler les besoins de son chien. Et donc effectivement, ça relève plus de questions de budget temps, de budget activité et en l'occurrence d'occupation au quotidien. Je ne sais pas si vous avez un peu ce même constat ou pas. Les chiens qui arrivent ici, est-ce que vous voyez davantage de chiens, pour ceux dont vous connaissez l'historique évidemment, qui arrivent d'appartements, de maisons, est-ce que vous voyez des différences ? Ou finalement, maison comme appartement, ce n'est pas tellement ce qui va changer la donne ?
- Speaker #2
Ce n'est pas tellement ce qui va changer la donne sur les abandons. Sur les abandons, c'est vraiment les questions de personnes qui ne prennent pas en considération de ce que c'est un chien. Vraiment, il faut le sortir tous les jours, qu'il neige, qu'il pleuve. Vraiment, un chien a besoin de se dépenser du temps que cela prend et de l'investissement que cela prend. On va avoir aussi les incompatibilités de race et surtout des incompatibilités de capacité physique aux humains de pouvoir tenir le chien. donc ça c'est aussi une autre problématique donc des chiens qui quand ils étaient chiots ils faisaient
- Speaker #1
3-5 kilos et ils étaient très mignons et qu'après ils grandissent ils font 30-40 kilos et qu'ils deviennent un peu plus compliqués à gérer ça tu trouves qu'aujourd'hui c'est une problématique que vous retrouvez quand même de façon assez régulière alors en dehors même de la question des besoins strictement même la notion de gabarit parce que nous je sais qu'on a publié il y a quelques temps une vidéo où on parlait de cette notion de gabarit et moi je dis toujours aux gens si vous êtes capable de tenir je sais pas moi un chien de 40 kilos pas plus Merci. Prenez un chien de 25 kg ou de 30 kg parce qu'en fait, en réalité, quand on se promène avec son chien, il ne suffit pas de le tenir. Donc si on a toute notre énergie accaparée par le simple fait de tenir l'alais, derrière, ça va être compliqué de gérer son environnement, d'anticiper, de travailler l'éducation de son chien. Et donc je dis tout le temps aux gens, partez sur des gabarits vraiment avec lesquels vous êtes à l'aise, c'est-à-dire qu'ils ne vous mettent pas en difficulté physiquement pour pouvoir travailler avec. Et on a vu beaucoup de retours de gens qui nous disent n'importe quoi, le gabarit, ça ne compte pas, ce qui compte, c'est l'éducation du chien. Nous, très sincèrement, dans notre métier, on est quand même obligé de constater que certaines personnes sont en difficulté avec le gabarit du chien.
- Speaker #2
Oui, tout à fait. Et il suffit de venir en refuge pour constater. Il y a tout le monde, je ne vais pas généraliser, mais la majorité des personnes qui viennent rendre visite à notre refuge et qui viennent chercher un projet d'adoption se disent « Waouh, vous n'avez que des gros gabarits, que des grands chiens » . Alors, il y a certaines races qui se répètent, mais aussi le gabarit, on n'a que des moyens à grands gabarits et des chiens costauds. parce que les personnes ont du mal à les gérer. Et je n'arrive plus à tenir mon chien, je suis tombée, il est réactif congénère. Et bon, ça, on va tomber dans d'autres questions. Mais ce sont des questions... Qui reviennent régulièrement quand même. Oui, lors des abandons. On a énormément de personnes qui arrivent avec des collés étrangleurs parce que je n'arrive pas à tenir mon chien, il me tire dans tous les sens et ils viennent abandonner des chiens dans ces conditions.
- Speaker #1
C'est un point de vue que je partage tout à fait, parce que nous, c'est pareil, souvent au premier cours... On a des gens qui arrivent, collier trangleur, quand ce n'est pas le collier à clous, parce que de toute façon, je n'arrive pas à tenir mon chien. Donc effectivement, si aujourd'hui, on a un point de vue qui est le nôtre sur cette question de gabarit, c'est notamment parce qu'on a quand même l'expérience et le retour d'être confronté à des gens qui sont assez souvent dépassés par le gabarit du chien. Et ce qu'au-delà de la question de gabarit, on parlait de ce que c'est qu'un chien. Aujourd'hui, il y a d'autres difficultés que vous rencontrez de façon régulière, notamment sur les questions. de tempérament, de comportement ? Quels sont aujourd'hui les comportements qui vont le plus participer ou à un retour du chien après une adoption ou directement à l'abandon du chien ? Est-ce qu'aujourd'hui, avec ton retour d'expérience, tu arrives à identifier certains comportements types qui sont pourtant des comportements de chien mais que les gens n'arrivent pas nécessairement à gérer au quotidien ?
- Speaker #2
Les montées d'excitation. La gestion des émotions, c'est une grosse problématique pour les gens. Les gens ont du mal à comprendre ce que c'est un chien et la manière que le chien a de communiquer. Et souvent, ils sont dépassés par ces montées d'excitation et ils ont du mal à savoir ce que c'est de l'agressivité, ce que c'est du jeu et ce que c'est de la mauvaise gestion des émotions. Et ils mélangent tout. Et souvent, ils viennent abandonner un chien en disant « il m'a agressé, il m'a mordu, il m'a grogné dessus » alors qu'on est plutôt dans le cadre du chien qui ne sait pas gérer ses émotions et qui est dans un grognement de jeu. C'est vrai que la gestion des émotions, c'est une problématique qui revient très souvent sur des types de chiens très particuliers, que ce soit sur des bergers type malinois ou que ce soit sur des terriers type staff.
- Speaker #1
Ok. Et du coup, ça effectivement, petit tips d'ailleurs au passage sur ces questions grognements. Comment est-ce qu'on fait pour distinguer un grognement qui relève de l'agression d'un grognement qui relève de comportement de jeu ? En réalité, la distinction, elle est plutôt simple. En général, les grognements de jeu sont associés à une importante mobilité du corps. Vous verrez un chien qui va garder de la souplesse, notamment au niveau du dos, qui souvent va avoir tendance à se déhancher, qui va garder de la souplesse au niveau également de la tête et qui va garder de la souplesse dans le regard. Par opposition, vous retrouverez davantage de chiens très tendus, très rigides en termes de posture, quand ce grognement relève de l'agressivité. La plupart du temps, quand un chien a tendance à sauter, grogner, beaucoup se déplacer, s'aplatir au sol, sauter sur les gens en grognant, vous n'êtes pas en train de vous faire agresser, vous êtes sur un chien qui est très excité, qui monte haut en excitation. Peut-être que vous n'arrivez effectivement pas à faire redescendre, mais on est davantage dans le registre du jeu. Registre de l'agression, on sera sur une très forte rigidité. Et ça, à ton avis, est-ce que c'est un lien avec les questions de budget tank qu'on a abordées précédemment, ou éventuellement de choix de chien en matière de tempérament ? Comment est-ce que tu comprends aujourd'hui la relation entre ces comportements excessifs, cette excitation excessive, et finalement les questions précédentes qu'on a abordées, de budget temps, de choix de chien, de tempérament ? Est-ce que tu fais un lien entre les deux ou pas du tout ?
- Speaker #2
Je pense qu'il y a un tas de thématiques qu'on pourrait creuser. Je pense qu'il y a le lien des personnes qui ont choisi un chien. qui a des besoins dont ils ne connaissent pas et qui a des traits de comportement dont ils ne savent pas gérer, ils ne se sont pas renseignés au préalable. Et il y a des dépenses qui ne sont pas du tout… Alors les personnes, elles sont absentes 8 heures par jour. Alors nous aussi, on travaille, nous aussi, on a 8 heures d'absence et on a des chiens. Mais nos vies tournent autour de faire en sorte que ça fonctionne pour nos chiens. Donc on se lève tôt le matin pour promener nos chiens, on rentre tout de suite à la maison pour aller promener nos chiens et pour les dépenser. Et les gens ne se rendent pas compte de ça. Donc, il y a une grosse question de budget de temps, oui. Il y a aussi une grosse question de mauvais casting, donc de personnes qui choisissent des chiens qui ne sont pas du tout faits pour eux. Et il y a aussi, malheureusement, une grosse question de reproduction, un peu n'importe comment. Et là, on va parler des élevages, et je mets guillemets entre élevages, parce que ce ne sont pas des bons élevages. Ce sont des gens qui reproduisent un peu n'importe comment et qui ont des chiens qui sont...
- Speaker #1
adapté finalement à cette vie de chien de famille qu'on peut attendre par la suite.
- Speaker #2
Exactement.
- Speaker #1
J'ai une collègue d'ailleurs à ce titre-là, et j'aimais beaucoup sa phrase, je vais me permettre de la citer, qui disait de toute façon pour avoir un chien, il ne faut pas aimer les chiens, il faut aimer le mode de vie qui va avec. Et c'est un petit peu ce qu'était en train de vous dire Héléna à l'instant, c'est-à-dire qu'on a aujourd'hui des gens qui viennent en refuge ou qui adoptent des chiots même en élevage parce qu'ils aiment les chiens ou parce qu'ils aiment le contact qu'ils ont avec les chiens. Ce qu'il faut bien comprendre c'est qu'avoir un chien c'est plus que simplement Aimer les chiens, c'est aimer le mode de vie qui va avec. Et dans le mode de vie qui va avec, ça sous-entend, malgré un métier dans lequel on est déjà beaucoup au contact des chiens, dans lequel on va déjà beaucoup marcher, beaucoup être dehors, apprécier le fait de rentrer chez soi le soir, et puis de ressortir à l'extérieur, et puis de se promener, même quand il pleut, même quand il fait froid, même quand il fait chaud, tard le soir en été, etc. Et finalement, pour avoir un chien, il faut faire plus qu'aimer les chiens. Si simplement vous aimez les chiens... profitez de ceux de vos amis, profitez de ceux de vos voisins pour avoir un chien, il faut aimer le mode de vie qui va avec et ça hélas nous en terme de pédagogie c'est quelque chose qu'on retrouve énormément avec notre clientèle on se retrouve très très très souvent confrontés à ces problématiques là de personnes qui se sentent dépassées des fois par certains problèmes de comportement et en réalité problèmes de comportement qui révèlent très souvent un manque d'activité, un manque de besoins comblés et souvent quand notre réponse auprès de ses propriétaires de chiens, c'est justement d'apporter plus d'activité, d'attribuer plus de temps à son chien. C'est souvent des réponses qui déplaisent. On nous appelle pour le coup de baguette magique, qui évidemment n'existe pas, sauf à utiliser certaines méthodes extrêmement, extrêmement dures dans le travail, ce qui n'est évidemment pas notre cas et ce qui théoriquement n'est plus le cas aujourd'hui des professionnels du monde du chien. Souvent, ça nécessite effectivement une analyse plus complète. Sur ces questions d'analyse d'ailleurs, aujourd'hui, on a un regard qui est quand même de plus en plus scientifique sur le chien. on a de plus en plus. de données sur le chien. Est-ce qu'à la SPA, tu penses que les méthodes avec lesquelles aujourd'hui vous travaillez les chiens, avec lesquelles vous regardez les chiens, la façon dont vous faites vos placements a quelque chose peut-être de plus, je ne veux pas dire de plus sérieux, mais du moins qui a évolué dans le temps, qui a quelque chose certainement de plus cadré, que ça pouvait l'être auparavant. Est-ce que ça, parfois, ça nécessite pour vous un certain arbitrage lorsque vous faites des placements ? Et si oui ? Avec aujourd'hui quel regard et quels critères vous réalisez cet arbitrage ?
- Speaker #2
Oui, bien sûr. Quand on place des chiens, on va analyser la capacité de la personne d'avoir un chien. Comme très bien dit Alexis, moi, lors de mes placements, je dis toujours, quand on prend un chien, il faut aimer faire des trucs de chien. Donc aimer sortir en forêt avec la météo qui est là. Il faut aimer être sale. Il faut aimer les poils. Il faut aimer avoir de la bave. Voilà, il faut aimer les chiens. pas que le côté mignon mais aussi le côté faire des trucs de chien. Et quand on va arbitrer sur une adoption, on prend en considération si la personne comprend ce que c'est un chien ou elle a juste cette vision de la mignonnerie canine, de tout ce que les réseaux sociaux peuvent passer, du chien qui est tout propre, tout beau, qui est sur le canapé et qu'on peut amener au restaurant à une terrasse et rester assis à côté de la table et qui va partout en voyage. ou est-ce qu'elle comprend que le chien, c'est beaucoup plus que ça ? On va aussi prendre en considération, du coup, comme on en a abordé avant, les capacités de la personne de pouvoir gérer le chien. Donc, le temps qu'elle a... Une personne qui me dit qu'elle a 10 heures d'absence par jour, vous imaginez bien que le chien doit se retenir 10 heures pour faire ses besoins. Ce n'est pas... C'est maltraitant, à la limite. Enfin, voilà, ce n'est pas faisable. On ne peut pas demander au chien... Le chien, c'est le seul animal. qui ne peut pas faire ses besoins au moment où il veut. Donc 10 heures, c'est énorme. Donc on va aussi prendre tout ça en considération. Donc la capacité physique, le temps que la personne a consacré, si sa vision du chien est cohérente, si l'environnement qu'elle a à proposer au chien est aussi cohérent.
- Speaker #1
À ce titre, et je pense que ces sujets-là, on les creusera certainement sur d'autres formats vidéo longs, ces questions de placement et autres. Pour l'instant, on est plutôt sur une première approche très générale sur ce que c'est qu'un chien. Mais je pense qu'à ce titre... Les refuges ont quand même une mission qui est extrêmement complexe, parce que comme on en discutait d'ailleurs en aparté tout à l'heure avec Héléna, vous allez vous retrouver avec des adoptants ou des potentiels adoptants qui vont souvent reprocher aux refuges de trop sélectionner. C'est-à-dire qu'ils vont dire « je ne comprends pas pourquoi tel refuge ne veut pas me placer tel chien, je ne comprends pas, de toute façon il faut être au chômage ou il faut être à la retraite pour adopter un chien en SPA » . Donc vous vous retrouvez avec d'un côté les adoptants qui sont extrêmement durs par rapport à ces critères de placement de la SPA et parallèlement à ça, mes confrères, consoeurs, professionnels qui se retrouvent très souvent à l'inverse, critiques vis-à-vis de la SPA et qui vont dire « je ne comprends pas, je me retrouve aujourd'hui avec un chien dans ma clientèle qui n'est pas du tout adapté aux gens avec... de la réactivité avec des besoins qui ne sont pas comblés, la SPA aurait dû davantage prévenir, faire davantage de prévention auprès des adoptants. La SPA aujourd'hui se retrouve très régulièrement confrontée à ce paradoxe avec d'un côté des gens qui voudraient adopter plus facilement et de l'autre côté, nous professionnels qui sommes conscients des difficultés que peut représenter parfois le fait d'avoir un chien qui n'est pas adapté à ses besoins et avec beaucoup de confrères et de sœurs qui demandent à la SPA d'être plus vigilant sur les questions d'adoption. Donc je pense aujourd'hui... que vous essayez de viser le meilleur compromis. Vous ne pouvez pas retenir tous les chiens ici. Il faut évidemment faire des placements et c'est tout l'objet d'un refuge SPA. Mais d'un côté, vous ne pouvez pas placer n'importe quel chien à n'importe qui. J'imagine aujourd'hui que c'est un arbitrage qui n'est pas si évident que ça.
- Speaker #2
Ce n'est pas évident et ça demande énormément de pédagogie. Donc ça demande aussi d'aborder des thématiques que les gens ne veulent pas entendre, que ce soit leur âge, que ce soit le temps qu'ils passent au travail, le fait qu'ils aient des petits enfants et que bon c'est... c'est pas si évident que ça de gérer le temps des enfants et en plus le temps du chien qui aura besoin de rééducation et d'un énorme temps. Donc ça demande qu'on aborde un tas de thématiques qui sont sensibles, qui fâchent et que parfois les personnes ne sont pas prêtes à entendre, mais qu'on doit aborder pour que les personnes sachent où elles mettent les pieds. Et donc si elles vont au-delà de cette adoption et si l'adoption se concrétise, au moins ils sont toutes...
- Speaker #1
connaissance de cause et ils pourront pas dire qu'on n'a pas averti et malgré ça on a des retours une phrase que j'aime bien et qui est assez représentative sincèrement de mon regard sur les questions de choix de chien c'est qu'on est passé certainement il ya quelques années quelques décennies du bon chien a aujourd'hui le beau chien et passer du bon chien au beau chien c'est quoi c'est tout simplement que quand on choisit le bon chien on choisit un chien qui correspond à ses attentes éventuellement en lien avec ces questions de fonctionnalités qu'on abordait tout à l'heure. Le berger qui sélectionne un Border Collie a fait le choix du bon chien, c'est-à-dire du chien adapté à sa fonctionnalité. Il pourra donc répondre à ses besoins et le chien va également répondre aux besoins de son propriétaire. Donc le propriétaire répond aux besoins du chien et le chien répond aux besoins de son propriétaire. Hélas, aujourd'hui, nous ce qu'on voit, que ce soit des gens qui vont adopter en refuge, chez qui c'est quand même un peu moins le cas en toute franchise, mais également les gens qui vont aller adopter en élevage, On se rend compte que le choix du chien se fait énormément sur des critères esthétiques. C'est-à-dire qu'on va choisir un chien parce qu'il est beau ou parce qu'il représente quelque chose qu'on a envie de voir représenter chez nous. Très concrètement, le malinois va représenter une certaine sportivité, une certaine autorité. On va retrouver des malinois très régulièrement qui sont principalement la volonté d'adoption d'hommes plus que des femmes en général. et qui vont représenter toute l'image qui va avec, du chien, des forces de l'ordre, etc. Très obéissants, presque militaires. Par opposition à ça, on va retrouver des mollusques aussi pour tout ce qu'ils représentent, etc. Et est-ce qu'aujourd'hui en refuge, vous avez aussi parfois ce sentiment que les gens viennent choisir un chien sur des critères esthétiques plus que sur des critères d'adaptabilité, c'est-à-dire d'adaptabilité à leur environnement ? Très concrètement, est-ce que vous avez parfois des adoptants qui viennent qui pourraient repartir avec un chien qui correspond à leurs attentes, mais eux, leur choix ne se fait pas sur les questions de tempérament ou sur vos recommandations, il se fait purement sur des critères esthétiques. Et eux, ce qu'ils attendent, c'est ou un mollusque ou un malinois. Désolé de les citer, c'est hélas des chiens qui sont très typés de ces attentes esthétiques. Est-ce que c'est quelque chose que vous voyez ou moins chez une population d'adoptants ?
- Speaker #2
Non, on le voit beaucoup et c'est très évident quand on a des chiens de race à l'adoption. Quand on a des beaux chiens de race, quand on a des bergers blancs, quand on a des huskies, quand on a... ces chiens que tout le monde considère beaux, là on voit les gens venir mais ils sont beaux, je le veux, il est tellement beau, il est tellement beau, je le veux. Comme si c'était un sac à main, comme si c'était un objet. Et là, où revient aussi la question de la pédagogie, c'est notre travail aussi de dire oui, il est beau mais voilà, il y a beaucoup plus que ça, il y a des besoins qui viennent avec la race et de faire la personne comprendre et là c'est vraiment, on bloque des adoptions. si la personne ne comprend pas et si la personne n'a pas le cadre nécessaire et n'a pas les compétences nécessaires pour avoir un type de chien. Donc, oui, malheureusement. Et l'âge aussi, je dirais. L'âge, c'est une grosse question. Alors, on a énormément de chiens qui ont plus de 5 ans, 5, 6, 7, 8. Et là, c'est pire encore pour ceux qui ont 9, 10, 11 et plus. Les personnes veulent forcément du jeune chien. Et là, je pense que ça rentre dans d'autres questions, de la peur de la perte aussi. Donc, ça rentre dans la question de l'affect. Mais ces chiens qui sont adultes et qui ont tant à offrir et dont on connaît très bien. le tempérament et dont on connaît le travail qu'il y a à faire et qu'on recommande et les personnes,
- Speaker #1
non je veux un jeune chien dont il y a énormément de travail à faire et dont on ne connaît pas forcément le tempérament et pour autant j'imagine que certains chiens plus âgés peuvent davantage correspondre aux besoins attendus par certains adoptants notamment quand vous avez des gens d'un certain âge qui viennent adopter un chien et qui vont avoir peut-être au quotidien moins d'activité, moins de mobilité j'imagine qu'un chien plus âgé c'est parfois plus adapté Merci. et pour autant ce n'est pas ce que les gens attendent nécessairement.
- Speaker #2
Non, on a des personnes de 80 ans qui arrivent et qui veulent un chiot. Et là, évidemment, on ne va pas placer un chiot à une personne âgée. Il y a un besoin de dépense qui ne sera pas comblé. Et on essaie d'expliquer aux personnes en disant voilà on a d'autres chiens. Alors ce n'est pas qu'on ne veut pas vous placer un chien, c'est juste que ce chien n'est pas adapté pour ses besoins physiques, pour ce que vous êtes capable d'offrir. et on propose des chiens plus âgés qui sont très bien dans leur patte et qui n'ont pas un travail particulier à mettre en place et les personnes ne veulent pas parce que c'est un chien âgé. Moi une chose que je fais souvent lors des adoptions, c'est que ces personnes qui n'arrivent pas à se rendre compte, moi je leur dis, on va partir en promenade, vous m'accompagnez. Si vous arrivez à m'accompagner, vous savez qu'un chien marche 10 fois plus vite que nous, donc peut-être que vous allez réussir à accompagner un chien. Mais les gens n'arrivent même pas à accompagner mon pas. Donc c'est évident qu'ils ne vont pas pouvoir balader et accompagner un chien.
- Speaker #1
Après, au niveau de ces critères-là, c'est vrai que c'est une analyse que je partage un peu, avec un regard un petit peu différent, dans le sens où nous, on se rend compte réellement que les besoins, attentes, et notamment les notions de tempérament et de façon d'interagir évoluent avec le temps. Et on se retrouve très régulièrement confrontés à des gens, nous, dans notre clientèle, qui vont avoir 70, 75, 80 ans, qui vont adopter un chiot et qui vont être complètement dépassés par le chiot, qui vont énormément s'énerver, qui vont être très peu patients. Et souvent, quand on va discuter avec et essayer de faire preuve de pédagogie pour que les gens comprennent, que par exemple, un chiot de 3 mois, il est tout à fait normal qu'il mordille, les gens vont dire « Ah, mais je ne comprends pas. Avant, quand j'avais des chiens, ça allait beaucoup mieux. Là, ça se passe mal. » On se rend compte qu'il y a quand même une évolution des modes d'interaction, des modes d'éducation et de rythme de vie, qui fait qu'à un moment donné, quelqu'un qui a le mode de vie d'une personne âgée de 80 ans n'a pas forcément un mode de vie, une façon de se comporter, une façon d'interagir qui va être tout à fait compatible avec un chiot de 6 mois, qui va être énormément en attente d'interactions vives. Et à l'inverse, souvent, ce sont des profils qui seraient bien plus compatibles avec des chiens âgés au-delà de ça. On a aussi assez régulièrement des gens qui font le parallèle, qui ont eu un chien qui est mort à 15 ans et qui vont repartir immédiatement sur un chiot après et qui vont se retrouver à nouveau avec ce déphasage total de « j'avais un chien très calme, il était très bien éduqué, je ne comprends pas pourquoi celui-ci, c'est beaucoup plus compliqué, il bouge dans tous les sens » . Donc effectivement, cette notion de compatibilité entre ce que les gens peuvent offrir au chien et ce dont le chien a besoin, on le retrouve aussi, non pas que sur la question de race, du coup vous l'avez compris, mais aussi sur la question d'âge. Et à ce titre-là, le placement d'un chien plus âgé, donc une adoption en refuge, peut être tout à fait pertinente pour des gens qui sont un petit peu plus âgés. Je pense que c'est un sujet qu'on va aborder peut-être sur la prochaine vidéo ensemble. Pourquoi choisir un chien en refuge ? Je vous invite donc à nous retrouver sur le prochain Formalot. A très bientôt, bonne journée à tous.
- Speaker #2
Bonne journée, merci.