- Speaker #0
Bienvenue dans Du Box à la maison, le podcast canin qui explore sans filtre tout ce qui touche aux chiens et à leur vie en refuge. Chaque mois, les agents animaliers de la SPA d'Hermeray prennent la parole pour partager leur réalité, les difficultés rencontrées lors de la prise en charge d'un chien ou de son placement en famille. Micro Alexis Bonnard, éducateur canin comportementaliste, vous accompagne pour comprendre les chiens de refuge et mettre en lumière celles et ceux qui œuvrent chaque jour aux côtés des chiens qui attendent un nouveau foyer. Bon épisode !
- Speaker #1
Bonjour à toutes et à tous, on se retrouve pour un nouvel épisode du Box à la maison. Alexis Bonnard, éducateur canin comportementaliste avec ma société, du Chien dans les Yvelines. Et Héléna,
- Speaker #2
agent animalier à l'ASPA d'Hermoré.
- Speaker #1
On se retrouve pour une nouvelle thématique, la communication chez le chien, avec en priorité quelques informations importantes à vous transmettre, notamment dans l'optique de l'adoption d'un chien de refuge. On sait qu'on rencontre un certain nombre de problématiques liées à ces questions de communication. Est-ce que, Héléna, tu pourrais nous partager quelques anecdotes, quelques retours d'expérience sur des retours que tu as eus suite à des adoptions qui peut-être se sont mal passées ou des chiens qui ont peut-être même été abandonnés et où la problématique principale serait une question de communication, notamment chez le chien ?
- Speaker #2
Oui, on a malheureusement pas mal d'anecdotes à raconter à ce sujet. On a... Beaucoup d'abandon de chiens qui arrivent ici parce qu'ils ne sont pas compris. D'abandon de chiens, je pense à Rangers par exemple, qui est un chien qui a été abandonné parce que le propriétaire m'a dit, il m'a grouillé dessus, il a changé de comportement. Et on était typiquement sur un chien qui n'était pas écouté, qui n'était pas compris, qui était capable de très belles choses. Bon, il a trouvé sa famille aujourd'hui, donc on est plutôt heureux. On va avoir des cas comme Anna, qui est juste ici avec nous, qui a l'adoption au refuge. Anna a été abandonnée à deux reprises, donc abandon et après retour d'adoption, parce que montée d'excitation, elle est brute et les personnes ont pris peur. Et on est juste sur une louloute très joyeuse qui peut être très brute dans sa communication.
- Speaker #1
Dans ce registre, j'imagine que vous rencontrez régulièrement, comme nous, des soucis de lecture, notamment sur les questions qui vont rejoindre les mordiments, les grognements. Nous, on est parfois appelés, même pour des chiots, de deux mois et demi, trois mois, j'ai un problème, mon chiot est agressif. À trois mois, il me grogne dessus, il m'attrape les vêtements, il m'agresse. Et finalement, on est dans le registre du jeu. J'imagine que c'est des retours que vous avez, d'ailleurs en particulier sur du chien type mollusque, type staff, entre guillemets, ou associé, tous les croisés dog, chez qui on a un petit peu plus ces questions de montée d'excitation. J'imagine que c'est un retour que vous avez sur du chien adulte également ?
- Speaker #2
Oui, oui, oui, beaucoup. On va avoir, ah, le chien m'a mordu. Et quand on va creuser un petit peu... on est juste sur des prises en gueule, des pincements, d'excitation, donc il n'y a pas l'intention de blesser ou de mettre à l'écart. On est juste sur un chien qui ne sait pas gérer ses émotions et oui, il faut un accompagnement et l'apprentissage de gestion des émotions mais on n'est pas sur le registre de l'agressivité. On va avoir aussi des chiens qui ne sont pas compris, qui ont besoin d'espace, des chiens timides, des chiens peureux, timides et dont les personnes veulent tout de suite rentrer en contact, caresser et là oui on va avoir
- Speaker #1
Des grognements et pour mettre à distance pour le coup. Ok, alors deux clés de lecture par rapport à ce que vient d'aborder Héléna et deux clés de lecture essentielles. Pour tout ce qui est registre de grognement ou encore de pincement dans le jeu. Ce qu'il faut d'abord comprendre, c'est que tout ce qui est relatif au jeu et la plupart des comportements de jeu sont ce que l'on appelle des simulacres d'agression-prédation. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'en fait, le jeu, eh bien... consiste pour le chien à simuler des agressions, c'est-à-dire à faire semblant d'agresser ou de prédater. Exemple, quand vous jetez la balle derrière votre chien, c'est pas tout à fait... Enfin, pardon, à votre chien et que votre chien court derrière, c'est pas tout à fait innocent. C'est-à-dire que votre chien court derrière, cette balle en fait en réalité simule pour lui, entre guillemets, une forme de proie. Alors votre chien est conscient qu'il s'agit d'une balle, mais c'est cette même séquence de prédation qui va le pousser à courir derrière et à l'attraper. Quand votre chien avec sa peluche... va l'attraper, la secouer, c'est ce qu'on appelle un simulacre de mise à mort. C'est comme ça que, en attrapant un lapin, un prédateur ou un canidé sauvage va mettre à mort le lapin, il va l'attraper, il va le secouer pour le tuer. Effectivement, ça appartient au registre de la prédation. Et en fait, les animaux simulent, et les prédateurs en particulier évidemment, simulent ces actes de prédation-agression pour s'y entraîner. Alors chez le chien, il n'y a plus réellement de notion d'entraînement à la prédation puisque le chien n'est pas amené à prédater. pour se nourrir. En revanche, on a continué à développer cette appétence au jeu et donc ça explique qu'on retrouve certains comportements qu'on arrive assez facilement à confondre entre finalement du jeu et de l'agression réelle. C'est effectivement donc quelque chose de commun chez tous les prédateurs. C'est ce que vous voyez par exemple quand vous voyez un reportage sur les petits guépards à la télé et que les petits guépards se tapissent au sol, se sautent dessus les uns sur les autres et ainsi de suite. C'est tout simplement des simulacres d'agressions-prédations. Et donc, comment est-ce qu'on fait pour distinguer une agression réelle d'une agression simulée ou d'une prédation simulée ? Et bien c'est relativement simple. A partir du moment où vous allez être dans le registre du jeu, vous allez conserver une importante mobilité. Mobilité du corps, mobilité du regard. Et vous allez du coup avoir un chien qui va rester sur des attitudes qui vont énormément changer. Très concrètement, un chien qui va être dans un grognement appartenant au registre de la menace, il va se rigidifier, il va fixer du regard ou détourner le regard, mais vous aurez peu de mobilité dans le corps, peu de mobilité dans le regard. Et donc finalement, ce chien va se rigidifier tout en grognant, vous êtes là plutôt sur du registre de menace. Par exemple, un chien qui va avoir sa balle, qui va s'immobiliser au sol et quand vous allez vous approcher, qui va se mettre à grogner, Et le chien va se rigidifier, Soit vous fixez du regard, soit regardez ailleurs. Là, vous êtes dans le registre de la menace. Quant à l'inverse, le chien qui va avoir son jouet, qui va s'approcher de vous, qui va sauter à droite, qui va sauter à gauche, qui va aplatir l'avant du corps tout en laissant l'arrière-train en l'air, vous êtes évidemment dans le registre du... Je. Attention à ne pas vous fier à la queue qui remue, c'est quelque chose que j'entends très souvent. Ah oui, mais il remuait la queue. Le fait de remuer la queue est plutôt associé à de l'excitation, mais cette excitation peut être liée à une envie de jouer, elle peut aussi être liée parfois à une envie d'agresser, par exemple derrière un chat ou ce genre de choses. Donc attention à lire correctement ces signaux de communication. Je peux vous donner un petit tips, mais qui reste, attention, fragile et sujet à interprétation. Quand vous avez des battements de queue liés à une excitation de joie liée à un chien qui est en confort, vous aurez souvent un battement de queue extrêmement souple, extrêmement ample et plutôt, plutôt lent. Quand à l'inverse, vous avez un battement de queue qui est lié à une tension, à une rigidification, à l'excitation qui peut être liée à une agression ou à une envie de prédater, vous aurez un battement de queue qui, souvent, sera beaucoup moins ample, plus rigide et avec une fréquence plus élevée. Donc ça fait effectivement... un élément de distinction, même si effectivement, tous ces comportements-là restent à contextualiser. Donc si mon chien a une ressource, il s'immobilise, il ne bouge plus, ou alors je suis dans une situation de contrainte, ou alors c'est moi qui suis venu à mon chien, par exemple au panier ou autre, et que dans cette situation-là, j'ai un grognement très rigide avec une absence de mobilité, je suis plutôt dans le registre de la menace. En revanche, si j'ai une forte mobilité du corps, mon chien a tendance à me suivre, à me sauter dessus comme elle vient de le faire tout de suite, à m'attraper et à garder de la mobilité dans le corps et dans le regard, je suis plutôt dans le registre du jeu et de l'agression simulée pour jouer. Deuxième élément intéressant soulevé par Héléna, elle nous a parlé effectivement de problèmes de lecture de communication, mais cette fois-ci plus de lecture finalement dans des situations de jeu, mais au contraire de lecture dans des situations d'inconfort où le chien pour le coup exprime réellement un inconfort et une volonté de mettre à distance. Ce qu'il faut donc bien comprendre, c'est que dans une situation d'inconfort, un chien n'est pas tout à fait libre des options à choisir. En réalité, ce qui va commander chez lui cette suite de réflexes, c'est ce qu'on appelle le cerveau reptilien, la couche du cerveau la plus ancienne, qui va prendre finalement le pilotage automatique du chien dans une situation de stress ou d'inconfort intense. Et donc, le chien va se retrouver confronté à trois options. La fuite, la lutte, ou l'inhibition. La fuite c'est tout simplement quand le chien confronté à un inconfort a la possibilité de partir. La lutte c'est à partir du moment où le chien pour tout simplement mettre à distance ce qui le met mal à l'aise, pour mettre à distance cet inconfort, va basculer dans une stratégie d'agression qui va passer dans un premier temps par de la menace, du grognement, et dans un deuxième temps par la morsure. Cet enchaînement peut aller très vite si l'inconfort est intense. Et puis enfin, l'inhibition, le chien qui va se mettre en boule par terre et ne plus bouger. Alors, qu'est-ce qui va impacter le choix du chien parmi ces différentes stratégies ? Eh bien, il y a trois éléments fondamentaux qui vont l'impacter. Un, une notion de tempérament. En fonction de son tempérament individuel, le chien aura plutôt tendance à adopter des stratégies de lutte, des stratégies de fuite ou d'inhibition. On connaît certaines races qui sont très sujets aux stratégies de fuite, d'autres races qui vont plus facilement basculer dans des stratégies de lutte. Par exemple, les chiens de terrier. vont plus vite que la moyenne basculer dans des stratégies de lutte. Quand les chiens de berger, la plupart des chiens de berger vont plutôt basculer dans des stratégies de fuite dans un premier temps, éventuellement ensuite dans des stratégies de lutte. Donc le premier élément fondamental à comprendre, c'est que le chien, en fonction de son tempérament, va être impacté dans ses choix de stratégie. Le deuxième élément fondamental à comprendre, c'est que quel que soit son tempérament, le chien le plus gentil du monde qu'il y ait, Et bien dans cette situation d'inconfort, fonction du... contexte et de l'environnement et bien il aura pas forcément toutes les options à disposition par exemple un enfant qui viendrait caresser un chien dans son panier qui serait contre un mur le chien a pas beaucoup de possibilités de fuite il va vite se sentir coincé avec l'enfant qui vient au dessus de lui et donc là pour le coup deux options restent disponibles pour le chien ou l'inhibition je bouge pas je me tapis et je bouge plus ou la lutte Et donc effectivement, en fonction de la configuration, le chien n'aura pas forcément beaucoup de choix. Quand vous allez contraindre votre chien pour un bisou, pour une caresse ou encore pour lui couper les griffes, c'est pareil, vous ne laissez pas beaucoup de possibilités à la fuite de s'exprimer. Et donc le chien aura le choix ou de s'inhiber ou de basculer dans la lutte. Et puis le troisième élément qui va impacter, donc là vous allez comprendre que finalement ça rend les choses d'autant plus complexes, c'est évidemment l'expérience et l'apprentissage. Imaginons que votre chien dans son panier, le soir quand les enfants viennent lui faire un bisou, il n'apprécie pas, il est dans l'inconfort. Il va donc s'inhiber, ne plus bouger. Parce que vous avez un chien qui est peu agressif de nature et donc un tempérament peu sujet à basculer sur ses stratégies de lutte, il va s'inhiber, il ne va plus bouger. Et bien qu'est-ce qui va se passer ? Si le premier soir il ne bouge pas, que le deuxième soir il ne bouge pas et que le troisième soir il ne bouge pas, mais qu'à chaque fois l'enfant revient dans le panier. Le chien va vite comprendre que la stratégie de l'inhibition n'est pas une stratégie efficace puisqu'elle ne lui permet pas d'éviter cette situation d'inconfort. La stratégie de fuite n'est pas disponible puisqu'on est coincé dans le panier. Et donc je n'ai plus le choix, je vais tenter une troisième stratégie. Le chien va donc se mettre ou à grogner ou tout de suite à mordre. Et souvent, souvent, hélas, qu'est-ce qui va se passer ? Eh bien cette stratégie va être efficace. Pourquoi ? Parce que quand on est en train de nous couper les griffes, si on mord la main de celui qui nous coupe les griffes, en général, il arrête la manipulation. Si on est dans le panier, que l'enfant vient dans le panier et que le chien mort, souvent l'enfant sort du panier. Alors même que si le chien s'inhibe, qu'il ne bouge plus, souvent les manipulations ou les contraintes ou le bisou de l'enfant dans le panier, il aura quand même lieu. Et donc le chien va vite comprendre que la stratégie de lutte, c'est la stratégie la plus efficace lorsqu'on souhaite mettre à distance un individu ou une situation qui nous rend inconfortable. Donc finalement, si on résume, dans une situation d'inconfort, votre chien, il a... Trois options face à lui, soit la fuite, si c'est possible, soit la lutte, soit l'inhibition. Ce qui va impacter ce choix de stratégie, c'est évidemment son tempérament, puis évidemment le contexte. Certains contextes laisseront place à des possibilités de fuite, par exemple, et d'autres pas. Évidemment, dans le contexte, l'intensité de la stimulation, qui fera aller plus ou moins vite le chien sur du registre d'agression ou non, sur de la lutte. Et puis enfin, une notion d'apprentissage. le chien au cours de sa vie. a appris que la stratégie de lutte était la plus efficace pour faire valoir, entre guillemets, ses intérêts. On prend l'exemple d'Hélène à tout à l'heure avec Rangers, un bosseron d'un beau gabarit qui a grogné sur son propriétaire. Peut-être, et je mets ça évidemment au conditionnel, que Rangers, c'est même quasiment sûr, a envoyé plein d'autres signaux en amont pour montrer qu'il était inconfortable. Jusqu'au jour où, tous ces signaux étant inefficaces, il a grogné. Voir peut-être... On pourrait l'imaginer, un chien qui tente de pincer. Le problème, c'est qu'est-ce que fait le propriétaire dans ces cas-là ? Il arrête, une fois, deux fois, trois fois. Pour le chien, c'est donc une stratégie qui fonctionne, c'est donc une stratégie renforcée. Le propriétaire arrive avec son chien, il le dépose au refuge. J'ai un problème, mon chien grogne. Sauf qu'en réalité, ce sont souvent les gens qui ont appris au chien à grogner, à exprimer l'inconfort de cette façon, par défaut de lecture. Est-ce que finalement, du coup, des chiens qui se sont conditionnés ont appris ? À exprimer cet inconfort par du grognement, c'est des chiens que vous pouvez placer dans tous les foyers. Comment vous faites pour sélectionner ça ? Est-ce qu'il y a des foyers que vous savez être plus ou moins adaptés à certains profils de chiens ? Qu'est-ce que tu peux nous en dire, Hélène ?
- Speaker #2
Oui, c'est très compliqué parce qu'en effet, on reçoit ces chiens qui ont essayé de communiquer leur inconfort et les personnes, par manque de connaissances, par manque de sensibilité sur la communication du chien, nous l'abandonnent. et Et là, on a un chien qui a été renforcé à ne plus passer par les signaux. Parce qu'avant d'arriver au grognement, il y a plusieurs signaux que les personnes n'ont pas vus. Donc les fameux signaux d'apaisement. Donc avoir le tourner la tête, montrer le blanc des yeux, se lécher la truffe, fixer du regard, faire le pas en arrière. On a le baillement aussi. Donc on a plusieurs. Il y a beaucoup de professionnels qui font beaucoup de vidéos sur la lecture du chien et beaucoup de livres aujourd'hui sur ce sujet. Donc on peut se renseigner. et avant d'arriver à la morsure, il y a eu tous ces signaux que les personnes n'ont pas vus. Donc aujourd'hui, les chiens qui arrivent au refuge, pas tous, mais beaucoup, ne passent plus par ces signaux et vont tout de suite au grognement. Et ça reste très difficile de les placer quand les gens arrivent avec une famille, avec des enfants par exemple, et ils ne comprennent pas pourquoi on dit que beaucoup de nos chiens, c'est compliqué de les placer avec des enfants, c'est parce que... Ils ont une tolérance réduite. Malheureusement, ils ont été poussés à passer par du grognement ou de la morsure. Et ça reste très, très compliqué. Et les personnes ont du mal à comprendre cela. On fait beaucoup de péga.
- Speaker #1
C'est vrai que dans une certaine expérience, ce n'est pas forcément évident pour des propriétaires de lire correctement tous ces comportements. D'où l'intérêt, j'en profite pour prêcher un peu pour ma paroisse, mais d'être accompagné quand on fait une adoption, que ce soit d'un chiot ou d'un chien adulte. Parce que souvent d'ailleurs, et je le précise, les gens peuvent se dire « Ah oui, mais à la SPA, les chiens sont compliqués, ils ont du vécu. » Effectivement, certains chiens peuvent avoir appris à exprimer leur inconfort par des stratégies de grognement ou de pincement ou de choses comme ça parce qu'ils ne sont pas à l'aise, mais ces chiens ont été chiots un jour. Donc se dire que prendre un chiot, c'est être sûr que tout va bien se passer, non, non. Si à nouveau, vous n'avez pas les bons codes de communication, tous les chiens qui sont... ici aujourd'hui au refuge adulte, ont été eux-mêmes chiots un jour. Et ça n'a pas empêché cette dégradation. Cette dégradation est liée effectivement à un manque de compétences, de capacités de communication, des fois de la part du chien, souvent de la part également de l'humain. Et donc c'est important d'être informé, de se former correctement à ces sujets-là. C'est plus difficile pour les enfants des fois d'avoir une bonne grille de lecture à ce niveau-là parce que l'enfant de façon générale gère un peu moins bien sa frustration. il exprime ce que lui a envie, s'il a envie de faire un câlin, il fait un câlin, et c'est plus dur pour l'enfant de faire preuve d'empathie, c'est-à-dire de prendre en compte l'émotion de l'autre avant d'exprimer son propre comportement, et ça peut effectivement conduire les refuges à une certaine sélection des profils adaptés ou non. Quoi qu'il en soit, quand les refuges, et je pense que tu me le confirmeras Héléna, font une sélection, c'est jamais pour garder le chien, c'est toujours de façon bienveillante pour que, pour le chien comme pour la famille, finalement, il y ait une adoption réussie et que ça fonctionne. J'imagine qu'à partir du moment où vous savez qu'une adoption, elle peut fonctionner, vous vous refusez pas le placement.
- Speaker #2
Bien sûr, ça on entend beaucoup aussi. Ah bah vous préférez les garder dans des boxes que nous les placer. Bien sûr que non, il n'y a pas plus grand bonheur pour nous en tant qu'agents animaliers d'avoir de vos nouvelles, avoir vos photos et de placer nos chiens. On souhaiterait qu'ils n'arrivent même pas ici. Mais c'est vrai que la priorité quand on place un chien avec une famille, avec des enfants, c'est la sécurité des enfants. On est vraiment très triste quand un accident arrive. Attention, je ne veux pas dire que tous les chiens qui sont en refuge sont difficiles et que tous les chiens passent par l'agression. Ce n'est pas ça. On a des chiens qui communiquent très bien. C'est une minorité malheureusement, mais on en a. C'est juste qu'on a des points de vigilance. Et parfois, on est confronté aussi à des familles avec des parents qui sont super pédagogues, qui sont super renseignés, qui ont pris le temps de se renseigner. qui ont déjà vu des éducateurs canins, qui ont déjà eu des chiens et qui connaissent plus la lecture du chien aussi. Donc, c'est des très belles surprises. Ce week-end même, on a placé deux chiens avec des enfants, avec des super parents. Et je les félicite. Et le but de cette émission aussi, c'est de...
- Speaker #1
C'est de vous sensibiliser à ces sujets-là.
- Speaker #2
Oui, et de faire en sorte que vous... Et de se rendre capable. Oui, exactement. Donc, ce n'est pas impossible. On ne ferme pas les portes et ce n'est pas impossible. Et il y a des très belles histoires qui se font. Mais c'est vrai que c'est une difficulté qu'on rencontre beaucoup en refuge. Parce qu'on a aussi cette idée reçue. que le chien, c'est une peluche, on peut faire des câlins, on peut faire des bisous. Et surtout aussi, je pense que ça, c'est une chose très importante, les gens ont tendance à croire que quand ils viennent adopter au refuge, le chien va comprendre qu'il a été sauvé. Et ce n'est pas du tout ce qui se passe dans la tête du chien, de la majorité des chiens. Ils sortent du refuge, en fait, ils sont dans un endroit où ils ont commencé à prendre leur repère. Alors certes, aucun chien n'est heureux d'être dans un box, mais ils nous connaissent, ils nous aiment, ils sont à l'aise avec nous. Et après, ils sortent d'ici. Et ils vont dans une nouvelle famille, ils ne connaissent pas les personnes, une relation doit se construire aussi. Et ce n'est pas tout de suite qu'ils vont peut-être vouloir des câlins, des bisous, des papouilles.
- Speaker #1
Attention à cette attente, c'est ce qu'on appelle de l'anthropomorphisme. L'anthropomorphisme, c'est le fait de prêter aux chiens des émotions, réactions, sentiments humains, alors même que ça reste un chien. Et donc, dans ce registre de la communication, l'anthropomorphisme, c'est un vrai problème. C'est typiquement par rapport à ce que dit Elena, par exemple, attendre de la part de son chien de la reconnaissance à la suite de l'adoption. Votre chien ne peut pas être reconnaissant à la suite de l'adoption, il ne le vit pas de cette façon-là. Il ne se rend pas compte que vous avez rempli des papiers pour l'adopter, que c'est bon, c'est parti, il a une nouvelle famille, qu'à prise de lui, que cette famille aurait pu faire le choix d'un élevage. Votre chien n'a pas conscience de ça. Votre chien, au moment où vous le prenez, lui, il change d'environnement, il change d'humain. et... La reconnaissance que vous allez pouvoir éventuellement lire ou sentir dans un second temps, c'est votre perception à vous, mais dans la perception du chien, ce n'est pas de la reconnaissance, c'est de la relation. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu'effectivement, si vous adoptez un chien que vous construisez une belle relation avec, alors cette relation et cette belle relation et cette notion d'attachement, elle peut être tout à fait bilatérale. Vous, vous avez l'impression que votre chien est reconnaissant. Non, votre chien, c'est encore mieux que ça, il n'est pas reconnaissant. SILLE Vous appréciez autant s'il a autant d'attachement vis-à-vis de vous. Ce n'est pas parce qu'il est reconnaissant, c'est parce que réellement vous avez construit quelque chose avec lui. Donc ne vous attendez pas effectivement à l'arrivée du chien, à ce qu'il soit reconnaissant et donc parfait. À l'arrivée du chien, lui, il change d'environnement, il va falloir qu'il construise de nouveaux repères. Il va falloir qu'il apprenne la façon dont vous, vous allez communiquer. Mais il va falloir également que vous appreniez à le décoder dans sa communication. Et donc, ça sous-entend quoi ? Finalement, ça sous-entend qu'à l'adoption d'un chien, on doit présenter une importante... vigilance à ce que le chien nous exprime, une importante vigilance à la façon dont on s'exprime et il va falloir que ce binôme homme-chien qui peut d'ailleurs être pluriel, on peut avoir dans un foyer plusieurs chiens, on peut avoir dans un foyer plusieurs humains, ce qui complexifie encore la communication et il va falloir que tout ça, ça s'ajuste. Donc en conclusion, il faut pas trop en demander dès l'adoption, il faut pas trop être exigeant, il faut pas trop tomber dans comment dire dans les attentes irréalistes, ou encore répliquer « oui, mais mon ancien chien appréciait quand j'allais lui faire un bisou dans le panier » ou « mon ancien chien appréciait quand je lui faisais des gratouilles sous le ventre » . Prenez en compte le nouveau chien que vous avez adopté, se diriger, non, en refuge, prendre un nouveau chien, d'ailleurs que ce soit un chiot ou un chien adulte, c'est accepter aussi de remettre en question ces codes de communication, c'est accepter de construire Une nouvelle relation, c'est accepter de nouveaux ajustements avec un nouvel individu qui sera évidemment différent de tous les chiens que vous avez eu auparavant si vous en avez déjà eu. Donc effectivement l'expérience, elle est importante. Si vous avez de l'expérience, vous serez certainement mieux armé pour décoder certains chiens et certains chiens plus complexes. Attention pour autant à ce que cette expérience ne vous fasse pas tomber dans un cliché. Et attention à prendre du recul, chaque chien est différent, chaque chien a sa propre communication. chaque humain a également sa propre communication, et tout ça, ça va nécessiter un certain temps d'ajustement à l'adoption. Tu dirais, Héléna, qu'en termes de temps d'ajustement, il faut combien de temps pour qu'après une adoption, une relation s'ajuste comme ça, en termes notamment de communication ?
- Speaker #2
Il y a la fameuse règle des 3-3-3. Après, c'est juste une idée, mais on dit qu'il faut 3 jours pour que le chien comprenne un petit peu, OK, là, je peux m'apaiser. Donc, ils dorment très mal ici, ils ont du passage toute la journée. Donc, au bout de trois jours, j'arrive à décompresser un petit peu. Oui,
- Speaker #1
on dit qu'au bout de trois jours, le chien, enfin, on dit que les trois premiers jours, le chien, il va être inhibé. Ça veut dire qu'en fait, il ne va pas oser présenter beaucoup, beaucoup de comportements et il va être en général très en retrait et en observation de son environnement.
- Speaker #2
Et au bout de trois semaines, il commence à prendre ses repères, à comprendre un petit peu. La routine est de comprendre un petit peu l'organisation de la famille et au bout de trois mois, ok c'est bon c'est intégré, ça c'est ma nouvelle famille, ma nouvelle routine et il commence à montrer un petit peu son comportement et à se sentir à l'aise. Et petite information, il y a souvent des personnes qui abandonnent à ce moment là, c'est parce qu'au bout de ces premiers mois, le chien se détend finalement, il est à l'aise, c'est ce qui s'est passé avec Anna, finalement elle était à l'aise. pour jouer, pour monter en excitation, pour montrer son comportement. Et la personne a interprété de l'agressivité sur la demande de jeu. Chose qu'au début, elle était inhibée parce qu'elle n'était pas encore à l'aise.
- Speaker #1
Très concrètement, qu'est-ce qui se passe d'un point de vue comportemental, éducation ? On a trois premiers jours, qui sont trois premiers jours où le chien est assez inhibé. D'accord ? Donc il présente peu de comportements défavorables en général. On appelle ça aussi la lune de miel. C'est vraiment le moment où pendant trois jours, on apprend à se connaître, on apprend à se découvrir. Et donc tout le monde est relativement attentif. Le chien est assez attentif et en observation. Et souvent vous aussi vous n'osez pas encore trop. Vous êtes attentif et en observation. Et donc en général ce n'est pas les trois premiers jours qui posent problème. Ensuite on arrive à cette période de trois semaines. Où pendant trois semaines le chien s'est senti progressivement plus à l'aise. Et qu'est-ce qui se passe souvent au bout de trois semaines ? Alors évidemment ça peut être au bout de deux semaines, ça peut être au bout d'un mois. Mais effectivement ça nous permet d'avoir cette règle des trois qui reste un bon repère. Au bout de trois semaines le chien va... oser tenter des choses qu'il n'a pas encore tenté auparavant. Par exemple, Anna, elle va oser inviter les gens au jeu en sautant, en attrapant, et elle va tenter finalement de nouveaux modes de communication. Et tout ça va être sujet à ajustement. Pendant trois mois, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que pendant trois mois, fonction des interactions que vous allez avoir avec, soit certains comportements vont se renforcer, soit certains comportements vont disparaître. Par exemple, Anna, qui au bout de 2-3 semaines va être à l'aise avec vous, va se mettre à demander du jeu en vous sautant dessus et en vous attrapant, etc. Et bien pendant ces 3 mois, soit vous allez lui apprendre que ce n'est pas la bonne façon de communiquer, soit, et souvent involontairement, vous allez apprendre à votre chien à continuer, voire à renforcer l'expression de ce type de comportement. Et finalement pendant 3 mois, ça va ne faire que s'accentuer. Et c'est là qu'au bout de 2 mois, 3 mois, le chien revient au refuge parce que les gens n'y arrivent plus. Et parfois, là où ça fait mal au cœur... Et donc c'est pour ça aussi que le choix des adoptants est évidemment extrêmement important. C'est quand on a des chiens qui partent du refuge, qui ont effectivement éventuellement un ou deux points d'attention, mais qui sont des chiens relativement simples, et qu'ils reviennent en refuge, et qu'ils sont plus complexes qu'à leur départ, ce qui va évidemment rendre encore plus complexe leur adoption future. Et donc on a assez régulièrement comme ça des retours de chiens qui sont adoptés, les gens ne savent pas faire face au comportement de ce chien. qui est pourtant pas forcément très complexe, mais ils n'ont pas les clés de lecture ou les clés d'interaction qui leur permettent de réajuster correctement ce comportement. Et on se retrouve deux mois, trois mois plus tard avec un chien qui a développé des problématiques comportementales qui n'étaient pas présentes auparavant et qui revient en refuge plus complexe que lorsqu'il est parti, ce qui évidemment rend encore plus complexe. son placement par la suite. Donc c'est un vrai point de vigilance et c'est aussi pour ça que les refuges se montrent souvent vigilants sur les profils d'adoptants pour éviter ce type de retour extrêmement défavorable pour les chiens.
- Speaker #2
À ce sujet, il y a deux choses que je trouve très importantes et qu'on aborde toujours lors des adoptions, c'est l'importance de mettre le cadre de vie tout de suite quand vous adoptez le chien. Souvent les gens se disent « oh pauvre petit chien de refuge, au début le chien a le droit de tout faire » Et... C'est au bout de trois semaines quand le chien commence à montrer son comportement que les gens vont vouloir interdire certaines choses qu'ils ont permis au début. Et là, le chien, il est complètement déboussolé. Donc, ce n'est pas pauvre petit chien de refuge. C'est oui, je suis empathique et je comprends qu'il a un passé difficile ou il a été abandonné. Mais les règles de vie sont les règles de vie et elles sont mises tout de suite dès l'arrivée du chien. Ça va faciliter énormément le travail. Et l'importance de voir un professionnel, on le dit à chaque adoption, ce n'est pas attendre que ces trois mois arrivent et qu'on soit dans la difficulté. pour aller chercher un professionnel, c'est vous adopter un chien, n'hésitez pas à avoir un professionnel compétent pour pouvoir mettre en place tout de suite les bons gestes et pour ne pas se retrouver en difficulté. Parce que souvent les gens vont voir, et ça je pense que tu pourras le dire aussi, vont voir les éducateurs canins.
- Speaker #1
Une fois qu'ils ont les deux pieds dedans, très concrètement.
- Speaker #2
Et c'est dommage parce qu'on aurait pu, et là on le dit à chaque fois, aller voir un éducateur canin, on sait déjà nous au refuge que le chien est présent. Par exemple pour Anna, elle a des problèmes de gestion des émotions, elle monte en excitation, il faudra apprendre à travailler le jeu et à travailler sa gestion des émotions. allez voir un éducateur canin pour travailler cela. Donc ça va vous faciliter énormément la vie et avoir une adoption réussie.
- Speaker #1
Pour une fois, je vous cite une anecdote personnelle plus que professionnelle. J'ai adopté moi-même un chien dans ce refuge ici. Je peux vous assurer qu'on a commencé l'éducation, ce n'est pas à la minute même où il est sorti de la voiture, c'est dans les 10 secondes où il est descendu de la voiture. On est arrivé à la maison, il est descendu de la voiture à la maison, j'ai des volailles, des poules, des canards, il y a des Ausha, il y a d'autres chiens. Il est descendu de la voiture, on était dans l'éducation, c'est-à-dire que tout de suite, il était interdit de courir derrière les poules, il était récompensé quand il y avait un comportement favorable et du détournement, et ça, ça s'est poursuivi dans les premières heures et les premiers jours de façon quasi continue. Si, si, si, si, si, j'avais dit, oh là là, mon pauvre chien de refuge, que je ramène à la maison, je ne vais pas l'embêter, il va falloir le temps qu'il s'adapte. je le ramène à la maison, mais je le confronte surtout, surtout, surtout à rien du tout de la maison, voire encore pire, je le laisse, c'est pas grave, s'il tire un peu pour aller voir les poules, il va s'habituer dans quelques jours. Et qu'au bout de trois semaines, je me dis, allez, c'est parti, je me mets au travail, mais que pendant trois semaines, mon chien a pris le réflexe de fixer les poules, de courir dessus, de leur faire peur. Au bout de trois semaines, je peux vous assurer que la mission va être très, très, très, très, très complexe. Parce que votre chien va être très à l'aise, donc les comportements vont être... plus difficile à travailler en plus d'être très à l'aise votre chien va avoir pris l'habitude pendant une semaine deux semaines trois semaines d'être extrêmement focalisé sur ses comportements défavorables qui peuvent produire ce qu'on appelle du renforcement intrinsèque c'est à dire que le chien va prendre plaisir à exprimer ses comportements qui vont faire que se renforcer donc on peut que vous inviter finalement à vous renseigner en matière de communication et de comportement sur le chien Et si ça doit être la conclusion de ce petit podcast, on ne peut que vous inviter à vous renseigner en amont même de l'adoption. Pour qu'arrivé à l'adoption, vous soyez armé, vous soyez prêt, que ce soit l'adoption d'un chien adulte ou d'un chiot en refuge, vous soyez prêt à tout de suite mettre en œuvre les outils nécessaires. Dès l'adoption de votre chien et parallèlement au renseignement que vous aurez pris en amont de cette adoption, faites-vous accompagner par un professionnel compétent aux méthodes de travail équilibrées. avec un discours qui vous paraît sain et pertinent et un minimum d'expérience également avec les chiens de refuge. Ça me paraît assez indispensable. Et normalement, vous disposerez là avec les conseils et orientations des agents, l'accompagnement d'un professionnel, les renseignements que vous aurez pris en amont de l'adoption, de toutes les clés pour une adoption réussie.
- Speaker #2
Tout à fait, je suis 100% d'accord.
- Speaker #1
Je vous remercie de votre attention et on vous dit à très vite pour un prochain podcast. Bonne journée à vous.
- Speaker #2
Merci.