- Elizabeth Johnston
Bienvenue dans le podcast de l'Efus, un podcast produit par le Forum européen pour la sécurité urbaine. Je suis Elizabeth Johnston, la déléguée générale de l'Efus, un réseau européen de 250 collectivités locales et régionales dédiées à la sécurité urbaine. Aujourd'hui on vous emmène au cœur d'une coopération inédite : celle des Polices Municipales Européennes. Vous ne le savez peut-être pas mais il existe au sein du Forum européen un réseau EUpolnet qui est un espace d'échanges entre forces locales de sécurité de toute l'Europe. Pourquoi ce réseau a-t-il vu le jour ? Quels sont ses premiers résultats ? Comment des policiers français, belges, polonais ou espagnols arrivent-ils à coopérer au quotidien malgré leurs différences ? Pour en parler avec nous, deux invités engagés représentant deux villes membres de notre comité exécutif, la ville de Nice et la ville de Bruxelles. Jean-François Ausha, chargé de mission sécurité à la ville de Nice. Bonjour. Bonjour Elisabeth. Et Michel Govard, chef de corps de la zone de police Bruxelles-Capitale-Ixelles. Bonjour Monsieur Goovaerts.
- Michel Goovaerts
Bonjour Elisabeth.
- Elizabeth Johnston
Ensemble, nous allons explorer les coulisses de cette alliance européenne, ses réussites, ses défis et surtout ce qu'elle change concrètement pour la sécurité du quotidien dans nos villes. Monsieur Ona, vous êtes à l'initiative de la création d'EU-POLNET. Comment cette idée a émergé ?
- Jean-François Ona
Oui Elisabeth, au niveau de l'Europe, au niveau de Bruxelles, jusqu'à présent, seules les polices d'État sont représentées et ont droit de citer. Donc la création de ce réseau EU -POLNET a aussi pour vocation de faire une représentation juste, des polices locales qui, comme vous le savez et comme nous le savons tous, sont en première ligne dans la lutte contre la délinquance. Parce que ce sont elles qui gèrent la police de proximité. Donc évidemment que ce réseau a pour vocation de rendre une visibilité méritée aux polices locales.
- Michel Goovaerts
Je peux peut-être compléter, mais effectivement, nous connaissons déjà une collaboration au niveau de la police, au niveau national. Ce que j'ai constaté en tant que chef de corps d'une police locale, c'est que nous avons quand même des problèmes puisque nous sommes une unité de première ligne. Nous sommes quand même confrontés à des problèmes qui ne font jamais l'objet d'une discussion au niveau national entre États. Je donne l'exemple au niveau de la problématique du sans-abrisme, la santé mentale et les drogues, puisque nous sommes une force de police qui travaille en première ligne. Je pense que c'est hyper important et très intéressant de pouvoir discuter avec les collègues qui sont confrontés aux mêmes problèmes. Ici, EUPOLNET nous permet de quand même utiliser ce réseau-là, puisque je constate que quant au niveau national entre États, ce sont des sujets qui sont rarement abordés.
- Elizabeth Johnston
Absolument, et justement vous évoquez quelques thématiques auxquelles les polices municipales sont confrontées en Belgique, évidemment dans d'autres pays européens de même. Le réseau EUPOLnet est aussi structuré autour de plusieurs thématiques de travail selon les affinités des uns et des autres. Jean-François Ona, est-ce que vous pourriez nous en parler un petit peu plus de ces groupes de travail, de ces priorités que le réseau s'est donné ?
- Jean-François Ona
Oui, l'idée du réseau c'est bien évidemment de réfléchir ensemble et de profiter des forces et des faiblesses de chaque, police chaque police à sa force et chaque police à ses difficultés donc l'idée c'était de profiter de l'expérience des uns et des autres de manière à pouvoir autour de thèmes de travail chacun apporter son expérience et sa crédibilité donc nous on a identifié dans un premier temps mais ça sera probablement évolutif cette priorité de travail qui sont la sécurisation des espaces publics qui est portée par la ville de nice la relation police population qui est importante comme l'a souligné michel tout à l'heure et qui est d'ailleurs porté par la zone de police de bruxelles capitale La diversité au sein des forces de police qui nous paraît être un sujet important également. A la fois la diversité homme-femme bien évidemment mais pas que. C'était quelque chose qui est porté par le Mossos d'Esquadra de la Catalogne. L'attractivité de la profession. Aujourd'hui nous rencontrons un déficit de recrutement. Alors c'est valable pour 10 mais en discutant avec les collègues d'autres villes, on s'est aperçu qu'ils étaient confrontés également à cette problématique. Le recrutement, l'attractivité du métier de policier qui parfois souffre d'une certaine image dégradée. La coordination professionnelle. avec les autres services de police, notamment ceux d'État, comme l'a évoqué tout à l'heure Michel. Ça me paraissait important également. La prévention de la criminalité et des comportements à risque avec un focus, comme Michel l'a évoqué, sur la santé mentale qui depuis quelques années effectivement est une préoccupation essentielle. Et enfin l'innovation technologique qui elle est portée par la ville de Turin et qui possède en sens sain une vraie importance et une vraie technicité.
- Elizabeth Johnston
Merci beaucoup Monsieur Ona, Monsieur Goovaerts, vous portez l'une de ces thématiques, mais j'imagine que vos services peuvent participer aussi à d'autres travaux. Très concrètement, qu'est-ce que ça a apporté à votre équipe et vous-même de participer à cet échange ?
- Michel Goovaerts
Comme Jean-François l'a expliqué, nous avons sept groupes de travail et nous avons décidé de quand même prendre le lit dans le deuxième groupe de travail qui concerne les relations police-population, police-jeunes. C'est quelque chose qui est hyper important au niveau de la région chez nous puisque comme d'autres capitales, nous sommes quand même confrontés à ce problème. Nous avons quand même au niveau de la zone de police pris plusieurs initiatives et nous avons quand même voulu partager les différents projets avec d'autres partenaires aussi pour avoir un « return » , pour avoir un « feedback » , pour voir ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. Dans ce cadre-là, nous avons aussi deux projets qui nous portent à cœur. C'est quand même l'équipe médicale d'urgence qu'on appelle EMUTE. C'est une collaboration avec le monde des médecins qui nous permet quand même de faire appel à une équipe spécialisée qui sort de l'hôpital et qui assiste nos collègues quand ils sont confrontés à ça. Nous avons plus ou moins trois interventions par jour. Et puis, nous avons le sans-abri. Comme vous le savez, à Bruxelles, le dernier comptage a quand même démontré que nous avons environ 10 000 sans-abris sur le territoire de la région. Et nous avons l'équipe Hercham qui est investie dedans. dans d'autres pays et je pense que ça a apporté ses fruits.
- Elizabeth Johnston
On voit qu'il y a des échanges de pratiques, de savoir-faire, peut-être aussi des formations en commun. Est-ce que ça c'est l'une des pistes qu'on peut imaginer pour IUPOLnet dans le futur ? Ce sont des formations en commun ou aussi carrément des coopérations intercommunales ?
- Michel Goovaerts
Ce qui est hyper important, cette collaboration c'est une chose mais moi je pense qu'il y a très intéressant c'est quand même avoir les formations communes. Quand il y a des formations organisées par IUPOLnet, EUpolnet, moi j'insiste pour y envoyer quand même les acteurs de terrain, donc pas uniquement les chefs, mais vraiment des gens qui sont confrontés à cette problématique. Ça permet d'échanger, de voir comment ils travaillent dans d'autres villes. Alors je demande, ils font toujours un reporting, donc ils reviennent chez moi par la suite pour expliquer. Voilà, les collègues de Nice nous ont expliqué qu'ils travaillent de cette façon-là, les collègues de Lisbonne, de Liège ont une autre façon. Et c'est clair que simplement à copier-coller, je pense que c'est impossible, mais on peut toujours s'inspirer de certaines façons de travailler. ces formations qu'on fait ensemble avec les différentes villes, les différents pays. Je pense que c'est quelque chose qu'il faudra certainement développer.
- Jean-François Ona
Je voudrais préciser que c'est quelque chose que nous avons déjà fait à la fois dans le projet Pacte sur un et Pacte sur deux. J'ai souvenir à Liège, nous avons fait un exercice dans une école, un exercice de prise d'otages d'attaques terroristes. Et ça a marqué beaucoup les policiers de ma ville parce qu'en Belgique, ils avaient eu cette idée qui est une idée géniale en réalité, c'est d'intégrer des secouristes dans la colonne d'assaut. Ce que nous, en France, on ne faisait pas et on ne fait pas. Donc voilà, typiquement et concrètement, ces formations, elles existent déjà. C'est important que nos policiers municipaux puissent voir d'autres horizons, voir d'autres façons de travailler. Et je vous assure que quand ils reviennent de ces académies, ils sont non seulement enthousiastes, mais en plus, ils délivrent le bon message à tous leurs collègues qui n'ont pas eu la chance d'y participer et qui se positionnent déjà pour d'autres académies. Donc voilà, pour nous, ce sont vraiment des projets qui nous paraissent importants et qu'on souhaite pérenniser.
- Elizabeth Johnston
Vous avez mentionné, en effet, le côté formation-pédagogie On continue finalement pour les hommes et les femmes qui forment les polices locales, qui sont dans ces polices locales et qui n'ont pas forcément accès toujours à des expériences étrangères et parfois aussi des équipements, des mises en situation. Donc est-ce que vous avez l'impression aussi qu'il y a peut-être un potentiel de mutualisation dans les formations entre polices locales à travers YouPollNet ?
- Michel Goovaerts
Ce projet de créer une sorte d'Erasmus au niveau des polices locales, je pense que c'est une idée certainement à retenir. Pour moi, ce qui est important, c'est quand même qu'on puisse envoyer nos policiers de première ligne. Je connais d'autres projets où ça sont toujours les cadres qui y vont et alors par la suite, à un moment donné, ça reste au niveau des cadres sans que les unités de première ligne en profitent vraiment. Donc au niveau de la zone, il y a quand même cette volonté ici, ça se développe ce projet d'avoir une sorte d'école de police style Erasmus, c'est pouvoir envoyer vraiment nos acteurs de première ligne et échanger les idées, voir avec les collègues ce qui marche, ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas Comment est-ce que vous vous approchez à cette problématique ? Vous avez entendu que Jean-François a parlé de sept groupes de travail, l'attractivité et la diversité. Je pense que chaque grand fil est confronté à ces défis-là. Et je me réjouis vraiment qu'il y ait ce projet qui sera lancé pour avoir une sorte d'école de police style Erasmus qui permet quand même d'échanger ces idées-là.
- Elizabeth Johnston
Il y a aussi ce lien fort avec les élus et qui me semble important d'avoir IUPONnet comme un réseau au sein du Forum européen. Donc je voulais vous poser un petit peu la question aussi de... Cette insertion des polices municipales et de YouPolNet dans un réseau d'acteurs plus large avec les autres services de prévention, avec les élus, comment voyez-vous ce partenariat ou cette inscription dans un partenariat plus large ?
- Michel Goovaerts
C'est clair qu'un service de police, une police locale, notre partenaire privilégié c'est quand même le bourgmestre. En France ça s'appelle le maire, chez nous c'est le bourgmestre et en Belgique il y a quand même un rôle important à jouer puisque c'est aussi le bourgmestre qui fait la réaction entre la police locale et les services de prévention. Et donc moi je l'ai toujours dit, on peut trouver des solutions au niveau fédéral, mais quand on est confronté aux problèmes quotidiens, c'est-à-dire les nuisances, santé mentale, sans abrisme, je pense que le Bourgobest est quand même un partenaire hyper important et il met autour de la table aussi bien le service de police que le service de prévention et d'autres partenaires. Puisque trouver des vraies solutions, donc on peut en tant que service de police nous pouvons intervenir, mais ça se limite à ça. Mais ce qu'on veut, c'est vraiment cette approche holistique avec tous les partenaires et trouver une solution, une vraie solution pour le problème auquel nous sommes confrontés au niveau local. Monsieur Honnard ?
- Jean-François Ona
Je partage totalement la vision de Michel sur la place du bourgmestre ou du maire au sein de la chaîne de sécurité. Aujourd'hui, nos concitoyens, quand ils ont un problème de sécurité, ils s'adressent bien évidemment en premier lieu au maire. Et le maire est confronté tous les jours aux difficultés en matière de sécurité. Alors le forum, ça nous est apparu évident. que le réseau Uopolnet ne pouvait que vivre à travers le cadre du Forum. Parce que le Forum, c'est à la fois les maires et les bourgmestres qui sont en première ligne au sein du Forum. Mais c'est également l'idée qu'au sein du Forum, on partage différentes thématiques. Au sein du Forum, on discute à la fois de prévention, à la fois de médiation, à la fois de sécurité publique et à la fois de technologie. Donc le cadre du Forum était parfaitement adapté à l'existence de ce réseau Uopolnet.
- Elizabeth Johnston
Est-ce que chacun d'entre vous, est-ce que vous avez... une anecdote, une chose qui vous a le plus surpris dans vos déplacements, dont on rencontre avec les autres polices locales ?
- Michel Goovaerts
Ce qui nous a surpris quand même, c'est que parfois on se pose la question de ce qu'on fait tous les jours, est-ce que c'est vraiment une solution pour tous ces problèmes ? Et parfois en hésitant un peu, en disant est-ce que c'est la bonne approche, est-ce qu'il ne faut pas essayer un autre angle d'attaque ? Cet échange d'informations dans le cadre de ce forum nous permet quand même de constater que tout le monde est confronté au même problème et que La panacée n'existe pas. Et parfois, il y a aussi d'autres anecdotes qui nous permettent quand même de dire que c'est une bonne approche. Nous avons quand même, je pense, quelques exemples qui peuvent être utiles pour les autres 24 villes qui participent à ce projet. Moi, je reste convaincu qu'il y a certainement d'autres zones de police locales au niveau de la Belgique qui veulent s'affilier à ce projet et je pense que c'est quelque chose qui est vraiment indispensable.
- Elizabeth Johnston
Absolument. Les échanges européens permettent en effet de se rendre compte qu'il n'y a pas de baguette magique, mais on en ressort, et comme le disait M. Honnat à qui je vais passer la parole, on en ressort aussi renforcé et énergisé aussi par les pratiques et le savoir-faire des collègues. M. Honnat, est-ce qu'il y a un aspect, une rencontre qui vous a surpris au cours de ces différentes académies et échanges ?
- Jean-François Ona
Oui Elisabeth, des anecdotes, nous en avons beaucoup au cours de ces deux projets et de ces maintenant six années. Il y en a une qui me vient particulièrement à l'esprit, c'était à Turin lors du Giro d'Italia. C'est une course cycliste qui est un peu l'équivalent du Tour de France pour l'Italie. Nos policiers étaient en académie et nous avions disséminé un peu dans la foule différents policiers en uniforme et notamment des policiers lituaniens et lettoniens qui étaient en uniforme dans la foule. Et bizarrement, l'Europe sait aussi ça, il y avait des spectateurs lituanien et lettonien qui ont vu leurs policiers dans leur uniforme de leur pays qui sont descendus pour échanger, ils ont été surpris. Je crois que c'est très important, c'est peut-être anecdotique mais c'est très important parce que ça montre à quel point dans une période où parfois les gens doutent un peu de l'efficacité ou de l'intérêt de l'Europe, ça démontre que nos académies mais aussi le forum participent à ce que l'Europe soit mieux comprise et mieux acceptée par les gens.
- Elizabeth Johnston
Absolument, je pense que c'est en effet une incarnation très concrète finalement de ce que l'Europe apporte aux citoyens et de ce que la plus-value européenne de la coopération entre tous nos services, mais plus particulièrement en l'espèce la police municipale des différentes villes. On pense à la coopération intercommunale au sein des pays, mais on pense évidemment maintenant à la coopération transfrontalière et à la coopération en termes de formation et de partage d'expertise à travers toute l'Europe. Merci à vous deux pour ce partage d'expérience très concret et aussi ces belles perspectives. En effet, YouPodNet c'est plus qu'une initiative, c'est un laboratoire européen du quotidien où les polices municipales apprennent les unes des autres pour faire avancer la sécurité dans nos villes. Merci M. Ausha.
- Jean-François Ona
Merci à vous.
- Elizabeth Johnston
Merci M. Ona.
- Jean-François Ona
Merci Elisabeth.
- Elizabeth Johnston
Cet épisode était soutenu par le Fonds de sécurité intérieure police de l'Union Européenne et n'hésitez pas à aller sur le site du Forum pour en savoir plus. Et à très bientôt pour un prochain épisode du podcast de l'EFUS.