- Elizabeth Johnston
Bienvenue dans le podcast de l'Efus, le podcast produit par le Forum européen pour la sécurité urbaine et le projet européen Respect to Protect. Je suis Elizabeth Johnston, déléguée générale de l'Efus, un réseau européen de 250 autorités locales et régionales dédiées à la sécurité urbaine. Aujourd'hui, nous abordons un sujet crucial pour nos villes, la santé mentale, sa prise en charge parfois difficile sur l'espace public, les conséquences en termes de sécurité publique et de sentiments d'insécurité. les défis auxquels font face les acteurs de terrain face aux personnes souffrant de problèmes de santé mentale. Pour en parler, nous recevons David Mourgues, anthropologue et spécialiste des questions de santé mentale. Bonjour David.
- David Mourgues
Bonjour.
- Elizabeth Johnston
Et Mathias Delhomme, responsable du service Action sociale et citoyenne de la ville de Lambal-Armor, ville membre du comité exécutif du Forum français. Bonjour Mathias.
- Mathias Delhomme
Bonjour.
- Elizabeth Johnston
Pourquoi, à votre avis, aujourd'hui, la santé mentale émerge comme un enjeu majeur pour les acteurs de sécurité, temps. pour le public que pour les acteurs eux-mêmes.
- Mathias Delhomme
On voit bien qu'il y a une pression sociétale autour de l'intervention sur les enjeux de santé mentale. Pression sociétale, qu'elle soit de l'administré lambda, qu'elle soit aussi des partenaires médico-sociaux, des partenaires de sécurité. Et c'est pour ça que je souhaite vraiment insister sur ce volet un petit peu pression sociétale parce qu'on a l'impression que si on ne fait rien, que la pression est décuplée envers les collectivités territoriales. Et ça, c'est vraiment un sentiment qui a évolué, je trouve, ces dernières années. Au-delà de ça, c'est un enjeu majeur parce qu'on doit aussi protéger, là je vais parler plutôt du... volet technique, protéger les agents qui sont sur le terrain, notamment les policiers municipaux, les acteurs de médiation sociale. Là, il y a un vrai enjeu aussi à protéger ces publics-là. Et enfin, protéger les publics eux-mêmes concernés notamment par la maladie, parce qu'on voit aussi qu'on a des publics de plus en plus précarisés et isolés qui subissent un petit peu ces problématiques de santé mentale. Et je trouve que l'enjeu, il est important à mettre, enfin le curseur est important à mettre à cet endroit-là aussi.
- Elizabeth Johnston
David, pourquoi, à votre avis, c'est devenu un enjeu central aujourd'hui ?
- David Mourgues
Il n'y a pas de santé sans santé mentale, avec les trois dimensions de la santé mentale. La santé mentale positive qui recouvre vraiment le bien-être et l'épanouissement personnel et les ressources qui peuvent être mobilisées par les individus. La détresse psychologique, la réactionnelle, qui fait face à des situations éprouvantes et des difficultés existentielles, les deuils, les échecs relationnels, scolaires, des précarités aussi, avec des symptômes anxieux ou dépressifs. Et puis enfin, les troubles psychiatriques plus ou moins sévères qui se... Il réfère aussi à des diagnostics, à des classifications diagnostiques. Et on va retrouver ces trois niveaux, en fait, vraiment de la santé mentale, au cœur des territoires, des situations, des publics auxquels sont confrontés ces publics-là, mais aussi, effectivement, les agents, l'entourage de ces publics aussi, on devrait dire. Ça peut être des parents, ça peut être des conjoints, ça peut être effectivement un cercle familial, mais ça peut être aussi le quartier, aussi, qui va être confronté à ces situations. Puis, enfin, les agents, et sans oublier les élus. qui peuvent être aussi impactées face à ces situations qui vont se présenter dans l'exercice de leurs fonctions et face auxquelles, la plupart du temps, ils vont être assez mal préparés, puisqu'eux n'étant pas forcément formés. Donc, il y a un intérêt partagé entre la santé mentale vis-à-vis des publics, vis-à-vis des agents, vis-à-vis des élus sur les territoires.
- Elizabeth Johnston
Vous pensez que ce phénomène est un phénomène croissant ou simplement beaucoup plus visible dans l'espace public aujourd'hui ?
- Mathias Delhomme
Moi, de mon expérience terrain, je pense que c'est un phénomène qui est de plus en plus visible. David le dira certainement mieux que moi, mais je pense qu'avant, il y avait un entourage qui était plus proche, qui prenait plus soin peut-être de ces personnes atteintes d'une pathologie qui avait des résurgences sur l'espace public. Du coup, pour moi, je pense qu'elle est plus visible parce que je trouve que ces personnes aujourd'hui sont plus isolées, moins en proximité avec de la famille ou des proches qui peuvent prendre soin d'eux. Et moi, je le rattache aussi sur le fait que je sois sur une commune relativement petite, des 18 000 habitants. Et du coup, c'est des phénomènes moins noyés dans la mâche, je trouve, et beaucoup plus visibles.
- Elizabeth Johnston
Et donc aussi, pas que des phénomènes de grandes villes ou de grandes métropoles.
- Mathias Delhomme
Oui, en effet, je pense que ça touche en effet toute taille de territoire. Et du coup, le traitement, en tout cas, ou le sentiment d'intervention sur ces cas-là reste le même pour moi. En fait, il n'y a pas de différence entre les deux. On doit trouver des réponses pour réagir et que ce soit dans des petites ou des grandes villes, on est tous confrontés au problème.
- Elizabeth Johnston
David, quelle est votre perception de cette visibilité accrue ?
- David Mourgues
Il y a une augmentation concernant les troubles qui sont identifiés en santé mentale. Donc troubles anxieux et dépressifs chez les jeunes adultes, mais aussi chez les adolescents entre 11 et 17 ans. Plus de 40% à peu près de passage aux urgences pour gestes ou idées suicidaires. Dans la période post-Covid, juste après la crise sanitaire, il y a en fait des chiffres qui sont assez stables. C'est-à-dire qu'on ne voit pas véritablement de baisse. Ça concerne aussi une influence du genre. Ça concerne dans 80% des cas les filles. En plus, une augmentation maintenant chez les garçons, on est sur des tendances vraiment en augmentation et corrélées aussi à des situations beaucoup plus visibles, là aussi, dans l'espace public, avec parfois des scènes ouvertes, des personnes qui se retrouvent avec des précarités ou en errance, en errance sociale, psychique, au cœur des villes. Que ce soit aussi sur des villes moyennes, des métropoles, mais aussi dans des territoires beaucoup plus ruraux. C'est-à-dire là où on voyait ces situations beaucoup plus marquées. au cœur des grandes villes et des métropoles. Maintenant, c'est un phénomène qui touche les territoires périurbains et ruraux.
- Elizabeth Johnston
Alors justement, Mathias, dans votre ville, qui a environ 18 000 habitants, quelles sont les situations très concrètes auxquelles font face vos agents de terrain, et peut-être plus particulièrement la police municipale ? Mais j'imagine que ce n'est pas que la police municipale.
- Mathias Delhomme
Oui, en effet, sur nos agents de terrain, les principaux concernés restent nos médiateurs sociaux et en effet la police municipale, qui travaille en pleine complémentarité sur ces sujets-là. La difficulté aujourd'hui rencontrée sur le terrain réside dans le fait qu'il existe beaucoup de pathologies et chaque pathologie reste singulière, même s'il peut y avoir des diagnostics un petit peu généraux. La pathologie reste singulière parce que rattachée à une personne et ses problématiques, parfois liées à de l'addiction ou pas d'ailleurs, mais du coup d'une complexité d'intervention qui est présente. Et c'est pour ça qu'on travaille en pleine complémentarité aussi entre les médiateurs sociaux et la police municipale, parce qu'ils ont une entrée métier qui est différente. La police municipale est souvent confrontée à ces problématiques-là, presque tous les jours, quasi quotidiennes. Mais quand je dis quasi quotidiennes, c'est aussi la récurrence de rencontres des publics, ça veut dire qu'ils voient les mêmes publics. Donc parfois, on voit bien que la création d'un lien avec ce public-là, peut avoir un réel intérêt selon l'évolution de la pathologie ou comment se sent la personne à l'instant T. Et ça, c'est toute l'importance du travail de terrain fait par la médiation et la police municipale, c'est ce contact régulier avec la population et savoir comment l'appréhender selon le jour de l'intervention, parce que des fois, la personne peut être en phase ascendante ou descendante. Et c'est un réel intérêt aussi de prendre le lien avec ces publics-là et d'arriver à un petit peu appréhender la personne le jour où elle est rencontrée. Mais ça reste très complexe parce qu'on est de fait sur des pathologies qui peuvent être complètement instables. et du coup... ça reste une logique d'intervention assez complexe.
- Elizabeth Johnston
Alors, comment est-ce que vous gérez la difficulté que ces équipes de terrain, justement, peuvent éprouver ? Parce qu'elles peuvent se sentir aussi, peut-être, déjà en danger physique de temps en temps, mais quoi qu'il en soit, sûrement très éprouvées aussi au niveau psychique et émotionnel face à des situations de grande détresse ou de comportements violents.
- Mathias Delhomme
Nous, l'objectif, c'est de former en interne via des prestataires extérieurs. On l'a notamment fait avec l'UFFSU dernièrement sur une formation locale pour les acteurs locaux autour des enjeux de santé mentale. Pour déjà comprendre, David l'a très bien dit, c'est d'abord un environnement à comprendre. Et au-delà de ça, on essaye aussi de construire des temps d'échange en commun qu'on pourrait relier à l'analyse de la pratique, si je le relie par exemple à des acteurs sociaux, médico-sociaux qui utilisent cet outil. C'est-à-dire qu'entre équipes, médiation sociale, police municipale, on peut se rencontrer pour débriefer d'une situation. Aujourd'hui, on ne le fait pas accompagné d'un professionnel, mais à terme, on aimerait bien aller vers ça, donc un psychologue ou quelqu'un en tout cas de ce giron-là, pour pouvoir débriefer, accompagner ces situations et peut-être voir ce qui a posé question, voir ce qui a bien marché, et essayer de se donner un cadre d'intervention plus précis aussi auprès de ces publics rencontrant des difficultés au niveau de la santé mentale.
- Elizabeth Johnston
Et David, vous avez participé à cette formation justement des acteurs à l'emballe. Armand, qu'est-ce que vous en avez retenu aussi en termes de public formé ? Est-ce que le côté interdisciplinaire de la formation est important ou est-ce qu'il vous semble intéressant de former équipe par équipe ?
- David Mourgues
Non, c'est déterminant de croiser les publics. C'est un enjeu d'ailleurs des politiques publiques en France, globalement. C'est-à-dire qu'on a des approches plutôt en silo, classiquement. Donc, on va séparer la santé de la sécurité, de la question du social. Les approches sur les territoires se maintiennent très souvent en termes de silos. C'est une approche assez complexe. La santé mentale crée de la sécurité et la sécurité va pouvoir renforcer la santé mentale. C'est là où on va avoir ces approches vraiment complexes. Le fait d'avoir des formations transversales, c'est-à-dire inter-service, va permettre de confronter des points de vue. par différents acteurs qui sont confrontés parfois au même public. Si je travaille dans un CCAS, par exemple, si je suis un acteur du logement, par exemple un bailleur, si je suis un acteur parfois de la propreté, si je suis un acteur des mobilités, un chauffeur, par exemple, de bus, d'un réseau de transport public, par exemple, je vais être confronté à des situations extrêmement différentes. Si je suis un acteur de la médiation, si je suis dans la prévention spécialisée, etc. Et donc, à un moment donné, même des acteurs du sport et de la culture, à mon avis, pourraient vraiment se former. Et donc, on peut à partir de là se former, mais aussi du coup créer, si c'est à l'échelle d'une collectivité, commencer à créer un réseau d'acteurs.
- Elizabeth Johnston
Mathias, est-ce que vous pouvez nous citer un peu le type d'action qu'une collectivité comme la vôtre peut mettre en place ?
- Mathias Delhomme
Dans le cadre de la formation organisée en partenariat avec le Forum français pour la sécurité urbaine, nous avons décidé de poursuivre notamment le travail avec la Gendarmerie nationale, qui était conviée à cette formation sur la volonté de la ville de les inviter bien évidemment. Et du coup, on a pu mettre en place des échanges bilatéraux assez réguliers pour construire une pratique commune, une intervention commune, en tout cas sur ces situations un petit peu complexes. Et c'est vraiment, je trouve tout l'intérêt de cette formation aussi, c'est d'avoir créé ces liens-là et de pouvoir engager un travail qui dure dans le temps. Et ce travail se fait bien sous l'égide du Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance. Et en l'absence de contrat local de santé mentale sur notre territoire, on a décidé d'engager une réponse au niveau du Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance en créant une commission spécifique pour étudier les cas complexes, pour coordonner nos interventions. Autour de la table, lors de ces commissions, il y a notamment la gendarmerie, les services de sécurité, la police municipale. On a aussi des acteurs médicaux, des acteurs médico-sociaux. Et en fin de table ronde, l'idée, c'est d'inviter la personne concernée parce que l'idée, c'est de proposer un plan d'action à cette personne. Et si la personne concernée n'est pas conviée, ça n'a aucun intérêt. L'idée, c'est de montrer qu'on construit une réponse ensemble dans l'intérêt de la personne.
- Elizabeth Johnston
Je voulais vous entendre tous les deux sur la question des réticences que notre secteur des politiques locales de sécurité a pu avoir à traiter des questions de santé mentale, notamment par peur de stigmatiser et peut-être... par méconnaissance aussi du sujet.
- David Mourgues
Pendant longtemps, la santé mentale a été, et elle continue parfois d'ailleurs, d'être encore extrêmement stigmatisée. Deuxièmement, la méconnaissance des acteurs. Puis le troisième niveau, c'est que les approches et donc les champs de compétences, les territoires de compétences en fait pour les collectivités étaient très séparés entre la santé et la sécurité.
- Elizabeth Johnston
Mathias, comment vous pensez que votre ville a dépassé ces réticences ?
- Mathias Delhomme
Je pense que c'est un travail de longue haleine déjà. pour la ville, parce qu'il faut fédérer les acteurs autour de cette idée-là qu'il faut sortir notre silo. Parce que très concrètement, ça rejoint un peu ce que David a dit, mais avant, et c'est encore un peu le cas aujourd'hui, mais quand même on a bien progressé, c'était le judiciaire renvoyé vers le soin, le soin renvoyé vers le médico-social, et ainsi de suite, ou dans l'autre sens. Et aujourd'hui, le fait qu'on se connaisse, qu'on ait pris une habitude de travail ensemble... On se permet d'agir sur les situations collectivement de manière très pragmatique, en se téléphonant, en allant sur le terrain, en tenant des réunions ou des commissions. Et c'est vraiment cet aspect concret, je pense, qui fait avancer les choses. L'idée de voir qu'on a réussi à débloquer des situations collectivement, on a vu que l'ensemble de la société, l'ensemble du partenariat était gagnant à faire ça. Et le fait d'avoir cette petite réussite, de célébrer aussi ces réussites entre nous et aussi en ligne de compte pour l'usager, bien évidemment, c'est de se dire que la réussite, même si des fois... chacun dans nos missions, ça prend un peu plus de temps, ça demande un peu plus d'engagement des acteurs de terrain, mais ça veut dire quand même qu'on a des réussites au final pour reprendre des parcours de soins, des parcours d'insertion pour ces publics-là, et pour nous, le gain, il est là. Et si on arrive à prouver qu'il y a un gain, malgré le temps accordé, malgré des fois des petites contraintes hiérarchiques, je trouve que c'est là qu'on peut être gagnant et c'est ça qu'on doit faire évoluer, qu'on doit démontrer, c'est qu'il y a des réussites.
- Elizabeth Johnston
Mathias, peut-être... Pourriez-vous nous illustrer vos propos avec un exemple très concret ?
- Mathias Delhomme
Plus tard que la semaine dernière, suite à une interpellation d'usagers qui rencontraient des problèmes d'accès à son eau chaude, nous avons décidé de mener une co-intervention parce qu'il s'avérait que cette personne, aussi sur l'espace public, on a eu plusieurs remontées d'usagers, comme quoi c'était quelqu'un qui se parlait tout seul, qui avait du mal à se repérer, qui se sentait perdu. Du coup, nous avons décidé de mener une intervention conjointe avec un agent du CCS qui avait reçu la première demande. avec l'équipe mobile précarité psy, parce qu'il semblait que les premiers éléments qu'on avait laissaient penser à une pathologie sous-jacente, avec des membres de la police municipale et également de la médiation sociale. Et en fait, il s'avère qu'on s'est présenté au domicile de monsieur, et on a fait face à ce qui ressemble certainement à un syndrome de Dogen, le syndrome de Dogen étant une pathologie psychiatrique d'entassement. C'est-à-dire que dans l'appartement de 50 mètres carrés, il doit rester 3 mètres carrés pour vivre ou passer, ce qui est assez impressionnant quand on arrive sur ces situations-là. Ce qui permet tout à fait de mettre en avant la complémentarité entre un travailleur social, un policier municipal qui n'a potentiellement jamais vu cette situation, et une équipe de soins qui, elle, va tout de suite pouvoir poser un diagnostic. Cette intervention a été vraiment intéressante parce qu'on a pu reprendre attache avec le bailleur social, dans lequel monsieur a un logement, pour prévoir une intervention, un désentassement sans jeter les affaires parce qu'on reste sur une pathologie et tout désentassement est violent pour la personne. Du coup, on a réussi à construire une intervention pour réparer l'eau chaude, qui est la demande initiale, mais aussi mettre des mots sur la pathologie, accompagner Monsieur vers un parcours de soins et travailler son syndrome d'entassement avec lui.
- David Mourgues
Pour aller dans le même sens, sur ces approches, effectivement, où on pouvait former les agents, créer un réseau d'acteurs locaux, il fallait, à un moment donné, c'est dans les approches aujourd'hui en santé mentale les plus avancées, pouvoir trouver aussi une modalité pour intégrer la participation des usagers, c'est-à-dire des médiateurs santé-pères, des personnes, des pères, des pères aidants, deuxième niveau, et des médiateurs santé-pères qui, aujourd'hui, commencent à être... à être de plus en plus présents et intégrés dans des équipes, parfois de soins, mais aussi peuvent donner des avis sur des situations parce qu'on appelle ça le savoir expérientiel, c'est-à-dire ayant vécu ces situations, elles sont à même de mieux donner quelques clés aussi pour une meilleure prise en charge, un meilleur accompagnement. Et aujourd'hui, y compris le soin, on commence à intégrer ces approches-là et on sait que dans les années qui viennent, ces approches-là sont totalement soutenues par le ministère. la délégation ministérielle santé mentale et psychiatrie, et à juste titre, parce qu'elle donne d'excellents résultats au niveau national, au niveau français et international, on a déjà des retours d'expérience extrêmement positifs.
- Elizabeth Johnston
Vous avez évoqué tous les deux aussi le mal-être ou les difficultés que peuvent rencontrer les agents eux-mêmes. Donc là, on parle de la santé mentale, non pas des usagers citoyens de la ville, mais aussi des agents qui sont évidemment également citoyens de la ville. Est-ce que du coup... C'est la responsabilité employeur qui motive la ville à s'impliquer sur ces questions de santé mentale.
- Mathias Delhomme
C'est pour moi une responsabilité employeur d'accompagner ces agents. Mais encore une fois, par le dialogue, par l'échange de pratiques, pour moi la clé de la réussite, elle est notamment là. Même si je pense que l'aspect psychologique, je parle du côté professionnel, pour moi reste nécessaire. Un accompagnement psychologique des agents qui vivent de telles situations en récurrence ou assez souvent, pour moi il y a besoin de ce volet-là aujourd'hui. et je trouve que dans nos collectivités, on est un petit peu aussi en retard sur ces sujets-là.
- Elizabeth Johnston
David, de par votre expérience avec différentes collectivités et à différents niveaux d'échelon territorial, est-ce que vous êtes d'accord avec le fait qu'on a encore beaucoup à faire ?
- David Mourgues
Alors, effectivement, il y a beaucoup à faire à la fois du côté des agents, à la fois du côté des élus, parce que très souvent, on pense effectivement que l'agent, et c'est vrai parce qu'il va être confronté en première intention véritablement à ces situations, par exemple dans l'espace public, mais il faut... Il ne faut pas oublier aussi qu'il y a des communes, par exemple, où l'élu va être en première ligne véritablement. L'Association des maires de France, d'ailleurs, a fait une enquête vraiment en 2024 qui montrait effectivement cet impact auprès des élus. Donc, c'est à la fois les agents et les élus sur lesquels on doit faire ce travail-là, avec un travail de partenariat de réseau, on l'a dit, collaboratif, de co-construire en fait des réponses à l'échelle d'un territoire, mais aussi avec des formations. Et là, sur les formations, on a les formations notamment premier secours en santé mentale, qui sont des formations d'origine australienne extrêmement bien évaluées, qui donnent de très bons résultats, l'équivalent des premiers secours au plan somatique, mais version santé mentale. On aborde tous les troubles, dont les conduites addictives, et on voit que la plupart des agents pourraient être au contact des publics. pour être vraiment formés à ce niveau-là. Deuxième niveau de formation, les formations prévention du suicide, qui peuvent être extrêmement intéressantes. Et puis aussi des formations pour les élus sur les soins à la demande de représentants de l'État, c'est-à-dire les soins sans consentement. Beaucoup d'élus sont très en difficulté par rapport à ces procédures, avec un pouvoir qui leur paraît, je les cite, qui leur paraît démesuré. C'est-à-dire qu'effectivement, ces hospitalisations sont problématiques, les impacts. aussi, elle les questionne et donc qu'ils auraient besoin d'être beaucoup mieux accompagnés sur ces sujets-là. Donc, il reste beaucoup à faire et c'est vrai qu'en France, à partir du moment où on commence à avoir des polices municipales qui commencent à être formées au premier secours en santé mentale, on commence à avoir un réseau d'acteurs qui est bien intégré, un conseil local de santé mentale, par exemple avec des cellules cas complexes, où par exemple la gendarmerie peut être associée avec la police municipale, parfois la police nationale, parfois des liens aussi au sein des instances. C'est-à-dire à la fois les conseils locaux de sécurité et de prévention de la délinquance ou les conseils intercommunaux de sécurité et de prévention de la délinquance. On voit qu'à partir de là, commencent à se nouer des liens et des intérêts partagés puisque ça reste, comme je le disais précédemment, des situations complexes. Et donc une situation complexe, aujourd'hui tout le monde commence à être d'accord sur le fait qu'on est obligé de travailler ces sujets à plusieurs et il ne peut pas y avoir une réponse unique. On voit par exemple le Canada. La police de Montréal, avec cette approche où les agents, les policiers de la police de Montréal, viennent se former pendant plusieurs mois et viennent rencontrer tous les services, par exemple médico-sociaux ou sociaux qui travaillent au contact des publics, et ensuite proposent des binômes, des maraudes en binôme au cœur de la ville, dans l'espace public, entre police et acteurs du soin. Là, ce sont des approches vraiment qui seraient à développer en France.
- Elizabeth Johnston
Mathias, est-ce que vous auriez aussi en conclusion une ou deux recommandations pour inciter et encourager d'autres collectivités à s'emparer du sujet ?
- Mathias Delhomme
Oui, tout à fait. Je rejoins tout à fait ce que David a dit. Je pense qu'il faut aussi oser, mais dans le sens oser, il faut aussi que les pouvoirs publics nous accompagnent. Je pense clairement qu'il faut qu'il y ait des villes, des territoires qui s'engagent pour être laboratoires. Pareil, les enjeux de sécurité, santé mentale sont très peu abordés en termes de projets d'action recherche ou des choses de ce type-là. Et je pense qu'il y a un vrai enjeu à aller chercher derrière ça. Et aujourd'hui, quand on voit les fonds qu'on peut obtenir ou autres qui sont liés au fonds interministériel de prévention de la délinquance ou de ce type-là, on a très peu de place pour ces enjeux-là. On est vraiment sur des enjeux de réponse directe, sur des enjeux de vidéoprotection, sur des enjeux d'armement de la police qui sont complémentaires au reste de l'action. Ce n'est pas la question, mais c'est de se dire qu'il faut que les pouvoirs publics nous donnent les moyens. Nous, à Lambal, on essaye d'expérimenter. L'idée, c'est aussi en expérimentant d'aller parler de nos expériences à d'autres collectivités, notamment du réseau Forum français de sécurité urbaine ou au niveau du réseau européen. Mais vraiment, moi, si j'avais un mot à dire, c'est osons, expérimentons et échangeons autour de ces pratiques.
- David Mourgues
Je rejoins ce que disait Mathias. Vraiment, je suis tout à fait d'accord. C'est-à-dire qu'il va y avoir un impact aussi sur la stabilité des équipes, à la fois sur le niveau et la qualité des réponses. qui vont être fournies et de prise en charge, et des fois d'un parcours, par exemple, de soins pour la personne. Donc avec des bénéfices pour la personne, son entourage, la société, les coûts humains et financiers aussi, qui vont être beaucoup plus modérés, qui vont être impactés. Donc là aussi, tout ça est évalué, même aujourd'hui en santé publique. On commence à avoir des expérimentations. Il y a tout intérêt pour des territoires ou des collectivités aujourd'hui à se lancer, en étant parfois aussi avec un soutien ou un accompagnement. Par exemple, ça peut être le... le Forum européen ou le Forum français à la sécurité urbaine, par exemple, pour un accompagnement vraiment sur ces expérimentations. Mais on voit qu'effectivement, il y a tout intérêt à le proposer au regard, là encore, de la complexité des situations qui montrent que tous les sujets s'imbriquent.
- Elizabeth Johnston
Merci beaucoup. Vous avez aussi tous les deux insisté sur l'importance de la formation comme un des éléments de la coordination, de la formation tant pour améliorer la qualité du service rendu au public, mais aussi pour assurer. et améliorer le bien-être aussi des acteurs de terrain. Je voulais vous remercier chaleureusement, Mathias et David, pour ce partage très concret d'expérience sur un sujet essentiel qui a été soutenu par l'Union européenne à travers le programme Erasmus+. Merci beaucoup, Mathias.
- Mathias Delhomme
Merci à vous.
- Elizabeth Johnston
Et merci, David.
- Mathias Delhomme
Merci beaucoup.
- Elizabeth Johnston
À très bientôt pour un prochain épisode du podcast de l'Efus.