- Speaker #0
Bonjour à toutes, bonjour à tous et bienvenue sur le podcast des femmes du fil rouge. Aujourd'hui, j'ai le plaisir d'accueillir deux invités Virginie Monnier-Mang, directrice déléguée d'Enedis de la région Languedoc-Récyon et Olivier Giorgiucci, dirigeant chez Eiffage et acteur majeur des travaux publics en Occitanie et également président de l'IFTT, l'institut de formation des travaux publics. Deux parcours, deux secteurs, Une même question aujourd'hui, comment mettre l'égalité en action ? Bonjour à tous les deux et merci beaucoup de votre présence. Bonjour.
- Speaker #1
Bonjour et merci.
- Speaker #0
Alors, je vous ai présenté en quelques mots, mais je vous propose à chacun de vous, pour compléter peut-être, de nous dire un petit peu qui vous êtes et finalement, quelles sont vos missions aujourd'hui ?
- Speaker #2
Je suis Virginie Monnier-Mang, je suis émédice depuis juin 2023 en langue de cour. Consignons. Auparavant, j'ai travaillé dans le domaine de l'énergie en France, à l'étranger, dans des contextes très différents. Et là, sur ce poste-là, j'ai en charge le management opérationnel de notre unité en Languedoc-Consignons. Donc, c'est les quatre départements Pyrénées orientales, Aude, Hérault et Gare. Nous sommes environ 1 500 salariés. et nous exploitons le réseau de distribution d'électricité. Notre gros enjeu actuellement, c'est de faire face à deux choses. Le premier, c'est accompagner la décarbonation de notre société et l'électrification pour répondre aux changements climatiques. Donc, en gros, raccorder du photovoltaïque, de la mobilité électrique et favoriser les usages de l'électricité pour quitter le pétrole. Et puis, notre deuxième enjeu, C'est de faire en sorte que le réseau d'électricité soit résilient face aux changements climatiques, parce que nous avons énormément d'aléas. Cet été, dans l'Aude, on a eu un incident majeur avec l'incendie de début août. Et pour nous, c'est des très gros impacts sur notre réseau. Par exemple, pour cet incendie-là, tout a été entièrement détruit. Et donc, on doit adapter notre réseau à tous ces aléas climatiques, que ce soit la canicule. les inondations, le vent, les incendies. Et donc, on a énormément d'investissements à faire sur notre réseau. Donc, on a besoin d'avoir des compétences, des jeunes, des moins jeunes, des hommes, des femmes, qui viennent nous rejoindre pour réussir cet enjeu de la transition énergétique. Voilà.
- Speaker #0
Merci Virginie.
- Speaker #1
Parfait. Je poursuis. Olivier Jean-Jussi, directeur chez FH depuis... Alors... Pas directeur depuis 1996, puisque c'est la date de ma rentrée chez Fage. J'étais chef d'agence précédemment sur Nîmes. Et depuis maintenant, ça doit faire 12 ou 13 ans que je suis directeur pour l'établissement qui couvre la moitié de la région au Languedoc-Roussillon, la moitié Est. Depuis 2014, président régional de la Fédération des Travaux Publics. Donc, sur l'ensemble... Au début 2014, c'était les anciennes régions, j'étais président Languedoc-Roussillon, mais je suis par la suite devenu président Occitanie. Et également, vous l'avez souligné, depuis 2020, président de l'IFTP, l'Institut de formation des travaux publics, qui forme cette année un peu moins de 700 jeunes par alternance. pour nos entreprises, nos travaux publics.
- Speaker #0
Très bien, merci à tous les deux pour cette présentation. Virginie, dans votre quotidien de dirigeante, qu'est-ce que ça veut dire concrètement l'égalité professionnelle ?
- Speaker #2
Alors, c'est beaucoup de choses en fait. L'égalité professionnelle, c'est déjà avoir un comité de direction où il y a de la mixité, de la diversité, parce que c'est aussi ça qui permet d'impulser les choses et puis d'être exemplaire et aussi de faire en sorte que... les femmes notamment, et accès aussi à des postes de direction. Et puis après, bien sûr, c'est à tous les niveaux de l'entreprise et surtout dans tous les domaines, parce que nous, on est une entreprise très technique, une entreprise industrielle, et donc on pourrait imaginer que finalement, les emplois occupés par des femmes ne sont que des emplois tertiaires et puis que les hommes seraient sur les métiers techniques. Donc en fait, on essaie très fortement de recruter des jeunes femmes, mais aussi des moins jeunes, pour venir rejoindre nos métiers techniques, que ce soit à des niveaux de techniciens ou d'ingénieurs. Et donc, on a tout un dispositif qu'on a mis en place pour développer cette mixité. Donc, le premier, c'est un réseau qui s'appelle Énergie Mixité. et qui permet à l'intérieur de l'entreprise d'animer, d'accompagner, de mentorer les jeunes femmes dans nos métiers. Et puis, par ailleurs, on a un autre dispositif et on travaille notamment avec Olivier là-dessus aussi, ça s'appelle l'école des réseaux et en fait, c'est de former des jeunes pour les métiers de l'électricité, alors pour nos besoins en édice, mais aussi pour les besoins de tous les partenaires avec lesquels on travaille. Et là... On essaie aussi d'aller chercher des jeunes filles pour rentrer dans ces formations, que ce soit des bacs pro ou des BTS dans le domaine de l'électricité ou de la gestion des chantiers. C'est ça déjà pour nous, on va dire, travailler à l'égalité professionnelle. Et puis, je pourrais détailler encore si vous avez d'autres questions, mais je laisse la parole à Olivier aussi.
- Speaker #0
Du coup, effectivement, Olivier, vous, dans votre… Qu'est-ce que ça veut dire concrètement l'égalité professionnelle ?
- Speaker #1
Je vais paraphraser ce que vient de dire Virginie. Clairement, il y a deux étapes. La première, c'est montrer l'exemple. L'exemplarité est importante et donc il nous faut avoir un comité de direction qui soit multigenre, on va dire ça comme ça. Et clairement, c'est le cas dans mon établissement et j'y tiens beaucoup. Ça doit partir par l'exemple si on veut arriver à faire changer les mentalités. Aujourd'hui, j'ai un comité de direction qui est mixte à égalité, donc ça, ça me va bien. Derrière, nous, nous faisons tout notre possible pour avoir des femmes qui prennent des postes de direction. Alors, je ne parle pas de la direction de l'entreprise parce que là, pour le coup, j'allais prouver, c'est le cas, mais en direction opérationnelle, donc clairement sur de la production. Et là, on a un peu plus de difficultés. On y arrive. pour ce qui concerne des conductrices de travaux, donc des cadres qui gèrent plusieurs chantiers. Par contre, pour le niveau en dessous, donc je parle de chef de chantier, je parle de conducteur d'engin, je parle d'ouvrier, là, on se heurte à, j'allais dire, un plafond de verre qui n'est pas lié à un manque de volonté de la part de l'entreprise ou un manque d'envie de les faire rentrer, mais clairement à une interdiction de la part de ces jeunes filles de s'orienter. vers nos métiers. Et donc, Virginie en a parlé de ce qu'on a fait avec l'école de réseau, mais ce n'est pas que là, on le fait pour l'ensemble des formations de l'IFTP. Donc, on ouvre le plus possible à des jeunes femmes et on va, une fois qu'on en a deux, trois qui sortent de se diplômer de leurs différentes classes, on les amène dans les écoles pour qu'elles, j'allais dire qu'elles prêchent la bonne parole, en tout cas qu'elles montrent l'exemple. pour des jeunes filles qui pourraient nous rejoindre dans la vie.
- Speaker #0
Des témoignages qui sont précieux pour inspirer d'autres et donner envie de se lancer aussi dans cette activité-là.
- Speaker #1
Absolument.
- Speaker #2
Et si je peux peut-être compléter, effectivement, je pense qu'aujourd'hui, notre gros sujet, c'est comment on vient déconstruire les représentations de gens dans les recrutements pour ces métiers techniques. En fait, on fait tout un travail pour aller dans les collèges, pour expliquer que les métiers techniques sont aussi ouverts aux jeunes filles. On le fait aussi, bien sûr, au lycée, mais on se rend compte que c'est dès entre la cinquième et la troisième qu'on se détermine sur son avenir. On travaille avec les professeurs, on travaille avec les parents et on travaille avec les jeunes. les actions qu'on mène avec Olivier pour déconstruire les représentations qu'on a de vers quel métier on peut aller parce qu'on est entre guillemets un garçon ou une fille. Donc ça c'est très important parce que comme l'a dit Olivier, je pense que nos entreprises elles ont la volonté de recruter des jeunes filles mais on fait face quelque part à ces représentations que la société véhicule. et qui fait que quand on est une jeune femme, on s'interdit d'aller dans ces métiers-là.
- Speaker #0
Tout à fait. Virginie, vous évoluez dans un environnement, on l'a dit, qui est encore très masculin. Quel est pour vous le plus grand frein ? mais aussi le plus grand levier ?
- Speaker #2
Le plus grand frein, c'est peut-être de devoir sans cesse prouver qu'on est à sa place. Et je pense qu'on est beaucoup de femmes à avoir eu parfois le syndrome de l'imposteur. Et ça, c'est quelque chose qu'il faut vraiment dépasser. Donc ça, je dirais que c'est le plus grand frein. Et en même temps, le plus grand levier, c'est aussi de pouvoir apporter un regard différent, une autre façon de voir la vie en entreprise et même d'amener peut-être un regard qui est complémentaire et qui vient nourrir un collectif.
- Speaker #0
Virginie, vous auriez pu venir seule à ce micro. Pourtant, vous avez choisi d'inviter Olivier à partager ce moment avec vous. Pourquoi ? Pourquoi lui ?
- Speaker #2
Pourquoi Olivier ? Pour plusieurs raisons. Déjà parce que ça me paraissait important de montrer que l'égalité homme-femme, ce n'est pas un sujet de femmes, c'est un sujet d'hommes et de femmes, puisque l'égalité, on la partage et soit on veut la mettre en place collectivement, mais s'il n'y a que les femmes qui veulent l'égalité, ça ne marche pas. La deuxième, c'est qu'Olivier, à titre personnel, je sais, est très engagé sur ces sujets-là et donc je voulais partager ça avec quelqu'un. quelqu'un qui est engagé tous les jours sur le terrain autour de ces questions-là. Et puis la troisième chose, c'est que le métier dans lequel évolue Olivier, les travaux publics, c'est comme l'électricité, les métiers des réseaux, c'est des métiers très masculins. On partage vraiment tous les deux ces sujets-là, parce que dans nos métiers, on fait face aux mêmes particularités, aux mêmes difficultés, aux mêmes problèmes de représentation. Parce que les travaux publics, c'est un métier pour les hommes. Et donc, comme on partage ensemble, cette volonté de féminiser nos métiers, ça me paraissait bien de pouvoir en parler ensemble.
- Speaker #0
Parfait. Olivier, justement, on le dit, vous travaillez dans un secteur qui est peu féminisé. Pourquoi finalement c'est important pour vous, en tant qu'homme, et en plus aux fonctions que vous exercez, de prendre justement la parole sur ce sujet ?
- Speaker #1
C'est important parce qu'aux fonctions que j'exerce, je vais dire, il faut être convaincu, je le suis. il n'y a pas de doute, mais il faut être convaincant et la meilleure façon d'être convaincant c'est de montrer l'exemple donc encore une fois, j'ai insisté j'ai voulu avoir un codire qui soit absolument paritaire, c'est le cas maintenant j'arrive pendant ma langue depuis maintenant quelques années à faire changer les mentalités en interne et on se rend compte que sur des sujets de réunion de chantier j'ai dit c'est de quoi je parle ou parfois quand des hommes Merci. honte à s'expliquer tout de suite. Il y a l'ego qui prend le dessus sur la réalité des choses. Quand une femme vient au milieu, elle apporte un regard totalement différent et calme généralement certaines ardeurs. Et ça remet, je veux dire, l'église au milieu du village, en tout cas, ça remet le sujet clairement en avant et non pas une question j'ai gagné, pas toi. Donc c'est plutôt intéressant. On y arrive donc encore une fois sur des sujets qui sont conductrices de barreaux, donc des cadres de chantier. J'ai encore, une fois j'insiste là-dessus, sur ce plafond de verre pour des métiers de production. Et j'avoue ne pas comprendre, Virginie l'a dit, on est un métier dans les travaux publics, on est globalement sur la production, on est à 98% masculin, alors même qu'il y a d'autres métiers, type l'aide à la personne, type le milieu hospitalier où on a... j'allais dire 98% de femmes. Donc, qu'est-ce qui fait que les femmes s'interdisent de venir dans nos métiers, alors même qu'il n'y ait pas une question de force, on n'est pas en train de parler de nécessité d'être fort pour réussir dans ce métier. On peut très bien conduire des engins qui sont aujourd'hui des engins à la pointe de la technologie. On peut, y compris, faire des travaux manuels sur nos chantiers. en étant mécanisé au maximum et sans même forcer le moins du monde. Donc c'est dans la tête, il faut changer cette mentalité de s'interdire, de vouloir venir vers nos métiers. Et clairement, on met nos jeunes femmes en exergue. Dans toutes mes assemblées que je fais, je mets en avant des jeunes qui sont dans nos écoles ou qui en sortent et qui ont grandi en interne. Et je mets en avant évidemment les femmes qui réussissent. Parce qu'il n'y a que comme ça qu'on pourra changer de mentalité.
- Speaker #0
Qu'est-ce que vous avez appris le plus au contact de femmes dirigeantes ou de collaboratrices ? Qu'est-ce qui vous a le plus marqué ?
- Speaker #1
Une approche, encore une fois, pragmatique, qui prend du recul sur la décision à prendre. et non pas une réaction masculine plus épidermique, on va dire ça comme ça.
- Speaker #0
Virginie, qu'est-ce qui vous a surpris positivement dans l'engagement des hommes autour de vous sur ce sujet-là ?
- Speaker #2
Eh bien, c'est aussi l'engagement des hommes pour l'égalité. En fait, je pense qu'en tous les cas, moi, dans mon quotidien, je suis dans un comité. de direction où on est moitié homme, moitié femme, les partenaires avec lesquels je travaille, type Olivier, etc., en fait, sont aussi engagés que moi pour cette question de la mixité, et ça déconstruit aussi des représentations. C'est pas non plus entre guillemets très manichéen, avec des femmes qui voudraient et des hommes qui ne veulent pas. En fait, c'est plus compliqué que ça, c'est-à-dire que Merci. Il y a une partie des hommes et des femmes qui sont convaincus que la mixité, c'est déjà un levier important de performance pour une entreprise, et puis qui sont convaincus que tout est accessible pour un homme ou une femme. Et puis, on a des gens qui, entre guillemets, ont des croyances limitantes, que ce soit des hommes ou des femmes, parce que c'est ce qu'a dit Olivier, dans nos métiers techniques, nous, on n'arrive pas à faire venir de femmes. Mais il y a d'autres métiers qui aimeraient certainement qu'il y ait un peu plus d'hommes qui aient des vocations. Donc oui, c'est ça aussi qui m'a intéressée ou interpellée. C'est que je pense qu'on partage en fait les mêmes convictions. Et ce n'est pas justement une question d'être un homme ou une femme. C'est peut-être une union aussi de là où notre société doit aller, vers une société avec plus d'égalité et plus de mixité et de diversité.
- Speaker #0
J'ai une question commune. En un mot, quel est votre moteur ? pour continuer à agir pour l'égalité. Volonté. Volonté, Olivier ?
- Speaker #2
Moi, je dirais égalité.
- Speaker #0
Ce seront les mots de la fin. Merci beaucoup à tous les deux d'être passés sur le podcast des femmes du fil rouge. Merci pour cet échange, pour vos témoignages et pour les actions. que vous mettez en place au quotidien pour ouvrir sur ce sujet en faveur de l'égalité professionnelle. Je vous souhaite de passer une excellente journée et je vous dis à très bientôt.
- Speaker #2
Merci beaucoup, bonne journée.
- Speaker #0
Merci beaucoup, bonne journée. A bientôt, au revoir. Au revoir.