- Speaker #0
Le musée SESEM présente Electro-Origine, les pionniers de l'électro-française. Un podcast présenté par Jean-Yves Leloup. Bonjour Zanoff, bonjour Pierre Salkazanov, merci d'avoir accepté cet entretien. Green Ray, votre premier album est publié en 1976, ce qui est une année ou je dirais une période assez faste pour la musique électronique. que l'on disait à l'époque parfois planante ou cosmique, mais qui est une année aussi assez faste pour une musique électronique, certes toujours aussi planante, mais plus rythmée, puisque sortent en 76 et 77 des albums assez importants, ou en tout cas des disques assez emblématiques, Stratosphere en 76 de Tangerine Dream. Albedo 0.39 de Vangelis la même année et puis Oxygen de Jean-Michel Jarre toujours en 76. Et puis en 77, la musique électronique devient aussi beaucoup plus presque quasiment dancefloor avec I Feel Love de Giorgio Moroder et Donna Summer qui est un peu un étalon de la musique électronique actuelle dancefloor. Et puis des morceaux comme Supernature de Ceron ou Magic Fly de Space. Et donc 76, votre premier album Green Ray. Vous faites donc partie des pionniers français de la musique électronique, parfois un peu méconnue mais redécouverte récemment des jeunes générations. Et vous avez donc débuté cette musique électronique aux côtés d'autres figures qui parfois aussi sont gagne ou mériteraient d'être mieux redécouverts par les jeunes générations, qu'ils soient les auditeurs ou mes collègues journalistes. Parfois des figures plus ou moins oubliées comme Didier Boquet, Patrick Vian, Ose, Yves Ravion. ou Heldon, qui est un peu plus connu, le groupe de Richard Pinas. Mais revenons, Pierre, en 1976. Comment est-ce qu'on appelait cette musique, on disait planante, cosmique, électronique, tout simplement ?
- Speaker #1
Moi, mon premier album de Green Ray était appelé Cosmic Music.
- Speaker #0
Oui, et c'est un titre qui vous convenait ?
- Speaker #1
Cosmic, oui, ça m'allait, oui.
- Speaker #0
Il y avait un imaginaire du cosmos ou de la science-fiction pour beaucoup de groupes et de formations de l'époque du... du rock progressif ou de cette musique électronique. Est-ce que c'était le cas pour vous, cet imaginaire lié à la science-fiction ?
- Speaker #1
Ah oui, oui. Mon esprit est toujours tourné vers le futur. Je voudrais bien savoir ce qui va se passer dans mille ans, dans dix mille ans, dans cent mille ans. Et j'ai un peu un esprit aussi scientifique, donc je fais attention aux découvertes scientifiques, j'essaye de comprendre comment le monde va évoluer ou peut évoluer. Et même pas que le monde, l'univers. Et donc oui, ça me convient tout à fait.
- Speaker #0
Lorsque vous commencez à faire de la musique, vous travaillez déjà en parallèle en tant qu'ingénieur informatique ?
- Speaker #1
Oui, j'étais ingénieur informatique en recherche et développement. Je faisais la conception d'ordinateurs. J'ai choisi l'informatique parce que je voulais aussi contribuer à construire le futur. Mon esprit est toujours tourné comme ça et donc il doit y avoir des points communs à travers ça. Mais il n'y avait pas de relation directe entre ce que je faisais en informatique et ce que je faisais musicalement.
- Speaker #0
Et pour vous, la musique électronique, en tout cas à l'époque, elle incarnait une vision du futur et la musique du futur ?
- Speaker #1
Mais elle incarnait d'abord la liberté, le fait de ne pas avoir à être contraint à des structures musicales et d'avoir accès à un nombre quasi infini de sons et donc vraiment une richesse extrêmement importante de matières qu'on pouvait construire et qui nous permettait de composer. Alors effectivement, cette richesse était limitée par les moyens, les matériels, les synthétiseurs qu'on avait. Quand on en avait beaucoup, ça allait. Quand on n'en avait qu'un, comme moi, c'était plus compliqué. Je faisais la recherche et le développement, donc je suis assez innovateur. Je n'aimais pas être contraint par les règles musicales.
- Speaker #0
Justement, je crois savoir que vous aviez eu une éducation musicale classique au piano qui vous avait fait peut-être un peu souffrir, comme beaucoup de musiciens s'en plaignent parfois de cette éducation classique.
- Speaker #1
Ça a été complètement rébarbatif. Parce qu'il se trouve que ma mère avait un piano et avait une amie qui était prof de piano. Donc elle a voulu que tous ses enfants apprennent le piano. Mais donc on apprenait le piano à l'ancienne méthode. Et puis quand c'était bien, à la fin de la séance, on avait une tablette de chocolat. Et puis quand c'était mal, on avait un coup de règle sur les doigts. Donc dès que j'ai pu arrêter le piano, vers l'âge de 10-12 ans, j'ai arrêté le piano.
- Speaker #0
Donc vous êtes dirigé par la suite vers la guitare,
- Speaker #1
vers le rock ? Donc à 17 ans, j'ai eu un premier petit job de vacances. Et voilà, j'en ai profité pour utiliser mon argent. J'avais le choix entre une mobilette et une guitare, mais j'ai préféré la guitare.
- Speaker #0
D'accord. Et vous avez commencé à vous exprimer à travers le rock, à travers des groupes de rock ?
- Speaker #1
Oui, au début c'était assez instrumental parce que j'étais avec d'autres musiciens, on avait formé un groupe. Au début c'était assez orienté vers les Shadows. C'était assez instrumental en fait déjà, c'était pas tellement chanter. Après j'ai fait un peu de tout puisqu'on a joué dans des discothèques. un peu partout quoi. En 68 on jouait gratuitement dans les usines en grève en échange d'un petit sandwich et puis de 10 litres d'essence pour mettre dans la dauphine.
- Speaker #0
Donc la musique électronique que vous composez par la suite, au fond elle se reste une musique un peu post 68, c'est à dire qu'elle a un esprit révolutionnaire d'une certaine manière ?
- Speaker #1
Oui parce qu'en fait la révolution elle était entre la musique classique et puis la musique que je faisais avec ma guitare qui était plus moderne mais ça c'était pas suffisant c'était juste un pas pour moi. Après je me suis lassé de la guitare, je n'arrivais pas à faire les sons que je voulais, à structurer les choses comme je voulais. Je m'étais lassé de la guitare et j'avais fait une pause jusqu'au moment où j'ai découvert les synthés.
- Speaker #0
Parce que vous aviez des sons dans la tête que vous n'arriviez pas à traduire avec la guitare ? Et c'est multiples effets déjà ?
- Speaker #1
Le problème c'est que je n'avais pas beaucoup d'argent, donc des effets je n'en avais pas. Donc il y avait la guitare pure. Et c'est juste plus tard, j'ai fait un voyage en Angleterre pour perfectionner mon anglais. Et quand j'étais à Londres... Je me suis dit je vais aller voir quand même dans les boutiques de musique. J'avais pas pensé à y aller à Paris mais à Londres comme je savais pas, il fallait que je me promène. Et dans une boutique de musique j'ai rencontré un français qui s'intéressait aux synthés. Et là c'est là que j'ai découvert les synthés. C'est là que j'ai commencé à bidouiller dans la boutique. Et là j'ai dit c'est ça qu'il me faut.
- Speaker #0
Et alors avec quoi vous avez commencé à bidouiller dans cette boutique ? Vous vous souvenez ?
- Speaker #1
Oh je sais plus, ça devait être un Minimoog je pense. Le Minimoog, il va s'orienter pour ceux qui font du clavier. Moi, je voulais quelque chose d'orienté pour faire les sons. Donc, je n'ai pas acheté de Minimoog.
- Speaker #0
Oui, c'est ça qui est étonnant. Parfois, on peut penser que c'est tout à fait naturel pour un ancien pianiste, même qui a souffert de son éducation classique, de passer au synthétiseur avec un clavier. Et vous, non. Vous êtes passé tout de suite à des choses plus visionnaires. C'est ce qu'on appelle l'esprit peut-être West Coast, pour parler de certains inventeurs. notamment Donald Bouclac, qui avait inventé un synthétiseur, mais il ne voulait pas de clavier parce qu'il voulait vraiment trancher avec l'éducation classique. Et donc vous, votre premier vrai instrument électronique,
- Speaker #1
c'était un VCS3,
- Speaker #0
donc de EMS, qui était une compagnie anglaise de l'époque. Alors comment est-ce que vous présenteriez à la fois à des néophytes et puis aussi à des musiciens le synthétiseur VCS3, qui a été un des grands synthétiseurs de ces années 70, avec des groupes comme O'Quinn et puis aussi des gens comme Jean-Michel Jarre ?
- Speaker #1
Le VCS3 est un synthétiseur, c'est un des premiers synthétiseurs modulaires abordables, parce que les mougues étaient extrêmement chers. Donc c'est le premier synthétiseur modulaire abordable. Modulaire, ça veut dire que le son c'est une vibration de l'air, et en fait on construit cette vibration avec des modules électroniques. Et après, il suffit de rentrer le signal électrique dans un haut-parleur et ça fait le son. Donc, on a un certain nombre de modules qui permettent de construire le son. Donc, ils sont des oscillateurs pour générer le son, des filtres pour pouvoir couper un certain nombre de choses dans le son, des générateurs d'enveloppes pour donner une forme au son. Il y a plein de dispositifs qui s'appellent des modules. Et ces modules-là, ce qui est très important, intéressant, c'est qu'on peut les relier entre eux. de toutes les manières qu'on veut, un synthétiseur modulaire. Et ça permet de construire des sons extrêmement compliqués, et de modeler un petit peu les sons comme on le souhaite. Alors pas tout à fait, parce que les synthétiseurs ont des limites, et des fois il y a des modules qu'on voudrait qu'on n'a pas, ou des connexions qu'on voudrait qu'on n'a pas. Pour moi ce qui était important dans ce synthétiseur modulaire, c'est qu'un module, le signal électrique qui sort du module, peut être... contrôlés ou modifiés par des entrées qui sont d'autres signaux électriques qui viennent d'autres modules du même synthétiseur. Et donc comme ça on peut construire tout un réseau de modules qui sont connectés les uns aux autres de façon plus comme on veut, en général si on n'avait pas de limite du haut matériel, et ça permet de construire les sons.
- Speaker #0
Et je crois savoir aussi que votre premier album Green Ray a été entièrement composé avec cet instrument ? Oui,
- Speaker #1
j'ai composé le premier album Green Ray uniquement avec un AVCS 3 et un magnétophone 4 pistes.
- Speaker #0
On écoute justement un extrait de cet album. Musique Vous êtes auteur, à cette époque, de trois albums, donc Green Ray 76, Moebius 256, 301, 77... et In Course of Time. Est-ce que peu à peu, votre instrumentarium s'est enrichi ?
- Speaker #1
Oui, après Green Ray, mon producteur m'a avancé de l'argent pour que je puisse acheter un autre synthétiseur. C'était un RP2600 avec un séquenceur ARP.
- Speaker #0
ARP2600, oui.
- Speaker #1
Au début 77.
- Speaker #0
Et qui reste un synthétiseur aussi onulaire, sans clavier ?
- Speaker #1
Si, il y avait un clavier. Mais la particularité d'un clavier sur un synthétiseur... C'est qu'on peut l'utiliser comme clavier. Ça dépend comment on le connecte. Un clavier, c'est un organe de contrôle qui contrôle des modules. Et donc, sur ces synthés là, on peut utiliser le clavier, pas comme clavier, mais pour aller contrôler la nature d'un son, des choses comme ça.
- Speaker #0
Un filtre, une enveloppe.
- Speaker #1
Voilà, donc un clavier, c'est un usage de potentiomètre ou qu'un switch. Mais on peut l'utiliser aussi comme clavier. En plus, il y a aussi des mélodies. Ce n'est pas que purement des sons comme ça dans mes albums. Le clavier est utilisé des fois pour piloter la fréquence des oscillateurs, c'est ça qui permet de l'utiliser comme clavier, mais utilisé aussi pour bien d'autres choses.
- Speaker #0
Vous vous équipez d'un ARP 2600 et je crois aussi d'un Korg PS...
- Speaker #1
Ça c'était plus tard, l'ARP 2600. Après mon concert au Planetarium, je ne me rappelle plus, vous avez été en juin 1977, j'ai découvert dans une boutique un nouveau synthé, c'est un synthétiseur harmonique RMI. que j'ai voulu absolument, donc je me suis encore endetté pour compléter ma palette. Il avait la particularité de faire de la synthèse additive. C'est-à-dire que dans les autres synthétiseurs, on a des modules qui font certains sons, mais après on a d'autres modules qui découpent le son, qui le restreignent, donc c'est de la synthèse soustractive, on l'appelle. Le synthétiseur harmonique RMI fait de la synthèse additive. Donc on a tous les harmoniques du son, le 1, le 2, le 3, donc ce qu'on appelle un harmonique, c'est la fondamentale, et puis l'harmonique 2. c'est le double de fréquence, l'harmonique 3, c'est le triple. Donc ça, c'est un synthétiseur qui permettait de faire des sons beaucoup plus sophistiqués, beaucoup plus étranges, parce qu'il faisait de la synthèse additive. C'est principalement avec ça que j'ai continué à faire mes concerts après.
- Speaker #0
Pour les jeunes musiciens qui nous écoutent, il faut dire que les vrais synthétiseurs, disons, à des prix vraiment abordables, ils n'arrivent que surtout au début des années 80. Dans les années 70, certes, vous parliez tout à l'heure du VCS3 qui commençait par être abordable pour un musicien, mais ce sont des instruments qui coûtent encore assez cher et pour lesquels on s'endette vraiment. Pour un jeune musicien, c'est votre salaire d'ingénieur qui passait là-dedans ?
- Speaker #1
Voilà, ou des crédits sur mon salaire futur, futur salaire d'ingénieur.
- Speaker #0
Et les avances du producteur. Et alors ces instruments, vous les avez toujours ?
- Speaker #1
Non, parce qu'après quand j'ai arrêté, ils commençaient à se détériorer un peu. Il y a des trucs qui commençaient à ne plus marcher et tout, puis quand j'ai vraiment arrêté la musique, je l'ai... Je n'y touchais plus, je ne faisais la musique que dans ma tête, parce que je voulais, on en reparlera après, mais je ne voulais pas faire de la musique de manière homéopathique, comme ça, un quart d'heure ou même une heure par jour, ça ne se pouvait pas. Et donc je m'en suis, voilà, je les ai revendus, je n'aurais pas dû, parce que si je les avais revendus aujourd'hui, j'aurais revendu 50 fois plus cher que ce que je les ai revendus, parce que maintenant c'est du vintage, ça vaut une petite fortune.
- Speaker #0
Oui, mais ce qu'on retrouve dans beaucoup de paroles de musiciens de cette génération, c'est qu'au fond, Ils étaient aussi passionnés par l'innovation, l'avancée, et donc ils n'étaient pas là pour conserver des instruments vintage, ils étaient dans une course au futur, à l'innovation, et peut-être parfois racheter du nouveau matériel pour continuer à évoluer avec son temps.
- Speaker #1
Au début des années 80, quand les synthétiseurs se sont démocratisés, ça a été avec une évolution qui ne me convenait pas. Parce que pour eux, les synthétiseurs se sont démocratisés, parce que tous ceux qui faisaient du clavier, se sont mis à vouloir faire du clavier sur des synthétiseurs. Donc les synthétiseurs numériques, le premier Yamaha, X7 et autres, ont été conçus pour, en fait, il y avait des précèdes, donc on choisit son son et puis on joue au clavier. Après, on peut faire, et certes, le modifier un petit peu, mais il n'y a pas beaucoup de facilité de le modifier, et puis on ne peut pas connecter les modules entre eux, comme on veut, ils sont pré-connectés à l'intérieur du synthétiseur.
- Speaker #0
Donc c'est un retour au classicisme, à l'imitation. Voilà,
- Speaker #1
donc c'est des grosses, grosses limitations.
- Speaker #0
Ou imitations aussi des instruments existants.
- Speaker #1
Oui, donc on pouvait faire certes des sons qu'on ne peut faire avec aucun instrument, mais une fois qu'on avait programmé son son, il faut le jouer au clavier. Et moi, ce n'est pas mon approche.
- Speaker #0
Finalement pour vous, mais vous n'êtes pas le seul à le dire, les années 80 incarnent une forme de retour un peu classique et puis une approche plus pop aussi de la musique électronique puisqu'elle va triompher effectivement dans les hits parades au début des années 80 avec la new wave, la synth-pop, mais d'une manière moins futuriste que peut-être ce que vous faisiez dans les années 70. On écoute justement un extrait de votre troisième album, In Course of Time, publié en 82, mais composé à la fin des années 70. Musique de générique Sous-tit Sous-titrage Société Nous sommes de retour avec Zanoff pour ce podcast. Zanoff donc un musicien qui débute sa carrière. Avec un premier album dans les années 70, en 76, et qui met fin de manière temporaire à sa carrière au cours d'une longue période pour reprendre, pour revenir en 2014 avec Virtual Future et suivi en 2016 par Open Worlds avec donc deux nouveaux albums. Pendant ce temps-là, la musique électronique a beaucoup évolué. Quel a été le déclic pour revenir à la production Zanoff ?
- Speaker #1
Moi, quand j'ai décidé d'arrêter la musique, c'est parce que je n'avais pas le temps de tout faire. J'avais mon métier d'ingénieur le jour. Quand je faisais de la musique, c'était principalement la nuit, donc je ne dormais plus beaucoup. Donc au bout de quelques années, c'est un peu dur, je dirais. Et en plus, du côté informatique, j'avais des responsabilités grandissantes. Donc j'avais des équipes à manager de quelques dizaines de personnes. J'avais des nouveaux projets extrêmement importants qui commençaient. Donc il fallait que je m'investisse encore plus. Et je ne voulais pas arrêter mon métier d'ingénieur. De toute façon, je n'aurais pas pu parce qu'il fallait que je paye les synthés que j'avais achetées à crédit. et la musique ne me rapportait pas grand chose donc plutôt que de faire de la musique de manière homéopathique j'ai décidé d'arrêter et quand j'ai arrêté je me suis dit je reprendrai quand j'aurai vraiment le temps d'en faire ça voulait dire quand j'arriverai à la retraite ce qui est arrivé en début 2014 alors ce qui s'est passé c'est qu'entre temps dans les débuts des années 80 après In Course of Time j'avais continué à composer et donc ce que j'ai fait en 2014 c'est que j'ai repris les bandes musicales de ce qui s'appelait Nous reprenons notre avenir. Et je les ai numérisés. Je me suis rééquipé avec des synthétiseurs. D'abord, c'est un synthétiseur Arturia origine. Donc, il y a aussi un synthétiseur, c'est un synthétiseur numérique, mais qui fait comme si c'était un synthétiseur modulaire. Sauf que les modules, au lieu d'être physiques, ils sont sur un petit cadran vidéo. Et puis, on peut les connecter comme on veut. Fonctionnellement, c'est la même approche qu'un synthétiseur modulaire. Donc,
- Speaker #0
en fait, c'est une réaction.
- Speaker #1
C'est ça qui a donné Virtual Future. Donc Virtual Future, c'est un album où on peut dire que j'ai mis 30 ans à composer. Oui,
- Speaker #0
parce que ce sont des musiques du début des années 80 qui sont réinterprétées avec des machines plus récentes, mais qui est vraiment la continuation parfaite, effectivement, comme on l'entendra tout à l'heure, de ces premiers albums des 70's. Et puis Open Worlds, qui suit deux ans plus tard, a-t-il des différences notables ?
- Speaker #1
Oui, donc lui, je suis reparti de rien, bien sûr. Donc, simplement de la foule d'idées que j'avais en tête et que j'avais accumulées pendant une trentaine d'années. Donc, en plus de l'artu origine, j'ai acquis un deuxième synthétiseur qui s'appelle un Virus, TI. Les deux ne sont pas du tout la même approche, c'est un synthétiseur extrêmement, extrêmement puissant. Les sons que je veux faire, disons, sont un peu compliqués à faire. Et donc, avec ces deux synthétiseurs, j'ai composé Open World. Donc, Open World, pour moi, j'ai eu envie de faire des morceaux plus courts, parce qu'à l'époque, dans les synthétiseurs, on faisait des morceaux très longs. certains morceaux, vous avez 20 minutes, toute la phase d'un disque.
- Speaker #0
Mais c'est une musique qui conserve cet aspect très mélodique et un peu planant que vous aviez dès le début ?
- Speaker #1
Je vais expliquer un petit peu comment je vois la musique, parce que c'est ce qui m'a guidé à faire Open World. Moi, un morceau, c'était un peu comme, je dirais, une vie, une tranche de vie de quelqu'un. Donc, dans la vie, il y a des périodes stables, des périodes qui sont un peu plus chaotiques, il y a une évolution. Tout ça a des différentes échelles de temps, parce qu'il y a des événements qui peuvent durer dans une vie des années, il y a des événements qui peuvent durer cinq minutes, il y en a des événements qui ont un gros impact, d'autres qui ont un petit impact. Et donc, moi j'ai un peu construit la musique comme ça. C'est une tranche de vie avec des événements. Il n'y a pas de structure comme dans un morceau, même des fois il y a des thèmes mélodiques qui se répètent, mais il n'y a pas de structure avec un recouplet, un refrain. Pour moi, il y a trois aspects qui étaient importants dans la musique. Le premier, c'est l'aspect esthétique. Je fabrique moi-même mes sons. Sur mes synthés, il y a des presets, je ne les utilise pas. Je fabrique les sons que j'ai envie. Des fois, je pars d'un preset parce que c'est plus facile pour le modifier, mais je fais les sons que j'ai besoin au moment où j'en ai envie. Il y a l'aspect technique, parce que pour faire ces sons, comment je fais, qu'est-ce que je modifie ? Je connecte mon web-générateur avec quoi ? Qu'est-ce qu'elle est faite ? J'applique. Donc, il y a un aspect technique. Et puis, le troisième aspect, c'est l'aspect émotionnel, parce que la musique, c'est fait pour transmettre des émotions. Et donc, il faut que moi, au moment où je l'enregistre, que je ressente le truc. Et si je ne le sens pas, l'enregistrement, il va à la poubelle. Donc j'essaye de combiner ces trois aspects de la musique.
- Speaker #0
Merci Zanoff, c'est une parfaite conclusion à cette interview. On se quitte en écoutant un extrait du Open Worlds, votre dernier album publié en 2016. Et puis je précise aussi que les deux premiers albums, Moebius et Green Ray, viennent d'être réédités en vinyle. avec une très belle réédition chez Wawa Records qui est un label espagnol avec des textes des 45 tours et puis les CD aussi les trois premiers albums en CD ont essayé rééditer eux aussi sur un label Groove qui est un label néerlandais merci merci Pierre merci Zanoff