- Speaker #0
Le musée SACEM présente Electro-Origine, les pionniers de l'électro-française. Un podcast présenté par Jean-Yves Leloup.
- Speaker #1
Philippe Laurent, bonjour. Vous êtes un musicien électronique français qui débute sa carrière au début des années 80 dans le sillage de la dynamique. on va dire post-punk au sens où beaucoup de groupes, de formations, d'artistes ont émergé après le punk, sans pratiquer du punk rock, mais avec cet élan de la fin des années 70. Et puis vous commencez à travailler dans une dynamique proche de ce qu'on appelle à l'époque peut-être la new wave, la pop synthétique. Vos premiers albums et titres sortent d'abord sur format cassette, au sein d'un très riche réseau de labels, de distributeurs et de fanzines. qui dominent sur la scène indépendante des années 80, ou en tout cas qui sont très présents. Et vous abordez un virage plus contemporain et expérimental dans les années 90, qui connaît peu de succès, il faut l'avouer, avant d'être redécouvert par la nouvelle scène musicale électronique en 2011, grâce au label Minimal Wave. Et donc je crois savoir, Philippe, que vos premières productions datent toutefois de 1979 à l'âge de 18 ans. Alors quel a été le déclic à l'époque pour vous lancer dans la production et avec quels moyens ?
- Speaker #0
En fait, dans la mesure où aucune maison de disques importante à l'époque ne voulait signer des artistes comme moi, il fallait se débrouiller pour arriver à un résultat professionnel avec peu de matériel, peu de moyens. Aujourd'hui, on appelle ça des home studios, mais à l'époque, ça ne portait pas de nom. J'ai commencé à accumuler du matériel, un magnétophone, etc. Parce qu'en plus, j'attache beaucoup d'importance à la production elle-même, qui pour moi, fait partie de la création, au même titre que la composition. Donc c'est comme ça que j'ai commencé à enregistrer des morceaux. Et c'est vrai que c'est écoutable à partir de 1979. Avant, je considère que c'était encore... Assez peu maîtrisé, mais avec l'achat d'un magnétophone 4 pistes, ce qui était extraordinaire à l'époque, 4 pistes, j'ai pu commencer à arriver à quelque chose qui me satisfaisait. Je suis très perfectionniste, donc forcément à l'époque c'était compliqué avec un matériel un petit peu archaïque, mais bon, on y arrivait quand même.
- Speaker #1
Mais alors pourquoi est-ce qu'un post-adolescent, ou encore un jeune garçon à tour dans cette fin des années 70, décide de se lancer dans la musique, qu'elle influence, qu'est-ce qui l'a marqué, qu'est-ce qui le pousse à commencer à travailler, avec quel instrument ?
- Speaker #0
Avec des synthétiseurs. J'avais déjà une guitare, mais ce n'était pas l'instrument principal. L'inspiration, c'est difficile de déterminer ça. vécu de l'intérieur mais beaucoup beaucoup de musique classique impressionnée par la démarche de pierre henry pierre schaeffer la découverte des futuristes italiens luigi rusolo tout tout tout cet aspect théorique et puis bon craf vert enfin tous ces groupes qui sortait qui provoque une rupture avec la musique planante la décennie précédente qui avait un côté un peu affaissé assis, on avait envie de jouer un peu debout. Mais voilà, c'est ce tiraillement entre l'aspect théorique et la danse, le rythme qui m'a amené à essayer de trouver cette voie médiane. Rétrospectivement, j'ai l'impression d'avoir fait une musique savante déguisée en musique populaire, pour essayer de le définir par une image.
- Speaker #1
Quand on est un jeune en cette fin des années 70, début 80, un jeune musicien, comment est-ce qu'on s'informe ? Quels sont les réseaux, les radios, la presse ? Comment expliquer ça à de plus jeunes musiciens amateurs de musique électronique qui nous écoutent ?
- Speaker #0
C'était très compliqué puisqu'il n'y avait ni internet, ni les communications quand j'étais invité sur une compilation. Ça se faisait par courrier, il y avait des petits fanzines un peu partout en Europe, mais en France c'était compliqué parce que c'était très sectaire, les gens qui écoutaient du rock nous définissaient d'une façon assez prime sautière, on va dire. La définition principale des musiques électroniques à l'époque, c'était « c'est une musique de pédé » . Voilà les arguments qu'on nous donnait, qui montraient une grande tolérance d'esprit, aussi bien musicale que sociale, mais c'était assez difficile. donc tout se passait par... courrier. Il y a eu aussi le mail art qui mélangeait aussi à certains moments les arts plastiques et la musique que j'ai beaucoup pratiqué. Et donc, c'était complexe. C'est en apparaissant sur des premières compilations, celles qui avaient été éditées par Illusion Productions, un petit label de Caen, que des gens à l'étranger ont découvert ma musique puisqu'il y avait une petite distribution. Ça avançait vraiment par tout petites étapes en fait.
- Speaker #1
Cette scène cassette des années 80, elle est riche, elle est foisonnante, mais au fond, à combien d'exemplaires a été édité une compilation, un single ou un album ? Ça restait peut-être limité à l'époque.
- Speaker #0
Oui, il y avait très peu d'exemplaires. J'ai participé à des tirages où il y avait 100 cassettes. Enfin, ça dépassait rarement les 500 à mon avis, d'après ce que j'ai vu. J'avais participé aussi à des... production sur vinyle, mais c'était... Il y avait un intérêt principal pour moi, c'était l'éclectisme de ces productions. Il n'y avait pas le côté spécialisé des labels qui se sont professionnalisés ensuite, donc on pouvait très bien tomber sur quelque chose d'amusant comme Tose, du morceau qui pouvait s'approcher de la pop, sur les expériences bruitistes de Jean-Marc Vivenza, qui a été un des grands théoriciens de... du renouveau justement du futurisme à l'époque, dans les années 80 et 90, et tout ça était sur la même cassette. Donc c'était vraiment à chaque fois un plaisir de découvrir ça, puisque moi, quand je participais à une compilation, je ne savais pas quels étaient les autres participants. Donc je découvrais d'une part le plaisir d'entendre mon morceau sur une production, ça changeait de l'écouter seulement chez moi, avec quelques amis. Mais en plus, je découvrais vraiment les tendances les plus pointues de l'époque grâce à ces compilations.
- Speaker #1
Et tout ça se faisait dans un milieu, on va dire, non professionnel, au sens où vous ne gagnez pas d'argent ou très très peu avec ce circuit des cassettes ? Oui,
- Speaker #0
c'était assez partagé. Je crois que chacun a une approche individuelle de ce phénomène. Parce qu'à la fois, on avait envie de... comme moi de... de faire connaître ma musique et en même temps pas très envie de faire les concessions que nous auraient demandées les labels importants, les gros labels qui produisaient de la variété. Donc c'est vrai que c'était assez complexe. Moi j'avais une approche comme ça. Enfin, exigeant, mais pas élitiste. C'est-à-dire que j'avais envie qu'il y ait une diffusion plus importante. Et donc, ensuite, on a essayé de diffuser nos musiques sur les radios locales. Enfin, chaque fois qu'il y avait une opportunité pour faire connaître des musiques différentes, on sautait dessus, je pense. Les définitions elles-mêmes étaient floues. On parlait de New Wave, Cold Wave, Techno-Pop. On disait à l'époque, à la suite surtout de Grave Vert, qui avait popularisé l'expression Techno-Pop. Et donc, mais c'était assez agaçant parce que l'approche était sectaire de la plupart des médias et des gens du milieu musical en France, ça n'a pas beaucoup changé. Donc j'avais inventé moi une expression pour ma musique, parce qu'on me demandait est-ce que c'est du rock, au bout d'un moment c'était fatigant d'être rejeté partout, donc j'ai inventé l'expression hot-bip pour définir ma musique, on me demandait est-ce que tu fais du rock, non non, je fais du hot-bip. C'était une façon d'éviter de... C'est trop longue discussion polémique sur le sujet.
- Speaker #1
Est-ce que c'était vraiment difficile à l'époque de sortir des albums ou des singles en vinyle, en 45 tours, en 33 tours, ou d'approcher des labels indépendants plus puissants ou des majors ?
- Speaker #0
C'est-à-dire, j'ai approché, mais bon, il n'y a pas eu de suite. Non, j'étais rejeté, ça ne les intéressait pas. Il y avait le problème que c'était un peu inclassable, c'est ce qu'on me répondait souvent. Et puis, les labels indépendants, un tout petit peu plus importants, avaient quand même déjà une démarche un peu commerciale. Donc, ils étaient obligés, sans doute, de se spécialiser. Et donc, à partir du moment où on n'entre pas vraiment précisément dans une catégorie, on est facilement rejeté. J'étais marginal, mais en même temps, ça ne m'a pas gêné pour continuer à évoluer, à mélanger les genres. C'était suicidaire dès le départ, donc j'ai continué.
- Speaker #1
On écoute justement un de ses premiers... production du début des années 80.
- Speaker #0
Générique
- Speaker #1
Nous sommes de retour avec le musicien français électronique, Philippe Laurent. Alors, une des raisons pour lesquelles peut-être votre musique est restée un peu confidentielle dans les années 80, où elle n'a été redécouverte que plus tard, c'est peut-être que vous n'avez jamais fait le grand saut vers la pop ou la chanson avec quelque chose qui aurait été beaucoup plus séducteur, parce que de la pop synthétique française dans les années 80, ce qu'on appelait par exemple les jeunes gens modernes, on fait ce grand saut naturellement vers la pop puisqu'il... Ça en faisait partie, avec des chansons, des refrains, des refrains séducteurs. Mais vous, vous n'avez pas véritablement fait cet écart, en quelque sorte, ou cette concession vers la chanson et la pop ?
- Speaker #0
Je crois qu'en fait, c'est un peu involontaire. J'avais envie de faire de la musique de cette façon-là. C'était mon approche. Je trouvais ça plus intéressant que de me conformer à des règles. Mais il y a eu des choses très bien dans la pop que j'écoute encore aujourd'hui, notamment la pop anglaise. Effectivement qui était construite comme vous le dites avec couplé refrain. Moi j'essayais de bousculer un peu ça. J'espérais que ça puisse quand même être entendu mais c'est vrai que... Il y avait en plus une certaine fermeture d'esprit parisienne. C'est-à-dire qu'il y avait un peu ce côté prétentieux. C'est comme ça que je le voyais à l'époque et j'ai l'impression que c'était vrai puisque j'avais un bien meilleur accueil à Bruxelles ou à Barcelone. ou à Rome, et encore aujourd'hui qu'à Paris. Il y avait un petit milieu, bon, il fallait sortir dans les mêmes discothèques, fréquenter les mêmes gens, qui étaient certainement des gens très sympathiques, mais moi, je vivais en dehors de ça. Il y a aussi le fait que j'étais assez solitaire. Moi, ce qui me passionne, c'est de m'enfermer dans un studio et de travailler. Même les concerts, je les fais, ça me fait plaisir, mais ce n'est pas ce que je préfère. Je préfère vraiment la composition, la création des sons. Et là aussi, c'est assez complexe, dans la mesure où je peux passer des semaines sur un morceau terminé juste pour le mixer. Tous les samples que j'utilise sont des sons que j'ai fabriqués moi-même, contrairement à certains groupes récents qui font des succès avec juste les petits samples de Logix Studio.
- Speaker #1
Dans les années 80, malgré votre côté solitaire, est-ce que tout de même vous sentiez faire partie d'un courant ? Est-ce que vous partagiez des idées communes avec des musiciens que vous rencontriez à l'époque peut-être sur scène ? festivals, je ne sais pas. Est-ce qu'il y avait quand même cet échange, cette sensation de faire partie d'un courant commun avec d'autres groupes ou d'autres artistes ?
- Speaker #0
Oui, l'impression de faire partie d'un milieu indépendant, très indépendant. Je vais rencontrer beaucoup de gens à l'époque, ces groupes qui étaient sur les compilations ou qui avaient eu le déficit des années antérieures, qui étaient proches de quelque chose d'expérimental, difforme les gens de... C'était quand même Vian de Fraction Studio, M. Namizel, enfin, on se rencontrait quand même, mais c'était... Je pense que chacun éprouvait de l'intérêt pour la production de l'autre, mais il n'y avait pas de copie. Enfin, moi, j'ai jamais... Mon inspiration venait d'ailleurs, donc...
- Speaker #1
Le format cassette, à l'époque, est-ce que c'était une sorte de format par défaut, ou est-ce qu'il y avait un vrai attrait, ou presque un fétichisme comme aujourd'hui, pour le format de la cassette ?
- Speaker #0
Non, à l'époque, enfin, en ce qui me concerne, et je pense que c'est le cas de la plupart... par des musiciens de l'époque, c'était parce que c'était pratique, c'était beaucoup moins onéreux que de presser un vinyle, mais c'était aussi la possibilité de soi-même produire, faire des copies, les labels qui sortaient ces compilations, qui faisaient, comme on le disait tout à l'heure, de petits tirages, ça permettait d'exister d'une façon presque pirate, en dehors du système. Donc c'est toujours difficile de définir... Quelle est la part d'obligation et la part de choix ? Parce qu'on se retrouvait assez marginaux, parce que pour la plupart de notre nom, on ne voulait pas faire de concession musicale, mais en même temps, c'était aussi pour des raisons matérielles. La cassette, à l'époque, n'avait pas le même retentissement qu'un vinyle. La qualité était moindre. C'est amusant, d'ailleurs, parce qu'aujourd'hui, c'est presque une qualité d'avoir un son un peu plus sourd, ce qui fait le succès du vinyle par rapport au CD. Et c'est vrai que... Mais ça pouvait être décevant, parce que moi, j'apportais beaucoup de soin à la production. Je passais des heures, des jours à mixer le produit final, et ça sonnait beaucoup moins bien une fois que c'était sur cassette. Mais bon, c'était la seule solution, je pense, pour faire résister. J'exagère en disant ça, puisqu'on pouvait encore, à l'époque, obtenir, par exemple, une petite ligne dans les magazines de musique, comme Rock & Folk, ou... ou bestes. Enfin, on arrivait... Ma musique a été diffusée sur France Inter, par exemple, sur France 3 à l'époque. On arrivait quand même à se glisser un tout petit peu de temps en temps sur les médias plus importants.
- Speaker #1
Restons encore un peu dans les années 80, si vous le voulez bien, Philippe Laurent. Les années 80 sont marquées aussi par l'arrivée de synthétiseurs bon marché, ou en tout cas, disons, plus accessibles que par le passé pour les jeunes musiciens. Et quel était votre instrumentarium dans les années 80 ?
- Speaker #0
En fait, j'ai commencé avec les synthés les moins chers. J'ai d'abord eu un Synth-X, mais à l'époque de Mark Wilson, si je me souviens bien. Donc ça, c'est vraiment en deuxième moitié des années 70. Mais on ne pouvait pas brancher de séquenceur dessus. Enfin, c'était limité pour les expérimentations que je voulais tenter. Et ensuite, j'ai eu des synthétiseurs Korg semi-modulaires. Donc là, on pouvait commencer à expérimenter des MS-20, MS-10. Puis des synthétiseurs Roland qui avaient un son plus chaud. Ensuite, il y a eu la bassline, que j'utilisais aussi de façon très expérimentale. Ça me permettait de composer des séquences beaucoup plus longues, en fait. Et donc, oui, beaucoup de corg et de relents. C'était les synthés les moins chers de l'époque. Je n'ai pas pu tout de suite acquérir de synthé polyphonique. Mon premier synthé polyphonique, c'était un JX-3P. Je pense que les amateurs connaissent aujourd'hui ce synthé. Et avant, je faisais la polyphonie en utilisant plusieurs monophoniques couplés ou aussi avec un petit truc qui s'appelait Black... box qui permettait de transformer une note seule en accord. Donc c'était assez amusant, ça m'a permis d'expérimenter des suites d'accords mineurs parce que je ne pouvais pas transposer exactement comme je voulais. Donc je me servais des difficultés techniques pour essayer d'expérimenter puisque la composition elle-même me passionnait. C'est l'époque où je commençais à essayer de déchiffrer les partitions de Wagner, de Bartók, de Satie.
- Speaker #1
Mais est-ce que vous aviez eu une éducation musicale classique ?
- Speaker #0
Non, non, pas du tout. Justement, il a fallu que je travaille beaucoup pour atteindre un certain niveau technique. Ça m'a permis ensuite de faire des morceaux beaucoup plus complexes dans les années 90, des périodes dites néoclassiques, avec des morceaux en 5-4, en 7-8, en 9-8, enfin, des mesures composées. C'était assez intéressant, parce qu'avec les sons électroniques, par exemple... En utilisant le même type de son, ça crée une ambiance totalement différente. Travaillez en cinq temps au lieu de bosser en deux temps. Mais récemment, je suis revenu au deux temps. J'aime bien taper du pied. Sous-titrage Or nous, l'esprit, nous restons de fièrons fidèles.
- Speaker #1
Nous serons lumière.
- Speaker #0
Même sans espoir Un jour De gagner Notre combat
- Speaker #1
Plus beau que la victoire Musique
- Speaker #0
C'est prêt, nous restons, de fiers infidèles Nous serons, un seul, le sous la neige, le jour de la boue Et sans décembre, même sans espoir, Le jour de gagner notre combat,
- Speaker #1
Plus beau que la victoire. Nous sommes de retour avec Philippe Laurent. J'ai lu récemment un texte qui a été publié vers 2011-2012, un très beau texte que j'ai lu sur le site de Gonzay sur votre rapport aux instruments. Alors j'en cite un petit extrait. Pour que la tonalité soit stable, il fallait attendre que les synthétiseurs et les séquenceurs chauffent. Cette attente initiatique était la première épreuve. J'avais l'impression de me réchauffer à la douce chaleur des instruments. L'énergie électrique des appareils me gagnait. et la fusion de mon esprit avec les machines commençait à s'effectuer. Il ne s'agissait pas d'une molle méditation, mais, dans mon esprit, de la préparation à un affrontement. Telluric. Alors ce rapport aux instruments était-il aussi riche et passionné que vous le décrivez dans le texte ?
- Speaker #0
Je pense, dans mon souvenir, je l'ai vraiment vécu comme ça, parce que c'était très compliqué quand même d'arriver à faire les sons que je voulais obtenir avec ces synthétiseurs modulaires ou semi-modulaires. J'en utilisais plusieurs en même temps, c'était une bagarre. pour produire des sons assez expérimentaux. Enfin, je le vivais comme ça, je ne sais pas si... Bon, peut-être que les gens qui font de la techno aujourd'hui ont une approche plus ludique, ce qui est très bien aussi. Moi, c'est vrai que je me prenais beaucoup la tête, comme me dit l'expression populaire.
- Speaker #1
Une date importante, et semble-t-il, la redécouverte de votre travail passé par cette nouvelle génération qui émerge au début des années 2010, avec notamment ce label, la Minimal Wave, qui a été un petit peu... pionniers dans cette forme de redécouverte du passé, de toute cette scène cassette. Alors comment ça s'est fait et quelles ont été les conséquences de ce retour un petit peu sur le devant de la scène et sur un album vinyle avec une exposition internationale ?
- Speaker #0
Véronika Vazika, qui a créé ce label Minimal Web à New York, est quelqu'un d'assez admirable quand même, parce qu'elle s'est donné beaucoup de mal pour retrouver les gens, elle avait retrouvé de vieilles cassettes. Et elle m'avait contacté, elle m'avait envoyé un email. Donc c'était au moins deux ans avant la sortie de l'album. Et je reçois l'email et je le lis vers 3h-4h du matin. J'étais fatigué, j'avais travaillé sur une grande toile. Et je me suis dit, bon je lui répondrai, ça a l'air très sympa, je lui répondrai demain matin. Deux trucs incroyables, c'est qu'à ce moment-là mon ordinateur a planté. Quand j'ai voulu le rallumer, le disque dur avait grillé. Impossible de retrouver l'email. Donc j'ai essayé de chercher, j'avais pas bien mémorisé le nom du label, il était pas encore très connu à l'époque, et donc j'ai pas réussi à retrouver son contact. Et là quand même, elle plus tard réussit à me retrouver, je sais plus si c'est sur MySpace ou... Et ça s'est fait, donc par échange, mais c'était vraiment génial de travailler avec elle parce qu'elle respecte beaucoup la démarche artistique, donc elle me faisait une proposition pour la pochette, parce que moi j'avais toujours eu l'habitude de faire toutes mes pochettes moi-même, j'ai un petit peu casse-pieds pour ça. Donc ça a été une collaboration vraiment intéressante. Une recherche de qualité, un respect de la démarche et en même temps un grand professionnalisme. Ça a vraiment changé des choses. Et heureusement qu'il y a eu ça pour relancer mon travail, parce qu'aucun label français ne m'a contacté à cette époque. Si Minimal Web n'avait pas relancé mon boulot, je restais tout à fait inconnu en France. C'est marquant. Déjà dans les années 80 c'était comme ça, mais je crois qu'aujourd'hui, malheureusement... peut-être un peu moins, espérons-le, il y a un côté très suiviste. Je suis allé froncer dans le domaine musical. Donc, c'est vraiment elle qui a lancé mon travail. Et le travail d'autres gens, moi-même, j'ai retrouvé des gens, j'avais vu sur des compilations dans les années 80, qui se sont sortis en réédition sur Label Minimal Web. Après, j'ai eu des contacts avec d'autres labels aussi, mais c'est vrai que le tournant majeur a été Label Minimal Web. Et à partir de là, beaucoup de gens... Ce qui était sympathique, c'est de rencontrer des gens beaucoup plus jeunes qui avaient une approche différente de la musique électronique. Beaucoup de gens issus de la techno qui se sont mis à me contacter. Parce qu'au début, je sais que quand j'ai rencontré à l'époque du magazine Coda, par exemple, je faisais des pages techniques dans ce magazine, je rencontrais des gens du domaine de la techno. En fait, on ne les intéressait pas beaucoup. Ça ne les intéressait pas beaucoup de... de savoir qui avait fait ça avant eux, entre guillemets. C'était quand même... Enfin, moi, je me sentais un peu de la même famille, mais eux, apparemment, non. Et puis, les choses ont évolué. Finalement, il y a eu une ouverture d'esprit. Bon, le sectarisme aussi, dans ces milieux, je pense que c'était créé par l'intolérance que subissaient les gens qui faisaient de la techno en France. Je pense que c'est peut-être une des explications.
- Speaker #1
Et alors, depuis cette réédition de 2011, vous vous consacrez à la fois à la composition, à la production de nouveaux morceaux, et puis aussi à la... à la réédition de choses qui sont passées un peu inaperçues dans les années 80 et par la suite ?
- Speaker #0
Oui, la difficulté c'était que tous mes morceaux étaient sur de vieilles bandes magnétiques 4 pistes et que, comme j'ai souvent eu des périodes de déficit financier, je l'avais revendu, je ne pouvais plus récupérer les morceaux qui étaient dessus. Enfin, j'en avais quelques-uns qui avaient été recopiés sur DAT, mais pas tous. Et là aussi, les gens des labels ont fait un gros travail, ont parfois récupéré les morceaux sur cassette pour les nettoyer un peu ensuite. Il reste encore quelques inédits qu'on va essayer de sortir sur le label C-Indy, puis une fois qu'on aura retrouvé un magnéto pour remixer ça, j'essaierai de m'approcher le plus possible du son de l'époque, parce que j'ai toujours le vieux vocodeur qui me servait à travailler. ...fiquer le son, et puis... Mais bon, c'est vrai que récemment, j'ai préféré, évidemment, sortir de nouveaux morceaux, quoi. C'était... qui me semblent être de la même lignée. Générique