- Speaker #0
En fait, j'ai commencé le théâtre quand j'avais 8 ans à peu près. J'étais au primaire. J'aimais beaucoup apprendre un texte, le jouer. Toujours être un peu le clown de service. Et puis, en fait, progressivement, j'avais arrêté le théâtre pendant que j'étais au lycée. J'ai repris en faisant mes études. Et quand je suis arrivée à Rennes, j'ai commencé l'improvisation. Une pratique que je ne connaissais pas du tout, que je trouvais d'ailleurs assez stressante parce que j'étais habituée à apprendre un texte, donc monter sur scène en sachant ce que j'allais dire et faire. Et là, d'un coup, il n'y a plus de filet. Et donc, quand j'ai commencé l'improvisation, je me suis un peu intéressée à cet art-là. Et il y a eu la possibilité de faire une scène ouverte de stand-up. Et cette scène de stand-up, elle était portée par la Rennes Comédie qui venait juste d'ouvrir la première scène ouverte de Rennes. Je devais m'inscrire avec un ami d'improvisation improvisation, de l'improvisation mais qui a finalement décidé de ne pas venir. Je ne me suis pas dégonflée, j'y suis allée et après cette première scène on m'a proposé d'en faire une deuxième puis une troisième et en fait je me suis pris au jeu et je me suis dit mais j'aime bien ça, c'est quelque chose que je ne connais pas, dans lequel je peux progresser, dans lequel je suis un peu ma propre metteuse en scène, ma propre autrice aussi et puis voilà, ça va faire trois ans maintenant.
- Speaker #1
Et peux-tu nous décrire un petit peu ce que tu ressens sur scène parce que justement l'improvisation, on peut avoir des grands moments de solitude ou même le stand-up ? Est-ce que ça peut ne pas prendre ou alors on peut être pris un peu au dépourvu pour trouver la blague qui suit ? Comment tu gères ça ?
- Speaker #0
Complètement. Je pense que le stand-up, c'est d'autant plus difficile qu'on est seul sur scène. En improvisation, on a quand même nos partenaires de jeu pour venir nous soutenir à tout moment si vraiment on a besoin d'un coéquipier pour venir nous sauver. C'est un peu moins le cas, c'est vrai, dans le secteur du stand-up. Pour autant, je pense que plus on en fait et plus il y a des mécaniques de jeu qui s'installent aussi pour éviter un peu ces moments de grande solitude. Pour autant, ils peuvent arriver. Des fois, ce n'est pas que parce qu'on n'est pas dans notre bonjour. Ça peut être aussi parce que ça ne prend pas avec le public, ce n'est pas le bon endroit. Moi, on m'a fait jouer dans des endroits complètement inadaptés où la qualité d'écoute n'était vraiment pas là. Je pense que c'est important pour toutes les humoristes en herbe ou celles qui voudraient se lancer un jour. Je pense que c'est inévitable de vivre des moments de solitude et de vivre Pour autant, ça ne va pas définir toute votre carrière d'en vivre. Et c'est aussi important parce que ça nous permet peut-être de nous mettre un peu plus au travail, en fait, de toujours se poser des questions sur « est-ce que je peux améliorer ma pratique ? » « Est-ce que c'est dans le jeu, dans l'écriture ? » Je pense que c'est important aussi, par moment, de se poser des questions sur comment s'améliorer, bien sûr.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Donc il n'y a pas de routine.
- Speaker #0
Il n'y a pas de routine. Je pense que contrairement au théâtre où on sait ce qu'on va jouer le soir même, là, il y a quand même une part d'imprévu qui est plus grande. Même si, bien sûr, on écrit à l'avance ce qu'on va raconter sur scène. Mais il y a une petite part d'improvisation. Voilà, on va dire qu'il y a plus de possibilités, je pense. Et aussi, le rapport au public est complètement différent du fait qu'on s'adresse au public et qu'on casse un peu le quatrième mur. On se rend compte que le public va beaucoup plus nous interpeller. Il y a des gens, ils nous parlent quand on est en train de parler sur scène. C'est quelque chose que j'ai vraiment rarement vu quand j'étais au théâtre parce que je pense que la configuration ne leur permet pas d'intervenir. Et donc, il faut savoir jouer aussi avec ça. avec le fait que, oui, les gens vont nous interpeller. Oui, il va falloir communiquer avec eux. Et en même temps, c'est un beau challenge. Je ne sais pas, ça inverse aussi un peu les rôles.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Puis ça met de l'adrénaline, ça met du challenge. Je pense qu'on doit se sentir un peu embarquée aussi, finalement.
- Speaker #0
Oui, je pense qu'il faut se laisser aussi un peu porter par ça. C'est vrai que pour certains humoristes, c'est quelque chose de très, très difficile. Il y a des humoristes qui détestent l'interaction. Ils vont vraiment fuir l'interaction. Pour autant, ils vont trouver des mécaniques Au final, pour tourner ça à leur avantage, je pense que ça c'est la pratique. Tous les humoristes ne veulent pas pratiquer l'interaction et ils ont le droit et c'est ok de faire ça. Mais juste, ils ont trouvé un moyen de rire du fait qu'ils ne sont pas capables de rentrer dans cette interaction publique quand d'autres ont décidé d'en faire un vrai outil de travail. Aujourd'hui, c'est un outil de promotion pour eux. En fait, aujourd'hui, on voit de plus en plus d'humoristes faire ce qu'on appelle du crowd work. En fait, ils vont montrer un petit peu ce qu'ils font avec le public. ils vont discuter avec lui et ça permet de ne pas du tout dévoiler leur spectacle. Donc, c'est aussi notre stratégie, on va dire.
- Speaker #1
Tu as mentionné être souvent la seule femme sur les plateaux, organisée aussi par des hommes. C'est ça qui t'a amenée à créer La Touche Arme ?
- Speaker #0
Oui, en partie. Clairement, en partie. Je pense que j'ai été un peu… Je ne dirais pas surprise. Je m'attendais à ce que ce soit un milieu assez masculin, l'humour. Mais ça m'a vraiment sauté aux yeux quand j'ai commencé à en faire partie. C'est vrai que ce n'est pas forcément quelque chose qu'on conscientise quand on vient voir un spectacle. On n'est pas là en train de compter il y a combien de garçons, il y a combien de filles. Mais en fait, ça devient assez visible quand on fait partie d'une programmation, qu'on se dit « Ah oui, encore une fois, je suis la seule fille » . Parfois, malheureusement, il y avait des ambiances très masculines, hors scène, où on ne se sent pas toujours très intégrés ou très valorisés au même titre que les autres personnes qui sont invitées sur les plateaux. D'ailleurs, d'où le nom de la Tout Charme Comedy Club, qui n'est pas du tout anecdotique. On va dire que c'est que... régulièrement présentée comme la tout charme ou comme la fille de la soirée. Et je me suis dit, il y a un vrai problème de rendre ça spécifique, de dire, ah voilà, c'est une femme qui va monter sur scène. Moi, j'ai envie qu'on dise, bah non, c'est Julie, c'est une humoriste, c'est son boulot en fait. Et je trouvais ça intéressant en fait de un peu basculer, faire cette bascule en fait, de rendre ça positif d'être une femme sur scène, ce qui n'était pas toujours positif quand c'était amené... dans ce contexte-là.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Donc en effet, la touche arme, le nom n'est pas un hasard.
- Speaker #0
Non, c'est pas un hasard.
- Speaker #1
Tu parles aussi d'empowerment pour les femmes humoristes et d'outils de prise de parole évidemment, mais aussi de confiance en soi.
- Speaker #0
Complètement. Moi je pense qu'aujourd'hui, le fait de savoir parler en public, de ne pas avoir de mal à prendre la parole, après c'est un autre sujet de savoir si on nous la donne, mais au-delà de ça... C'est vrai, on peut être silencié, on peut être empêché, mais c'est une vraie compétence de savoir parler en public. Il y a plein de chèques qui montrent que les petites filles, dès très jeunes, vont moins prendre la parole en classe, vont avoir plus de mal à venir présenter des travaux devant un public. Et je pense qu'en ça, le théâtre ou le stand-up, c'est assez libérateur parce qu'en fait, prendre la parole, ce n'est pas du tout qu'une compétence artistique, c'est une compétence de la vie de tous les jours. Et on s'en rend compte dans... plein de moments de nos vies, que ça peut être compliqué d'avoir peur. Moi j'ai des amis par exemple qui me disent « moi je ne peux pas appeler quelqu'un au téléphone, faire des demandes administratives au téléphone » . Je sais, il y a plein de gens qui ont ce problème-là et c'est un vrai enjeu en fait, c'est une vraie difficulté et je pense que ça aide au quotidien d'avoir cette capacité-là à se dire « en fait je vais pouvoir parler, je vais pouvoir être écoutée, être entendue » et ça je pense que le stand-up c'est un vrai outil. Après il y en a d'autres mais en tout cas celui-là... aide, je pense, beaucoup de femmes à prendre confiance en elles.
- Speaker #1
Oui, sûrement, parce qu'on se dévoile tellement qu'il faut oser et pour oser, souvent ça passe aussi par une forme de confiance ou d'assurance.
- Speaker #0
Complètement, c'est un travail. Après, moi je pense que je fais partie aussi des humoristes qui se posent souvent des questions de légitimité. Je pense qu'on est beaucoup à traverser ça. Après, l'enjeu c'est de réussir à le dépasser le plus possible pour réussir quand même à continuer dans ce métier qui n'est pas toujours un métier facile, qui est traversé par des hauts et des bas. Comme je disais, des fois il y a des soirs c'est génial, il y a des soirs c'est moins bien. Et donc ça demande quand même de toujours peser un peu le pour et le contre pour ne pas trop s'arrêter sur les échecs et aussi regarder ce qui a été positif.