- Speaker #0
Je vous glisse ici un extrait qui m'a particulièrement émue dans le dernier épisode. Une invitée y partage son histoire avec une sincérité qui fait du bien. L'épisode complet est aussi disponible sur toutes les plateformes de podcast. Alors bonne écoute et à très vite !
- Speaker #1
J'ai commencé à percevoir le décalage entre la vraie vie et la vie dans le sport de haut niveau. Et je me suis tout de suite dit... Si tu perçois le décalage, c'est que tu ne vas plus être la meilleure personne pour les accompagner. Et donc, à partir de là, j'ai vraiment dit, ce ne sera vraiment plus ça. Et puis, très, très vite après, sont arrivées les fleurs. Il n'y avait vraiment aucune raison logique. Il n'y a pas eu un stage ou une rencontre. Et les fleurs, j'ai approfondi le sujet. Et là, j'ai découvert que les fleurs, c'était importé dans 9 cas sur 10, que c'était bourré d'intrants chimiques, que ça voyageait en avion, qu'il y avait une profusion de plastique vraiment indécente. Et du coup, ça a mis un coup. coup d'arrêt, très vite. Je me suis dit non, moi, mon nouveau métier, il ne sera pas au service de déglinguer mon terrain de jeu qui était l'océan. Et je voyais tous ces trucs, tu vois, la relation cause-à-effet des pesticides dans l'océan, le plastique dans l'océan. Enfin, quelques semaines plus tard, vraiment le hasard, je ne sais pas, la synchronicité qui change sa vie un petit peu. J'étais dans une salle d'attente et il y a une double page sur le collectif de la fleur française qui parle de... tous ces acteurs en France qui essaient, donc producteurs et fleuristes, de remettre au goût du jour et de recréer et de relancer cette filière fleurs et fleurs responsables. Et là, je me suis dit, je vais aller les rencontrer et là, il y a un défi à relever. Et c'est vraiment à partir de ce moment-là où dans mes tripes, j'ai mordu et je me suis dit, ouais, ok, défi à relever, j'y vais parce que j'ai, je pense, un peu ce caractère... soit un peu folle, soit un peu aventurière. Ça dépend comment on voit les choses. C'est vraiment à partir de là que je me suis dit qu'il y a un truc à faire et j'y vais. Je verrai bien ce que ça donne.
- Speaker #0
Comme quoi, il y a des signes. Comme tu dis, le hasard a voulu que tu tombes sur cet article-là alors que tu étais justement dans cette réflexion. Je crois qu'il y a un autre aspect aussi qui a fait que tu as quitté la voile. C'est que tu organisais, mais tu n'en faisais plus.
- Speaker #1
Ça, c'était le deal de départ. Je le savais en arrivant dans la voile que... Je n'étais pas une athlète, donc mon rôle, c'était d'accompagner les athlètes. J'étais très heureuse comme ça. En effet, j'ai perdu mon lien avec l'océan en tant que plaisir. C'est vrai qu'au moment de la reconversion, je me suis dit que je serais heureuse quand on pourra avoir notre petit bateau à nous et nous balader dans le golfe. C'est un vrai paradis.
- Speaker #0
Là, c'est un loisir.
- Speaker #1
Oui, exactement.
- Speaker #0
Raconte-nous un petit peu. Tu souhaitais aller dans le milieu de la fleur, mais faire quelque chose ou beaucoup. Beaucoup t'ont dit mais non, ce n'est pas possible parce que non seulement tu veux donner des fleurs françaises, mais aussi toute l'année.
- Speaker #1
Quand je me suis lancée, je me suis dit, OK, l'état des lieux, c'est quoi ? L'état des lieux, c'est tu as 9 fleurs sur 10 qui sont importées, tu l'as dit dans l'intro. Elles arrivent d'autres continents et non pas de Hollande. Elles transitent par la Hollande, c'est-à-dire Éthiopie, Équateur, Kenya, etc. Elles arrivent en avion réfrigéré et en moyenne, elles parcourent 10 000 kilomètres. Cette partie-là, c'est déjà un peu dégueu. Tu regardes du côté de la Hollande. Moi, ça a été mon réflexe de dire, OK, la Hollande, c'est pays proche de la France, c'est le même continent, ça doit sans doute être mieux. Les champs de tulipes qu'on voit tous, ça doit être mieux. Tu approfondis le sujet et là, tu te rends compte qu'ils utilisent là-bas des serres chauffées, éclairées artificiellement jour et nuit pour recréer des pseudo conditions de productivité maximale des végétaux. Donc, pas bon non plus parce que du coup, la consommation et l'émission de gaz à effet de serre énorme et d'énergie. Je me suis rendu compte aussi qu'il y avait énormément d'intrants chimiques. qui étaient diffusés soit par aspersion, soit dans les voies d'irrigation des végétaux. Donc c'était des produits interdits en Union européenne, mais que comme on importait et que c'était du non alimentaire, ils étaient autorisés, on pouvait les importer. Donc je me dis, ok, il y a vraiment plusieurs sujets à adresser. Et moi je vais essayer un truc et je vais voir si ça marche. Et je vais essayer trois choses clés qui sont vraiment le socle fondateur des bottes d'anémone. si des fleurs françaises toute l'année, quelle que soit la saison, des fleurs de saison au circuit le plus court, selon leur disponibilité, et une démarche zéro déchet, zéro plastique à usage unique et zéro mousse florale. Et ce socle fondateur, il est toujours là. On passe à travers la moulinette de ce socle fondateur tout nouveau projet qu'on veut lancer. Et si ça ne marche pas, on ne le lance pas. On a eu des demandes de déco de Noël où on ne savait pas le faire sans plastique. ou sans déchet. Et donc, on a dit non tant qu'on n'a pas trouvé la solution.
- Speaker #0
Tu l'as dit, donc ça marche.
- Speaker #1
Oui, carrément. L'entreprise s'est développée. Donc, je suis partie toute seule dans ma chambre d'amis au Bonneau. au garage de mon voisin, à la première personne en alternance, dans un atelier à vannes. Et puis là, l'an dernier, on a déménagé dans un très grand atelier de 250 mètres carrés, juste au nord de Vannes. Et maintenant, on est une équipe de cinq personnes. On a une activité qui double chaque année. Et donc, ça se développe beaucoup. Et après, on a aussi lancé une ferme florale. Donc, une partie des fleurs qu'on utilise dans nos compositions provient de notre propre production. Donc, ça nous fait progresser sur beaucoup d'aspects, notamment de comprendre des enjeux qu'ont nos producteurs et productrices. Et donc voilà, c'est un peu en train de devenir un super, super projet fascinant.
- Speaker #0
Oui, j'imagine. Et puis le fait d'y aller comme ça progressivement, comme tu le dis, c'est fascinant. Ça veut dire aussi qu'il y a une vraie demande.
- Speaker #1
Oui, complètement. En fait, c'est vrai que quand je me suis lancée, on m'a dit c'est impossible ton truc. Ce n'est pas possible parce que ce n'est pas possible d'avoir accès à des fleurs françaises toute l'année, encore moins des fleurs bretonnes. Tu verras, essaye et tu verras. Et au bout d'un an, j'étais sur les rotules, j'avais fonctionné toutes les semaines, j'avais trouvé, un peu étoffé tous mes producteurs, mes fermes florales partenaires. J'avais fait toutes les erreurs possibles de quelqu'un qui débute dans le métier, toutes les petites boulettes et tout. Donc j'étais crevée, mais par contre je me suis rendue compte que je venais de fonctionner un an, chaque semaine, non-stop avec des fleurs françaises. Et donc à partir de là, je me suis dit, ok, il y a vraiment un truc à faire, mais le sujet il est vaste et il est beaucoup plus grand que moi, donc il faut que je me fasse accompagner. À partir de là, je me suis fait aider par des structures comme la Fondation L'Oroch-les-Mousquetaires, dans le parcours Accélérateur, le Village Baïcéa ensuite. Et voilà, donc j'ai été accompagnée pour construire ça. Et je le suis toujours parce que c'est vraiment... Moi, je m'attaque à un enjeu de filière de A à Z et tout seul, c'est impossible.
- Speaker #0
Carrément, tu t'attaques aussi à cette filière de la fleur et tu dois être une référence.
- Speaker #1
Ouais, moi je suis toujours un peu... avec beaucoup d'humilité parce que je ne suis pas du métier à l'origine. Tu vois, j'étais dans la voile. Je suis un peu un ovni qui est arrivé et qui a dit, tiens, je vais essayer. Mais je suis un ovni qui avait quand même un regard un peu acéré et pas peur d'une logistique complexe, vu mon parcours d'amour. Oui,
- Speaker #0
sans doute.
- Speaker #1
Donc, il y a eu plein de choses à maîtriser petit à petit. Mais voilà. Et donc aujourd'hui, les Bodanemon, on est moins de 10 structures floristes en France sur plus de 15 000. à être engagé dans ces démarches de 100% de fleurs françaises. On s'engage dans plein de choses, et il y a vraiment cette ambition de filière, de transmettre, de débroussailler les choses. On a un jour formulé cette phrase, c'était « prouver par l'exemple qu'il est possible de changer le monde de la fleur une tige à la fois » . C'est comme ça que je vois les choses, c'est-à-dire qu'il faut bien que quelqu'un y aille, pouvoir ouvrir la voie. Et moi, j'ai de l'énergie et j'ai envie de réussir à changer mon univers et changer cette filière. Je ne sais pas si on est une référence, mais on est moteur, c'est sûr, avec plusieurs autres structures dans plusieurs régions. On échange ensemble pour essayer de bouger notre filière et de provoquer des changements par petits pas. C'est gros quand même comme sujet.
- Speaker #0
Oui, tout à fait. Et alors, sur une année, comment s'étalent justement ces collections de fleurs ? française de saison.
- Speaker #1
Si on démarre au printemps, les premières fleurs qui arrivent, les toutes premières fleurs, même un peu avant le printemps, c'est les anémones, puis les tulipes. Puis, avec les premiers beaux jours, on a tout ce qui est narciss, premier frésia, etc. Puis, petit à petit, on bascule vers les pivoines, les lilas et les pivoines, arrivés vers fin avril, mai, clairement c'est le mois de mai. Et puis là, à partir de juin, c'est la folie. Il y a vraiment une quantité énorme et une variété énorme de toutes les couleurs. Et du coup, on est en été, arrivent les dahlia, arrivent les cosmos, les zinnias, les roses bien évidemment. Et tellement d'autres fleurs, le bleuet. Nous, on est en Bretagne, les gens adorent les fleurs bleues. Il y a vraiment un truc avec les fleurs bleues. Donc le bleuet, les pois de centaure. Et puis, petit à petit, on bascule vers l'automne avec la fin des dahlia, le début des chrysanthèmes, qui ont très mauvaise presse. parce qu'en fait, à cause des jardineries qui vendent des buissons, pas beau. En fait, un chrysanthème, c'est magnifique. Et en plus, ça tient très longtemps en vase. Donc, c'est des bouquets que les gens gardent au moins deux semaines en général. Et puis, arrivé vers mi-novembre, les premières gelées en Bretagne font qu'on commence à rebasculer avec nos producteurs du Varneau.
- Speaker #0
Une dernière question aussi. Tu es originaire de Bretagne ? Oui. Des Côtes d'Armor, il me semble.
- Speaker #1
Oui, exactement.
- Speaker #0
Est-ce que tu as un lieu préféré en Bretagne ? Sûrement au bord de mer.
- Speaker #1
Oui, oui. Mon lieu ressource, c'est les Glénans. Parce que très tôt, je crois que j'avais 14 ou 15 ans, ma mère m'a envoyée là-bas pour faire de la planche à voile, pour apprendre la planche à voile. J'étais une obsédée de la planche à voile. Et j'y suis retournée tous les étés pendant plus de 10, 15 ans. Et je suis devenue petit à petit monitrice. Après, j'ai formé les moniteurs. Après, je suis devenue responsable de site. J'ai là-bas appris tellement de choses, aussi en leadership. Tu n'as même pas 20 ans et tu gères une... la santé et la sécurité de 300 mineurs et tous les moniteurs autour et tout. J'ai fait mes rencontres les plus amicales qui sont toujours là et mon conjoint que j'ai rencontré là-bas. Et en fait, c'est des valeurs très très fortes et qui du coup, quand on se rencontre là-bas, on est tous des passionnés de plusieurs choses. On est tout de suite alignés et il n'y a pas beaucoup de questions qui se posent et surtout quand on y retourne, ça veut dire que vraiment on a... Et voilà, donc l'aiglénant à la fois pour la beauté du lieu mais aussi pour tout. Tout ce que tu y as vécu, en fait. Oui.
- Speaker #0
Et qu'est-ce que tu dirais aux femmes qui nous écoutent ?
- Speaker #1
Tellement de choses ! Aux femmes qui nous écoutent, je pense qu'un des trucs les plus importants, c'est de sortir le nez dehors toute seule et de sentir ce que vous voulez sentir et de reconnecter avec vos sens. Je pense que ça apporte beaucoup de bien-être, de légèreté, ça libère l'esprit d'être dehors. Et ça... ramène un peu l'enfant pas d'inquiétude, pas de stress pas de responsabilité, on fait ce qu'on veut et si on veut s'allonger dans les pâquerettes on s'allonge dans les pâquerettes et quelqu'un m'a dit chassez les papillons les gars et en fait chassez les papillons les filles et dans le contexte du monde dans lequel on est je pense que c'est le truc que j'ai envie de dire tout à fait et tu vois je
- Speaker #0
te rejoins parce que moi ce que je dis aussi des fois à mes enfants je dis allez dehors et faites jouer tous vos sens le toucher, la vue, l'odorat, le loupi, voire même le goût, parfois. Ça ressource.
- Speaker #1
Oui, ça ressource. Et on a perdu ce lien. Et on a perdu l'habitude de rien faire. Regardons les oiseaux. Il se passe plein de choses dehors. C'est un truc de fou.
- Speaker #0
Carrément. Merci beaucoup, Tiffaine, pour ce très très bon sujet. très chouette échange, très, très inspirant de nous avoir partagé tout ça. Est-ce que tu souhaiterais rajouter quelque chose avant de se quitter ?
- Speaker #1
Je veux juste te dire un très grand merci pour tes questions qui m'ont emmenée beaucoup dans les sens et dans les émotions et c'était très chouette aussi pour moi.
- Speaker #0
Oui, écoute, oui, oui, oui, j'ai senti que tu te livrais mais voilà, je pense que c'est lié aussi à ta personne donc ça a été très facile aussi pour moi. Merci. Merci. Cet extrait vous a plu ? L'épisode complet est aussi disponible sur toutes les plateformes de podcast. Kenavo et belles écoutes !