- Speaker #0
Comment vous faites justement pour inciter, faire connaître ces métiers aux jeunes filles ?
- Speaker #1
En se montrant. C'est bête, mais en fait, à partir du moment où on se montre, alors avec la CAPEB, on intervient dans les écoles pour présenter les métiers. Il y avait eu un partenariat avec Pôle emploi également et tout ça. À partir du moment où on croise une femme dans un métier d'homme, on ne se dit pas, ah ben je vais faire ça forcément. Mais en fait, ça rentre dans le champ des possibles. Ça agrandit la liste de ce qu'on pourrait faire. On se met soi-même rapidement quand même des barrières mentales. Et quand on voit quelqu'un faire quelque chose, avoir de la passion pour ça et pouvoir le réaliser, on pense souvent aussi, oui, mais avec les enfants, comment on va faire, machin, machin. Et en fait, moi, je me suis rendue très vite compte des questions qui arrivaient par mon compte Instagram qui tournaient autour de ça, justement, de la fatigue, de la maternité, de tout ça. Et je ne voulais pas trop montrer au départ, je montrais vraiment juste mes photos de chantier. Je ne partageais pas trop ma vie personnelle. Je partage ma vie personnelle, mais je montre ce que j'ai envie de montrer. Je reçois des échanges vraiment riches là-dessus où les femmes me disent « Ah ouais, d'accord, c'est possible. » On n'est pas obligé de faire… Aujourd'hui, quand on a des jeunes enfants, on n'est pas obligé de faire 70 heures semaine juste parce qu'on est artisan. On peut décider de travailler 30 heures semaine. OK, on va gagner beaucoup moins. Les premières années ont été vraiment très dures. Mais en fait, il y a des choix qui se font et tant qu'ils sont assumés, ils sont... sont faisables. Oui,
- Speaker #0
tout à fait. Et puis, dans d'autres métiers aussi, quelqu'un qui est commerçant, c'est aussi du 70 heures semaine. Complètement.
- Speaker #1
Et on se dit que c'est incompatible. Ben non, c'est juste qu'il y a des choix qui vont faire que, effectivement, ça va être plus difficile. Et c'est vrai que ce genre de choix, les hommes ne se les posent pas. Donc, au sein de ces commissions ou des associations et compagnie, où on regroupe les femmes de l'artisanat, c'est des questions qu'on va aborder. On se pose souvent la question de savoir est-ce qu'aujourd'hui... Il y a encore le besoin de regrouper entre femmes et tout ça, si vraiment on veut s'intégrer. Oui, justement, parce que toutes ces questions-là, elles n'intéressent pas vraiment les hommes, il faut le dire. Et de pouvoir se retrouver entre femmes, de se conseiller, de se dire comment on a réussi pour les plus anciennes à gérer les maternités, à gérer l'habillement sur chantier, à gérer l'absence de sanitaire et ce genre de choses, ça fait que... les plus jeunes qui sont en apprentissage et tout ça, elles ne sont pas découragées. Elles se disent, en fait, il existe des solutions. C'est juste l'entreprise où je suis qui ne les a pas encore. Et on va les accompagner dans ce sens-là. Oui,
- Speaker #0
tout à fait. Et puis, pour les jeunes femmes qui ne veulent pas être artisanes, on peut aussi être salarié dans ces métiers.
- Speaker #1
Complètement, complètement. Et puis, il y a des entreprises aussi qui, par exemple, sont passées à la semaine de quatre jours parce que leur salarié homme avait envie de pouvoir profiter de leur vendredi après-midi, aller chercher les enfants à l'école. Je discutais avec un électricien qui me disait, moi, j'ai deux gars, ils sont moins de 10, mais sur moins de 10, deux gars ont leur mercredi après-midi. Donc, en fait, ils sont passés à un 80%. C'est aussi possible. En fait, du coup, ça réinterroge toute la filière. Et ça, moi, j'aime bien.
- Speaker #0
Oui, tout à fait. Puis on voit que ça évolue.
- Speaker #1
Oui, il y a des gros changements. Ça prend parfois du temps, mais il y a des choses qui vont d'un coup plus vite. On ne sait pas pourquoi, mais c'est chouette.
- Speaker #0
Et tu le sens, justement, une évolution des mentalités sur les plus jeunes hommes qui rentrent dans la profession ?
- Speaker #1
Oui, parce que je vois en formation, justement, quand on intervient ou qu'on participe à des formations, le fait qu'au début, on prenait pour la formatrice. Ma première qualif' à Miant, quand je suis arrivée, il m'a dit pour la médecine du travail, c'est là-bas, madame. Et je dis non, je viens pour la formation à Miant. En fait, il était hyper surpris, mais hyper content. Il me dit, vous êtes la première et tout. Alors, il me l'a répété quatre fois. Je fais, c'est formidable. Et en fait, il me dit, c'est fou parce qu'il dit, je ne comprends pas pourquoi je n'ai pas eu de femme avant. En plus, c'était sûrement chef opérateur. Et après, j'ai passé l'opérateur aussi. C'est chef opérateur, opérateur, ça allait ensemble à l'époque. Il me disait, on les accompagne pour remplir les papiers du bureau, pour faire les dossiers et tout ça. Mais jamais pour s'équiper sur le terrain. D'ailleurs, ils avaient des combis jetables qui ne s'étaient pas du tout adaptés à ma morphologie, à ma taille, etc. Et du coup, ça a permis de réinterroger, de chercher une nouvelle marque et proposer des choses qui étaient adaptées à moi.
- Speaker #0
Ça fait évoluer l'ensemble de l'activité, mais aussi tout ce qui entoure cette activité. Donc, c'est intéressant. Eh bien, bravo pour cette visibilité que tu donnes au métier.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
Et est-ce que tu aurais un dernier mot pour les femmes qui hésitent ? donc à se lancer dans le bâtiment ?
- Speaker #1
Qu'il faut oser, il faut lever ses propres barrières il n'y a personne qui va venir chercher si vous vous dites j'aimerais faire ça mais bon maintenant c'est peut-être trop tard ou ce genre de choses Il n'y a personne qui va venir vous chercher, qui va vous prendre la main, qui va vous dire « Non, non, mais viens, il est encore temps. » Il n'y a que vous qui pouvez le faire. Il faut se faire confiance aussi. Il faut y aller. Il y a un moment donné où, justement, il sera trop tard. Et c'est con quand même de vivre avec des regrets alors qu'on pourrait vivre tellement de trucs cools en osant y aller.
- Speaker #0
Surtout qu'aujourd'hui, c'est possible. Ça fait vraiment évoluer l'activité, mais pas que pour les femmes, mais pour tout le monde.
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
que ce soit en confort et en sécurité. C'est ça. Et je lisais aussi, Marie, que c'était aussi une façon pour des entreprises qui n'avaient pas forcément féminisé, ils venaient parce que c'est aussi une façon de répondre à la pénurie de main-d'oeuvre dans beaucoup de domaines.
- Speaker #1
Complètement. Typiquement, tapisser-garnisseur est un métier, je pense, qui aujourd'hui existe encore parce qu'à un moment donné, il a accepté. J'aime bien le terme « accepter » parce que vraiment, je vois encore la tête de l'ancien un peu contrit, de se dire « mince, bon » . J'ai pas le choix, il n'y a que des filles dans la formation qui a sa préservation grâce à sa féminisation. En couverture, on est quand même sur une pénurie de main d'oeuvre, mais il faut que vraiment ça soit par passion, qu'on y aille.
- Speaker #0
Mais finalement, c'est un peu tous les métiers.
- Speaker #1
Oui, oui, oui.
- Speaker #0
Tous les métiers, si on veut bien le vivre, il faut y mettre de la passion, du cœur, mais il faut aussi aimer.
- Speaker #1
Et puis qu'on laisse les jeunes y aller aussi. Aussi, c'est vrai. C'est quelque chose qu'il n'a toujours. pas changer. Quand j'entends encore cet argument aujourd'hui, je me dis, mais on y était déjà il y a 20 ans, quand il a fallu convaincre pour qu'on nous laisse partir en filière professionnelle. Ça, c'est... Je comprends pas comment l'éducation nationale ne se saisit pas du sujet.
- Speaker #0
Petit message à l'éducation nationale et aux enseignants.