Speaker #0Hello et bienvenue dans Emancipation Féminine. Je suis ton hôte Delphine, accompagnante féministe. J'interviens aussi en entreprise sur les sujets d'équité. Si t'es fatiguée de tout porter, si t'as appris à sourire en serrant les dents ou à faire semblant que tout va bien au taff, t'es au bon endroit. Ici, On parle de ce qui fait mal, de ce qui fait sens et de ce que Toz va dire tout haut. Hello, je suis ravie de te retrouver dans ce nouvel épisode d'émancipation féminine. Aujourd'hui, on va parler d'un truc sournois, un truc qu'on ne voit pas forcément, mais qui est là partout, la manière dont le patriarcat un filtre de son travail chaque jour. Je sais, je parle de patriarcat comme certains parlent de météo, tu vois. Mais c'est trop important de s'éduquer sur ces sujets. Et je reprécise tout de suite, si tu me découvres avec cet épisode, quand je dis patriarcat, je ne parle pas d'un homme en particulier. Je parle d'un système. Et ce système, c'est notre système social, en tout cas mondial aujourd'hui, et particulièrement chez nous. en Europe, mais pas que, il est vraiment mondial. Ce système, c'est quoi ? C'est un système social qui, depuis des siècles et des siècles, organise les rapports de pouvoir au profit du groupe homme et au détriment du groupe femme et des minorités. En fait, le patriarcat, c'est un peu comme une toile d'araignée. Tu la vois pas forcément. Tu sais quand tu marches et que tu te prends le fil dans la tronche ? Ben, c'est ça. Mais tu es dedans. Tu sens que ça colle, quoi, tu le vois pas. Ce système, il est méga malin. Il rend les choses tellement normales que tu finis, toi, par croire que c'est juste le boulot. C'est comme ça. On peut rien y faire, c'est comme ça. Alors qu'en vrai, non. C'est lui qui est là, tapis dans le coin de ton quotidien pro. Et c'est ce qu'on va décortiquer aujourd'hui. Il y a cinq infiltrations concrètes. et vraiment récurrentes que j'ai envie qu'on aborde aujourd'hui. La première, la prise de parole volée, j'appelle ça. Tu vois, c'est quand tu commences à parler en réunion et à peine deux phrases plus tard, Jean-Mi, ton vieux collègue là, ou ton pote manager Julien, t'interrompt, on te coupe la parole et on répète exactement ce que tu viens de dire, mais genre avec un peu plus d'assurance. Et à la fin, C'est précisément Jean-Mi ou Julien qu'on va féliciter. Toi, ton corps le sait. Parce que tu sens la gorge qui se serre, tu le sens la palpitation de ton énervement. Mais tu souris, poliment. Parce que si tu répliques, tu passes pourquoi ? Pour la meuf agressive. Ça, c'est une arme classique du patriarcat. T'empêcher d'occuper l'espace. Et ça marche aussi quand tu es entrepreneuse. Quand tu présentes ton projet, ou quand tu veux dérouler ton prix, ou que tu veux prendre la parole sur les réseaux sociaux, tu vois ? Comme si, toi, tu ne te sentais jamais experte de ton propre métier. Fun fact, tu l'es, experte de ton propre métier. Sinon, tu ne le ferais pas. L'injonction à être agréable et à sourire, madame. Tu vois, ça, c'est des matins où toi, tu n'as pas trop dormi, tu tires un peu la gueule. parce que normal, tu n'es pas réveillé en fait. Et là, oula, tu n'es pas très souriante aujourd'hui, on est grognonne. Comme si ton job, c'était pas d'être compétente, mais d'être décorative. Une jolie plante. En tant qu'entrepreneuse, c'est pareil. Sur Insta, LinkedIn, peu importe, YouTube. Tu sens la pression à être sympa, inspirante, disponible. Alors que les mecs, ils peuvent balancer un post, une story, un truc. péter comme un pauvre tableau Excel tout sec et c'est vu comme quoi de la vision. Toi, tu dois être lumineuse, engageante, bonne communicante, empathique. Ton travail seul ne suffit jamais. Et ça, c'est lourd. C'est très, très, très lourd. Troisième infiltration, le travail invisible. Mesdames, pour toutes celles qui sont salariées, Regardez qui prend les notes le plus souvent en réunion, qui accueille généralement le ou la nouvelle stagiaire. Qui pense au pot départ, aux anniversaires ? C'est rarement Juju, ton pote, le mec du fond là-bas. Et dans l'entrepreneuriat, les meufs, c'est pareil. Répondre aux DM, gérer la communauté, WhatsApp, animer, encourager, réconforter. Tout ça, c'est du taf en fait. C'est du vrai travail. Mais personne ne le voit, personne ne te le paie. Insta ne te le paie pas. Parce que tu crois que tu dois faire tout ça. C'est important de le faire. peut-être que c'est mieux de le faire pour ses clientes aussi. Pourtant, son énergie, elle y passe, elle. Ton corps, il le ressent tout ça, meuf. Les petites tâches accumulées, en fait, ça grignote ta concentration, ça te donne la sensation d'être éparpillée, d'être surbouquée. Et à la fin, tu te dis, mais j'ai fait quoi, moi, de ma journée, en fait ? Alors qu'en vrai, tu as porté, encore une fois, le collectif, la change mentale et le care. Le care, c'est... Prendre soin. Et c'est souvent les femmes qui doivent prendre soin. Et spoiler, pas du tout. Ce n'est pas du tout dans nos gènes, en fait. C'est juste éducatif. Et ça, c'est bien le système patriarcal qui nous l'apprend. Quatrième infiltration, là. Les promotions et les financements au potentiel. Surtout au genre, j'ai envie de dire. Alors, tu bosses, tu donnes tout. Et puis un jour, tu vois ton collègue, là, Juju, qui fait moins que toi. Là, moi, chez moi, parfois, je bosse même pour lui. Et bien, lui, il grimpe l'échelle. C'est bizarre, Juju, il est devenu manager. Pourquoi ? Parce qu'on dit de lui qu'il est prometteur. Toi, on t'a dit, tu fais déjà très bien ton travail. Continue comme ça. Traduction, meuf, reste à ta place. L'échelle, tu ne peux pas la gravir. Si tu es entrepreneuse, mais alors, c'est carrément pareil. Qui a déjà tenté de lever de fond ? Alors, moi, je n'ai pas tenté de lever de fond. Mais je vois peu de meufs lever des fonds. Donc, les hommes, ils font quoi ? Ils griffent une idée. Je fais exprès quand même, je vais un peu loin. Sur un PowerPoint, les femmes, elles, elles doivent prouver deux ans de résultats, bétonner leur business plan, montrer qu'elles savent déjà tout faire, ne pas mettre d'émotionnel dans leur business. Et encore, on doute. Résultat, toi, tu te dis que tu n'es pas assez crédible. Alors qu'en fait, c'est juste le système qui, de fait, crédite les hommes d'avance. Quoi qu'ils fassent, ils sont valables, ils sont justes, ils sont intelligents. Et ça demande quoi aux femmes ? Ce système, ça demande de faire des preuves à vie, les meufs. Cinquième et dernière infiltration. On pourrait en faire des quinzaines comme ça, mais on va garder l'épisode relativement court. La charge mentale professionnelle. Quoique, il n'y a pas trop de différence entre la charge mentale pro-perso. Vraiment, c'est pour caricaturer. Au boulot, tu penses à tout. Les deadlines, le gâteau pour l'anniversaire de ton collègue, la nouvelle qui pleure aux toilettes, l'ambiance un peu tandax de l'équipe. Quand tu es à ton compte, c'est encore pire parce que tu es la chef d'orchestre. Dans ton rôle d'entrepreneuse, ton cerveau est jungle. Entre tes clients, tes postes Insta, tes impôts, ta compta, tes enfants, ton frigo. Et quand tu lâches un truc, tu culpabilises. tu ressens ça où ? dans tes nuits qui peuvent être très hachée, entrecoupée, dans cette sensation de tête pleine à exploser, dans ce souffle court qui fait que même le dimanche, ton cerveau, il mouille. Il ne se repose jamais. Peu importe que tu sois salarié ou entrepreneuse, ça mouille. Et ça, tout ça, tu le ressens où ? Tu le ressens dans ta tête et surtout dans ton corps. Tu sais, ta nuque qui se rédit, qui te fait mal, tu vois quand tu te fais ces petits automassages que tu penses que peut-être ça vient. ton sac à main qui est trop lourd ou que ta séance de sport était un peu trop intense, dans tes mâchoires serrées, le bruxisme, ce nouveau mal du siècle qui ne vient pas par hasard, dans ton ventre là qui a le trac, qui est noué, à l'idée d'une réunion ou d'un rendez-vous client, tu la ressens aussi la colère. Cette colère, souvent nous les meufs, on l'étouffe, on ne veut pas être en colère. Je ne sais pas pourquoi, on n'a pas le droit d'être en colère. Si je sais pourquoi, parce que sinon... On nous fait croire que nous sommes des hystériques. Donc cette colère, tu la retiens parce qu'on t'a appris à ne pas faire de vagues. Et historiquement, celles qui faisaient des vagues, elles étaient cramées au bûcher, les dites sorcières, ou elles étaient internées. Les hystériques. Tout ça, c'est dans notre inconscient collectif. Et puis, il y a le doute. Ce foutu doute. Tu te demandes tout le temps, toi. Est-ce que j'exagère ? Est-ce que c'est moi qui suis trop sensible ? Qu'est-ce que j'ai mal fait ? Qu'est-ce que j'ai mal dit ? Ça, c'est la plus grande victoire du patriarcat sur nous, les meufs et les minorités. Se faire douter de ta propre perception. t'épuiser à petit feu tout en te persuadant que tu inventes que ce n'est pas réel tout ça. Alors qu'est-ce qu'on fait de tout ça ? On continue à sourire poliment ? On continue à se dire qu'on est des petites choses trop sensibles ? Moi je crois que la première étape c'est de ça, c'est de voir, puis de nommer, de dire les mots, de dire les vrais mots, disons les vraies choses. Arrêtez de croire que c'est toi qui déconnes, je t'en supplie. Je le vois tout le temps en accompagnement. Au moment où une femme comprend que sa fatigue, ses hésitations, ses putains d'insomnies, ses maux de ventre à répétition, ce n'est pas un bug personnel, mais une réaction normale, saine à un système injuste, bizarrement le corps, il se redresse, on n'a pas la même posture, il se détend aussi. Parce qu'on souffle, elle se dit, on se dit, ok je ne suis pas... Pas taré, c'est ce système qui est tordu. Et ça, c'est une clé vraiment pour avancer dans sa vie. Parce que c'est à partir de là que peuvent bouger des choses. Ça peut être, mais petit. Par exemple, ne pas baisser ton prix sur un devis. Je sais, tu te dis, c'est pas petit, meuf, c'est gros. Mais s'il te plaît, ne le baisse plus. Tu as un prix, c'est ce que tu vaux. C'est ce que tu vaux. Un mec mettrait trois fois ce prix pour moins de livrable au final. Ok ? Refuser une réunion inutile. Prendre un jour de repos sans culpabiliser. Oser dire même non peut-être à une sortie sociale, familiale. Ça, ce sont des brèches. Et les brèches, quand elles se multiplient, s'affichent sur le mur. Quoi qu'il arrive, sache que tu n'es pas seul. Si tu t'es reconnu, non, tout ce que je viens de dire. Et Dieu sait qu'on est des milliers à se reconnaître là-dedans. On est des milliers à vivre ça. chaque jour, vraiment, le simple fait que tu en prennes conscience, c'est déjà énorme parce que c'est politique. Parce que la conscience, c'est ce qui ouvre la porte à la rébellion, à la révolte. Et la révolte, elle peut être de soi-même à soi-même, dans le sens où je me révolte contre un système et je prends des décisions pour faire les choses qui sont plus justes pour moi. Si tu veux aller plus loin, j'ai créé Peut-être que tu. connais, peut-être que tu ne connais pas, mais j'ai créé la boussole patriarcat édition. C'est un outil gratos. C'est un GPT personnalisé qui te permet de voir par quel chemin toi tu t'adaptes dans ce système. Parce qu'on n'a pas toutes les mêmes stratégies. On n'est pas toutes les mêmes. Mais on gagne tout à les voir en face, à les regarder. Cette boussole patriarcat édition, c'est comme un miroir que je te tends. Tu peux la tester tout de suite. Je te remets le lien dans la description de l'épisode. Et d'ici à ce qu'on se retrouve pour un prochain épisode, je te propose un défi simple. Essaye de repérer cette semaine un moment où le patriarcat s'infiltre, que ce soit dans ton job salarié, que ce soit dans ton business. Mets un mot dessus, même si tu ne réagis pas tout de suite, parce que voir, déjà voir clair, c'est commencer à reprendre du pouvoir. Bisous, bisous les meufs. Merci pour ton écoute. Tu sais déjà comment refaire. Abonne-toi, mets 5 étoiles et partage cet épisode. C'est ça qui fait grandir le podcast. Moi, je reste là. Je continue à parler fort pour celles qui n'osent pas encore. Je te dis à très vite. Et d'ici là, respire et surtout, secoue les règles du jeu. Merci.