- Dr Perrine Soleilland
Bonjour et bienvenue dans ce nouveau podcast Vidal, avec un sujet qui me tient particulièrement à cœur aujourd'hui de développer avec vous. Je suis le docteur Perrine Soleyan, médecin généraliste installé à Marcilly-sur-Tille et je suis accompagnée du docteur Quentin Thomas.
- Dr Quentin Thomas
Bonjour Perrine, bonjour tout le monde.
- Dr Perrine Soleilland
Bonjour. Quentin, tu es neurologue et membre du Centre de référence des maladies génétiques rares du système nerveux au CHU de Dijon.
- Dr Quentin Thomas
Exactement.
- Dr Perrine Soleilland
Nous nous retrouvons aujourd'hui pour parler de cette maladie, l'ataxie de Friedreich. Ce podcast est réalisé avec le soutien institutionnel de Biogen. Pour commencer l'introduction, cette maladie est une maladie neurogénétique rare qui est évolutive. Elle est décrite pour la première fois au XIXe siècle par le neurologue allemand Nicolas Friedreich. D'où bien sûr le nom de cette maladie.
- Dr Quentin Thomas
Exactement.
- Dr Perrine Soleilland
On peut dire aujourd'hui qu'elle touche un peu plus de 2000 personnes en France et cette ataxie est un trouble de la coordination des mouvements d'origine neurologique. Quentin, est-ce que tu pourrais nous donner plus de détails sur cette maladie ?
- Dr Quentin Thomas
Alors, avec plaisir. Déjà, cette ataxie de Friedreich, donc tu le disais, c'est une maladie génétique qui est rare et pourtant finalement pas si rare, elle fait partie des plus fréquentes de nos maladies rares. Tu le disais. Plus de 2000 patients en France, et elle va avoir une atteinte surtout et avant tout neurologique. Comme son nom l'indique, elle se traduit par une ataxie cérébelleuse, donc des patients qui vont avoir des troubles de la marche, de l'équilibre de la coordination, qui vont même évoluer vers une atteinte pour articuler, une atteinte bulbaire, des troubles de déglutition. Mais au-delà de l'ataxie, finalement, on a beaucoup d'autres symptômes. On a une atteinte neurologique riche avec un syndrome pyramidal, de la raideur. Et puis, ce que l'on ne nous dit pas, c'est qu'elle a aussi toute une atteinte extra-neurologique, une atteinte du cœur, potentiellement un diabète, et puis aussi une atteinte neurosensorielle qui va toucher la vue, l'audition.
- Dr Perrine Soleilland
Au niveau de la population, qui est le plus touché ?
- Dr Quentin Thomas
C'est quand même, surtout et avant tout, une maladie de l'enfant. On estime qu'au moins 80% des patients débutent leurs premiers symptômes avant 20-25 ans. L'âge classique, c'est vraiment 7-14 ans et s'il faut ne retenir qu'un chiffre aujourd'hui, l'âge vraiment typique, c'est 10 ans. Après, il y a malgré tout des formes de l'adulte. On a des patients qui commencent leurs symptômes au-delà de 20, 40, même 50 ans. Et plus la maladie est tardive dans son apparition, plus elle va être difficile à diagnostiquer parce qu'elle prend un autre visage avec parfois que l'ataxie cérébelleuse.
- Dr Perrine Soleilland
Est-ce que tu peux nous en dire plus sur l'évolution de cette maladie ?
- Dr Quentin Thomas
Tout à fait. Ce qu'on sait actuellement de la maladie, c'est qu'en moyenne, classiquement, les patients perdent la capacité de marcher avant 30 ans. C'est une maladie qui est tout de même handicapante. Et même en termes d'espérance de vie, on estime que l'espérance de vie moyenne est aux alentours de 37 ans. Donc une maladie qui a quand même un impact très significatif.
- Dr Perrine Soleilland
Cette maladie est donc une maladie génétique ?
- Dr Quentin Thomas
Absolument.
- Dr Perrine Soleilland
Est-ce que tu peux nous parler des principales causes ?
- Dr Quentin Thomas
Déjà peut-être peut-il être intéressant de rappeler ce que c'est une maladie génétique tout court, pour les moins généticiens qui nous écoutent. Une maladie génétique c'est donc une maladie qui touche nos gènes et un gène c'est ni plus ni moins qu'une recette qui va permettre à notre corps, à nos cellules de produire une protéine qui après va être importante pour le fonctionnement du cervelet, du cœur, etc. Et donc dans cette maladie génétique, cette recette, notre fameux code, il va être altéré par ce qu'on appelle une mutation et en conséquence, la protéine soit... elle n'est pas produite, elle n'est pas disponible dans l'organisme, ou alors elle n'est pas fonctionnelle, etc. Et donc, dans l'ataxie de Friedreich, on a exactement ce modèle-là. Le gène s'appelle FXN et il code une protéine qui s'appelle la frataxine. Et donc, ce qui se passe dans l'ataxie de Friedreich, c'est que dans notre code, on a de façon naturelle, dans ce gène, trois lettres qui se répètent, GAA, GAA, on parle de triplet. Et nos patients avec une ataxie de Friedreich, ce triplet, il va augmenter de taille, on parle d'une expansion. et en conséquence, c'est bien... l'organisme n'arrive plus à produire la frataxine. La frataxine manque à nos cellules.
- Dr Perrine Soleilland
Et à quoi sert précisément cette protéine, la frataxine ?
- Dr Quentin Thomas
Elle a beaucoup de fonctions. La grande et principale fonction, c'est qu'elle va permettre de former ce qu'on appelle des clusters fer-soufre. En gros, elle prend du fer, du soufre, elle les met ensemble. Et ces clusters, en fait, ils sont utiles à plein, plein, plein de fonctions dans notre organisme, à plein de cellules. Et ça déjà, ça explique un peu pourquoi on a une maladie aussi systémique qui touche autant d'organes. Et puis... puisque le fer ne peut plus être utilisé par nos mitochondries, c'est dans la mitochondrie que se trouve la frataxine, et bien il s'accumule dans les mitochondries, il va s'oxyder il va produire donc des radicaux libres oxygénés et ça, ça va détruire les mitochondries et en cascade détruire les cellules du cervelet du coeur, etc.
- Dr Perrine Soleilland
Cette maladie génétique fait donc partie des maladies mitochondriales dues à des mutations génétiques. Est-ce qu'il est exact de dire que pour l'essentiel, les symptômes sont neurologiques ?
- Dr Quentin Thomas
Alors oui, parce que tous les patients auront cette atteinte neurologique. C'est souvent les premiers symptômes, avec on l'a dit, ces trois grandes structures dans le système nerveux, cervelet, les voies de la proprioception et le faisceau pyramidal. Et ça, globalement, tous les patients l'auront. Donc oui, tout à fait. Après, l'atteinte extra-neurologique, elle est quand même très importante, non seulement en termes de qualité de vie, avec, on l'a dit, le diabète, possiblement des atteintes osteo-articulaires, donc scoliose, des déformations des pieds, et puis également tout ce qui est l'atteinte cardiaque et l'atteinte neurosensorielle. Donc l'atteinte extra-neurologique, elle est importante, elle conditionne aussi l'espérance de vie.
- Dr Perrine Soleilland
Quentin est-ce que tu peux nous parler des symptômes que peuvent présenter les patients ?
- Dr Quentin Thomas
Donc on a dit on a deux grandes formes, on a la forme pédiatrique, et donc pour la résumer en quelques mots, c'est donc une ataxie spastique avec des réflexes abolis de l'enfant, voilà. Ça c'est vraiment la forme classique L'atteinte extra-neurologique, souvent elle apparaît dans un deuxième temps. Et puis la forme de l'adulte, elle, elle est beaucoup plus dure à diagnostiquer parce que plus la maladie est tardive, plus on va avoir une maladie qui va finalement être très pure avec que de l'ataxie cérébelleuse. Et donc c'est... C'est aussi pour ça qu'il est important d'adresser les patients aux centres qui ont une expertise d'une manière générale en neurogenétique pour penser à cette maladie-là et d'autres qui peuvent y ressembler.
- Dr Perrine Soleilland
Depuis 1997, le diagnostic est confirmé par un test de biologie moléculaire réalisé sur une prise de sang. Comment en pratique cela se passe-t-il pour la dépister et la diagnostiquer, cette maladie ?
- Dr Quentin Thomas
Le test se fait à partir d'une simple prise de sang. Mais comme on a affaire tout de même à de la génétique, il y a des notions : un petit peu de consentement, d'informations aux apparentés, donc c'est quand même assez encadré sur le plan médico-légal. Donc c'est des analyses qui se font quand même, surtout dans des services de neurologie ou dans des services de génétique qui ont une certaine habitude, une certaine expertise. On ne peut pas faire ce genre d'analyse à partir d'un laboratoire en ville ou dans un cabinet libéral.
- Dr Perrine Soleilland
Très bien. Et j'imagine qu'il y a des diagnostics différentiels à cette maladie. Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus ?
- Dr Quentin Thomas
Alors, il y a des diagnostics différentiels. On l'a dit, il y a deux grands tableaux dans cette maladie. La forme de l'enfant avec cette ataxie mixte spastique avec des réflexes abolis. Et ça, c'est une maladie quand même assez particulière dans sa présentation.M ais d'autant plus chez la forme de l'adulte et bien finalement on va avoir plein de maladies neurogenétiques qui peuvent y ressembler ou on va avoir juste de l'ataxie cérébelleuse et c'est là où l'expertise du centre expert, du centre formé aux maladies neuro-génétiques est importante pour rechercher l'ataxie et d'autres maladies qui peuvent y ressembler.
- Dr Perrine Soleilland
Tu nous as parlé brièvement des centres spécialisés. Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus, une fois que le diagnostic est posé, quelle est la prise en charge et le suivi de ces patients ?
- Dr Quentin Thomas
En France, nos maladies rares sont prises en charge dans des filières de santé maladies rares qui sont des réseaux de centres, de services qui ont une expertise dans une thématique précise. Pour l'ataxie de Friedreich, on a deux grands réseaux qui vont s'occuper de ces patients-là, la filière Brain Team et la filière Filnemus. Et donc, autant que possible, quand on a un patient pour lequel on pense à une maladie ou on vient diagnostiquer une maladie de Friedreich, il faut les adresser à ces centres-là et eux, ils vont faire les premières évaluations et on va voir de quoi le patient a besoin déjà actuellement et puis mettre en place le suivi avec tous les professionnels médicaux et paramédicaux nécessaires aux patients.
- Dr Perrine Soleilland
La prise en charge de cette maladie est donc multidisciplinaire J'imagine que le lien avec les soins en ville par les professeurs de santé est important ?
- Dr Quentin Thomas
Il est très important. Tu l'as bien compris, je pense, on a une maladie complexe, on a une atteinte neurologique, on a aussi des atteintes au niveau du cœur, etc. Donc il faut une prise en charge qui va impliquer non seulement différents médecins, pas forcément les mêmes pour tous les patients, parce que tous les patients n'ont pas forcément le diabète, l'atteinte cardiaque, en tout cas au début de la maladie. Et puis, il nous faut des paramédicaux, c'est très important, les kinés, les orthophonistes, les ergologues, les podologues, mais également les assistantes sociales. Et donc, en fonction des patients, les prises en charge peuvent être faites soit au CHU, mais parfois aussi parce que c'est plus simple pour le patient, avec un relais de proximité. Un cardiologue en ville peut tout à fait assurer le suivi d'un tel patient. Donc, il faut effectivement ce relais et c'est là l'importance de la coordination entre le centre expert, neurologue, neuropédiatre. Et puis, le relais en ville, le collègue médecin-traitant.
- Dr Perrine Soleilland
Et donc nous, concrètement, dans notre pratique de médecin généraliste de ville en cabinet, quels peuvent être nos rôles dans l'accompagnement de ces patients ?
- Dr Quentin Thomas
Le médecin généraliste, il va être important à toutes les étapes de la prise en charge du patient. Déjà, un patient qui n'a pas encore de diagnostic, connaître la maladie, y penser, adresser au centre expert c'est très important parce que plus on arrive tôt, plus on sera efficace pour la prise en charge d'une manière générale. Pour un patient qui a déjà un diagnostic, on l'a dit, il y a plein d'atteintes possibles, toutes ne sont pas là au début, donc la vigilance du médecin généraliste est importante pour dépister le diabète, les complications au niveau du dos, tout ce qu'on a pu discuter auparavant. Et puis, au-delà du patient, il y a tout son environnement, sa famille, d'autres frères et sœurs qui ne se sont peut-être pas touchés, mais à risque, le soutien psychologique, etc. Donc voilà, le médecin généraliste, il va être important finalement à toutes les étapes de la prise en charge.
- Dr Perrine Soleilland
Donc, on comprend l'importance de l'adressage à un médecin expert le plus rapidement possible. Comment savoir où est le centre le plus proche ? Comment les contacter ?
- Dr Quentin Thomas
Eh bien, toutes nos filières maladies rares, elles ont un site internet qui est dédié.D onc par Internet, on trouve très facilement, en tapant Brain Team, en tapant Filnomus, le site, et sur le site, il y a une carte, en fait, où on va mettre tous les centres en France, et pour chaque centre, les coordonnées, la personne à contacter. Donc ça, c'est une première façon, et puis tu connais peut-être les PNDS, les Protocoles Nationaux de Diagnostics et de Soins, c'est des documents que font ces fameux centres experts, où on va résumer, justement, la maladie, ses symptômes, sa prise en charge, et dans ces documents, on retrouve également les coordonnées des filières de santé. Brain Team, Filnemus pour l'ataxie de Friedreich.
- Dr Perrine Soleilland
Merci beaucoup, Quentin, pour toutes ces informations. Si je me permets de résumer, cette maladie, cette ataxie de Friedreich, est donc une maladie rare, génétique, à l'origine d'une dysfonction mitochondriale avec une présentation plutôt neurologique. On peut effectivement voir des ataxies cérébelleuses, des atteintes pyramidales ou même bulbaires. Il ne faut pas aussi négliger les symptômes extra-neurologiques comme les scolioses, les diabètes ou les cardiomyopathies. Le pronostic est plutôt sombre avec une espérance de vie pour ces patients de moins de 40 ans et la cause est le manque de cette protéine frataxine, le déficit en protéines frataxines. Des tests génétiques permettent de confirmer le diagnostic aujourd'hui et nous rappelons l'importance de la prise en charge multidisciplinaire, en lien avec les neurologues experts et le réseau de ville très important pour le suivi de ces patients.
- Dr Quentin Thomas
C'est exactement ça, tu as tout dit. On a affaire à une maladie rare, mais finalement pas si rare. Tu le disais, plus de 2000 patients en France, des dizaines de milliers de patients en Europe. Et le caractère rare ne doit pas faire négliger la prise en charge. On a des réseaux de santé maladie rare qui sont faits pour ça Et puis cette maladie complexe, elle nécessite vraiment une prise en charge multidisciplinaire. C'est vraiment le mot-clé avec cette coordination centre-expert-ville qui est très importante et très vertueuse pour le patient.
- Dr Perrine Soleilland
Merci beaucoup, Quentin. A bientôt pour un nouveau podcast Vidal.
- Dr Quentin Thomas
Merci, à bientôt.
- Dr Perrine Soleilland
Au revoir.