- Speaker #0
Bonjour et bienvenue dans ce nouveau podcast Vidal, après avoir caractérisé la dermatite atopique dans un premier épisode. Nous allons, dans ce second volet réalisé avec le soutien institutionnel d'Almiral, aller un peu plus loin pour nous pencher sur le concept historique de marche atopique qui se trouve aujourd'hui remis en cause. Pour en parler, nous recevons le professeur Florence Tétard. Bonjour.
- Speaker #1
Bonjour Guillaume.
- Speaker #0
Vous êtes dermatologue et allergologue au CHU de Rouen. Revenons tout d'abord, si vous le voulez bien, sur le concept de marche atopique. Historiquement, de quoi parle-t-on ?
- Speaker #1
Alors la marche atopique, en fait, c'est un concept historique qui correspond à une apparition successive et stéréotypée des maladies atopiques. Donc tout d'abord la dermatite atopique avant l'âge de 2 ans, puis l'asthme entre 2 et 4 ans, et enfin la rhinoconjonctivite allergique.
- Speaker #0
On entend souvent que la dermatite atopique est la porte d'entrée de la marche atopique. Pourquoi et quelle est la différence ?
- Speaker #1
Alors en effet, la dermatite atopique est souvent considérée comme la première étape dans la marche atopique parce que, comme on l'a dit dans le précédent podcast, en fait dans la dermatite atopique, il y a une rupture de la barrière cutanée, une rupture de la barrière épidermique. Alors cette rupture, elle peut être soit liée à des facteurs génétiques comme par exemple la mutation de la filagrine, soit tout simplement liée à l'inflammation. ou encore secondaire à la dysbiose cutanée. Elle va engendrer une chose, c'est que finalement, la barrière cutanée ne va plus jouer son rôle de barrière et elle va laisser pénétrer les allergènes dans la peau. Et donc, ça peut entraîner secondairement une sensibilisation à ces allergènes et déclencher derrière des allergies alimentaires ou respiratoires.
- Speaker #0
Ça veut dire que ce dysfonctionnement de la barrière cutanée est le lien entre la dermatite atopique et les autres maladies atopiques ?
- Speaker #1
Oui, en effet, la rupture de la barrière épidermique dans l'ADA favorise la sensibilisation. Mais pas seulement. On peut aussi avoir des patients qui vont avoir une dermatite atopique et un asthme qui vont évoluer en parallèle. Et on estime par exemple qu'un patient sur deux atteint de dermatite atopique aura un asthme. Et entre ces deux pathologies, il y a un mécanisme physiopathologique commun qui est l'inflammation chronique sévère de type Th2.
- Speaker #0
Docteur Florence Tétard, pourquoi le concept de marche atopique est-il, comme évoqué en introduction aujourd'hui, remis en cause ?
- Speaker #1
Tout d'abord parce que finalement ce concept ne concerne que 3% des enfants. En fait, les enfants ou les patients, au cours de leur vie, de manière plus ou moins précoce, vont présenter différentes comorbidités atopiques comme l'as, une arénite, les allergies alimentaires. D'un patient à l'autre, ces comorbidités vont arriver dans un ordre ou dans un autre et de manière plus ou moins précoce. Ensuite, c'est assez logique. que tous les patients ne répondent pas à un type de marche atopique en particulier, puisque chaque patient va être différent, il va y avoir de multiples facteurs individuels qui vont rentrer en ligne de compte. Bien sûr, les facteurs génétiques, par exemple, est-ce que le patient a ou non une mutation de la filagrine ? Mais aussi des facteurs environnementaux, est-ce que le patient vit à la ville ou à la campagne ? Est-ce que l'enfant est exposé à un tabagisme passif ou non ? Et finalement, au jour d'aujourd'hui, par exemple, Pour un enfant. atteint de dermatite atopique, le facteur de risque de développer un asthme, ça peut être en fonction de la précocité de l'apparition de la dermatite atopique, en fonction de sa sévérité, en fonction de sa persistance, en fonction d'un taux d'hymnoglobine E élevé dans le sang, et éventuellement, est-ce qu'il y a des mutations de la filagrine ? Et puis bien sûr, les antécédents familiaux, est-ce qu'un ou deux des parents sont déjà atteints d'atopie ?
- Speaker #0
Donc, vers quoi évolue aujourd'hui le concept de marche atopique ?
- Speaker #1
Eh bien, on ne va plus parler de... une seule marche atopique, mais plutôt de trajectoires atopiques au pluriel, qui vont correspondre à la multiplicité des patients que l'on rencontre dans notre pratique.
- Speaker #0
Et on parle aussi de comorbidité atopique.
- Speaker #1
Oui, alors une comorbidité, c'est le fait que deux pathologies évoluent en même temps, sans forcément une physiopathologie commune. Dans le cadre particulier des comorbidités atopiques, pour le coup, il y a une physiopathologie commune, Puisqu'en fait... C'est le fait, chez un patient, d'une coexistence d'une ou plusieurs manifestations atopiques, comme la dermatite atopique, l'asthme, la rhinoconjonctivite, les allergies alimentaires, voire l'eczéma de contact, l'osophagite à osinophile, etc.
- Speaker #0
Revenons sur ce concept, si vous le voulez bien, de trajectoire atopique. Pouvez-vous nous le caractériser ?
- Speaker #1
Aujourd'hui, on va considérer qu'il y a différentes trajectoires atopiques. La marche atopique est une trajectoire atopique possible, mais il y en a plein d'autres. des patients qui vont avoir au départ une dermatite atopique et qui garderont toute leur vie qu'une seule dermatite atopique, de même pour l'asthme, et puis des patients qui ont dermatite atopique plus asthme ou des patients qui ont dermatite atopique plus rhinite mais sans asthme, etc. Et finalement, ce concept va répondre vraiment mieux à la multiplicité des profils patients que l'on peut rencontrer dans nos pratiques.
- Speaker #0
Une multiplicité de patients, autant de cas que d'individualités. Qu'est-ce que ces nouvelles notions induisent en termes de prise en charge ?
- Speaker #1
Tout d'abord, il faut que le dermatologue ou le pédiatre ou l'allergologue aient conscience de cela. Finalement, on va regarder son patient atteint de dermatite atopique de manière un peu interniste. C'est-à-dire qu'il va falloir déjà s'intéresser. Est-ce que chez lui, il y a des comorbidités atopiques ? Lui poser des questions. Est-ce que vous avez déjà eu de l'asthme ? Est-ce que vous avez déjà eu des rhinites ? et bien les dépister. Ça, c'est le premier point. Le deuxième point, c'est que si effectivement il y a une comorbidité, comment on va soigner le patient ? Aujourd'hui, on a plusieurs traitements systémiques à notre disposition et certains peuvent jouer sur deux comorbidités atopiques. Il y a des biothérapies qui vont améliorer à la fois l'ADL et l'asthme. Donc, c'est important d'intégrer ce concept dans la prise en charge de nos patients.
- Speaker #0
Il faut aussi, j'imagine, consulter des confrères d'autres spécialités ?
- Speaker #1
Bien sûr, c'est-à-dire que si on détecte un asthme, il ne faut pas hésiter à l'adresser à l'allergologue ou au pneumologue pour compléter la prise en charge.
- Speaker #0
Qu'est-ce que ces nouvelles notions induisent en termes de prise en charge ?
- Speaker #1
Alors, tout d'abord, ça induit qu'en tant que dermatologue spécialiste de l'ADA, quand on va voir un patient, il va vraiment falloir... penser à rechercher, à dépister ces comorbidités atopiques. Est-ce que le patient tous est gêné à des gènes respiratoires, des épisodes sifflants ? Est-ce qu'il est gêné au niveau des yeux ? Est-ce qu'il est gêné au niveau du nez ? Et puis, quand on dépiste ces comorbidités, bien sûr, l'adresser au spécialiste adéquat, le cas échéant. Ça, c'est le premier point. Le deuxième point, aujourd'hui, dans nos traitements systémiques, on a des traitements, notamment des biothérapies autour de l'IL-13, qui vont être... efficace, par exemple, dans la dermatite atopique et dans l'asthme. Donc, le fait de savoir si notre patient a une comorbité atopique ou non, va nous aider dans le choix éventuel du traitement systémique. Et enfin, la question qui se pose, et ce vers quoi on voudrait aller, c'est finalement, si on traite tôt nos patients atteints d'EDA, est-ce qu'ils vont quand même avoir cette trajectoire atopique et développer d'autres comorbités atopiques ? Aujourd'hui, il est un petit peu tôt pour répondre, puisque les traitements sont assez récents. Mais c'est la question que tous les spécialistes se posent. Est-ce que si on traite assez tôt, on pourra modifier les trajectoires atopiques chez nos patients ?
- Speaker #0
Merci pour ces explications, professeur Florence Tétard.
- Speaker #1
Merci Guillaume.
- Speaker #0
Je rappelle que vous êtes dermatologue et allergologue au CHU de Rouen. C'est la fin de ce second et dernier volet de notre podcast dédié à la dermatite atopique. Un entretien réalisé avec le soutien institutionnel d'Almiral. A bientôt pour un nouveau podcast Vidal.