- Speaker #0
Bonjour et bienvenue dans ce nouveau podcast Vidal, le podcast qui donne de la voix aux soignants. Pour cet entretien réalisé avec le soutien institutionnel du laboratoire AstraZeneca, nous allons parler de l'amylose héréditaire à transthyrétine, dite hATTR, et plus spécifiquement celle avec polyneuropathie. L’hATTR est une maladie héréditaire, rare, pouvant être grave et invalidante. Elle touche un peu plus de 500 personnes en France. Elle concerne les sujets adultes, après 20 ans, mais le début de la maladie peut varier selon l'âge. Dans ce premier de nos deux volets consacrés à l’hATTR, nous allons justement préciser le diagnostic de cette maladie avec le docteur Céline Labeyrie. Bonjour.
- Speaker #1
Bonjour Guillaume.
- Speaker #0
Vous êtes neurologue à l'hôpital Bicêtre de l’APHP. Avant de parler du diagnostic, pouvez-vous, s'il vous plaît, nous rappeler ce qu'est l'amylose héréditaire à transthyrétine ?
- Speaker #1
Tout d'abord, pour commencer, je trouve qu'il est important de resituer cette maladie dans le grand groupe des amyloses. On a tout d'abord l'amylose AL, qui est une maladie acquise, hématologique, et ensuite on a les amyloses à transthyrétine, au sein desquelles vous avez deux maladies. Une première qu'on appelle l'amylose transthyrétine sauvage, qui est due au vieillissement mais qui n'est pas causée par une mutation génétique, et une deuxième qui est l'amylose à transthyrétine héréditaire dont on va parler aujourd'hui, la fameuse hATTR. C'est donc une maladie qui est due à une mutation génétique sur le gène de la TTR, ce qui va induire un mauvais repliement de la protéine transthyrétine qui est fabriquée par le foie. Et cette protéine mal repliée et déstabilisée va se désagréger en fibrilles qui vont pouvoir se déposer dans des organes cibles comme le nerf périphérique, le cœur, les reins ou le tractus gastro-intestinal, ce qui va entraîner des symptômes qui vont être invalidants pour le patient.
- Speaker #0
L’hATTR peut donc atteindre plusieurs organes et on peut en avoir plusieurs présentations cliniques ?
- Speaker #1
Oui, exactement. Et d'ailleurs, on a tendance finalement à différencier les hATTR en fonction de l'organe atteint. On a en effet des mutations qui vont être plus ou moins propices à telle ou telle atteinte d'organes. Et on va avoir par exemple une présentation cardiaque pure qu'on appellera alors l'hATTR-CM pour cardiomyopathie. Et on va avoir d'autres mutations où il y a un risque d'atteinte du système nerveux périphérique, donc un risque de polyneuropathie, et on appellera ces formes-là hATTR-PN. Bien sûr, on peut avoir des formes mixtes qui associent ces deux atteintes. On peut aussi avoir des formes plus rares qui peuvent coexister ou être isolées, telles que des formes oculaires ou rénales. En tout cas, ce qui est marquant, c'est que c'est une maladie qui existe tout autour du monde, avec des zones d'endémie où elle est plus fréquente. En France en particulier, on peut avoir des patients d'origine portugaise, qui est une zone d'endémie où la maladie est plus fréquente, avec la particularité d'avoir des âges de début qui sont plus précoces, qui se situent vers 20-30 ans, alors que dans le reste de la population française, on peut avoir des débuts plus tardifs, voire très tardifs, jusqu'à 80 ou 90 ans.
- Speaker #0
Nous y reviendrons, mais si vous le voulez bien, nous préciser quels sont ces symptômes chez les patients ayant une manifestation en rapport avec la neuropathie.
- Speaker #1
Dans la polyneuropathie liée à l'amylose hATTR, vous allez retrouver les mêmes symptômes que dans les polyneuropathies en général, comme des troubles sensitifs au pied, mais avec certaines caractéristiques, on va en reparler plus tard. On peut avoir en particulier une faiblesse motrice qui arrive assez rapidement. On peut même avoir certaines formes qui vont débuter par une atteinte des mains, ce qui est atypique dans les polyneuropathies en général. Et puis, on peut avoir une atteinte du système nerveux végétatif avec un amaigrissement, des troubles digestifs. Donc, finalement, il y a une assez grande variété de symptômes.
- Speaker #0
Docteur Céline Labeyrie, comment le médecin généraliste, dans son cabinet, peut-il avoir une suspicion de la maladie ?
- Speaker #1
Je dirais qu'il y a trois situations cliniques. La première, c'est celle d'une polyneuropathie avec des signes de gravité, avec des drapeaux rouges, tel qu'un amaigrissement important, une grosse dysautonomie ou une rapidité d'évolution. La deuxième situation, c'est si le patient a une cardiomyopathie associée qu'on ne comprend pas bien, chez un patient par exemple qui n'a pas d'hypertension connue. Et la dernière situation, c'est s'il existe des antécédents familiaux évocateurs d'amylose ATTR, comme une cardiopathie ou également une polyneuropathie chez un des parents ou des frères et sœurs du patient.
- Speaker #0
Si un médecin généraliste suspecte une neuropathie amyloïde, qui peut-il contacter ?
- Speaker #1
La première étape, ce sera de contacter un collègue neurologue en libéral ou hospitalier pour réaliser une consultation, pour faire un examen clinique plus détaillé à la recherche de ces fameux drapeaux rouges qui doivent faire suspecter la maladie et puis surtout pour réaliser un électromyogramme qui sera l'examen clé pour diagnostiquer la polyneuropathie. Ensuite, le neurologue, en association avec le généraliste, pourra en référer à un centre neuromusculaire, organisées en filière sur l'ensemble du territoire français. Donc c'est la filière FILNEMUS, ce sont des centres de référence en général dans des CHU qui sont habitués à prendre en charge ce genre de pathologie et à en réaliser le diagnostic.
- Speaker #0
Alors une fois chez le neurologue, y a-t-il des examens spécifiques pour confirmer le diagnostic ?
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Donc une fois que l'électromyogramme a été réalisé, pour mettre en évidence l'atteinte d'organes, c'est-à-dire la polyneuropathie, il va falloir faire la recherche de mutations par un test génétique et ensuite faire le lien entre les deux, entre l'atteinte d'organes et la mutation, par la réalisation de biopsies à la recherche de dépôts de cette protéine transthyrétine qu'on appelle donc des dépôts amyloïdes.
- Speaker #0
Vous avez évoqué une particularité de cette pathologie qui touche fréquemment les personnes d'origine portugaise. Faut-il systématiser les tests génétiques auprès de cette population ?
- Speaker #1
Alors, il y a deux questions en une. La première, c'est si vous avez un patient symptomatique, donc avec une polyneuropathie et qui est d'origine portugaise. Oui, il faut penser à l'amylose transthyrétine et il est licite, si on a des drapeaux rouges dont on a parlé précédemment, d'aller faire cette recherche génétique. Donc là, ce sera une recherche diagnostique. Et on a une deuxième situation, c'est celle des apparentés. En France, on peut faire un dépistage génétique même si on n'a pas de symptômes, si on est apparenté au premier degré à un patient qui a une amylose prouvée. Donc les parents, frères et sœurs ou les enfants d'un cas index, qui est donc un cas malade avec polyneuropathie confirmée.
- Speaker #0
Docteur Céline Labeyrie, le médecin généraliste dispose-t-il de ressources en accès libre pour une information utile sur cette maladie rare ?
- Speaker #1
Oui, sur Internet, on peut trouver trois sources d'informations. La première, c'est un PNDS qui a été écrit et coordonné par notre centre, qui est disponible sur Internet. Le deuxième, ce sera les sites des plateformes maladies rares, que ce soit le nôtre ou plus généralement les centres de la filière FILNEMUS. Et enfin, il y a un site qui est extrêmement précieux et très riche en informations, qui est le site de l'association des patients qui s'appelle Association Française contre l'amylose et qui regorge de pépites aussi bien pour les soignants, les généralistes que les patients eux-mêmes.
- Speaker #0
Pour conclure, quels sont les points clés à retenir pour un bon diagnostic de la neuropathie amyloïde ?
- Speaker #1
Il faudra y penser devant une neuropathie sévère, évolutive, surtout si elle est associée à une cardiopathie ou à des antécédents familiaux. Et en fait, vraiment, il faut retenir qu'il ne faut pas la rater parce que c'est une maladie qui se traite, et que les traitements seront d'autant plus efficaces qu'ils seront démarrés tôt. Et derrière, il n'y a pas que le patient, il y a toute sa famille à qui on pourra proposer un dépistage pour avoir un suivi adapté, là aussi, pour pouvoir traiter dès l'entrée dans la maladie si elle a lieu.
- Speaker #0
Docteur Céline Labeyrie, merci.
- Speaker #1
Merci à vous.
- Speaker #0
Je rappelle que vous êtes neurologue à l'hôpital Bicêtre de l'APHP. C'est la fin de notre entretien dédié à la hATTR. Il a été réalisé avec le soutien institutionnel du laboratoire AstraZeneca. A bientôt pour un nouveau podcast Vidal, le podcast qui donne de la voix aux soignants.