- Speaker #0
Enquête d'accord, l'art de communiquer et d'être en lien. Émilie est professeure des écoles depuis plus de 20 ans, passionnée par les questions d'éducation et de communication. Elle partage sa vision de l'école sur les réseaux sociaux et rencontre très vite une résonance extraordinaire, révélatrice à la fois de l'importance cruciale des enjeux éducatifs des préoccupations grandissantes des parents et du mal-être d'une profession en pleine désaffection. Face à cela, Énilie répond par un enthousiasme lucide,
- Speaker #1
un engagement profondément humain et la conviction intime qu'il n'existe pour elle aucune autre voie que celle de kiffer l'école.
- Speaker #0
Bonjour Émilie.
- Speaker #1
Bonjour Imane.
- Speaker #0
Je suis tellement heureuse de t'accueillir. On s'est échangé il y a quelques temps, peut-être un mois ou deux. On s'est rendu compte qu'on s'était croisé par l'esprit et nous voilà enfin pour de vrai, ensemble, pour évoquer un sujet qui me tient à cœur, qui te tient à cœur, qui est l'éducation. T'en as fait ton métier, t'en as fait un livre. et Plein de publications sur les réseaux sociaux. C'est comme ça que je t'ai connue. C'est comme ça que je t'ai écoutée et découverte pour la première fois. Et le hasard a fait que toi aussi, tu as écouté quelques-uns des podcasts.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #0
Et comme les esprits se retrouvent, on a constaté qu'il y avait beaucoup, beaucoup de similitudes. D'ailleurs, ça fait beaucoup sourire.
- Speaker #1
Oui, tout à fait.
- Speaker #0
Les choses qu'on a en commun.
- Speaker #1
J'ai écouté énormément d'épisodes de ton podcast avant qu'on se parle. Et j'étais ravie que tu m'invites. Donc, merci beaucoup pour cette invitation.
- Speaker #0
C'est un honneur pour moi. Je ne m'étais pas dit un jour que tu écouterais les sujets de facteurs humains. Cet été, j'étais en train de travailler beaucoup sur les facteurs humains, mais c'est tellement évident que ça intéresse tout le monde et c'est tellement évident que ça touche à la pédagogie qu'au fait, au final, c'est normal qu'on se rencontre un peu aujourd'hui.
- Speaker #1
Tu sais que parfois, moi, je lis des livres sur la négociation, donc du VIGN et de choses comme ça. Et là, quand j'ai écouté tes épisodes sur le pilote d'Air France... les médecins, les personnes qui s'occupent de personnes en fin de vie. En fait, tout ça, dès que ça touche à la communication, j'ai l'impression qu'on dit à peu près tous la même chose, qu'on en arrive tous aux mêmes conclusions, que la façon de s'adresser à l'autre est tellement importante et qu'on fait passer des messages... Enfin, on va en parler, c'est tout ce qu'il y a du podcast, mais les mêmes façons de faire passer des messages et que quand on commet des erreurs de communication, on se retrouve face aux mêmes incidents, parfois des avions qui s'écrasent et parfois un enfant qui décroche à l'école. Parfois, la parole peut tout... Tout changer.
- Speaker #0
Tout changer, c'est ça. C'est-à-dire, elle peut ouvrir des portes, mais ça peut être des murs. C'est comme ça qu'on dit.
- Speaker #1
Absolument.
- Speaker #0
Et les similitudes nous font tellement rigoler quand on parle de communication thérapeutique. Tous les enjeux qui peuvent parfois être différents, mais qui se ressemblent dans l'application, quand on s'adresse à un patient, quand on s'adresse à un enfant. C'est un peu pareil. On est sur des sujets profondément humains. Et donc ? On a tellement de choses à se dire, on a déjà partagé, mais on a envie de partager ça avec les auditeurs, les tiens et les miens. Et pour te présenter aux miens, j'ai envie de dire simplement que tu es institutrice, tu es maîtresse d'école depuis plus de 20 ans avec une grande, grande expérience. Tu es passionnée par la communication de façon générale. tu en as fait ton sujet, tu lis beaucoup, tu... essaie d'appliquer et tu as essayé d'appliquer déjà beaucoup de méthodologies dans ta façon de voir l'éducation, dans ta pratique quotidienne, et tu la partages et tu la transmets à tes auditeurs nombreux. Tu es aussi maman de trois enfants et ça, ça compte.
- Speaker #1
Ça fait partie de la pratique.
- Speaker #0
Tes réseaux sociaux ont commencé durant le confinement parce qu'au départ, tu voulais échanger, donner des petites astuces d'activité ?
- Speaker #1
Disons qu'il fallait qu'on garde le lien avec les familles pendant le confinement. Je me suis dit que ce serait simple de faire une petite vidéo que je diffuserais sur YouTube. Au début, c'était un partage privé. Chaque enfant pouvait avoir une petite activité à faire en famille pour garder le lien. Je m'adressais directement à eux. On m'a demandé si je pouvais les passer en public parce que la classe d'à côté, il y avait quelqu'un que ça intéressait. Ensuite, de fil en aiguille, il y a eu quelques milliers de personnes qui ont commencé à me suivre pendant le confinement sur YouTube. Donc là, je ne faisais vraiment pas de montage. Je m'adressais vraiment à mes élèves face caméra. Et d'ailleurs, c'est une personne, une grand-mère qui me suivait, qui m'a dit, vous savez, mon petit-fils m'a dit que si vous tourniez le téléphone, on vous verrait mieux. Donc, c'était vraiment autodidacte. C'était très drôle. Et puis, je me suis pris au jeu. Et puis, quand le confinement s'est arrêté, j'ai eu envie de continuer à parler de mon métier d'éducation. Et je me suis plus adressée. Aujourd'hui, je m'adresse plus à mes collègues et aux parents.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
et plus aux enfants directement.
- Speaker #0
Oui, qui te sollicitent, les instituteurs, tes collègues, tes parents qui te sollicitent pour des sujets et pour avoir ton avis sur... Oui, ça peut arriver.
- Speaker #1
Je reçois pas mal de messages avec des questionnements.
- Speaker #0
Alors, Le début n'a pas été facile. Les débuts, de toute façon, de ce métier, parce que c'est un métier extrêmement exigeant, tu m'en parleras peut-être tout à l'heure, c'est des métiers qui sont exigeants et physiquement, mentalement. Et au départ, on est un petit peu largués.
- Speaker #1
Oui, j'ai envie de dire qu'on n'est pas vraiment préparés à ce qui va nous tomber dessus le premier jour où on se retrouve seule face à une classe, avec toutes les problématiques que ça contient. Ce n'est pas simple. Ça m'est arrivé de rentrer en pleurant. Même quand j'avais des classes dites faciles, de me dire, oh là là, mais comment je vais trouver l'énergie d'y retourner ? Comment je vais gérer cette situation ?
- Speaker #0
Justement, dans ton livre, tu parles beaucoup de ces débuts qui sont quand même laborieux, où on se demande quelle est la chose la plus importante. Au départ, comme toute institutrice qui a envie de bien faire, on apprend les fondamentaux. On apprend ce qu'on doit préparer. Il y a beaucoup de préparation, beaucoup d'organisation. On apprend à évaluer. à avoir des retours et une appréciation sur ce qui a été enseigné. Ce que tu dis dans le livre, c'est que très vite, on se rend compte que tout ça ne sert à rien si on n'a pas une classe réceptive. Et ça, ce n'est pas forcément enseigné ni formé. Et ça a été ta principale difficulté et probablement la principale difficulté de beaucoup de...
- Speaker #1
Tout à fait. Comment on s'adresse à un groupe d'enfants ? Comment on attire leur attention ? Comment on maintient leur attention ? Qu'est-ce qui est important pour eux ? soit c'est des choses... J'ai l'impression que dans le domaine du privé, les gens sont formés à la communication. Prendre la prise de parole en public, c'est quelque chose qui s'enseigne en banque, j'imagine, dans plein de milieux différents. Et c'est vrai que nous, on est face à un public très exigeant, parce qu'un enfant de 4 ans qui n'est pas intéressé ou qui a envie de faire autre chose, il vous le dit de façon très, très claire. Il se retourne, il part à quatre pattes, il rigole, il se lève, il quitte la pièce. Donc, il faut vraiment savoir les intéresser, ces enfants-là. Donc, comment on fait pour capter son auditoire ? Et comment on fait pour faire passer un message ? Ça s'apprend et ce n'est pas évident.
- Speaker #0
Tu dis tout de suite que la prise de conscience, ça a été l'enjeu, ce n'est pas de transmettre particulièrement tous les fondamentaux que tu dois transmettre en fonction des niveaux. C'est surtout comment faire en sorte de maintenir une classe dans une ambiance qui est propice à la transmission de ce que tu veux transmettre.
- Speaker #1
Tout à fait. Donc là, on parle de gestion de classe et la gestion de classe, c'est vrai que moi, On ne m'a jamais donné un cours. Je n'ai jamais appris à gérer ma classe. Qu'est-ce qu'on fait quand deux enfants se bagarrent, se fâchent parce que l'un a fait tomber le stylo de l'autre ? Comment on intervient dans ces cas-là ? Et certes, peut-être qu'il faut qu'ils apprennent leur table de multiplication ou qu'ils fassent du français, de la lecture, je ne sais quoi. Mais si, à un moment donné, ils sont tous les deux pris dans un conflit, qu'est-ce que je fais, moi, en tant qu'instit, pour qu'ils reviennent à la règle de grammaire ou pour qu'ils terminent leur exercice ? Ça, on ne me l'a jamais appris. Et je pense que c'est ce qui met vraiment le plus de profs en difficulté quand ils débutent. C'est l'enfant qui se lève et qui crache. Oups, moi j'ai des savoirs fondamentaux à transmettre. Là, j'étais partie, ma fiche de prép, elle est parfaite. Ma fiche de préparation, c'est le document que j'ai préparé en amont de la séance. Tout se déroulait bien et là, je suis face à ça. Évidemment que tout s'arrête. Et comment je redémarre ? Comment je gère ça à cet instant pour pouvoir continuer et enseigner ?
- Speaker #0
Ces interrogations, cette appréhension, laissent place à un mal-être que les instit connaissent vraiment très bien. C'est-à-dire les premières fois, ce sont des fois où on arrive dans des endroits peu connus, par exemple quand on doit remplacer ou quand on doit démarrer dans le métier, on est quand même pris avec un mal au ventre, avec une appréhension, avec une inquiétude, dans laquelle on n'est pas toujours accompagné. On est seul face à une classe à tenir.
- Speaker #1
Et ce qui est d'autant plus dur, c'est que notre réaction, qui va peut-être être, comme on ne sait pas comment réagir, on va peut-être se mettre à lever le ton. La première chose qui nous vient à l'esprit, c'est menacer, punir. Et du coup, on se retrouve dans un cycle infernal parce que je sais que ça ne marche pas. J'ai de l'expérience pour dire que non, la punition, ça ne marche pas. Mais comment je fais quand je débute face à un enfant qui a un comportement qui me pose problème pour réagir autrement que par... Ça suffit, assieds-toi, ne dis pas ça, termine ton travail, si on ne m'a pas appris à faire autrement. Et donc, je trouve que ce qui est dur, c'est de rentrer chez soi en se disant « J'ai passé ma journée à crier. Mais en fait, j'ai envie de pleurer parce que j'ai trouvé ça dur et j'ai envie de pleurer parce que je ne me reconnais pas. Je n'ai pas envie d'être cette personne. Moi, si j'ai fait ce métier, c'est parce que j'adore les enfants, parce que j'ai envie de transmettre. Ce n'est pas pour devenir quelqu'un qui crie, qui s'énerve, qui se fâche, qui punit, qui sépare, qui menace et qui, du coup, n'est pas heureux dans son métier.
- Speaker #0
J'ai une anecdote, je t'en ai parlé. celle qui m'a beaucoup touchée, qui est en début du livre, et qui a probablement été l'un des électrochocs, ou celle qui a... Tu sais, quand il y a une prise de conscience, mais il y a des événements qui peuvent un petit peu servir de catalyseur, et qui poussent à une action, c'est quand tu rentres à la maison, tu es complètement abattue, tu n'es pas bien, et tu dis que tu ne veux plus retourner à l'école, que c'est trop dur. que tu dis à ton compagnon que ce n'est pas possible parce que les enfants sont violents entre eux, que tu ne supportes plus ça et que tu n'as pas la force d'y retourner le lendemain. Et là, il te répond, Émilie...
- Speaker #1
C'était des enfants de CE1. Je me souviens très bien de cette école. Et il me répond, Émilie, n'oublie pas que ce sont des enfants. Et ça m'émeut.
- Speaker #0
Mais je comprends, parce qu'au fait, il y a des évidences.
- Speaker #1
Oui, c'était une évidence. Je pense que je m'étais mis en tête que c'était des élèves. que j'avais une mission que je prends très à cœur. J'ai envie de transmettre. Les programmes sont importants. J'avais vraiment envie de transmettre des choses. Et là, je me suis retrouvée dans une position où les élèves n'étaient pas élèves avec moi. Ils ne correspondaient pas à ce que je m'étais imaginée. Et j'étais vraiment en difficulté. Et cette petite phrase toute simple, rappelle-toi que ce sont des enfants, je me suis dit mais quelle évidence. Mais c'est vrai que ce sont des enfants. Alors attends, un enfant, si je devais m'occuper d'enfants quand je me suis occupée de mes neveux et nièces ou sur... Il faut que je les amuse, il faut que je les intéresse, il faut que je les écoute. Et en fait, je m'étais permise, je crois, de penser à eux comme autre chose que des élèves et des apprenants. Ça a été dur quand même, le reste de l'année avec cette classe. C'était quand même difficile. C'était une mise de conscience qui m'a fait du bien et qui m'a peut-être aussi déclenché cette envie de m'interroger et me dire, OK, là, je suis face à un mur, il faut que je fasse autrement, sinon je vais y rester. Donc, je pense que ça a déclenché une envie de formation personnelle et de réflexion sur le sujet. Et ça, c'est super. Par contre, ça n'a pas suffi parce que je passe une très bonne année.
- Speaker #0
C'est ça, c'est parce que toutes les clés n'étaient pas encore à ta disposition. Exactement. Mais ça a enclenché, au fait, une prise de conscience et ça a poussé aux actions qui allaient venir. Tout simplement. Et l'autre chose dont tu parles, c'est l'anecdote, tu sais, de la cour de récréation quand tu étais remplaçante. Donc ça, c'est quelque chose de... d'absolument poignons dont tu parles au début de livre et qui caractérise et qui explique tout le reste de tes actions et ton engagement par la suite et c'est pour ça que j'ai bien envie de la partager avec mes auditeurs. Tu racontes quand tu as été en remplacement dans une zone prioritaire et que tu arrives là une boule au ventre, c'est toujours comme ça, quand on connaît pas un endroit, quand on sait pas où on atterrit. On ne connaît pas les élèves.
- Speaker #1
D'autant que j'avais plutôt l'habitude des jeunes et que là, je remplaçais dans un CM2 et je m'étais imaginée des grands gaillards et des enfants qui allaient me répondre.
- Speaker #0
Et tu as été vite rassurée parce qu'encore une fois, c'était des enfants.
- Speaker #1
Exactement. C'est ça,
- Speaker #0
c'est la bonne nouvelle. Mais alors, ça se corse parce que tu essayes de te détendre. On est en cours de récréation. En cours de récréation.
- Speaker #1
Il y a deux garçons de ma classe qui se lancent des balles. Et parce que j'ai envie de créer du lien et que je les trouve fort sympathiques, je lui dis « tiens, fais-moi une passe » . Et comme je joue au foot, c'est un truc que je fais souvent en cours de récréation, c'est de montrer que je sais jongler, faire un petit crochet, ça les amuse et puis ils trouvent ça « waouh » . Et du coup, c'est une façon de rentrer en lien. Et donc l'enfant pose le ballon au sol et hésite. Et je lui dis « si, fais-moi une passe au pied » . Et donc il me fait une passe au pied, je lui renvoie la balle du plat du pied. Et là, patatras ! C'est cool !
- Speaker #0
Je l'ai encore en tête, tu dis, il y a une collègue qui sort les cheveux au vent et l'écume aux lèvres. Elle hurle sur le garçon.
- Speaker #1
Elle hurle sur l'enfant, l'appelant par son prénom, en lui disant, je ne me souviens plus exactement des termes, mais je l'avais noté à l'époque. Humiliation. Humiliation, mais qu'est-ce que tu fais ? Depuis combien de temps tu es dans cette école ? Est-ce que tu ne connais toujours pas les règles ? Ce n'est pas possible. Et en fait, je comprends, parce que l'enfant m'explique après, qu'on, dans cette cour de récréation, on n'a pas le droit de jouer au foot, on n'a pas le droit de se faire des passes au pied et que c'est uniquement à la main. J'imagine parce que la cour est petite, pour éviter les accidents, j'en sais rien. Bon, c'était la règle de l'école et je la connaissais pas.
- Speaker #0
Sauf qu'elle lui parle, mais comme un...
- Speaker #1
Sauf qu'elle lui parle extrêmement mal. Moi, je suis un peu prise de cours, donc je lui dis, non, mais c'est de ma faute, c'est moi qui lui ai demandé de me faire une passe. Et là, elle se retourne vers moi, elle fait, non, mais toi, t'es nouvelle, tu peux pas savoir, mais lui, il sait très bien. Donc, elle s'adresse à lui comme si c'était... Je ne saurais pas le dire. Je vois, en fait, la détresse de cette femme qui, clairement, est fatiguée de répéter les mêmes choses, qui, peut-être, a du mal à asseoir son autorité. Je vois sa détresse à elle, en fait. Et je me dis, waouh, elle en est arrivée à ça de... Je ne sais même pas comment finir ma phrase. Je me dis, mais la pauvre, en fait.
- Speaker #0
Comment on en arrive là ? Le changement d'attitude, c'est-à-dire avec toi. Deux secondes avant, il était souriant. Il était souriant. Il était ouvert.
- Speaker #1
Il était ouvert, exactement.
- Speaker #0
Et il s'est fermé comme une huître.
- Speaker #1
Oui, il s'est fermé comme une huître.
- Speaker #0
Il a ravalé sa colère.
- Speaker #1
Il a ravalé sa colère. Il a marmonné quelque chose dans sa barbe.
- Speaker #0
Et c'est pourquoi il t'a dit qu'il y ait l'habitude.
- Speaker #1
Et quand je suis allée le voir, je lui ai dit, écoute, je suis absolument désolée. Parce que je trouvais que c'était... Il fallait que je m'excuse auprès de tous les adultes en général, que quelqu'un lui parle sur ce temps. Ça m'avait vraiment choquée. Donc je lui ai dit, écoute, je suis vraiment désolée. qui ont écrit dessus parce que je ne connaissais pas la règle. Et si j'avais su, je ne t'aurais jamais demandé de me faire une passe au pied. Et il m'a répondu, oui, mais je suis habituée. En gros, on parle toujours comme ça ici. Et ça, ça m'a vraiment choquée. Je me suis dit, waouh, cet enfant qui s'était ouvert est redevenu l'enfant, finalement, que j'avais peur de rencontrer quand je m'étais imaginée dans cette cour de CM2, en me disant, je vais me retrouver face à des enfants qui me parlent mal, qui me répondent. Et en fait, il s'est fermé. Et j'ai vu sa colère et je me suis dit, oui, là, s'il pète un câble contre un autre enfant, ça ne sera pas étonnant, en fait. Alors que c'est juste un enfant qui ne demande qu'à s'amuser et qui était heureux d'être en lien. Et moi, j'étais très heureuse d'être en lien et j'étais contente d'être sa maîtresse à ce moment-là.
- Speaker #0
C'est ça. Alors, tu décris le déroulement encore de la journée. Tu dis que cette même personne va demander à ta classe de s'arranger. et la manière dont elle s'est adressée à eux tous. c'était je ne sais pas qui enlève ton pouce de ta bouche t'as plus l'âge de faire ça ta capuche je t'avais dit et puis silence en hurlant comme ça en fait elle pensait me rendre service parce que comme je débutais dans le métier que j'étais un peu jeune,
- Speaker #1
un peu larguée elle s'est dit bon ben je vais l'aider à avoir un rang avec des élèves en rang 2 par 2 parce que elle ne va jamais s'en sortir Merci. Alors que déjà, moi, une classe qui se déplace en nuage et pas en rang 2 par 2, ça me va très bien à partir du moment où ils marchent doucement et qu'ils chuchotent. Voilà, je n'ai pas besoin qu'ils soient 2 par 2. Ça, c'est un autre sujet. Et je me suis dit, mais comment elle peut espérer obtenir 2 qui obtempèrent et qui aient un climat de classe serein après ça ? Une fois, moi, si on me crie dessus, qu'on m'insulte, qu'on m'humilie. Je n'aurais pas envie d'apprendre quoi que ce soit. Je n'aurais pas envie de m'asseoir comme il faut, derrière une chaise, sortir mon cahier et puis recopier une leçon. Jamais. J'aurais envie de me rebeller, c'est sûr.
- Speaker #0
Et là, c'est une prise de conscience majeure. Là, tu as mal. Là,
- Speaker #1
j'ai mal pour tout le système. J'ai mal pour les élèves, pour les profs, parce qu'on n'est pas formés, parce que je me dis qu'il y a du boulot.
- Speaker #0
J'ai presque envie de dire que tu as décidé de vraiment kiffer l'école. qui fait l'école et pour toi, pour tes élèves, pour les parents que tu vas rencontrer, parce que ça, c'est un enjeu aussi qui est super important. On n'apprend pas aux gens de s'adresser aux parents, c'est tout un art. Et puis, si possible, de transmettre autour de toi à quelques personnes qui sont réceptives, notamment des instituteurs ou des collègues à toi qui sont réceptifs. Tout n'est pas rose. Tout le monde n'est pas encore... en mesure d'entendre le message, mais tu le fais et tu as une résonance incroyable parce que le nombre de personnes qui t'écoutent régulièrement depuis tant d'années est exponentiel et ça dénote simplement de l'importance du sujet.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
c'est vrai. C'est un sujet qui touche au cœur. C'est un sujet qui touche chaque parent. Ce sont les paroles qu'on recherche. C'est comme ça où on a envie d'accéder à l'école.
- Speaker #1
C'est vrai que parfois, je reçois des messages vraiment très, très touchants de personnes qui me disent « j'ai écouté ce que vous avez dit, je l'ai appliqué, c'est incroyable comme ça marche et je vous remercie parce qu'avant, telle situation, c'était conflictuel avec mon enfant ou j'avais pour habitude de m'énerver quand il se passait ça et depuis que j'ai essayé ça, c'est fou parce que la classe est beaucoup plus calme et ça me fait vraiment, vraiment plaisir parce que tout ce que j'ai découvert quand je l'applique et que je vois que ça marche, je me dis « mon Dieu, ce n'est pas sorcier en fait » . tellement contente de pouvoir le transmettre et de l'avoir appris, moi, dans mes petites formations personnelles, je tiens à le préciser parce que, comme ce n'est pas enseigné encore à l'éducation nationale, c'est vrai qu'il a fallu que je me forme par moi-même. Là, aux prochaines vacances, je me refais un petit stage en communication, justement. Ah wow, tu me racontes. Communication non-violente. Enfin, j'écoute des podcasts comme le tien, aussi.
- Speaker #0
Donc, c'est des facteurs humains, en fait.
- Speaker #1
Oui, toujours.
- Speaker #0
Toujours.
- Speaker #1
On revient toujours là.
- Speaker #0
Mais... Avant d'entrer dans le livre « Kiffer l'école » , j'ai envie de te poser la question. Est-ce que tu kiffes l'école maintenant, Émilie ?
- Speaker #1
Alors, aujourd'hui, j'ai passé une excellente matinée. On est mercredi, donc je n'ai travaillé que le matin. Et vraiment, j'ai kiffé. J'ai kiffé les interactions avec mes élèves, le travail que je leur ai proposé. C'était bien ciblé, ça intéressait tout le monde. Les enfants étaient au travail, super. Et de temps en temps, il y a des journées où je me dis « Waouh, combien de temps je vais tenir dans ce métier ? » Donc, c'est assez fluctuant, mais globalement, la balance est plutôt positive. Donc, oui, je kiffe ce métier parce qu'en ce moment, j'ai des conditions excellentes. J'ai une classe dédoublée, c'est-à-dire qu'ils sont 14. Donc, ça, c'est exceptionnel. Et je crains, l'année prochaine, il y a des suppressions de classes. Donc, il est tout à fait possible que je repasse à une classe à plus de 25. Et ça, ça m'inquiète vraiment. Donc là, j'ai vraiment des bonnes conditions de travail. Je m'entends bien avec mes collègues. L'inclusion, c'est un vrai sujet aussi. Et cette année, dans l'école, les enfants qui ont besoin d'être accompagnés ont des AESH. Certaines années, quand c'est compliqué, que les collègues ne sont pas remplacés, qu'on est tous fatigués, qu'on est très nombreux dans les classes.
- Speaker #0
Rappelle-moi tes niveaux.
- Speaker #1
En maternelle, ça change tous les ans.
- Speaker #0
Et cette année ?
- Speaker #1
Cette année, j'ai des grandes sections.
- Speaker #0
C'est des grandes sections. Donc, tu les prépares pour passer aux primaires.
- Speaker #1
Voilà, il faut aller au CP.
- Speaker #0
Avec des interactions qui doivent être juste incroyables.
- Speaker #1
Entre eux, avec moi, c'est très chouette.
- Speaker #0
C'est vraiment très sympa. Et donc, est-ce qu'il y a des sujets de prédilection actuellement ? Parce que dans le livre, il y a plein de sujets que j'ai envie d'aborder avec toi. Quelles sont les choses qui te tiennent à cœur en ce moment ?
- Speaker #1
Alors, en ce moment, avec mes élèves, la phrase que je sors, c'est « je comprends » . Est-ce que tu penses que tu pourrais le dire autrement ? Est-ce qu'on peut réussir ? Je comprends ton énervement, je comprends ta colère, je comprends ton conflit. D'accord, il s'est passé ça, donc je mets des mots sur ce que l'enfant m'explique. Actuellement, je ne prends pas position. Et ensuite, je lui dis, est-ce que tu pourrais dire ce dont tu as besoin à telle personne ? Et je leur demande de parler en girafe. Donc ça, je reprends l'écoute de la CNV, de la communication non-violente. Quand on parle en chacal, on s'aboie dessus, on s'agresse. Tu as fait ci, tu as fait ça. Ça se passe très mal généralement parce qu'on n'a qu'une seule envie, c'est d'aboyer en retour. Et donc la girafe, elle, va parler avec le cœur, va essayer de se mettre à la place de l'autre, ou en tout cas utiliser des mots qui ne vont pas mettre d'huile sur le feu. J'apprends aux enfants à formuler qu'ils soient mécontents, c'est une chose, mais qu'ils arrivent à formuler leur mécontentement de manière à ne pas blesser l'autre et surtout à pouvoir résoudre le conflit. Donc, ça va donner... Oui, mais je l'ai tapé parce que si ça, de toute manière, il n'est pas gentil. Et puis en plus, à chaque fois que je fais ça, je fais « Attends, excuse-moi. » Toi, ce que tu aimerais, c'est ça. Est-ce que tu peux tout simplement lui dire « Je n'aime pas quand on s'assied sur ma chaise. » Je donne un exemple au hasard. « S'il te plaît, la prochaine fois, demande-moi. » Je les aide à reformuler et on essaie de se parler en girafe. On parle de ce qu'on ressent, on en parle de nos besoins. Et on essaie de formuler tout simplement... Une demande qui est entendable par l'autre.
- Speaker #0
Est-ce que ça veut dire que toutes les classes, à partir du moment où tu les prends en début d'année jusqu'à la fin de l'année, maintenant tu as établi un petit programme avec des choses à redire à toutes les classes ?
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #0
Et une formation à faire du début de l'année jusqu'à la fin de l'année pour qu'ils finissent l'année à tes côtés en ayant acquis des bases de communication et de facteurs humains ?
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #0
C'est ça ?
- Speaker #1
Alors, ce n'est pas très structuré. C'est pas aussi structuré que la façon dont tu as l'habitude. J'aimerais te dire, oui, oui, j'ai un petit protocole et je peux te montrer mes fiches de préparation et mes séquences, etc. C'est pas aussi structuré, mais oui, dès le premier conflit en classe, j'arrête tout. Et on part de là. C'est-à-dire que j'attends qu'il y ait une agression verbale, qu'il y ait un geste violent pour dire, ok, là, j'aimerais qu'on s'arrête. On va se regrouper tout à l'heure, si c'est pas le moment, et on va reparler de ce qui s'est passé. Et donc, on parle d'un incident. Et ensuite, on se met d'accord sur des règles de vie. Donc, généralement, je sors deux affiches. Je vais prendre un stylo vert, un stylo rouge ou alors une affiche rouge, une affiche verte. Et je vais leur proposer de me dire tout ce qu'ils aimeraient qu'on ait le droit de faire dans la classe et tout ce qu'on n'a pas le droit de faire. Ils adorent parce qu'évidemment, quand il y en a un qui dit « on n'a pas le droit de tirer les cheveux » , ok. Donc, je dessine quelqu'un qui se fait tirer les cheveux. Du coup, il y en a un autre qui va dire « on n'a pas le droit de cracher, on n'a pas le droit de faire ci, on n'a pas le droit de faire ça » . Donc, ils s'en donnent à cœur joie. Ils sortent toutes les horreurs possibles, imaginales. J'en dessine plein. Donc, ça, c'est ce qu'on appelle la classe rouge. Et dans la classe verte ? ils ont souvent moins d'idées, donc les aident quand même, et je leur dis, on peut se parler poliment, on peut dire tout ce qu'on pense à condition qu'on se dit bonjour le matin, quand on descend les escaliers, le groupe reste ensemble, et donc dans la classe rouge, je dessine des enfants éparses, un dans le couloir, un en haut de l'escalier, et donc je leur explique pourquoi j'ai besoin de pouvoir en permanence voir tout le groupe quand on se déplace, et on se met d'accord sur les règles de vie de base, et puis ça je peux le compléter au fur et à mesure de l'année. nouvelle chose qui apparaît, on va l'inscrire sur le tableau. Et puis j'ai un petit carnet aussi, enfin un petit cahier que j'appelle le cahier des émotions, que je vais leur présenter assez rapidement, où je leur propose là de nouveau, c'est un cercle, on se met en mode réunion, mode discussion, soit on tire des chaises et puis soit on s'assied par terre. Et je pars d'une image inductrice où on voit un enfant qui exprime une émotion forte, soit une émotion agréable, de la joie, de l'excitation, soit une émotion... un peu plus difficiles, comme de la tristesse ou de la jalousie. Et puis, je leur demande ce qu'ils voient, ce qu'ils en pensent, est-ce que ça leur est déjà arrivé, comment on pourrait nommer cette émotion, qu'est-ce qui la déclenche et de quoi on a besoin quand on se sent comme ça, que ce soit dans un sens ou dans l'autre, pour aller mieux. Et ça, ils me font une dictée à l'adulte. Donc, je note, je leur pose des questions et j'écris ce qu'ils me disent. Et ensuite, ils font un dessin pour expliquer une scène qu'ils ont vécue et qui s'apparente à cette émotion. Donc, on apprend vraiment à mettre des mots sur les émotions, à les exprimer. Il n'y en a aucune qui est taboue. Donc, on parle aussi des émotions dont on parle peu, comme la convoitise. Peut-être pas ce mot-là en maternelle, mais la jalousie, la honte. Et dès qu'un enfant tombe et que j'en entends rigoler, j'arrête la classe. Je me retourne et je dis, alors moi, quand je tombe, les enfants, déjà, un, ça me fait mal. Je me sens un peu honteuse. Mais si en plus on rigole, je me sens encore plus mal. Donc je vous demande s'il vous plaît. Et en fait, je donne aussi la clé de comment on fait pour être en empathie avec quelqu'un, mais il y a quelque chose à faire derrière. C'est pas juste, je me moque pas, parce que parfois quand on rigole, bon ben c'est sorti. Qu'est-ce que je fais quand un enfant tombe ? Ben je vais le voir et je lui demande est-ce que ça va ? Tu t'es fait mal ?
- Speaker #0
C'est tout. Donc la prochaine fois que quelqu'un tombe, les enfants, pensez-y, demandez-lui est-ce que ça va, est-ce que tu t'es fait mal, vous pouvez tendre la main, vous pouvez venir me chercher. Il y a plein de choses qu'on peut faire quand quelqu'un pleure, quand quelqu'un... Et ça, si on leur dit pas... Qu'est-ce qu'on fait quand un enfant se fait insulter par un autre et qu'il y en a trois qui rigolent ? C'est pas évident, puisque si tout le monde rigole, moi aussi peut-être que si je rigole, c'est ça qu'il faut faire. Donc tout le monde rigole et puis c'est le début du harcèlement finalement.
- Speaker #1
ok donc je comprends que de toute façon dans la vie d'une classe il y a tout tellement d'occasions d'aborder tous ces sujets-là et que ce n'est même pas la peine de choisir un jour pour parler particulièrement de ça, sauf par exemple pour la gestion des émotions, où tu fais une activité, presque un atelier avec tout un petit groupe.
- Speaker #0
Qui est inscrit dans mon emploi du temps, du coup.
- Speaker #1
Mais l'idée, c'est de prendre chaque occasion de la vie de classe pour en faire un enseignement et de ne pas laisser passer les choses. de dire exactement ce qu'on attend d'eux. Et ce que j'entends, c'est aussi les règles, il faut les écrire avec eux.
- Speaker #0
On les écrit ensemble, parce qu'il faut qu'ils les comprennent. Ce n'est pas quelque chose que je leur impose. Évidemment, je sais où je vais et qu'il y a certaines règles où je ne transigerai pas. Mais on les pose. On les pose ensemble et je m'assure que tout le monde a compris. Et quand un enfant transgresse une des règles, parce que ça va forcément arriver, je ne le punis pas, je ne dis pas c'est insupportable. On avait dit que je vais parler à tes parents. Ça, ce n'est pas possible. Ça ne sert à rien. En fait, si je dis ça, il va juste se sentir encore plus mal. Et puis, moi, je sais d'expérience. Quand j'étais enfant et que j'entendais un adulte, blablabla, hop, je mets mes mains sur les oreilles. Oh là là, ça y est, c'est une litanie qui est partie. J'en ai pour cinq minutes et puis après, ça ira mieux. Donc, ça n'a aucun sens. L'enfant, il n'est pas en train d'écouter à ce moment-là. Par contre, je lui dis, viens voir, on va après des affiches et je lui montre. Je lui fais, tu vois, ce comportement-là, il est plutôt classe rouge pour telle raison. Donc, j'explique. Ce que j'attends de toi, c'est ça, classe verte.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a des différences de transmission quand les petits sont en petite section par rapport à la grande section ? Ou est-ce que c'est la même chose ? Tous les enfants sont capables de comprendre.
- Speaker #0
Tous les enfants sont capables de comprendre. Et je pense que très tôt, ils désapprennent l'empathie. Parce que c'est terrible, mais je crois qu'il y a des expériences qui ont été faites. Un enfant de 12-13 mois, si vous faites tomber votre fourchette à côté de lui, va se baisser pour vous la ramasser. Spontanément, ils ont envie de rendre service. Vous avez un bobo, il va regarder, il va vous regarder, il va souffler dessus, il va avoir envie de vous aider. Et en fait, on désapprend assez rapidement. Je pense que la première fois qu'on se prend une fessée qu'on ne pense pas mériter, ça doit bien donner envie d'arrêter aussi d'être empathique parce que ce n'est pas juste en fait. Donc oui, dès trois ans, dès deux ans et demi à la maternelle, quand je les accueille, ces enfants-là, ils sont tout à fait capables d'entendre « Ah bah tiens, tu peux faire ça au lieu de faire ça » .
- Speaker #1
D'accord, donc l'empathie, elle est plutôt naturelle. De ce que j'ai compris,
- Speaker #0
de ce que j'ai appris, oui.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Tout à fait.
- Speaker #1
Alors, est-ce qu'on peut commencer par cette appréhension ou cette connaissance des facteurs humains ? Dans les facteurs humains, on dit qu'il faut d'abord commencer par soi et c'est ce que tu as fait. Au départ, tu étais tellement frustrée de tout ce qu'il y avait autour de toi qui ne correspondait pas à tes valeurs. Et au départ, c'était instinctif. C'est par la formation et par le fait de te renseigner et te former, qu'au final, tu as consolidé tes instincts et tu en as modifié plein d'autres.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Il y a plein de choses qu'on fait naturellement, qu'on a l'impression de faire bien et qu'on fait mal. Et puis surtout, parce qu'il y a plein de choses qu'on ne peut pas modifier autour de nous. Et le plus simple, c'est de commencer par soi.
- Speaker #0
Tout à fait.
- Speaker #1
Quelles sont les choses qui ont changé chez toi au départ, Émilie, comme institutrice ? Ton regard, par exemple, à l'enfant difficile.
- Speaker #0
Alors ça, c'est venu plus tard. J'allais dire, la première chose que j'ai mise en place, qui est quand même très facile à mettre en place, c'est un truc mnémotechnique des Canadiens que j'adore, qui est le soda. C'est comme si vous alliez prendre un soda, S-O-D-A, S c'est stop, O c'est j'observe, D je décide, et A j'agis. Et d'attendre, de me laisser un petit temps avant de réagir pour être dans l'action et pas dans la réaction, ça je l'ai très vite mis en place. C'est-à-dire qu'un pot de peinture est renversé devant moi, même si l'enfant fait exprès. Je ne vais pas tout de suite dire quelque chose ou me lever. Je soda, stop. Du coup, je me vois en train de regarder l'action et ça me permet de prendre un temps de recul et de ne pas surréagir. Et de ne pas du coup priver aussi l'enfant de la possibilité de réparer son erreur ou de s'excuser ou d'aller chercher une éponge. C'est pas mal aussi de laisser le temps à l'enfant qui réalise ce qu'il vient de faire. Il vient de taper, sauf évidemment s'il y a quelqu'un qui est en danger. Là, dans ces cas-là, j'y vais et je sépare les protagonistes. Mais si un enfant vient de s'énerver ou vient de jeter une chaise, stop. Je le regarde, on se regarde, ça nous laisse à tous un temps de... Ok, j'observe. Ok, la chaise est par terre, le pot de peinture est renversé. Qu'est-ce que je décide de faire ? Est-ce que je décide d'intervenir tout de suite ? Est-ce que je termine la phrase ? Est-ce que je suis en train de faire avec l'enfant avec qui je suis ? Et rien que de faire ça, ça crée un climat vachement plus apaisé pour tout le monde parce que je ne suis pas la maîtresse qui va tout de suite faire « Stop !
- Speaker #1
Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? Arrête ! »
- Speaker #0
Je suis celle qui va peut-être dire « Arrête ! » mais qui va d'abord faire « Ah non, là tu t'arrêtes. » Mais juste avant, je me serais dit « Ah, ok, qu'est-ce que je fais ? » Voilà, donc ça, c'est tout bête. Le soda.
- Speaker #1
Oui, et après...
- Speaker #0
Et pour l'élève qui a des comportements perturbateurs, une des choses...
- Speaker #1
Tu ne sors pas de tes gants ? Comment tu te déroules ?
- Speaker #0
Comment je ne sors pas de mes gants ? Déjà, je me dis que je suis un stit, que je suis professeur des écoles, et que là, j'ai quelque chose à enseigner. Donc, l'enfant a un comportement qui me déplaît, certes, mais ce n'est pas lui, ce n'est pas l'enfant qui est insupportable. Le geste...
- Speaker #1
peut-être insupportable.
- Speaker #0
Mais c'est le geste, en fait. À partir du moment où c'est son geste qui est inadmissible et pas lui qui est inadmissible, déjà, j'ai un regard vachement plus positif parce que lui, ça veut dire que si je m'adresse à lui d'une certaine façon, il va être en mesure de changer son geste. Alors que si je dis de lui, t'es insupportable, quelle violence, cet enfant. Et si je me mets à lui parler en chacal, il va coller probablement à l'étiquette que je lui colle. Et qu'est-ce que c'est dur de changer son comportement quand quelqu'un te dit « mais t'es un petit voleur » , plutôt que « je vois que t'avais très envie de la petite voiture » . « Je vois que t'as très envie de la petite voiture et que c'est pour ça qu'elle est dans ta poche » , c'est très différent que « mais ça suffit de voler, tu vas pas voler tous les jours » . Donc c'est une façon aussi de se dire « ok, le geste, c'est vrai que ça peut sembler insupportable qu'un enfant prenne un objet et le mette dans sa poche, mais en vrai, ça part peut-être d'une pulsion, ça s'explique, ça se travaille » . Ça s'appelle en fait de ne pas se jeter sur un objet dont on a très envie.
- Speaker #1
C'est une occasion d'apprentissage.
- Speaker #0
C'est une occasion d'apprentissage. Donc l'enfant dit insupportable, pour moi, c'est plutôt un enfant qui, pour l'instant, n'est pas en mesure d'appliquer les règles de vie de la classe. Qu'est-ce que je vais pouvoir faire ? Déjà, je vais garder le lien, je ne vais pas le casser, je ne vais pas me moquer, je ne vais pas l'insulter, je ne vais pas le gronder, je ne vais pas le punir. Je vais me mettre en lien avec lui, donc je vais essayer de comprendre quelle est sa dynamique à lui, qu'est-ce qui a pu le pousser à faire ça. peut-être qu'il s'est senti agressé, peut-être qu'il a envie que je le vois ou que je le regarde. Il y a peut-être un milliard de raisons pour lesquelles il a fait son geste. Et puis après, je vais essayer de modéliser, lui dire ce que j'attends de lui, plutôt que de lui répéter ce que je ne veux absolument pas qu'il fasse. C'est beaucoup plus fort de dire, écoute, je vois que tu adores cette petite voiture, tu sais quoi, je te la prête demain, je te demande de la ranger ici, parce que je voudrais qu'elle soit dans la classe à tout moment, pour que tout le monde puisse s'en servir. Mais comme tu l'aimes beaucoup... je ne sais pas trouver une solution avec lui. C'est là qu'on fait de la négociation. Quand je lisais des livres de négociation, c'est « Ok, je vois que tu en as envie. Moi, je dis que ce n'est pas possible. Quelqu'un d'entendre, on va trouver pour que tu sois satisfait, que je sois satisfaite. »
- Speaker #1
Oui, il y a une partie du livre où tu parles d'apprendre aux enfants à gérer la frustration parce que ça fait partie de la maturité d'un enfant. Au début, il ne sait pas gérer sa frustration. Et donc, comment accompagner un enfant dans cet apprentissage ? Il y a un truc que j'aime bien, c'est que tu dis que euh euh Il faut être vachement bienveillant envers les enfants qui sont en cours de cet apprentissage-là. Il suffit de penser à nous quand on n'arrive pas à obtenir quelque chose qu'on veut vraiment très fort, c'est quelque chose qui fait mal. Donc, se mettre au niveau de l'enfant, lui prendre la main, dire qu'on comprend sa frustration, c'est bien, de la nommer, et quand il arrive à la surpasser ou à patienter, mettre cet effort en valeur, encourager et renvoyer du positif. L'autre chose à laquelle je pense, c'est tous ces enfants qui sont catalogués depuis le début de leur scolarité comme enfants difficiles, avec cette étiquette qui est transmise d'année en année, de prof en prof, jusqu'à la conviction même des parents.
- Speaker #0
C'est ça. Il est irrécupérable cet enfant.
- Speaker #1
Et ça, c'est comme en hypnose, nous on dit la suggestibilité, c'est-à-dire...
- Speaker #0
Il peut être autre chose cet enfant.
- Speaker #1
Lui-même, il ne peut pas... Oui, lui, le pouvoir d'être autre chose que ce qu'on lui a, ce à quoi on l'a condamné.
- Speaker #0
On l'a assigné, exactement. Et c'est là où je trouve qu'on a un rôle très, très fort, c'est justement de lui suggérer, lui dire dans d'autres moments, mais regarde là, tu fais exactement ce qu'on attend de toi, bravo. Et parfois, c'est des petites choses insignifiantes. C'est, ah, tu as accroché ton manteau au porte-manteau, je te félicite. Alors que cinq minutes plus tôt, il a tiré des cheveux, jeté des trucs, lui montrer qu'à des moments, il se comporte exactement comme c'est attendu. Et bravo, je suis fière de toi, je te vois. Dans ce moment-là, je te vois. Je te vois quand tu fais quelque chose, quand tu es en réussite. Et ça fait du bien à l'enfant peut-être qu'il se dit finalement, j'ai peut-être pas besoin de tirer des cheveux pour qu'on me remarque. Puisqu'on peut aussi me remarquer à d'autres moments. Mais si systématiquement, on lui fait que des remarques négatives et des retours négatifs, qu'est-ce que c'est dur pour lui aussi de changer son comportement ? Et ça me fait penser, tout à l'heure, tu me disais que ça commençait aussi par moi-même. Une chose très importante que je voulais rajouter, c'est qu'il faut accepter de voir ce qu'on fait mal aussi pour progresser. Et que ça ait la prise de... Quand j'ai réalisé qu'il y avait des choses qui étaient absolument contre-productives que je faisais, ce n'était pas très agréable. Donc, il y a un moment aussi, il faut se regarder dans le miroir et se dire, oh là, là je déconne en fait. Quand je réponds comme ça, je pourrais faire mieux. Et à partir du moment où on met le doigt sur ce qu'on fait de mal, mais ça aussi, il faut que quelqu'un soit là pour nous dire, tiens, tu sais, là, quand tu dis ça, voilà telle résonance que ça peut avoir sur l'enfant. Donc, ces mots-là, ils sont importants parce que si tu les utilises comme ça, ça peut faire ça comme effet. Et je ne me rendais pas forcément compte quand tu dis à un enfant, oh, mais t'es un petit cochon, là, parce qu'il a cochonné son travail. C'est violent, en fait, d'entendre t'es un petit cochon. Alors, c'est peut-être pas de la violence, mais pour l'enfant, par rapport à son estime de lui, Ce n'est pas facile. Ça peut briser un petit quelque chose. Ça peut briser l'envie de réessayer, par exemple, quand on essaye de faire de la copie et qu'on rate et que quelqu'un dit, il n'est pas joli, joli ton travail. Quand on fait un peu de sarcasme comme ça, le sarcasme, je pense que j'employais du sarcasme sans m'en rendre compte et sans savoir que c'était dur à entendre pour l'enfant. Et donc, quand je m'entends, parfois, je me dis, tu peux faire mieux. Et ça, c'est le premier travail aussi, c'est de s'écouter et de voir là où on fait mal.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et je pensais aussi à notre rôle, qui est vraiment tellement important. J'imagine, alors là, je m'imagine une situation où vous êtes en train de faire de la pâtisserie avec un enfant et que l'enfant qui est à côté de vous veut absolument mettre ses doigts sur les gâteaux, veut mettre du sucre glace, je ne sais quoi. Et donc là, tout était prêt à aller au four, puis lui, il vient faire tap, tap, tap dedans. Vous n'avez qu'une seule envie, c'est de lui dire, arrête, arrête, arrête, non, mais ça suffit, c'est agaçant parce que là, regarde, on avait terminé. et quand, c'est fou parce que On est en train de demander à l'enfant d'apprendre la patience. On aimerait qu'il soit patient, on aimerait qu'il soit délicat. Et qu'est-ce qu'on lui montre comme exemple ? C'est arrête, stop, ça m'énerve. Donc en fait, au lieu de lui dire, je vois que tu as très envie, tiens, je te donne un petit bout de pâte, fais ce que tu veux avec ce morceau-là, mais s'il te plaît, celui-là, on n'y touche pas. Au lieu de lui modéliser la patience, la douceur et le calme, on voudrait qu'il apprenne de lui-même qu'il faut qu'il soit patient, tout en lui montrant qu'on est hyper impatient et que ça nous agace. Et ça, c'est fou et ça, je m'entends très souvent. être impatiente et agacée, alors que justement, c'est ce que je voudrais que l'enfant apprenne. Et c'est fou, parce que si on ne se regarde pas faire ça, on va le refaire et le refaire à l'infini.
- Speaker #1
Moi, je trouve ça dur quand même.
- Speaker #0
C'est très difficile, mais si on s'intéresse à ça, on s'entend. On s'entend. C'est ça.
- Speaker #1
Autant avec un adulte, on a moins d'impulsivité, moins d'actes comme ça, spontanés. Moi, je compare par rapport à, par exemple, mon exercice ou mon activité. Je me dis, envers des adultes, moins d'effets comme ça où tu as besoin de dire ah non, ne bougez pas ou ne faites pas ça parce que ça ne va pas dans le sens où tu vas. Donc, j'ai beaucoup plus de possibilités et le temps et les ressources pour dire à un adulte ce que j'ai envie de dire avec la patience qui est nécessaire. Mais à un enfant, c'est un challenge continu. Alors, je n'imagine même pas quand il est en A14 ou A25. Il faut faire d'ailleurs. Ça me fait penser à ton premier chapitre où tu dis Merci. que quand même le métier d'un site est un métier particulier. C'est un métier de vigilance continue, c'est-à-dire que c'est et physique et psychologique. Une séance avec 25 élèves où il faut faire preuve de patience, comme tu dis, je peux entendre que certains de tes collègues disent « Non mais attends, c'est de la théorie, on pratique mais on n'est pas des surhommes, comment on peut faire ? »
- Speaker #0
Je comprends très bien qu'on ne puisse pas faire ce métier. Quand on rentre, très bien. Après, moi, il faut aussi se rappeler qu'un enfant, ça a des gestes incertains. C'est salissant d'avoir 5 ans. Oui, ça va en mettre partout. Ils passent par l'expérience. Donc, ils vont avoir envie de toucher. Ils vont avoir envie de retourner, de pousser. C'est normal, en fait. Et un enfant, ça bouge.
- Speaker #1
Et oui,
- Speaker #0
c'est maladroit un enfant. Ils ont leur terminaison nerveuse qui ne sont pas finies au bout des doigts. Quand ils tiennent quelque chose en main, ça ne tient pas aussi bien que quand c'est nous qui le tenons en main. Donc, il faut s'attendre à ça. Je pense qu'il faut aussi désapprendre l'envie que tout soit propre, bien rangé, bien placé. C'est forcément un peu le chaos. C'est pour ça que ce n'est peut-être pas pour tout le monde. Mais il faut se détendre par rapport à ça, c'est sûr. Un enfant, ça bouge, ça répond, ça triture, ça malaxe.
- Speaker #1
Du coup, ça me fait penser au lâcher-prise. Et dans ton livre, le lâcher-prise, tu l'as associé à une anecdote. C'est quand tu as eu une inspectrice qui était venue.
- Speaker #0
Oui. Tout à fait.
- Speaker #1
Et qui a regardé toutes les œuvres, les jolies œuvres des dessins des enfants. C'était très joli.
- Speaker #0
C'était des... Des arbres d'automne. Des empreintes de main à la peinture qui devaient figurer des arbres d'automne.
- Speaker #1
C'était vraiment ma première année.
- Speaker #0
Volontiers, donc c'était ma première année. Et moi, j'imaginais... J'avais 31 élèves de petite section. C'était même plus que 25. C'était très sport. Mais j'étais jeune et très heureuse d'être là. Et donc, je m'étais dit, pour que ça soit réussi, il faut bien qu'on voit chaque empreinte de main. Et donc, chaque enfant va prendre trois fois de la peinture orange, trois fois de la peinture marron, les couleurs d'automne et le tronc d'arbre. On va le faire comme ça. Et je pense que peut-être la SEM qui travaille avec moi ou moi avons manqué de vigilance à un moment donné, parce qu'il y a un enfant qui clairement a dû travailler seul et sa production était vraiment dégoûtante. C'est-à-dire qu'il avait dû taper dix fois dans la peinture orange alors qu'on avait dit que trois fois dans la peinture orange. Et au final, son arbre était dégoulinant. Et il ressemblait très peu à un arbre, mais plastiquement. Et pourtant, j'ai fait une école d'art, donc j'avais l'œil averti. Il était génial, ce travail. Il était vibrant. Il avait quelque chose. Et puis surtout, il était très personnel, alors que les autres, c'était vraiment la réplique du modèle de la maîtresse. Mais comme je débutais, je pense que j'avais en tête qu'il fallait que ça ressemble au modèle. Et cette inspectrice est passée devant les productions qui étaient joliment affichées dans le couloir et a dit, si j'avais le temps, je vous dirais pourquoi je trouve que cette œuvre-là est la plus intéressante. et que probablement vous pensez que c'est la plus ratée. Et là je fais, s'il vous plaît, prenez le temps, ça m'intéresse vraiment, parce que je pense qu'elle avait aussi mis le doigt sur un truc que je percevais, mais que je n'arrivais pas à identifier. Et elle m'a dit, là je crois que c'est vraiment la seule production, on peut dire que l'enfant a travaillé seul, n'est-ce pas ? Et je me suis dit, mais elle a tellement raison, mais merci, merci de me l'avoir dit, merci de m'avoir permis de m'autoriser de la liberté en arts plastiques. Je ne sais pas d'où me venait l'idée qu'il fallait que les productions se ressemblent, pour qu'elles soient réussies. Aujourd'hui, ça n'a rien à voir. Mes séances d'art pectiniques, tout le monde s'éclate. Et moi y compris. Il n'y a pas deux réponses pareilles de mes élèves.
- Speaker #1
Il y a des évidences comme ça.
- Speaker #0
Il faut des leçons pour les comprendre.
- Speaker #1
Et puis surtout, il faut que quelqu'un vous renvoie ce que vous avez l'habitude de faire et ce qui n'est pas forcément souhaitable. Je voulais parler d'alliance thérapeutique pour l'importance des mots. Parce que par rapport aux patients, c'est tellement important ce qu'on dit et des fois, même la, comment dire, sans parler de violence ou de maltraitance, il y a des mots qui sont malheureux, qui partent d'une bonne intention et qui peuvent avoir un effet nocebo. Quand on veut parler de la douleur, quand on suggère des choses, il vaut mieux suggérer plutôt les bonnes que de faire penser à la douleur ou faire penser à des choses qui ne sont pas confortable.
- Speaker #0
Un bon rétablissement, ça va mieux que « attention, ça ne va pas faire mal » .
- Speaker #1
C'est ça. Il faut changer les mots et les remplacer par des mots qui sont plutôt à consonance positive pour suggérer des choses sympas. Et donc, du coup, dans le jargon, nous, on dit « saupoudrer » . Saupoudrer de jolis mots parce qu'avec ça et grâce à ça, on apporte un plus. Notre communication est un vrai plus. Et je vois tout à fait ça chez l'enfant.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Un mot malheureux est un mot qui fait mal.
- Speaker #0
Et un mot joliment saupoudré va amener un sourire énorme. Et l'enfant sera tellement plus réceptif à n'importe quelle demande après avoir justement été valorisé par un petit mot. Tout à l'heure, il faisait du vélo dans la cour, mes élèves, et il y a une enfant qui voulait absolument que je la regarde faire ci sur la trottinette, regarde maîtresse, regarde maîtresse. Et plusieurs fois, je lui ai dit, oui, je regarde et j'ai dit son prénom. Et en fait, ça lui faisait tellement... plaisir que je dise « je te vois machine, machine je regarde » . Et ce n'était pas grand-chose de ma part, mais je sentais qu'à ce moment-là, elle avait besoin que je la regarde, que je la vois. La reconnaissance. Et j'aurais pu faire « hum hum, hum hum » . Mais non, en fait, j'ai rajouté juste ce petit mot, juste dire son prénom. Et de la présence. Et de la présence, oui, bien sûr. Il n'y avait rien d'autorétique. C'était vrai,
- Speaker #1
c'était réel. Donc, au fait, je me dis qu'en pédagogie, il n'y a pas probablement un effet placebo. Comment ça se fait ? Et d'ailleurs, ça fait partie des choses dont tu parles dans le livre. C'est-à-dire que tu dis que, par exemple, ton fils, il t'a dit « Maman, cette année, t'inquiète pas, j'aurai des mauvaises notes en maths parce qu'on a M. un tel cette année. » Il faut que tu saches que l'année prochaine, ça va bien se passer, j'aurai de bonnes notes.
- Speaker #0
Mes notes vont remonter parce que j'aurai Mme Picou. C'est dingue, ça, non ? C'est fou.
- Speaker #1
Quand une matière conditionne, quand un prof conditionne les notes et les résultats.
- Speaker #0
Les gens qui ont des carrières parce qu'ils ont croisé telle personne qui leur a donné envie d'être biologiste alors qu'ils n'avaient pas forcément... choisi cette orientation, mais que cette personne-là leur a transmis quelque chose. Et souvent, on a juste transmis la confiance en soi, je crois en toi, je te vois, t'es important, tu as de la valeur.
- Speaker #1
Ah, d'ailleurs, ça me fait penser, la vidéo qui a eu le plus de vues, des millions de vues, l'histoire que tu as racontée sur les notes.
- Speaker #0
Alors, est-ce que tu peux me rafraîchir la mémoire que je produis tellement ?
- Speaker #1
Je sais, mais il y en a une qui a eu un succès fou. Elle est très émouvante parce que c'est une... Les commentaires des bulletins scolaires. Oui, exactement. Tu veux la raconter ?
- Speaker #0
Alors, bien, volontiers. Il y a une petite fille dans ma classe que j'ai appelée Charlotte dans la vidéo qui avait beaucoup de difficultés en langage, en écriture, pour dénombrer. On était en CP et c'était une de mes premières classes. C'était la première fois que j'avais un CP. C'est la première fois que je remplissais des bulletins scolaires. Et j'ai rempli mes bulletins scolaires. Et ensuite, j'ai appelé ma sœur qui était prof depuis plus longtemps que moi. Et je lui ai lu les appréciations pour qu'elle me fasse un retour. Elle m'a dit, « Ouais, Émilie, alors tu vas tout effacer, tu vas recommencer. » Je fais, « Mais pourquoi ? » Elle fait, « Parce qu'il faut absolument que tu écrives quelque chose de positif pour chacun d'entre eux. » Les notes parlent d'elles-mêmes, donc ça ne sert à rien de casser un enfant. Ça va être écrit noir sur blanc, ça va aller suivre toute leur scolarité. Les parents vont le lire, donc tu recommences, en fait. Et je lui dis, mais pour tous, même pour ceux qui s'ennulent partout, il me fait surtout pour ceux qui s'ennulent partout. Et donc, je reprends mes bulletins. Et au lieu d'écrire, peu mieux faire des choses, des phrases toutes faites que j'ai pu lire, moi, sur mes propres bulletins. Je pensais que c'est comme ça qu'il fallait faire, parce que là encore, on n'a pas de formation là-dessus. Donc, je reprends et je dis, un tel a beaucoup d'imagination. Je trouve des choses positives à lire sur tout le monde. Et quand j'arrive à la fameuse petite Charlotte, je me dis, waouh, là, ça va être compliqué, mais qu'est-ce que je vais pouvoir dire ? Parce que franchement, elle chute dans tout. toutes les compétences ont chuté et là je me figure son visage, son sourire et j'écris Charlotte est un rayon de soleil pour la classe continue tes efforts ton sourire illumine notre CP ça m'élimine c'est fou en fait je trouve que c'est la vidéo qui a fait le plus pleurer et en fait l'histoire s'arrête pas là parce qu'ensuite j'ai remis le bulletin à son père et son père quand il a lu l'appréciation a pleuré lui-même il avait les larmes aux yeux donc là j'ai vu un monsieur qui était plus âgé que moi parce que je débutais Et ça m'a fait quelque chose quand même de voir ce monsieur pleurer qui m'a dit, vous savez pas le bien que ça fait de lire une appréciation positive sur ma fille. C'est la première fois depuis qu'elle est rentrée à l'école que je lis quelque chose de positif. Et j'avais rien mis d'autre, j'avais mis que ça parce qu'il savait très bien qu'elle galérait en lecture. Et donc j'ai rajouté, je lui ai dit oui, mais vous savez, elle est vraiment géniale votre fille. Et puis j'ai continué à dire des choses positives sur son enfant. Alors elle a continué de galérer, cette petite fille, ça n'a pas été miraculeux. mais je pense que ce jour-là, le papa est reparti en disant ma fille... est chouette, c'est chouette, plutôt que oh là là, ma fille galère. Donc ça, c'était déjà un premier point positif. Et ce qui est vraiment chouette, c'est que cette jeune femme maintenant m'a contactée sur les réseaux et m'a écrit un mot extrêmement touchant. Du coup, dans la vidéo, je lis le mot où elle me remercie pour ma pédagogie et qu'elle est heureuse de voir que je continue à transmettre parce que ça lui avait fait beaucoup de bien cette année-là et qu'elle avait apprécié ce que j'avais, enfin, qu'elle se souvenait encore de ce que j'avais écrit dans son bulletin. Mais oui, je suis désolée. Je suis en train de dissocier là pour ne pas pleurer. Et ça m'a énormément touchée parce que c'était tellement beau comme reconnaissance. Puis des années plus tard, c'était juste deux phrases dans un bulletin, dans la vie de quelqu'un. C'est vraiment rien du tout. Et donc, le fait qu'elle m'ait retrouvée, qu'elle m'ait écrit ça, que ce papa ait pleuré, que ma sœur m'ait dit « change tout, recommence » , je me remercie à elle. Et c'est là que je me suis dit mais c'est fou comme les mots ont... tellement d'importance et que ça peut vraiment changer le parcours d'une fille. Et cette jeune femme, je me suis toujours dit, même quand elle était enfant, cette enfant, elle va rendre des gens heureux, c'est sûr. Parce qu'elle le fait déjà. C'est ça, son super pouvoir. Et puis après, clairement, elle m'a écrit un message. Donc, elle a appris à lire et à écrire. Peut-être que ça a été un petit peu plus long. Mais elle a tellement de choses à offrir au monde et elle a tellement de compétences par ailleurs. Et c'est dur parce que certaines compétences très scolaires, elles ne sont pas accessibles du premier abord à tout le monde. Et ça ne veut pas dire qu'on n'a pas énormément de valeur.
- Speaker #1
Exact. Comment je peux enchaîner là ? Alors, il y a la relation des parents. C'est une relation extrêmement spéciale. Tu vois, moi, je fais l'analogie avec la relation avec les familles de patients. Et là, tu en parles très bien parce que tu dis que c'est une relation ascendante. Parce qu'au fait, il faut prendre en compte les parents qui te... confies ce qu'ils ont de plus cher au monde. Qui te le laissent. Et surtout à cet âge-là. Bien sûr,
- Speaker #0
à l'âge où souvent ils n'ont jamais été dormir chez quelqu'un d'autre, à part les grands-parents, peut-être que personne ne les a gardés. Et là, tout d'un coup, ils vont passer la journée entière avec une inconnue.
- Speaker #1
Et s'ils perdent son doudou,
- Speaker #0
et s'ils doivent aller aux toilettes, et qui va l'essuyer ? Et ils ont plein d'interrogations qui sont tout à fait valables, et ils n'ont aucune réponse, parce qu'en plus le fait est qu'ils ne rentrent pas dans l'école. Ou très peu.
- Speaker #1
Tu dis que c'est une boîte close.
- Speaker #0
C'est une boîte close, oui. Avec un jargon et puis un... C'est un microcosme, c'est très particulier. Les codes de l'école aussi et tous les parents d'élèves ne sont pas non plus au fait de ce qui se passe dans une école, de ce qu'on attend d'un élève, de ce que c'est qu'être élève, de ce que c'est qu'être parent d'élève.
- Speaker #1
Ce que c'est que la vie de classe, la collectivité pour l'enseignement qui apprend tout. C'est ça. Et alors, tu ouvres les portes, tu donnes la possibilité d'ouvrir les portes. En tout cas, tu les invites, tu dis que quand ils ont besoin, ils peuvent. D'ailleurs, tu dis qu'ils ne sont pas tous là à venir tous les matins rester avec toi. au final. Le fait de savoir seulement qu'ils en ont la possibilité, si jamais ils en éprouvaient le besoin, ça ouvrait déjà de la confiance, du lien.
- Speaker #0
J'allais mettre le mot confiance, parce que je pense que toi aussi, en médecine, avec les familles, c'est ça, c'est qu'en fait, les proches d'une personne malade, ils ont envie de savoir qu'ils peuvent te faire confiance. Et moi, c'est pareil. Le meilleur moyen pour qu'ils aient confiance en moi, c'est de leur dire, venez, je n'ai rien à cacher, venez voir comment ça se passe. Comme ça, vous vous faites une idée, et puis ça sera peut-être plus facile pour vous aussi. Je fais beaucoup de sorties scolaires aussi, donc les parents ont l'occasion de nous accompagner en sortie scolaire. C'est chouette.
- Speaker #1
Ça, c'est des moments de partage et de connaissance. Il y a aussi, il faut l'avouer, beaucoup de sujets de conflit, parce qu'ils ont des difficultés aussi personnelles dans la gestion et l'éducation de leurs enfants, qui se confrontent à la tienne, que quand ils viennent en classe. Je veux dire qu'il y a des règles, par exemple, en classe, avec la collectivité, qu'ils finissent par accepter. Alors même que... au sein de la famille, les règles ne sont pas forcément bien suivies par l'enfant. Et donc, il y a des heurts. Il y a des fois, ça ne fonctionne pas. Entre les parents et moi ? C'est-à-dire le passage entre l'enfant qui n'arrive pas à obéir aux parents, même si ce terme est un petit peu à prendre entre parenthèses, les règles ne sont pas appliquées par l'enfant au sein de la famille même, alors même que ça se passe bien au niveau de l'école. Oui,
- Speaker #0
il y a tous les cas de figure. Il y a des enfants qui vont avoir un comportement exemplaire en classe, mais qui effectivement font la vie dure aux parents. Et inversement, des parents qui me disent mais à la maison, ça se passe très bien, il n'y a aucun souci. Et moi, en classe, j'ai un enfant qui va transgresser absolument toutes les règles possibles, imaginables. Il y a vraiment tous les cas de figure.
- Speaker #1
Alors, tu dis que faire obéir les enfants, ce n'est pas naturel pour une institutrice. Ce n'est pas parce que tu es prof d'école que forcément...
- Speaker #0
L'autorité... Oui, je t'en prie. Excuse-moi.
- Speaker #1
L'autorité n'est pas naturelle. Ce n'est pas parce qu'on met la cape de prof le matin qu'on va avoir de l'autorité qui va jaillir de toi naturellement. Absolument. C'est un apprentissage.
- Speaker #0
C'est un apprentissage. Et je pense même que ce n'est même pas une question d'autorité. C'est ça qui est fou. C'est-à-dire que parfois, on me dit « Oui, mais toi, c'est facile pour toi. Tu as de l'autorité naturelle. » Je me dis... C'est quoi de l'autorité naturelle ? Je ne crois pas être autoritaire, en tout cas, c'est sûr que non. Qu'est-ce que ça veut dire de l'autorité naturelle ? Je pense que je suis juste très au clair avec ce qui est permis, ce qui n'est pas permis, et ce sur quoi je ne transgiserai pas. Je crois que j'arrête d'utiliser ce mot. Les règles non négociables. Il y a des choses qui sont non négociables, et ça m'arrive très souvent de devoir répéter à un enfant, « Je t'ai déjà répondu, ma réponse ne changera pas. » Et en fait, je vais le dire avec un ton de voix très assertif. Ma pensée, ma voix, ma parole, tout ça, c'est aligné. Je suis congruence. Je suis congruence. Voilà, tu m'as demandé si c'était possible. Eh bien, je t'ai dit non. Et c'est tout. En fait, point final, il n'y a pas de discussion possible. Et je pense que certains parents, parfois, c'est difficile pour eux. Parce qu'on parlait des parents tout à l'heure. Parce que quand tu as un seul enfant avec toi et qu'il te dit, s'il te plaît, est-ce que je peux juste cinq minutes ? Oui, bon, vas-y. Mais moi, j'en ai 25, 30 parfois. Non, si je dis non, c'est non. Ce n'est pas pour t'embêter. C'est parce que là, le groupe exige qu'on descende tous en même temps ou qu'on respecte tel horaire. Pour moi, avoir de l'autorité, ce n'est pas vraiment avoir de l'autorité, c'est juste être très au clair sur ce qui est permis et pas permis.
- Speaker #1
En fait, les règles sont quand même données à l'avance.
- Speaker #0
Très souvent.
- Speaker #1
À l'avance, elles sont faites avec eux. C'est-à-dire qu'ils participent à la mise en place, la rédaction, le fait de schématiser les règles, d'en parler auparavant. qui fait que tout le monde est au clair de... de ce qui est attendu d'eux. Et puis, l'intérêt et l'enjeu est expliqué, parce que c'est aussi ça. Il faut que les enfants sachent pourquoi on leur demande ça, quel est l'intérêt derrière cette injonction, pour qu'ils comprennent l'intérêt. Ça marche mieux quand on comprend l'intérêt. Et une fois que tout ça s'est fait, on explique que ce n'est pas négociable et que ça fait partie de l'intérêt de la collectivité, point à la ligne.
- Speaker #0
Oui, ou de... Ta sécurité. Quand on dit à un enfant, on s'arrête quand le bonhomme est rouge. Pas besoin d'aller plus loin que ça. On s'arrête quand le bonhomme est rouge. Alors bien sûr, on peut expliquer. Parce que tu risques de te faire renverser. Mais moi, je peux dire la même chose. Je vais utiliser le même ton de voix d'une certaine façon. Si l'enfant donne des coups de pied à un camarade, je fais ah non. Les coups de pied, c'est absolument interdit. Tu peux t'exprimer autrement, tu peux lui dire que tu n'es pas content. Si tu veux, tu peux te mettre de l'autre côté, je vous éloigne, on peut trouver plein de solutions. Mais donner un coup de pied, c'est comme s'arrêter au feu rouge, c'est juste non.
- Speaker #1
Très bien, c'est clair, c'est net.
- Speaker #0
Mais ça ne veut pas dire que je ne les répète pas en permanence. Ce n'est pas parce que j'ai une certaine autorité naturelle, si on appelle ça comme ça, que ça ne me demande pas beaucoup de patience, beaucoup de répétition, beaucoup de ratés, beaucoup d'enfants qui transgressent les règles, etc.
- Speaker #1
Moi, je comprends quand même, après toute cette discussion avec toi, c'est que ça n'a rien de naturel au fait de tout ce travail. Oui,
- Speaker #0
tout ce travail.
- Speaker #1
Si c'était naturel, ça se saurait et on viendrait tous avec notre autorité. Or, ce n'est absolument pas le cas. Tu vois bien que c'est le travail d'une vie. Oui,
- Speaker #0
et puis une chose est sûre aussi, c'est que si on revient sur ce qu'on a dit, on perd toute crédibilité. Donc, il faut aussi, si vous dites non à cinq enfants et qu'il y en a un sixième qui insiste et que pour lui, il vous dit, c'est le sixième, allez, vas-y, fais-le si tu veux. Ben non. C'est-à-dire que si vous dites non à 5, vous dites non à 6, parce que sinon, là, pour le coup, ce n'est pas juste. Et là, vous perdez de crédibilité, vous perdez votre autorité naturelle. Donc parfois, ce n'est pas drôle, mais là, j'ai un exemple ce matin. Franchement, ce n'est pas de chance, mais il y en avait 4 qui devaient passer à la peinture. Pour X raisons, le quatrième n'a pas pu passer. Je lui ai dit, écoute, vas-y maintenant, ça a sonné, donc il n'y a plus eu le temps. Donc l'enfant m'a dit, mais oui, mais tu m'as dit que, et il n'était pas content. J'ai fait, oui, mais ça a sonné, c'est l'heure de la récréation, donc là, on n'a pas le choix. et il a voulu trépigner, et juste, on n'avait pas le choix. Après, j'ai négocié, je lui ai fait, t'inquiète pas, demain matin, la première chose que tu fais, c'est de prendre ta blouse, regarde, ton pinceau est là, ta feuille t'attend, mais là, maintenant, c'est fini. C'est pas possible. Et ce qui est fou, c'est que... Avec moi, en début d'année, ils peuvent pleurer, taper des pieds, se fâcher, renverser des pots de peinture, mais là, on est au mois de bientôt février, plus personne ne se plaint. Quand la maîtresse dit non, c'est non.
- Speaker #1
Ok, clair. Émilie, on va conclure.
- Speaker #0
On pourrait rester des heures.
- Speaker #1
On pourrait encore rester des heures pour tous les parents, tous les gens qui sont passionnés de pédagogie, ceux qui s'intéressent à l'école, à comment ça se passe à l'école, où te retrouver, où t'écouter.
- Speaker #0
Avant de savoir que j'aurais un petit succès, je me suis appelée Kiffé l'école. Et du coup, je m'appelle toujours Kiffé l'école sur les réseaux. J'ai écrit un livre qui s'appelle Kiffé l'école. et puis... Et puis là, je me lance dans les albums de jeunesse. Donc, j'en ai déjà un qui est sorti. Qui s'appelle ? Entre n'aie pas peur.
- Speaker #1
Voilà, qui est derrière toi.
- Speaker #0
Qui est derrière moi. Et il y en a un deuxième en cours d'écriture sur les enfants qui mordent.
- Speaker #1
Oh, wow. Donc, tout ça, c'est des lectures que tu vas pouvoir faire toi-même en classe.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et tes consœurs et tes confrères également pourraient profiter de ces histoires-là, ainsi que les parents. Tout à fait. Un énorme merci, Émilie. C'était un énorme plaisir.
- Speaker #0
Un grand merci à toi. Je te souhaite beaucoup de succès à ton podcast que je trouve absolument génial.
- Speaker #1
Je te remercie tellement. Merci, Émilie. Mes chers amis, nos enfants ont des besoins. Leurs comportements se transforment. Leurs émotions parfois les débordent. Et leurs besoins d'appartenance les animent toujours. Chaque comportement Chaque mouvement intérieur est une occasion d'accompagnement, de compréhension et d'enseignement. Si ces sujets te passionnent, je t'invite à suivre « Qui fait l'école ? » sur les réseaux sociaux et n'oublie pas de retrouver Enquête d'accord sur toutes les plateformes d'écoute, Apple Podcasts, Spotify ainsi que sur Instagram. Merci infiniment pour ta fidélité, ton écoute et ta présence. A très bientôt pour un nouvel épisode.