- Speaker #0
J'étais dans un bac à sable quand j'étais petit qui s'appelait le handball. Et ce bac à sable m'a donné les plus belles joies de ma vie. On est une espèce de locomotive du handball mondial qui montre une certaine idée de l'éducation. On est à la fois bon en performance sportive et bon en performance sociale. On t'apprend à être fier, on t'apprend à bouger, on t'apprend à te remettre en question. On est des gens simples, quoi.
- Speaker #1
Bonjour à tous, aujourd'hui on se retrouve à la maison du handball où on va interviewer Philippe Banna, le président de la Fédération Française de Handball. Philippe, bonjour. Bonjour. Merci de nous accueillir à la Maison du Handball à Créteil, ici, magnifique lieu, un lieu emblématique de ce beau sport. On va démarrer cet entretien par quelques mots sur toi, sur ton parcours, qui est un beau parcours, et si tu peux te présenter en quelques mots.
- Speaker #0
Eh bien moi j'étais dans un bac à sable quand j'étais petit, qui s'appelait le Handball, et j'étais plutôt un gars timide, un petit peu renfermé, pas très en réussite, et ce bac à sable m'a donné le... les plus belles joies de ma vie. Et du coup, je me suis dit, bon sang, il faudrait que quelqu'un s'occupe des pelles, des seaux, qu'il y ait assez de sable pour tout le monde. Et petit à petit, je suis rentré dans ce truc. Plutôt par le métier d'entraîneur, où j'adorais transmettre, j'adorais donner aux autres, tout petit. Puis après, j'ai entraîné en pro. Puis après, j'en ai fait mon métier. J'étais un prof de gym qui voulait absolument transmettre, de donner aux autres ce qu'il avait reçu. Après, j'ai essayé de fabriquer un monde éclairé pour mettre de la lumière sur mon sport, pour que... ça se voit plus, pour qu'on donne des choses. Je suis reparti à l'école de commerce pour comprendre comment tout ça marchait. Et après avoir construit une machine qui est une usine à champignons extraordinaire pendant un quart de siècle, je me suis dit, tiens, maintenant, il faudrait quand même que tu finisses la gestion du bac à sable et que tu en fasses un bac à sable super extraordinaire. Ce que je fais depuis 2020 avec bonheur. C'est juste du bonheur.
- Speaker #1
Et qu'est-ce qui pousse un minot marseillais ? qui aurait dû tomber peut-être dans le foot et qui est tombé dans le hand. Comment on arrive au hand ?
- Speaker #0
On arrive au hand parce que c'est ta famille, c'est tes amis, c'est ton histoire, c'est tes gènes presque, je vais dire. J'ai failli en partir une fois, c'était quand je suis sorti de l'école de commerce à Cage, à Marseille, dans les années 95-96. Là, il y avait la Coupe du Monde à Marseille. On voulait que je m'en occupe. Et puis je me suis dit non, allez, tu restes là. Et c'est à ce moment-là où le handball était au plus profond que... qu'on m'a dit, allez, viens t'occuper de nous, on y va ensemble.
- Speaker #1
Et sur ce sujet de la Coupe du Monde 98, j'ai vu que t'étais... t'as failli, en fait. Et tu fais le choix du cœur, en fait.
- Speaker #0
Attention, l'OM, c'est aussi le choix du cœur. Donc, ouais, Surtout, je me suis mis à... Si on était capable de me dire, si on était capable de me confier cette responsabilité, j'en avais le devoir, quoi. C'est une forme d'obligation, de karma que tu dois incarner. C'était à toi de faire le job. Je me suis dit, bon sang, ce truc-là, c'est le truc de ma vie.
- Speaker #1
Tu as parlé tout à l'heure que tu étais entraîneur. Tu as démarré comme ça. Ça ressemblait à quoi, le hand, dans les années 80, si on fait un petit retour en arrière ?
- Speaker #0
Moi, je suis parti, on s'entraînait deux, trois fois par semaine. Je suis arrivé à la fin, on était des professionnels. On s'entraînait à l'OM Vitrolles, on jouait au Palais des Sports de Marseille avec le maillot de l'OM. La combinaison des univers, de ta tête. Et j'ai vécu toute cette transformation, cette professionnalisation de notre activité, comme un chemin, un itinéraire, on empilait brique par brique, on se mettait des maillots différents, on essayait de voir plus grand, on regardait vers le haut, on essayait aussi de garder les pieds par terre. On avait les pieds par terre, mais on avait la tête dans les étoiles parce que notre truc était trop confidentiel, trop petit, il fallait qu'on grandisse.
- Speaker #1
Et si tu gardes un souvenir de cette époque, c'est quoi ton souvenir ?
- Speaker #0
Mon vieux maillot gris et noir avec lequel on jouait quand j'étais petit sous les ordres de Daniel Constantini, un maillot bleu et blanc où on attendait les spectateurs de la fin du match de foot de l'OM qui rentraient dans le palais des sports tout de suite derrière, un peu façon Barça. C'était vraiment un truc magique de ces moments un peu hors du temps avec la famille Tapie, des trucs qui aujourd'hui marquent bien l'état d'esprit, l'histoire. On a vécu toute cette histoire et c'est aujourd'hui pour ça qu'on arrive à la raconter aux autres.
- Speaker #1
On dit que le sport peut changer la vie des gens. Toi, le Han a en gros changé ta vie.
- Speaker #0
Ah ouais, moi j'étais un minot des quartiers nord de Marseille. Je vivais à Saint-Barthélemy, dans la Tourbaix. Et c'était à la cité des Marronniers. J'y suis retourné il n'y a pas longtemps. Ils m'ont laissé rentrer parce que je leur ai dit que j'habitais là quand j'étais petit. Ils ne m'ont pas cru vraiment, mais ils m'ont laissé rentrer. Il y a là un bel itinéraire. Quand je passais dans les quartiers sud, c'était quelque chose de fort. Ce sport te donne... C'est pour ça que je réentraîne aujourd'hui en moins de 13, parce que ça m'amuse beaucoup de retrouver ces ambiances où tu changes la vie des gens en leur donnant un ballon et un peu d'espoir.
- Speaker #1
C'est quoi les valeurs du hand aujourd'hui, quand tu dis que tu es retourné entraîner ? Si tu veux,
- Speaker #0
c'est un truc qui a été fabriqué par les profs de gym. Je raconte toujours ça, parce que j'ai été prof de gym. On t'apprend à dire bonjour, on t'apprend à dire merci. On t'apprend à être fier, on t'apprend à te bouger, on t'apprend à te remettre en question. Les gens simples, on apprend les choses basiques de la vie. C'est un peu exagéré parfois de dire les valeurs. On t'apprend juste à être une femme ou un homme digne, responsable, éduqué. Des choses très très simples qui sont pour moi les fondements de la vie. Ce sport est incarné sur des choses très très simples. Il n'y a pas longtemps avec l'équipe de France, on a redit des choses très très simples aux gens. Faites attention, dites bonjour au monsieur, mets-toi la bonne chaussure, mets-toi ici à l'intérieur ou à l'extérieur. Juste être quelqu'un de bien.
- Speaker #1
Tu as parlé tout à l'heure de 98, etc. En 99, en fait, il y a une anecdote que j'ai trouvée assez amusante et croustillante. Tu es le seul mec qui a fait reculer Michel Drucker. Parce qu'en gros, il y a la finale de... Si tu nous racontes cette anecdote, il y a la finale de la Coupe du monde, du Mondial féminin. Et en gros, tu fais annuler l'émission. Tu peux nous raconter ce petit passage ? Oui,
- Speaker #0
c'est une belle histoire. Parce qu'à l'époque, c'était une histoire de femme. D'ailleurs, moi, je suis obsédé par l'idée de réussir aussi avec les filles dans ce moment-là. Olivier Crumbolle vient d'arriver à la tête de l'équipe de France. C'est un moment où on sort de nulle part. On doit être dans la 30e nation mondiale. Et on se retrouve d'un seul coup, en finale. Les commentateurs de France Télévisions sont déjà rentrés à la maison. Ils ont repris l'avion dans l'autre sens. Et là, je prends une crise de nerfs. J'appelle Marie-Georges Buffet, qui répond toujours à la toute heure du jour et de la nuit. Je lui dis, Marie-Georges... Il faut faire quelque chose, c'est des filles, c'est 20h demain, elle prend son téléphone, elle appelle Michel Cotta, qui était à l'époque la patronne de France Télé, qui lui dit « fais quelque chose, bon sang ! » et elle, elle dit à Michel Drucker, Michel Cotta, elle dit à Michel Drucker « écoute Michel, désolé, alors que c'était un dieu, un grosso modo, et elle lui dit « il faut que tu laisses la place aux filles. » Là, sur le moment, il râle un peu, il le fait, nous on tremble comme des feuilles, on perd le match le lendemain, le commentateur de France Télévisions reprend l'avion dans l'autre sens, il vient commenter une finale où... tu te retrouves avec 12 millions de téléspectateurs, ce qui est même inenvisageable aujourd'hui. On voit les visages de ces femmes, scènes sportives, qui se battent, qui vont en prolongation. Et on a fait, en une seconde, avec deux femmes, un switch pour notre sport, notamment pour le sport féminin.
- Speaker #1
Très beau. Franchement, c'est assez incroyable. Belle anecdote. Tu as côtoyé les deux plus gros entraîneurs, avec les plus gros palmarès du sport français, Crumbles et Codonesta. Comment ces mecs réussissent ? Comment ils... Ils réussissent,
- Speaker #0
et je les ai... Je choisis pour ça parce que c'est des emmerdeurs. C'est-à-dire, c'est des gens capables d'emmerder tout le monde, le joueur, l'entraîneur, le dirigeant, l'entourage. J'ai choisi les plus difficiles parce que je me suis dit, en choisissant ceux-là, je ne m'installe pas dans du confort. Mais je choisis la difficulté avec des gens dont je savais qu'ils allaient tirer notre activité vers le haut, qu'ils allaient gueuler, qu'ils allaient crier, mais qu'à la fin, on aurait quelque chose qui soit vivant, en ébullition. Donc c'est des hommes qui étaient des monuments et qui ont extrait notre truc parce qu'ils voulaient aller haut. Ils étaient, comme Daniel Costandini, des écorchés vifs.
- Speaker #1
Et ils sont profs de sport comme toi ? C'est quoi le truc, le switch ?
- Speaker #0
C'est une veille tradition du fait que les profs d'éducation physique et les profs de sport... et puis les plus rares de sport sont ceux qui ont fabriqué notre sport. Pour de bon, aujourd'hui, il y a encore 200 000 naissanciers à l'UNSS. On est encore de ce monde-là. Quand je dis la maison mère, je pense au ministère de l'Éducation nationale, à l'école, à l'école primaire où j'étais quand j'étais petit. Mon père était directeur. Je pense à l'école des quartiers nord de Marseille, au collège d'Aumier. Voilà, des choses qui, pour nous, sont l'endroit où on a jeté ce ballon une fois et qui, aujourd'hui, a fabriqué cette maison de bain. Et...
- Speaker #1
Dans ton roman, tu te poses une question, tu te dis si tout ça ne s'était jamais arrivé en 40 ans de vie, tu aurais fait quoi en fait ?
- Speaker #0
Franchement, je ne sais pas. C'est un truc qui a transformé ma vie. Je voulais faire des trucs simples, sauver les autres, faire de la médecine. quand j'ai eu l'opportunité de gérer ta passion, c'est-à-dire, encore une fois, d'organiser mon bac à sable, d'aider les gens, pour moi, ça a transformé. J'aurais parlé, j'aurais chanté, je ne sais pas ce que j'aurais fait, mais j'aurais crié pour essayer de faire que les choses aillent mieux. J'étais un enfant de pieds noirs, revenu d'Algérie en 62, installé dans un Marseille en ébullition. Tu ne sais pas ce que tu deviens à ces moments-là. Et ce truc-là m'a tiré vers l'eau.
- Speaker #1
Demain, ça s'arrête. Tu gardes quoi comme... L'image, tu gardes quel souvenir, quel truc ?
- Speaker #0
Toutes ces médailles, pour moi, elles ne sont que l'illustration d'une certaine humanité. J'en garde des milliards d'images de ces grands événements qu'on a commencé à incarner, de ces coups de bluff qu'on a faits, des fois en montant la tribune pour gagner un championnat du monde, avec rien dans la pochette, de ces moments où, dans les petits carrefours de la vie, tu choisis les gens, comme récemment Talandou Tchébaev, en disant « je fais un pari » . Et 9 fois sur 10, on ne s'est pas trompé, on a fait des choses. Incroyable, c'est surtout le choix des femmes et des hommes qui m'a impressionné. C'est-à-dire de dire, tu choisis ça et d'un seul coup, tu allumes la lumière. Et ça, c'est quelque chose d'extraordinaire. C'est que des choix humains. Je retiendrai les choix humains.
- Speaker #1
Pour refermer cette première partie sur ton parcours, on a une petite interview un peu rapide, question rapide, réponse rapide. Le match qui t'a fait aimer le handball ?
- Speaker #0
La finale du championnat du monde de 1982. URSS Yougoslavie que je dois encore avoir en VHS je l'ai gardé, que je me regarde de temps en temps il y a des tas de parasites donc t'es un magnétoscope le match le plus frustrant pour toi ? incontestablement le dernier des Jeux Olympiques en garçon qui te fait un trou à l'estomac jusqu'à ce que tu bouges ton trou à l'estomac au bout de deux ans donc c'est la revanche que tu attends le plus ? Los Angeles mon ami
- Speaker #1
Donc le match est montré dans toutes les écoles de hand ?
- Speaker #0
Dans toutes les écoles de hand, je te dirais les leçons de l'équipe de France féminine administrées par Olivier Crumbolle ces dix dernières années. La défense, la montée de balles, je cours, je me bats sur la base, je me projette en attaque. Cette espèce d'idée est sans doute cette finale mondiale en 99 qui est un récit.
- Speaker #1
Ta plus belle affiche à l'heure actuelle en sélection, c'est quoi ? C'est quoi le plus beau match qu'il faut voir, si tu dois dire ?
- Speaker #0
En sélection ? Je te dirais... Il y en a eu où on a beaucoup dominé, mais il me reste les moments olympiques de la Chine, les moments olympiques du Japon, parce que ceux-là, ils sont dans des salles vides, éterrées, où il n'y a pas un bruit, où tu entends la respiration tomber des ports des joueurs, où ils se parlent entre eux, où il y a là quelque chose d'hors du temps. Ces deux médailles olympiques de 2021 au fin fond du Covid sont des trucs hors normes qui n'existent pas.
- Speaker #1
Le match où ton cœur a failli lâcher.
- Speaker #0
Mon pauvre, il y en a tellement. Un jour, ça doit être au Danemark dans une finale. terrible de mondial on est tous les deux assis sur une grande chaise avec michel barbeau le manager équipe de france et ont fait une prolongation de prolongation n'en finit pas et à la fin tous les deux on part en arrière lui s'ouvre la tête tellement on hurle et on va lui raccommoder la tête dans le vestiaire pendant que l'équipe est en train de gagner la dernière prolongation donc des moments un peu bizarroïdes et la plus grande victoire du monde français pour toi c'est quoi celle qui a vraiment allumé la lumière depuis le début je pense que c'est le mondial 2001 qu'on organise à la maison où on n'est pas censé gagner, où on se bat comme des chiffonniers, où Daniel Costantini fait sa sortie. Il y a là une charge émotionnelle dans une Accor Arena qui est devenue notre salle mythique, qui est très très forte. Et surtout, elle allume un premier étage de fusée qui ne va jamais s'éteindre.
- Speaker #1
Deuxième partie de cet entretien sur les enjeux un peu durs d'aujourd'hui. Comment va le hand aujourd'hui ?
- Speaker #0
Il va super bien. Il a la chance de... de s'appuyer sur plus de 600 000 joueurs. C'est-à-dire qu'on a multiplié par 3 en 20 ans. C'est une pratique où il n'y a plus de place dans les salles. Aujourd'hui, on a vraiment une limite. On a 2400 clubs. On est passé d'une... une structure qui avait 22 millions d'euros de budget il y a 6 ans et qui en a 45 aujourd'hui. On a deux équipes qui sont des vraies usines à médailles. On a un système qui marche sur les deux jambes, avec sa jambe féminine, sa jambe masculine. On est à 40% de licenciés féminines. On travaille dans l'outre-mer, dans tous les pays, les countries du monde. On est une espèce de locomotive du handball mondial qui montre une certaine idée de l'éducation. On est à la fois bon en performance sportive et bon en performance sociale. On s'est... battu ces dernières années pour obtenir la délégation du hand-fauteuil. Notre équipe de hand-fauteuil, elle est médaillée aux championnats internationaux. Notre équipe de hand-sourds, elle est médaillée aux Deaflympics. On est dans une largeur du handball qu'on ne pouvait pas imaginer. À l'époque,
- Speaker #1
on essayait de se battre pour que les garçons y arrivent.
- Speaker #0
On est devenu une espèce de grand projecteur sur notre activité. On a une espèce de voie d'exemplarité dans le monde.
- Speaker #1
Et aujourd'hui, on a traversé une période... doré, folle, absolument. Est-ce que tu penses que les supporters français sont plus durs, ou ils ont... Avec vous, il y a quelque chose qui...
- Speaker #0
T'as une forme d'obligation de gagner, qu'il a fallu... C'est comme un... Comme on est, nous, exposés tous les ans, c'est comme une espèce de... Le handball, c'est un jeu où tu te joues à 7, où la France doit obligatoirement gagner à la fin. Et des fois, à peine tu gagnes pas, tout le monde s'en fout. Mais qu'est-ce qu'ils se passent ? Qu'est-ce qu'ils ont fait ? T'as une espèce de locomotive, comme ça. Contrairement aux autres sports courts, on joue tous les ans. Et deux fois par an, garçons, filles, cette exposition, elle est difficile à supporter et en même temps, on la tient pour l'instant. Donc c'est un... Tu vois, l'an dernier, tout le monde a l'impression que c'était un peu moyen, sauf que... On a fait 5 médailles dans l'année, personne ne s'en rappelle. Donc c'est un truc très important. On a fait des médailles de beach, on a fait des médailles de honte fauteuil, de honte sourde, et on a fait 2 médailles de bronze. Donc la condamnation a gagné, on la prend avec grand plaisir, parce que c'est une espèce d'obligation morale des équipes de France 2.
- Speaker #1
Et tout ça s'est corrélé tout à l'heure. On parlait de Florian Grille, on parlait de médiatisation. Télé, réseaux sociaux, aujourd'hui, ton sport, en fait, les sports majeurs sont soumis à de la médiatisation. Donc 20 ans après ces grandes victoires, c'est toujours pour toi l'honneur de la guerre. Il faut que le hand soit présent.
- Speaker #0
On a besoin d'une médiatisation forte. Ce combiné qu'on a avec BeinSport et qu'on a eu avec TF1 et que maintenant on a avec France Télévisions est obligatoire pour nous. Ça veut dire avoir un média qui te traite tes équipes et on l'a depuis des années avec BeinSport. On a aujourd'hui un nouvel accord avec France Télévisions qui ouvre ses portes au handball vers le futur. Surtout. Cinq grands événements à venir entre 28 et 32, un truc de fou. Les gens ne le voient pas arriver encore, mais championnat d'Europe, championnat du monde, championnat du monde de hand-fauteuil. On va avoir une saga entre 28 et 32 qui va refaire les Jeux Olympiques de Paris 2024. Le vrai héritage de Paris 2024 pour le handball, ce sera là.
- Speaker #1
Tu regardes un peu les autres sports, les autres... Qu'est-ce qu'ils font pour médiatiser ? Tu bosses avec d'autres présidents de FED ?
- Speaker #0
Ouais, on est très... Soudés avec Philippe Diallo, avec Florian Grille, on travaille ces sujets. Et aujourd'hui, je pense que l'exemplarité de la médiatisation, c'est le rugby et Florian qui l'ont amené, avec ces contrats croisés qui permettent aujourd'hui une vraie exposition des équipes de France aussi, parce que c'est un sujet. On essaie de faire à peu près la même chose. Et c'est vrai que quand on y arrive bien, avec ces combinés... BIN, France Télé aujourd'hui, on est à 6 millions de téléspectateurs et ça, c'est obligatoire à la fois pour avoir une commercialisation lourde, ce qui est aujourd'hui devenu une espèce de tard qu'on avait par le passé. Ils gagnent, mais ils n'arrivent pas à se vendre. Aujourd'hui, oui, c'est plus de 15 millions d'euros annuels de marketing, d'entreprises qui sont avec le handball, des grandes firmes. C'est la Caisse d'épargne, la Poste, d'autres acteurs, Lidl et d'autres qui sont là à nos côtés, Adidas. Et ça, ça a changé quand même, je pense, en 6 ans, on a réussi à changer ce regard sur le hand.
- Speaker #1
Si on a un mot sur la féminisation de ce sport qui est vraiment important, c'est quelque chose auquel tu tiens particulièrement, comment on attire les jeunes filles au hand, comment vous travaillez ça aujourd'hui à la FEDE ?
- Speaker #0
Il y avait un vieux chercheur qui travaillait avec nous dans les années 90 dont on s'est inspiré. On avait fait des études sur l'abandon de la pratique. Les filles s'en allaient parce que, en gros, l'éducateur leur vendait de la musculation et de la compétition. Et donc, on a transformé les contenus. On a travaillé sur les motivations des féminines, sur l'idée de la sociabilisation, du bonheur d'être ensemble, de la tactique. Et on a défini, je pense qu'à partir des exemples coréens, indanois, norvégiens, une certaine idée de la pratique féminine qui est le beau jeu. Cette idée, cette pédagogie, cette construction de deux systèmes d'usines à champignons parallèles, ont fait qu'aujourd'hui, on a été capable d'attirer les gens pour dire, voilà vous pouvez être L'image de la femme handballeuse, c'est la femme saine, sportive, engagée. Et ce truc-là, je pense, a donné une certaine idée de notre sport qui fait qu'aujourd'hui, on est passé à 40% de féminine. Il ne fallait pas copier-coller. Je me souviens, à l'époque de 2007, on faisait le mondial en France. On avait les surplus des équipements sportifs, garçons pour les filles. Et là, on a commencé à dire, tiens, on va faire une tenue féminine. On va fabriquer un vrai monde pour elles. Quand on a fabriqué la ligue féminine de handball, on a dit... Faisons un monde professionnel pour ces femmes, construisons des métiers, de l'éducation. Donc on s'est vraiment obsédé pour faire réussir dans le même univers que les garçons, mais à la fois avec un positionnement différent. Je ne suis pas là pour faire... Si je te vends de la muscu et du combat quand tu as 12 ans, je vais rater mon objectif. Ce n'est pas ça que tu viens chercher quand tu es une jeune féminine. Et on a su leur dire ça.
- Speaker #1
Cette réussite, ce n'est pas parce que ça démarre dès le plus jeune âge, ça démarre à l'école. Comment, en fait, vous allez dans les territoires, tu l'expliques comment ? Énorme, c'est 200 000 pour le rugby, 600 000 pour le hand. Les chiffres parlent de même.
- Speaker #0
Il y a cette histoire de l'école qui reste aujourd'hui un fondement, mais on a 2400 clubs et surtout, on a diversifié la pratique. C'est-à-dire, on n'a pas dit, on va jouer à cette compétition à partir de 13 ans. On est allé chercher les gamins avec le baby hand à 3 ans. On est allé chercher ceux du loisir l'été avec le beach, qui aujourd'hui a ses championnats du monde, ses championnats d'Europe. de manière à étaler la pratique sur toute l'année. On est allé chercher tout le volant para avec le hand-foteuil, qui est un travail inclusif entre les valides et les non-valides. On est allé chercher la santé au-delà de 40 ans. On n'avait plus un licencié au-delà de 40 ans. Donc, on a dit aux gens, venez faire du hand-fit, venez vous soigner, faites un peu de hand-acad. On a été chercher tout au long de la vie un aspect plus ludique. Vous ne voulez pas faire de compétition ? OK, on comprend. Vous voulez jouer ensemble le mercredi, le vendredi. et puis être tranquille le dimanche. Venez jouer à Andat4, on a une association Andatoutage qui traîne partout en France pour venir jouer, s'amuser. On a diversifié les pratiques, les motivations et on a élargi le spectre pendant les dix dernières années.
- Speaker #1
Justement, tu as parlé du hand-fit, tu peux nous en dire un petit mot ? Ce n'est pas quelque chose de...
- Speaker #0
Ça partait de l'idée très simple que ça devait être quelque chose qui devait avoir un lien avec la santé, qui devait avoir une idée ludique et comment le rapprocher de la santé, comment parler à des gens... dans les entreprises, aux personnes âgées. On est allé jusqu'à faire des animations dans les EHPAD. La plus vieille licenciée de handball, elle a 103 ans, elle est à Plante de Cuc, et elle passe son temps sur ce dispositif à se régaler, à envoyer des ballons à ses potes, sur les chaises. Il y a là quelque chose de terrible qui, encore une fois, qui va chercher le cœur des gens, c'est très impressionnant.
- Speaker #1
Tu travailles beaucoup aussi, tu l'as dit, avec les autres FED, il y a un programme sur les inégalités en Afrique, je crois. pour amener un peu le handball en Afrique. C'est quoi ? C'est un projet qui part d'où ? Comment ça sort ?
- Speaker #0
D'abord, il y avait cette idée de l'Afrique pour moi, dont je suis arrivé en 1962 avec mes parents. Il y avait cette idée du pont, de fabriquer des ponts, d'aider au départ. Et aujourd'hui, on a fabriqué deux fondations qui s'occupent toutes les deux de la collaboration avec l'Afrique. Moi, j'ai adopté une petite fille il y a 10 ans qui est originaire d'Abidjan. On y retourne, on fait des actions caritatives. En ce moment, avec le programme Avoba, on travaille dans 6 pays. Le président de la République nous a confié en 2021, on bat le volet basket. Vous êtes les meilleurs. Est-ce que vous êtes capables d'aller donner, échanger, collaborer ? Et qu'est-ce qu'on fait ? On fait des terrains, on fait des formations. On a un gros programme. financé par l'Agence française du développement. Et on est aux côtés de nos frères africains. C'est une espèce de pont. Quand on voit à la fin Carl Conant, qui devient le meilleur défenseur du monde, lui aussi originaire d'Abidjan, et qui amène l'équipe de France en haut, on se dit que c'est la meilleure chose et la meilleure preuve que l'Europe, l'Afrique doivent collaborer, être ensemble de manière différente. Ce n'est pas juste donner un coup de main à ceux qui sont pauvres. Ce n'est pas ça, la collaboration. C'est partager des choses, échanger, s'apporter. On est redevables à l'Afrique. Il y a quelque chose à faire.
- Speaker #1
On cloute sur cette partie. On se dit qu'on fait un petit stop sur ces petites questions rapides. L'adversaire le plus redoutable des Bleus, toute époque confondue pour toi ?
- Speaker #0
Je suis... Je te dirais quand même aujourd'hui, parce que ça commence à piquer, le Danois commence à nous hérisser le poil, tu vois. Quoi que là. À la longue, on l'a vu venir pourtant, on les a vus dans les championnats de jeunes, les gars. L'adversaire le plus coréen, c'est celui-là, tu vois, ils sont scandinaves, tous ces gens-là. Ces Norvégiennes, on n'en peut plus, les Danois, on n'en peut plus. Donc, il y a là une espèce de... petite colère saine qui est en train de monter, tu vois, et on va préparer Los Angeles, comme ça, avec une espèce de rage interne qui fabrique toujours de la force, quoi. À l'époque, l'Allemagne était au-dessus de nous, à l'époque, beaucoup de nations étaient au-dessus de nous, et on a su montrer, la Croatie, on a su montrer, même les Norvégiennes et les Danoises à certains moments, et là, j'aime bien ce moment où on est en train de préparer la machine en bas, on laisse les gens dans la lumière, et avec notre petite rage interne, on est en train de fabriquer une colère saine.
- Speaker #1
Très bien. Est-ce qu'on va revoir Marseille un jour sur la carte du vent troncé ?
- Speaker #0
Oh bonne mère ! Franchement, je ne peux pas imaginer à quel point je le souhaite. Il faut que j'en parle avec les bonhommes appayants, il faut qu'on en parle encore. Moi, j'y vais avec une nostalgie. Quand j'ai fait immigrer le... Le SMUG de Marseille de ces années, vers Vitrolles, c'était une crève au cœur et en même temps une tentative de sauver le sport de haut niveau là-bas. Oui, ça manque incontestablement, il y a plein de cul-campi, il y a plein de belles choses, mais oui, tu as de la nostalgie. Dans mon bureau, il y a le vieux maillot du SMUG de Daniel Costantini qui traîne, et le vieux ballon de la finale de 75 que j'ai dans un coin. De temps en temps, je regarde ça en me rappelant que c'est ça qui m'a amené là.
- Speaker #1
Les handballistes français sont meilleurs que les handballeurs français à l'heure actuelle ou pas ?
- Speaker #0
C'est une question difficile, ça. C'est deux parcours différents, avec deux moments différents. Je crois que ces gens-là sont en train de se rejoindre. C'est-à-dire, tu as des moments d'une équipe de France masculine qui était plus arithmique, qui a gagné. Tout le monde a oublié les Jeux Olympiques. Parce qu'au handball, le problème, c'est que tu es frappé d'oubli d'une année sur l'autre. Tu ne te rappelles plus que l'an dernier, tu étais médaille de bronze, que l'année d'avant, tu étais champion d'Europe et que tu étais champion olympique. C'était vraiment un bravo Guillaume Gilles, merci. Il y a là un moment où je pense que les gens vont se rejoindre. Ces arrhythmies vont cesser, je pense très rapidement. Et on va se retrouver à continuer de se battre dans les derniers carrés, parce qu'à la fin, tout le monde a deux bras, deux jambes plutôt musclés. Et ça se joue à un but, un poteau, un arrêt de Laurent Gloser, d'Atadou Sakho, ou de main de Charles Bolzinger. On va être en haut et on va se régaler.
- Speaker #1
Les handballeuses sont championnes d'Europe en décembre ou pas pour toi ?
- Speaker #0
Alors c'est dangereux de dire favoris parce qu'en plus on a des jeux atypiques. Elles sont en tout cas sur une trajectoire qui pourrait les y amener avec quand même à chaque fois un ogre qui est censé avoir plus de potentiel que toi. Donc tu sais qu'il faut que tu sois à 120% pour les battre, mais ça fait partie des hypothèses.
- Speaker #1
Alors t'es plus barjot ou expert ?
- Speaker #0
Plutôt expert, oui. C'était un moment incroyable, ce moment des banjos, parce qu'il a généré une espèce d'identité. Ces identités successives, elles sont intéressantes. C'est la phase où le professionnalisme les a plus transformées en experts que dans l'image dans laquelle parfois on s'est noyé, mais qui était une belle image.
- Speaker #1
Et sinon, pour toi, si on se tourne un peu vers l'avenir, quel est le joueur aujourd'hui qui incarne le mieux l'équipe de France, à la fois féminine et masculine ? Merci.
- Speaker #0
Je pense qu'il l'incarne tous. Il y a un changement. Si tu veux, on a vécu deux périodes où Jackson Richardson, puis Nicolas Karabatic, ont une espèce de vitrine, de devanture. Et aujourd'hui, c'est la forêt, c'est plus l'arbre, c'est la forêt qui est devant. Et cette forêt, elle génère des femmes et des hommes. extraordinaire. Moi, je passe des heures à parler avec eux, c'est du bonheur. Elles font des chansons avec Boulevard Désert au mois de décembre, on raconte leurs origines, leurs histoires différentes. Elles ont toutes des histoires de femmes à raconter, elles ont ces enfants qu'elles font au cours de la carrière. J'ai du mal aujourd'hui et je suis content de ne pas isoler. Quelqu'un comme on l'a fait parfois ces dernières années, parce qu'ils ont tous des histoires différentes à raconter, et c'est pareil pour les garçons. Franchement, les histoires de Carl Conan, de Charles, d'autres, de tas de gens qui arrivent de partout, de Jika même qui a commencé le handball à 15 ans et qui voulait qu'on s'occupe de sa grand-mère dans son premier contrat pro. Il y a là quelque chose de fort et qui, pour moi, je préfère la forêt que les arbres.
- Speaker #1
Troisième dernière partie, l'arbitrage. L'arbitrage, c'est un podcast qui aussi parle de l'arbitrage parce que c'est essentiel. Le hand, c'est vraiment un sport particulier en termes d'arbitrage puisque c'est des binômes. Comment, en fait, ça implique quoi comme changement quand tu vas chercher, quand tu vas mobiliser des jeunes ?
- Speaker #0
Pour moi, il y a cette espèce de... ça fait partie intégrante de l'éducation. C'est-à-dire, on est dans un truc vachement important, peut-être le plus important. Quand on est petit, nous, et en ce moment, je suis sur les terrains des moins de 13 le samedi, on fait arbitrer les jeunes par les jeunes. Et ce truc-là fait partie de ta formation. Tu prends ton sifflet, tu mets ton maillot jaune et tu fais partie de l'éducation. Tu es un acteur du jeu, tu peux être joueur, tu peux être arbitre, mais ça fait partie de ce que tu appelais tout à l'heure les valeurs du handball. Les valeurs du handball, c'est je suis capable... de décider d'aider mes copains, de leur faire comprendre la règle, de moi-même m'affirmer comme un acteur du jeu. Pour nous, il est fondamental de faire ce truc-là. On les protège beaucoup en ce moment, parce que la violence sociétale est terrible, et particulièrement les jeunes. Mais on tient à tenir ce maillage de les jeunes par les jeunes, pour que l'éducation par l'arbitrage, et on est tellement heureux de ce partenariat avec La Poste qui véhicule ces trucs-là. Pour nous, c'est le truc fondamental. Ça paraît bizarre ce que je dis, mais c'est le nœud et le cœur du handball, il est là. à cet endroit où chez les gamins, tu rentres là-dedans. Et derrière, on est capable de fabriquer avec ces minots. Je repense à des paires mondiales, à Lazarevray, à des minots qu'on a transformés depuis l'âge de 12 ans jusqu'aux Jeux Olympiques, dans des carrières professionnelles, dans des histoires de vie qui sont aussi fortes que celles des joueurs. Donc là, pour nous, ça peut paraître bizarre, mais si tu cherchais un positionnement de la fée des Landes, il est là. Nous, l'arbitrage, c'est très grave pour nous. C'est un truc qui génère l'éducation de tous. et qui aujourd'hui dans la société d'aujourd'hui est centrale. Ce thème qui a pris la poste, il est central dans la société d'aujourd'hui. On doit se battre ensemble pour y arriver.
- Speaker #1
Justement, tu parles d'arbitrage amateur. Comment aujourd'hui étudier les violences, qu'on les accompagne ? Comment aujourd'hui vous les accompagnez ?
- Speaker #0
C'est une bagarre de tous les jours, je te jure. En ce moment, au conseil d'administration avant-hier, on débattait de ce sujet. C'est-à-dire, on disait aux comités départementaux, accompagnez-les, on ne les laisse pas tout seuls. Qui est l'officiel de table qui empêche qu'un parent excité descende ? Qui est le responsable de salle qui accompagne le jeune et qui lui dit, vas-y, aie confiance en toi. Quand tu balances un gamin ou une gamine de 14 ans dans un championnat régional dur, avec des tribunes qui deviennent de plus en plus dures, tu es dans la régulation de la société. Il n'y a pas d'autre mot. Tu es là pour essayer de dire, bon ça, on va essayer de mettre un peu d'ordre dans le sens noble du terme et de dire, tu ne peux pas laisser les gens tout seuls au milieu de cette violence ordinaire qui habite les salles aujourd'hui, tous ports confondus. Donc, le plus difficile, c'est en bas, parce que plus tu montes dans la hiérarchie, puis ils vont être accompagnés, encadrés, solutionnés techniquement, des moyens de formation. Par contre, quand on a repris encore d'un degré l'arbitrage l'année dernière, c'est le mot central, celui que tu as prononcé, accompagner les gens. être avec sur le chemin, et c'est ce travail-là qu'on essaye de faire pour les protéger et donner une certaine image de ce que doit être le sport dans la société.
- Speaker #1
Et est-ce que tu penses que tu disais les parents, etc., on voit en bord terrain des fois, il y a aussi un travail qui doit être fait, alors je ne sais pas par qui aujourd'hui, pour même éduquer les parents, je ne sais pas, il y a quelque chose là qui...
- Speaker #0
Prévention, sanction, il ne faut pas y raconter d'histoire, aujourd'hui, il faut qu'on... On met des limites dans la société. L'arbitre, il est là pour ça. Prévention, ça veut dire aujourd'hui anticiper. Des protocoles. Je me serre la main. Qu'est-ce que je fous dans un gymnase ? Je suis là pour être avec. Je suis là pour montrer une certaine image et des valeurs du sport. Je suis parent, je rentre, j'ai une affiche, un protocole de départ. On se serre la main, on salue l'arbitre, on respecte les gens, le respect. C'est une campagne de... qui avait été faite par le ministère de l'éducation nationale à l'époque sur le respect. Le ventre, c'est le respect. Et ce truc-là transpire au travers de l'arbitrage. Il faut des outils. Ce n'est pas juste de jeter les gens au milieu, de l'accompagnement, des outils, de la maîtrise technique, de la maîtrise des règles, certes, mais de la maîtrise psychologique. Samedi encore, avec deux, trois parents, c'est mis au milieu de gens qui voulaient rentrer sur le terrain pour les petits. Donc tu es là pour prévenir et tu es là pour encadrer. Et franchement, ce taf, nous, on en fait une affaire de principe.
- Speaker #1
Aujourd'hui, tu dis quoi à une jeune fille ou un jeune gars pour lui dire, vas-y, viens quand même à l'arbitrage, venez, faites un petit binôme et tout, vous allez voir. D'abord,
- Speaker #0
on les responsabilise dès le plus jeune âge. Tu sais, des fois, on fait des tournois triangulaires en moins de 11. La troisième équipe arbitre les deux autres. Et en même temps, il y a un coach avec eux sur le bord des petits outils simples. Et tu dis aux gamins et aux gamines, regarde, tu as aidé tes potes. C'est valorisant ce que tu fais. Tu es un éducateur. souvent ça amène aux fonctions d'éducateur ou aux fonctions d'arbitre qui sont centrales pour nous il y a aussi la valorisation des parcours l'arbitrage féminin en ce moment on est en train d'essayer de montrer des exemples de gens qui ont fait des parcours de vie assez incroyables on continue même de proposer de la professionnalisation à un moment donné parce que comme les joueurs comme les entraîneurs, nous on n'arrête pas de proposer que ces gens là que ça devienne des métiers pour qu'on puisse s'investir dans une pratique une vraie... compétence de maîtriser un sport dont le ballon va à 100 km heure et qui marque 70 buts par match, c'est vraiment en termes de compétence un truc extraordinaire. Donc c'est vraiment pour eux quelque chose de fort.
- Speaker #1
Et l'arbitrage international, au milieu de tout ça, c'est quoi ta position ?
- Speaker #0
Paradoxalement, c'est la même chose. Je me souviens, il n'y a pas longtemps, avoir discuté avec notre meilleur père international, les frères Gassmi, pour les accompagner sur le chemin de Los Angeles. De quoi vous avez besoin les gars ? Et puis dans la discussion, c'est oui, un accompagnement psychologique, mais nous, des gens avec de la légitimité, des anciens, ne nous laissez pas tout seuls sous prétexte qu'on est les meilleurs. C'est comme le joueur sur le terrain. Ok, tu es le meilleur sur le terrain, mais tu peux faire des conneries. On t'accompagne, on t'aide, tu n'es pas tout seul, tu n'es pas juste là pour être évalué, tu es juste parce que tu dois être le meilleur. L'arbitrage international, ça va tellement vite qu'en ce moment, il s'interroge sur le troisième arbitre. C'est l'idée d'avoir au handball un troisième arbitre. Tellement ça va vite, quoi. Encore une fois, 120 km heure, 70 buts par match, dans 60 minutes. T'as à peine le temps de faire les ralentis. Donc imagine-toi dans la tête du mec qui doit analyser, siffler, décider. C'est vraiment des compétences ultimes qui sont du même niveau que les joueurs pros.
- Speaker #1
Aujourd'hui, il y a 9 049 hommes arbitres qui sont actuellement licenciés. C'est vraiment un chiffre qui est quand même... C'est un bon chiffre. Franchement, si tu te donnes le foot, c'est 1433. Vous êtes largement au-dessus. Comment on poursuit ? Comment on développe ? Tu continues sur la lancée d'aller chercher les plus jeunes ?
- Speaker #0
Nous, on se dit qu'à partir des championnats en ce moment de moins de 11, on tient la barre de ne pas les lâcher. On ne doit pas remettre des seniors sur ces championnats-là. Ça fait partie... L'acteur du jeu, il peut être joueur, il peut être arbitre, il peut être dirigeant, organiser un goûter, préparer la salle, tenir la table, la fin de match, siffler ses copains. C'est une éducation à la vie. Et on tient à ce périmètre de dire, oui, c'est la guerre, parce que la violence sociétale, il faut s'y opposer, mais on ne lâche pas cette idée que, oui, 10 000 arbitres, demain, si on peut être 15 000, ça veut dire au moins que tout le monde aura participé à l'idée sociale que je suis un acteur du jeu, je régule, je peux être un bon acteur social. et ça c'est pas tellement que les résultats des matchs soient bons je fais partie d'une société où je suis capable de réguler aussi,
- Speaker #1
c'est un apprentissage de la vie avec la Poste on fait que ça depuis plus de dizaines d'années Justement la Poste est partenaire des arbitres et toi cet engagement tu t'en penses quoi ?
- Speaker #0
Franchement c'est des engagements humains, je pense que ayant discuté avec Philippe Valle pendant des années de ça, et avec toute son équipe c'est un vrai engagement sociétal de... de ce qu'étaient les facteurs de mon époque. Tu vois, je suis aux côtés d'eux. Aujourd'hui, la Poste se transforme en une société de service à la personne. C'est ça, l'arbitrage. C'est du service à la personne, à l'équipe, au groupe, à la société. Donc, on partage. C'est au-delà du partage des valeurs. Franchement, la Poste a une vision. Ce n'est pas juste une cosmétique de sponsoring. C'est une vision de l'état de la société qui correspond aux valeurs de l'entreprise. Et au nôtre, donc on partage pas un contrat, on partage une vision de la société sur lequel on essaie d'être utile. Voilà, je pense que la Poste, elle a envie d'être utile et la Fédé de Handball, elle a envie d'être utile. Pareil.
- Speaker #1
Dernière petite interview, interview coup de sifflet. Alors, on ajoute un troisième arbitre sur le terrain ou pas ?
- Speaker #0
Franchement, tout le monde me dit c'est formidable, Philippe, tu verras, ça va trop vite. Moi, pour l'instant, je suis pas convaincu, mais je me dis, avec mon ami Père Morten Sodal, on va essayer, le prochain championnat, on va le faire. Les essais sont concluants. Il ne faut pas être réfractaire ou arrière-gardiste. Mais ça va faire beaucoup de monde sur le terrain. On va pas se bousculer. En même temps, ça va faire des carrières. Tant mieux si ça marche. C'est l'équilibre entre ça et la vidéo arbitrage. C'est un sujet presque éthique à la fin.
- Speaker #1
Est-ce qu'on pourrait marquer deux points en cas de but spectaculaire ?
- Speaker #0
On le fait déjà au beach. C'est un temps des... On est dans le temps des nouvelles pratiques. Je pense qu'il faut... Combiner en ce moment une pratique que je qualifierais de traditionnelle, qui est le Honda 7, avec ces pratiques émergentes qui vont jusqu'à la Kings League en dérive complète. Nous, je pense que pour le beach ou pour d'autres activités, ça marche très bien. Tu fais une pirouette en l'air ou tu fais un Kung Fu, c'est deux points. Ces trucs-là marchent bien. Mais tu dois, pour être un sport large, combiner les deux.
- Speaker #1
Jouer avec des ballons sans résine ?
- Speaker #0
On bosse comme des chiffonniers avec Molten là-dessus. Il y a un... très beaux ballons qui sont sortis. Ma fille, qui a 10 ans, me dit, celui-là, je n'ai pas besoin de mettre de colle. Donc, il y a un sujet là, aujourd'hui, où on travaille là-dessus et on fait un plan résine pour être propre en RSE aussi dans nos clubs et dans nos salles parce qu'on a des chartes, on a des guides, on a un respect de l'environnement dans lequel on vit. Tu sais, c'est comme le triathlon qui doit bien vivre sur ses sentiers. Nous, on essaye de faire pareil.
- Speaker #1
Juste pour la petite anecdote, dire un... Paul ou Handball.
- Speaker #0
Ça, c'est un vieux truc pour dépister les puristes et des non-puristes. Ça sert plus à faire sourire aujourd'hui. Ils peuvent dire comme ils veulent. Notre pratique, elle est ouverte à tous. Elle a tendance à aller vers les seniors. La bataille, si je peux dire, des enfants, on l'a gagnée puisqu'on a 50 000 enfants de moins de 12 ans. Ils peuvent dire ce qu'ils veulent. L'essentiel, c'est qu'ils jouent.
- Speaker #1
Très bien. Le but à l'heure pour remplacer les jets de 7 mètres, en cas d'égalité en chaîne de prolongation, c'est quoi ton point de vue ?
- Speaker #0
Tout le monde cherche à sensationnaliser ces événements. Je pense que tout ce qu'on a fait, l'engagement rapide, et déjà, je le redis, 70 buts en 60 minutes, c'est mission impossible, les tirs de 7 mètres. On a fait des trucs sans prolongation, tir de pénalité directe, sensationnaliser à des limites. Il faut juste trouver l'équilibre et le hand va vite, franchement. Le hand va vite et c'est spectaculaire.
- Speaker #1
Interdire les contacts comme au basket ?
- Speaker #0
Ça fait partie du jeu, ce combat-là. Moi, je ne le souhaite pas. Je souhaite juste que notre arbitrage, et encore une fois, c'est ce qu'on travaille avec tous nos gars et nos filles, soit le canaliseur et le régulateur de cet engagement physique et qu'on protège le joueur. Notre arbitrage doit protéger les joueurs. De fait, il n'y a pas besoin de dire « ne vous touchez pas » parce que... Le combat, c'est une manière d'appréhender la vie. C'est le cas pour nos arbitres, c'est le cas pour nos joueurs. Je ne pense pas qu'il faudrait y revenir en arrière.
- Speaker #1
Et dernière question, réduire les équipes à 4 contre 4 ?
- Speaker #0
Ça existe, le hand à 4 existe. Aujourd'hui, on a distribué en France 200 terrains de hand à 4 partout. Il a une vocation, une destination plutôt loisir pour les enfants, pour l'école de handball, pour les ados pour ne pas faire que de la compète, pour les seniors quand tu as les deux genoux comme moi et que tu veux quand même encore jouer parce que tu as envie de jouer après 40 ans.
- Speaker #1
C'est plus une pratique.
- Speaker #0
Oui, c'est plus une pratique qu'une compète.
- Speaker #1
Merci Philippe.
- Speaker #0
Merci les gars.