- Speaker #0
La COP 28 s'est achevée le mercredi 13 décembre à Dubaï, un rendez-vous international qui avait lieu aux Émirats Arabes Unis, l'un des plus grands pays producteurs de pétrole. Après 15 jours de difficiles négociations, les États se sont engagés à opérer une transition en dehors des énergies fossiles. C'est la première fois que la sortie des énergies fossiles, dont la production et la consommation sont la principale cause du dérèglement climatique, est clairement mentionnée et les États se sont entendus sur un triplement des capacités d'énergie renouvelable d'ici à 2030. Mais concrètement, comment on s'y prend ? Illustration à Lyon. au groupe Amastadium, qui est devenu l'un des plus grands sites photovoltaïques de la métropole. L'Olympique lyonnais s'est lancé en septembre 2021 dans un vaste projet de solarisation. Pour faire simple, 50 000 m² de panneaux photovoltaïques ont été installés sur le site, avec pour objectif de produire de l'électricité locale et décarbonée. C'est là que j'y ai retrouvé, fin novembre, Philippe Guelpa-Bonaro, vice-président de la métropole de Lyon, en charge du climat et de l'énergie. pour parler justement de cette sortie des énergies fossiles.
- Speaker #1
Alors nous sommes au Groupama Stadium, nous ne sommes pas un soir de match de foot, ni un soir de concert. Le Groupama Stadium qui est loin d'être le symbole de la transition écologique, et pourtant il s'y passe des choses avec l'installation de ces panneaux photovoltaïques. Comment vous percevez justement le projet qui est porté ici ?
- Speaker #2
Le projet d'ombrière photovoltaïque, on l'a perçu de façon très positive, parce qu'il vient d'une part contribuer à la mixité énergétique et au développement des énergies renouvelables sur le territoire de la métropole de Lyon, et avec en plus une démarche assez innovante, avec toute une partie en autoconsommation pour les besoins d'éclairage du stade, pour les besoins de l'aréna, et on est sur quelque chose qui... qui récupère l'eau de pluie pour la réinfiltrer à la parcelle. Donc en termes environnementaux, malgré le fait qu'on soit sur un équipement qui a eu de forts impacts et qui continuera à en avoir, on est lucide là-dessus, on est vraiment dans cette démarche de réduire les impacts, de réduire les dégâts, j'ai envie de dire, parce qu'effectivement, et je pense que c'est honnête de le redire, ce stade a été construit d'une façon assez scandaleuse par rapport à ce stade. aux enjeux environnementaux et aux enjeux du XXIe siècle qu'on connaît. Mais maintenant qu'il est là, soyons pragmatiques, avançons et avançons avec des solutions qui sont les plus pertinentes possibles. En quoi,
- Speaker #1
justement, aujourd'hui, il est intéressant de développer de nouveaux moyens de production d'énergie renouvelable sur des terrains déjà artificialisés, comme les parkings, les toitures, et que ce soit au sein d'entreprises, mais aussi au sein des collectivités territoriales ?
- Speaker #2
L'enjeu c'est de contribuer aux accords de la COP21 des accords de Paris pour viser la neutralité carbone en 2050. Et ça passe par réduire les consommations d'énergie d'une part et ce qu'on consomme, faire en sorte que ce soit couvert par des sources d'énergie renouvelable. La métropole de Lyon, en tant qu'institution et en tant que territoire, doit faire sa part, prendre sa part, puisqu'on est une métropole de 1,5 million d'habitants. Ça veut dire qu'on pèse lourd sur les ressources de la planète, on pèse lourd en consommation d'énergie, et notamment en consommation d'électricité. Et toute énergie qu'on va produire de façon renouvelable, donc ici avec des panneaux photovoltaïques, c'est autant d'énergie qu'on ne va pas avoir besoin de produire par des centrales thermiques à gaz, comme ça arrive souvent en plein hiver notamment, ou par des centrales nucléaires, dont on sait que ce n'est pas une solution pérenne. de long terme. Ça peut nous permettre d'amortir la transition dans les décennies à venir, mais le nucléaire n'est pas une solution pérenne et n'est pas une solution écologique au sens propre du terme, puisque ce qu'elle va permettre en décarbonation, elle va causer d'autres problématiques, de déchets nucléaires, d'utilisation de l'eau, de centralisation du pouvoir, de centralisation des capitaux, de maximisation des risques. sanitaire des risques industriels. Donc on est sur une solution nucléaire qui n'est pas du tout pérenne. Et tout mégawatt-heure photovoltaïque ou éolien qu'on peut développer est une bonne chose pour réduire les émissions de gaz à effet de serre à l'échelle du territoire, mais aussi à l'échelle mondiale.
- Speaker #1
C'est effectivement ce qui est discuté en ce moment à la COP 28. Pour se donner une chance de rester sous la barre des 2 degrés, les États doivent adopter dès maintenant un arrêt définitif de l'exploitation des énergies fossiles, donc charbon, pétrole, gaz, d'ici 2050 au plus tard. Et donc, évidemment, comme on l'évoquait à l'instant, ça nécessite une déclinaison à la fois mondiale, nationale et locale.
- Speaker #2
Oui, et territoriale aussi. On a cet objectif de doubler la part des renouvelables locales dans le mix énergétique, dans les consommations métropolitaines, donc métropolitaines au sens du territoire. Et le photovoltaïque contribue quand même pour une grande partie. Sur la métropole de Lyon, on était à 60 gigawattheures par an produits en photovoltaïque en 2020. Alors... On vise de monter à 240 gigawattheures par an d'ici 2026-2030 avec les temps de développement des projets. Donc c'est un développement qui est très ambitieux. Sur le photovoltaïque, on vise le x4. Sur d'autres énergies, et j'ai envie d'en parler, notamment sur le chauffage, parce que la moitié de l'énergie qu'on consomme sur le territoire de la métropole de Lyon, c'est pour du chauffage. Quand on parle d'énergie, on parle vite d'éoliennes et de photovoltaïques, mais c'est important. De rappeler que le chauffage, on peut le produire avec des réseaux de chaleur urbains qui sont sur la métropole de Lyon à un mix de deux tiers d'énergie renouvelable locale, soit des chaufferies biomasse, soit les incinérateurs. Et on va développer fortement ces réseaux de chaleur. On vise à multiplier par 2,5 le nombre de logements raccordés entre 2020 et 2026 à ces réseaux de chauffage urbain. Et on développe aussi... on va l'annoncer très prochainement, un méthaniseur avec les bouts de stations d'épuration qui va permettre de produire environ 80 gigawattheures par an de biogaz, donc du biogaz qui va venir se substituer au gaz fossile, notamment pour les besoins de la collectivité, mais pas que, ce méthaniseur va pouvoir produire l'équivalent de toute la consommation de gaz de l'institution Métropole de Lyon. Ce sera un des plus gros méthaniseurs de France sur bout de stations d'épuration. Donc on est vraiment sur ces trois piliers, le renouvelable électrique avec les panneaux photovoltaïques, le biogaz pour remplacer le gaz fossile et le chauffage pour remplacer aussi des consommations de gaz ou de fuel, puisqu'on a encore quand même pas mal de chaudières au fuel collectives et individuelles sur la métropole de Lyon. On vise un territoire zéro fuel en 2026 sur la métropole de Lyon avec les dispositifs qu'on est en train de soutenir et de mettre en place.
- Speaker #1
Et on voit bien, notamment avec le conflit en Ukraine, à quel point nous sommes dépendants énergétiquement. C'est là où je pense que les citoyens l'ont vraiment compris et découvert, avec ce besoin, en tout cas pour l'Union européenne, de sortir d'une dépendance. Et donc, il y a tout à repenser en matière de la manière dont on s'approvisionne en énergie.
- Speaker #2
Il s'est passé ce que certains et dont les écologistes disaient depuis plusieurs années, c'est que... notre mode de consommation énergétique et notre mix énergétique n'étaient pas viables pour plusieurs raisons, pour des raisons environnementales, mais aussi pour des raisons géostratégiques, géopolitiques, et aussi pour des raisons de ressources. Autant le gaz, il y en a peut-être encore un petit peu, autant le pétrole, on sait que c'est un accident dans l'histoire de l'humanité, le pétrole. Et donc on avait besoin d'anticiper plus et de développer plus fortement les énergies renouvelables en France. On est le seul pays... en 2020 à être en retard sur nos objectifs de développement des énergies renouvelables, sans doute parce qu'on a le nucléaire qui fait office d'effet d'arbre qui cache la forêt, de notre incapacité à envisager l'avenir correctement. Et donc, ce qu'on n'a pas su faire pour des raisons stratégiques et environnementales, là c'est une crise, une crise énergétique et du coup financière, avec des prix du gaz qui ont été multipliés par 20. qui nous incitent et qui ont fait prendre conscience à tout un tas de gens qui étaient sceptiques jusqu'à présent, qu'on a besoin de fortement développer les renouvelables. Donc j'ai envie de dire que les planètes sont enfin alignées, mais encore une fois, c'est très français, on a dû attendre d'avoir une sorte d'accident et une crise pour se mobiliser pour développer les renouvelables, alors que les écologistes disaient déjà depuis plusieurs décennies que c'est l'énergie d'avenir, c'est les énergies renouvelables et qu'on doit en même temps réduire nos consommations. à ce qui est nécessaire, à ce qui est vital, et arrêter le gaspillage énergétique, comme on l'a vécu pendant toute la deuxième partie du XXe siècle.
- Speaker #1
Il y a encore des freins, notamment de la part de certaines collectivités, certaines communes qui rechignent encore à aller sur ce terrain-là. On sait effectivement que dans la foulée de 2020, certains ont osé sauter le pas parce que l'aspect financier les y incitait. Là, qu'est-ce qui bloque encore pour ceux qui ne veulent pas y aller ?
- Speaker #2
Honnêtement, sur le développement des énergies renouvelables, ça ne fait plus trop débat. Après, c'est le rythme et les curseurs de volonté politique d'y aller, les curseurs de mettre des moyens, mettre les équipes pour instruire des projets. C'est compliqué pour certaines communes de dégager un équivalent en temps plein pour lancer un appel à manifestation d'intérêt, pour solariser des toitures ou des parkings.
- Speaker #1
Ça vient aussi de la complexité des dossiers, notamment... On sait que c'est loin d'être une partie de plaisir.
- Speaker #2
Ah bah oui, on a des complexités parce qu'il ne faut pas non plus laisser faire n'importe quoi. Parce qu'on reste quand même dans une société où il y en a qui vont profiter d'une forme de marché émergent pour faire des choses pas forcément très ok au niveau réglementaire. Mais sur le partage... de la nécessité d'y aller sur les renouvelables. Maintenant, ça fait quand même l'unanimité. Et encore une fois, c'est quels moyens on y met ? On a beaucoup de discours, donc c'est déjà ça en vrai. C'est déjà pas mal d'avoir les discours. Maintenant, il faut mettre les moyens. Et c'est là où l'État, on attend beaucoup plus de l'État, que ce soit en termes de développement des énergies renouvelables, qu'en termes de réduction des consommations d'énergie, avec notamment la rénovation énergétique des logements, où l'État... Et toujours dans des incantations et dans des déclarations, mais sans vraiment mettre les moyens à la hauteur de ce qu'il faudrait pour rénover les logements, rénover aussi les bâtiments publics et aussi changer les habitudes pour qu'on ne soit plus dans une ébriété énergétique, mais qu'on fasse de la sobriété, tout simplement du bon sens énergétique et avoir des bâtiments qui permettent structurellement de consommer le moins d'énergie possible et que cette énergie qui est consommée, qu'elle soit produite le plus localement possible avec les toitures ou avec ce qu'on a à disposition, la géothermie ou l'hydraulique ou les boucles d'eau tempérée comme on va faire sur la soleil. On a fait les énergies renouvelables, c'est un gisement de créativité et d'opportunité pour les entreprises qui sont en avance, j'ai envie de dire, qui est immense. On verra si tout le monde s'en empare. Il faut aussi que l'État envoie un signal vraiment positif. Et quand l'État relance 6 paires de PR, ça ne va pas du tout aider à développer les énergies renouvelables de façon à assurer une résilience du territoire dans les années 2040. Parce que moi, ça n'engage que moi, mais ça n'engage pas que moi. Il y a quand même tout un tas de spécialistes qui le disent. On n'est pas du tout certain que les 6 EPR seront en état de marche en 2040. Et pour autant, le vieux parc nucléaire, il sera en fin de vie. Donc, de se relancer dans une course à l'EPR, alors qu'on sait que celui de Flamanville a 10 ans de retard et 17 milliards d'euros de surplus, c'est un pari, en fait. C'est un pari fou, selon nous. Et c'est un pari qui est sans doute irresponsable, sauf qu'on ne le saura que dans 30 ans.
- Speaker #1
Et quelle peut être la place des citoyens dans tout ça ?
- Speaker #2
Déjà d'aller aux urnes, déjà de se mobiliser pour voter, c'est quand même la base, et de s'intéresser à ces projets, de s'intéresser aussi aux projets qui sont sur leur territoire, de s'engager dans des entreprises qui ont du sens, des entreprises qui ont décidé d'aller dans le sens de la transition écologique, et donc de la réduction des consommations d'énergie et donc du développement des énergies renouvelables. et aussi de s'engager avec des associations, avec leurs voisins, avec leurs collègues, dans des initiatives pour faire des choses à une échelle modeste. Mais en fait, c'est ce genre de choses sur lesquelles nous, après élus de collectivités un peu plus grandes, on peut aussi s'appuyer pour voir que là, il y a un élan. Là, il y a un élan et donc il faut qu'on accompagne cet élan pour les s'aimer sur d'autres territoires. C'est ce qu'on va faire avec CopaWatt. et 1,2 Toit Soleil qui est la coopérative d'énergie citoyenne solaire, où on a Toit en Transition et 1,2 Toit Soleil qui se sont créés en 2017-2018, on a vu qu'il y avait une graine, et dès 2020 on a dit on va passer par CopaWatt pour faire émerger d'autres collectifs citoyens un peu partout sur la métropole de Lyon, et aussi aider... ce collectif citoyen qui est né en 2017, à grandir, à se structurer. Et donc, nous, on a besoin de ces pépites, de ces graines qui germent, pour les arroser et les faire pousser derrière, pour avoir ensuite un impact. Même si clairement, on ne fera pas la transition énergétique en s'appuyant que sur les citoyens, mais ça envoie quand même des signaux très positifs, et ça permet de faire monter en compétence les citoyens sur l'énergie. L'énergie, c'est compliqué, c'est invisible. Autant réduire ses déchets, manger bio, économiser l'eau, tout ça, l'alimentation, l'eau, les déchets, c'est palpable en fait, on peut y toucher. Le gaz, l'électricité, la chaleur, on ne peut pas le toucher. Donc c'est beaucoup plus compliqué de manipuler et de prendre conscience des enjeux. On a sur le territoire de la métropole de Lyon vraiment des entreprises, des associations, des collectifs qui sont très mobilisés. Et c'est un plaisir d'être élu à la transition énergétique sur ce territoire de la métropole de Lyon.
- Speaker #1
Merci beaucoup.
- Speaker #2
Merci.