- Florence Gault
Cette semaine, c'est Julien Grouiller, cofondateur de la Coopérative funéraire de Lyon, que nous retrouvons pour les questions de Minute Papillon. On a pu le découvrir dans notre reportage consacré à sa coopérative qui propose des obsèques. plus accessible, plus respectueuse de l'environnement et davantage ancrée dans les territoires. Qu'est-ce qui vous indigne ?
- Julien Grouiller
Ce qui m'indigne, c'est les injustices qui perdurent dans ce monde et notamment toutes les injustices liées à ce qui est essentiel pour vivre, comme le mal-logement, les questions d'alimentation, la difficulté à bien se nourrir. C'est vraiment des sujets qui me tiennent à cœur parce que je considère qu'on aurait les moyens de pouvoir remédier à ces problèmes-là.
- Florence Gault
Un événement ? ou une expérience qui a créé un déclic écologique ?
- Julien Grouiller
Alors moi, il y a beaucoup de déclics écologiques que j'ai pu avoir par l'alimentation. Et je me souviens très bien du moment où j'ai eu une prise de conscience sur une autre façon de s'alimenter qui pouvait être végétarienne. C'est quand j'étais, il y a une vingtaine d'années, en Erasmus en Grèce. Et j'avais comme amis des Belges. qui étaient végétariens et donc ils nous avaient invités avec d'autres personnes à déjeuner chez eux. Ils nous avaient fait des lasagnes végétariennes. Et un univers nouveau s'est ouvert à moi, celui d'une façon de s'alimenter différente. Et pour vous dire que j'avais beaucoup de choses à découvrir, moi je viens d'un milieu où mon grand-père était boucher, et là j'ai découvert l'alimentation végétarienne, et petit à petit j'ai approfondi cette connaissance jusqu'au point de finalement... ne plus manger de chair animale depuis maintenant dix ans.
- Florence Gault
Une rencontre qui vous a marqué ?
- Julien Grouiller
Alors moi j'ai été particulièrement marqué par des personnes qui étaient actives dans une association à Paris qui s'appelle Urbanisme et Démocratie, que j'avais rencontré quand j'y habitais au début des années 2000. Et c'est des personnes qui se mobilisaient au quotidien pour améliorer la vie de leur quartier, développer des jardins partagés. Créer un café associatif où on pouvait se retrouver pour se connaître, essayer de développer aussi une autre approche de l'habitat avec de l'habitat participatif. Et c'était vraiment foisonnant et c'est des personnes qui m'ont vraiment fait découvrir une autre façon de pouvoir concevoir l'action collective. Et vraiment c'était pour moi le début d'une nouvelle ère qui s'ouvrait à moi en termes de réflexion. et ça m'a donné envie d'agir. à mon niveau, ce que j'ai pu faire les années suivantes.
- Florence Gault
Un livre, un documentaire, un film, un podcast qui vous a influencé ?
- Julien Grouiller
Alors on en revient à l'alimentation. Parce que j'aime bien manger. C'est un documentaire qui est sorti il y a longtemps maintenant, qui s'appelle We Feed the World, donc nous nourrissons le monde, et qui montre les travers de l'agroalimentaire. Et déjà à l'époque, on voyait des problématiques fortes avec les questions d'eau, les questions de production de toute l'alimentation. Et il était très éclairant comme documentaire pour vraiment comprendre comment fonctionnait cette industrie qui... qui comportait beaucoup de dérives et qui, malheureusement, en comporte encore.
- Florence Gault
Qu'est-ce qui vous anime aujourd'hui dans votre métier ?
- Julien Grouiller
Ce qui m'anime dans mon métier, c'est de redonner du pouvoir d'agir aux gens. Dans mon métier, celui de l'accompagnement funéraire, j'ai à cœur de pouvoir permettre à chacune et chacun de comprendre comment fonctionne cet univers méconnu de monde funéraire. On est tous et toutes confrontés un jour à l'organisation des obsèques d'un proche et on ne connaît pas le fonctionnement de ce moment-là. Et donc, comprendre comment ça fonctionne avant d'être... amener à organiser des obsèques, c'est très important pour nous d'expliquer ça clairement aux gens. Et quand les personnes aussi sont confrontées au décès d'un proche, c'est vraiment très important pour nous de leur permettre de s'approprier ce moment-là et de faire qu'ils soient à l'image de leurs proches. Et notamment les enjeux écologiques sont présents, parce qu'on peut avoir à cœur d'avoir des obsèques qui correspondent avec un proche qui par exemple vivait sobrement, et on peut tout à fait organiser des obsèques de cette façon. Et c'est vraiment ça qui me motive au quotidien.
- Florence Gault
Si vous étiez un animal en voie de... de disparition, lequel seriez-vous et pourquoi ?
- Julien Grouiller
Je dirais que je serais un loup. Je ne connais pas toutes les problématiques autour des loups, mais j'ai quand même... compris qu'il y avait une grosse problématique de conflit entre les loups et l'être humain, notamment avec les problématiques d'élevage. Et c'est vrai que je trouve que c'est un vrai sujet qui peut nous questionner sur finalement la place des animaux sauvages en lien avec les activités humaines. Voilà, j'aurais envie de dire le loup.
- Florence Gault
Imaginez que vous avez le pouvoir de donner la parole à une plante, laquelle choisiriez-vous et quel serait son message à l'humanité ?
- Julien Grouiller
Alors moi, j'ai toujours été marqué par ces arbres qui vivent très longtemps. Donc moi, je pense tout de suite à un arbre en fait. Et je pense à ces séquoias géants et notamment celui qu'on peut voir au Muséum d'Histoire Naturelle à Paris et qui est une coupe en fait d'un séquoia géant. On voit l'accumulation des cernes. de cet arbre sur je crois près de 2000 ans et en fait c'est un arbre qu'on aurait tant à nous dire sur ce qui s'est passé sur la planète Terre et donc moi j'adorerais avoir une conversation avec lui. Bon maintenant il est mort mais il prête à réfléchir, je trouve qu'il nous invite à la réflexion quand même sur le temps long.
- Florence Gault
Si vous pouviez organiser un dîner avec trois figures emblématiques de l'écologie vivantes ou décédés, qui inviteriez-vous et quel serait le menu ?
- Julien Grouiller
Alors moi quand je pense à des personnes qui m'ont marqué, c'est pas forcément des personnes connues, c'est des personnes que j'ai pu rencontrer au fur et à mesure des années et je pense à des personnes par exemple qui ont à coeur de pouvoir lutter contre les injustices, que ce soit l'injustice alimentaire des personnes par exemple qui ont fondé l'association Belle Bouffe à Lyon ou alors à des personnes qui ont créé Côté Jardin, qui est une association qui, depuis près de 40 ans, propose une alimentation biologique avec une association qui est gérée par les bénévoles. Et donc il y a plein de personnes comme ça, ça serait une grande tablée en fait, de personnes qui finalement, à leur niveau, se sont retroussées les manches et proposent d'agir pour trouver une solution à des problèmes qu'ils ont identifiés. et sur le menu, on mangerait... Les fameuses lasagnes végétariennes qui ont été mon déclic il y a une vingtaine d'années. Et je pense qu'on a quand même mon petit péché mignon. Il y aurait du tiramisu aussi.
- Florence Gault
Quel est votre péché mignon non écolo dont vous avez du mal à vous passer ?
- Julien Grouiller
Ah, celui-là, c'est un objet qui est tout le temps dans ma poche, c'est le téléphone portable, soi-disant intelligent en tout cas, donc c'est le téléphone portable avec toutes ses fonctionnalités, j'avoue que j'en suis un peu accro, alors que je sais que c'est quand même assez problématique, parce que les modes de production des composants sont sujets à pas mal de questionnements, que ce soit ce qui vient des mines en Afrique ou plein d'autres matériaux minerais qui le composent. Merci. C'est quand même assez problématique, mais j'ai du mal à m'en passer pour l'instant. Minute papillon !
- Florence Gault
Minute papillon !