- Speaker #0
En 2025, un cap historique a été franchi. Pour la première fois, les énergies renouvelables ont produit plus d'électricité que le charbon, la source d'énergie la plus émettrice de gaz à effet de serre. Des données publiées par le rapport annuel du think tank Amber le 21 avril dernier, en pleine crise énergétique provoquée par la guerre au Moyen-Orient. Une bascule symbolique, fruit d'une décennie d'accélération de la transition énergétique. Et pourtant, le mix énergétique européen reste dominé à 70% par les énergies fossiles. L'objectif de neutralité carbone en 2050 fixé par l'accord de Paris n'a jamais semblé aussi urgent. Pour y parvenir, les territoires sont appelés à prendre en main leur avenir énergétique, mais comment permettre aux citoyens et aux collectivités de reprendre part à ces choix énergétiques ? Longtemps restait l'affaire de grands opérateurs. Depuis 2016, l'association... CopaWatt accompagne justement l'émergence de ces initiatives. Son équipe aide des collectifs d'habitants, d'élus, d'acteurs locaux à structurer des projets participatifs de production d'énergie renouvelable, souvent sous forme de coopératives. En près de dix ans, elle a permis la création de 37 coopératives citoyennes et accompagne aujourd'hui des territoires dans deux régions, l'Auvergne-Rhône-Alpes et la Bourgogne-Franche-Comté. A l'occasion de ces dix ans, Ennambatt Mandel revient sur cette aventure collective et sur ce que ses projets citoyens disent de l'avenir de notre modèle énergétique.
- Speaker #1
Allô, ça va ? Ouais, ça va. Ouais ? C'est quoi ? C'est le Président Tower.
- Speaker #2
C'est vrai que... Eh bien, je suis là. Bonjour ! Je vais me mettre sur la chaise, ça sera plus simple. Bonjour à toutes et tous. Tout d'abord, merci à toutes et tous d'être parmi nous. Merci d'être présentes et présents pour fêter ensemble ces dix ans.
- Speaker #3
Dix ans, c'est quand même beaucoup. Dix ans, c'est dix ans de réussite collective qui a été permise par des salariés. On en a huit aujourd'hui. La réussite, ça fonctionne aussi parce que vous toutes et vous tous êtes là. Parce qu'on a coopéré avec les personnes qui agissent et qui travaillent au sein des coopératives citoyennes, de collectivités, de développeurs, de bureaux d'études, de barrières sociaux, d'associations, d'établissements scolaires, et j'en passe. Et vous êtes ces personnes avec qui nous avons œuvré pendant dix ans. Et on est très très heureux et heureuses de fêter ces dix ans avec vous.
- Speaker #0
10 ans de coopération entre acteurs de la transition énergétique citoyenne. Ce jeudi 26 mars après-midi, une cinquantaine de personnes sont venues fêter l'anniversaire de CopaWatt. Né en 2016 sous le nom d'Energie des Territoires, CopaWatt accompagne le développement de projets participatifs et citoyens de production d'énergie renouvelable en Auvergne-Rhône-Alpes et en Bourgogne-Franche-Comté.
- Speaker #3
Vous allez déambuler à travers la maison d'environnement pour aller à la rencontre de personnes de l'équipe de CopaWatt et des invités surprises pour discuter de nos activités. Vous allez avoir une carte d'identité vierge qu'il va falloir remplir. Groupe de 6,
- Speaker #0
on est parti ? L'après-midi est dédié au retour d'expérience et aux échanges entre acteurs de terrain. Les ateliers abordent des enjeux très concrets, comment changer d'échelle pour les coopératifs, comment construire des modèles économiques viables dans la durée, jusqu'à des formes plus locales et partagées de production d'énergie comme l'autoconsommation collective.
- Speaker #4
Sur l'autoconsommation collective, ce que je peux vous dire, c'est que CopaWatt, on travaille dessus depuis 2022 parce que C'est en 2021 que la loi a changé, l'arrêté du 6 octobre 2021, qui permet de combiner à la fois l'autoconsommation collective et l'obligation d'achat. Avant, il fallait choisir entre les deux. Et donc, c'est depuis octobre 2021 que l'autoconsommation collective se développe en France. avec cet assouplissement réglementaire et puis la hausse des prix de l'électricité en 2022-2023. L'évolution réglementaire et la hausse des prix font que tout le monde s'y est intéressé à partir de cette période-là. CopaWet, on a étudié pas mal d'opérations d'autoconsommation collective. On a compté 21 en tout depuis 2022.
- Speaker #0
D'autres temps abordent la mobilisation, notamment celle des jeunes, ou le renforcement de l'écosystème de l'énergie citoyenne. Objectif, partager des pratiques concrètes et réfléchir collectivement aux prochaines étapes de la transition énergétique citoyenne. Aujourd'hui, l'Europe reste fortement dépendante des énergies fossiles, qui représentent encore près des trois quarts de sa consommation. Une dépendance d'autant plus marquée que la quasi-totalité du pétrole et du gaz est importée. Une situation qui expose directement l'Union Européenne aux tensions géopolitiques. L'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022 en a été une illustration brutale, déclenchant une crise énergétique majeure. Et la guerre au Moyen-Orient a accentué cette tension ces dernières semaines. Face à la flambée des prix de l'énergie, le Premier ministre Sébastien Lecornu a présenté le 10 avril dernier les premiers éléments de son plan d'électrification destiné à réduire la dépendance de la France aux énergies fossiles importées.
- Speaker #5
L'énergie n'est pas seulement un marché, c'est un enjeu de sécurité nationale. Un rapport de force, quand nous importons du pétrole ou du gaz, nous importons en même temps les crises des autres. La guerre au Moyen-Orient n'est pas la nôtre et pourtant, elle nous affecte très directement. Heureusement, la France a un atout, une électricité produite sur son sol, issue de choix stratégiques faits il y a des décennies par nos anciens. A l'époque déjà, la France avait fait le choix de l'indépendance énergétique. Et c'est le sens des décisions que le gouvernement a prises il y a tout juste deux mois. Relancer le nucléaire, y compris d'ailleurs celui de nouvelle génération, développer les énergies renouvelables les plus utiles et produire davantage.
- Speaker #0
Mais l'électrification ne constitue qu'une partie de la réponse. L'association Négawatt met en avant trois leviers complémentaires, la sobriété, l'efficacité énergétique et le développement des énergies renouvelables. Aujourd'hui le défi... Et là, réduire notre dépendance aux énergies importées pour reprendre la main sur notre énergie. Autrement dit, ne plus laisser ces projets aux seuls grands opérateurs, mais redonner une place aux habitants et habitantes dans les décisions. Les explications d'Arnaud Clapier, chef de projet au sein de CopaWatt.
- Speaker #4
crise en Ukraine mais qui a été concomitante avec la crise entre guillemets de l'électricité nucléaire en France. C'est en 2021-2022 aussi qu'il y a eu tous les soucis de corrosion sous contrainte dans les tuyauteries des réacteurs nucléaires. Donc c'est deux événements ensemble qui ont causé l'explosion des prix de l'électricité dans toute l'Europe. Et donc cette explosion des prix de l'électricité après, clairement les collectivités ça leur a fait très mal. Les particuliers ont été Merci. pas mal protégé par le bouclier tarifaire. Donc pour le grand public, ça a peut-être moins marqué que les esprits que pour les collectivités, mais les collectivités se sont retrouvées alors pas du jour au lendemain, parce que il faut le temps que les contrats se renouvellent, mais d'une année à l'autre, avec des prix qui ont explosé, et beaucoup de gens ont pu constater les collectivités notamment qui se retrouvaient à faire des... à chercher des économies, à diminuer la température de consigne des piscines ou de chauffage des bâtiments, à éteindre l'éclairage la nuit, et même des collectivités qui n'avaient rien du tout d'ambition écologique, et juste par souci d'économie de facture se sont retrouvées à faire des mesures comme ça d'économie d'énergie. Et on retrouve ça récemment avec la crise, la guerre en Iran, on reparle de... de pénurie d'essence et de gaz. Sur la bourse de l'électricité, on retrouve ces tensions, ces augmentations de prix qu'il y a eu en 2021. Je pense que depuis l'expérience de 2021-2022, il y a beaucoup de gens qui ont assimilé ça, le fait que l'énergie en France, c'est un secteur qui est très dépendant des importations. Que ce soit du gaz, du pétrole, mais de l'uranium aussi. Et que donc, quelque chose qui se passe à 10 000 km de la France impacte directement les factures d'électricité de tous les consommateurs en France. Et ça, clairement, ça joue pour les énergies renouvelables. Parce que les énergies renouvelables, une fois que c'est installé, il n'y a pas de combustible. Donc on se protège des variations du prix des combustibles pendant toute la durée de vie des installations.
- Speaker #0
CopaWatt ne développe pas de projet pour son propre compte, elle accompagne des collectifs, citoyens, élus, associations, entreprises locales également pour qu'ils deviennent eux-mêmes acteurs de leur transition énergétique. C'est notamment ce qu'on appelle l'ingénierie de proximité. Concrètement, quelles sont vos missions ? Comment ça se passe au quotidien ?
- Speaker #4
Effectivement, au CopaWatt, on est accompagnateur de projets. On n'investit jamais dans les projets. Nous, ce qu'on amène, c'est de la matière grise, ce n'est pas des euros. Et cet accompagnement, il se fait sur plusieurs volets. Il y a des aspects techniques, économiques et juridiques. Je dirais que c'est un petit peu une spécificité qu'on a à CopaWatt de pouvoir jongler avec ces différents aspects, parce qu'il y a des cabinets d'avocats qui font ça très bien, des statuts de société, des contrats, etc., mais qui ne savent pas la différence entre 1 kWh et 1 kWc. Et au niveau technique, c'est pareil, il y a des bureaux d'études techniques qui font ça beaucoup mieux que nous pour savoir s'il faut mettre des câbles de 6 mm² ou de 10 mm². Mais nous on arrive à dégrossir les sujets techniques, dégrossir les sujets économiques, dégrossir les sujets juridiques et faire se marier tous ces volets pour que les projets puissent aboutir. Et puis au-delà de ces dimensions techniques, économiques, juridiques, une dimension souvent aussi importante dans les projets qu'on accompagne, c'est la dimension humaine au sens large. Ça peut être la dimension humaine dans les collectifs citoyens qu'on accompagne. Il y a des enjeux de gouvernance, de les aider à se structurer, à s'organiser pour que ça fonctionne de manière efficace. Et pas que dans les collectifs soignants, dans les collectivités aussi, pour arriver à les pousser à un niveau d'ambition qui soit cohérent avec leur capacité. L'exemple que j'aime bien donner, c'est... Il y a quelques années, on avait travaillé avec une petite commune qui était sollicitée par des opérateurs privés pour installer un parc photovoltaïque de plusieurs mégawatts, donc plusieurs millions d'euros d'investissement. Elle, c'était une commune rurale, toute petite, avec un maire de pas loin de 80 ans et une secrétaire de mairie qui est là deux demi-journées par semaine. Forcément, cette commune-là, ça va être compliqué pour qu'elle prenne une grosse place dans le projet. et qu'elles discutent d'égal à égal avec des opérateurs comme EDF, Total ou ENGIE. Alors que d'autres collectivités qui sont un petit peu plus grosses, un peu plus étoffées, que ce soit au niveau ressources humaines, au niveau ressources économiques, là elles pourront s'impliquer beaucoup plus facilement dans les projets. Donc notre but à CopaWatt c'est d'aider les territoires à s'impliquer dans les projets, mais à s'impliquer à la hauteur de leurs moyens, de ne pas les pousser trop loin. Quand même arriver à leur donner confiance et leur donner les moyens de s'impliquer à la hauteur de leurs missions.
- Speaker #0
En 10 ans, CopaWatt a accompagné plus de 200 collectivités et contribué à la création de 37 coopératives citoyennes. Parmi ces projets, Anowatt, une société citoyenne installée à Annonay en Ardèche. Son objectif, produire localement de l'électricité solaire pour réduire la dépendance énergétique du territoire.
- Speaker #6
de réaliser des projets dont pas la rentabilité financière sont notre concernant.
- Speaker #0
A Annonay, à l'espace Vidalon, séjour de comité de direction, une réunion de suivi pour Anowat pour administrer la société et superviser l'avancement des différents projets. A la table, Frédérique Genevoix, présidente de la coopérative, mène la discussion. A l'origine de ce projet, une volonté locale, valoriser le potentiel solaire du territoire tout en associant les citoyennes et citoyens. En 2018... Anone Renaglo lance un appel à manifestation d'intérêt pour faire immerger une initiative collective. Un an plus tard, l'agglomération sélectionne l'offre groupée de CopaWatt, Énergie Partagée Investissement et Orance Énergie, une société citoyenne qui intervient à l'échelle du département de l'Ardèche. En juin 2020, la SAS AnoWatt est lancée et regroupe ses quatre partenaires pour équiper d'abord des sites publics, puis progressivement des toitures privées.
- Speaker #6
Sachant que ce qu'on va produire avec les ombrières ne représente que 10% de leurs besoins. La probabilité que de toute façon ils absorbent la production, à part ils disent le 15 août et le 1er de l'an, elle est quasiment assurée. Donc il faut qu'on teste avec les banques si le degré de garantie de ce type de contrat leur convient. J'ai sollicité trois banques. Je vous rappelle que l'idée qu'on avait évoquée, c'était de faire une troisième mini-grappe, c'est-à-dire de profiter de cette recherche de financement pour éventuellement rajouter deux, trois toitures faciles à faire, rentables, pour sécuriser un peu le projet. Mais voilà, pour l'instant, on est vraiment... vraiment taper le terrain auprès de l'autre.
- Speaker #0
Les échanges sont techniques, précis. Frédérique Genevoix maîtrise les sujets, enchaîne les points, arbitre les décisions. Rien ne laisse deviner qu'elle n'est pas issue du secteur de l'énergie. Présidente bénévole d'Annoat depuis 9 ans, elle était auparavant institutrice et directrice d'école. C'est au moment de la retraite qu'elle s'implique dans l'aventure Annoat. Ce qui l'attire alors, ce n'est pas... Tant les énergies renouvelables que le collectif, elle me le raconte à la sortie de la réunion. Allez on va manger.
- Speaker #6
Cet engagement bénévole fait sens pour moi, parce que je me dis qu'on ne peut pas tout le temps déléguer aux politiques l'avancée de nos sociétés, mais qu'il faut aussi qu'en tant que citoyen on prenne sa part. Ce qui peut être des fois pénible pour mes collègues, peut-être, je ne sais pas, c'est le fait que moi quand je fais quelque chose j'ai besoin de comprendre, comprendre d'où ça vient, où ça va, pourquoi, le pourquoi, le comment, et que j'ai cette envie de poser des questions. Et cette envie de progresser. Je viens d'un ancien métier où nos organismes de formation avaient pour slogan la passion d'apprendre. Et je crois que c'est ce qui me tiendra aussi jusqu'au bout. Donc apprendre, mémoriser et puis rester ouvert aux échanges avec d'autres expériences. Parce que chaque fois, ça enrichit notre regard et notre bagage pour trouver des solutions. à des problèmes qui pourraient faire obstacle mais finalement qu'on arrive à contourner.
- Speaker #0
Alors depuis fin 2015, Annonay Renagglomération a été labellisé TEPO, ça veut dire Territoire à Énergie Positive, territoire qui s'est donc engagé à réduire la consommation d'énergie, à développer des énergies renouvelables. L'Ardèche, c'est un territoire avec un potentiel pour développer justement l'énergie solaire photovoltaïque. Et c'est finalement dans ce contexte qu'est né Anoat.
- Speaker #6
Oui, tout à fait. Donc, c'est vraiment, il faut reconnaître aux élus, Cette illumination de vouloir s'emparer de la question des énergies renouvelables, de se dire dans le cadre de leurs réflexions, mais ce n'est pas notre vocation d'élu de porter tout seul ce type de projet, de se dire aussi on a envie que les citoyens soient partie prenante de manière importante dans la gouvernance. C'est comme ça qu'Anouat est né.
- Speaker #0
Une volonté politique donc de partager la gouvernance et d'impliquer les habitants dans la production d'énergie. Ce choix porté par Anoné Renaglo est pleinement assumé aujourd'hui. Denis Sose est vice-président de la communauté d'agglomération en charge de la transition écologique.
- Speaker #7
Moi je crois qu'on a fait le bon choix. Au départ, tout n'était pas gagné au sens où on voulait absolument que la première grappe puisse être mise en œuvre pour faire voir que ça pouvait se réaliser. Aujourd'hui on est en phase, on réalise la deuxième grappe. Je crois que, comme on dit parfois, la mayonnaise a bien pris. Il faut aussi qu'on arrive à étendre le réseau, que la participation citoyenne soit un petit peu plus forte. On est sur des bons rails. Ce projet était intéressant sur le papier. Aujourd'hui, il vit. On veut le faire perdurer, le faire grandir. Et moi, mon ambition personnelle, si Anowat pouvait devenir l'opérateur, on va dire, entre politique et citoyen. des énergies renouvelables sur ces territoires, ça serait très très bien.
- Speaker #0
Quand vous parlez de faire grandir la participation citoyenne, vous parlez de la participation, qu'il y ait plus de bénévoles dans ce projet ou qu'il y ait plus de citoyens qui s'emparent de cette thématique ?
- Speaker #7
Les deux, c'est-à-dire qu'on voudrait bien qu'il y ait plus de bénévoles parce qu'aujourd'hui, même si c'est en phase de professionnalisation, on travaillait... exclusivement avec des bénévoles, et des bénévoles qui sont aujourd'hui très performants, très professionnels, mais aussi aller chercher pourquoi pas des fonds citoyens pour que quelque part la question de la production des énergies renouvelables sur les territoires monte en puissance, que cette conscience citoyenne se fasse, et elle peut se faire aussi à travers une mise financière des citoyens.
- Speaker #0
Et comment se passe la collaboration ? J'imagine que ça n'est pas toujours évident entre... Acteur public, citoyen, de travailler avec notamment des gens qui sont bénévoles, qui ne sont pas des professionnels, ça demande parfois un peu d'ajustement ?
- Speaker #7
En tout cas, à mon sens, il ne m'a pas semblé. Nos comités de pilotage et nos instances se passent très très bien. Nos décisions sont prises au consensus, on va dire. Donc il n'y a jamais eu quelque part de... de conflit. A contrario, des fois avec les citoyens, ça avance plus vite que dans les collectivités. On sait parfois aussi que dans les collectivités, il y a quand même pas mal d'inertie. En tout cas, le citoyen demande souvent à ce que ça aille assez vite. Du coup, il a fallu aussi s'adapter à cette demande. En tout cas, ça se passe plutôt bien. Et puis moi, j'allais dire, j'ai dans mon ADN l'idée qu'il n'y a pas d'un côté les collectivités, de l'autre côté les citoyens. J'aime travailler. avec des perspectives de citoyennes dans les décisions qui sont prises par la collectivité.
- Speaker #0
Aujourd'hui à Noat, ce sont 25 sites en exploitation, une dizaine de bénévoles actifs et une trentaine d'actionnaires. pour près de 2 millions d'euros d'investissement. Frédéric, accompagné d'Arnaud Clapier de Coppawatt, m'emmène voir les ombrières qui ont été installées sur le parking de l'espace Montgolfier à Davésieux.
- Speaker #6
Donc là c'est l'espace Montgolfier, c'est une salle de spectacle en fait, qui a été réalisée par l'AGLO, donc c'est à l'échelle du territoire. Et donc on arrive sur le parking, qui a été équipé pour moitié par des ombrières. Portées par Anowat en 2023-2024 et donc elles ont été mises en service en août 2024.
- Speaker #0
On a combien de surface là de dombrière ?
- Speaker #6
2500 m² environ, donc ça représente je crois 2 x 4 structures de part et d'autre de l'allée centrale là.
- Speaker #0
Alors peut-être que le modèle de production citoyenne d'énergie solaire n'est pas clair pour tout le monde, mais on va faire assez schématique. En gros, vous louez des toitures comme ici, vous installez des panneaux solaires et puis vous revendez l'électricité.
- Speaker #6
Voilà, tout à fait. Alors ici, on loue un espace au sol pour installer les structures et les panneaux. Et puis sinon, effectivement, on loue plutôt la toiture. On finance les installations, c'est-à-dire que pour le propriétaire, c'est ce qu'on appelle le modèle du tiers investisseur. Pour le propriétaire, ça ne lui coûte rien, ça lui rapporte un loyer modique. Et puis au terme du bail, ça lui rapporte une installation qu'on donne au bout de 20 ans ou au bout de 30 ans. On exploite cette installation en étant très vigilant aux questions d'assurance, aux questions de maintenance, puisque c'est notre intérêt qu'elle produise au mieux. pendant toute sa durée de vie. Et puis, avec l'argent de la vente de l'électricité, soit à EDF Obligation d'achat, qui est l'organisme d'État qui garantit ce rachat sous certaines conditions, soit sous forme d'autoconsommation collective, c'est-à-dire à des consommateurs locaux, le produit de la vente de cette électricité va nous servir à rembourser l'emprunt, parce que ces projets sont financés à 80% par l'emprunt. Et puis à dégager des marges pour réinvestir, mais également pour rémunérer les fonds propres qui nous ont été confiés, puisque ce n'est pas tabou de dire qu'en termes de retombées locales, avec des acteurs locaux, y compris des citoyens, et qui ont pu nous confier nos économies, que ça produit aussi un petit peu d'intérêt pour eux.
- Speaker #0
En quoi justement Anowat est différent d'une entreprise classique du secteur de l'énergie ?
- Speaker #6
En fait, ce qui est différent, c'est que le profit n'est pas notre raison d'être première. Notre raison d'être première, c'est de produire des énergies renouvelables et de produire collectivement.
- Speaker #0
Et donc depuis le 1er décembre 2023, vous avez pris le virage de l'autoconsommation collective. Là, c'est vraiment le projet finalement qui va jusqu'au bout puisque c'est... de l'électricité produite localement, qui est consommée localement.
- Speaker #6
Oui tout à fait, alors la réglementation a ouvert cette possibilité de l'autoconsommation collective en octobre 2021, il me semble. Et du coup, depuis décembre 2021, un premier autoconsommateur privé, puis on a intégré progressivement les sites des collectivités dans cette idée, comme pour l'alimentation, que plus on va produire local pour consommer local, et plus on va dans le sens d'une résilience des territoires. Sachant que comme pour l'alimentation, il y a un coût de transport de l'électricité quand elle est produite. Et quand elle est produite sur de grosses unités qui sont très loin, il y a ce qu'on appelle une déperdition en ligne et qu'on est obligé de produire plus pour un même besoin. Donc chaque fois qu'on pense local, ça a aussi ce sens-là.
- Speaker #0
Et donc à vos côtés, vous avez CopaWatt. Qu'est-ce que ça change d'avoir un partenaire comme CopaWatt à vos côtés dans ce type de projet ?
- Speaker #6
Alors, Alors, ce que ça change, c'est plein de choses. La première, c'est que par rapport aux sociétés citoyennes classiques dans le champ des énergies renouvelables, le fait qu'on soit une équipe mixte pour porter le projet,
- Speaker #3
mixte au niveau des générations,
- Speaker #6
ça veut dire que s'il doit y avoir un renouvellement à anticiper, il y a une pérennisation quand même du modèle qui fait que... On ne va pas se retrouver dans 5 ans avec une équipe exclusivement citoyenne fatiguée qui a envie de passer à autre chose et la relève qui n'est pas forcément assurée. Ça c'est un premier point très précieux. Au niveau compétences, la sécurité des compétences que nous apporte CopaWatt, c'est quelque chose qui est très confortable aussi. Alors des compétences qu'on n'a pas du tout, à savoir en matière de développement, c'est vraiment à l'origine la raison d'être, il me semble, de CopaWatt dans le projet. Depuis derrière, on s'aperçoit, et on en a parlé ce matin en validant une convention de prestation un petit peu différente, que le fait de pouvoir faire valider ou de partager des idées sur la gestion, sur la mise en place de la maintenance, sur d'autres domaines que le domaine du développement pur, ça nous aide aussi à aller plus loin et à sentir plus... en confort, on va dire, dans cet engagement bénévole.
- Speaker #0
Arnaud Clapier, quand vous entendez ça, qu'est-ce que vous vous dites ?
- Speaker #4
Merci. Non, non, ça fait plaisir, mais c'est un plaisir qui est, comment dire, complètement partagé pour nous à Noat. C'est vraiment l'exemple parfait de complémentarité entre les collectivités, les citoyens et les entreprises comme Copawat. Parce que CopaWatt, on travaille évidemment sur beaucoup d'autres projets, sur beaucoup d'autres territoires. Mais je pense que vraiment l'agglomération d'Anonès, c'est le territoire où ces synergies, ces complémentarités fonctionnent le mieux. On a des élus qui soutiennent Anowatt, qui sont à l'origine de la démarche d'Anowatt et qui continuent à soutenir Anowatt à fond. Et on les remercie pour ça. Mais il y a des citoyens qui se sont emparés, des citoyens et citoyennes, surtout des citoyennes d'ailleurs, qui se sont emparés de cette démarche et qui la portent très haut, très fort, très loin, avec beaucoup d'énergie.
- Speaker #0
Et avec une sacrée expertise.
- Speaker #4
Oui, c'est sûr qu'il faut suivre. C'est sûr que... Non mais c'est très stimulant. Oui, parce que CopaWatt, la raison d'être de CopaWatt, c'est vraiment d'aider les territoires à s'impliquer dans leurs projets d'énergie renouvelable. les territoires au sens large, collectivités, citoyens. Et des fois, ça arrive qu'on travaille sur des territoires où on les pousse à s'impliquer, mais on se dit, est-ce qu'on n'est pas en train de les pousser un peu trop fort ? Et en fait, là, non. Sur l'agglomération d'Anonay, c'est pas du tout l'envie, c'est pas la motivation, et c'est pas les compétences du territoire qui freinent. Au contraire, ils sont à fond. Donc ça fait plaisir de travailler sur des territoires comme ça.
- Speaker #0
Un modèle qui repose encore largement sur l'engagement citoyen. Pour se développer, la coopérative doit continuer à mobiliser et puis convaincre davantage d'entreprises d'accueillir des installations sur leurs toitures. Retour à la journée d'anniversaire de CopaWatt, l'occasion de se projeter vers l'avenir et d'évoquer les grands chantiers. Premier enjeu, la visibilité, les coopératives citoyennes restent encore peu connues du grand public et rarement au cœur des débats locaux sur l'énergie. Pour en faire une vraie question citoyenne et politique, cela suppose un travail de plaidoyer que les acteurs de la transition énergétique citoyenne... peinent encore à mener de façon coordonnée. Au fil des échanges, une idée s'impose. Pour changer d'échelle, il faudra mutualiser les outils, partager les compétences ou encore construire une parole commune. Arnaud Clapier revient sur ce qui a changé en 10 ans.
- Speaker #4
Alors, je dirais qu'en 10 ans, les énergies renouvelables citoyennes ont fait leur preuve. C'est-à-dire qu'il y a 10 ans, bon... Les premiers projets existaient déjà depuis quelques années, mais ça restait marginal. Ça restait des démarches qui étaient presque confidentielles. Alors qu'aujourd'hui, surtout en Auvergne ou en Alpes, il y a quand même beaucoup plus de monde qui connaît. Il y a peu de territoires qui aujourd'hui ne sont pas couverts par une démarche d'énergie renouvelable citoyenne. En gros, chaque territoire... La plupart des territoires aujourd'hui en Auvergne-Rhône-Alpes ont leur collectif local pour porter des projets d'énergie renouvelable citoyenne. Et il y a un tel réseau que dès qu'il y a sur un territoire des gens qui se posent des questions sur comment faire sur tel ou tel sujet, que ce soit technique, juridique, assurance, ils peuvent poser la question aux voisins. Et il y a tout ce réseau de partage et d'entraide. Mais je dirais que tout n'est pas rose non plus parce que les énergies renouvelables, comme beaucoup d'autres domaines, il y a des années ça va, il y a des années ça va un peu moins bien. Il y a le contexte que ce soit réglementaire ou économique qui varie. Là, clairement, depuis quasiment un an, le soutien public aux énergies renouvelables va un petit peu décroissant. Et... Mais ça, ce n'est pas que pour les collectifs citoyens, c'est pour les particuliers, les entreprises aussi. Il y a un petit peu moins de soutien public aux énergies renouvelables, donc ça se ressent pour les projets citoyens. Mais je pense que la plupart des collectifs citoyens, maintenant, commencent à être un petit peu rodés. Du coup, il y en a beaucoup qui parlent de se diversifier pour aller sur autre chose que de l'énergie ou en tout cas autre chose que du photovoltaïque. Il y en a qui commencent à mettre en place de l'autopartage, de la rénovation énergétique, de financer des chaufferies bois, etc.
- Speaker #0
Le engagement peut-être aussi des citoyens dans ce type de projet ? Est-ce qu'il y a une difficulté par exemple à aller recruter des bénévoles ?
- Speaker #4
Je dirais que... Peut-être comme beaucoup de démarches citoyennes ou de démarches bénévoles, au départ il y a un engouement et tout le monde qui arrive avec beaucoup d'énergie, beaucoup de bonne volonté. Et comme dans beaucoup d'autres domaines, il y a une difficulté. Il y a une phase d'essoufflement et il faut renouveler un petit peu le groupe porteur du début. Et c'est comme, encore une fois, ce n'est pas propre aux énergies renouvelables. C'est moins facile de mobiliser pour reprendre le flambeau que pour lancer quelque chose de nouveau. Donc cette passation de flambeau avec les initiateurs des projets, ce n'est pas toujours facile. Mais bon, on voit quand même que globalement ça se passe. se passe bien et puis il y a des gens qui étaient là il y a dix ans qui sont toujours là et heureusement. C'est quand même moins facile de recruter des nouvelles énergies une fois qu'il y a déjà quelque chose de lancé depuis quelques années.
- Speaker #0
Comment vous évaluez l'impact de vos missions au sein de CopaWatt ?
- Speaker #4
Au départ, le critère le plus facile... Le plus naturel à regarder, c'était les kilowatts reproduits, les kilowatts installés. Mais ça, on s'est vite rendu compte que c'était des indicateurs qui pouvaient être un petit peu décevants par rapport à tout le temps qu'on peut passer à accompagner ces projets-là. Du coup, on a fait, il y a quelques années déjà, une mesure d'impact social pour voir au-delà de ces critères. Juste en kilowattheure ou même en économique, l'impact social de tous les projets d'énergie renouvelable citoyen qu'on a pu accompagner. Et cet impact social, il y a plusieurs dimensions, notamment la dimension entrepreneuriale. En fait, tous les projets qu'on accompagne, c'est des entreprises qui sont créées et qui sont pilotées, gérées par des bénévoles. Et du coup, c'est des gens. Alors c'est souvent des gens qui étaient déjà un petit peu militants, actifs dans le secteur associatif, mais c'est souvent des gens qui n'avaient pas jamais créé d'entreprise. Mais donc il y a une dimension de vulgariser la création d'entreprise et les démarches entrepreneuriales. Et rien que ça, ça fait monter en compétence les gens, ça démystifie. La notion de création d'entreprise, d'entrepreneuriat. Ça parle. Il me semblait bien.
- Speaker #0
L'objectif de CopaWatt reste de multiplier par 3 d'ici 2030 les projets d'énergie renouvelable à gouvernance locale. Un cap ambitieux qui se pose de renforcer la coopération entre territoire et structure de l'énergie citoyenne. Dans cette dynamique, CopaWatt cherche moins à grandir qu'à consolider son rôle, accompagner des projets solides, capables de durer tout en restant à taille humaine. L'idée, dans dix ans, n'est pas de changer d'échelle à tout prix, mais de continuer à faire émerger quelques projets structurants aux côtés d'une multitude d'initiatives locales. Musique de générique