- Florence Gault
Bienvenue dans le podcast d'En un battement d'aile, votre média de solutions en Auvergne-Rhône-Alpes. Vous en avez marre de l'actualité déprimante ? Ici, pas de catastrophisme mais une mise en lumière de solutions inspirantes. Et au vu de cet été ? On en a bien besoin au moment où j'enregistre cet entretien. Nous sortons de 10 jours de canicule intense avec des températures étouffantes sur une grande partie du territoire et particulièrement dans notre région, une vague de chaleur anormale directement liée au changement climatique. Et je n'imaginais pas à ce moment-là ce qui nous attendait encore pour le reste de l'été. Dans ce contexte, difficile de ne pas s'inquiéter pour l'avenir et de ne pas alimenter l'éco-anxiété de toute une partie de la population, en particulier des jeunes. Selon une étude menée auprès de 10 000 personnes âgées de 16 à 25 ans de 10 pays du nord et du sud, 75% pensent que l'avenir est effrayant, 83% estiment que l'humanité a échoué à prendre soin de la planète et plus de 45% disent que ces sentiments affectent leur vie quotidienne. Face à ce constat, Emmanuel et Laurent Comtamain viennent de publier Petit Guide Psy à l'usage des jeunes éco-conscients aux éditions Odile Jacob, un livre pensé comme une sorte de manuel pour accompagner celles et ceux qui, tout en étant lucides sur ce qui se joue aujourd'hui, cherchent malgré tout à tenir bon. Pour ce premier épisode de la saison 4, je reçois Emmanuel Comtamain, psychiatre spécialisé dans les troubles post-traumatiques et qui travaille régulièrement sur la question de l'éco-anxiété. Bonjour Emmanuel.
- Emmanuel Contamin
Bonjour Florence.
- Florence Gault
Alors ravie de pouvoir échanger avec vous sur cette question de l'éco-anxiété. On avait eu l'occasion de nous rencontrer sur une table ronde en 2024 au Greener Festival. On était invités tous les deux justement à parler de cette question de l'éco-anxiété. Aujourd'hui, vous publiez donc ce petit guide psy à l'usage des jeunes éco-conscients. avec votre frère qui est auteur, artisan de théâtre et qui anime régulièrement des ateliers d'écriture. Alors avant d'entrer dans le vif du sujet et expliquer un petit peu ce que vous avez voulu faire avec ce livre, on peut peut-être redonner la définition de l'éco-anxiété.
- Emmanuel Contamin
Oui, l'éco-anxiété c'est défini comme l'ensemble des émotions douloureuses liées à la crise écologique. Donc il y a de l'anxiété, il y a de la colère, il y a de la tristesse, etc. Et on a vraiment choisi le terme d'éco-conscience. qui nous paraît beaucoup plus juste parce que l'éco-anxiété a l'air de dire que c'est une pathologie mentale, renvoie les problématiques à quelque chose de personnel. Et en fait, nous on pense que le terme d'éco-conscience dit bien que c'est à la fois de la lucidité, une prise de conscience dans une pensée juste. On a aussi conscience bien sûr d'émotion. Et il y a par derrière aussi la notion de conscience éthique ou morale, quelles sont les valeurs qui orientent nos actions. Et puis je trouve que c'est aussi assez intéressant de voir que l'inverse du terme éco-anxiété pourrait être valorisé, ça pourrait être de l'éco-sérénité par exemple, alors que l'inverse du terme éco-conscience, éco-inconscience est clairement problématique.
- Florence Gault
Et puis, au-delà de l'éco-anxiété dont on parle beaucoup, le mot commence à être de plus en plus reconnu, on se familiarise en tout cas avec cette expression, c'est qu'il y a aussi toute une palette d'éco-émotions dont on parle sans doute moins. Certains parlent d'éco-furiosité, d'éco-colère, d'éco-tristesse face justement à ce qui se joue en termes de changement climatique.
- Emmanuel Contamin
Absolument. La première chose, c'est de valider ces émotions douloureuses pour leur côté normal, le côté adaptatif à une situation anormale. Une émotion nous dit qu'il faut réagir, qu'il faut faire quelque chose. Tout l'enjeu après, c'est qu'elle reste dans ce qu'on appelle une fenêtre de tolérance émotionnelle parce qu'il n'y a que dans cette zone-là qu'on peut à la fois avoir une action efficace, stratégique, contrôlée. qu'on ne se sent pas dans le débordement et qu'on peut aussi avoir un espace de dialogue, de négociation avec d'autres qui soit fécond. Donc il y a à la fois l'enjeu de valider ces émotions douloureuses et de les honorer. faire quelque chose, et puis quand elles sont quand même trop débordantes, il y a besoin aussi d'en prendre soin.
- Florence Gault
Dans cet ouvrage, l'idée était de pouvoir poser un constat, montrer qu'il y a tout de même des avancées, des progrès qui ont été réalisés, mais aussi proposer des pistes de réflexion, et surtout, on aura l'occasion d'y revenir, d'action.
- Emmanuel Contamin
Oui, parce que je suis sensibilisé depuis assez longtemps, la thématique de l'éco-anxiété m'habitaient déjà, mais surtout depuis le deuxième mandat de Donald Trump, j'ai vraiment eu conscience qu'il y avait une vraie stratégie du choc au niveau du monopolisation de l'information, de sans cesse exposer les gens à des informations anxiogènes pour les mettre en état de sidération. C'est Naomi Klein qui avait théorisé ça déjà en 2013. Et donc je pense que le gros enjeu aujourd'hui, c'est de tenir ensemble l'éco-conscience. pour ne pas basculer dans le déni, et l'espérance pour ne pas basculer dans le découragement, l'impuissance, la paralysie qui ferait le jeu des totalitarismes.
- Florence Gault
Quel regard justement vous portez sur la canicule que nous venons tout juste de traverser, qu'on va peut-être au moment où on enregistre en tout cas retraverser dans les prochains jours ? De très très nombreux témoignages sur les réseaux sociaux, dans les médias, ont fait apparaître l'éco-anxiété. qu'a généré cette canicule éco-anxiété qui est vécue par une grande partie aujourd'hui de la population ?
- Emmanuel Contamin
J'ai envie de mettre ça en parallèle avec ce qui s'est passé au moment de la pandémie du Covid-19 et du confinement. Il y a eu vraiment une sorte de prise de conscience qu'elle était liée aussi à la destruction des écosystèmes, à la crise écologique et vraiment une aspiration au monde d'après. Et puis, on a l'impression que c'est retombé. Et moi, ce que je pense, c'est que quand même la répétition de ce type d'épisodes vont amener à une prise de conscience qui va se cristalliser, qui va durer, qui va s'installer. Et tout l'enjeu est de saisir cette opportunité. C'est-à-dire que vraiment les crises peuvent déboucher soit sur des maladaptations, soit au contraire sur la reprise d'un meilleur développement. C'est ce qu'on voit vraiment chez les individus. exposé à des catastrophes ou à des traumatismes. On peut le voir aussi à l'échelle des sociétés.
- Florence Gault
Sur les réseaux sociaux, on a vu fleurir tout un tas de vidéos. Il y avait d'une part ceux qui venaient témoigner un peu de cette éco-anxiété, parfois sous forme de vidéos un peu humoristiques. Ceux aussi qui partageaient leurs conseils pour survivre à cette canicule. Extrait.
- Extrait vidéo
Son pyjama et ses draps au congélateur, game changer. La douche tiède avant de dormir, ça marche mieux que la douche froide. Au-dessus de 35 degrés, le ventilateur, il accélère la déshydratation. Un truc auquel on ne pense pas assez, c'est la bouillotte remplie d'eau froide.
- Florence Gault
Voilà, alors petit extrait de la vidéo qui est un petit peu plus longue, où on y passe par tous les conseils, ce qu'il faut manger, ce qu'il faut boire, etc. Qu'est-ce que ça révèle selon vous ?
- Emmanuel Contamin
Moi, ça me rappelle exactement la pandémie, où il y avait tous les remèdes de bonne femme. qui circulaient, les fake news aussi, parfois des conseils très pertinents. Moi, avec une collègue, on avait monté vraiment des conseils pour les parents qui avaient des jeunes enfants, qui devaient gérer le confinement, le télétravail, l'école pour les enfants, etc. Donc, ça témoigne pour moi vraiment de ce désir d'entraide qui se mobilise spontanément lors des catastrophes. On l'a vraiment étudié, l'Université du Delaware a étudié. des réactions humaines aux catastrophes naturelles. Et c'est dans un premier temps toujours ce qui émerge, c'est des réactions d'altruisme, de coopération, de chercher à s'entraider. Et dans un deuxième temps, tout va dépendre de la cohésion sociale. Est-ce qu'il y a un sentiment de justice et d'équité ? Est-ce qu'il y a le sentiment qu'il y a des gens qui sont laissés de côté, qu'il y a des profiteurs, etc. Donc tout l'enjeu c'est de passer de cette perspective un petit peu individuelle à une vision plus collective et plus sociale, et comment ça va être l'opportunité d'un changement systémique et pas seulement d'une adaptation individuelle.
- Florence Gault
Alors ce guide psy, il est à l'usage particulièrement des jeunes, même si le livre est évidemment bien plus large que ça, mais on se rend bien compte aujourd'hui que la santé mentale des jeunes vacille, particulièrement donc... face à ce changement climatique. Les jeunes ont statistiquement plus de risques de vivre dans une passoire énergétique, c'est-à-dire des logements mal isolés. Fondation pour le logement des défavorisés, 27% des étudiants vivent dans un tel logement. C'est donc aujourd'hui nécessaire de s'adresser particulièrement à cette tranche de la population qui vit les effets du dérèglement climatique.
- Emmanuel Contamin
Oui, parce que, comme vous dites très bien, c'est ceux qui sont souvent les plus précaires au niveau des ressources financières et donc qui ont le plus de difficultés à trouver des adaptations possibles. On l'avait vu aussi pendant la pandémie. Et puis, il y a eu une grande étude de l'ADEME en 2025 qui a montré que c'était quand même eux qui avaient le plus d'impact émotionnel, même si ça touche aussi d'autres tranches d'âge. Alors, quand on me pose la question, est-ce que c'est un livre que pour les jeunes, je dis, on est jeune quand... on se préoccupe encore de l'avenir. Quand on ne dit pas après moi le déluge.
- Florence Gault
Au-delà, effectivement, vous avez une attention particulière pour eux, mais le livre se lit très facilement, et même si on est un petit peu moins jeune. En tout début de livre, vous posez le constat, vous remettez un peu les bases de qu'est-ce que c'est que le changement climatique aujourd'hui, quelle en est l'origine, etc. On ne va pas s'étendre à... sur le constat, d'autant plus que cette canicule-là nous montre bien que le changement climatique est bel et bien là et que la situation est grave. Reste à savoir ce qui se passe après et ce que nous allons en faire. Vous citez d'ailleurs cette phrase du philosophe Edgar Morin.
- Citation lue par une voix
L'espérance vraie sait qu'elle n'est pas certitude, mais elle sait que l'on peut se frayer un chemin en marchant. L'espérance sait que le salut par la métamorphose, bien qu'improbable, n'est pas impossible.
- Florence Gault
Le philosophe Edgar Morin qui propose d'accepter l'incertitude et l'apparition de l'improbable, qu'une métamorphose de notre mode de vie est peut-être indispensable. Vous faites d'ailleurs l'analogie avec la métamorphose du papillon. Alors évidemment, au sein d'Ennambatt-Mandel, on aime particulièrement cette analogie-là. Mais vous, ce que vous dites, c'est qu'est-ce qu'on fait aujourd'hui de cette... de ce qui se présente et toute la question est de savoir comment on va pouvoir composer avec en fait.
- Emmanuel Contamin
Oui, parce qu'il y a effectivement, dans un premier temps, on reprend quelques raisons d'espérer quand même, puisqu'on est quand même parfois submergé par des informations uniquement qui voient l'angle du négatif ou de l'impossibilité ou des blocages. Et c'est vrai que nécessité fait loi et il y a quelques fois... l'obligation de passer par des situations de crise pour arriver à des vraies métamorphoses. Vous citez Edgar Morin avec cette histoire de la résistance, et c'est quand même le Conseil national de la résistance qui, alors que c'était encore les années de guerre, a réfléchi sur la construction du monde d'après et a permis vraiment des avancées importantes pour la société par la suite. J'ai envie de dire, dans un premier temps, il y a vraiment résister à se laisser submerger par des informations uniquement négatives, voire les raisons d'espérer. Et puis, pour vous donner un petit peu le plan de la suite du livre, après, notre idée, c'est que l'espoir est différent de l'espérance. C'est-à-dire que l'espoir, c'est qu'on s'attend à un résultat, et puis, s'il n'arrive pas, on désespère. Donc il y a quelque chose d'une attente un peu passive, alors que l'espérance c'est quelque chose qui est vraiment une force de caractère, qui peut se travailler, qui peut s'entraîner à la fois individuellement, donc on développe un petit peu tout ce qu'on peut faire, avec des exercices qui sont proposés pour vraiment soutenir notre ancrage, notre base de force, de consistance face à l'adversité. et puis il y a tout un enjeu collective, puisque nos liens sont notre première ressource de résilience. Et l'espérance, elle est forcément à la fois reliée à cette dimension collective, et puis elle est aussi reliée à l'action. J'aime beaucoup une citation de Gilbert Cessebron, qui prend à l'envers la maxime de Guillaume d'Orange, qui dit « Il est souvent nécessaire d'entreprendre pour espérer, et de persévérer pour réussir. »
- Florence Gault
Et puis vous évoquez l'idéogramme chinois qui exprime l'idée de crise. Donc il est composé de deux symboles, du symbole du danger et du symbole de l'opportunité. Finalement, c'est ça un peu l'enjeu de cette période de l'histoire, c'est comment on peut saisir l'opportunité au milieu de cette crise.
- Emmanuel Contamin
Absolument. Et chaque crise, en fait, puisqu'on aura plus de catastrophes naturelles, on le sait, chaque crise devra nous mettre en face de ce choix, et c'est vraiment des choix politiques. Je prends un petit exemple que je trouve vraiment parlant, c'est une petite ville des Etats-Unis qui s'appelle Greensburg, qui a été dévastée par une tornade il y a une vingtaine d'années. C'était une ville républicaine, tout à fait anti-écolo. Et ils ont choisi de faire vraiment une reconstruction très engagée dans l'écologie, tout avec les énergies renouvelables, une gestion de l'eau et des déchets exemplaires, etc. Et quand on demande au maire comment se fait-il, que vous ayez changé un peu votre façon de voir, il a dit, on s'est vraiment mis ensemble et on s'est dit, mais au fond, quelles sont nos valeurs et qu'est-ce qu'on veut laisser à nos enfants ? Donc je pense que les crises nous amènent à ces questions un peu de fond, un peu existentielles et sont des opportunités pour mettre en œuvre des changements. Vous preniez l'exemple de la métamorphose du papillon, je trouve qu'elle est très parlante parce que quand la chrysalide se met dans son cocon, ces cellules en gros se défont complètement, se délitent et il y a juste des petites zones où il y a ce qu'on appelle les cellules imaginales, qui sont un peu les embryons des ailes, des pattes du papillon, qui se mettent à s'organiser, à se développer. C'est-à-dire qu'il y a vraiment une phase de déconstruction, une phase de reconstruction qui se font simultanément. Et je trouve que c'est ça ce qu'il faut mettre en œuvre, et que vous mettez bien en évidence, c'est qu'en même temps qu'on voit le choc des arbres qui tombent, Il y a en fait toutes les petites pousses de la forêt qui grandissent et qui sont très nombreuses.
- Citation lue par une voix
Le papillon se développe à partir de cellules, joliment appelées imaginales, dispersées dans le corps de la chenille. Elles réorganisent de nouveaux tissus, de nouvelles formes, alors que les anciennes se désorganisent dans la chrysalide. Peut-être les petites pousses du monde d'après, que nous construisons aujourd'hui, vont-elles de même permettre son émergence à travers les effondrements ?
- Florence Gault
C'est ça, c'est trouver, réussir à trouver les petites pousses aujourd'hui pour réussir à mieux se projeter vers l'avenir.
- Emmanuel Contamin
Voilà, les trouver, les faire connaître, y contribuer. Et ça aussi, on y reviendra, mais c'est vraiment une des ressources essentielles face aux émotions douloureuses. C'est, comme dit joliment Joanna Macy, c'est les composter pour en faire un terreau qui va nourrir l'énergie de l'action. C'est-à-dire que... En traversant avec d'autres ces émotions douloureuses, en réalisant à quel point nos liens sont précieux, nos liens aux autres humains, nos liens aux autres vivants, ça nous donne vraiment un élan, une énergie pour contribuer à ce qui a le plus de sens pour nous.
- Florence Gault
Alors pas toujours évident de savoir comment gérer ses émotions face à cette menace du changement climatique. Et encore menace, le terme n'est pas complètement juste, car on voit bien que les conséquences de ce changement se font déjà sentir. Un sujet que vous a abordé Emmanuel Contamin dans Petit Guide Psy à l'usage des jeunes éco-conscients aux éditions Odile Jacob. Je pense que c'est bien qu'on rappelle que l'éco-anxiété n'est pas une maladie. Donc ce n'est pas un symptôme avec un remède à donner. Et pourtant, il faut bien réussir à trouver un peu des trucs et astuces pour réussir à apaiser cette éco-anxiété. Comment on la gère ?
- Emmanuel Contamin
Alors, on donne dans le livre plusieurs types d'exercices au fil des chapitres. Peut-être pour détailler un peu plus ce qu'on peut faire à un niveau personnel. Il y a vraiment d'abord un travail sur nos sources d'informations qui est très important. Dans un premier temps, souvent quand on est saisi par l'angoisse, on va chercher énormément d'informations et on risque, ce qu'on appelle l'infobésité, de saturer, de partir dans une spirale d'affolement. Donc, il faut doser la quantité d'informations et puis il faut aussi bien choisir leur qualité, parce que là aussi, la pandémie a été très révélatrice du fait qu'on peut tomber dans des chambres d'écho, en particulier sur les réseaux sociaux, où on reste un peu enfermé dans ce qu'on appelle un enclos cognitif, avec que des gens. qui pensent la même chose et tous les spécialistes de la désinformation savent très bien exploiter des informations à forte charge émotionnelle pour capter des personnes comme ça dans des boucles de résonance qui les enferment.
- Florence Gault
Et puis en plus, on voit aujourd'hui, il y a de nombreuses études qui le montrent de plus en plus, un tiers des Français... ont arrêté de s'informer parce que l'actualité est trop anxiogène. Évidemment que le sujet du changement climatique est anxiogène par excellence si on essaie de se projeter un petit peu. Effectivement, la manière aujourd'hui dont on informe le grand public doit être accompagnée d'une prise en compte de ses émotions. Alors ça ne veut pas dire qu'informer, on devrait faire en sorte que tout le monde aille bien et nier la réalité. Mais c'est quand même quelque chose aujourd'hui qu'il faut accompagner.
- Emmanuel Contamin
Absolument, c'est-à-dire que quand on donne l'information d'une problématique, c'est toujours important d'une part de ne pas avoir de posture simpliste, mais de montrer tous les enjeux systémiques qu'il y a derrière cette problématique. Le changement du climat, ça questionne l'usage des énergies fossiles, ça va questionner notre modèle de développement, notre manière de... de produire, de consommer, de toujours mettre en perspective dans une pensée complexe, puisqu'on parlait d'Edgar Morin tout à l'heure. Et puis, c'est toujours important de mettre ça en relation avec qu'est-ce qu'on peut faire, en présentant aussi, comme vous le faites, des exemples d'actions, de solutions qui donnent une perspective d'un avenir ouvert et puis qui vont quand même aussi informer des choix politiques. Parce que si on se contente de petites phrases... ou même, comme je l'ai vu sur certains médias, d'agresser les scientifiques parce qu'ils auraient mal communiqué sur le climat, ou d'agresser les écologistes. Il y a vraiment des distorsions de l'information qui sont très graves. Donc être attentif à prendre, par exemple, moi je donne quelques critères, des sources d'informations qui soient le plus possible indépendantes de la publicité, puisque beaucoup de médias sont très dépendants. de ça, qui ne soit pas possédé par des milliardaires, de préférence aussi, puisqu'on voit qu'il y a vraiment une stratégie de maîtrise de l'information dans tous les pays, par les ultra-riches, et puis des informations qui soient aussi orientées vers cette pensée systémique et vers la présentation de solutions possibles.
- Florence Gault
Effectivement, vous évoquez le journalisme de solution. Vous citez même en un battement d'aile. Merci pour ça, d'ailleurs. Et dans l'approche de ce qu'on peut faire en termes de montrer finalement celles et ceux qui sont déjà à l'œuvre, qui essaient de trouver d'autres manières d'habiter le monde, de se nourrir, de produire l'agriculture, etc. C'est... La manière finalement dont je vais prendre, c'est justement cette comparaison avec l'alimentation, cette manière dont on se nourrit est essentielle dans notre manière aussi de penser et de voir le monde. Vous invitez d'ailleurs à faire un travail sur cinq niveaux, sur le plan intellectuel, et c'est ce dont on est en train de parler. Finalement, la manière dont on nourrit notre cerveau nous reflète aussi notre manière de voir le monde.
- Emmanuel Contamin
Oui absolument, ça va vraiment orienter l'activité de notre cerveau tout simplement. Quand on est en phase de boulimie d'information, ça met notre cerveau en état d'agitation, d'ébullition, on peut avoir du mal à dormir, les émotions douloureuses augmentent. Donc c'est important de trouver la juste dose, un peu comme pour l'alimentation, pour que ça soit assimilable et puis qu'on en fasse quelque chose d'utile. Au bout d'un moment, finalement, moi je trouve que c'est beaucoup plus... Une fois qu'on a compris qu'il y a une crise climatique, qu'il y a une crise de la biodiversité, qu'il y a une crise sur notre façon de voir le monde et de l'habiter, de faire place aux autres vivants et de comprendre notre interdépendance, etc., aller jusqu'au bout quand même d'une analyse un peu systémique de la problématique pour comprendre que tous les enjeux sociaux et les enjeux écologiques sont intimement liés. Mais une fois qu'on a été un peu dans cette analyse en profondeur, les informations qui sont les plus utiles, c'est les informations qui vont orienter l'action en repérant quelles sont les actions les plus pertinentes, les plus efficaces, au meilleur rapport effort-impact, etc.
- Florence Gault
Oui, puisque donc, une fois que finalement ce travail est fait, Le travail intellectuel sur nos pensées et faits, vous invitez aussi à faire un travail sur nos comportements. Donc c'est là où on entre dans la partie un peu action. Une fois que j'ai compris, qu'est-ce que je peux faire et qu'est-ce que je peux changer dans mes comportements ?
- Emmanuel Contamin
Oui, ce travail sur les comportements est important à plusieurs niveaux. D'abord, à titre personnel, ça évite de nous mettre en dissonance cognitive. Quand on sait qu'il y a des problèmes et que, par exemple, on prend l'avion, Il y a deux façons de résoudre la dissonance cognitive. Soit on dit finalement c'est peut-être pas si grave que ça de prendre l'avion et on commence à développer des fausses argumentations pour s'auto-justifier. Soit on aligne nos comportements avec nos pensées et puis on développe d'autres comportements comme le voyage en transport en commun et à vélo qui nous font découvrir d'autres possibilités, qui nous font découvrir qu'on qu'en renonçant à certaines choses, on ne se prive pas pour autant de bonheur et de belles expériences. Là, moi, ces derniers étés, on a vraiment voyagé de cette façon-là à travers l'Europe et on a été dans des endroits magnifiques. Donc il y a vraiment cet enjeu personnel de se sentir aligné, de ne pas se sentir en dissonance, de se sentir en congruence avec soi-même. et de réaliser qu'il y a d'autres possibilités que ce que la publicité nous martèle en permanence. Et en fait, on sous-estime grandement l'impact que ça a sur nous. Et puis, bien sûr, il y a un impact collectif aussi, parce qu'une personne qui témoigne vraiment d'un comportement vertueux, on a des études de psychologie sociale qui montrent que ça entraîne en moyenne trois personnes dans son entourage. Donc il y a un effet de... de contagion, même si on sait que les changements de comportement individuel ne suffiront pas, qu'il faut vraiment des changements structurels et systémiques.
- Florence Gault
Donc, travail intellectuel, travail sur nos comportements, travail sur nos émotions aussi.
- Emmanuel Contamin
Voilà, donc là, surtout si nos émotions sont en dehors de notre fenêtre de tolérance, il y a vraiment des tas de petits exercices qu'on peut faire. c'est vrai que En travaillant avec des patients qui ont des troubles post-traumatiques, on a l'habitude de leur apprendre des exercices pour réguler leurs émotions qui sont souvent très débordantes dans ces troubles-là. Donc on donne plusieurs exemples d'exercices qui partent du corps, qui partent aussi de se reconnecter à des expériences de souvenirs qui ont été heureux, et souvent d'ailleurs des souvenirs de connexion à la nature. qui sont vraiment source d'émerveillement, source de gratitude assez profonde. Et puis tout le travail de renforcement des forces de caractère aussi est très intéressant. Donc il y a cet aspect de travail sur les émotions qu'on peut faire seul, mais qui est encore mieux de faire en groupe. Parce que finalement, notre principale angoisse se ramène souvent... à l'angoisse du retour à la barbarie, de la guerre de tous contre tous. Et traverser ensemble des émotions douloureuses, ça nourrit aussi nos liens et ça nourrit aussi notre confiance dans l'humanité et ça, on en a vraiment besoin aujourd'hui.
- Florence Gault
Et c'est ce que vous abordez, donc là, le quatrième niveau qui est le travail relationnel et donc de maintenir du lien avec le reste du monde.
- Emmanuel Contamin
Voilà, alors d'abord le lien avec nos proches, qui peut être vraiment mis à mal par les émotions douloureuses. Parce que dans notre entourage, les gens n'ont pas forcément le même niveau de prise de conscience, le même type de réaction émotionnelle. Et c'est vrai qu'il y a des familles où ça crée beaucoup de tensions, de difficultés. Donc moi j'aime beaucoup réfléchir aussi à donner des outils un petit peu de communication pour savoir comment essayer de rejoindre l'autre là où il est. D'essayer de voir au fond quelles sont les valeurs fondamentales qui l'animent et qui font qu'il prend ce positionnement, qui est certes irrationnel par certains côtés, mais qui est une façon de défendre cette valeur fondamentale. Et puis essayer d'aller rejoindre cette valeur et petit à petit montrer comment défendre cette valeur va impliquer quand même de... de protéger le vivant, de protéger l'habitabilité de la planète pour les générations futures, etc. Donc il y a cet axe de vraiment rejoindre l'autre au niveau des valeurs. Et puis après, un autre enjeu, c'est de trouver... un point de sensibilité partagé. Il y a des personnes qui ne seront pas du tout sensibles au climat, mais qui seront sensibles, par exemple, à la perte de biodiversité. Ou d'autres qui seront sensibles aux inégalités sociales, par exemple. Donc partir d'un point de convergence au niveau des sensibilités. Et enfin, troisième point, c'est déboucher sur, donner un exemple d'action qui ferait du sens pour la personne compte tenu de ses valeurs et de sa sensibilité. et qui a fait la preuve de sa possibilité, de son efficacité, qui donne envie à la personne d'aller dans cette direction.
- Florence Gault
Et puis enfin, vous vous invitez à faire un travail existentiel, spirituel presque. Alors ce dernier aspect, peut-être qu'il peut surprendre. Qu'est-ce que vous mettez justement derrière ces mots-là ?
- Emmanuel Contamin
Ça, c'est quelque chose que tous les éco-psychologues arrivent de différentes manières. c'est que En fait, on est à une période vraiment très particulière de l'histoire de l'humanité qui met en question de sens non seulement notre existence personnelle, voilà, quel est notre avenir, quel est le sens de mon passage sur cette planète, qu'est-ce que je vais laisser comme trace derrière moi, qu'est-ce qui aura fait sens dans ma vie, au soir de ma vie, si je regarde en arrière, qu'est-ce que je serai ? satisfait d'avoir réalisé ou au contraire désolé d'avoir raté. Mais ça met encore plus en profondeur en question notre existence en tant qu'espèce, en tant qu'homo sapiens. Cyril Dion qui agnostique le formule comme ça en disant nous sommes quand même une espèce extraordinaire capable d'une coopération étendue, de réalisation incroyable. On peut mettre ça en parallèle avec les dinosaures qui ont... dominé la Terre pendant plus de 150 millions d'années, mais qui n'ont jamais accédé à la conscience réflexive et qui n'ont pas amené de bouleversements de leur environnement, d'explosions de leur créativité, etc.
- Florence Gault
Mais en fait, vous ne parlez pas de Dieu, mais vous évoquez plutôt une sorte de transcendance.
- Emmanuel Contamin
Oui, c'est la question du sens, de la transcendance. Je parlais des dinosaures, par exemple, il y a une question de vie ou de mort, en fait, qui est une question existentielle. Comme le montre le film Don't Look Up, là, les dinosaures, ils ont été détruits par une météorite. Nous, on a la capacité de protéger la planète d'une météorite et on a la capacité de la détruire. Donc, face à ce pouvoir énorme qu'on a, il faut qu'on ait un niveau de conscience à la hauteur de ce pouvoir. Et c'est là où il y a vraiment la question de... quel est notre lien à plus grand que nous finalement, qu'est-ce qui va nous réunir, et ce n'est pas une religion particulière qui pourra nous réunir, mais au-delà des différentes religions ou athéisme ou agnosticisme, mais finalement, quel est le sens autour duquel on pourra s'orienter vers un but partagé. Et donc ça amène vraiment à des questionnements spirituels. À un moment, je cite Etty Il-Soum, qui est une jeune femme, néerlandaise qui vivait au moment de la Shoah. Il y a eu une série sur Arte il n'y a pas longtemps qui est très chouette. Et voilà, dans des situations comme ça dramatiques, ça nous pousse à aller chercher les ressources les plus profondes au fond de nous et c'est un petit peu ça ce que je pense nécessaire aussi aujourd'hui.
- Florence Gault
Alors dans cette dernière partie, Emmanuel Comptamin, j'aimerais qu'on sorte un peu de l'aspect théorique pour entrer un peu plus dans la pratique, afin de pouvoir aussi donner des conseils concrets à celles et ceux qui nous écoutent et qui sont peut-être sujets à cette éco-anxiété. Donc dans votre livre « Petit guide psy à l'usage des jeunes éco-conscients » , vous proposez plein d'exercices pratiques. particulièrement intéressant, puisque on le disait, le rencontre à main, lui, anime beaucoup d'ateliers d'écriture, donc vous mêlez aussi certains exercices qui invitent à ce travail d'écriture. Peut-être avant d'évoquer justement ces petits exercices, imaginons que je suis une grande éco-anxieuse, ce que je ne suis pas à titre personnel dans la vraie vie, et que j'arrive dans votre cabinet mais... avec une anxiété au maximum parce que nous vivons cette canicule qu'on évoquait, puisqu'au moment où on enregistre, qu'est-ce qu'on peut faire ? Qu'est-ce que vous me diriez ?
- Emmanuel Contamin
Alors, on verrait déjà ensemble quelles sont les ressources personnelles qu'on peut travailler, comme on vient de dire avant. Et ensuite, je conseillerais vraiment un travail en groupe pour travailler sur nos liens. C'est vrai que moi j'ai beaucoup travaillé avec des personnes qui ont vécu des traumatismes ensemble, par exemple avec des réfugiés ou des femmes victimes de violences, et le groupe a une force particulière. pour soutenir la traversée des émotions, parce qu'on réalise que quelque part on est dans le même bateau et on se soutient mutuellement, d'abord pour renforcer nos ressources, pour vraiment prendre le temps de nous reconnecter à ce qui nous donne vraiment la capacité d'être ancré, d'être centré. Et une fois qu'on a traversé les émotions douloureuses, Il y a toute cette ouverture à sentir quelle action et dans le cadre de quelle qualité de lien je vais pouvoir développer pour sortir de l'impuissance et que toute l'énergie, l'activation cérébrale de ces émotions trouve une issue adaptative. donc c'est très important de travailler au final sur ces deux dimensions, après qu'on ait fait un travail personnel si c'est nécessaire, la dimension des liens collectifs et la dimension de l'action, en réfléchissant vraiment quelle va être l'action qui, pour moi, aura le plus de sens, où j'aurai le plus de saveur, le plus d'envie, de motivation qui s'activera. Quelle est aussi l'action dans laquelle j'ai des... J'ai des compétences, j'ai des savoir-faire que je peux mobiliser ou que je peux développer. Et puis, quel est le type d'action où je me sentirai le mieux, où le contexte sera le plus favorable, où les relations me conviendront. Il n'y aura pas une lourdeur qui se surajoutera, mais il y aura une dynamique collective qui sera très heureuse. Comme moi, j'ai des engagements associatifs. Je pense à l'association Anciela à Lyon. On a vraiment ce sentiment d'être dans une ruche où tout le monde contribue et où on avance ensemble. Il y a plusieurs types d'engagement et on ne peut pas tout faire non plus. Il faut vraiment prendre le temps de discerner ce qui va le mieux nous convenir. Mais je pense très important de ne pas garder l'éco-anxiété dans le domaine d'un cabinet de psy, aussi bon soit-il. Formidable, soit-il. Mais de politiser le sujet. C'est-à-dire que c'est un sujet qui doit nous amener à des changements collectifs, à des prises de conscience, des prises de décision qui ne sont pas faciles. C'est le GIEC qui dit que c'est un changement de paradigme, un changement transformateur, où il faut vraiment qu'il y ait à la fois un changement de culture. Et certains, comme vous, travaillent vraiment sur ce changement de culture, ce changement de vision du monde, de vision de ce qui est désirable, etc. Qu'est-ce qui a vraiment du sens au fond ? Il y a des changements au niveau des grandes structures politiques, des régulations financières, la taxation des ultra-riches, des choses comme ça. Et puis, il y a des changements qui sont plus à l'échelle des collectivités locales ou du design de notre contexte et de notre environnement qui vont faciliter les comportements vertueux, que ce soit de mettre en place des pistes cyclables, de végétaliser les... les villes et les cours d'école, d'avoir des composteurs faciles d'accès au pied des immeubles, enfin voilà, tout ce qui va faire que les changements de comportement ne soient pas trop coûteux pour les personnes et s'intègrent vraiment dans une dynamique collective qui paraît de plus en plus naturelle. Et puis il y a cette question de l'équité et de la justice dont je parlais, qui est très centrale aussi, avec des mesures, par exemple à Lyon, c'est super ce qui a été fait lors de la dernière mandat. d'avoir une tarification sociale de l'eau. C'est-à-dire que les premiers mètres cubes sont très peu chers et puis après il y a le tarif normal. Et puis pour les gens qui consomment beaucoup d'eau, il y a un tarif qui devient plus cher.
- Florence Gault
Mais donc politiser l'éco-anxiété, pas nécessairement au sens de mettre l'éco-anxiété dans un programme politique ? Et encore, pourquoi pas ?
- Emmanuel Contamin
Non, mais c'est-à-dire mettre en œuvre un projet politique qui réponde vraiment aux besoins de notre planète. et aux besoins du coup de nos systèmes sociaux aussi. Et là, les jeunes, vous parliez de l'étude du Lancet, 58% des jeunes de 10 pays différents, du Nord et du Sud, et pas des jeunes spécialement sélectionnés sur leur conviction écologique, 58% se sentent trahis par leur gouvernement. Donc soit on donne une réponse qui est réaliste, qui prend en compte les problèmes, qui donne une perspective, même si elle demande des efforts, qui montre aussi que les efforts sont portés surtout par les plus riches, etc. Soit s'il n'y a pas de perspective, on bascule dans les extrêmes.
- Florence Gault
Dans les petits exercices pratiques que vous proposez, il y en a un que j'ai bien aimé, qui est d'écrire une vision positive du futur. Je l'ai trouvé particulièrement intéressant parce qu'on n'est pas uniquement dans le fait de se projeter dans un monde à plus 4 degrés et où on flippe les points, mais c'est comment on part de ce constat-là. pour finalement essayer de transformer ce qui va pouvoir se passer. Donc on n'est ni dans une vision pessimiste, horrible, dystopique, ni dans une vision bisounours, où faisons comme si cela n'allait jamais arriver.
- Emmanuel Contamin
Oui, tout à fait. Je crois que les visions d'avenir les plus mobilisatrices, c'est des visions qui articulent le positif et le négatif. Ça a été étudié sur... L'animation de la fresque du climat, par exemple, c'est les animateurs qui ont le plus ce bon dosage des deux, qui crée le plus de motivation, de mobilisation. Donc là, c'est un exercice que Laurent a construit, que je peux vous lire, qui va montrer comment, tout en prenant en compte le fait que forcément, notre futur, il y a des conséquences qui seront inéluctables, malgré tout on a eu On peut imaginer dedans une vie heureuse. Je choisis un lieu de plein air que je connais bien. Une colline, un bord de rivière, une forêt, une plage, le quartier d'une ville. C'est important qu'il me soit familier. Je le note, j'écris quelques mots pour en dresser un inventaire. Ce qu'on y trouve, les sons, les odeurs, les activités qu'on y pratique. J'imagine maintenant qu'on est dans un monde à plus 4 degrés. Quels effets sur mon lieu ? Je précise la saison, le moment de la journée et je fais un nouvel inventaire. Je construis ensuite un personnage. À quoi ressemble-t-il ? Son âge, son sexe, sa forme physique ? Qui fréquente-t-il ? De quoi vit-il ? Qu'est-ce qu'il fait se lever le matin ? Je peux faire une sorte de portrait chinois, si c'était une musique, si c'était un meuble, si c'était une couleur. A la manière d'un metteur en scène, je fais maintenant entrer mon personnage dans mon lieu. J'imagine les raisons qui font qu'il se trouve à cet endroit-là, à ce moment-là. Et je le fais rencontrer quelqu'un de mon choix en rapport avec le lieu. Il se rencontre pour la première fois. Je décris les enjeux, les modalités de la rencontre, parfois des antagonismes, voire des conflictualités, je les laisse s'exprimer. Et je décide que mon récit doit se terminer de façon positive en imaginant d'ores et déjà cette fin. Je laisse une vingtaine de lignes blanches et puis j'écris brièvement ma fin. Je vais ensuite remplir ces vingt lignes en me demandant qu'est-ce que mes personnages vont devoir mettre en œuvre pour que le récit aille vers cette fin ? Quelles ressources vont-ils puiser en eux ? Quelle intervention extérieure peut-être va les aider en restant réalistes et crédibles sans jamais verser dans le fantastique ? Je relis, je reprends, je réécris pour bien préciser les enjeux de mes personnages et surtout les moments de choix, les moments de bascule qui vont m'inspirer. Et je peux maintenant étoffer ma faim.
- Florence Gault
Merci pour ce partage d'exercices qui nous invite en fait à nous projeter, à ne pas nier les épreuves qu'on peut traverser, mais qui montre comment on peut essayer d'imaginer. Finalement, c'est un peu tout l'enjeu. On en revient à ce qu'on disait en tout début d'entretien, saisir l'opportunité de cette crise pour essayer d'en sortir quelque chose qui soit porteur de sens.
- Emmanuel Contamin
Oui absolument, je crois que c'est vraiment le message essentiel. De toute façon, notre modèle actuel est insoutenable, crée des inégalités insupportables, crée la sixième extinction de masse des espèces, donc quelque chose doit... doit se métamorphoser et ça ne se fera pas sans crise. L'enjeu est de vraiment développer nos ressources internes de résilience, d'espérance et de développer aussi nos liens collectifs parce que c'est ça notre première ressource de résilience, c'est les liens qu'on a les uns avec les autres et c'est aussi notre première ressource de bonheur.
- Florence Gault
Et alors dans ce livre, la préface est signée Christophe André, pour ceux notamment qui s'intéressent un peu au développement personnel et tout, connaissent sans doute très très bien. Donc je cite la petite phrase au quatrième de couverture, un remarquable manuel pour aider les éco-conscients à tenir bon et à convaincre les éco-inconscients, car tout reste possible pour sauver la planète, même le meilleur. Plutôt sympa la préface de Christophe Sandré.
- Emmanuel Contamin
Oui, c'était super sympa, d'autant plus que ça a été son initiative. En fait, Odile Jacob a voulu soutenir le livre, donc elle lui a demandé une petite phrase en quatrième de couvre. Et lui, il a dit non, non, c'est un livre vraiment très important. Je lui ai écrit une préface et c'est vraiment une préface très punchy, très engagée et engageante, qui est super. On le remercie beaucoup.
- Florence Gault
Alors pour finir, on arrive au terme de cet échange. Si vous aviez un message adressé à tous les éco-anxieux, les éco-anxieuses qui nous écoutent et qui par moments se sentent complètement dépassés par ces émotions-là, qu'est-ce que vous pourriez lui conseiller ?
- Emmanuel Contamin
Si j'en garde qu'un, ça serait ne rester pas seul. Cherchez vraiment d'autres personnes. qui vont vous inspirer, avec qui vous sentirez vraiment de la résonance, du soutien. Et mettez-vous en action dans un contexte et une modalité d'action qui vous conviennent vraiment à vous.
- Florence Gault
Merci beaucoup Emmanuel Contamin pour cet échange. Je rappelle donc Petit Guide Psy à l'usage des jeunes éco-conscients, publié aux éditions Odile Jacob. Merci beaucoup.
- Emmanuel Contamin
Merci Florence.
- Florence Gault
Merci d'avoir écouté cet entretien, j'espère que les conseils donnés par Emmanuel Contamin vous aideront à apaiser votre éco-anxiété si vous êtes concerné. Si vous souhaitez prolonger la réflexion, vous pouvez retrouver d'autres épisodes consacrés à ce sujet. et découvrir nos articles. Tout est disponible sur le site www.enunbattementdelle.fr Et puis pour continuer à suivre le projet entre les épisodes, vous pouvez aussi vous inscrire à la newsletter. C'est là que l'on partage notre actualité, les coulisses du média ainsi que des contenus complémentaires avec notamment certaines rubriques comme la chronique littéraire qui a d'ailleurs été consacrée à ce sujet de l'éco-anxiété. On se retrouve dans 15 jours pour un reportage consacré au Jardin d'Estive, une ferme de polyculture et élevage bio située dans l'Ain, un lieu que nous avons découvert grâce à l'agronome Cédric Rabani que nous avions reçu lors de la saison passée. On en reparle très vite.