- Florence Gault
Cette semaine, c'est Cédric Rabany, agronome globetrotter, auteur de Lost in Transition agroécologique, publié aux éditions Nourriturfu, qui se prête aux questions de Minute Papillon, une manière de découvrir autrement les invités dans un battement d'ailes. Qu'est-ce qui vous indigne ?
- Cédric Rabany
Qu'est-ce qui me met très en colère ? Le statu quo. Parce que ça ne bouge pas, j'aime bien que ça bouge.
- Florence Gault
Un événement ou une expérience qui a créé un déclic écologique ?
- Cédric Rabany
Un déclic écologique ? Mes premiers stages dans les fermes, quand j'étais jeune étudiant et que je découvre le fonctionnement d'une ferme et du lien au vivant. Moi je venais d'un lotissement, je faisais du vélo et jouais à la console. J'ai fait mon stage dans une ferme qui faisait du reblochon. et on avait un stage en hiver donc là c'était l'hiver en Savoie, c'est pas très drôle les vaches sont toujours à l'intérieur on sort dans le froid, dans la neige, on va faire la traite, c'est l'horreur et l'été on est en alpage et c'est magnifique et là tu découvres la relation entre l'agriculteur, ses bêtes l'alpage, l'entretien du paysage la biodive de cet alpage là qui est entretenue grâce au pâturage des bêtes Et là tu te dis en fait le paysage qu'on voit, que je connais en faisant des randos, en fait c'est le résultat d'une activité agricole, c'est le résultat d'un savoir, d'une histoire, et ça c'est une vraie ouverture et une vraie compréhension. J'avais l'impression que c'était des paysages naturels, la montagne elle est comme ça. Non, la montagne elle est faite par l'activité humaine, et l'activité humaine c'est de fabriquer des aliments. Voilà ce lien là.
- Florence Gault
Qu'est-ce qui vous anime aujourd'hui dans le fait d'être agronome ?
- Cédric Rabany
La curiosité, j'adore découvrir des nouveaux problèmes et de réfléchir à essayer d'imaginer des nouvelles solutions.
- Florence Gault
Une rencontre qui vous a marqué ?
- Cédric Rabany
Une rencontre ? Waouh ! Je parle de plein de rencontres dans le livre, du coup en choisir une c'est chaud. Non, pareil, ce que je raconte dans l'œil, ma première expérience quand je suis arrivé en Côte d'Ivoire, la rencontre avec les producteurs. Je n'en ai pas un en particulier, mais de me rendre compte de ce qu'ils vivaient, des producteurs de cacao, de noix de cajou, et ça, c'est marquant.
- Florence Gault
Un livre, un documentaire, un film, un podcast qui vous a influencé ?
- Cédric Rabany
Un film, Gorille dans la brume, indéniablement. Et un livre, Le goût du monde, Le goût du monde de Patrick Drevet, c'est un livre qui raconte en fait l'histoire de Jussieu. Jussieu, on connaît tous le nom, Jussieu, faculté, quelque part on l'associe quelque part à... à la bio, à la science, et en fait il a écrit un roman sur l'histoire de Jussieu et on découvre le personnage Jussieu, donc le botaniste, le voyageur, le découvreur de paysages et le livre est extrêmement bien écrit, c'est hyper riche, c'est foisonnant et ça raconte cette histoire de Jussieu, cet amour qu'il a eu pour l'Amérique du Sud toutes les plantes qu'il a décrites, découvertes, les cultures dont il a parlé Et ça, c'est un livre marquant, c'est un livre très beau. Et ça recouvre pas mal, on parlait de la curiosité, de l'intérêt pour les plantes, pour les humains qui interagissent avec des plantes, pour les paysages. C'est très beau et très bien retranscrit dans ce bouquin.
- Florence Gault
Si vous étiez un animal en voie de disparition, lequel seriez-vous et pourquoi ?
- Cédric Rabany
Alors ça, je n'ai pas trouvé d'animal de voie de disparition, je ne savais pas trop. Non, je n'arrivais pas à choisir un animal, j'avoue. Non, si, le tariépatre qui en couvre là, pour moi c'est un oiseau. C'est ces populations d'oiseaux, en France en tout cas, qui sont particulièrement dégringolades et qui sont les oiseaux des paysages agricoles. C'est-à-dire qu'il y a les oiseaux affiliés au milieu très anthropisés, il y a les oiseaux des milieux très sauvages, forestiers ou autres, et puis ces oiseaux des milieux... des bocages et tout ça, c'est ceux-là qui disparaissent le plus de nos paysages. Et le tariépate, c'est un oiseau que je voyais beaucoup quand j'étais gamin, et aujourd'hui j'en vois de moins en moins. Et voilà, ça pour moi, c'est vraiment un exemple de cette biodive qui disparaît de manière très silencieuse, parce qu'un modèle agricole disparaît. Donc la biodive, c'est pas forcément les milieux sous cloche, sans l'intervention des humains. C'est aussi des interactions et des milieux qui sont aussi entretenus par les humains. Donc voilà ce genre d'oiseau. On va prendre cela.
- Florence Gault
Imaginez que vous avez le pouvoir de donner la parole à une plante. Laquelle choisiriez-vous et quel serait son message à l'humanité ?
- Cédric Rabany
Ah, ça j'avais trouvé, la ronce. J'adore la ronce. La ronce, c'est la plante de bordure de forêt. C'est la plante qui va chercher le soleil, qui sort de la forêt et qui va aller chercher le soleil. Et en faisant ça, elle permet à la forêt de pousser parce qu'elle va créer un ourlet forestier qui va protéger les espèces à croissance plus lente et permettre à la forêt de s'installer. Donc c'est une plante qui crée un milieu favorable à d'autres plantes, qui laisse la place à d'autres plantes, qui est en plus évidemment extrêmement résiliente parce que vous avez tous essayé de désherber des ronces et on n'arrive jamais à désherber des ronces parce que la ronce redémarre toujours. en plus elle est obstinée et généreuse parce qu'elle crée des milieux pour les autres, plus bien sûr les murs, machin, machin, vous faites ce que vous voulez avec cette image-là, mais en tout cas, et ce qui est intéressant, c'est que même dans la manière dont on fait de la foresterie, pendant longtemps les forestiers ont lutté contre la ronce, maintenant les forestiers comprennent le rôle écologique de la ronce. Donc là on revient sur cette idée de l'écologie, parce qu'on comprend comment et pourquoi fonctionnent les écosystèmes. du coup, on les utilise mieux derrière. Son message, c'est de contribuer à créer des milieux dans lesquels s'épanouissent d'autres espèces. Puisque la ronce, elle crée des milieux, elle permet aux lièvres de faire leur nid, elle permet aux espèces à croissance grande de pousser, et elle disparaît de son propre milieu, parce qu'elle va toujours chercher le soleil. En vivant, je fais de la place aussi aux autres.
- Florence Gault
Si vous pouviez organiser un dîner avec trois figures emblématiques de l'écologie, vivantes ou décédées, qui inviteriez-vous et quel serait le menu ?
- Cédric Rabany
Alors, j'ai que des vivants. J'avais pris Anna Ting, l'anthropologue américaine du post-capitalisme. Comment on peut... Que racontent les paysages en ruines ? derrière des mines, derrière la déforestation, qu'est-ce qu'ils racontent ces paysages-là. Donc j'adore un Hatsing. J'avais mis, pareil, toujours vivant et très top, Olivier Hamant, classique, la biologie, la robustesse. Et la robustesse est en train de venir maintenant, tout le monde se met à la robustesse plutôt que la résilience. Bon, je vous épargne le débat, mais voilà, Olivier Hamant. Et j'ai mis un troisième, j'ai mis François Parsi, qui est biologiste et généticien. Quelqu'un qui défend l'édition génétique et avec des arguments que je trouve vachement intéressants. Et du coup, avec ces trois-là, on pouvait discuter justement bricolage d'écosystèmes réparables. Est-ce qu'on mange, je ne sais pas, des champignons ? Puisque s'il y a un atting, il y aurait forcément des champignons. Puisque les champignons sont ce règne à part capable de restaurer des écosystèmes.
- Florence Gault
Quel est votre péché mignon non écolo dont vous avez du mal à vous passer ?
- Cédric Rabany
Là, ce n'est même pas un péché mignon, c'est grosse catastrophe, c'est l'avion, puisque de par mon boulot, je perds toute crédibilité de ce que je raconte sur la durabilité quand je dis que je prends l'avion. Donc voilà, ça c'est le gros péché mignon.