Speaker #1Mon père étranger, ayant 3 enfants. n'était pas tenu d'être soldat, cependant il a voulu être engagé volontaire pour défendre ce pays qui l'avait accueilli et qui devait le protéger. Alors papa est parti soldat, il a été à Septfonds dans le sud de la France. J'ai des photos. J'ai des souvenirs et moi j'ai été prise en charge par l'OSÉ qui m'a envoyé sur la côte d'Azur lorsqu'il a fallu quitter Paris pour l'Exode. Mais mes petites sœurs étaient trop jeunes pour partir avec l'OSÉ donc elles sont restées avec maman. Et maman avec une de ses belles sœurs, les deux petites et ma tante. Ma tante, qui avait un petit garçon, elles se sont retrouvées en Bretagne au moment de l'Exode. Dans un hôtel-restaurant-boutique où ma tante et maman ont travaillé, mais elles étaient réfugiées avec les petits-enfants. Moi, j'étais là-bas à Boulouris avec l'Osée. On était dans un hôtel. mais on dormait dans les caves sur de la paille. Je n'en garde pas mauvais souvenir. Ça a dû être quelques mois, et un jour, mon père, habillé en soldat, est venu me chercher. L'armistice avait été signé, il allait être démobilisé, il est venu me chercher pour qu'on remonte tous les deux à Paris et retrouver maman et mes petites sœurs. Je pense que mes parents ont senti que ça allait mal tourner pour les juifs. Mais ça, c'est des choses dont on a parlé après, longtemps après la guerre. Mais sur le coup, je ne savais pas ce que ça voulait dire et mes parents ne nous en parlaient pas. D'une part, à l'époque, on ne parlait pas beaucoup aux enfants et d'autre part, je pense qu'ils ne voulaient pas nous inquiéter. Mais ils ont cherché à nous cacher, mais très tôt, en 1941. Là, ils ont trouvé une maison, dans ce qui est actuellement le Val d'Oise, c'était l'Oise, une maison qui était tenue par les auspices du maréchal Pétain, qui était une bonne chose comme cachette. Dans cette maison se trouvaient des enfants orphelins. Des enfants de l'assistance publique, des enfants dont les parents avaient été tués ou où ils avaient été séparés de leurs parents à Rouen, au Havre, où il y avait eu des grands bombardements. Et au milieu de tous ces enfants, le directeur nous a caché toutes les trois, plus une vingtaine d'autres enfants juifs qui sont arrivés petit à petit. Et voilà où j'ai passé la guerre. avec mes sœurs et d'autres enfants juifs.
Speaker #1Alors nous étions au château de l'Amberval toutes les trois, maman venait de temps en temps, papa également, et un jour il est venu, nous avions la... Varicelle, mes soeurs et moi. On nous avait mis des grandes toilettes sur les mains pour ne pas qu'on se gratte. Et nous étions dans la chambre. Et papa a passé la journée avec nous. On a parlé, je ne sais plus comment s'est passée la journée. Et papa nous a embrassés. Il est reparti à Paris. Et c'était la dernière fois que nous l'avons vu. Il a essayé de passer la ligne de démarcation pour rejoindre d'autres membres de la famille qui étaient déjà en zone dite libre. Et il a été arrêté à côté de Dijon au mois de juillet 1942, déjà après le Veldiv. Il a été arrêté. Il a été envoyé à la prison de Montchalin et ensuite à Pithiviers où il n'est pas resté longtemps. Il a été déporté par le convoi numéro 6 à Auschwitz. Maman, elle est restée à Paris. dans une famille du Goye, qui étaient des gens de l'extrême droite. Et malgré tout, ils ont caché une juive. En fait, ils étaient très anti-allemand, très nationaliste, mais pas antisémite. C'est comme ça. Et maman a été cachée par eux pendant toute la guerre. Et maman venait de temps en temps en risquant beaucoup. Prendre le train, les ponts sur l'Oise avaient été bombardés, il n'y avait que des passerelles sur lesquelles maman avait peur de passer parce que ça bougeait, il y avait la rivière en dessous. Mais elle venait et quand elle venait, elle mettait une blouse et elle faisait comme si elle était une monitrice, également une couturière puisqu'elle transformait des tissus, des couvertures, en pantalon pour le fils du directeur, pour sa femme, enfin elle était utile. Et pour nous, ça a été quelque chose qui nous a permis de supporter cette séparation, en fait ce lien avec maman qui était restée avec nous de temps en temps, mais elle était présente du coup. On a souffert d'être séparés des parents, de ne plus être dans notre milieu, à Paris, j'allais à l'école maternelle, de ne plus aller à l'école. Il n'y avait pas d'école, non. Les enfants goïes allaient à l'école du village, le Frénois-Antel, mais les enfants juifs n'y allaient pas. Cependant, le directeur a obtenu, en 1943 je crois, La présence d'une institutrice dans le château. Et là, nous avons commencé à être scolarisés, suivant notre âge et notre niveau, dans plusieurs classes, mais il y a une classe unique avec l'institutrice qui s'appelait Mademoiselle Hugo, d'ailleurs. Mais jusqu'à ce qu'on aille à l'école, l'école me manquait beaucoup, beaucoup. De ne pas avoir de livre, ça me manquait beaucoup. Mais un jour, je ne sais pas comment, j'ai eu un livre de catéchisme. Du coup, je l'ai appris, pour ainsi dire, par cœur. Et je peux encore vous réciter les prières à l'époque. Une fois que Mlle Hugo a été là, avec... que deux autres garçons juifs. Nous étions les plus âgés des enfants du groupe et mademoiselle Hugo nous a parlé de la résistance de De Gaulle, de Staline. Là, nous avons pris conscience de la guerre mondiale. Elle nous a même parlé de Tolstoy. Je ne sais pas pourquoi, mais on sait. Comme quoi, le parler à des enfants, même tout jeunes, ça nous forme pour toute la vie. Pendant la suite de la guerre, la famille qui était déjà en zone libre, dont un frère que maman aimait beaucoup, oncle Jacques, avec sa femme, avec ses enfants, ont été arrêtés. Quand les Allemands sont rentrés dans la zone sud, les enfants n'ont pas été arrêtés. Maman a fait venir une de mes cousines qui avait 16 ans au château de l'Amberval où nous étions, un petit cousin qui avait 6 ans, un petit peu plus jeune que moi, maman l'a fait venir au château de l'Amberval, et une petite cousine. qui est née déjà pendant la guerre, qui avait deux ans, Claudinette. Donc nous étions là avec trois cousins-cousines. Quand la guerre, enfin plutôt Paris et la banlieue où nous étions ont été libérés, au mois d'août, des Américains se sont installés dans le parc du château, nous ont fait connaître le Schwimmgum, qu'on appelait le Sam Sam Gum à l'époque, m'ont offert des cigarettes que j'ai commencé à fumer, et puis des boîtes de corneux. Bif, des... Enfin, on était très contents, bien sûr, d'avoir les Américains là. Et vers le mois de décembre, maman nous a fait revenir à Paris. Elle avait entre-temps récupéré l'appartement qui avait été pillé. Il ne restait plus rien. Et avait été occupé par un gendarme et sa famille. Il n'était pour rien dans cette histoire, on lui a donné un appartement, il était content et puis c'est tout. Mais il n'y avait plus rien quand maman l'a récupéré après avoir fait un procès et avoir eu des difficultés pour récupérer cet appartement. Donc l'appartement était vide, sauf un tiroir qui venait d'une armoire de mes parents où il y avait les photos. Tous les gens qui ont pu passer dans cet appartement ont respecté ce tiroir avec ses photos. Et du coup, nous avons récupéré des photos, des photos de Pologne, des photos d'avant la guerre, des choses un peu miraculeuses. Et puis... C'était la vie d'après la guerre, difficile, papa n'était pas là, n'était pas rentré. A commencé la recherche de tous les papiers où nous avons eu des certificats de disparition, ce que ça voulait dire disparition comme ça, des certificats de non-rentrée, des certificats de déporté. Nous avons été pupilles de la nation, toutes les trois. Maman, qui n'avait pas de ressources, travaillait jour et nuit. Elle était très exigeante, maman, sur nos résultats scolaires. À l'époque, il y avait des croix d'honneur. À la fin de la semaine, il fallait qu'on ait les médailles. J'ai passé le concours d'entrée au lycée et en même temps c'était le concours... cours des bourses, où j'ai obtenu une bourse de demi-pension. Et puis voilà, j'ai fait toute ma scolarité au lycée Victor Hugo.
Speaker #0Plus tard, Rachel entame des études de pharmacie, brutalement interrompues par la maladie. Une tuberculose osseuse l'immobilise pendant près de deux ans en sanatorium. Alors que les médecins la condamnent, sa volonté de faire et des cours par correspondance lui permettent de guérir et de reprendre ses études. Lissant ses capesses en poche, elle devient professeure de sciences naturelles, une vocation qu'elle exercera toute sa vie. Ces deux sœurs s'épanouissent elles aussi dans les sciences, l'une comme physicienne au CNRS, l'autre comme chimiste. Aujourd'hui, à plus de 90 ans, Rachel et son mari André, enfant caché lui aussi, continue de transmettre inlassablement leur histoire d'enfant de la Shoah. Un immense merci à Rachel pour sa générosité et ce témoignage précieux. Quant à l'histoire d'André, je vous la partagerai très bientôt. Merci à vous, chers auditeurs, pour votre écoute et vos partages. On se retrouve très vite pour un prochain épisode d'Enfant de la Shoah. En attendant, comme d'habitude, écoutez, partagez, transmettez à votre tour ces histoires si précieuses. C'était Enfant de la Shoah, un podcast de Catherine Benmaor. Allez, salut !