- Speaker #0
Bonjour à tous et bienvenue pour la saison 2 de En Mouvement. Cet épisode est sponsorisé par EPAL. C'est une plateforme du programme Erasmus+, pour les professionnels de la formation des adultes en Europe. EPAL valorise des projets européens autour de la santé mentale et du bien-être. Alors découvrez cette plateforme gratuitement, sans publicité et rejoignez une communauté engagée. Tous les liens sont en description. Merci EPAL pour son soutien et nous, on est reparti.
- Speaker #1
En mouvement, c'est une balade en nature avec des invités inspirants pour améliorer votre état d'esprit et vous aider à passer à l'action.
- Speaker #2
Bon, on va commencer tranquillement. En tout cas, merci Tim d'être avec moi aujourd'hui pour parler de toi, de ton parcours, de ce moment de partage qui va être fait dans le podcast En Mouvement. Comment tu te sens dans cet exercice ? Comment ça va là maintenant, après avoir mangé ton sandwich ? Merci à toi Jérémy. Premièrement, comment je me sens ? Je me sens bien. Pourquoi ? Parce qu'on vient d'accumuler trois jours de pluie et que le fait de marcher dans Paris sans pluie,
- Speaker #3
c'est vraiment beaucoup plus cool que toujours faire attention. Ce bruit ambiant de voiture plus la pluie. qui démultiplie tous ces bruits, ça m'énerve. Mais vraiment.
- Speaker #2
Est-ce que tu peux nous dire où on est un petit peu ? C'est quoi notre environnement pour un peu que les auditeurs marchent avec nous pendant cette petite heure ?
- Speaker #3
Alors nous sommes au parc Montsouris, au sud de Paris, dans le 14e arrondissement. C'est un parc un peu vallonné, avec de nombreux bancs, de grands espaces verts. C'est un parc globalement qui fait une boucle.
- Speaker #2
T'as l'habitude de venir ici ou pas du tout ?
- Speaker #3
Ça m'arrive de courir ici. Après, je ne viens pas régulièrement. Ça m'arrive de venir potentiellement une fois par mois.
- Speaker #2
Ces derniers mois, on t'a vu un peu de partout. Du moins, si ce n'est pas toi qu'on a vu, c'est Soli. On va prendre le temps de décrypter et que tu nous expliques qu'est-ce que Soli. Comment tu vis cette phase d'accélération, j'ai le sentiment ? Du moins, moi, j'ai la chance de te connaître depuis un petit moment. Mais toi, comment tu le vis ?
- Speaker #3
Moi, je le vis globalement bien pour, je pense, la simple et bonne raison que j'ai visualisé en amont ce qui allait potentiellement se passer. Vu que je me suis projeté sur ce qui allait se passer, je prends énormément de recul. Et j'arrive à bien accumuler, à additionner toutes mes responsabilités. Parce que je pense que j'ai fait tout ce travail de projection qui a été extrêmement importante. Donc non, ça se passe très bien. Extrêmement content du démarrage de Soli, malgré pas mal de fatigue. Puisqu'on a beau se projeter, il faut accumuler les journées. C'est souvent des semaines de 6 jours sur 7, voire 7 jours sur 7. Il faut juste faire attention à soi. attention à ce qu'on dit, à ce qu'on fait pour garder toujours de l'impact et de la pertinence sur ce qu'on fait.
- Speaker #2
Est-ce que tu arrives quand même à savourer ces moments-là, où des fois tu es toujours dans l'après, dans la projection et la visualisation permanente ?
- Speaker #3
Je ne savoure aucun moment. On a beau gagner des beaux prix, de faire de belles choses, d'aider un maximum de personnes, je ne savoure rien, puisque aujourd'hui j'ai un agenda qui est tellement pris que je suis toujours dans l'après. C'est l'aspect qui est assez difficile et assez triste. d'un point de vue personnel, mais d'un autre côté, c'est la partie du jeu. Moi, je ne me suis pas engagé au sein de Soli pour gagner en visibilité, pour être connu. Je l'ai fait pour aider des gens. Malheureusement, je ne le savoure pas à titre personnel. Par contre, je le savoure pour eux, parce que je vois que plus les jours passent, plus on collecte pour eux, donc plus ils ont de moyens financiers. Ils gagnent en dignité, ils gagnent en responsabilité, et ça, c'est l'enjeu premier de Soli.
- Speaker #2
Tu viens de faire un teasing incroyable de Solide, qui tu es ? Est-ce que tu peux nous expliquer qui es-tu et comment tu te présentes aujourd'hui ?
- Speaker #3
Je m'appelle Tim DeGaette, j'ai 23 ans, j'ai globalement vécu dans le quart nord-ouest de la France, entre la Normandie, l'île de France et Lille. Je suis né en région parisienne, à l'âge de 6 ans je suis parti à Lille puisque mes parents ont divorcé et je suis retourné en région parisienne il y a 2 ans et globalement tous les mois, voire tous les trimestres, si j'ai pas l'occasion je retourne en Normandie dans une maison de famille avec mes grands-parents et mes cousins. Aujourd'hui je me présente pas comme un entrepreneur, je me présente comme un assopreneur. Ça c'est important pour moi puisque les gens souvent confondent Soli avec une startup puisqu'on est très codifié startup, mais c'est volontaire, c'est parce qu'on a envie de changer ce côté... Très associatif d'un point de vue image, de marque, mais je me présente comme un assopreneur.
- Speaker #2
Et Soli, est-ce que tu peux nous expliquer comment est née cette idée, d'où elle vient et en quoi consiste le concept ?
- Speaker #3
Pourquoi Soli ? J'étais au lycée en 2016. Non, pardon, c'est pas 2016, c'est 2018. 2016, je suis au collège. 2018-2019, je suis au lycée à Saint-Omer, du nord de la France. Et tous les mercredis, j'ai rencontré des sans-abri qui faisaient la manche devant. Carrefour, les étudiants faisaient globalement leurs courses pour leur goûter. En fait, c'est en disant à un sans-abri, désolé, j'ai pas de monnaie, j'ai qu'un téléphone, où je me suis rendu compte de la problématique. Je m'en suis voulu lui avoir dit ça de cette manière-là. Je l'ai peut-être dit de manière nonchalante, et tout de suite je me suis dit, mais je m'en veux, comment je peux l'aider ? Je peux lui acheter de moi-même des choses dans le magasin, mais je trouvais pas ça pertinent, parce que c'est de l'assistanat. Moi, ce que j'aime bien, c'est que tu fais un don, mais après la personne... Elle choisit le sandwich qu'elle veut consommer, les fruits.
- Speaker #2
Elle se responsabilise d'une certaine manière.
- Speaker #3
Ma première idée vient des codes des vigiques, les petits batchs pour ouvrir des immeubles. Et je me dis, c'est du sans contact. On peut faire des ponts numériques entre le smartphone du donateur et le vigique du bénéficiaire. Et après, le bénéficiaire, lui, paye avec son vigique en sans contact, donc sur le TPE. Moi, je me suis vite rendu compte que d'un point de vue réglementaire, ça allait être compliqué. même d'un point de vue technique puisque si la personne perd son vigique, on lui vole. sa pseudo carte, n'importe qui pourrait dépenser l'argent de cette personne, et en fait je me suis dit le plus simple c'est la carte bancaire puisque ça marche avec un code PIN, tout le monde sait à quoi sert une carte bancaire, alors que si je donne un vigi que les gens vont dire c'est pour ouvrir un immeuble alors que non là c'est pour faire un don, donc en 2019 j'ai cette idée, on va dire j'ai la jeunesse du projet, mais j'ose pas y aller, le projet est trop grand pour mes épaules de lycéens, mais il y a une phrase qui me reste en tête, une de ces personnes qui me dit De toute manière, la monnaie s'est déjà dépassée. Aujourd'hui, nous, ce qui nous tient en vie, c'est les titres restaurant papier.
- Speaker #2
Ça, c'est un SDF qui te le dit.
- Speaker #3
Les gens donnent des titres restants. Et donc, je lui demande pourquoi. Et il me dit parce que les gens, ils ne veulent pas qu'on finance et qu'on achète de l'alcool, du tabac, de la drogue et des jeux d'argent avec. Je prends note et je prends conscience de tout ça. Et en fait, c'est en 2021, lors du Covid, que je me rends compte que les titres restaurant papier, ça va vite disparaître. Et je me dis, mais en fait, dans cinq ans, ils vont faire quoi ces sans-abri ? Puisque les gens n'auront qu'un téléphone, un titre restaurant. mais sur une carte bancaire. Donc, mis à part donner sa carte ticket restaurant, on ne peut rien faire d'autre. Donc là, je prends une deuxième prise de conscience. C'est dans quelques années, ils vont galérer. Et c'est en 2023 où je rencontre un jeune qui a mon âge, 20 ans, dans le métro, qui fait la manche. Et lui, globalement, son objectif, c'est de faire quelques euros par jour pour aller au restaurant universitaire. Il a un logement, il a ses études, il se présente bien, il est propre sur lui par le bien. Et je lui pose la question, je lui dis mais tu prends combien de temps pour collecter ces quelques euros pour aller au restaurant univers ? Il me dit 40 minutes. Et je me dis mais c'est fou parce qu'on va dire que visuellement, ça donne envie de te donner de l'argent parce qu'on sait que c'est pour que tu manges le midi et que tu te concentres sur tes études et c'est tout, point. Et c'est là où je me dis bon bah peut-être que le projet Soli, il faut que je le lance. Et je me suis lancé quelques mois après, on a fait une étude, on a présenté le projet aux banques, ils nous ont rigolé au nez, on s'est dit bon bah comment on peut devenir crédible ? On a fait un crowdfunding et c'est là où... où tout a changé, puisqu'en 39 jours, on collecte 80 000 euros sur des citoyens. Et du jour au lendemain, on passe de quelques banques qui nous rigolonnaient à la majorité des banques qui nous contactent pour lancer le projet.
- Speaker #2
C'est là que tu vois que la participation citoyenne et l'élan de solidarité vis-à-vis de Soli et notamment vis-à-vis des personnes qui sont sans abri, elle est toujours bien réelle, elle existe toujours malgré une situation en France qui est quand même de plus en plus individualiste.
- Speaker #3
Tout à fait, la générosité existe. Juste les habitudes changent, il faut juste qu'on crée des solutions qui répondent au changement des consommations des donateurs. On s'appelle Soli pour solidarité et solitude. L'objectif c'est de dématérialiser les dons faits aux personnes dans la rue à partir de nos cartes de paiement via un QR code et d'y ajouter un lien social entre le donateur et le bénéficiaire. Soli a été inventé pour ça et on s'appelle Soli pour ça.
- Speaker #2
Aujourd'hui quand tu vois un... On vient d'en voir une nouvelle personne là, juste à côté du parc, qui est sans abri. Qu'est-ce que tu ressens quand tu vois une personne qui est dans la rue ? Et qu'est-ce que ça a changé sur le regard que tu portes sur eux depuis la création de Soli ?
- Speaker #3
Pas grand-chose depuis la création de Soli, mis à part que j'ai juste envie de leur donner une carte. Donc quand j'ai mon sac à dos, c'est simple, puisque j'ai toujours une carte sur moi pour en distribuer une. J'ai globalement pratiquement dit toujours bonjour, faire un petit sourire, parce qu'outre que le financier, c'est le plus important pour eux. C'est d'avoir de l'interaction sociale. Depuis toujours j'ai... Je ne sais pas pourquoi, c'est très intrusif, mais j'ai toujours voulu connaître l'histoire de pourquoi ils en sont là. C'est négatif comme positif, mais d'un autre côté, peut-être que sans ça, je n'aurais jamais voulu lancer ce projet. Je pense que c'est quelque chose que j'ai au fond du cœur. Mais depuis le lancement de Soli, ça n'a pas changé globalement ma vision du sans-abrisme. Aujourd'hui, on est juste une solution supplémentaire et additionnelle à tout ce qui existe, surtout les associations de maraude, les logements d'urgence. On est juste une solution additionnelle, on n'est pas là pour remplacer ou révolutionner. Quoi que ce soit, on est là juste pour aider. Si on peut le faire au mieux, tant mieux.
- Speaker #2
Par rapport à cette innovation technologique qui est la vôtre, de donner des cartes bancaires à des personnes qui n'en ont pas aujourd'hui, donc c'est en soi assez simple, est-ce que tu arrives à nous parler des partenaires qui aujourd'hui sont à côté de vous, vous accompagnent, vous font confiance, et finalement que c'est un travail d'équipe ? En fait, pour sortir une personne de la rue, ça ne se fait jamais de manière complètement... isolé encore plus quand on est une association comme la vôtre, comment ça fonctionne ?
- Speaker #3
Tout à fait, c'est ce que je dis souvent, c'est qu'une association ne peut jamais dire d'elle-même on a sorti une personne de la rue. C'est le travail d'une globalité d'associations et de partenaires et sincèrement c'est le cœur de ce qu'on fait, moi c'est ce qui me plaît dans la solidarité. Aujourd'hui Soli ça existe, oui parce qu'on a un produit monétique qui est nouveau mais on n'a rien inventé, on a additionné des technologies qui existaient déjà. et on les a simplifiés pour que ce soit accessible à n'importe quel donateur, que ce soit un donateur qui ait 15 ans ou une personne qui ait 60 ans, voire 80. Aujourd'hui, c'est assez simple. Nos partenaires monétiques, c'est UpCop. C'est eux qui nous émettent les cartes et qui ouvrent les comptes de nos bénéficiaires. On a un avantage avec UpCop, les cartes sont distribuées à des personnes qui n'ont pas de pièce d'identité, potentiellement pas de pièce d'identité ni d'attestation d'hébergement, qui est un prérequis aujourd'hui dans le monde bancaire, ce qu'on appelle le KYC. Ensuite, on a Worldline qui, eux, encaissent les fonds pour nous. donc c'est un PSP, un prestataire de services de paiement. Avec eux, on permet de collecter des dons via la carte bancaire, via Apple Pay et Google Pay. Et ensuite, on a d'autres partenaires.
- Speaker #2
Des relais, des maraudes.
- Speaker #3
Des relais, des maraudes. C'est eux qui distribuent nos cartes et sans eux, on n'existerait pas. C'est des associations de maraudes pour la grande majorité qui continuent à... à faire leur mission d'aller dans la rue une fois par semaine ou plus ou moins pour distribuer de l'alimentaire et des vêtements. Mais en plus de faire ça, ils distribuent aujourd'hui des cartes Soli aux personnes en situation de grande précarité. Et donc effectivement, sans eux, on n'existerait pas. Et au niveau de l'association Soli, on est trois bénévoles. Mathieu, qui a une trentaine d'années, qui a un profil technique de développement. Ensuite, on a Louise, qui est un peu plus âgée que moi, qui a 26 ans, qui a un profil un peu plus administratif et financier. C'est une personne qui est très smart et que j'admire beaucoup. Et ensuite moi-même, 23 ans, alors oui j'ai le rôle de président, mais globalement ma mission c'est chefferie de projet et mise en place des partenariats pour faire avancer notre solution.
- Speaker #2
Justement, tu as reçu plusieurs prix ces dernières semaines, je pense que ça l'a fait VAD dernièrement. Est-ce que cette reconnaissance te surprend, outre la visualisation que tu as fait avec ton côté, l'engagement et la reconnaissance de ce que vous proposez avec Soli, est-ce que ça te surprend ou c'est quelque chose que tu avais anticipé ?
- Speaker #3
Alors oui, je l'avais anticipé pour la simple et bonne raison que je ne suis pas le premier à avoir pensé à faire un pseudo-solide. Quand on a commencé à faire parler du projet, on a beaucoup de citoyens qui nous ont dit « Ah bah c'est marrant, j'ai eu cette idée il y a dix ans » . Donc non, ça ne me surprend pas parce qu'il y a beaucoup de citoyens qui pensaient faire la même chose. Et en fait, globalement, si beaucoup de citoyens pensent à ça, c'est que globalement c'est potentiellement une bonne idée et que derrière on peut gagner de la reconnaissance par des entreprises, des fondations, des fédérations, etc. Ce qui me surprend personnellement, c'est que... On met souvent mon nom et prénom à côté de ces distinctions. Moi, ce que j'aimerais mettre en avant, c'est surtout Soli. C'est oui, Team Nugget est derrière ce projet, mais c'est surtout l'initiative qu'il faut mettre en avant, puisque, comme je le disais tout à l'heure, c'est la réussite de plusieurs personnes et de différents partenaires. Oui, ça me surprend de toujours mettre en évidence Team Nugget. Après, oui, personnellement, ça ne me déplaît pas. Mais ça me surprend de plutôt mettre la personne que la cause qui est derrière.
- Speaker #2
Quand tu reçois un prix comme ça a été le cas ces dernières semaines, est-ce que ça te met la pression ou te dit « Ok, j'ai une reconnaissance un peu institutionnelle sur Soli, sur ce que j'entreprends, sur où j'en suis ? » Ou est-ce que ça te motive toujours à aller plus loin et à te dire « Comment je suis en capacité de me surpasser pour soit surprendre, soit être plus impactant, soit toucher plus de monde ? »
- Speaker #3
C'est que de la motivation. Tous ces prix, toutes ces reconnaissances, c'est que des points d'étape. C'est pas une pression. C'est juste de la motivation. Effectivement, quand je sors d'une soirée, on me remet un prix, je suis content et je me dis « Ah, c'est cool, ce qu'on fait, c'est reconnu par X fondations, X entreprises. » Mais le lendemain, je l'oublie très rapidement. Et d'ailleurs, c'est ce qu'on me dit souvent, c'est qu'on ne communique pas souvent très rapidement. Il y a toujours une semaine de délai. Mais parce que le lendemain, en fait, j'ai oublié l'élément et donc c'est parce qu'on me le rappelle qu'on publie une semaine après. Il y a une semaine pile. Je présentais Soli devant 1500 personnes sur des soirées la la la, c'est des soirées autour du champ où il y a des milliers de personnes qui se réunissent, ils apprennent en deux heures une musique en canon exactement. Et en fait je me suis dit mais c'est fou parce qu'on a lancé l'association il y a trois mois et je me retrouve déjà devant 1500 personnes à présenter le projet, à présenter notre mission, notre cause. Je suis hyper reconnaissant de tout ça mais ça n'a jamais été une pression. Je pense que c'est une force parce qu'on a réussi à additionner plein de choses comme ça. plein de petits... Non, c'est plein de beaux événements. Mais vu que je ne me mets pas de pression, j'arrive à les additionner sans avoir de boulot au ventre.
- Speaker #2
Est-ce que tu as le sentiment, quand tu es sur scène, justement, face à 7500 personnes, à l'image d'une chorale de gens qui pourraient être derrière toi, tu es un peu le porte-parole de tous ces sans-abri qui, eux, ne sont pas reconnus, ne sont même pas vus, ou pas du tout, et tu te dis... Je fais juste ça pour eux comme un soutien potentiel.
- Speaker #3
Non, je ne pense pas être un porte-parole, pour la simple et bonne raison que je ne suis pas tout le temps à côté d'eux. Franchement, je ne suis pas un porte-parole. Si on doit mettre un porte-parole, selon moi, c'est les associations de Maraude qui les accompagnent toutes les semaines. Nous, on est juste une solution technique qui les accompagne personnellement, mais moi, en tant qu'individu, c'est horrible ce que je vais dire, mais je ne les connais pas, c'est sans abri. J'ai peut-être distribué sur les 600 bénéficiaires qu'on a en trois mois, j'en ai peut-être distribué 30 sur des cartes, ce qui n'est rien. Donc je ne me considère pas du tout comme un porte-parole.
- Speaker #2
Est-ce que tu penses que la tech, et on parle beaucoup d'innovation technologique aujourd'hui, à l'ère du tout numérique, à l'ère de l'intelligence artificielle, est-ce que tu penses qu'elle est assez au service de l'humain et de la connexion humaine ?
- Speaker #3
Je ne pense pas. Et d'ailleurs, c'est marrant parce que mes premiers éléments de langage autour de l'association, c'était qu'on souhaitait lutter contre les fractures numériques, fractures sociales, fractures bancaires. Mais la fracture numérique, c'est ce que je mettais le plus en avant. Et aujourd'hui, quand on conçoit un produit technique... J'ai plutôt l'impression qu'on y met un cahier des charges pour la grande partie des citoyens, mais on ne prend jamais en considération ceux qui ont des problèmes, des problèmes d'accessibilité, problèmes administratifs. On conditionne beaucoup de choses autour des personnes, on va dire, qui sont sans problème, et on ne prend jamais le temps de prendre en considération ceux qui en ont, et de se dire, ok, mais comment eux peuvent avoir accès à ce qu'on crée et à ce qu'on fait. Et je pense que les associations existent en partie à cause de ça. C'est les associations qui sont en bout de chaîne et qui doivent créer des solutions qui prennent la place des gros acteurs. Typiquement, pourquoi la GMS et la GSA, Grande Surface Alimentaire, ne mettent pas en place des rayons d'invendus qu'ils donnent aux personnes précaires, alors qu'ils préfèrent jeter et mettre de la javel sur les aliments ? Alors oui, ça commence à prendre place, parce qu'il y a... Il y a des réglementations, on est quand même en Europe, il y a des réglementations qui arrivent et qui font qu'aujourd'hui ils ont des obligations, mais je trouve que c'est toujours pas suffisant. Nous en tant qu'association on subit quand même beaucoup de choses des acteurs privés.
- Speaker #2
Le dialogue est rompu ou tu dirais qu'il y a quand même une progression qui est faite entre le monde associatif et le monde, là si on reprend l'exemple des grands groupes agroalimentaires, il y a quand même une communication qui est faite ?
- Speaker #3
Il y a une communication qui est faite puisque derrière ces grands groupes c'est des individus. Par contre ce qui bloque tout c'est la situation économique. c'est que eux ils ont toujours Une volonté avant de faire quoi que ce soit de gagner de l'argent. Et s'ils ne gagnent pas d'argent, malheureusement, ils ne sont peut-être pas très attentifs à ce qu'on fait. Mais à titre personnel, ils sont hyper engagés. Je rencontre pratiquement tous les jours des grands directeurs généraux de France. À titre personnel, ils sont engagés. Après, c'est du déclaratif. Mais par contre, pour intégrer leur entreprise au sein de notre mission, c'est toujours plus compliqué.
- Speaker #2
Si toi, tu devais convaincre un jeune qui aimerait s'engager dans un projet utile comme c'est le cas de Soli, c'est quoi la base ? C'est quoi les fondements ? Qu'est-ce que tu lui dirais là aujourd'hui ?
- Speaker #3
On parlait juste avant de faire le podcast, mais la première chose c'est arrête de réfléchir et fonce et fais-le. Surtout dans l'associatif, tu peux faire plein d'erreurs. Personne va t'en vouloir. Fais-le comme tu le sens, surtout. Quand j'ai lancé Soli, les gens me prenaient pour un fou parce que je souhaitais limiter l'argent donné au sans-abri uniquement pour des biens de première nécessité. Les gens me disaient, mais c'est extrêmement paternaliste ce que tu fais. Mais d'un autre côté, pourquoi je l'ai fait ? C'est parce que j'avais la conviction et... la certitude que les gens ne souhaitaient pas donner un sans-abri si c'était pour des produits d'addiction. Et je reviens sur ce que je t'ai dit tout à l'heure, c'est les sans-abri qui me l'ont dit, c'est même pas moi.
- Speaker #2
Oui, c'est ton bénéficiaire final, quoi.
- Speaker #3
Exactement. Eux, ils en ont conscience de la problématique. Alors, on a beau avoir la volonté de faire plein de choses qui sont bonnes moralement, mais in fine, il faut voir de manière générale, et cette conviction, je pense qu'elle a été la bonne, puisqu'on a ressorti avec un chiffre, c'est qu'aujourd'hui, 70% des citoyens ne veulent pas financer l'achat de produits d'addiction aux personnes précaires. Pourquoi ? Parce que ça fait des années que l'État nous répète que fumer c'est pas bon, boire c'est pas bon, se droguer c'est pas bon, tout n'est pas bon. Donc in fine quand on voit une personne qui est en précarité dehors, on se dit bah j'ai pas envie qu'elle finance ça parce que c'est pas bon.
- Speaker #2
Vraiment, c'est pas ça qui va à l'ascenseur de la rue.
- Speaker #3
Alors que nous-mêmes on en consomme potentiellement. Si je devais passer un message à un jeune, c'est lance-toi, n'aie pas peur, pose-toi pas trop de questions parce que plus tu vas te poser de questions, plus tu vas te mettre de barrières. Fais-le comme bon te semble. garde à l'esprit que ton projet, surtout dans l'associatif, il doit avoir un impact. Un impact économique, un impact social, un impact environnemental. Effectivement, ça c'est ce qui doit driver la motivation de la personne.
- Speaker #2
On a un concept dans le podcast, c'est que le précédent intervenant te pose une question sans même te connaître.
- Speaker #3
Wow.
- Speaker #2
Et du coup, notre précédente intervenante a une question pour toi que je te lis. C'était qui ? C'était Anaïs Radeli, c'est la DG de Live4Good. Programme d'incubateur d'entreprise que tu connais très bien.
- Speaker #3
Oui, ça va, ça me rassure.
- Speaker #2
Et sa question est la suivante. Si tu te parlais au toit quand tu avais 6 ans et demi, de quoi serait-il fier ? Et au contraire, qu'est-ce que tu dirais pour te bouger un petit peu plus ?
- Speaker #3
Je pense qu'il serait fier de lui, puisque depuis que je suis tout petit, j'ai quand même la motivation de vouloir faire quelque chose qui me dépassera. Le projet Soli, je ne l'ai pas fait à 16 ans parce qu'il était trop gros par rapport à mes épaules et que je l'ai fait à 22 ans parce que j'avais trouvé les bons partenaires et les bonnes personnes de confiance avec qui le faire. Ce que le team de 6 ans me dirait aujourd'hui, c'est bravo et tu le savais. Je ne sais pas pourquoi, mais je le savais qu'à un moment ou un autre, j'allais le faire.
- Speaker #2
Et s'il y avait encore quelque chose sur lequel tu devrais travailler ou selon toi, tu ne te bouches peut-être pas encore assez, ça serait quoi ?
- Speaker #3
J'ai l'impression de faire mon maximum vraiment tous les jours. Sur le truc que j'aimerais faire le plus souvent, c'est être sur le terrain. Aller à Strasbourg, aller dans les différentes villes où on est, parce qu'aujourd'hui on est présent dans 22 villes, et être plus sur le terrain, voir les bénéficiaires, avoir un maximum de retours. Alors aujourd'hui c'est ce qu'on fait, mais via nos partenaires. Mais à titre personnel, j'aimerais être davantage sur le terrain. Quand je peux le faire, je le fais, et souvent c'est simple, c'est le samedi matin quand je suis à Lille. Quand je peux, je le fais, mais c'est trop peu, c'est une fois par mois.
- Speaker #2
Sachant que les retours terrain, c'est ce qui t'a permis aussi au... Enfin, l'idée est venue du terrain, au tout début.
- Speaker #3
C'est une solution de terrain. Tout vient du terrain. Mais étant donné que c'est un produit technique, où on essaye d'embarquer un maximum de monde, un maximum d'entreprises, en fait, aujourd'hui, je me retrouve dans un bureau à essayer de faire vivre la solution.
- Speaker #2
Ce qui, en soi, n'est pas plus mal et indispensable pour autant.
- Speaker #3
C'est indispensable, oui.
- Speaker #2
Tu serais prêt à te prêter à l'exercice, de poser une question à notre prochain invité, sans savoir qui c'est ?
- Speaker #3
Tu te vois où dans 10 ans ? Et qu'est-ce que t'aurais changé il y a 10 ans ?
- Speaker #2
Ok, incroyable.
- Speaker #3
Peut-être le sens inverse, c'est qu'est-ce que t'aurais fait différemment il y a 10 ans et où tu te vois dans 10 ans ?
- Speaker #2
Ok, parfait. La question sera posée. Toi, tu as commencé quand même à entreprendre ou à s'opprendre très très jeune. Je crois que t'avais 13 ans, si je ne m'abuse.
- Speaker #3
Mon premier pseudo business, j'avais 13 ans. Parce que pseudo, je préfère le dire, parce qu'à 13 ans, on ne peut pas créer de boîte.
- Speaker #2
Oui, mais tu avais déjà cette volonté, ou du moins je ne sais pas si c'était une volonté. À quel point c'était de la chance et à quel point tu te dis quand même que quand t'as 6 ans, Tu le savais ?
- Speaker #3
En fait, je le savais à 6 ans parce que j'ai toujours eu des ambitions extrêmement élevées. Mais surtout !
- Speaker #0
D'un point de vue intellectuel, d'un point de vue financier, d'un point de vue social, je savais que ma volonté c'était d'être au max. Alors aujourd'hui ça a un peu changé puisque je me dis que ça sert à rien d'être millionnaire ou milliardaire, mais par contre avoir de l'argent ça sert à beaucoup de choses. C'est souvent une question qu'on pose, est-ce que l'argent fait le bonheur ? Non, mais il y contribue énormément. Et plus le temps passe avec Soli, plus je me rends compte que l'argent n'est pas une finalité mais c'est un moyen. C'est l'un des fonds qui nous accompagne, qui me le répète souvent. Tim, l'argent est un moyen, c'est pas une finalité. En fait, depuis qu'ils me disent ça tous les jours, toutes les semaines, je sais pas pourquoi, mais ça a changé mon prisme à l'argent et j'ai plus cette motivation à gagner énormément d'argent. Alors que quand j'étais gamin, c'était vraiment l'une de mes motivations premières. Et c'est pour ça que j'ai commencé à entreprendre, très jeune. Et comment ça est arrivé ? C'est simple, j'ai créé un compte Instagram. Il m'a très vite dépassé, puisque c'était autour de l'Euro 2016, donc on parle d'un mois, un mois et demi de compétition. Je me suis vite retrouvé avec des abonnés et j'ai eu une opportunité de revendre ce compte. Je me suis dit qu'il y avait un marché. C'était un compte Instagram autour du football. Un peu plus d'une dizaine de milliers d'abonnés. C'est un jeune qui lançait un site e-commerce autour de coques de téléphone autour du foot qui m'a demandé s'il pouvait racheter mon compte. Je lui ai dit « écoute, rachète-le moi » . Après, j'ai lancé plein d'autres comptes Instagram. Il y en a qui ont marché, d'autres pas du tout. Mais j'ai fait ça une dizaine de fois jusqu'à mes 18 ans. Après, j'ai fait du e-commerce, ça n'a pas marché. Après, j'ai monté une agence de communication où j'ai appris beaucoup de choses sur la vente, notamment, et la gestion de projet, et la gestion humaine, puisque ce n'était pas facile. Tout le temps, de manager, même si ce n'était pas vraiment notre rôle, puisqu'on était tous des potes, de manager et de s'assurer que tout le monde était en place et que tout le monde allait faire correctement son boulot. Donc, j'ai appris beaucoup de choses de mes 13 à 23 ans pour qu'aujourd'hui, il y a... 10 ans après, j'ai mis Soli dans de bonnes conditions.
- Speaker #1
C'est en ça que tu dis que ce n'était pas le bon moment avant ? Tu avais besoin encore de mûrir à travers ces autres projets et d'avancer à la fois sur la gestion interne, la communication externe pour arriver que Soli sorte au bon moment ?
- Speaker #0
Je pense oui, parce que depuis que j'ai rencontré ces sans-abri à Saint-Omer, je me suis toujours dit que ça allait être le projet de ma vie et que je ne voulais pas le foirer. Alors peut-être qu'il va se foirer, on n'en sait rien. Je vais tout faire pour ne pas que ça se foire. Mais j'avais la pression au fond de moi qu'il ne fallait pas que je me foire. Alors que tout le monde dit c'est pas très grave si tu te trompes, etc. Mais moi c'était quand même mon quatrième projet, c'était selon moi le projet de ma vie puisque financièrement parlant je gagne rien sur celui-ci. J'avais juste cette pression de me dire je dois aider des gens, tu le fais pas pour toi ce projet, tu le fais pour les gens, donc il faut pas que tu te loupes.
- Speaker #1
C'est la première fois que t'entreprenais dans l'impact du coup et c'est en ça que cette pression vient, des émotions que tu as pu ressentir à ce moment-là et de se dire il y a trop d'enjeux ?
- Speaker #0
Alors, dans le sens qu'on le connaît tous, l'impact oui. Après, selon moi, mes comptes Instagram, j'étais dans l'impact. Pour la simple et bonne raison que tous mes contenus étaient autour de... Oui, le premier compte, c'était du football, mais après, tous mes autres comptes, c'était autour de la culture générale. Donc j'avais des comptes autour de l'histoire, de la géo, autour de l'économie, autour des mathématiques, des énigmes mathématiques. J'en ai eu beaucoup, beaucoup, beaucoup des comptes autour de la culture générale. Et en fait, je sais que j'avais un impact très jeune sur le savoir et la connaissance, parce que j'apportais plein de choses à des personnes. Moi, je trouvais que c'était déjà de l'impact, de pouvoir donner des informations et... et des logiques à des personnes qui ne connaissaient pas ces éléments-là. Et globalement, je le faisais aussi pour apprendre beaucoup de choses, puisque la globalité de mes contenus, avant de les produire, je ne connaissais pas la réponse. Et je trouvais ça tellement pertinent que je voulais le partager.
- Speaker #1
Et du coup, pourquoi là, pour toi, il est impossible ou c'est difficile d'entrevoir ? Toi, tu l'as appelé échec. J'aimerais d'ailleurs savoir ta définition de l'échec. Ou ça serait quoi pour toi que Soli ne marche pas, ou que Soli n'aille pas là où tu as envie de l'emmener ? Pourquoi, tu vois ?
- Speaker #0
Mon objectif sincère avec Soli, c'est qu'effectivement on arrive quotidiennement, mensuellement plutôt, à aider des personnes à avoir un peu plus de pouvoir d'achat. On parle d'une vingtaine d'euros par mois. L'idéal ce serait que tous nos bénéficiaires arrivent à avoir 20 euros par mois sur leur carte Soli. Si dans un an on n'y est pas, oui effectivement ce sera un échec pour moi. Parce que d'un point de vue modèle économique, même si on est une association. C'est important pour moi de montrer que oui, entre nos coûts et ce qu'on arrive à dégager pour nos bénéficiaires, ça a un sens. Après, les gens me diront toujours, « Ah mais s'ils ont déjà 5 euros, c'est déjà très bien. » J'ai mon propre sens de l'échec autour de Soli. Après, in fine, c'est chacun qui fait son point de vue, si oui ou non c'est un échec ou une réussite. Moi, je me suis mis mes indicateurs de performance, ils sont extrêmement personnels. Entre nos partenaires et moi-même, on n'a pas les mêmes, ça me convient très bien. Mais tu vois, mes ambitions sont décuplées par rapport aux ambitions de mes partenaires. Mais c'est parce que je me dis que si je vise 20 euros, si on est à 10, c'est déjà très bien. Mais personnellement, je vise 20 pour qu'on fasse peut-être 15 ou peut-être 25. Mais si je vise 10... Peut-être que je vais faire 12, mais c'est pas énorme encore.
- Speaker #1
Pourquoi 20 euros ? Comment tu l'as estimé cet indicateur ? J'ai du mal à comprendre que 20 euros sur la carte Soli, pourquoi ce chiffre-là ?
- Speaker #0
C'est parce qu'on a un modèle financier qui est assez simple. De n'importe quelle manière vous faites un Soli, soit sur notre site internet qu'on répartit équitablement sur les bénéficiaires d'une ville de votre choix ou que vous fassiez un don à une personne via son QR code dans la rue, nous on reverse toujours 91% du don. Donc si vous voyez Bernard avec son QR code et que vous lui faites un don de 10 euros, il reçoit 9,10 euros. Si vous donnez sur le site internet 100 euros à 10 personnes, ils vont recevoir 9,10 euros chacun. Il y a toujours 9% de commission et en fait sur les cartes Soli, nous on a des frais qui sont de l'ordre de 1,20 euros de frais de tenue de compte mensuel par bénéficiaire et qu'on a un pourcentage de frais bancaires mensuels aussi. par rapport au montant des soldes transmis sur leur carte. Et 20 euros, globalement, ça, les 9% des 20 euros, 1,80 euros, ça, en globe, c'est 1,20 euros de frais de tenue de compte et c'est 60 centimes de frais bancaires mensuels. Donc, en fait, globalement, si demain tous nos bénéficiaires ont 20 euros sur leur carte Soli, on ne perd pas d'argent d'un point de vue bancaire. Après, on a des frais administratifs, on a des abonnements techniques, parce qu'on est quand même un produit tech, on a des serveurs, on a des abonnements. Et le truc qu'il ne faut pas oublier, c'est qu'on a des cartes à produire et à acheter.
- Speaker #1
Ce n'est pas gratuit, oui.
- Speaker #0
Mais ça, ça peut être pris en compte par nos fondations, nos entreprises partenaires et nos fonds de dotation.
- Speaker #1
Tu as fait déjà beaucoup de projets en 10 ans et il y en a des projets qui ont réussi, d'autres beaucoup moins. Comment tu fais pour te dire, vas-y je continue d'avancer, je ne regarde pas trop dans le rétro et j'y vais ? C'est quoi ton mindset pour aller dans ce sens-là ? Et finalement, ok, je n'ai pas réussi ce que je voulais, et alors ?
- Speaker #0
Ma vie c'est un jeu et il faut juste que je gagne en level à chaque fois. Donc si je ne vois que dans un niveau, dans un projet, je n'avance pas. Je vais dans un autre niveau, dans un autre monde. Ce que je visualise, c'est un peu un jeu vidéo où il y a plein de mondes différents. Et si je suis bloqué dans un monde, je vais dans un autre monde et je continue à me développer. Je vois un peu la vie de cette manière-là. Quand je faisais du foot, j'ai fait du foot toute ma vie pratiquement, parce que j'ai que 23 ans et j'ai arrêté il y a quelques années. J'avais potentiellement le sentiment de vouloir devenir footballeur professionnel. Je me suis vite rendu compte que je n'avais pas les capacités techniques. et physique pour le faire, moi j'ai changé de monde et c'est tout. Mais je ne m'en suis pas voulu. C'est la vie, c'est le jeu, c'est la sélection naturelle.
- Speaker #1
Ouais, ouais, je vois très bien ce que tu veux dire.
- Speaker #0
Je pense qu'on a une zone de génie. Chaque personne, chaque individu a une zone de génie, il faut juste qu'il la trouve. Et en fait, il va la trouver en découvrant plein de mondes, dans son propre jeu. Et je pense qu'il ne faut pas rester buté sur un monde. Quand je vois des artistes, pendant des années, ils se mettent au rap, Alors ils ont des qualités parce qu'ils sont hyper exigeants envers eux-mêmes. Ces artistes sont extrêmement persévérants. Et en fait j'ai juste envie de leur dire mais c'est peut-être juste pas fait pour toi. Alors oui ça te fait plaisir d'en faire, de faire de la musique. Peut-être que t'aimes bien personnellement mais il ne faut pas que t'en fasses une mission professionnelle parce que t'as peut-être pas juste le niveau en fait.
- Speaker #1
Et comment tu peux le savoir ça que c'est peut-être pas pour toi ? Est-ce que toi j'ai l'impression qu'il y a quand même beaucoup d'indicateurs quand tu entreprends un projet ? qui te permettent de dire là c'est bon, là c'est pas bon, là je suis performant, là peut-être pas du tout.
- Speaker #0
Tu n'entreprends jamais un projet pour toi en tant qu'individu, entrepreneur et client. Tu ne montes pas un projet uniquement pour que tu sois la seule cible.
- Speaker #1
Tu es très égocentré en fait d'une certaine manière.
- Speaker #0
Si tu montes un projet c'est pour répondre à des problématiques des autres. Et donc si les gens te disent que ce que tu fais c'est de la merde, bah arrête. C'est simple et malheureusement je pense que les gens se mettent trop de pression et trop de difficultés sur ce monde de l'entrepreneuriat. J'ai pas envie de dire que c'est facile. C'est vachement dur, mais je pense qu'au bout d'un moment, il faut prendre conscience et oser demander l'avis des gens. Mais l'avis des gens qui ne te connaissent pas, parce que demander l'avis à sa mère, à son père, à ses grands-parents, à ses potes, ce n'est pas constructif. Il faut aller voir ses clients, il faut faire des visios avec eux, il faut les interviewer en leur disant « Est-ce que j'ai eu de la valeur ajoutée pour vous ? Est-ce que vous êtes capable de le payer ? Est-ce que ce qu'on produit et ce qu'on construit va vous aider dans la construction ? » de votre quotidien. Si les gens te disent non, c'est arrête. S'ils te disent oui mais, j'ai même envie de te dire arrête. Il faut que la réponse soit oui. Si c'est oui mais, c'est un gros problème. Soit tu décides encore de charbonner parce que tu es au début du projet, mais ça fait déjà 10 ans, c'est que tu dois arrêter. Mais c'est ma vision des choses. Je pense qu'il y a des gens qui ne vont pas être d'accord avec moi. J'ai que 23 ans et je n'ai pas tout vu. et j'ai encore plein de choses à apprendre. Donc effectivement, une personne qui a 40 ans potentiellement n'aura pas le même avis que moi et je peux me tromper. Je tiens à le dire et à le préciser.
- Speaker #1
Il y a des mondes aujourd'hui qui sont de plus en plus perçus comme nocifs. Je pense notamment aux réseaux sociaux, aux écrans, où on est de moins en moins justement connecté à cette réalité et confronté au terrain. Ça commence à devenir un problème, notamment sur des sujets de santé mentale, sur des sujets du regard des autres. On apporte beaucoup d'importance au paraître. aussi d'une certaine manière. Quel regard tu portes sur cette tendance et notamment sur le fait que des jeunes de ton âge, de 23 ans et même moins sont absorbés par ce monde-là et n'ont peut-être pas encore le recul nécessaire pour voir qu'il y a d'autres mondes possibles ?
- Speaker #0
Je les comprends totalement puisque je pense que j'étais dans ce milieu-là avant. Ce que je veux dire par là, c'est que j'ai toujours fait attention à comment je m'habillais, à quelle marque je portais, etc. À qu'est-ce que je dégageais, à comment je parlais. J'ai toujours fait attention à ce que visuellement et moralement je dégageais. Donc je les comprends parfaitement puisque les réseaux sociaux, tu vois j'y étais sur les réseaux sociaux, je montais des comptes à plusieurs dizaines de milliers d'abonnés, indirectement ça joue. Et c'est tout bête mais j'ai arrêté de regarder le regard des autres à partir du moment où j'ai lancé Soli, parce qu'en fait je ne faisais pas ce projet pour moi, je le faisais pour les gens. À partir du moment où nos bénéficiaires et nos donateurs étaient contents, pour moi il n'y avait rien d'autre. Et le fait qu'on commence à réussir, l'association est là. Elle a 4 mois en activité. On vient de dépasser les 10 000 d'ailleurs. On en est hyper fiers, mais du coup, on montre que quand même, on a une partie de réussite. Cette réussite, elle a donné suite à des menaces de mort pour moi. C'était extrêmement perturbant. Mais d'un point de vue personnel, ça ne m'a jamais impacté. Parce que sur Soli, je me fous du regard des gens. Et je pense que sincèrement, le monde des réseaux sociaux, il fait énormément de dégâts. sur des personnes qui ont potentiellement entre 10 et 23, 24, 25 ans, puisque tout dépend à quel âge on a les réseaux sociaux. Je pense qu'une personne qui a ses premiers réseaux sociaux à 18 ans versus une personne qui en a 10 ans va beaucoup moins subir cette pression. Parce qu'à 18 ans, quand on arrive sur les réseaux sociaux, on n'a pas le même prisme. On ne voit pas du tout la même chose de la même manière. Et je pense juste que c'est éphémère. C'est qu'à partir d'un moment où la personne va avoir un certain niveau de maturité, Elle va retirer ce regard de ce que les gens peuvent penser. C'est marrant parce que la semaine dernière, j'ai fait un projet autour de la communication et on parlait de la crise de la trentaine. On parlait beaucoup de la crise de la quarantaine. Et en fait, les mots qui sont ressortis autour de la crise de la trentaine, c'est qu'à partir de 30 ans, on regarde un peu moins le regard des gens. Alors on peut encore subir de la pression sociale. Tu n'as toujours pas d'enfant, tu n'as toujours pas de copain, tu n'es toujours pas propriétaire. Oui, il y aura toujours de la pression sociale, mais je pense que ça c'est... C'est des cycles de vie et il y a différents sujets. Mais par contre, le regard des autres autour de soi-même, je pense qu'il s'émancipe autour des 20-25 ans. Et donc, il faut juste faire attention à quel âge on donne accès aux réseaux sociaux à ses enfants et à ce qu'on fait des réseaux sociaux. Typiquement, on a beau faire plein de choses, tout dépend des parents et de la personne. Si la personne, sa volonté, c'est d'être sur les réseaux sociaux, vas-y, fais-le, mais peut-être que ça va bien marcher, peut-être que ça ne va pas du tout marcher. Mais ça sera éphémère si elle reçoit des menaces, si elle reçoit de la pression, ça sera éphémère.
- Speaker #1
Est-ce que tu penses qu'à travers le projet Soli, si je comprends bien, c'est vraiment la première fois ou une des premières fois que tu mets autant d'investissement et d'énergie à ne plus avoir un regard non porté sur toi-même mais porté sur les autres et que ça a été une source de motivation pour te dire auquel âge tu es connecté à un monde d'utilité sociale ? Et finalement, c'est ce qui t'a peut-être permis à un moment de sortir d'un monde beaucoup plus seul, beaucoup plus isolé, et est-ce que c'est source de bonheur ?
- Speaker #0
C'est évident que Soli m'apporte tout ça, puisqu'on parle de Soli, et ma réponse va être très portée de Soli, malgré qu'il faut que je te réponde de manière généraliste. Je suis obligé d'être au contact de l'humain, indirectement ou directement. Quand je parle d'indirectement, c'est via nos associations de maraude, qui eux, sont des humains tout de même. Mais je ne peux plus mettre ce cadre digital. au sein de Soli, en interaction sociale, parce que sinon ça ne marcherait pas. Et selon moi, c'est ce qui m'apporte du bonheur. C'est le fait de voir des sourires, des regards, le fait de recevoir des remerciements. Je ne parle pas à titre personnel. Les bénévoles qui distribuent nos cartes sont extrêmement satisfaits des retours que les bénéficiaires leur font. Et ça, ça apporte du bonheur. Et je pense qu'on aurait eu un objectif de... De scaler fort et rapidement via des partenaires où typiquement les bénéficiaires auraient pu avoir accès à leur carte, des casiers ou même un bureau de poste, je pense que ça aurait été totalement différent et je pense qu'on n'aurait pas procuré autant de bonheur à ces gens et notre bonheur aurait été différent. Donc non, on est extrêmement heureux de ça.
- Speaker #1
Si justement il y a une personne ou un jeune qui est bloqué dans ce monde-là, le monde numérique à 16 ans, et qu'à travers ce micro tu seras en capacité de pouvoir lui parler, qu'est-ce que tu pourrais lui dire pour se dire, est-ce qu'il n'y a pas un monde ailleurs ?
- Speaker #0
Waouh ! C'est très dur, parce que quand on voit les jeunes, mais ces jeunes c'est mes petits frères, ça peut être des cousins, ça peut être n'importe qui, qui sont bloqués dans ces mondes numériques, mais qui prennent énormément de plaisir à jouer aux jeux vidéo ou d'être sur les réseaux sociaux. Si ça vous satisfait, allez-y. Par contre, si vous êtes triste de la situation dans laquelle vous êtes, c'est partez vite et sortez de chez vous, allez faire du sport, allez rencontrer des gens. Il y a plein de moyens aujourd'hui en France pour rencontrer des gens, à n'importe quel âge, que ce soit au collège. Mais il me semble qu'il y a les maisons des jeunes. Ça, c'est un moyen de rencontrer plein de jeunes de son âge et avec potentiellement des centres d'intérêt assez proches. Le fait d'aller faire du sport, c'est tout bête, mais quand tu fais un sport collectif, t'as avec une vingtaine de jeunes et ça peut devenir tes potes. Et vous voyez uniquement dans un cadre réel et pas virtuel. Et en fait, à 16 ans, si tu te satisfais du monde digital, continue. Si tu ne l'es pas, peut-être change d'idée, change de monde.
- Speaker #1
Change de monde, exactement comme tu l'as fait quand t'étais... Comme c'est toujours le cas en fait aujourd'hui. Merci en tout cas Tim d'avoir pris un moment pour échanger sur tous ces sujets. On va passer à un jeu. Tu vas voir qu'il est assez sympa, qu'il va un peu dynamiser, aller sur un côté beaucoup plus léger pour terminer ce podcast. Et merci beaucoup en tout cas. Merci. C'est parti du coup pour le jeu 120 BPM avec Tim. Est-ce que tu es plus idée à 2h du matin ou plan bien construit ?
- Speaker #0
Idée à 2h du matin.
- Speaker #1
Créer un projet ou profiter du moment ?
- Speaker #0
Créer un projet.
- Speaker #1
Être reconnu ou être utile ?
- Speaker #0
Être utile.
- Speaker #1
Suivre ton intuition ou demander conseil ?
- Speaker #0
Les deux.
- Speaker #1
Rester dans ta zone de confort ou tenter un truc risqué ?
- Speaker #0
Ah non, le risque, le danger.
- Speaker #1
Téléphone dans la main ou yeux levés autour de toi ?
- Speaker #0
Téléphone dans la main.
- Speaker #1
Construire lentement ou aller vite quitte à te tromper ?
- Speaker #0
Aller très très très vite, trop vite même.
- Speaker #1
Solo dans tes décisions ou entouré ?
- Speaker #0
Solo dans mes décisions.
- Speaker #1
Polytache ou monotache ?
- Speaker #0
Monotâche, mais je fais beaucoup de tâches à la journée
- Speaker #1
Réussir jeune ou prendre son temps ?
- Speaker #0
Réussir jeune et aller très vite
- Speaker #1
Il n'a pas le temps Merci Tim
- Speaker #0
Merci à toi Et ce qui est marrant, c'est que je suis beaucoup plus stressé pour un podcast que pour une intervention devant 1500 personnes Eh ben tu vois
- Speaker #1
On a peut-être l'impression de toucher encore plus de monde.
- Speaker #0
Peut-être.
- Speaker #1
Merci beaucoup.
- Speaker #2
La balade s'achève ici. Respirez un instant, laissez les sons autour de vous s'apaiser. Si cet épisode vous a inspiré, partagez-le avec quelqu'un qui compte pour vous. Parce qu'ensemble, en avançant pas à pas, on remet du sens, du lien et du mouvement dans nos vies.