- Speaker #0
Proposée par la SACEM, voici Parcours croisés. Rencontres, histoires et témoignages autour de la création. Avec plus de 20 ans de carrière, des victoires de la musique en série, un Grand Prix SACEM des musiques électroniques, Émilie Simon s'est imposée comme une figure majeure de la scène électronique en France. De son premier album culte à Polaris, son dernier projet envoûtant, elle n'a cessé de réinventer son univers avec une signature sonore unique. Autrice, Compositrice, interprète, Émilie Simon est l'invité de Parcours croisés Où elle nous parle de son parcours, de ses inspirations et de sa quête musicale sans fin. Un entretien captivant enregistré dans l'auditorium de la SACEM Avec l'animatrice Émilie Mazoyer
- Speaker #1
Je fais ma musique Comme un peintre ferait une peinture Donc pour moi C'est une vision globale C'est la composition, mais c'est aussi la production. Quand on a une vision artistique, on a envie d'aller le plus loin possible avec cette vision-là. Et souvent, une fois qu'on a écrit les paroles et la musique, j'ai quand même une idée de ce que je veux comme son. Puis après, on déroule et on se retrouve à toucher un peu à tout.
- Speaker #2
Et avec talent, évidemment. Alors remontons. Montons un petit peu dans le temps, parce que pour comprendre votre parcours, il faut sans doute s'intéresser justement à cette vision artistique. À quel moment elle naît ? Alors même si elle n'est pas très affirmée forcément au départ, est-ce que ça naît dans l'enfance, à l'adolescence ? À quel moment vous goûtez à la musique ?
- Speaker #1
Il y avait beaucoup de musique chez moi. Il y avait toujours de la musique. Je pense que j'écoutais beaucoup par mes parents de la musique qui était d'auteurs-compositeurs. C'était toujours des gens qui avaient écrit leurs propres chansons, par exemple.
- Speaker #2
Et vous le saviez ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #2
Voilà, c'était une info importante.
- Speaker #1
Oui. En fait, pour moi, c'était naturel que si je voulais être chanteuse, il fallait que j'écrive mes chansons. C'est un peu bête, mais c'est comme ça que je pensais. J'ai aussi une formation classique à la base, parce que j'étais au conservatoire quand j'étais toute petite. Et pour moi, peut-être que j'associe être interprète dans plutôt le classique ou le jazz, parce qu'on avait des œuvres déjà écrites. Oui, des standards. Des standards, ou chanter des opéras, ce genre de choses. Mais quand il s'agissait d'écrire des chansons et de chanter de la chanson, de la pop, Pour moi, c'était un travail personnel de A à Z.
- Speaker #2
Mais alors, le jour où vous avez découvert que, j'en sais rien, peut-être Johnny Hallyday n'écrivait pas ses chansons, ou Madonna n'avait pas écrit certaines, vous êtes tombée de l'armoire, vous ne vous y attendiez pas ?
- Speaker #1
Oui, non, c'était étrange pour moi. C'était vraiment une association. Je ne sais pas, c'est bête. On a des trucs comme ça quand on est enfant. Moi, je croyais par exemple que les assurances vie, c'était pour ne pas mourir pendant longtemps.
- Speaker #2
Ce serait pas mal.
- Speaker #1
Et je croyais que quand il y avait marqué un nom sur un disque, c'était cette personne qui avait ce nom-là qui avait fait tout sur le disque. Comme une peinture.
- Speaker #2
Oui, c'est ça. Bah oui, du début à la fin.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #2
Le conservatoire, vous avez dit que vous y êtes entrée quand vous étiez toute petite. C'était votre choix ou là, vous avez quand même été fortement encouragée par la famille ?
- Speaker #1
Je crois que ça a été un peu pris en main par une de mes grands-mères. J'ai eu la chance d'être... élevée par deux grand-mères géniales. Et une qui voulait me faire faire de la musique, de la danse, de la peinture, de tout. Et qui m'a poussée à faire ça. Donc piano ? Quand j'étais toute petite, c'était plutôt chorale, solfège. Après, je suis passée par de la clarinette, du piano, du chant. Puis après, je suis passée plus vers le jazz. J'ai une école de jazz à Montpellier. Et puis après, ça a été à Paris. musicologie à Sorbonne. J'ai fait master, un truc comme ça. Je me suis arrêtée au bout d'un moment. Mais c'était très intéressant de faire ces études-là. Mais en parallèle, j'écrivais ma musique.
- Speaker #2
Oui. C'est vrai que ça fait de vous une quasi-exception dans le monde pop, rock, électro. C'est cette case-là qu'on vous a mis pour les victoires de la musique. Donc on va rester dedans. Non, les victoires, c'était drôle. C'était Electro Groove Dance, votre case.
- Speaker #1
Ça n'existe plus d'ailleurs, je crois. Non. Ils ont cassé le moule.
- Speaker #2
Ça fait de vous une exception parce que vous avez vraiment poussé loin ces études. C'était dans le but de devenir artiste, vous vous êtes dit, pragmatique. J'aime la musique, je veux faire de la musique, je vais donc étudier le sujet. Ce qui n'est pas forcément une démarche qu'ont d'autres artistes. C'était ça ou alors c'était juste pour en savoir plus sur ce qui vous passionnait, c'est-à-dire la musique ?
- Speaker #1
C'était pour apprendre et être inspirée aussi. Parce qu'une des choses les plus passionnantes que j'ai faites dans mes études, c'était la musicologie, l'histoire de la musique. Parce qu'avant ces études-là, j'étais... pas vraiment en mesure de tout situer, qu'est-ce que c'était vraiment la musique classique, romantique, la musique baroque, et de découvrir l'évolution de la musique comme ça à travers les grands auteurs, les grands compositeurs. Et ça, ça a été passionnant, et je sais que j'ai été influencée par ça. Il y a des morceaux sur mon premier album, je pense qu'il y a un morceau qui s'appelle « Chanson de toile » . C'était une chanson médiévale, c'était un genre médiéval, la chanson de toile. Il y a des choses comme ça qui m'ont imprégnée. J'ai eu des profs super. J'ai eu des cours en amphi à 8h du mat avec des gros chants grégoriens à fond. Ça change quelqu'un. Il y a avant, après.
- Speaker #2
Nous sommes ici à la SACEM. Est-ce que vous vous souvenez, Émilie, de votre inscription à la SACEM ?
- Speaker #1
Montpellier.
- Speaker #2
Oui.
- Speaker #1
Parce que je suis montpelliérène et quand j'étais, je ne sais pas quel âge j'avais, peut-être dès que j'ai pu, dès que j'ai pu, j'avais les conditions d'adhésion pour devenir adhérente à la SSM et avoir la petite carte. Et c'était, c'est mon objectif ultime, c'était ça, ma carte Sacem. Je ne sais pas si j'avais 17 ou 18 ans et dès que j'ai pu remplir, je ne sais plus, il y avait, je ne me souviens plus, c'était il y a longtemps, il y avait... Diffusion, peut-être jouer sur scène tant de titres, ce genre de choses. Et voilà, j'étais allée m'inscrire. J'étais repartie avec ma petite carte, comme ça, avec ma tête de bébé de 17 ans ou 18 ans. Et pour moi, ça voulait dire beaucoup, parce que ça voulait dire, ouais, c'est mon métier. C'est comme ça.
- Speaker #2
Ça, c'est intéressant. C'est la carte, c'est l'inscription à la SACEM qui vous fait dire, c'est mon métier. d'autres ça pouvait être le premier album le premier jour en studio etc c'est quand même un moment hyper fort et le chemin jusqu'à votre premier album qui est donc sorti au début des années 2000 avec le succès que l'on connait écoutons quelques notes s'il vous plaît de ce premier succès qui s'appelle Desert et qui nous amène au Victoire de la Musique 2004 où vous remportez le prix pour l'album Electro
- Speaker #3
Groove Dance C'est le premier album,
- Speaker #2
il porte tout simplement votre nom, Émilie Simon, il a, oui. rapidement du succès, beaucoup de succès. Est-ce que le chemin vous a paru long jusqu'à ce premier album qui arrive en 2003 ?
- Speaker #1
Oui et non. C'était... J'ai une nature extrêmement impatiente. Toi aussi ? C'est un peu problématique dans ce métier parfois parce qu'il faut savoir attendre parfois. Mais ça m'a paru long, mais c'est arrivé très vite finalement, parce que je n'avais même pas 25 ans. Et j'ai eu la chance d'avoir un succès comme ça dès le départ.
- Speaker #2
La chance, la chance. C'est un autre sujet, mais est-ce que c'est au moment où cet album sort que vous ne vous consacrez qu'à ça ? Ou bien pour sortir un premier album d'une telle qualité, ça faisait déjà un moment ? que vous ne vous consacriez qu'à ça, qu'à vous, qu'à votre projet, à vous et qu'à la musique ?
- Speaker #1
Alors, je vais dire un truc un peu étonnant. J'avais très envie de faire un album. C'était mon rêve depuis que j'étais enfant. Mais je n'étais pas obsédée par ça du tout. J'avais un petit boulot à côté. S'il fallait choisir entre le studio et sortir avec les amis, je sortais avec les amis. J'ai fait un album très libre qui n'avait absolument aucune pression financière parce que j'avais un autre petit boulot. J'étais étudiante, je me débrouillais, qui n'avait aucune attente. parce que je ne savais pas du tout ce que c'était ce métier, et qui allait à mon rythme. C'est-à-dire que quand j'étais inspirée, je travaillais. Quand j'avais envie de m'aérer la tête, je m'aérais la tête. Donc j'étais en même temps complètement focus sur ce que je voulais faire et en même temps super détendue quand même. Oui, c'est vrai.
- Speaker #2
Et il y a un moment où ça s'est accéléré, j'imagine, le moment même de la rencontre avec une maison de disques, qui sont connues pour être... beaucoup moins détendues que ça.
- Speaker #1
Oh, ils sont détendus quand même. C'est vrai ?
- Speaker #2
Oui. Ils vous ont pas mis un petit coup de pression pour que tout soit prêt en temps et en heure ?
- Speaker #1
Non, mais moi, j'ai toujours été extrêmement bonne élève. Donc moi, j'étais en avance. Je faisais même mes prises de studio avant même de signer avec eux. J'avais pratiquement fini mon premier album quand on avait signé ensemble. Donc le fait de signer avec cette... Cette belle maison de disques, ça m'a aidée parce que ça m'a donné l'occasion de travailler dans des beaux studios à Paris, de peut-être inviter des musiciens supplémentaires. Mais c'était du bonus. J'avais déjà tout en tête et tout écrit et écrit peut-être 80%, enfin enregistré 80% du disque.
- Speaker #2
C'est drôle parce que quand vous en parlez, on a l'impression que rien ne vous a posé problème ou difficulté à ce moment-là. La musique venait quand elle venait et que vous nous l'accueillez.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #2
Et c'était la même chose pour obtenir une signature en maison de disques ? Ça s'est fait naturellement, sans difficulté ?
- Speaker #1
Non, ça a été des discussions, c'était un peu long. Les gens venaient, ils écoutaient, ils parlaient, puis finalement ils revenaient. C'était très long, je m"impatientais Un jour, je suis allée enregistrer mes cordes, et quand le DA qui s'occupait de moi est revenu à Paris, il m'a dit... Est-ce que tu as des nouveaux morceaux ? Je lui dis, oui, je vais écouter mes morceaux. Il a vu qu'il y avait des vraies cordes qui avaient été enregistrées. Il m'a dit, de toute façon, j'ai été enregistrée le week-end dernier. Donc moi, j'avançais label ou pas label. J'étais dans un esprit de liberté totale. Je n'attendais pas qu'on me valide par un label pour aller au bout de mon projet et faire ce que j'entendais. Donc si je pouvais le faire, je le faisais bien sûr dans la limite des moyens. Je ne pouvais pas me permettre... un ensemble de fous, mais je me suis débrouillée. Et voilà. Et puis très rapidement, on a signé, on a concrétisé tout ça. Et puis après, les choses se sont effectivement accélérées. Il y a eu beaucoup de travail. Donc là, je suis devenue vraiment à plein temps, plein temps sur mes projets.
- Speaker #2
Donc oui, ça fait du coup une vingtaine d'années. Action, réaction ? C'est-à-dire que vous avez une envie, une inspiration, vous la réalisez tout de suite. C'est aussi parce qu'il y avait eu beaucoup de boulot en amont, et il y en a eu tout le temps, et ça continue encore aujourd'hui. Vous mettez les mains dans le cambouis, vous utilisez les machines, vous savez faire marcher une console, un studio. Je parlais tout à l'heure de la première fois que vous êtes venu à la radio. Et alors, moi j'étais épatée, parce que c'était la seule artiste, Émilie, qui venait, et qui tout de suite allait voir la console, parlait au technicien, disait ah ouais euh c'est Tu as ça, tel logiciel, etc. Donc ça aussi, c'est indissociable de votre métier. C'est une espèce de formation continue. Vous savez faire marcher les machines.
- Speaker #1
Oui, enfin, celles dont j'ai besoin.
- Speaker #2
Oui, voilà. On ne va pas non plus pousser le vice.
- Speaker #1
Non, non, mais c'est vrai. En fait, c'est plutôt, j'ai envie d'arriver à un résultat. Donc je vais apprendre ce que j'ai besoin de savoir pour arriver à ce résultat. Pour y arriver toute seule. En étant le plus autonome possible. C'est la liberté.
- Speaker #2
Et ça permet de faire exactement ce qu'on a en tête sans avoir parfois besoin de le traduire en mots. Comme exemple, on va écouter Song of the Storm. C'est la bande originale du film La marche de l'Empereur pour laquelle vous avez été récompensé aux Victoires de la Musique en 2006. Et vous aviez cette idée d'utiliser les sons glacés pour nous faire ressentir dans votre musique la banquise.
- Speaker #3
Donc oui,
- Speaker #2
on a intérêt à être un minimum autonome quand on se dit, tiens, je vais aller enregistrer des bruits de glaçons. C'est ça que vous vous êtes dit à ce moment-là.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #2
Et ça, vous l'avez fait toute seule. Oui. Et vous avez pu le traduire tout de suite.
- Speaker #1
Oui, je l'ai fait. En fait, avant même la marche de l'empereur, c'était ça qui est drôle dans ma vie. Je suis sûre que pour vous, c'est pareil. Parfois, il y a des choses qui nous arrivent dans la vie qui ne sont pas logiques. C'est-à-dire qu'on a presque le résultat qui arrive avant la question. Donc moi, j'étais en train de travailler, je faisais des expériences dans mon studio sur les matières naturelles. Et donc, c'était après mon premier album. Et dans les matières, il y avait le bois, il y avait la pierre, il y avait le feu et il y avait la glace. Et donc je venais d'écrire un morceau qui s'appelait Ice Girl. J'avais enregistré des glaçons dans un verre. Je m'étais retrouvée à Montréal, parce que je jouais souvent aux Francos là-bas. Et je me suis retrouvée dans la neige à Montréal, avec mon petit enregistreur, à capter des sons. Et après, c'était devenu une obsession, tout ce qui était. Donc, dès que j'étais en contact avec des pierres, j'enregistrais. Et j'avais ma petite banque de sons comme ça. Et quand j'ai fini Ice Girl, j'ai été contactée par les producteurs de La Marche de l'Empereur, qui venaient me parler de ce petit documentaire, qui était le premier film pour eux, pour le réalisateur aussi. C'était un petit film, un petit budget, et qui avait bien envie de discuter pour voir si ça m'intéressait de faire une musique. J'ai trouvé ça drôle. J'avais déjà quelque chose à leur faire écouter de tangible sur ce que ça pourrait donner.
- Speaker #2
En fait, quand on écoute vos disques au fur et à mesure des années, on se rend bien compte que vous êtes incasable. Émilie, vraiment. C'est-à-dire que quand vous faites du rock comme Fleurs de Saison, c'est du rock.
- Speaker #1
C'est du rock Fleurs de Saison, sans problème.
- Speaker #2
Parce que c'est le moment où, après le succès du premier album, après le succès de La Marche de l'Empereur, après les premières victoires, vous êtes médiatisé, vous êtes dans la presse, à la télé, etc. Et souvent, quand on est... plus médiatisé, on est plus exposé à ce genre de choses. On vous demande de choisir un camp.
- Speaker #1
Alors moi, je ne sais pas si je l'ai inventé, mais je disais chansons électroniques parce que ça me permettait de faire le pont entre le côté chanson qui était quand même présent et toute la production électronique qui était ou directement synthétique ou organique mais retraitée avec des traitements informatiques électroniques. Donc chanson électronique, c'est ce que je disais. Mais c'est vrai qu'au niveau purement, je pense que ce n'était pas facile pour la maison de disques parce que c'est plus facile à vendre quelque chose qui est clair, un conseil. Mais je pense que la liberté artistique, elle est plus importante que ça. Donc il faut avoir le courage de se dire, ça ne rentre pas dans les cases. Eh bien, ça ne rentre pas. Ils n'ont qu'à créer une case pour moi. non mais c'est vrai parce que sinon on est toujours en train de se restaurer restreindre pour pouvoir rentrer. Ah oui, mais attends, ça, ça ne fait pas... Tu vois, si tu commences à rentrer dans... Ah oui, ben, fleur de saison, on ne va faire que du... Voilà. Non, c'est l'ouverture, c'est être réceptif à tout ce qui est inspiration et ne pas se restreindre à des choses. Alors après, je suis d'accord, ce n'est pas facile forcément sur un plan vente, marketing, tout ça. Mais ça, c'est un autre... C'était leur métier.
- Speaker #2
Alors, quand on regarde votre parcours, entre 2003 et je dirais 2007, qu'est la sortie de votre album live à l'Olympia, même si vous ne rentrez pas dans les cases, mais en termes d'album, de récompense, de médiatisation, etc., l'album live qui arrive, on est sur quelque chose de classique. Et ensuite, je ne sais pas ce qui se passe, peut-être que vous allez nous le dire, il y a, j'ai l'impression, un changement de cap pour vous et vous ne suivez plus cette espèce de parcours classique d'album, tournée, album, tournée, album live, album tournée, etc. On vous sent beaucoup plus libre à partir de 2007-2008 ?
- Speaker #1
Oui, j'ai changé à ce moment-là. Je crois que j'étais dans une espèce de lancée sur les tout premiers albums La marche de l'empereur y compris. J'ai fait vraiment des choses super. super intéressante à ce moment-là, toujours avec ces morceaux-là, avec les textures. C'était une démarche. Voilà, c'était une démarche. Mais je crois que c'est aussi un moment où il faut changer de disque. Non mais c'est vrai. À un moment, il faut se dire, voilà, c'était ma démarche, je ne vais pas le faire toute ma vie, aller enregistrer de la glace. J'adore, mais je l'ai fait. Donc après, c'est des personnalités. Moi, je suis plus dans l'aventure, dans la découverte, et d'aller explorer des choses que je n'ai pas eu l'occasion vraiment d'aller creuser, et surtout ce qui m'appelle sur le moment. Et je crois que ce qui m'a appelée à un moment donné, j'ai beaucoup voyagé parce que j'ai tourné un petit peu dans le monde entier avec ces albums-là. Et puis je suis restée plus longtemps aux Etats-Unis, j'ai les albums qui sont sortis là-bas. Et je suis tombée amoureuse de New York. Donc j'ai été aussi à un moment donné complètement passionnée par l'énergie à New York, les autres artistes à New York, une autre façon de voir la création, de travailler ensemble, d'évoluer. Donc ça, c'était aussi passionnant pour moi, à un moment donné, d'aller voir ailleurs ce qui se passait.
- Speaker #2
Et là arrive The Big Machine, l'album de 2009, qui pour le coup, oui, est l'album de la grande ville.
- Speaker #1
Oui, c'était vraiment l'album écrit à New York la première année.
- Speaker #2
alors On ne va jamais, nous, trouver vos secrets de fabrication, mais de savoir que le lieu où vous vous trouvez vous inspire, ça c'est intéressant, ça veut dire que si vous bougez géographiquement, mais vraiment, vous n'allez pas produire, vous n'allez pas composer, vous n'allez pas chanter de la même manière. Vous êtes autant éponge que ça à votre environnement. Oui,
- Speaker #1
complètement, hypersensible. Alors bien sûr, il y a une chose qui... Comment dire ? Il y a notre colonne vertébrale, il y a notre ADN, il y a notre empreinte digitale qui est la même. Mais c'est un peu le propre de l'artiste qui a des bons côtés et des mauvais côtés. C'est d'être très... d'absorber énormément et d'être... L'énergie est radicalement différente en fonction des lieux ou des entourages, les gens qu'on va voir, l'état d'esprit... Ça change tout, donc ça va modifier beaucoup de choses dans la façon d'écrire, de percevoir ou d'exprimer les choses.
- Speaker #2
Je ne résiste pas évidemment au plaisir de vous montrer Émilie Simon complètement caméléon avec ce Always Now, qui est donc la bande originale de ce film, qui est un spin-off du Big Lebowski, réalisé par John Turturro, qui dans le Big Lebowski jouait le rôle de Jésus, Jesus. prononcer comme vous voulez. Vous arriveriez à vous fondre dans n'importe quel style musical ? Vous pensez à partir du moment où le scénario vous... vous parle ? Oui,
- Speaker #1
si ça me parle, c'est que j'ai quelque chose à y faire. Si ça ne me parle pas, non. Par contre, si je me sens étrangère à un projet, je ne vais pas y aller. Je ne vais pas essayer de faire rentrer des carrés dans des ronds. Mais là, oui. D'abord, j'ai adoré le travail avec John Turturro. C'est quelqu'un qui est... C'est intéressant aussi, en tant que compositeur ou productrice de ne pas s'enfermer dans quelque chose de trop comment dire même si c'était mon écriture avec mes chansons électroniques c'est aussi bien parfois quand ça nous amuse de sortir de ça, d'aller faire encore une fois une expérimentation parce qu'on apprend toujours et de se fondre c'est le bon côté de la musique de film c'est que ça permet de se mettre au service du projet, du film donc voilà je ne suis plus au premier plan je suis là pour magnifier quelque chose ou en tout cas essayer de porter la vision du réalisateur. Je suis vraiment au service du réalisateur. John Turturro, par exemple, il n'est pas très dans l'électronique. Lui, il est vraiment dans l'organique. C'est quelqu'un de très passionné, très latin. Évidemment, le côté gypsy était complètement...
- Speaker #2
Dans son personnage.
- Speaker #1
Dans son personnage. J'ai grandi à Montpellier. J'ai aussi grandi très près, on va dire, de la musique gypsy. Donc, ce n'était pas complètement étranger à moi, même si ce n'était pas la musique que je faisais sur mes albums précédemment. Et d'ailleurs, sur son film, il a voulu mettre Fleur de saison. Il m'a demandé de faire une version gypsy de fleurs de saison. Donc il y a des ponts qui se font comme ça, qui sont intéressants. C'est bien de temps en temps de casser, de faire autre chose. Et on apprend toujours quelque chose. Et puis on est là pour s'amuser.
- Speaker #2
Vous avez dit qu'il ne faut pas s'acharner à faire entrer des carrés dans des ronds. Quand ça ne veut pas, ça ne veut pas. Est-ce que... Parce qu'une carrière, ça se fait aussi sur ce qu'on refuse, parfois. Est-ce qu'il y a des projets, des choses que vous avez refusées ? Et avec le recul, vous vous dites, quand même, c'est dommage. Un peu comme Kylie Minogue qui avait refusé Toxic, qui est devenue un des grands tubes de Britney Spears. Alors vous, évidemment, on ne vous propose pas de chansons, mais est-ce qu'il y a des projets, peut-être qui vous ont fait peur ou dont vous n'avez pas vu l'intérêt ? Et puis avec le recul, vous vous dites, mince, j'aurais peut-être dû y aller.
- Speaker #1
Non, surtout des trucs où je me suis dit « Ouais, j'ai bien fait de ne pas le faire » .
- Speaker #2
Ça, c'est bien ! La boule de cristal d'Émilie Simon fonctionne très bien, donc. Vous n'allez pas nous dire ce que c'est ?
- Speaker #1
Non.
- Speaker #2
Oui, je vois la malice dans ses yeux. Je ne sais pas ce que c'est, mais ça doit être gratiné.
- Speaker #1
Non, je n'ai pas de regrets majeurs sur quelque chose que j'aurais. Non, pas vraiment. Je me dis, moi, c'est mon truc des signes. Je me dis que si ça ne se fait pas, c'est que ça ne doit pas se faire. Ça facilite la vie aussi. On ne va pas se rendre malade sur des choses.
- Speaker #2
Mais c'est une super bonne philosophie quand on fait votre métier. Évidemment, quand on met tout son cœur, toute son âme dans un album qui va très bien marcher, c'est super. Et on peut mettre tout autant son cœur et son âme dans quelque chose qui marchera moins. Le public comprendra moins, etc. Comment on vit ces ascenseurs émotionnels ? Surtout que vous n'êtes pas en groupe, en gang. On l'a suffisamment souligné. Vous êtes hyper autonome. Donc, Donc, quand ça va bien, c'est génial, mais quand c'est plus difficile, comment vous faites ?
- Speaker #1
C'est là qu'on développe une espèce de résilience, c'est ça ? Et aussi, je l'espère, une sorte de sagesse et de compréhension que les choses ont toujours un intérêt. Si les choses se font d'une certaine manière, c'est qu'il y a une raison derrière. Souvent, c'est parce que ce n'était pas le moment. On n'était pas prêts pour le... Ou alors parce qu'on doit aller débloquer. Moi, je vois la vie comme un jeu vidéo avec des niveaux comme ça. Et à chaque niveau, on a une espèce de challenge à dépasser. Et parfois, on ne peut pas faire autre chose tant qu'on n'a pas dépassé ce challenge. Et ça, c'est non-stop. C'est jusqu'à la fin. C'est ma vision de la vie, en tout cas pour moi. Donc, non, je ne regrette pas. En général, les choses arrivent pour une maison. mais quand Pour répondre à la question, j'ai eu ce sentiment quand j'ai commencé. J'avais des sentiments comme ça très forts. Quand on sait quelque chose au fond de soi, même si on est jeune et qu'on n'a pas de raison d'avoir de certitude, mais il y a des choses, on les sait. C'est que j'allais faire des choix de carrière qui allaient être très personnels, qui allait faire vraiment passer ma vision artistique avant tout. tout le reste. Et que je n'allais pas me laisser en tout cas éviter de me laisser dévier. Et que ça, ça a un prix. Par contre, ce que ça apporte, c'est quelque chose de très très fort à long terme où on peut travailler comme ça pendant des années, des fois en souterrain. Mais on est dans une construction de quelque chose de tellement solide et de tellement réel que c'est indestructible en soi. Plutôt que d'aller écouter, parce que tout le monde en sait à son avis sur ce qu'on devrait faire, ce qu'on ne devrait pas faire, les tendances. Maintenant, c'est les algorithmes et on n'en finit plus. Alors, le seul appui fiable, il se trouve à l'intérieur de chacun de nous.
- Speaker #2
Si, on l'a développé. Vous, vous l'avez développé.
- Speaker #1
On l'a tous. Après, on peut avoir l'impression de ne pas l'avoir développé, mais il est là pour tout le monde. Donc après, c'est juste une question de poser l'attention et d'écouter la bonne voix. Parce que souvent, on a plein de voix qui parlent en même temps, qui vont dans des directions différentes. Et arriver à trouver celle qui est la plus ancrée, la plus vraie, la plus juste, qui est au niveau de l'âme, qui est au niveau du... La plus haute, celle qui élève le débat.
- Speaker #2
Vous parliez de cette liberté artistique qui a un prix. Il y a autre chose qui a un prix. Et c'est, il me semble, une décision que vous avez prise très tôt dans votre carrière, c'est de vous tenir bien éloignée du showbiz, mais alors à une distance.
- Speaker #1
Ça se voit ?
- Speaker #2
Ah bah oui ! Parce qu'évidemment, quand on vous découvre en 2003, talentueuse, jeune, belle, on se dit qu'elle va être dans les journaux toutes les semaines. Maintenant, elles se cachent. Les soirées, etc. Tout ça, vous n'y participez pas. Et puis même carrément, physiquement, à un moment, vous partez. Comme ça, au moins. C'est un choix. Et si oui, pourquoi ce choix ? Et est-ce que ça aussi, ça a un prix ?
- Speaker #1
J'ai besoin de savoir ce que je viens faire quelque part. Et j'ai besoin aussi d'avoir des vraies connexions humaines avec les gens. Non, mais c'est vrai. J'ai besoin de savoir qu'il y a un vrai échange qui a lieu chaque jour, parce que la vie est courte. Et puis, je préfère écrire et composer et offrir au monde des vraies œuvres sur lesquelles j'ai travaillé. Et puis, voir des gens que j'aime, et développer des choses comme ça, peut-être un peu plus intimistes. C'est un peu mon caractère, peut-être, qui est comme ça.
- Speaker #2
Alors en parlant de rencontres, de vraies rencontres, vous êtes très rares et donc très précieuses en duo, mais il y en a un avec l'artiste anglais Tricky. Vous avez ce duo qui est sorti au début des années 2000 aussi et qui s'appelle Je tombe. C'est très rare que vous fassiez des duos. J'aimerais savoir comment ça s'est passé, pourquoi celui-ci, vous l'avez fait, et sans vous demander une liste de noms de tous ceux que vous avez refusés, mais d'essayer de comprendre pourquoi ce n'est pas quelque chose que vous faites, en principe.
- Speaker #1
Alors d'abord, je l'ai fait parce que j'ai joué avec lui, je crois, en Allemagne, on était sur un festival, et je jouais juste avant lui. Et il est venu nous voir jouer avant de monter sur scène. Et il adorait ma voix. Et après mon concert, il m'a dit, est-ce que tu veux enregistrer pour moi ? Et Tricky, c'est quelqu'un qui a toujours fait des choses intéressantes, surtout les années 90, toute la scène anglaise.
- Speaker #2
Hip-hop. Hip-hop, voilà. Mais avec lui, en plus, un côté hip-hop. Donc,
- Speaker #1
hyper intéressant. Oui, très intéressant, très particulier, très fort. Mais là, vous le faites chanter.
- Speaker #2
Vous le faites chanter en français.
- Speaker #1
C'est lui qui m'a demandé de faire une version, de chanter en français. Il avait écrit son texte en anglais, de traduire et de chanter avec lui en français.
- Speaker #2
Donc là, finalement, ça cadre pas mal avec ce que vous nous avez dit avant. Il y a une vraie rencontre humaine. Il y a un coup de foudre musical comme ça, vraiment plus sur scène. Donc, on ne fait pas plus authentique que ça. Il vous propose et vous, vous dites oui.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #2
Vous avez eu plein d'autres propositions auxquelles vous n'avez pas répondu favorablement. Et vous-même, avez-vous eu des envies duos qui ne se sont pas concrétisées ?
- Speaker #1
Je n'ai pas vraiment eu d'envie. En fait, les duos, ça a toujours été comme des cadeaux. Des invitations, des cadeaux. Pour moi, Tricky, c'était un cadeau. Parce que c'est une collaboration avec un artiste que je respecte énormément. Qui a une vision très forte. Et qu'est-ce que j'ai eu ? J'ai eu... Il n'est jamais sorti, mais j'ai eu la chance et le bonheur de chanter avec Lee Hazelwood.
- Speaker #2
Oh, wow !
- Speaker #1
Oui, je sais. Il n'est jamais sorti. Donc, je suis désolée, on ne peut pas l'écouter.
- Speaker #2
Non.
- Speaker #1
Mais c'était une superbe expérience pour moi, artistiquement.
- Speaker #2
Et vous aviez chanté un classique ?
- Speaker #1
Un morceau original, oui.
- Speaker #2
Ah, oui.
- Speaker #1
Oui, c'était la fin de sa vie.
- Speaker #2
D'accord.
- Speaker #1
Et qu'est-ce que j'ai fait ? J'ai fait avec Chris Isaac. et Baschung. Ça, c'est des beaux cadeaux. C'est un travail qui montre... Ma vision est très solitaire, mais quand je fais des collaborations, c'est assez magique de pouvoir partager avec ces gens-là.
- Speaker #2
Oui, mais ce sont des vraies rencontres.
- Speaker #1
Il faut que je me sente artistiquement connectée à la personne. Ce n'est pas une stratégie de commercial. Pour moi, rien n'est tout, malheureusement. Même si on devrait y penser. D'ailleurs, les gens y pensent un peu beaucoup plus maintenant. Je pense qu'il y a 20 ans. On est plus dans une logique aujourd'hui avec les réseaux sociaux de marketing et de choses comme ça. Les gens ont développé ça, les artistes. Mais il y a 20 ans, on disait non à des pubs. Aujourd'hui, je ne pense pas que les artistes disent non à des pubs.
- Speaker #2
Je voulais vous poser la question des réseaux sociaux, parce qu'effectivement, au moment de la sortie du premier album, les réseaux sociaux n'existent pas. Au moment de la sortie de Polaris, il y a quelques mois, les réseaux sociaux non seulement existent, mais sont désormais mentionnés dans les contrats des artistes avec leur label. Il faut créer du contenu, il faut alimenter. Et vous dans tout ça ? Est-ce que c'est quelque chose qui vous amuse ? On vous sait très créative. Est-ce que ça vous amuse ? Est-ce que vous arrivez à en faire quelque chose de ces réseaux ?
- Speaker #1
Alors, il y a deux choses. Un, oui, ça m'amuse. Quand je me prends au jeu, ce n'est pas une punition. Donc, c'est déjà agréable pour moi. J'adore être en contact avec mon public, pouvoir avoir des réactions directes ou donner des informations directement. Encore une fois, c'est quelque chose de très authentique pour moi quand c'est comme ça. Avoir une voix qui n'est pas biaisée, qui n'est pas déviée, qui est directe. Je trouve ça génial. Et sur les contenus aussi, d'être libre de ce qu'on poste finalement, qu'il n'y ait pas dix personnes qui doivent valider avant. Après, j'avoue que je suis quand même en tant qu'artiste, plutôt sur le côté musique business.
- Speaker #0
Je suis quand même contente parce que quand j'ai commencé, j'ai été signée à l'ancienne, c'est-à-dire que j'avais rien fait, j'avais des démos. Et c'est comme ça que les maisons de disques signaient les artistes. Ils écoutaient des démos et tout d'un coup, ils avaient un coup de cœur et puis de temps en temps, on suivait l'artiste, on commençait à faire quelques concerts. C'était quelque chose de très organique et de très instinctif et ils prenaient des paris sur les gens. Aujourd'hui... Il n'y avait pas les réseaux sociaux, donc on ne pouvait pas aller voir combien de followers les gens avaient. Aujourd'hui, c'est d'abord aller voir le followers, d'abord aller voir les chiffres, et ensuite se demander qu'est-ce qu'on en pense au niveau de l'instinct. Et ça, je trouve ça dommage. J'ai eu la chance de commencer à une époque où on était protégé de ça, et on était encore complètement sur l'instinct et sur le côté visionnaire. Il y avait des gens, il y a toujours des gens dans ce milieu, qui sont des visionnaires, qui est signe de... Des artistes extrêmement talentueux qui les emmènent très loin. Il n'y en a pas beaucoup. Non. Mais c'est un métier. Et je trouve que tout ce qui est... Voilà, c'est un petit peu... Souvent, je dis... Quand j'étais ado, j'étais fan de... Je ne sais pas, il y avait des groupes comme les Pixies, Zook Zook You, je n'avais aucune idée de combien d'albums ils vendaient. Non, on ne savait rien. On ne savait pas.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Voilà, c'était juste un coup de cœur, une espèce de truc viscéral, de connexion qui dépassait tout, qui transcendait tout. Pour moi, c'est ça la musique et c'est ça l'art. Alors ça ne veut pas dire que ça va à l'encontre des réseaux sociaux, mais bon, c'est bien de reconnecter avec ça d'abord, je trouve, en tant qu'être humain.
- Speaker #1
Vous, alors vous reconnectez puisque vous êtes en tournée en ce moment. Je me dis aussi que c'est un moment propice à partager des vidéos, des photos, etc. Mais quand vous êtes en période de création, je vous imagine moi dans votre studio, un peu comme dans une cave. Je ne sais pas pourquoi j'imagine des bougies et tout. C'est ça, j'en étais sûre. Est-ce que là, à ce moment-là, peut-être, ça vous amusera un peu moins ? Est-ce que vous aimez, pendant des périodes de travail intense, on a compris que vous travaillez beaucoup toute seule, est-ce que là, vous aimez justement couper et disparaître un peu ?
- Speaker #0
C'est indispensable. C'est comme la... une grossesse. On ne va pas ouvrir le ventre pour voir le bébé. On laisse la grossesse se faire. C'est caché, c'est protégé. Et puis quand c'est le moment, ça va être montré. J'essaie de prendre un petit peu d'images de temps en temps, mais je ne les poste pas forcément, je les garde. Parce qu'il ne faut pas que ça vienne... C'est-à-dire que ça change tout quand on écrit et qu'on est dans notre monde intérieur. On est dans une certaine... une certaine énergie, une concentration particulière. Dès qu'on met la caméra et qu'on se dit qu'en fait ça, ça va être vu et qu'on commence à parler à la caméra en disant voilà ce que je fais, on n'est plus du tout au même endroit dans l'énergie. On est dans quelque chose de communiquer avec l'extérieur, mais ce n'est pas le moment encore. Donc, je pense que c'est bien quand même, en tout cas pour moi, c'est important d'avoir des moments complètement coupés. coupée, complètement immergée. D'ailleurs, je n'aime qu'il n'y ait personne autour de moi. Mon petit chien est toléré.
- Speaker #1
Il a son compte Instagram.
- Speaker #0
Elle a son compte Instagram.
- Speaker #1
Quel star !
- Speaker #0
Non mais c'est vrai, c'est un truc de concentration, de focus qui est tellement intense et tellement profond que voilà, il ne faut pas le... C'est vraiment comme un fœtus, un côté ultra protégé. Oui.
- Speaker #1
Donc ça peut durer des semaines, des mois, parfois même des années. Oui, parce que voilà, vous l'avez dit, vous l'avez bien précisé tout à l'heure, vous ne vous mettez pas de limite de temps. C'est prêt quand c'est prêt.
- Speaker #0
C'est prêt quand c'est prêt. Après, je vous ai aussi dit que j'étais très impatiente.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Donc si ça peut être très rapidement, c'est encore mieux. Mais oui, parce que j'aime créer tout le temps. Donc, quand j'arrive au bout d'un projet, j'ai envie qu'il sorte. Parce qu'il y a un côté un petit peu... C'est un petit peu comme le processus. Après, moi, j'ai plein de projets dans mon disque dur qui ne sont pas sortis. Mais c'est comme ça, ils vont avoir leur moment. Il y a des moments pour tout aussi. C'est pour ça qu'il faut aussi développer la patience. Mais sinon, on va dire l'envie naturelle, c'est... Voilà, j'ai fini mon écriture, je voudrais que ça sorte. Et ensuite, je passe à autre chose. Mais souvent, en fait, ce n'est pas comme ça. souvent c'est plusieurs projets en même temps et ils vont sortir selon leur propre timing.
- Speaker #1
Alors est-ce qu'il y a d'autres mains que les vôtres, d'autres oreilles que les vôtres qui vont s'occuper de cette musique avant qu'elle sorte. Est-ce que vous confiez votre musique à un mixeur, à un autre producteur éventuellement ? Comment vous fonctionnez ? Jusqu'à quel point vous travaillez toute seule ?
- Speaker #0
Je travaille toute seule jusqu'au stade de pratiquement du mix.
- Speaker #1
Ah mais oui, c'est quasiment tout alors !
- Speaker #0
Oui, je fais tout jusqu'au mix. Ça m'est arrivé de mixer des titres. rarement, je l'ai fait sur Mars Honors je ne masterise pas donc après le mastering ça non,
- Speaker #1
je le confie à quelqu'un d'autre oui et vous ne mettez pas les CD dans les boîtes donc vraiment tout le process alors c'est un choix oui vous vous êtes résolue à ça en vous disant personne ne sait ce que je veux,
- Speaker #0
ce que je veux obtenir c'est quelque chose qui se fait naturellement c'est à dire que J'ai presque comme une boussole intérieure qui me dit... Presque que j'ai mal au ventre quand ce n'est pas le moment. Je ne peux pas faire écouter quelque chose qui n'est pas prêt. Si j'ai le sentiment que je n'ai pas abouti l'idée ou qu'il y a encore du temps de gestation, je ne peux pas faire écouter. Et puis, comme mon travail est très relié aussi à la production, au son, je veux aussi arriver à quelque chose qui soit juste dans ce que j'ai en tête avant de le faire écouter aux gens.
- Speaker #1
Donc jamais il n'y aura un work in progress d'Émilie Simon qui traîne quelque part ?
- Speaker #0
Peut-être dans mes disques durs. Oui voilà,
- Speaker #1
mais c'est tout.
- Speaker #0
Oui, normalement oui. Après il y a des projets particuliers que j'ai faits, si je collabore avec, et des collaborations de temps en temps qui vont sortir de ce modèle-là.
- Speaker #1
Mais ça en tout cas c'est la colonne vertébrale de votre travail.
- Speaker #0
Oui mais c'est ma fierté aussi. C'est de me dire, c'est aussi un espèce de challenge à chaque... à chaque étape, de dire, je veux l'amener à destination, je veux être fière de moi, je veux être comme mon enfant. C'est mes enfants. J'ai envie de donner naissance à quelque chose qui tient sur ses pattes, qui est solide, dont je suis fière. En tout cas sur le moment, parce qu'après on change, on évolue. Peut-être qu'on... Je ne regarde pas tellement sur... Je ne regarde pas ce que j'ai fait en arrière, mais sur le moment qui est complètement aligné avec ce qu'on est, ce qu'on avait en tête. Et c'est quelque chose qui renforce énormément aussi. Et pour moi, c'est quelque chose d'assez naturel. Ce n'est pas d'un truc... Parce que des fois, quand j'ai commencé, on m'a dit que c'est un côté un peu contrôle-fric, le côté de tout contrôler comme ça et tout. Eh bien, j'ai envie de dire que c'est le contraire. Pour moi, c'est naturel. Par contre, de venir dans ma musique... essayer les raisons de disques tu vas travailler avec tel ou tel producteur pour moi ça serait comme m'écarteler et ça serait ça qui serait une prise de pouvoir bah oui je suis dans ma cuisine et c'est mon travail non mais après encore une fois il y a des collaborations qui se font et j'adore ça mais voilà il y a un travail personnel et il y a des collaborations, c'est des choses différentes
- Speaker #1
Vous avez évoqué il y a quelques minutes Mars on Earth 2020. Souvenez-vous, chers amis, c'était il y a 5 ans, le Covid. Bon, alors on a compris que vous, voir personne pendant 4 mois, pas grave. Et musicalement, vous en avez fait quelque chose. Vous en avez fait des titres qui sont sortis comme ça de manière isolée, puis carrément un EP. Est-ce que vous pouvez me parler de cette expérience-là ? du monde entier qui s'arrête, et vous, génial, on continue, parce qu'en fait, on s'est tous mis à votre rythme pendant ces 3-4 mois où on était chez nous à bosser.
- Speaker #0
C'est vrai, c'est fou, parce qu'en plus, je n'avais pas sorti de disque pendant au moins 5 ans avant, donc non, je ne sortais pas, ce n'était pas le moment, j'étais sur Polaris qui avait un autre nom, j'étais sur d'autres projets, j'expérimentais sur plein de choses. Et quand le Covid est arrivé, c'est là que j'ai sorti des choses un peu dans l'urgence. Parce que je me suis dit, non, non, là, il faut que j'écrive. Il faut les sortir tout de suite parce que c'est maintenant qu'on en a besoin. Que moi, j'en avais besoin et que j'avais besoin de communiquer avec le monde. Et ce qui m'est venu, c'était cette attaque. Donc Mars on Earth 2020, c'était les martiens sur Terre. Donc c'est une attaque extraterrestre, avec toutes les étapes, l'ombre qui arrive, l'isolement, et c'était 5 ou 6 titres jusqu'à la libération, où on a vaincu les aliens, l'envahisseur. C'est ça, on a gagné. On a gagné à la fin. C'est intéressant parce que je ne sais pas, je l'ai fait d'une manière très instinctive. Je voulais sortir un morceau tous les mois ou toutes les semaines. Je ne sais plus comment on avait... C'était tous les mois,
- Speaker #1
je me rappelle.
- Speaker #0
Et je crois que ça me faisait du bien de le faire, de communiquer avec les gens. Et puis aussi, dans des moments de détresse comme ce qu'on a vécu, l'art c'est important. alors je sais que Pour moi, j'ai la chance d'avoir été inspirée. Je sais qu'il y a des gens qui étaient très, au contraire, choqués et qui n'arrivaient pas à écrire à ce moment-là. Donc ça, c'est vraiment chacun qui va... Mais moi, c'est comme s'ils se trouvent pleins. C'est le côté hyper sensible, comme ça, de capter tout. Dès qu'il y a de la détresse, on a besoin de transformer les émotions et de les processer, de finalement... Prendre quelque chose de difficile et de le transformer par l'art, par la création artistique, en quelque chose qui peut connecter et puis être agréable et faire du bien, d'une certaine manière.
- Speaker #1
Et ça a fait beaucoup de bien à beaucoup de gens. C'est à cette époque-là aussi où on a entendu cette phrase assez laide, cette expression assez laide de non-essentiel. La musique, les artistes, les concerts étaient, en tout cas par la voix de la République, non-essentiel. Le public a bien prouvé le contraire, puisqu'il n'y a jamais eu autant d'échanges. Je me souviens des artistes qui faisaient des lives sur Instagram, etc. Je ne vous ai pas encore demandé, depuis qu'on se parle, si vous prêtez attention à ce qu'on dit de vous. Mais là, pour le coup, ce n'était pas vous personnellement. C'était votre corps de métier tout entier qui était non essentiel. Est-ce que ça vous a fait réagir ? Est-ce que ça vous a vexé ? Ou peiné ?
- Speaker #0
Non, on est essentiel, on le sait. On n'a pas besoin qu'on nous dise qu'on est essentiel ou pas essentiel.
- Speaker #1
J'adore cette confiance. On le sait en plus.
- Speaker #0
Les artistes sont importants, les artistes font du bien, les artistes font rêver, sortent de la réalité, élèvent le débat. On le sait d'ailleurs, dans les grands moments de crise, il y a tout de suite un retour à l'art, à l'expression artistique. C'est comme ça que beaucoup de gens transforment de la douleur en bienveillance, en entraide. C'est une façon de transformer le mauvais en bon. Donc c'est essentiel.
- Speaker #1
Je voulais qu'on prenne le temps de parler de Phoenix.
- Speaker #0
Phénix.
- Speaker #1
Alors Phoenix, ça c'est un bazar, j'adore. C'est-à-dire qu'il y a tout dans Phoenix. Il y a un film. moyen, métrage, court-métrage, je ne sais pas comment...
- Speaker #0
Un court-métrage, 15 minutes.
- Speaker #1
15 minutes de film dans lequel vous jouez, que vous avez écrit. Il y a un album et puis il y a un conte qui raconte l'histoire du film et des chansons de l'album que vous avez écrit tout en alexandrin. Parce que quand c'est trop facile, Emilie n'aime pas. C'est bluffant totalement du début à la fin. Les chansons, c'est des vraies chansons conte, on peut le faire écouter à des gens qui ne connaîtraient même pas votre musique et ils seraient là, ils écouteraient un conte comme un livre audio. Vous vous êtes impliquée à fond dans cette aventure au point de choisir vous-même des chaussures de votre héroïne, enfin tout.
- Speaker #0
J'ai créé les costumes. Les costumes, oui.
- Speaker #1
Est-ce que c'est une parenthèse, et dans ce cas-là bravo, belle parenthèse, ou est-ce que c'est Ce vers quoi vous allez finalement, vous l'avez dit presque en démarrant tout à l'heure, à quel point c'était la même énergie pour l'image, pour le son, pour les paroles, pour la production, pour la recherche. Est-ce que tout mettre ensemble, c'est ce vers quoi vous allez ?
- Speaker #0
Oui, c'était intéressant parce que ça s'est fait dans la longueur Phoenix. beaucoup plus de titres qui étaient supposés. Ça devait être un album, même, à la base.
- Speaker #1
Et ça devait être un film plus long ?
- Speaker #0
C'était un film que j'avais écrit un long métrage. Et puis, finalement, je me suis dit que je vais réaliser ça, une petite histoire en 15 minutes. Et j'ai pu le tourner. Donc, j'ai pu le tourner à Los Angeles. Ce qui est très drôle, c'est que j'avais écrit l'histoire. J'avais d'abord écrit les morceaux. Ensuite, des morceaux et née l'histoire. Ensuite, j'ai écrit l'histoire sous forme de prose. Mais bon, voilà. Non, d'abord, j'ai écrit le film, le scénario. Et ensuite, j'ai écrit l'histoire sous forme de prose, mais ça ne me plaisait pas. Et 2020 est venu... Ouais, non, c'était les 20 ans de mon premier album qui est arrivé. Donc, du coup, j'ai... J'ai repoussé pour pouvoir faire ES en premier. Et ensuite, j'ai sorti Phoenix.
- Speaker #1
C'était à l'automne 2023. C'était un an et demi.
- Speaker #0
Voilà, c'est ça. Et le texte en alexandrin est venu pendant l'été. En fait, ce n'était pas du tout prévu, Phoenix. C'est en juin, je me suis dit, attends, mais je sais ce que je vais faire, ça ne marche pas. Je n'aimais pas mon texte. Parce que je me disais, je suis fière de mes morceaux. Je suis fière de mon film. Mais il me manque le côté littéraire, l'écriture, qui ne m'allait pas. Et un jour, j'ai eu les Alexandrins qui me sont venus. Et je me suis dit, c'est pour ça. Donc j'ai tout réécrit en alexandrin. Et là, c'était comme si ça s'est ligné et on pouvait le sortir. Et du coup, ça a été un petit peu... On sort Phoenix en trois mois.
- Speaker #1
Et c'est sorti. Et ça ne vous a pas empêché derrière de sortir Polaris, qui est un album, on va dire, plus classique. C'est-à-dire que là, ce n'est pas accompagné d'un récit en alexandrin ou d'un film. Mais ceci dit, je vous encourage à aller voir les clips aussi. Mais en tout cas... Cette expérience-là de Phénix, elle était satisfaisante au point de se dire, je vais refaire ça ?
- Speaker #0
Dans le futur ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Je verrai, je verrai, parce que les choses ont beaucoup évolué. Je ne sais pas si je referai le même format. C'est ça qui est intéressant, c'est qu'on ne sait jamais.
- Speaker #1
Mais non, avec vous, on ne sait pas. Je sais, j'essaye de gratter un peu pour savoir. Même moi,
- Speaker #0
je ne sais pas. Parce que c'est vraiment des choses qui se définissent au moment où ça doit se définir.
- Speaker #1
Mais c'est vrai que quand on regarde l'enchaînement, où vous avez d'abord réalisé des clips, vos clips, et puis ensuite ce petit film de 15 minutes, mais vous aviez écrit un long métrage. Écrire comme ça toute une histoire en alexandrin, je me dis qu'est-ce qu'elle va faire après ? Est-ce qu'elle va écrire un livre ? Est-ce qu'un autre long métrage va avoir le jour ? Oui, avec vous, on ne sait pas, mais c'est génial d'être votre public et d'être surpris tout le temps. Vous vous surprenez vous-même aussi ?
- Speaker #0
Oui, je ne sais pas du tout ce qui va se passer. J'ai une petite idée des envies que j'ai sur le moment, mais en général, je suis moi-même surprise par la tournure des choses.
- Speaker #1
J'aime bien ça. Donc, on peut se dire vivement la suite. Je sais que la commission des variétés avait aussi une question pour Émilie. Je ne sais pas quel membre de la commission va venir la poser, mais la question de la commission. Et puis dans le public, évidemment, si vous avez envie que je vous passe mon micro. Vous n'hésitez pas juste à lever la main.
- Speaker #2
La question de la commission est souvent une question un peu sur le processus de création. On a parlé tout à l'heure backstage un peu de l'IRCAM, de ton rapport à l'IRCAM. Est-ce que tu peux nous parler de ça et de ta façon d'aller sourcer des nouvelles matières sonores ? Est-ce que tu peux nous parler de ton studio ? Est-ce que tu as des instruments fétiches ? Comment tu commences à travailler sur un morceau ? Est-ce que... Par hasard, ces dernières années, avec les technologies qui ont beaucoup évolué, est-ce que tu as des nouveaux outils que tu utilises ?
- Speaker #0
Oui, les outils ont beaucoup, beaucoup évolué, effectivement, depuis 20 ans. Au début, je me souviens, on n'avait pas beaucoup... Tout ce qui était instrument virtuel sur ordinateur, ça ne sonnait pas très bien. Donc, j'avais un Vino 106. C'était surtout les synthés analogiques. qui permettait d'avoir quand même des sons intéressants, parce que tout ce qui était sur l'ordinateur, ce n'était pas génial. Mais le bon côté de ça, c'est que ça forçait à être très créatif dans les traitements. Parfois, je faisais des sons en midi, avec des synthés qui ne me plaisaient pas forcément, mais du coup, je les faisais passer par des traitements, et du coup, je découvrais des logiciels. donc aujourd'hui on a accès tout de suite à des sons beaucoup plus intéressants, beaucoup plus beaux, beaucoup plus réalistes quand on a besoin de quelque chose de réaliste et facilement. Donc c'est un énorme progrès technologique qui a été fait. J'essaie de répondre à toutes les questions qu'il y a eu. Au niveau de la façon dont je travaille sur le studio, par projet, en général c'est comme ça que je travaille, par projet, je définis une sorte de mon orchestre ou mes instruments. Et ça, c'est mon moment magique, j'adore. C'est le moment où je vais dire, tiens, sur cet album, il y a piano, contrebasse, synthé modulaire, point. Interdiction, c'est une espèce de, comment dire, une règle, un cahier des charges, et qui va nous donner énormément de créativité, parce qu'on peut se perdre aussi beaucoup dans la créativité, avec tous les sons et toutes les possibilités. Donc définir à chaque projet le cocktail, les ingrédients de la cuisine. et ensuite travailler avec ça. Et à chaque projet, je fais table rase. Donc je change de technique à chaque projet. Parce que forcément, ce n'est pas pareil quand on travaille à partir d'instruments acoustiques, des prises de son qu'on va retravailler derrière et tout, versus que du midi, des choses comme ça. Donc la méthode, elle change à chaque projet. Et les recams, c'était quoi la question sur les recams ?
- Speaker #2
Tout à l'heure en backstage, tu nous as parlé un peu de... Des chercheurs de son et qu'il y avait des sons qui t'avaient inspiré aussi directement cette source sonore pour tes compositions. Et aussi, je crois que d'un accessoire que tu utilises. qu'il utilise sur scène, qui a été fait avec l'IRCAM, pour travailler des effets ?
- Speaker #0
Alors oui, c'était IRCAM-GRM, parce que musique concrète, c'était le GRM dans les années 50. Moi j'avais justement encore des choses que j'ai découvertes en allant en musicologie. Tout ce qui était musique concrète, l'utilisation de sons réalistes pour créer des œuvres. Et ça m'avait beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup plu, ça m'a beaucoup touchée. Et puis ensuite, j'avais découvert à l'ircam en étant étudiante et en travaillant sur la synthèse des sons. J'étais allée faire des stages Alircam et apprendre les logiciels de traitement du son. Où j'ai rencontré Cyril Bresson, qui est devenu après, qui est sur scène avec nous en ce moment, qui est l'inventeur du bras, le papa du bras. Et donc avec qui on a développé plein d'idées de contrôleurs. que je peux porter sur moi ou que lui d'ailleurs a sur sa station qui permettent de travailler sur les sons en temps réel avec un geste instrumental. Parce que ce qui se passait dans les années 2000, peut-être toujours maintenant, c'est que souvent on est derrière une console pour envoyer des effets, des choses comme ça. Alors ce n'est pas très joli, ce n'est pas très musical parce qu'on ne voit rien. Ou alors c'est fait à partir de la console du son. Au niveau du public, on n'a pas vraiment l'occasion d'exprimer l'émotion qui vient avec l'ouverture d'un effet, par exemple. Et pourtant, il y en a. L'idée derrière le bras, c'était d'intégrer cette émotion-là, cette expression-là, dans une technique qui soit sur moi et qui me permette de bouger avec, qui fasse partie de mon corps, une extension de moi. de la même façon que c'était une extension de moi sur les albums.
- Speaker #3
Bonsoir.
- Speaker #0
Bonsoir.
- Speaker #3
Je voulais te demander par rapport à Phoenix, notamment.
- Speaker #4
Oui.
- Speaker #3
J'ai eu la sensation en l'écoutant, alors je l'ai plus découvert encore après Polaris, bizarrement je l'avais écouté avant, mais je l'ai réécouté, et depuis je l'ai réentendu finalement, différemment. Et ça a résonné en moi un peu comme une thérapie, comme si pour toi ça avait été une thérapie éventuellement aussi, à un moment, avec certains mots presque thérapeutiques. Et le début de Polaris m'évoque un peu la même chose, mais dans la thérapie asservie. Donc je me demandais comment tu l'avais vécu quelque part, si ce que je ressentais était vrai ou pas.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai, c'est vrai. C'est pour ça, dans ma façon de travailler, je pense que c'est dans l'art partout, mais pour moi, il y a tellement d'aspects et de niveaux de lecture. qu'on a la chance de pouvoir explorer et je pense que très égoïstement je fais de la musique aussi parce que ça m'équilibre ça me permet de dépasser des problèmes ça me permet de me sentir bien et c'est de la même façon qu'on dit quand on s'amuse en faisant quelque chose en écrivant un morceau et qu'on s'éclate quand on le fait les gens vont forcément le ressentir parce qu'on le met sur la bande ça fait partie vraiment de l'oeuvre après et c'est de l'énergie en fait, on l'imprègne de notre joie sur le moment et je pense que c'est pareil au niveau d'un album entier, de tout le processus j'adore les albums opposés à juste un single qui est très bien aussi, mais dans un album on peut raconter tout un processus après ça peut se faire sur un morceau, mais il y a quand même le temps de développer plein de choses donc oui, ça me touche beaucoup parce que je pense que c'est le plus important dans la musique, c'est ça
- Speaker #1
Merci beaucoup. Est-ce que quelqu'un d'autre voudrait le micro ?
- Speaker #5
Ah ouais, moi je peux...
- Speaker #1
Ah, vous êtes déjà équipé ?
- Speaker #5
Bonjour.
- Speaker #1
Émilie, vous écoutez.
- Speaker #5
Bonjour. J'ai le droit de poser deux questions ou pas ?
- Speaker #1
Allez, d'accord.
- Speaker #5
C'est gentil. Par rapport à ces histoires d'albums, du coup, quand tu fais plein de morceaux, après tu te dis, tel morceau il va dans tel album, tel autre morceau il va dans tel album, et tu dispatches. Parce que, je veux dire, au niveau de... Est-ce que tu cherches des sujets communs à des albums ?
- Speaker #0
En fait, ce n'est même pas que je cherche. C'est à un moment donné, j'ai une envie. En général, c'est quelque chose qui me fait rire. Dans le sens qui me fait rire, dans le sens qui... J'ai trop envie. C'est quelque chose qui me dit, ça va être génial de faire ça. Par exemple, Végétal, j'avais juste Ice Girl et peut-être un peu de travail sur les... Mais quand j'ai vu qu'il y avait La Glace... tiens mais ça c'est les matières naturelles je vais l'appeler végétal et j'avais mon dossier végétal qui était écrit avant mon album végétal après ça peut se faire dans l'autre sens mais souvent Encore une fois, comme c'est une question d'énergie, souvent on écrit des choses qui sont cohérentes pendant une période. Donc souvent, ce qui va être écrit à la même période est destiné au même projet. Après, il peut y avoir des exceptions à ça, mais souvent c'est quelque chose qui devient très cohérent. Et ce que je fais de plus en plus maintenant, c'est que je vais travailler sur un projet ou sur une thématique. Et je vais me dire, je fais dix titres. Et ces dix titres, je les fais d'une manière simultanée. Donc j'hésite pas à avoir même plus que ça. Souvent j'ai vraiment beaucoup de morceaux en cours. Parce que la façon de travailler, de se dire tiens... Parce qu'on le sait, c'est comme ce qu'on se disait quand on a défini par exemple notre... notre cuisine, nos éléments idéaux. C'est-à-dire, tiens, j'ai envie de faire un album avec ce piano, cette basse et une 808, par exemple. Et mon album, il va être juste là-dessus. On sait que tout ce qu'on va écrire va être autour de ça. Donc, on sait que tout c'est simple. Et après, on passe d'un morceau à l'autre. Et on va faire un peu une sorte de travail à la chaîne. Une fois qu'on a composé, on fait d'abord l'ébauche des morceaux. et après on va passer, en tout cas moi c'est comme ça que j'aime bien travailler, je fais une sorte de travail à la chaîne où je vais passer sur les structures ensuite je vais passer sur les basses et je vais jusqu'à ce que j'ai plus d'inspiration sur un morceau, et des fois c'est 10 minutes des fois c'est 3 heures et une fois que j'arrive au point où ah bah là je sais plus trop où je vais, je commence à faire des trucs peut-être qui sont pas terribles hop je passe à un autre Ça permet d'avoir toujours du recul, parce qu'on prend du recul en travaillant sur autre chose. Donc quand on a fait le tour des dix morceaux, qu'on revient sur le premier, on a une autre vision, avec plus de recul et en général des choses qui nous apparaissent qu'on n'avait pas vues, mais en attendant on a travaillé sur autre chose, donc on avance vachement bien comme ça. Voilà, c'est ma façon de travailler.
- Speaker #1
Elle était super bien cette première question, donc allez-y pour la deuxième.
- Speaker #5
Merci beaucoup. La deuxième, c'est par rapport au mix. Parce que l'instrumentation, l'orchestration, ça, du coup, tu le fais toute seule. Mais tu dis que tu fais aussi la partie mix et que tu as carrément mixé un album toute seule.
- Speaker #0
Alors non, en général, je ne mixe pas. Ça m'est arrivé de mixer. Pour Mars & Earth, j'ai dû mixer 2-3 titres sur le maxi. Mais en général, je confie le mix. Mais je vais jusqu'au stade du mix dans le sens où j'ai déjà un pré-mix, j'ai déjà mes automations, j'ai déjà mes effets, j'ai déjà tout en fait. mais je le confie à un mixeur pour des raisons je pense de technique de compression des choses comme ça Des choses que moi, je n'ai pas approfondies et qu'un bon mixeur sait faire. Parfois aussi pour des surprises, des suggestions. Parce qu'il peut y avoir aussi des idées qui arrivent au niveau du mix, qui viennent d'un mixeur ou d'une vision de cette personne qui vient présenter, enrichir encore le morceau.
- Speaker #1
Merci. Merci. Allez, on fait la dernière. Tenez, il est derrière vous le micro.
- Speaker #6
On m'entend, oui. Comment définir le moment quand on dit voilà c'est fini ? Parce que quand on travaille dans un groupe pour une musique de film, il y a des deadlines et c'est clair, voilà je livre le morceau, peut-être j'aurais pu faire mieux enfin on dit toujours on aurait pu faire mieux mais quand on est tout seul à décider, voilà maintenant le morceau est terminé.
- Speaker #0
Ça c'est la boussole. Il y a plusieurs choses. Souvent il y a une sensation où on se dit, voilà, c'est fait. Et d'ailleurs, il y a souvent le danger de trop travailler dessus, qui est plus un danger, je crois. Parce qu'après, on risque de perdre des choses qui étaient peut-être pas parfaites, mais qui étaient très charmantes. Et après, on commence à trop partir du mental, au lieu de rester dans quelque chose de très artistique, expressif, instinctif. Et puis il y a autre chose, c'est le contexte. Souvent, on va avoir des signes autour qui nous montrent, par exemple, un intérêt pour un autre projet. Peut-être que ça veut dire, tiens, je suis en train d'arriver. Ça me montre que je suis en train d'arriver au bout de mon processus et qu'il est temps de finir. Oui, je crois beaucoup à ça. C'est encore une fois une question de signe, je suppose. Mais souvent, c'est aussi un momentum. On sent que le projet commence à prendre de son... qu'il est temps maintenant de sortir. Ou alors une deadline qui va arriver, qui n'était pas prévue. Mais tiens, tout d'un coup, on va proposer un concert. Et là, on se dit, mais oui, peut-être que je pourrais en profiter pour... pour jouer ça. Donc c'est une boussole intérieure et puis de temps en temps des indices aussi du monde extérieur.
- Speaker #7
Je vais essayer de faire vite. Tout d'abord, merci pour cette intervention qui est très très inspirante. Moi j'ai une question sur le double parcours entre compositrice pour des projets à l'image et compositrice solo sous son nom parce que je suis dans la même situation à mon échelle. J'ai commencé d'abord par une carrière solo, je pense que comme vous. Ensuite sont venus des projets pour des réalisateurs. Je me demande souvent, parce que c'est des deux domaines avec des contraintes et des milieux extrêmement différents, qui n'ont pas du tout les mêmes codes, etc. J'ai souvent du mal à naviguer de l'un à l'autre et à trouver ma juste place, que ce soit en tant que compositrice à l'image ou en tant que chanteuse avec le côté plus... démonstrative d'un artiste sur scène qui doit amener une image très forte, alors que l'autre côté c'est se mettre au service d'une image qui existe déjà, d'un autre propos et on est vachement dans l'effacement de soi-même et du coup j'essaye de me dire qu'il y a sans doute une manière que chaque projet ou que chaque partie de ce travail de compositrice nourrit l'autre, j'espère en tout cas dans mon cas et du coup merci pour ce témoignage j'ai l'impression que chez vous il y a Merci. Sans doute aussi, en fait, c'est va-et-vient qu'on nourrit votre création en entier, quoi.
- Speaker #0
Oui, oui, mais c'est ça, c'est... Chaque aventure sur un film, c'est d'abord un petit peu, je dois le dire, reposant. Parce qu'on n'a pas toute la... Non, mais c'est vrai, on n'est pas... On ne tient pas le volant. On peut être le backseat en train de suivre le... Comment dire ? On est là pour suivre, pour se mettre au service d'eux. Et on n'a aucune... Ce n'est pas notre projet, donc c'est aussi agréable de temps en temps, parce que c'est avoir un projet solo et être toujours au premier plan, même si on est passionné, ça peut être des moments de respiration, de se retrouver dans cette situation-là. Et puis d'apprendre des autres, d'être au contact d'autres univers. Et si vous êtes comme moi et que vous ne sortez pas de chez vous parce que vous adorez dans votre cave, c'est quand même bien. De temps en temps, c'est des occasions d'ouvrir notre perception, d'apprendre des choses et d'être dans une communion avec une autre sensibilité.
- Speaker #1
Mesdames et messieurs, Émilie Simon !
- Speaker #0
Merci beaucoup.
- Speaker #4
Vous venez d'écouter Parcours croisé avec Émilie Simon, présenté par Émilie Mazoyer. Le montage a été assuré par Capucine Rouault, Charles Collin à la réalisation et au mixage, et la production a été supervisée par Héloïse Normand. Parcours croisé est un podcast de la SACEM, produit par Louis Créatif, l'agence de création de contenu de Louis Média.