- Speaker #0
Allez, nous sommes au mois de juillet, on a donc passé un semestre, c'est donc l'occasion de faire un point marché, point marché sur les taux avec nous aujourd'hui Akram Garbi, responsable des gestions High Yield et convertibles au Crédit Mutuel Asset Management. Akram, vous revenez en plateau. La dernière fois que vous êtes venu, c'était en 2020. Petite question un peu provoque pour commencer. C'est plus agréable de faire votre job aujourd'hui qu'en 2020, à l'époque où les taux étaient nuls ?
- Speaker #1
Clairement, c'est plus sympa aujourd'hui pour les gérants. Et puis, c'est mieux pour les clients aussi, parce que ça leur donne un tout petit peu de rendement, parce que les taux négatifs, c'était un non-sens à mon avis.
- Speaker #0
Alors, la classe d'actifs obligataire revient effectivement en forme. On l'a vu le mois dernier lorsqu'on a regardé les collectes chez Cédencia, où les fonds de taux avaient une place très importante. Alors, bilan du premier semestre 2026 sur les taux. Le fait majeur, c'est quoi ?
- Speaker #1
Le fait majeur, je dirais, c'est qu'il y avait beaucoup de volatilité par rapport à ce qui s'est passé au Moyen-Orient, le conflit avec l'Iran. Donc, il y a beaucoup de tensions sur la courbe des taux. Il y a un tout petit peu de tensions sur les primes de risque, ce qu'on appelle les spreads. Mais au final, le premier semestre, ça se passe bien. Les performances sont positives. grâce à l'effet portage. Et puis, je pense qu'en termes de flux, il y a beaucoup de flux qui viennent vers la classe d'actifs, notamment sur le crédit. Et ça, ça soutient la classe d'actifs. C'est assez positif.
- Speaker #0
Alors, on va regarder dans le détail ce qui s'est passé sur les différents éléments. On va être très honnête, il y a quand même eu deux parties dans le semestre. Il y a eu jusqu'à l'invasion, jusqu'à l'attaque de l'Iran et après. Et puis, il y a eu un autre événement, c'est au niveau de la Fed, avec le changement de patron de la Fed et le départ de Jerome Powell. Jerome Powell qui, finalement, aura résisté jusqu'au bout en ne bougeant pas les taux.
- Speaker #1
Oui, il était parfaitement dans son rôle, c'est-à-dire que lui, son rôle, c'est de juger la situation de l'inflation aux États-Unis et puis de gérer la politique monétaire. Je précise, il n'est pas parti. Il est toujours à la Fed, mais il n'est plus chairman de la Fed, c'est Kevin Warsh qui le remplace. Donc effectivement, au départ, le marché se posait beaucoup de questions par rapport à ça, mais Kevin Warsh a un choix qui semble pertinent pour rassurer les marchés sur les politiques monétaires aux Etats-Unis, sur l'indépendance de la Fed, parce que c'était un gros sujet qui se posait en fin d'année. Et avec l'emprise de Trump, etc. Donc c'est quelque chose de positif.
- Speaker #0
La Fed n'a pas bougé, la BCE, elle, a bougé, avec un relèvement des taux. Ils ont exagéré ou pas ?
- Speaker #1
Oui, clairement. Ils ont exagéré pour, je dirais, pour la simple raison, c'est que ce qu'on a connu, pourquoi ils ont relevé les taux ? Parce que les prix de matières premières, ils ont monté post-guerre en Iran. C'est clairement un choc d'offres. La Banque d'Angleterre n'a pas réagi. La Fed n'a pas réagi. Pourtant, il y a plus de pression inflationniste aux États-Unis qu'en Europe. Donc, ils ont réagi rapidement parce qu'ils sont un tout petit peu traumatisés par ce qui s'est passé en 2022 avec l'invasion de l'Ukraine. Mais clairement, c'est un choc d'offre. Un choc d'offres, on ne lutte pas contre un choc d'offres avec une hausse des taux d'intérêt, parce que ce n'est pas un choc de demande. Ils peuvent monter dix fois les taux d'intérêt. Si les États-Unis ne se sont pas mis d'accord avec l'Iran pour arrêter cette guerre-là, ça ne sert strictement à rien.
- Speaker #0
Alors, on a vu les chiffres qui sont passés sur les États-Unis et sur l'Europe. Ce qui vous intéresse souvent, les gérants obligataires, c'est-à-dire la pente, c'est-à-dire l'écart de taux entre les taux longs, on va dire le 10 ans, et le taux court. On dit quoi ? On dit taux court désormais ? On revient dans la norme ? Taux court, c'est plutôt influencé par les banques centrales ? Et taux long, plutôt par les tendances de marché ?
- Speaker #1
Oui, clairement, la courbe des taux, il y a plusieurs points sur la courbe des taux. Il y a la partie courte qui va de 6 mois à 2 ans. Et la partie courte, elle est plutôt influencée par les politiques des banques centrales qui est elle-même impactée par la trajectoire d'inflation. Quand il y a de l'inflation, les banques centrales vont relever leurs taux courts pour essayer de calmer un tout petit peu ces pressions inflationnistes. La partie longue, ça reflète autre chose. C'est plutôt ce qu'on appelle la croissance potentielle réelle de long terme. Ça reflète les perspectives d'inflation à long terme. Et puis ça intègre ce qu'on appelle la prime de terme, c'est-à-dire l'incertitude sur la trajectoire d'inflation à très long terme. Donc c'est deux parties complètement différentes. aujourd'hui On a eu plutôt un aplatissement de la courbe de taux. Là, ça se normalise. Donc, on a une repontification de la courbe de taux. en Europe.
- Speaker #0
Alors, les anticipations pour le second... On voit que donc la courbe qui était pentue s'est quand même aplatie avec des anticipations sur les taux courts qui ont été beaucoup moins favorables. Second semestre, un crâne, vous le voyez comment ? La courbe, elle va faire quoi ? Elle va reprendre de la pente ?
- Speaker #1
Elle va reprendre de la pente, à mon sens, elle va se repentifier en Europe parce que... Le marché anticipe toujours encore une hausse des taux de la BCE, sachant qu'ils en ont déjà fait une. Même les membres de la BCE, on a vu Schnabel qui continue toujours à dire qu'il y a des pressions inflationnistes. Honnêtement, je ne vois pas où...
- Speaker #0
Mais on a vu Moulin qui nous a dit que les derniers chiffres d'inflation sont plutôt une bonne nouvelle. Ça va nous donner des marges de manœuvre.
- Speaker #1
Oui, je pense que ces propos sont nettement plus cohérents que ceux de Schnabel. Clairement, il n'y a pas de pression inflationniste en Europe. Les prix de matières premières baissent. Juste, je rappelle que la BCE, dans ses projections d'inflation pour 2026, il projette 3% d'inflation. Et sur ces 3%, ils prennent comme hypothèse centrale un prix de baril à 92 dollars. Aujourd'hui, on est à 70 dollars. Et pour 2027, ils prennent un prix de baril à 82 dollars. je pense qu'ils doivent revoir leur projection d'inflation. Et puis ça, c'est positif. Donc ça va repentifier la courbe des taux parce que le marché va potentiellement sortir l'hypothèse de hausse des taux de la BCE. Et aux États-Unis aussi, le marché commence à intégrer une fête qui va monter ses taux, alors que début d'année, il anticipait une baisse de 100 points de base. Donc aussi aux États-Unis, je pense qu'il y aura une repentification de la courbe des taux.
- Speaker #0
Alors, repentification, vous êtes en train de me dire que le bas, va baisser si vous menez une petite repentification, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que vous ne croyez pas à la capacité des taux longs à baisser ?
- Speaker #1
Honnêtement, aujourd'hui, c'est difficile de voir les taux longs baisser. Pourquoi ? Parce qu'on a beaucoup d'incertitudes sur la trajectoire d'endettement des pays et c'est difficile de voir comment les taux longs peuvent baisser, sauf choc du marché. ce qu'on appelle dans le jargon un marché en risk-off, et donc qui va faire baisser les taux. Aujourd'hui, c'est difficile d'anticiper cette hypothèse-là, aussi bien en Europe que aux États-Unis, les taux longs, c'est-à-dire 10 ans et au-delà.
- Speaker #0
Alors, là, on est en train de parler de la courbe des taux. Quand on parle de la courbe des taux, on parle souvent du souverain, c'est-à-dire des emprunts de l'État. Vous êtes responsable de la gestion Aïl. Vous avez utilisé tout à l'heure le terme de spread. Donc ça, c'est quand on rentre dans le monde de l'entreprise, du corporate, et dans l'univers du Aïl. Oui. Où en sont les spreads aujourd'hui ?
- Speaker #1
Les spreads sont bas aujourd'hui. Ils sont historiquement bas. C'est vrai partout en Europe, aux Etats-Unis, dans les pays émergents. Tout simplement, les spreads reflètent l'anticipation du cycle macroéconomique. Un spread reflète une anticipation du cycle qui va impacter ce qu'on appelle les taux de défaillance des entreprises. Si le marché n'anticipe pas de récession, ce qui est le cas aujourd'hui, je rappelle aux Etats-Unis, on s'attend à une croissance nominale de 6% à peu près cette année. En Europe, on sera entre 2,5 et 3. Donc, en fait, le marché ne s'attend pas à une inflexion du cycle macro. Et donc, il se dit que le taux de défaillance va rester faible et donc les spreads vont rester bas.
- Speaker #0
Qu'est-ce qu'on fait ? Les spreads réquiqués, c'est intéressant d'investir encore sur les corporate ou pas ?
- Speaker #1
Alors, ce qui est intéressant, c'est que malgré que les spreads soient bas, si je prends le cas du Crédit America, l'investment grand US, Les spreads sont au plus bas depuis 20 ans. Et la composante spread, c'est-à-dire prime de risque, ne représente que 17% du portage global de la classe d'actifs. Donc l'essentiel du rendement sur l'investissement américain vient de la partie taux. Et malgré ça, donc on est sur des niveaux historiquement bas de spread, malgré ça, les flux vers la classe d'actifs n'ont jamais été aussi importants puisqu'on est sur des flux rentrant à peu près de 90 milliards depuis le début d'année, ce qui représente 5% des actifs. C'est beaucoup.
- Speaker #0
Très rapidement, je voudrais qu'on regarde un peu les thématiques. J'ai le souvenir en 2022 d'avoir animé devant des investisseurs chez vous le lancement d'un produit qui s'appelait la française Crédit Innovation. Il devient quoi ?
- Speaker #1
Il continue sa vie, il va bien. On a réussi à collecter, ça attire de l'intérêt.
- Speaker #0
La logique, c'est quoi ?
- Speaker #1
La logique, tout simplement, c'est de cibler les entreprises, les bonnes entreprises à IIT qui sont positionnées sur des thématiques de tendance de long terme, type transition énergétique, tout ce qui est technologie, tout ce qui est démographie, souveraineté. Et donc l'objectif, c'est de délivrer entre 4 et 5 % de performance annualisée sur la période d'investissement qui est recommandée, objectif qui est tenu depuis le lancement du fonds. C'est une stratégie qui sort un peu des sentiers battus de l'univers du crédit, que ce soit AI ou investment credit. C'est une proposition qui est complètement innovante et qui fait beaucoup de sens dans le contexte actuel.
- Speaker #0
Akram, merci beaucoup d'avoir été avec nous. Tout de suite, un homme dans l'actualité.