- Arthur
Un métier, une passion, des réussites, des échecs et pourtant ils ont tous trouvé leur vocation. Aujourd'hui, ils donnent leur voix pour t'aider à répondre à la question « Et si c'était moi ? » . Dans cet épisode, on part à la rencontre de Marie qui va nous parler de son métier de thanatopractrice. Alors Marie, bien le bonjour, merci d'être avec nous aujourd'hui. Pour commencer, peux-tu te présenter et nous parler de toi et de ton quotidien ? Bonjour, je m'appelle Marie, je suis thanatopracteur depuis 17 ans. Actuellement, je suis salariée dans une entreprise qui est sous-traitante des ponts funèbres. D'accord, et pour compléter, si tu devais te décrire en trois mots, que nous dirais-tu ?
- Marie
Discrète, minutieuse et très autonome.
- Arthur
Très bien, on enchaîne maintenant sur le parcours. Qu'est-ce que tu peux nous en dire ? Quelles ont été tes études et tes expériences ?
- Marie
Alors à la base, j'ai fait un bac STI électrotechnique, mais à l'époque, pour les femmes, il n'y avait pas de métier de terrain. Donc j'ai compris qu'il fallait que je me réoriente. Je me suis inscrite à la suite de mon bac dans ce qu'on appelait une année universitaire préparatoire, qui était un cursus qui permettait de se réorienter. Et par des lectures, j'ai découvert la thanatopraxie juste avant de rentrer à la fac. Ça m'intéressait par curiosité, mais je ne comptais pas en faire mon métier. J'avais pris des options de biologie, physiologie, chimie, en me disant que peut-être m'orienter vers technicien de laboratoire, vu que je me rendais compte que le corps humain m'intéressait beaucoup aussi. Et pendant cette année où ils nous aident à préparer un projet professionnel, je retombais constamment sur la thanatopraxie. J'ai contacté un thanatopraxeur pour faire une journée d'immersion. Et là, ça a été la révélation. J'ai compris que le fonctionnement du métier me convenait tout à fait. Le avant-après sur les dessins, j'ai trouvé ça extraordinaire et j'ai voulu le faire moi-même.
- Arthur
D'accord. Donc, on peut dire d'une certaine manière que c'est par curiosité, durant cette année universitaire préparatoire, que tu as découvert la teintopraxie. La formation qui est dédiée, justement, en quoi elle consiste ?
- Marie
Alors, il y a une formation en région lyonnaise qui dépend de l'université Claude Bernard. Sinon, la plupart des autres formations sont privées. Il y a un certain nombre d'heures de cours qui représentent deux mois et demi obligatoires légales où on prépare un concours théorique. Et si on est reçu à la théorie, on doit trouver un maître de stage pour apprendre en pratique le métier. À la suite de ça, on réalise un soin devant un jury. Et si on a les notes suffisantes, on est reçu. pour avoir le droit ensuite d'exercer.
- Arthur
Ça marche. On va rentrer dans le concret du métier maintenant. Qu'est-ce que tu peux nous dire de l'activité d'un thanatopracteur ?
- Marie
Les soins de thanatopraxie, ce sont les soins de conservation, d'hygiène et de présentation des défunts. Et on se rend sur le lieu où se trouve le corps pour le préparer, pour que les proches puissent se recueillir. Et sur une personne, le but est de rendre ce qu'elle était avec un aspect reposé.
- Arthur
Et comment ça se matérialise alors concrètement ? Tu nous as parlé d'esthétique, mais il y a aussi une notion de soin donc ?
- Marie
Alors oui, en fait, sur le principe, on injecte un fluide conservateur par voie artérielle. On va retirer aussi tous les fluides. On va « désinfecter » le corps par l'intérieur et par l'extérieur. Donc on traite aussi toutes les plaies extérieures, les pansements, tout ça. Et ensuite, on passe à la partie où on va mettre en forme les traits du visage, fermer les yeux, la bouche. Et parfois, ça fonctionne moins bien. Donc là, on doit faire des maquillages de camouflage. On s'occupe du dessin, de l'état dans lequel il est arrivé. C'est toutes sortes de métiers. Un petit peu esthéticienne, un petit peu infirmière, un petit peu coiffeuse. Et une vie médicale, entre guillemets, avec la partie d'injection de fluide et de traitement du corps.
- Arthur
Et toutes ces activités qui gravitent autour de la mort, qu'est-ce que ça donne sur toi ? Quel est ton rapport à la mort aujourd'hui ?
- Marie
Alors, je ne sais pas comment le décrire, mais il y a une sorte de détachement sans non plus être complètement froid. C'est un rapport où on est, je dirais, apaisé par rapport à la mort, par rapport à des soignants, par exemple. C'est souvent la comparaison que je fais. On travaille sur des gens qui ne souffrent plus. Moi, je trouve ça plus confortable et plus facile. Je ne pourrais pas être soignante, par exemple. Et en tant que thérapeute-reacteur, on n'est aussi pas trop... posées à la peine des familles parce que nous, on ne les rencontre que très occasionnellement et après, on reste quand même des humains. On a une certaine distance sans être complètement blindés et insensibles de ce que certaines personnes s'imaginent quand on fait ce métier-là.
- Arthur
Alors en plus de cette capacité de retenue, de faire abstraction des émotions et de discrétion, selon toi, est-ce qu'il y aurait d'autres qualités essentielles à avoir pour faire un bon thanatopracteur ?
- Marie
Oui, alors comme on est itinérant, donc on se déplace un peu partout, il faut avoir beaucoup d'autonomie, il faut apprécier la route, ça fait vraiment partie intégrante du métier et il y a des jours où on passe plus de temps sur la route que dans un laboratoire. Il faut ce côté autonome et savoir se débrouiller, trouver une solution au problème tout seul. On exerce majoritairement seul. C'est très, très variable et du coup, un tempérament, je dirais, d'adaptation. On change de lieu, on change de personnes qu'on côtoie. Souvent, le matin, on a déjà une intervention prévue de la veille, donc on sait où on commence et à quelle heure, mais on sait rarement à quelle heure et où on va finir. Tout comme les plannings, on est amené à travailler les week-ends, donc on a des plannings changeants, des repos en semaine. C'est un métier qui demande un tempérament d'adaptabilité pour bien vivre.
- Arthur
D'accord. Eh bien, merci Marie pour ces derniers éléments et pour l'ensemble de ton témoignage sur ce métier de thanatopracteur, un métier à la fois connu et méconnu, qui permet de faciliter le deuil des familles en offrant une dernière image apaisée de la personne partie. Attention, ce métier nécessite quand même, comme tu l'as dit, une grande capacité d'adaptation, une bonne gestion des émotions et bien sûr des compétences aussi bien scientifiques qu'esthétiques. Et chers auditeurs, chères auditrices, si comme Marie vous voulez vous lancer dans ce métier de l'ombre, le meilleur moyen d'en savoir plus est de tenter votre chance pour réaliser une immersion auprès d'un de ces professionnels. Et en attendant, je vous dis à très bientôt pour un nouvel épisode de votre podcast " Et si c'était moi ?", le programme qui vous aide à trouver votre voix.