- Arthur
Un métier, une passion, des réussites, des échecs, et pourtant ils ont tous trouvé leur vocation. Aujourd'hui, ils donnent leur voix pour t'aider à répondre à la question « Et si c'était moi ? » . Dans cet épisode, on part à la rencontre de Perrine, qui va nous parler de son métier de psychomotricienne. Alors Périne, bien le bonjour, merci d'être avec nous aujourd'hui. Pour commencer, peux-tu te présenter et nous parler un petit peu de toi et de ton quotidien ?
- Perrine
Alors moi je suis psychomotricienne et j'interviens dans un IME avec des enfants en situation de handicap avec une grande majorité d'enfants qui ont un trouble du spectre autistique. Et je travaille aussi dans une association qui accompagne les gens en grande précarité, donc avec un accueil du jour pour les familles qui sont à la rue et un lieu d'accueil enfants-parents, à but de mixité sociale et aussi dans une crèche.
- Arthur
D'accord, donc tu interviens dans différentes structures. On a l'Institut Médico-Éducatif, on a une crèche, on a une association, toutes avec des publics très variés. Maintenant, est-ce que tu peux nous parler de ton parcours, de tes études, de tes expériences ?
- Perrine
Alors du coup, moi, c'est un peu particulier parce que j'ai commencé un petit peu sur le tard parce que je trouvais ça très intéressant d'avoir un peu une vie avant de devenir thérapeute en psychomotricité. Donc j'ai un peu voyagé, j'ai fait des études de psycho et après j'ai passé un concours pour rentrer à l'école de psychomote et après ces trois études, j'ai pu intervenir dans différents établissements avec différents publics.
- Arthur
Effectivement, il y a plusieurs instituts qui délivrent le diplôme d'état de psychomotricien en trois ans. L'accès généralement se fait par parcours sup. On va devoir témoigner d'un dossier assez solide, peut-être passer par des entretiens. Mais c'est surtout les expériences personnelles qui vont faire la différence et vont permettre de se démarquer des autres candidats. Ce qui peut être pas mal aussi, c'est d'être passé par un parcours d'accès spécifique santé, donc le PASS ou alors une licence d'accès santé LAAS, respectivement en un an et en trois ans. Et alors, dans ton cas, une fois rentrée dans la formation, comment ça s'est passé ?
- Perrine
Alors du coup, on a des cours théoriques, on va travailler sur la question d'anatomie, la psychologie, la psychomotricité, la pédiatrie, psychiatrie, personnalité, neurologie. Ensuite, on a des cours plutôt théorico-cliniques, avec des groupes de réflexion sur les stages qu'on a entre étudiants. On a des mises en situation professionnelles, et on a des analyses de la pratique par nos stages. On a aussi des cours pratiques. Donc avec beaucoup d'expérimentations corporelles, on va travailler sur les outils de bilan, les différentes médiations, le théâtre, le cirque, la relaxation. Et on a aussi le côté stage qui est très très important, où en fait chaque année on a des stages, on doit avoir un grand panel de la population. Donc le but c'est de se mettre en situation aussi en stage et de pouvoir avoir des références professionnelles sur le terrain.
- Arthur
Oui, en quelque sorte c'est la spécificité de cette profession du paramédical puisqu'on joue avec le physique. Et je pense qu'il y a besoin de ces quatre volets théoriques, théorico-cliniques, la pratique et finalement le terrain. Le fait de travailler par la parole mais aussi par la gestuelle, c'est quelque chose qui t'a toujours intéressé, toi personnellement ?
- Perrine
Alors moi, la psychomotricité, je ne connaissais pas du tout dans le passé. Je savais effectivement quand j'étais lycéenne que j'étais attirée par la question de la psychologie. Mais voilà, je n'avais pas forcément envie de rentrer dans les études tout de suite. Donc j'ai passé quatre années où j'ai beaucoup voyagé. En fait, je travaillais dans des petits boulots : serveuse, vendeuse à l'étranger. J'avais plutôt la question de la rencontre avec d'autres personnes. Et c'est vraiment dans le cadre de mes études, j'ai pu discuter avec des personnes qui me racontaient différents métiers. Et notamment, ma sœur parlait effectivement de ce métier de psychomote, qu'elle vendait un peu dans « Quel métier incroyable la psychomote ! » « Tu passes tes journées à jouer ! » Et qui est un chouette métier. Du coup, ça m'a donné un petit peu envie comme ça.
- Arthur
Et cette notion de motricité, alors, comment c'est venu finalement ?
- Perrine
Alors je pense qu'effectivement moi quand j'ai étudié la psychologie, il y avait quelque chose qui me manquait. Alors je ne pense pas être une grande sportive, mais c'est vrai que j'aime bien, je pense que quand j'étais petite, j'aimais beaucoup escalader dans la nature, construire des cabanes. Et je pense qu'effectivement dans la psychomotricité, on retrouve ça. Comment les mouvements internes vont se jouer dans le corps. Tout est lié. On a un exemple un petit peu simple, quand on voit quelqu'un qui a dépressif, on voit que son corps va être très courbé, le corps va exprimer quelque chose. Et à l'inverse, quelqu'un qui a une très belle confiance en soi, en fait il a le dos redressé, en fait il avance. droit. Moi, je trouvais qu'il y avait quelque chose qui était très fort dans la question du corps et je trouvais que ça m'a donné vraiment envie d'aller les deux.
- Arthur
D'accord. Et est-ce que dans tes activités maintenant, tu arrives justement à faire le lien entre la psyché et la motricité ?
- Perrine
Je peux parler un petit peu de situation en IME avec des enfants qui sont en situation de handicap et du coup, j'ai un atelier qui s'appelle Relaxation. On va travailler sur comment apprendre à lâcher prise et donc ça va être soit par des petits temps de relaxation où les enfants sont installés. Dans des petits poufs, on met une musique douce, on met des petites lumières douces, on va travailler avec la voix, je vais les guider pour se détendre. Effectivement, je me souviens d'un enfant qui a rêvé en début de séance dans ce groupe-là et qui était ultra figé. En fait, on lui demandait de se mettre en temps de détene, de se mettre sur un pouf tout droit, il avait les yeux grands ouverts, le corps extrêmement crispé. Et en fait, au fur et à mesure de plusieurs séances, et quand je parle de plusieurs, c'était effectivement, là, on comptait sur un, deux ans de prise en charge. Du coup, après cet enfant a pu vraiment s'allonger, fermer les yeux, écouter la musique avec plaisir. On sentait dans son corps qu'il n'y a plus de crispation et il pouvait vraiment s'autoriser à se détendre, à relâcher prise dans ce cadre-là.
- Arthur
Oui, il y a une grosse part d'adaptabilité aussi en fonction des différents patients, en fonction des différentes pathologies. Je poursuis, est-ce que selon toi, il y a des clichés sur ton métier ?
- Perrine
Je sais que quand j'étais en formation en Suisse, on nous appelait la formation pyjama. C'est un peu le cliché que je pouvais avoir parce qu'effectivement, on était toujours en tenue un peu de sport et en chaussettes. C'est un petit cliché. On ne joue pas au ballon, en fait. On joue, mais en ce jeu, il y a un réel travail de compréhension du corps d'un point de vue sensoriel, cognitif, comportemental. Donc effectivement, des fois, quand on nous regarde un peu extérieur, ça peut être un peu réducteur, mais il y a vraiment une réflexion très poussée dans les médiations que proposent aux personnes.
- Arthur
D'accord, donc c'est un métier qu'il ne faut pas juger à sa simple couverture. Périne, juste avant de se quitter, est-ce que tu aurais un dernier mot à dire à ceux qui nous écoutent et qui hésiteraient à se lancer dans le métier de psychomotricien ?
- Perrine
Il faut être bien dans son corps, bien dans ses émotions. Il y a vraiment cette idée qu'il faut qu'on accompagne les gens à être mieux. Il faut que nous-mêmes, on soit bien quand on accompagne des personnes qui, des fois, sont dans des situations extrêmement difficiles. Je trouve qu'il faut quand même avoir un bon ancrage, un peu un recul sur soi et avoir vécu un petit peu des choses pour pouvoir se lancer dans la profession. C'est la richesse du travail, c'est de pouvoir aussi... Réfléchir en équipe avec chacun son regard, c'est tellement vaste. C'est apprendre aussi à se connaître et qu'est-ce qu'on aime, quel public nous intéresse, ça c'est très important.
- Arthur
Un esprit sain dans un corps sain, c'est en conclusion l'adage des métiers paramédicaux et d'autant plus pour celui de psychomotricien. Merci Périne pour ton témoignage plus qu'inspirant. Et quant à nous, chers auditeurs et chères auditrices, si ce podcast vous a plu, prolongez vos recherches pour trouver votre vocation. Et on se retrouve très bientôt pour un nouvel épisode de « Et si c'était moi ? » , le programme qui vous aide. À trouver votre voie !