- Speaker #0
Bonjour à tous, bienvenue dans le nouvel épisode. Aujourd'hui, nous allons parler de nutrition avec le Dr Pamela Neslany. Nous allons également aborder la question des troubles des conduites alimentaires. Bonjour Dr Neslany, merci d'être avec nous aujourd'hui. Vous êtes médecin nutritionniste et vous pratiquez à l'hôpital privé d'Arras-les-Bonnettes, dans un service spécialisé dans l'accompagnement et la prise en charge de l'obésité.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Bonjour et merci pour l'invitation et de pouvoir parler de nutrition avec vous.
- Speaker #0
C'est un thème qui intéresse particulièrement les jeunes. On avait fait une enquête il y a quelques temps et ça paraissait dans les top 7 des thèmes qu'ils voudraient aborder dans ce projet de prévention que nous avons. C'est vrai qu'une mauvaise alimentation et le manque d'exercice physique sont aujourd'hui les principaux risques pour la santé à l'échelle mondiale. Est-ce que vous pouvez nous donner quelques chiffres ou un état des lieux de ce que vous pouvez observer dans votre pratique actuellement ?
- Speaker #1
Si on reprend un peu d'épidémiologie, l'obésité est encore en augmentation. La dernière étude de 2020 montre qu'il y a 17% d'obésité en France, alors qu'il y en avait 15% en 2012. Donc c'est des chiffres qui montrent que même si on essaye... de faire de la prévention et d'essayer d'accompagner les patients, ça monte encore. Et si on cumule surpoids et obésité, on arrive à 47,3% de la population. Donc c'est des chiffres qui sont quand même importants, d'où l'intérêt d'être à l'écoute des patients sur ce sujet.
- Speaker #0
On a remarqué que par le passé, dans les actions de prévention qu'on a pu avoir sur le campus, qu'il y avait... Un manque d'informations aussi sur ce qui était... Qu'est-ce qui correspondait à une alimentation équilibrée ? Comment est-ce qu'on pouvait bien se nourrir ? Peut-être qu'on peut commencer par refaire un point. En quoi consiste une alimentation saine et équilibrée ?
- Speaker #1
Une alimentation équilibrée, c'est qu'il faut manger de tout. Il y a une importance des macronutriments, donc protéines, glucides et lipides. Et finalement, il ne faut pas supprimer une des catégories, ce qu'on voit souvent dans les différents régimes, par exemple pour perdre du poids. Un régime sans féculents, ça va fatiguer le corps. Finalement, le cerveau, son principal carburant, c'est les glucides. Donc si on ne mange pas de féculents, on va être fatigué. Si on ne mange pas de protéines, parce que c'est vrai que ce qui est très à la mode, c'est le végétarisme ou le végétalisme, mais finalement, si on ne mange pas de protéines, on ne peut pas fabriquer de masse musculaire. Donc il n'y a pas de souci pour les différents modes alimentaires. Mais il faut être accompagné et compenser par exemple les apports de protéines animales avec des protéines végétales pour ne pas être en carence à ce niveau-là. Et même les matières grasses sont importantes. Il y a certains lipides, acides gras pardon, qui ne peuvent pas être synthétisés par le corps et qu'on est obligé d'amener par la nourriture. Après il y a tout ce qui est micronutriments qui est aussi important. Là on va plutôt parler des vitamines. Par exemple on a les vitamines du groupe B qui sont importantes pour le cerveau et tout ce qui est neurologique. Et après on a aussi les oligo-éléments comme le zinc qui est très important pour la peau, pour tout ce qui est fanère, les cheveux, les ongles, etc. Le cuivre. Donc finalement tout ça c'est apporté aussi par des aliments. Et donc c'est pour ça que vraiment varier les aliments c'est important pour avoir bien sûr l'énergie nécessaire avec les calories et les macronutriments et aussi tout ce qui est bon fonctionnement de l'organisme avec les vitamines, les oligo-éléments, etc.
- Speaker #0
Et dans quel type d'aliments est-ce qu'on peut retrouver certains micronutriments, certains vitamines par exemple ?
- Speaker #1
Les vitamines B9, on va les trouver plutôt dans les légumes verts, après la vitamine B12 dans la viande. C'est pour ça que par exemple quand on est végétarien, c'est important de consulter peut-être pour avoir des apports en complément de vitamine B12 par exemple si on ne mange plus de viande. Et après des fois on se sent fatigué et on n'a pas d'explication et finalement c'est peut-être parce qu'on est en carence de vitamine, la vitamine C qui est aussi importante, qu'on va retrouver dans les agrumes ou dans d'autres aliments. Et du coup, les vitamines ne sont pas à sous-estimer non plus.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y aurait des aliments qui augmenteraient le risque de développer certaines maladies ? Des aliments qui au contraire ont une action préventive ?
- Speaker #1
Je préférerais rester dans le concept de l'alimentation équilibrée où on a besoin de tout. Parce qu'il n'y a pas d'aliments magiques qui vont faire maigrir ou qui vont prévenir de toutes les maladies. Même si on sait qu'il y en a quelques-uns qui sont peut-être... C'est effectivement mieux pour la santé et pareil, c'est sûr que si on mange des matières grasses en excès, on va développer plus de maladies cardiovasculaires. Néanmoins, il ne faut pas stigmatiser un aliment ou une catégorie d'aliments dans un sens ou dans l'autre. L'idée, c'est de garder l'importance de l'alimentation équilibrée. L'excès n'est pas bon, dans un sens ou dans l'autre.
- Speaker #0
Quels sont les principaux risques pour la santé si on a une alimentation qui n'est pas très saine finalement ? Les différentes formes de malnutrition, mais que ce soit du côté du surpoids ou de l'obésité et du reste ?
- Speaker #1
Finalement, on sait par exemple que l'obésité va être un facteur de risque d'aggravation de certaines pathologies, mais finalement sur un peu tous les domaines. Ce qui est bien connu, c'est sur les maladies cardiovasculaires, l'hypertension artérielle, les infarctus par exemple, mais aussi sur la respiration, sur le syndrome d'apnée du sommeil. Sur l'asthme aussi, ça va créer une aggravation, par exemple des crises d'asthme. Ça va jouer bien sûr sur l'appareil locomoteur, sur les articulations, aussi sur des problèmes dermatologiques, avec des problèmes de peau, sur des problèmes gynécologiques. Finalement, plus que la malnutrition, l'obésité peut aggraver certaines maladies. Et en parallèle, un sous-poids secondaire à... Une anorexie, par exemple, peut créer aussi des problèmes endocriniens, des problèmes métaboliques sur le potassium, par exemple, ou des choses comme ça, aussi sur le cœur. Encore une fois, l'excès d'un côté ou de l'autre n'est pas bon pour la santé.
- Speaker #0
Quand on regarde les chiffres aujourd'hui sur la précarité des jeunes, la précarité étudiante, on voit qu'un étudiant sur deux, par exemple dans une enquête récente, dit renoncer à des achats alimentaires pour des raisons financières, que 46% des étudiants admettent avoir déjà supprimé un repas par manque de moyens. L'alimentation reste la première chose, la première dépense qui est finalement sacrifiée en général par les jeunes en 2023 pour des raisons financières. Comment est-ce qu'on peut continuer à s'alimenter sainement sur un petit budget ?
- Speaker #1
Alors c'est vrai qu'il y a certaines catégories d'aliments qui ont un coût plus que d'autres. Alors la viande rouge, c'est vrai que ça coûte cher, mais on ne doit pas manger de la viande rouge tous les jours par exemple. Une fois par semaine, voire deux par semaine, c'est suffisant. Après, il y a tout ce qui est la viande blanche, et puis après les œufs. Il faut vraiment varier ses sources de protéines. Pareil pour les légumes, souvent on me dit que ça coûte cher, mais finalement, on peut prendre les légumes surgelés. qui sont nutritivement parlant, parfois même meilleurs que des fruits qui sont restés sur l'étal pendant un mois. Un mois, j'exagère. Effectivement, l'alimentation peut coûter cher, mais il y a des astuces aussi. On peut cuisiner, par exemple, pour plusieurs repas et congeler. Du coup, souvent, quand on cuisine en grande quantité, ça coûte moins cher. Après, on peut céder des restaurants collectifs, des choses comme ça, pour avoir des repas équilibrés.
- Speaker #0
Quelles sont les autres spécificités par rapport à la population des jeunes adultes ? On a parlé un peu de la précarité financière qui est un enjeu important, mais les autres spécificités de cette population-là dans le rapport à la nourriture, à l'alimentation ?
- Speaker #1
Alors c'est vrai que chez les jeunes essentiellement, mais même chez tout le monde, il y a un rapport au corps qui est important, et un rapport à l'image du corps, avec parfois même une dysmorphophobie où on se voit différemment de ce qu'on est vraiment dans un sens ou dans l'autre. Et du coup, la nourriture, ça va être un moyen d'action sur cette image du corps. Et du coup, on va entraîner parfois des privations importantes pour... ressembler à l'image qu'on aimerait ou par rapport à une pression sociale, à une pression familiale. Et du coup, on va parfois entraîner des régimes très restrictifs où on va dévier l'équilibre alimentaire avec des fois des pratiques de restriction importantes dans le but d'agir sur son poids. Et la restriction, ça entraîne de la frustration. C'est-à-dire que le corps humain, il n'est pas fait pour se frustrer sur le long terme. Et donc, plus on va induire des frustrations, et plus on risque d'entraîner des compulsions par derrière. Et le problème d'un régime restrictif, c'est qu'effectivement, au début, on va perdre du poids, puisqu'on va manger moins, on va réduire ses apports, etc. On va forcément lâcher ce régime, à plus ou moins long terme, en fonction de si c'est notre premier régime ou notre dixième régime. Mais du coup, quand on perd du poids rapidement, on va perdre essentiellement de la masse musculaire. C'est ce qu'on mobilise en premier en situation de perte de poids rapide. Et donc du coup, on va avoir tendance plutôt à se dénutrir. Et du coup, sur le corps, finalement, à force de faire des régimes, on perd de la masse musculaire et on va gagner plutôt en masse grasse. Et il n'est pas rare de voir, par exemple, une jeune femme qui, à 18 ans, voulait ressembler à ses copines qui ont des morphologies plutôt filiformes, alors qu'elle, elle avait plutôt plus de forme et un poids tout à fait normal, et de la voir revenir plutôt à 40 ans après 10 régimes. et un poids qu'elle n'arrive plus à maîtriser, et être complètement perdue sur ses habitudes alimentaires, parce que finalement elle ne s'écoute plus, et du coup elle est tout le temps en restriction, craquage, etc. Donc là ça joue sur la santé mentale, et ça joue sur le corps physique.
- Speaker #0
À partir du moment où ça bascule dans la pathologie, Quelles sont les choses qui arrivent un peu en amont ? Donc là, on parle des régimes qui peuvent induire certaines compulsions. Il y a d'autres facteurs qu'on pourra développer aussi derrière, mais peut-être déjà faire le lien avec votre pratique clinique, les choses que vous avez pu observer dans l'accompagnement des personnes qui sont... qui rencontrent des difficultés au niveau des troubles des conduites alimentaires.
- Speaker #1
C'est un peu le point commun de tous les patients, c'est que la base pour maintenir un poids stable, il faut s'écouter. Peser des aliments sur une balance, finalement, ça ne nous aide pas puisqu'on ne sait pas de combien le corps a besoin au moment où on va manger. Par contre, son estomac, on l'a tout le temps avec lui. Et du coup, il suffit de l'écouter. Alors, il suffit, ça paraît facile quand je le dis comme ça, mais en fait, ça met beaucoup de choses en jeu, bien sûr. Mais il faudrait, dans un monde idéal, manger quand on a faim, s'arrêter quand on a plus faim et ne pas manger quand on n'a pas faim. Donc, voilà, ça paraît très facile. Après, il y a tout le versant psychologique qui rentre en jeu, les envies de manger, l'alimentation émotionnelle. Les aliments réconforts et puis aussi toute l'habitude éducationnelle. C'est-à-dire que moi j'ai plein de patients où il faut finir son assiette, c'est quelque chose qui est ancré depuis tout petit, on ne gaspille pas. Et c'est vraiment le point commun de tous les patients, c'est qu'il faut être à l'écoute de son corps et essayer de ne pas se faire influencer par tous les facteurs extérieurs. Bien sûr, on a le droit à des aliments plaisir, sinon ça revient en restriction. Bien sûr, on va faire des restos, des fois on va manger en excès, mais ça c'est pas un problème. Et dans le quotidien par contre, on essaye de s'écouter. C'est pas l'aliment qui fait grossir. Par exemple, quand je fais un point avec les patients, qu'est-ce qui fait grossir ? On va me dire les frites, etc. Mais finalement, c'est pas les frites qui font grossir, ça va être la quantité, la fréquence qui va faire grossir.
- Speaker #0
Aussi la spécificité du public des jeunes, souvent c'est la première fois où ils vont quitter le foyer familial, où il y avait certaines habitudes peut-être ancrées, par exemple finir son assiette, ne pas conserver, finir le plat. Qu'est-ce qu'on pourrait en dire de ça ?
- Speaker #1
Alors c'est vrai que quitter le domicile ça met en jeu beaucoup de choses, aussi bien sur le changement des habitudes alimentaires. C'est vrai que si un jeune ne cuisine pas chez lui, il va se retrouver dans son appartement avec des fois pas vraiment de notion d'équilibre alimentaire. Et puis il va suivre les copains, aller plus régulièrement au fast-food, au resto, des aliments vraiment plus pré-préparés qui du coup... vont perdre un petit peu de l'équilibre alimentaire et des fois ils vont aussi lâcher prise. C'est-à-dire que c'est vrai que s'il y a une alimentation un peu trop dans le contrôle familial au niveau de la famille, ça va être le sentiment de liberté et du coup de partir un peu en excès. Donc c'est vraiment un moment un peu charnière où il faut bien sûr se faire plaisir. et profiter des moments festifs, etc. Mais tout en gardant en tête l'équilibre alimentaire, l'importance de chaque aliment et essayer de maîtriser son budget, comme on disait tout à l'heure, avec pourquoi pas les légumes surgelés. Souvent aussi, ce qui se passe, c'est que pas mal de jeunes qui font beaucoup d'activités physiques au lycée ou en dehors au moment de l'adolescence. Et finalement, quand on rentre en études supérieures ou quand on commence la vie active, d'un seul coup, on arrête tout. Et du coup, ces patients-là, ils sont un peu perdus parce qu'ils ne contrôlaient pas leur alimentation, leur quantité. Et puis en fait, ils arrivaient assez bien à compenser grâce à l'activité physique qu'ils faisaient. Puis du jour au lendemain, ils passent de 5 heures de sport par semaine à zéro sans changer d'alimentation. Et là, ça peut aussi être un peu perturbant.
- Speaker #0
Il y a une période d'ajustement qui n'est pas évidente finalement.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Et donc c'est pour ça que ce qui est vraiment très important, c'est d'essayer de rester à l'écoute de soi.
- Speaker #0
Est-ce que vous pouvez nous parler un petit peu plus de votre pratique clinique ? Qu'est-ce qui se passe quand on vient voir une nutritionniste ? Comment se passe un entretien ? Comment se passe l'accompagnement aussi ?
- Speaker #1
Quand on vient me voir en consultation, l'idée c'est de faire un bilan un peu complet des problèmes de santé, donc des antécédents, des éventuels traitements que le patient a déjà eu, des antécédents familiaux aussi. L'histoire du poids de la famille, s'il y a des parents en obésité ou en sous-poids. Ensuite, de faire toute l'histoire du poids. Ce qui me prend pas mal de temps, en fonction de l'âge du patient bien sûr, mais du coup de reprendre un peu l'histoire du poids de l'enfance à maintenant. A partir de quand le poids a commencé à poser problème, est-ce que c'est vraiment dans la petite enfance ou plutôt à l'adolescence ? Comment a réagi l'entourage à cette prise de poids ? Et est-ce qu'il y a eu un moment où le patient peut lier cette prise de poids ? Par exemple, souvent, il peut y avoir un déménagement, il peut y avoir le divorce des parents, il peut y avoir un décès dans la famille, il peut y avoir un changement d'école, des choses comme ça. Et parfois, le patient va faire le lien, il va se dire ah bah oui C'est vrai qu'à ce moment-là, il s'est passé ça. Et donc là, on va rentrer plus dans la gestion des émotions avec l'alimentation ou le changement des habitudes. Il faut essayer vraiment de trouver un petit peu les facteurs qui auraient pu aggraver cette prise de poids. Et après on passe sur l'examen clinique, puisque je disais l'obésité ça peut avoir des retentissements sur la santé, on recherche des complications possibles de l'obésité, et du coup avec prise de sang, j'envoie vers des examens complémentaires parfois, le pneumologue ou le cardiologue, dépistage d'apnée du sommeil, le gastro-entérologue, tout ça en fonction des besoins. Et après on passe sur l'enquête alimentaire, les contextes de repas, quand est-ce que je mange, vraiment sur le rythme alimentaire de la journée. Comment je mange ? Est-ce que je mange vite ? Est-ce que je mange devant la télé ? Est-ce que je mange seule ? Est-ce que je mange... Enfin voilà, tout ça, ça va être important. Et puis voilà.
- Speaker #0
Et quelles sont les plus grandes difficultés souvent rencontrées dans les accompagnements ?
- Speaker #1
Alors la plus grande difficulté, c'est d'essayer déjà de casser un peu les idées reçues. Moi je ne vais pas donner de plan alimentaire par exemple, où il faut manger 100 grammes de féculents. C'est pas réalisable au quotidien. Maigrir, c'est pas se priver. Et le plus dur, c'est de recentrer le patient sur ses sensations. Et des fois, c'est plus difficile, parce que finalement, suivre un plan, on suit ce qu'on nous a demandé, donc dans un premier temps, c'est facile. Mais sur le long terme, ça tient pas. Par contre, être à l'écoute de soi et travailler sur soi-même, au début, c'est difficile. Mais finalement, l'idée, c'est qu'après, le patient soit autonome toute sa vie parce qu'il a appris à s'écouter et à gérer ses émotions aussi autrement. Donc, alors moi, je ne travaille pas seule, en fait. Il y a toute une équipe multidisciplinaire avec la diététicienne, la psychologue, l'éducateur en activité physique. Tout ça, c'est complémentaire et le poids, ça met en jeu tellement de paramètres psychologiques, l'équilibre, etc.
- Speaker #0
Et quelles sont les idées reçues les plus fréquentes que vous avez pu rencontrer ou les plus aberrants ?
- Speaker #1
Alors les trucs les plus aberrants, si je prends par exemple l'exemple d'une consultation de cette semaine où une patiente avait vraiment un peu tout essayé et puis là, elle m'a reparlé d'un... d'un régime qu'elle a tenté il y a quelques temps avec du jus de citron et du piment de Cayenne et des gélules à l'orange sanguine. Je n'ai pas très bien compris tout ce qu'elle faisait, mais du coup, n'empêche qu'au niveau santé, avant ça, elle n'avait pas de problème digestif particulier. Et puis finalement, là, elle se retrouve aussi avec des reflux. Alors, est-ce que c'est lié ? Vraiment, elle va faire un bilan gastro-entérologique et tout ça, mais finalement... Il n'y a rien de magique pour perdre du poids et le fait que des gélules ou du jus de citron pourraient améliorer la perte de poids, peut-être que ça a marché pour une personne, mais ce n'est pas basé sur des choses scientifiques qui feraient que le jus de citron fait maigrir. C'est vrai que sur les réseaux sociaux, les gens partagent beaucoup leur expérience personnelle, mais est-ce que vraiment c'est fondé sur... Sur des études, est-ce que c'est reproductible pour tout le monde ? Non, pas forcément. Donc il faut vraiment essayer de se faire accompagner au mieux pour trouver la meilleure solution pour soi. Quand je vois arriver une jeune de 20 ans, on va dire, qui se pose des questions sur son poids, et du coup, finalement, c'est pas plus mal qu'elle vienne me voir, comme ça au moins elle ne commence pas un régime pour rien. Et donc soit je lui dis, en fait, il n'y a pas besoin de perdre de poids, votre composition corporelle elle est bien, parce qu'elle est dans son IMCE cible, etc. Et donc du coup ça va aussi la rassurer, soit effectivement elle a besoin d'un accompagnement, et dans ces cas-là... On travaille comme je le disais sur l'écoute de soi et du coup les aliments plaisir mais en s'écoutant et du coup au moins on commence pas un premier régime yo-yo pour 5 kilos.
- Speaker #0
Est-ce qu'on pourrait revenir sur les troubles des conduites alimentaires concrètement qu'est-ce que c'est ?
- Speaker #1
Alors, troubles du comportement alimentaire, c'est des diagnostics psychiatriques qui répondent à des critères précis. Donc l'anorexie mentale, la boulimie et l'hyperphagie boulimique. Donc du coup, l'anorexie mentale, finalement, c'est la restriction alimentaire dans le but de perdre du poids, la peur de reprendre du poids et de devenir gros. et l'altération de l'image du corps, donc la dysmorphophobie. Après la boulimie, c'est la survenue d'épisodes récurrents d'hyperphagie incontrôlée. C'est-à-dire qu'on va manger des aliments largement supérieurs à la moyenne en peu de temps. Et souvent, c'est associé à une impression de perdre le contrôle. On n'arrive pas à s'arrêter et on ne comprend pas pourquoi on n'arrive pas à s'arrêter. Et on a des manœuvres compensatoires. Par exemple, ça peut être des vomissements, mais ça peut être aussi la prise de laxatifs, ça peut être un exercice physique intense, etc. Et du coup, ils ont rajouté l'hyperphagie boulimique, où là, ça ressemble un peu à la boulimie au niveau des ingestions, mais on ne va pas avoir les phénomènes compensatoires.
- Speaker #0
Est-ce que vous avez une idée, un petit peu, une ordre d'idée de la prévalence hommes-femmes sur les différentes pathologies ?
- Speaker #1
Alors, l'anorexie mentale, en fait, c'est à peu près 1,4% des femmes et 0,2% des hommes au cours de leur vie. Et la boulimie, elle est un peu plus fréquente, 1,5% des jeunes, 3 filles pour un garçon. Et par contre, l'hyperphagie boulimique, donc là, c'est 3 à 5% de la population et elle touche... quasiment autant les hommes que les femmes. Et ça, c'est plutôt diagnostiqué à l'âge adulte.
- Speaker #0
Dans les signes qu'on peut observer, quels sont les signes les plus fréquents ? Il y a la question du poids, la question des habitudes alimentaires. Peut-être que vous pouvez développer un petit peu plus ?
- Speaker #1
Par rapport à l'anorexie mentale, ça va être plutôt un critère de poids, parce que l'idée c'est de vraiment avoir un poids inférieur à ce qui est attendu par rapport à la taille. Pour la boulimie, c'est un peu plus compliqué, dans le sens où souvent les patients ont un poids normal, et du coup c'est plutôt à l'interrogatoire. Et après dans l'hyperphagie boulimie, les patients sont plus souvent en obésité. Et du coup, on le découvre un peu plus tardivement. Et donc, souvent, quand ils veulent se prendre en charge, ils racontent un peu plus facilement leurs yo-yos, leurs raisons de prise de poids.
- Speaker #0
Souvent, c'est accompagné d'une valance affective ou émotionnelle importante.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai que le versant psychologique joue beaucoup dans le poids. Ça permet de gérer ses émotions et finalement, ça, c'est assez humain. Et manger un carré de chocolat quand on n'a pas le moral, finalement ça fait de mal à personne. On le fait tous. Le problème c'est quand on arrive à la plaque et qu'on n'arrive plus à gérer, et que finalement ça ne suffit pas, et que c'est que notre mécanisme en fait. Et c'est à partir de ce moment-là où on peut se poser des questions. Finalement je ne suis même pas capable de faire un régime, donc ça renvoie encore une image négative de soi. Et du coup on retombe dans une alimentation émotionnelle, donc finalement en plus d'abîmer un peu le corps, ça abîme aussi l'esprit avec un cercle négatif du allez j'y vais et puis finalement je craque parce que j'y arrive pas et du coup je retombe dans une alimentation émotionnelle importante. Il faut expliquer aussi aux patients que... que perdre du poids 5 kilos en un mois, ce n'est pas possible. Ou alors, il faut faire une restriction hyper importante, mais du coup, ça met en jeu la santé. Et finalement, l'idée, c'est d'apporter des clés, des outils, mais finalement, le changement que le patient va mettre en place, c'est lui qui va le décider. Par exemple, si j'aime bien manger devant ma série, parce que j'ai 40 minutes de pause, c'est le temps d'un épisode, et voilà, ça c'est... Des clés qu'on va donner, oui, manger devant les écrans, ça perturbe les sensations. Et donc l'idée, c'est qu'il s'approprie les conseils qu'on va lui donner pour qu'après, ça soit durable sur le long terme. Donc il n'est jamais trop tard. Mais après, c'est vrai que quand on a pris beaucoup de poids, il faut aussi se rendre compte qu'on ne peut pas forcément revenir au poids de ses 18 ans. Et que du coup, on ne peut pas non plus faire un poids qu'on n'a jamais fait. On ne peut pas tous faire 65 kg pour 1m70. Oui, il faut perdre du poids pour améliorer sa santé, mais il ne faut pas avoir un objectif, un poids démesuré, inaccessible.
- Speaker #0
Peut-être un mot pour la fin, s'il y avait une chose à retenir de cette conversation. Qu'est-ce que ça serait ?
- Speaker #1
C'est l'importance d'une alimentation équilibrée, puisque le corps a besoin de tout. Et surtout, il faut être à l'écoute de soi. C'est-à-dire qu'on mange parce qu'on a faim, et on s'arrête de manger parce qu'on n'a plus faim. Et il ne faut pas oublier aussi que la sphère psychologique joue beaucoup sur l'alimentation. Autant quand on arrête de fumer, c'est déjà difficile, mais le tabac, on n'est pas obligé de l'avoir au quotidien. Quand on travaille l'alimentation, c'est un besoin. essentiel, donc on ne peut pas supprimer l'alimentation et donc c'est encore plus difficile à travailler. On mange aussi pour se faire plaisir, on mange en s'écoutant et on travaille avec des psychologues si besoin sur les émotions, sur le passé psychologique, etc. Dans cet épisode sur la nutrition, vous venez d'entendre Samantha Dabovil, psychologue clinicienne au relais social de la Cité internationale, et le docteur Pamela Neslany, médecin nutritionniste. Et si on en parlait autour d'une tasse de thé, un podcast produit par la Cité internationale universitaire de Paris et Frixion, avec le soutien de la Fondation Ramses Santé.
- Speaker #0
Retrouvez tous les podcasts de la Cité internationale universitaire de Paris sur notre site ciup.fr