- Speaker #0
Bonjour à tous, bienvenue dans ce nouvel épisode. Aujourd'hui, on va aborder la question de la santé sexuelle, donc plus précisément des infections et des maladies sexuellement transmissibles. Donc bonjour docteur Pierre-André Becherel, merci d'être avec nous aujourd'hui.
- Speaker #1
Bonjour, merci de m'avoir invité.
- Speaker #0
Donc vous êtes médecin dermatologue et vénérologue à l'hôpital privé d'Antony. Vous êtes directeur scientifique de l'Observatoire des maladies cutanées chroniques inflammatoires. Je vais peut-être vous laisser vous présenter un petit peu.
- Speaker #1
Voilà, donc à l'hôpital d'Antony, on a un service de dermatologie qui, je dirais, est assez classique, c'est-à-dire qui a affaire avec toute la dermatologie, dont la dermatologie infectieuse et dont... Les infections sexuellement transmissibles sont l'objet du post-cadre d'aujourd'hui, donc on en voit de plus en plus, ce qui sera un peu l'objet de la discussion à venir, et on en a effectivement une certaine expérience, comme la plupart des services de Dermato de France d'ailleurs.
- Speaker #0
En effet, j'avais un petit peu regardé pour peut-être avoir un ordre d'idée. J'avais vu que selon Santé publique France, entre 2017 et 2019, on observe une hausse de 41% chez les femmes entre 15 et 24 ans pour ce qui concerne la chlamydia et pour les hommes de 45%, donc chez les hommes entre 15 et 29 ans. Vous pouvez nous en parler un petit peu plus de ce contexte d'aujourd'hui, de ce que vous pouvez vous observer dans votre pratique en termes de... De l'évolution de ce qu'on observe dans les IST, les MST, est-ce que vous pouvez observer ?
- Speaker #1
Oui, c'est un vrai problème de santé publique en effet, et ça va un peu contre les idées reçues. puisque jusqu'à présent on considérait, notamment avec le port du préservatif, que le problème était presque derrière nous. C'est un peu ce que croient beaucoup de gens, notamment parmi les jeunes, on pense que c'est fini. Or on se rend compte que pas du tout, finalement, qu'il y a un relâchement, notamment à la population jeune et étudiante particulièrement, pour ce qui nous intéresse aujourd'hui. Et donc oui, le taux des IST est en pente ascendante très nette. Les IST classiques, mais même toujours les contaminations par le veillage, donc vraiment, Le problème non seulement n'est pas terminé, mais revient au goût du jour.
- Speaker #0
Et est-ce que vous avez une idée de ce qui pourrait influencer sur cette augmentation ou les causes possibles ?
- Speaker #1
Oui, on en a une certaine idée. D'abord, il y a une lassitude de tout le monde vis-à-vis du port du préservatif. On se dit, il y a de moins en moins d'infections, donc on peut se relâcher effectivement. La deuxième chose, paradoxalement, qui est importante à comprendre, c'est que l'arrivée de la PrEP, qui prévient la contamination par le VIH, a finalement libéré un peu les esprits et laissé croire que prendre une PrEP, c'était se protéger de tout. Et c'est complètement faux. Ça protège du VIH, c'est vrai, et heureusement. Mais ça ne protège pas des autres infections transmises. Et donc, paradoxalement, on a une amélioration plutôt sur le plan de la prévention du VIH. C'est vrai, ça fonctionne bien, c'est quasiment du 100%, c'est très efficace. Mais, comme on ne se protège plus, les autres infections en profitent et leur taux augmente parfois en flèche. Donc c'est ça qui est compliqué. C'est qu'à la fois, on a gagné d'un côté le VIH, mais les nouveaux modes de consommation sexuelle font que finalement, on perd de l'autre. les infections plus anciennes qui reviennent au bout du jour.
- Speaker #0
Justement, peut-être, est-ce que vous pouvez nous en dire un petit peu plus sur ce qu'on observe en termes des IST, des MST les plus courantes ? Qui est-ce que ça touche et qui sont les populations ou les groupes de personnes les plus vulnérables à certaines ?
- Speaker #1
Absolument. La plus connue et je pense que les femmes connaissent davantage, les jeunes femmes connaissent davantage que les hommes, c'est la chlamydia, qui est une bactérie. Pourquoi c'est important ? Pour deux raisons. D'abord parce qu'elle se transmet à bas bruit. ça ne pique pas, ça ne brûle pas, ça ne fait pas mal, etc. Donc on se contamine et on est porteur sans le savoir. Et deuxièmement, chez les femmes, c'est ça qui est important, c'est une cause de stérilité, là encore à bas bruit. C'est-à-dire qu'on se rend compte quelques années après qu'on ne peut pas faire d'enfant parce qu'on a été contaminé, qu'on ne s'en est pas rendu compte, qu'on n'a pas été traité à temps. Donc le chlamydia, vraiment, c'est l'infection contre laquelle il faut lutter avant tout. Il y a le retour en force de la gonococcie, qu'on appelle blénoragie. Alors qui elle, contrairement au chlamydia, est très symptomatique, ça brûle, ça fait mal, ça se remarque généralement. La syphilis remonte également, elle est quand même moins importante que les autres, c'est une infection qui se traite bien. Et puis quand même un dernier mot sur le papillomavirus, l'HPV ou PVH en bon français, qui est cette infection virale qui est très fréquente, qui est à la mode aujourd'hui avec le vaccin qui est proposé à toutes les filles et les garçons entre 11 et 14 ans, qui est une infection importante parce qu'elle aussi est à bas bruit. Et là, encore une fois chez les femmes, là c'est pas la stérilité, mais c'est les risques d'athème du col et des cancers du col ulpérieurs. Celle-là en plus c'est important parce qu'il y a un vaccin qui peut la prévenir, donc on a vraiment de quoi agir. D'où sensibiliser, d'où tenir ce genre de discours pour vraiment apprendre les bons gestes et les bonnes pratiques.
- Speaker #0
Vous avez parlé de différents types d'infections et de maladies virales, bactériennes. Concrètement, qu'est-ce que ça veut dire ? Comment ça se traite différemment ?
- Speaker #1
Une bactérie, chlamydia, gonocoque, syphilis, ça se traite par des antibiotiques, comme une angine finalement. Donc des antibiotiques, c'est facile à prendre et ça marche souvent bien, et ça marche bien d'ailleurs. C'est très rare les résistants, donc ces maladies sont bien traitées. Un virus, papillomavirus, HPV. ou le VIH bien sûr, ça n'est pas traité par des antibiotiques. Les antivirus, on en a très peu, ça ne marche pas bien du tout. Et donc là, c'est totalement différent, c'est la prévention qui est avant tout indispensable. Donc quand il existe les vaccins, car une fois qu'on est contaminé, c'est comme une grippe. Une grippe, c'est un virus. Une grippe, tout le monde sait que pendant 15 jours, on est coincé au fond du lit parce qu'il n'y a pas de médicaments efficaces. C'est pareil pour l'HPV et pour le VIH, tout le monde le sait. On n'a pas de traitement efficace, donc il faut détruire les lésions. Et quand on peut... Heureusement, c'est le cas pour l'HPV, les prévenir. Donc voilà, bactéries, chlamydia, gonocoque, syphilis, on traite assez facilement, c'est vrai. Virus, HPV, VIH, on n'a pas de traitement facile, donc c'est prévention et vaccin.
- Speaker #0
Il y avait la question aussi des maladies à bas bruit, la question des symptômes qui sont plus ou moins bruyants, qui peut poser justement des difficultés parce qu'on peut ne pas se rendre compte qu'on a été infecté. Dans ces cas-là, comment est-ce qu'on peut savoir si on a contracté une ISC et une MST ? Qu'est-ce qu'on peut faire aussi justement pour prévenir davantage ?
- Speaker #1
Alors effectivement, le chlamydia encore une fois, c'est l'archétype de cette bactérie qui infecte sans faire parler d'elle. Ça veut dire que dès qu'une jeune femme, qu'un homme jeune d'ailleurs, a commencé sa vie sexuelle, il faut aller consulter régulièrement. Il faut prendre effectivement ce pli, qui n'est pas forcément évident, parce qu'encore une fois on ne sent rien, on se sent un peu tout puissant, immunisé, etc. Et c'est peut-être dans des structures comme justement... Des cités universitaires, dans des universités où il peut délivrer ces messages importants, que c'est capital de les délivrer. Dès que la vie sexuelle a commencé, il faut aller voir soit son médecin, soit un centre de prévention qui peut être intégré par exemple dans une CTU, dans une fac par exemple. Il faut aller voir, il faut se faire dépister. Il ne faut pas se dire, oh mon Dieu, s'il y a quelque chose, ça se traite maintenant. Donc il faut se faire dépister, les examens sont simples, soit dans le sang, soit dans les urines, donc la midia par exemple. Ça se dépisse facilement, ça se traite ensuite comme on l'a dit facilement, comme toute bactérie. Et donc à la fois on se soigne soi, on soigne les autres. C'est une question de responsabilité, un peu de civisme presque, on peut dire, à acquérir dès la vie étudiante. Donc le maître mot c'est ça, c'est dès qu'on a débuté sa vie sexuelle, il faut avoir conscience qu'il faut se faire dépister régulièrement. Mais je reconnais que pour ça il faut aussi qu'il y ait des structures adaptées.
- Speaker #0
que l'information puisse circuler justement sur ça. Et comme souvent ça arrive qu'il y ait des appréhensions par rapport au dépistage, comment est-ce que ça se passe un entretien par exemple avec vous, avec un médecin, quand quelqu'un vient se faire dépister ou quelqu'un vient pour ces questions-là ?
- Speaker #1
Alors il faut surtout ne avoir aucune crainte, ça se fait avec bienveillance et sans aucun jugement. Que ce soit un médecin qu'on consulte dans son cabinet, que ce soit un centre médical où on rencontre soit d'ailleurs des médecins, soit des infirmiers qui sont un peu spécialisés par exemple dans ce sujet, le maître mot c'est avant tout la bienveillance et le non-jugement. Chacun a une vie sexuelle, il peut y avoir des incidents, c'est comme ça, il faut les réparer. Ça se répare relativement facilement, ça se prévient bien. Donc surtout ne pas avoir la moindre crainte. Tout le personnel médical, paramédical qui est dédié, qui se consacre un peu à ces tâches, connaît parfaitement la façon d'aborder, notamment les jeunes qui viennent consulter pour ces sujets. Et donc la bienveillance est vraiment de rigueur. Donc surtout, surtout, aucune crainte. Personne ne sera jugé.
- Speaker #0
Peut-être qu'on peut avoir un mot sur les pratiques sexuelles à risque. Quelles sont-elles ? Comment est-ce qu'on peut s'en protéger ?
- Speaker #1
Le mot un peu difficile pour commencer, mais on va vite le corriger, c'est que toutes les pratiques sexuelles sont à risque finalement, mais à des degrés divers effectivement. Bien sûr, la pénétration, c'est évidemment la technique qui donne le plus de transmission. la pénétration, qu'elle soit vaginale, qu'elle soit anale, qui est encore plus à risque, quand la muqueuse est plus fragile. Donc là, il faut de nouveau, de nouveau rappeler que le port du préservatif, il est fondamental, vraiment. Ça se perd, j'ai le droit de le dire dix fois au cours de ce podcast, ça se perd vraiment. Il faut rappeler aussi que les relations buccales sont également à risque, mais elles le sont moins. Et parfois, on l'ignore, mais il suffit d'avoir une petite plaie buccale, par exemple, d'avoir un soin dentaire pas longtemps avant. et évidemment ça peut être une porte d'entrée à l'infection. Les mêmes microbes peuvent être transmis. On peut avoir un chlamydia transmis par voie orale, par exemple, c'est peut-être la gonocoque par voie orale, la syphilis par voie orale, un HPV par voie orale. Donc il faut rester vigilant. L'autre mot, c'est se responsabiliser. Quoi qu'on fasse, il y a toujours des petits risques. Donc il faut savoir dialoguer avec son ou sa partenaire, effectivement. Il ne faut pas avoir peur, ça doit devenir normal. Est-ce que tout va bien ? Est-ce qu'il n'y a pas eu un incident récemment ? Est-ce qu'on peut y aller sans risque ? Est-ce que tu as eu quelque chose ? Ça va faire partie d'un dialogue maintenant qui va devenir presque dans les préliminaires.
- Speaker #0
Dans la pratique, il y a peu de résidents qui viennent me voir avec en premier ordre la question des IST ou des MST. Mais la sexualité est souvent abordée dans la consultation. Ce que je reçois fréquemment aussi, c'est des personnes qui ont été victimes de violences, de violences sexistes et sexuelles notamment. On a un petit peu parlé de à quel point c'était important d'avoir... Du dialogue, de la communication dans un couple, du respect, qui nous amène à parler aussi de la question du consentement, que ce soit par rapport à un acte sexuel au port du préservatif, ou au préliminaire, ou à quoi que ce soit, la possibilité aussi de dire non à n'importe quel moment.
- Speaker #1
Oui, c'est une partie intégrante effectivement de la santé sexuelle, le consentement est évidemment plus souvent des jeunes filles. Et notamment, on revient à l'éducation, c'est-à-dire qu'un partenaire qui refuse de porter un préservatif, par exemple, il faut que les jeunes femmes apprennent à être intransigeantes et fermes. Préservatif, c'est comme ça, c'est fondamental, c'est important, je ne te connais pas encore assez, c'est ma santé, c'est mon avenir à moi, je ne veux pas choper quelque chose à cause de toi. Donc ça doit être aussi un message qui doit être martelé fermement. Et je vois, en tout cas moi, à la consultation à l'hôpital, des jeunes femmes qui incontestablement ont peur de tenir ce genre de discours, peur de déplaire au garçon, peur de paraître comme ringarde. Une jeune fille, elle doit prendre le lit dans une relation parfois, c'est préservatif ou c'est non.
- Speaker #0
On entend aussi beaucoup parler aujourd'hui du chemsex. Je trouvais que c'était intéressant peut-être de faire aussi un point dessus pour savoir... Concrètement, qu'est-ce que c'est ? Quelles sont les substances qu'on consomme avec ? Quels sont les risques aussi ? Pourquoi est-ce que ça vient amplifier ?
- Speaker #1
Le chemsex, c'est le sexe chimique, c'est-à-dire que c'est consommer avant ou pendant l'acte sexuel des produits chimiques qui sont censés euphoriser, voire parfois éventuellement majoriser, augmenter encore le plaisir sexuel. Donc c'est une pratique qu'on voit de plus en plus, notamment chez les jeunes, et aussi chez les moins jeunes, ça se développe de plus en plus, des molécules très connues comme le MMDA par exemple. Quel est le problème du chemsex ? C'est que ça fait perdre une partie de la conscience finalement. C'est-à-dire qu'on se sent euphorique, là encore tout puissant, et que je dirais presque naturellement on oublie les mesures basiques de prévention. Et c'est ça aussi qui en partie, en partie seulement, mais en partie explique l'abandon du préservatif, l'abandon du dialogue, comme on l'a dit, on se sent tout puissant, on fait ce qu'on veut, on n'a plus de discernement, on n'a plus de limites finalement.
- Speaker #0
Et en cas de prise de risque, lorsqu'on a pris conscience qu'on a eu des pratiques peut-être plus à risque, Quels sont les premiers gestes à adopter ou la démarche à suivre dans ces cas-là ?
- Speaker #1
Le point essentiel, c'est le VIH quand même. C'est quand même ça, l'IST la plus sévère potentiellement. Donc, effectivement, quand on a pris un risque à considérer, pas de préservatifs, rupture de préservatifs, etc., il y a maintenant des traitements d'urgence pour le VIH, le traitement du lendemain, qui sont disponibles facilement, médecins, centres de dépistage, services d'urgence. On l'oublie parfois, mais si on a pris un risque particulier, la nuit, on peut aller le matin dans un service d'urgence et on aura la délivrance, effectivement, gratuite d'un traitement post-exposition, comme on dit, on sait bien ce que ça veut dire, et qui marche extrêmement bien pour prévenir du VIH. Alors, pour les autres infections, chlamydia, etc., dont on l'a dite, il n'y a pas forcément de traitement systématique parce que ce sont des infections qui se guérissent facilement. Donc là, on peut se permettre de faire un dépistage et de traiter au dépistage. Pour le VIH, c'est différent, comme vous le savez, puisque alors là, ça met 10-15 jours avant de pouvoir être dépisté par les tests sanguins, par exemple, et le virus est déjà intégré. Donc là, le traitement est vraiment un traitement d'urgence.
- Speaker #0
Est-ce que vous pouvez nous parler un peu plus aussi de votre pratique clinique, de ce que vous pouvez observer, peut-être les constats les plus fréquents ou les difficultés les plus fréquentes que vous rencontrez auprès de votre patientèle ?
- Speaker #1
Alors à l'hôpital, on est dans un cadre un peu particulier puisque c'est parfois peut-être moins accessible qu'un centre de dépistage. Il y a plus de craintes peut-être pour les gens qui pensent avoir contracté quelque chose de venir consulter. Il y a déjà des écoulements, il y a déjà des ganglions qui sont apparus par exemple, il y a déjà des plaies qui sont là depuis plusieurs jours. Et puis après les craintes initiales finalement, la jeune femme ou le jeune homme finissent par se décider à consulter parce que ce n'est pas possible de rester comme ça, etc. Ce qui me frappe, c'est le retard à la consultation. Et pourquoi ce retard ? Je suis aussi frappé par ça. Et là aussi, ça va contre une idée reçue. C'est quand même le manque d'informations, je trouve. qu'une pénétration, ça peut être rarie si on le fait 10-20 fois, mais qu'une seule fois ça n'a pas d'importance, etc. Les jeunes, je dirais entre 18-25 ans, en gros pour faire une moyenne, ne sont plus bien informés sur ce qu'est une IST, sur la façon dont ça se transmet, sur la façon dont ça peut se prévenir. Et donc la conclusion, c'est qu'il y a un grand déficit d'informations, je trouve, vraiment. Quand je dis jeunes, ça veut dire ados. Maintenant on a des ados qui débutent leur vie sexuelle à 14-15 ans. et qui sont alors extrêmement sans information.
- Speaker #0
En fonction de nos cultures, en fonction de l'éducation, en fonction de notre environnement, on n'a pas forcément les mêmes bases ou l'information suffisante pour se protéger suffisamment. Quels sont les deux autres facteurs finalement de fragilité ou de risque concernant les IST-MST ?
- Speaker #1
Il y a un échec de l'éducation sexuelle au lycée quand même, il faut bien en parler. Sans stigmatiser personne, il y a un véritable échec. Les ados, quand je vois parfois des ados en consultation, il y a une méconnaissance complète. Donc oui, plus une population est jeune, plus elle est à risque parce qu'il n'y a pas d'informations. Attention, ça ne veut pas dire qu'après 40 ans, on peut faire ce qu'on veut. Évidemment, il y a des IST à tous les âges, même dans les âges, n'est-ce pas, très avancés dans la vie. Les IST dans les maisons de retraite, ça existe, c'est un tabou, mais ça existe. Voilà, donc ça se voit partout. Et on revient à ce problème fondamental qui est... L'éducation, l'éducation sexuelle, là aussi peut-être un tabou sociétal qui n'est pas assez fait dans les petites classes. Il y a quelque chose qui me frappe beaucoup, c'est que vous savez, il y a eu une campagne récente de vaccination contre le papillomavirus, l'HPV, dans les lycées, filles, garçons de 11-14 ans. Et vous savez que, il faut le dire sans langue de bois, c'est un petit échec. Le taux n'a pas dépassé 15%, alors qu'on aurait dû avoir un taux massif, c'est une infection tellement importante. Et là, ça traduit l'échec d'informations. Des jeunes de leurs parents, finalement, qui ont parfois fait des blocages pour un vaccin qui est si important. Il prévient un cancer quand même, le cancer du col, donc c'est essentiel. Et quand on voit l'échec de cette campagne de vaccination, on mesure combien l'information, l'éducation sont en défaut actuel dans nos établissements scolaires. Et là, il y a des efforts majeurs à faire, des tabous qui sont à vaincre, effectivement, mais c'est préoccupant.
- Speaker #0
Quelles sont les idées reçues les plus flagrantes peut-être par rapport au papillomavirus et qui expliquerait en partie ces échecs ou cette crainte à ne pas se faire vacciner, à se faire vacciner justement ?
- Speaker #1
Oui, il y a toujours... Alors, ce problème est compliqué, c'est aussi le problème de la crainte des vaccins. Là aussi, c'est un problème d'éducation, c'est plus scientifique cette fois-ci, de la population, puisque c'est un vaccin qui est extrêmement bien toléré. Pour lever là aussi un tabou, c'est un vaccin inactivé, comme on dit. Ce n'est pas un virus qu'on injecte, c'est des petits fragments de ces virus qu'on injecte pour stimuler l'immunité. La tolérance est excellente, il n'y a pas d'incident particulier, enfin vraiment, il n'y a pas de crainte à avoir. Et donc oui, c'est un échec d'éducation sexuelle, on l'a dit, mais l'éducation est scientifique au sens plus large du terme, c'est-à-dire qu'il y a des craintes qui sont tout à fait non justifiées, des fake news. Le message à marteler, c'est un vaccin fondamental, bien toléré, sans effet secondaire, qui vous empêchera de contracter des infections sévères plus tard, qui peuvent être très embêtantes. Donc oui, oui, oui, éducation, éducation, éducation critique des jeunes dans les lycées, c'est fondamental.
- Speaker #0
Et à partir de quel âge est-ce qu'on peut se faire vacciner pour le papillomavirus et jusqu'à quel âge ? Est-ce qu'il y a des limites à la vaccination ?
- Speaker #1
Alors, à partir de 11 ans. parce que c'est un vaccin sans riz, donc dès 11 ans, on commence tôt, comme ça on est réglé, le problème est réglé, c'est vraiment excellent. Alors la campagne c'était 11-14 ans, mais on peut se faire vacciner jusqu'à 25 ans, il faut le faire après aussi, simplement il n'est plus pris en charge de façon automatique, c'est ça on fait jusqu'à 25 ans, il est pris en charge de façon automatique, après 25 ans il ne l'est plus forcément, même si on a 26 ans et qu'on ne l'a pas fait, il faut le faire.
- Speaker #0
Comment est-ce que vous pensez qu'on pourrait améliorer le parcours de soins ?
- Speaker #1
Ça c'est un problème important parce qu'il faut que les médecins, les soignants soient disponibles. C'est fondamental évidemment pour dépister, conseiller, traiter, etc. Je pense que l'idéal, l'idéal ce serait qu'il y ait à la fois des centres d'éducation et de dépistage qui soient disponibles facilement dans les CTU, peut-être dans les halls des facs, etc. Ou en tout cas un fléchage qui soit extrêmement précis. Parce que moi je constate une crainte parfois de certains jeunes, ados évidemment, ou étudiants d'aller consulter un médecin par exemple, on a un peu honte etc. Et donc le fait d'avoir des structures qui sont un peu plus anonymisées finalement, notamment sur des campus, c'est quelque chose qui est plus simple. On est entre jeunes, on est sur le site même où on vit d'habitude, on n'a pas à aller loin, à sortir. Donc oui, je pense qu'il n'y a pas assez peut-être de déplacement du monde des soignants. Sur les lieux de vie des jeunes et des étudiants, je pense que ça manque un peu et qu'il y a des réticences à consulter. Alors à l'hôpital certainement, aller voir des médecins qui sont débordés et qui parfois n'ont peut-être pas le temps de dialoguer suffisamment. Donc oui, avoir des structures locales sur place, là où vivent les étudiants, c'est un vrai manque en ce moment.
- Speaker #0
Ça rejoint énormément notre expérience ici parce qu'on voit à chaque fois, chaque année, on essaye de mener des campagnes, justement d'avoir des partenaires venir sur le campus pour faire des campagnes de dépistage et ça marche très très très bien.
- Speaker #1
Alors le problème c'est qu'il y a une dimension psychologique là-dessous évidemment, c'est-à-dire qu'effectivement un rapport sexuel c'est quand même du plaisir, c'est quand même du partage effectivement fantastique entre deux personnes. Et donc il faut bien se rendre compte aussi que de trop médicaliser le discours en disant attention, il faut faire attention, il faut aller choper ça, il faut effectivement prévenir ça, cela, attention, etc. ça peut effectivement venir par casser la beauté aussi d'un acte sexuel en soi. C'est compliqué de trouver la bonne distance entre dire la vérité, c'est-à-dire qu'il y a quand même des choses qu'il faut prévenir. Malheureusement, on peut attraper des saletés, à la fois ça reste beau. Donc c'est très compliqué, les médecins ne sont pas les seuls impliqués, les psychologues ont un rôle fondamental dans cette prévention pour conserver un discours, je dirais. à juste milieu, et peut-être que, encore une fois, c'est une question aussi de culture, d'éducation, de dialogue. Un rapport sexuel, c'est beau, surtout si on apprend à retenir certains gestes qui devraient devenir un peu naturels. Mais il est vrai qu'il faut se méfier d'avoir un discours qui est trop médical et qui vient aussi casser un peu ce qui est quand même une des plus belles choses de la vie tout de même.
- Speaker #0
Dans cet épisode sur les IST et MST, vous venez d'entendre Samantha Dabovil et le docteur Pierre-André Becherel, dermatologues et vénérologues. Et si on en parlait autour d'une tasse de thé, un podcast produit par la Cité internationale universitaire de Paris et Frixion avec le soutien de la Fondation Ramses Santé.
- Speaker #1
Retrouvez tous les podcasts de la Cité internationale universitaire de Paris sur notre site ciup.fr.