Speaker #0Depuis l'adolescence, ma relation à l'alimentation était devenue plus que compliquée. Tout ça avait démarré pendant l'enfance. Je me souviens encore quand je rentrais de l'école et que j'ouvrais les placards pour engloutir des bols de céréales ou manger 5, 6, 7 pains au lait en guise de goûter. Mais tout ça me semblait absolument normal, je pensais être bonne vivante, aimer les plaisirs de la vie. Et à l'adolescence, tout a commencé à s'accélérer. J'étais dans une quête frénétique pour plaire, pour recevoir l'amour des autres. Et j'ai bien évidemment commencé à faire attention à mon apparence. Et les premiers régimes sont arrivés pour être plus belle, mieux séduire. Et là, la relation à l'alimentation est devenue considérablement centrale dans ma vie. Je cherchais à être toujours plus belle, toujours plus mince. Il n'y avait pas que ça d'ailleurs, il y avait d'autres addictions. Mais je pensais que c'était normal de vouloir contorsionner son corps pour être aimée. Je pensais que c'était acquis de vouloir être beau et ressembler à certains standards. Et cette relation à l'alimentation a commencé à dicter l'ensemble de mes journées. et devenir presque un objectif qui me permettrait d'obtenir les rares choses que je n'avais pas, à savoir l'amoureux, la personne que je désirais et qui me permettrait d'être heureuse, qui me permettrait de me sentir en sécurité. Pendant longtemps, je me suis raconté que ce mal-être venait principalement de la mort de mon père, que j'avais perdu à l'âge de 5 ans. Et j'ai très tôt commencé à être dans une démarche thérapeutique, à vouloir... être accompagnée par des thérapeutes, des psychiatres, des psychologues. Et je racontais toujours la même histoire. Je me racontais que le problème était une insécurité du fait de la mort de mon père. Donc c'était absolument parfait comme histoire, puisque ça me permettait de justifier mon mal-être et mes addictions, ma difficulté avec l'alimentation, où je pouvais faire des compulsions absolument titanesques et puis me remettre au régime le lundi, me restreindre. Puis à partir d'un certain moment, je pense vers l'entrée au lycée, je commençais à compenser avec le sport aussi. Je voulais faire du sport pour brûler ce que j'avais mangé. Et tout ça était du coup à cause, entre guillemets, de mon histoire, à cause de la mort de mon père. Et j'étais un petit peu prisonnière parce que du coup, je n'avais plus tellement de marge de manœuvre pour corriger cette histoire. Je n'avais plus tellement la possibilité de modifier mon passé. Je n'avais plus ce qui s'était passé et ce qui s'était passé. Donc, je pouvais juste justifier mes comportements et rêver à la même vie sans symptômes. Et donc, je me racontais que finalement, l'ombre au tableau de toute ma vie était... mes symptômes alimentaires, mes addictions, cette impossibilité que j'avais à me contrôler. Et finalement, ça avait une place qui me convenait bien puisque si je regarde rétrospectivement, depuis ma tendre enfance, j'attends un objectif pour tenir et vivre. Et donc je me dis, je me souviens que très tôt, je me disais quand je serai au collège, ça ira mieux. Au collège, j'ai voulu changer de collège. Donc je me disais quand je serai dans l'autre collège, ça ira mieux. Puis quand je serai... dans tel lycée, ça sera super. Et puis quand j'aurai tel diplôme, quand j'aurai mon bac avec mention, quand je serai étudiante, il y avait toujours un objectif futur qui me permettait finalement de mieux tolérer l'instant présent. Et quelque part, ces symptômes addictifs, ils étaient aussi une quête. C'est-à-dire que toute mon adolescence, je me disais que ma vie irait mieux le jour où je serai plus boulimique, le jour où j'arriverai à être mince, le jour où j'aurai le corps parfait qui me permettra d'avoir une histoire avec tel ou tel garçon qui viendrait me sécuriser. qui me permettra d'envisager un futur familial. Il y avait toute une histoire autour de tout ça. Et finalement, mes symptômes, avec du recul, à ce moment-là, me permettaient de tenir et d'avoir une quête. Finalement, j'avais l'objectif d'éradiquer ces symptômes. De l'extérieur, j'avais l'image d'une femme qui réussissait, alors qu'à l'intérieur, je ressentais un vide immense, un vide intersidéral. Un sentiment de mort intérieure, vraiment c'était absolument insoutenable. Sauf que j'étais tellement dans la quête, j'étais tellement dans l'action, j'étais tellement dans la quête de réalisation d'objectifs futurs qui me permettraient d'être heureuse un jour, que je n'avais absolument pas conscience de ce que je ressentais dans mon corps, j'avais l'impression que le problème était dans ma tête. Je glanais mes objectifs, d'objectifs en objectifs, je réussissais finalement les... les quêtes que je plaçais sur ma route, sauf en ce qui concernait les addictions, l'alimentation, l'impossibilité que j'avais à me contrôler avec mon assiette. Mais à l'extérieur, j'avais l'image d'une femme qui réussissait, qui avait coché ses cases, qui était même joviale, qui avait plein d'amis, qui avait une vie sociale réussie. Et pour autant, plus j'avançais dans cette quête... Plus je me sentais vide, plus je me sentais morte, moins je me sentais à ma place. Et petit à petit, l'alimentation n'a plus été la seule manière de fuir ou de combler quelque chose. J'ai commencé à boire, donc ça c'est peut-être arrivé dans les années lycées, où en fait, quand on commençait à boire nos premières bières, nos premiers verres d'alcool, moi c'était jamais qu'un verre, c'était jamais qu'une bière, je me mettais dans des états... où je ne me souvenais absolument pas de mes soirées. En soirée, je ressentais une telle difficulté dans le lien, ce qui est très paradoxal parce que j'étais extrêmement entourée, j'avais plein d'amis, mais je ne me sentais pas sécure, je ne ressentais pas de sécurité dans le lien. J'étais toujours en train de me demander, et mince, si j'ai dit ça, peut-être qu'on va penser ça. Je passais des heures après les moments d'échange à... à refaire l'histoire, à me raconter ce qui s'était dit pour voir où est-ce que peut-être j'avais pas été à la hauteur, où est-ce que peut-être l'autre allait penser quelque chose de moi. Et j'ai commencé à boire. En fait, l'alcool me permettait de ne pas ressentir cette insécurité dans le lien, finalement. D'être peut-être plus vraie, plus authentique, là où je n'arrivais pas à l'être tant je cherchais à être aimée. Et l'alcool est allé avec la cigarette, puisque je ne fumais pas du tout et je ne buvais pas avant d'aller au lycée. Par contre, dès qu'il y avait une soirée, je pouvais fumer jusqu'à deux, trois paquets de cigarettes et boire à ne plus me souvenir de mes soirées. Donc, j'ai commencé à avoir la nourriture, mais pas que. J'avais aussi le tabac, l'alcool. Le travail, pas trop encore à ce moment-là, parce que... Le système scolaire était plutôt facile pour moi, dans la mesure du raisonnable. Je n'avais pas l'impression de devoir fournir trop d'efforts, donc ce n'était pas une quête. Je ne passais pas des heures à travailler. Ça, c'est arrivé plus tard. Mais j'avais vraiment ce trio d'alcool. cigarettes et nourriture qui allaient d'ailleurs bien ensemble puisque quand je buvais j'étais complètement débridée avec la nourriture c'est à dire que je contenais je contenais je contenais toute la semaine j'étais au régime tous les lundis et bah lorsqu'il y avait une soirée avec de l'alcool je mangeais à outrance et puis je me rassurais en me disant que c'était un lendemain de cuite ou que ou pendant la soirée je me souvenais même pas avoir mangé mais je passais des heures à voilà à terminer les placards lorsque je rentrais chez moi. Et lorsque je buvais, lorsque je fumais, ou lorsque je cherchais quelque chose à l'extérieur de moi, ce que j'essayais peut-être de ne pas ressentir, c'était l'anxiété finalement. Je n'avais pas du tout conscience d'être quelqu'un de anxieux parce que je jouais vraiment le personnage extrêmement sûr de lui. Je jouais la personne parfaite qui... qui cochent ses cases et qui semblent sûres d'elle. Et je n'avais même pas conscience d'être quelqu'un d'anxieux ou d'être quelqu'un mal dans ses pompes. Je renvoyais vraiment l'image inverse. Et avec le recul, ce que je cherchais à ne pas ressentir, c'était cette anxiété, cette multitude d'émotions, de ressentis qui avaient été réprimés tout au long de mes choix, de mes journées, depuis des années. et qui était une véritable cocotte minute, qui créait en moi une tension immense dans mon corps. Mais j'étais tellement désincarnée de ce corps, je ne ressentais plus rien dans mon corps. Je n'avais même pas conscience que j'habitais un corps, j'avais simplement l'impression d'être un cerveau qui pense, qui crée des to-do list, et qui agit en ce sens. J'avais des relations amicales multiples, mais je crois que j'étais... jamais vraiment présente dans mon corps et incarnée dans le lien. Je ne ressentais peut-être même pas le lien. Et c'est d'ailleurs peut-être pour ça que j'espérais tant avoir une relation amoureuse avec telle ou telle personne qui me permettrait de me sécuriser dans le lien, en fait, et d'avoir quelque chose de sécure parce que ce serait ma relation. Et le lendemain de certaines soirées, je me réveillais sans me rappeler de ce qui s'était passé. Je n'avais aucun souvenir de la soirée. Mais je trouvais ça fun, en fait. Je me racontais que c'était ça, la vie, et que c'était ça, s'amuser. Mais au fond, je souffrais de plus en plus, parce que je pense que mon système nerveux était de plus en plus activé par ce rythme, par cet alcool, par ces soirées, par ces crises, par ces régimes. Et j'étais en apnée. J'étais en apnée, en fait. Je n'habitais plus mon corps. J'étais un petit peu désincarnée en mode pilote automatique dans ma tête. Et je me réveillais avec un profond sentiment de honte ces lendemains de soirée parce que je ne me souvenais pas de ce que j'avais fait. Du coup, je ne pouvais plus avoir le contrôle sur ce que j'avais dit. Je ne pouvais même plus me remémorer ce que j'aimais faire auparavant, à savoir me refaire l'histoire de la soirée et me raconter où est-ce que j'avais été bonne, où est-ce que j'avais eu la bonne phrase au bon moment pour être la bonne amie. Je ne pouvais même plus faire cette rétrospective-là, puisque je ne me souvenais pas de mes soirées. Et ce qui était particulièrement difficile pour moi, c'était de constater que je pouvais maîtriser énormément de choses dans ma vie, mais que face à mes addictions, je n'avais absolument aucune prise, aucun contrôle. Et c'était d'autant plus dur que plus je faisais ce constat, plus je cherchais à resserrer les vis, plus je cherchais à... me contraindre davantage. Plus les lundis étaient restrictifs, plus les fins de week-end étaient un arrêt total de toutes les substances. Je m'interdisais de fumer le lundi, je me remettais au régime de plus en plus drastique, je me mettais des objectifs de sport de plus en plus importants. Et tout ça, ça a été vraiment crescendo, de pire en pire. À mesure que je glanais les objectifs, là je parle beaucoup du lycée, mais en fait, tout s'est accéléré pendant les études supérieures, où là j'avais des objectifs académiques de plus en plus importants, donc j'ai réussi le concours de pharmacie, puis toutes mes années d'études ensuite. À l'étude de ces examens, j'ai voulu intégrer une grande école de commerce pour avoir un titre supplémentaire qui me permettrait d'être légitime face aux autres. Et donc j'ai intégré l'ESSEC en cursus grande école, donc en repassant les concours. Et à l'ESSEC, j'ai été ensuite en apprentissage, j'ai travaillé dans un grand groupe de l'industrie pharmaceutique. Et plus je Ausha mes cases et... Plus les addictions étaient violentes, virulentes, moins je me souvenais de mes soirées, plus je buvais de manière compulsive et excessive. Et tout était de plus en plus XXL, en fait. Et à force de vivre comme ça, il y a eu un moment où je me suis réellement dit que j'allais mourir. Ce moment, ça a été un point de bascule où je me suis réveillée sur le canapé de quelqu'un sans me rappeler de ma soirée. Mais j'étais à Paris, je n'étais plus dans ma petite ville de province avec mes petits amis du lycée. J'étais dans un monde qui était plus hostile. Et j'ai vraiment ressenti que je pouvais me mettre en danger au point de mourir et peut-être un jour m'effondrer dans une rame de métro ou de m'endormir dans un caniveau. Je ressentais vraiment que je touchais une limite assez dangereuse finalement pour moi. Et c'est alors que j'ai décidé de partir seule. en Mongolie pendant trois mois. Je crois qu'au fond de moi, je cherchais simplement à ne pas rencontrer la mort. C'est très bizarre de dire ça. C'est un élan de vie qui m'a poussée à prendre cette décision, à tout couper avec ma vie parisienne. C'est vraiment un élan de vie très fort, très fugace, qui n'était absolument pas intelligible, absolument pas justifiable, même si, bon, je pouvais raconter que... Je voulais aller en Mongolie parce que j'aimais l'équitation, j'aimais les chevaux. C'était vraiment un message dans mon cœur, dans mes tripes, au-delà de l'intelligible. Et j'ai choisi du coup de partir en Mongolie pendant trois mois, sans que ça ait de sens finalement sur mon parcours. Et je cherchais, je crois simplement à ce moment-là, à ne pas mourir, à ne pas finir dans un caniveau. Je ne cherchais pas à me rencontrer. Même si peut-être qu'une part de moi savait que j'allais me rencontrer et m'a poussée à y aller pour ça. Mais à ce moment-là, c'était vraiment un instinct de survie. C'était si je ne coupe pas, si je ne quitte pas cette vie, alors je vais mourir. Et alors, il va m'arriver quelque chose de grave, en fait. Je ne peux plus continuer comme ça. Et là-bas, lorsque mes repères, mon statut social, mes habitudes ont disparu, je me suis retrouvée face au vide, face à cet espace latent. que je fuyais depuis mon enfance. Là-bas, je me suis retrouvée face à ce que je fuyais, en fait. Face à ce que je cherchais à fuir à travers toutes ces addictions, puisque à chaque fois que je fumais une cigarette, je n'étais pas présente dans mon corps. À chaque fois que je prévoyais de faire un régime, je n'étais pas en train de me demander comment je me sentais. À chaque fois que je grossissais, je maigrissais, je me remplissais, je n'étais pas non plus en train de vivre dans mon corps. J'étais en mode pilote automatique. anesthésiée, dissociée de ce ressenti. Et là, en Mongolie, je me suis retrouvée face à cet espace dans lequel je n'ai plus la possibilité de fuir. Je ne pouvais plus faire de crise de boulimie. Il n'y avait pas d'alcool, pas de cigarette, pas de relation sociale non plus. Puisque les relations que j'entretenais avec la famille nomade dans laquelle je vivais, il y avait la barrière de la langue. Et paradoxalement, j'ai contacté un véritable lien avec ces gens. J'ai ressenti... Peut-être pour la première fois de ma vie que j'avais une place, une consistance. C'est bizarre ce mot, mais je me suis sentie consistante. Là où jusqu'alors je me sentais vide. Alors même qu'avec ces personnes, il n'y avait aucun dialogue en fait, en apparence. Et pour autant, je me suis sentie profondément reliée, connectée. J'avais l'impression qu'on me pouvait lire en moi, au-delà des apparences, au-delà de mes titres, au-delà de... Au-delà de ce que je montrais de moi, au-delà de ce que je croyais être, parce que dans la STEP, on s'en fichait que je sois pharmacienne, on s'en fichait que je sois diplômée de l'ESSEC, on s'en fichait de savoir combien je gagnais, on s'en fichait de mon statut. Et j'ai pu me retrouver face à cet espace que je cherchais à fuir et à contacter le fait qu'il se passe quelque chose dans mon corps. Là où pendant des années, j'étais de thérapie en thérapie pour essayer de comprendre quelque chose qui se vit dans les cellules. Et ce sevrage brutal et cette vie au milieu des steppes m'ont fait ressentir la douleur. La douleur que j'anesthésiais, la douleur que je fuyais depuis tant d'années. Ce sevrage brutal m'a aussi fait ressentir qu'il suffisait de changer de paradigme, de repère. pour que tout ce que je pensais être acquis, pour que tout ce que je pensais être sécurisant ne le soit plus. Savoir faire un tableau Excel lorsqu'il s'agit de rentrer un troupeau n'est plus du tout gage de sécurité. Comprendre, argumenter, lorsqu'on se retrouve face à des personnes qui ne partagent pas notre dialecte, ne fait plus partie des choses qui peuvent me sécuriser. Et ce sevrage brutal et cette vie au milieu des steps, ça a été vraiment pour moi un effondrement. de mes repères. Un effondrement de ma personnalité, du personnage que je jouais, par peur de ressentir ce qui vivait à l'intérieur de mes cellules, ce qui vivait dans mon corps, ce qui vivait dans mes ressentis. Et c'est très fort ce qui s'est passé à ce moment-là, parce que j'ai contacté une souffrance abyssale qui aurait pu me mettre à terre, mais c'est comme si... au cœur de cette souffrance, qui vraiment créait des tremblements, des douleurs dans le corps, mais incommensurables, c'est comme si, à ce moment-là, une porte avait pu s'ouvrir à l'intérieur et plus je contactais la douleur, plus il y avait paradoxalement un espace d'amour et de paix qui grandissait. Et c'est très impalpable comme sensation, mais c'est comme si... il y avait une consistance d'amour qui commençait à naître en moi, qui commençait à s'expandre, à grandir, et qui cohabitait, qui coexistait avec la douleur. Mais c'est comme si jusqu'alors j'avais été vide, morte, il n'y avait ni plaisir ni douleur, puisque tout était excitation et fuite de la souffrance, et euphorie avec effondrement. Et là, pour la première fois, je pouvais contacter dans mon corps, dans mes cellules, dans cette step. que l'amour et la douleur pouvaient coexister dans le corps. Je parle d'amour parce que c'est vraiment ce que j'ai ressenti, mais une forme d'ouverture inconditionnelle à la vie qui coexiste avec la douleur. Et lorsque je suis revenue en France et que j'ai retrouvé exactement le même quotidien, quelque chose avait radicalement, drastiquement... changé en moi parce que cet espace avait été ouvert, parce que je m'étais vue, parce que j'avais pris conscience de mes jeux de rôle, parce que je savais que tout ce que je croyais être n'était que façade, n'était que personnage et représentation par peur pour ne pas contacter cette douleur. Donc en apparence la vie était la même, mais l'espace intérieur depuis lequel je vivais cette vie était extrêmement différent. J'avais exactement le même quotidien, j'ai travaillé de nouveau dans un grand groupe de l'industrie pharmaceutique. Mais tous les jeux de rôle étaient vains. Je voyais les jeux des autres, je ne me laissais plus prendre par mes mécanismes de jugement parce que je voyais que l'autre était identifié à ce qu'il pensait jouer. Et moi-même, je continuais à jouer et je voyais que je savais que je n'étais plus ce que je jouais. Je savais que je n'étais plus... La petite employée, je savais que je n'étais plus le titre, je savais que je n'étais plus mon salaire, je savais que tout ça n'avait plus aucune représentation pour moi. Et petit à petit, j'ai commencé à voir mes propres mécanismes autrement et à comprendre que tout ça n'était qu'une construction pour ne pas contacter la douleur dans mon corps. Tout ça n'était qu'une façade pour ne pas ressentir l'inconfort corporel. pas psychologique, corporelle. L'analyse de l'inconfort corporel, j'ai aussi compris que ce qu'on appelle maladie mentale, c'est bien une maladie mentale, car le mental a pris toute la place, au détriment du corps. Mais le sujet n'est pas mental, le sujet, la souffrance est dans le corps, pas dans la tête. La tête, elle ne fait qu'analyser, justifier, pour nous permettre de ne pas contacter cette souffrance et pour nous protéger. Et c'est très cocasse parce que je me suis retrouvée à ce moment-là dans un grand groupe sur lequel l'image du groupe est extrêmement importante, sur lequel c'est presque une fierté que l'on... Si on pouvait avoir un drapeau avec le nom de cette société qui dépasse notre sac à main ou notre voiture, on pourrait le faire tellement. Il y a une forme de fierté à travailler pour cette industrie et qui définit presque les gens. Au point que... Il y a un espèce de graal dans cette entreprise, qui est d'avoir un CDI avec le titre de cette entreprise et cesser d'être prestataire pour bosser pour ce grand groupe. Et c'est vraiment comme si, à ce moment-là, j'avais atteint le paroxysme des jeux de rôle, de l'identification au personnage, de la valeur de l'autre, tout en ayant conscience que je joue des rôles. Et c'est comme si je m'étais inconsciemment mise à l'endroit où les... les rôles allaient être le plus caricatural et ressembler le plus à un sketch grandeur nature. Et j'ai compris finalement que tout ça n'était que jeu de rôle pour ne pas contacter cette douleur. Et j'ai pu quand même fonctionner plusieurs mois avec ce changement de paradigme, ce changement de posture intérieure qui m'a permis de tenir finalement le cap et d'apprendre aussi beaucoup sur moi, d'apprendre sur les autres, d'apprendre... sur le fonctionnement de l'humain. Mais petit à petit, ce travail n'avait vraiment plus aucun sens pour moi, même si j'apprenais des autres et de moi-même. Et je n'ai pas eu d'autre choix finalement que de démissionner pour ne plus trahir finalement mon cœur et avoir une vie qui ait plus de sens avec finalement là où j'en étais à ce moment-là. Et mes addictions en fait, après la Mongolie, se sont estompées petit à petit. Je n'ai pas eu besoin de faire pour éradiquer les symptômes. Je n'ai pas eu besoin de lutter contre ces symptômes. Ils se sont effrités à mesure que j'ai changé de posture, de paradigme, de manière d'être, de manière de voir les choses, de manière de m'identifier à ce que je suis. Et aujourd'hui, lorsque je repense à la femme que j'étais au cœur de mes addictions... Je ressens une profonde compassion. J'ai l'impression de voir un hamster dans sa roue qui ne pense pas à tourner la tête pour voir qu'il existe autre chose dans sa cage, mais aussi au-delà de sa cage. Et j'ai vraiment l'impression de voir un hamster qui tourne et qui ne voit pas qu'avec le bout de son museau, il peut lever le claqué, ouvrir la porte et partir où bon il lui semble pour se créer un nouvel environnement, une nouvelle manière d'être. d'interagir avec d'autres individus. Et je ressens vraiment une compassion immense pour celle que j'étais et je ressens aussi beaucoup de gratitude d'avoir vécu cette addiction. Pour moi, c'est un véritable miracle d'avoir vécu ces symptômes. Que le corps soit suffisamment intelligent pour, par nos addictions, nous permettre d'intégrer ce qu'on ne s'autorise pas à vivre. Pour moi, les addictions, c'est la forme que prend la vie qu'on ne s'autorise pas à vivre. Et je ressens vraiment une immense gratitude et une immense compassion pour la douleur qu'a ressentie cette qui crie pendant toutes ces années. Et je ressens aussi de la gratitude pour cet apprentissage de cesser de vivre en force et pour laisser la vie nous surprendre parce qu'elle a déposé sur notre route. Et mes addictions, pour moi, ça a été vraiment le plus beau cadeau qui m'a permis de... de vivre différemment, d'apprécier la vie différemment, de réincarner mon corps. Peut-être que si je n'avais pas vécu une désincarnation si grande, je n'aurais jamais fait la démarche de revenir dans ce corps. Je n'aurais même peut-être pas eu conscience. Et aujourd'hui, j'accompagne les personnes qui souffrent de troubles alimentaires, d'addiction, et souvent on me dit « mais j'aimerais être comme ceux qui... » qui se contentent de cette vie-là. Mais je comprends le point de vue et en même temps, moi, si je m'étais contentée de ça sans avoir ces addictions, je serais restée dans une vie grise qui ne correspond pas à qui je suis, à ce qui m'anime, à ce qui m'inspire. J'aurais peut-être été le hamster qui n'est pas dans sa roue mais dans la cage, mais je n'aurais pas pu ouvrir la cage. Et moi, j'ai eu besoin de ces addictions pour ouvrir la cage. me donner l'autorisation d'être quelqu'un d'autre. Et si je pouvais parler aujourd'hui à une personne qui vit ses addictions dans le silence, dans la honte ? Parce que quand on parle d'addiction, on parle souvent d'addiction visible, comme l'alcoolique qui boit sur le bord du trottoir, comme celui qui est rongé par la cocaïne. Le krach, on a une vision assez visible des addictions, mais on ne voit pas qu'il y a toutes ces addictions cachées. Et je m'adresse aujourd'hui davantage à la personne qui vit des addictions qui ne se voient pas, à part peut-être par les yo-yos de son poids ou par les fins de mois. Il a peut-être été difficile tant de l'argent a été combusté en nourriture, en cigarettes. Et j'aimerais lui dire que ces symptômes ont un sens et que c'est peut-être très difficile à entendre là, aujourd'hui, parce qu'on a... qu'une envie, quand ils sont là, c'est de les éradiquer, c'est de faire en sorte qu'ils ne soient plus là. Peut-être pour poursuivre la vie qui nous rend malades, d'ailleurs. Et j'aimerais vraiment dire à ces personnes qui peut-être nous écoutent et se reconnaissent dans cette dynamique que les symptômes ont un sens, qu'ils sont un véritable GPS, un véritable guide par les symptômes pour peut-être se retrouver, réharmoniser sa manière d'interagir avec le monde, avec les autres. avec soi. Et si je suis autant passionnée aujourd'hui par mon métier, par le fait d'accompagner sur ce registre-là, c'est que la relation qu'on entretient avec notre assiette, avec l'alimentation, reflète un nombre incalculable de nos dynamiques dans le lien aux autres, dans le lien à soi. Si je me prive, si je me restreins, peut-être que je suis quelqu'un qui me contient. en permanence, dans le lien. Si au contraire, j'ai un côté très expansif, si je fais de l'hyperphagie, si j'ai tendance à manger tout le temps, peut-être que je suis quelqu'un aussi qui donne beaucoup, qui donne énormément aux autres et qui a peut-être de la difficulté à recevoir et qui, du coup, se donne à travers son assiette. Si je suis quelqu'un qui mâche les aliments et les recrache, peut-être que je suis aussi quelqu'un dans la vie qui est... du mal à réellement recevoir, qui porte une telle charge de honte et de culpabilité que j'ai du mal à prendre vraiment. Et je trouve que cette symbolique, la symbolique de nos addictions est extraordinaire pour apprendre à se rencontrer, pour apprendre aussi à œuvrer sur nos traumatismes. Et quelque part, tant qu'on reste, comme moi je l'ai été, dans la colère du vide, la tristesse, la solitude... Tant qu'on reste dans cette énergie-là, on met du bois dans le feu et on alimente l'addiction. Et vraiment, ce que je souhaite offrir à travers ce message, c'est le sens. C'est montrer que le miracle, j'ai appelé mon entreprise Bully Miracle, le miracle, c'est ce symptôme qui, par une équation extrêmement brillante, est produit lorsqu'on s'éloigne de sa trajectoire. Et c'est ça que je trouve absolument fabuleux.