Speaker #0Avant que le cancer n'entre dans ma vie, alors moi j'étais une jeune femme de 24 ans qui avait énormément de projets, j'ai toujours eu la tête un peu partout et j'avais vraiment cette impression d'être au début de ma vie, de cette soif de voyager, de travailler, de faire du sport, de profiter, enfin vraiment de construire ma vie. Et avec le recul, je pense que je courais énormément après le temps. Je ne prenais pas forcément le temps de prendre soin de moi, de m'écouter, de me poser. Je faisais la fête, beaucoup la fête d'ailleurs. Je sortais, j'avais toujours quelque chose à faire. Je profitais de ma vie, mais sans réellement en profiter, tu vois. J'étais toujours dans l'étape d'après, à penser à ce que j'allais faire ensuite, plutôt qu'à vraiment profiter de ce que j'étais en train de vivre. Devenir hôtesse de l'air, c'était vraiment un rêve d'adolescente qui est devenu un vrai projet de vie. Moi, ce qui me plaisait, c'est vraiment le côté voyage, rencontrer des gens, découvrir des pays. Après, le métier ne gravite pas essentiellement autour de ça, bien évidemment. Mais il y avait cette sensation de liberté, d'être partout et nulle part à la fois. J'avais envie d'une vie où je ne suis pas... toujours forcément au même endroit. Alors le projet, il était déjà lancé avant le cancer, donc forcément quand la maladie est arrivée, tout ça a été mis en pause. Et aujourd'hui, je pense que le cancer, il m'a donné encore plus envie de réaliser ce rêve, parce que selon moi, il ne faut pas forcément attendre pour vivre les choses et encore moins ces rêves. J'ai découvert que j'avais un cancer du sein grâce à l'autopalpation. Au départ, mon médecin ne pensait vraiment pas que ça pouvait être un cancer. J'avais 24 ans, j'étais pleine de vie, en bonne santé. Donc forcément, ce n'est pas la première chose à laquelle on pensait. À la base, je consultais parce que j'avais une sensation de fatigue qui perdurait depuis plusieurs mois. Mais ça s'expliquait aussi par le fait que je dormais très peu, j'étais beaucoup à faire la fête, je n'avais pas une hygiène de vie des plus, on va dire, clean. et puis c'est vrai que j'étais partout donc voilà et puis il est vrai que j'avais aussi cette boule donc bon, de fil en aiguille d'examen en examen, on a commencé à avoir de plus en plus de doutes et puis finalement le diagnostic a été posé le 15 octobre pendant Octobre aux Roses en plus de ça mais ce qui est assez particulier dans mon histoire de diagnostic, c'est que moi je l'ai découvert grâce à ChatGPT en fait, mon médecin n'avait pas encore eu le temps de m'appeler pour m'annoncer les résultats J'avais déjà reçu le compte-rendu sur mon espace santé, le nouveau site qui est mis en place par la CPAM. Donc forcément, j'ai mis mon compte-rendu sur ChatGPT. C'était qu'une partie du compte-rendu pour essayer de comprendre ce que ça voulait dire. Et c'est vrai que moi, je l'ai mis directement sur ChatGPT. Voilà, carcinome infiltrant, grade 2. Bon, à moins d'être en médecine, ce n'est pas quelque chose qu'on a. comme notion dans le cerveau, donc j'avais besoin de comprendre. Et en fait, quand j'ai compris ce qui se passait, j'étais vraiment assez bouleversée, parce qu'en plus, je l'ai su entre deux périodes de cours, en pause, et puis je suis toute seule devant mon téléphone, sur chat GPT. C'est ce qui a été assez particulier dans cette histoire. Lorsque j'ai entendu les mots cancer du sein, je crois que j'ai surtout été complètement sonnée, comme si je m'étais pris un énorme tronçon de bois sur la tête. J'ai eu l'impression que tout s'arrêtait d'un coup en fait. Je pense que sur le moment, je n'ai pas réalisé tout ce que ça impliquait. Je me suis juste dit, mais pourquoi moi ? Pourquoi ça arrive maintenant ? En fait, pour moi, ça allait être une formalité. J'allais pouvoir commencer le travail quelques mois après, j'allais être guérie en deux temps trois mouvements et en fait, c'est pas du tout ce qui s'est passé. En fait, j'avais 24 ans, j'étais en train de construire ma vie, j'avais tous mes projets et puis d'un coup, ça n'avait plus d'importance. Je devais juste me dire bon bah là, il va falloir que tu te prennes en main et que tu te soignes en fait. Ma première peur, ça a été très clairement la peur de mourir. Effectivement, c'est pas parce que j'ai 24 ans que je suis invincible. Et puis après, il y a eu toutes les autres peurs, la chimio, la perte des cheveux, mon corps qui allait changer, la fertilité. Et puis surtout le travail. C'est vrai que le travail, je pense que c'est quelque chose qui a été vraiment la première chose à laquelle j'ai pensé. Je me souviens quand je l'ai annoncé à mes amis. Déjà, je l'ai annoncé par écrit parce que je ne me sentais pas en mesure d'appeler les personnes. Et je leur ai dit non, mais moi, je ne peux pas ne pas réaliser ce rêve. Ce n'est pas possible. Moi, à 24 ans, comme je te dis, j'étais pleine de vie. Et puis, je pensais à mon avenir. Et en fait, il y a tout qui se ramassait. J'ai compris que toute ma vie et tous mes projets, ils allaient devoir être mis en pause quand mon quotidien a commencé à être organisé autour des traitements. Parce que tu as les rendez-vous. tu as l'avant-traitement, la pause du pack, les différents examens, cardiologue, prise de sang, tout ce qui gravite autour de la fertilité, la chigno, l'opération, puis petit à petit, tout le reste, il passe après. Mon projet professionnel, je pense que c'est ce qui m'a vraiment bouleversée, parce que ça a été mis en pause alors que je ne l'avais pas choisi, parce qu'autant les voyages, tu peux quand même... Un peu entre 2, 3, 6 mieux, tu peux partir un petit peu à droite à gauche. Mais en fait, ma vie gravitait complètement autour de mon projet professionnel. Et j'étais complètement prête à tout mettre de côté pour ça. Et c'est très particulier parce qu'en fait, tu vois les autres qui continuent leur vie normalement. Et en fait, toi, tu es complètement arrêtée. Ta planète, elle est en pause. Il n'y a plus rien qui tourne. J'ai ressenti un gros décalage avec les autres femmes de mon âge. Alors moi, du coup, pour exemple, j'ai surtout mes amis. C'était d'ailleurs très particulier parce que j'étais loin d'elles, loin de mes amis proches, parce que j'ai quitté une partie de ma vie pour venir m'installer à Paris, donc à 400 kilomètres de ma ville natale. Et justement, j'étais censée commencer une nouvelle vie. Et puis finalement, leur vie à elles, elle continue. Elles travaillent, elles sortent, elles ont des projets, elles ont leurs petites histoires du quotidien. Et c'est vrai que moi, ma vie a été complètement à l'arrêt. C'est vrai que... Quand mes amis et les autres jeunes femmes sont au travail à 8h, toi tu passes des nuits de 16h parce que t'es complètement sonnée par la chimio. Et puis t'es bouleversée par tout ce qui se passe. Et puis t'as tout à organiser, t'as tout qui gravite autour de ça. Et même dans ma vie de couple d'ailleurs, ça a été un énorme coup de massue. On avait tout quitté, on s'est installés ensemble pour démarrer un nouveau projet de vie à deux. premier logement ensemble et finalement c'est vrai que la maladie elle s'est interposée entre nous et je pense qu'à notre âge et d'ailleurs beaucoup beaucoup d'âges il n'y a pas réellement d'âge mais à notre âge quand on démarre une vie de couple on imagine plein de sujets qui peuvent venir s'interposer entre nous mais on n'imagine pas réellement que ça peut être le cancer je pense que c'est une chose assez particulière dans dans la maladie mais en fait J'étais entourée, j'avais ma famille, mes proches, mon conjoint qui était là pour moi. Mais en fait, malgré ça, il y a eu des moments où je me suis vraiment sentie seule. Parce qu'en fait, les gens, ils peuvent t'accompagner, ils peuvent t'écouter, ils peuvent te soutenir, mais ils ne peuvent pas ressentir ce que toi, tu ressens dans ton corps ou dans ta tête. Et cette solitude, elle est très difficile à expliquer à quelqu'un qui ne l'a pas vécu. Bien évidemment, chacun vit des épreuves de vie à son échelle. Mais personne ne peut se mettre à la place de quelqu'un qui vit quelque chose comme ça sans l'avoir vécu. On ne peut pas, ce n'est pas possible. Je sais pas si je pourrais vraiment donner un seul moment qui a été difficile émotionnellement. Je pense que, en fait, j'ai quand même une nature d'esprit assez forte de base. D'ailleurs, mon animal totem, c'est le mouflon. Et c'est assez drôle parce qu'en fait, moi, dans ma tête, c'était un problème de plus que j'allais devoir surmonter dans ma vie. Effectivement, comme un mouflon. Et finalement, j'ai... pas l'impression d'avoir énormément craqué pendant cette période. Je me suis vraiment mise dans une espèce de bulle. J'ai activé un mode complètement combattante à ce moment-là dans ma tête. Je dirais pas que j'étais dans le déni parce que j'étais parfaitement lucide sur ce qui se passait. Mais je me suis mise dans une certaine bulle, dans un certain état d'esprit où il fallait juste que j'avance sans m'arrêter. J'avance, j'avance, j'avance, je m'arrête pas, je regarde ni à gauche ni à droite. ni derrière, je regarde que devant et en fait c'est ce qui m'a aidée ça a été un peu mon fil rouge mais effectivement les deux premières chimios elles ont quand même été assez difficiles à vivre parce que mon corps il comprenait pas réellement ce qui lui arrivait tu te regardes dans le miroir et puis en fait tu commences à voir ton corps changer et en fait toi même tu comprends pas réellement ce qui est en train de se passer donc forcément c'est là où j'ai pu craquer Merci. Après, globalement, je me suis aussi beaucoup protégée. J'ai essayé de garder la face le plus possible pour moi, mais aussi pour mon conjoint qui était en première ligne de ce combat, puisqu'on vit ensemble et qu'on est tous les deux à Paris ensemble, mais aussi pour mes proches. Et je pense que j'avais besoin de rester forte et de me dire « Ok, c'est quelque chose qui m'arrive, maintenant, il faut que je le traverse. » Alors la perte des cheveux, ce n'est pas quelque chose qui est simple. Pour beaucoup, c'est quelque chose qui est extrêmement difficile. Mais pour moi, ça n'a pas été l'épreuve la plus difficile. En fait, j'avais fait beaucoup de bêtises avec mes cheveux. Je les ai beaucoup malmenés. Et à cette période-là, je ne savais plus vraiment quoi en faire. Je me coiffais simplement avec des chignons plaqués. Et finalement, les perdre, ça a presque été une sensation de liberté. Ça signifiait pour moi un renouveau. Il y avait un renouveau qui allait arriver derrière. Et même si je savais que ça allait être le début d'une période qui allait être difficile, je savais que j'allais pouvoir surmonter. D'ailleurs, petite anecdote, moi je me suis rasé le crâne en étant seule, enfermée dans ma salle de bain. J'ai imposé à mon copain le fait de ne pas vouloir le faire avec lui. Et en fait, je n'avais pas envie que son regard ait changé. En fait, j'avais peur de ça, j'avais peur de ce qu'il allait penser de moi. Et je me souviens, quand je me suis rasé le crâne d'ailleurs, je l'ai fait toute seule, sauf que je n'arrivais pas à le faire pour la partie arrière du crâne, donc j'ai ouvert la porte en grand en fait en oubliant que j'étais changée, j'étais une nouvelle personne et je lui ai dit tiens, prends la tondeuse et rase-moi le derrière du crâne et je me souviens que ça, ça a été assez difficile pour lui parce que j'ouvre la porte je le prive de ce moment, mais en même temps je le sollicite et du coup c'est ça qui a été un peu difficile parce que je ne savais pas ce qu'il pensait et en même temps je savais que ça lui faisait peur Donc voilà, et puis au-delà des autres changements physiques, j'ai essayé du mieux que je pouvais de continuer à prendre soin de moi, même si c'était d'une manière différente. Et je pense que c'est vraiment très important de continuer de prendre soin de soi, même pendant la maladie. Le cancer du sein, ça a complètement changé la vision que j'avais de moi-même et de ce qu'était la féminité en tant que telle. J'avais un peu cette impression avant qu'il fallait que j'en montre le plus possible pour me sentir féminine. Beaucoup de maquillage, des robes très courtes, des talons très hauts. Pour moi, la féminité autour de moi, c'était, enfin sur moi, ça symbolisait beaucoup de choses superficielles. Et aujourd'hui, je me rends compte que je peux être féminine de la manière dont j'en ai envie, sans forcément mettre une robe courte ou des gros talons ou un énorme smoky. Et je pense que je me suis redécouverte une vraie confiance en moi, même si évidemment, pendant les traitements, j'ai perdu une part de cette confiance. Mais j'ai aussi découvert un nouveau style, une nouvelle façon de penser, de m'habiller. En fait, une nouvelle moi, ça a été vraiment une certaine renaissance. Et bien évidemment qu'aujourd'hui, il y a des jours avec, il y a des jours sans, parce que même aujourd'hui, là, il y a la repousse des cheveux. Mais ce n'est pas toujours évident de se regarder dans le miroir et de se dire bon, là, OK, j'aime ce que je vois et je me trouve belle. Mais je pense que ça a été ce qui a été surtout le plus difficile pour moi dans ma féminité. Ça a été surtout les sourcils. Ça a été assez violent de me voir sans. Et d'ailleurs, ils sont tombés vraiment peu après la perte de mes cheveux. Mais c'était violent parce qu'en fait, ça change énormément le visage de ne pas avoir de sourcils autant des cheveux. Si tu n'as pas envie d'être chauve, tu peux mettre des perruques. Et d'ailleurs, moi, c'est ce que j'ai beaucoup apprécié. C'était de changer de tête un peu quand j'en avais envie comme un Playmobil. Mais les sourcils, effectivement, ça marque le visage. Et sans les sourcils, on comprend ce qui se passe quand on est extérieur à tout ça. Et ça, c'est assez difficile. Mais ce qui est assez paradoxal, à vrai dire, c'est que j'ai jamais eu de problème à sortir chaud sans sourcils. Et à me dire, bon ben, c'est quelqu'un d'autre là qui est dehors. Non, en fait, j'ai toujours été lucide en me disant, bon ben là, c'est moi. Mais voilà, c'est assez paradoxal, mais voilà. Il y a eu des moments où je me regardais dans le miroir et je me disais mais c'est pas moi, c'est pas Sam que je vois dans le miroir, c'est quelqu'un d'autre. Pas parce que je me trouvais moche mais parce qu'en fait je ne me reconnaissais plus, je ne reconnaissais plus la personne que j'avais l'habitude de voir, qui s'apprêtait tout le temps, qui se maquillait tout le temps. Là c'est vrai que j'étais vraiment en mode lutte et en mode survie. Et je pense que c'est assez violent, d'autant plus quand t'as 24 ans parce qu'en fait t'es... T'es en train de construire ton identité, de savoir qui tu es, tu te trouves, tu te cherches. Et d'un coup, ton corps, il change complètement. Moi, quand on m'a annoncé ma rémission, j'ai été bien évidemment soulagée, libérée d'un énorme poids que j'avais sur le dos. Mais je pense que je m'attendais à ressentir quelque chose de beaucoup plus spectaculaire le jour J. Je pense que j'allais me dire, bon, ça y est, c'est terminé, je peux passer à autre chose. Mais en réalité, ça ne fonctionne pas comme ça. Tu sors des traitements, mais tu ne sors pas forcément immédiatement de la maladie dans ta tête. Il faut réapprendre à vivre normalement, ne plus être bercé par tous les rendez-vous, les prises de sang, les chimios, les rendez-vous avec l'oncologue. Tu n'es plus constamment là-dedans. Donc oui, j'étais heureuse, très heureuse. Mais je savais aussi qu'il restait tout un travail de reconstruction derrière. Et je pense que ça, dans ma tête, je savais que ça allait être quelque chose d'assez... d'assez dur. Une partie de mon entourage pensait que c'était terminé et effectivement, il y a eu des petites phrases parfois maladroites du genre, bon bah ça y est, c'est terminé maintenant, tu peux avancer, c'est derrière toi ou ça y est, tu vas pouvoir revivre comme avant et ça y est, tu vas pouvoir profiter mais en fait non, c'est pas derrière moi et je pense que ça le sera jamais complètement. En fait, le cancer, il a fait partie intégrante de ma vie pendant un an. Il a été au cœur de mes conversations, de mes... pensées, de mon quotidien et ça pendant un an. Donc forcément tu peux pas juste te réveiller un matin et te dire ça y est, on n'en parle plus on laisse cette valise là dans un coin de la chambre. Et ça c'est quelque chose que j'ai réussi à faire comprendre à mon entourage et c'est un travail de fond que j'ai réussi à mener pendant les traitements, à les préparer à leur dire non, c'est pas comme ça ça se passera pas comme ça. Et aujourd'hui ils comprennent que je peux être fatiguée que des fois j'ai pas envie que j'ai mes humeurs. Comme n'importe qui. Parce qu'en fait, on vit le cancer, on pense cancer, on mange cancer pendant toute la durée des traitements. Et une fois que les traitements sont terminés, il y a tout cet après. Et il existe aussi bien physiquement que psychologiquement. Aujourd'hui, je pense que le plus difficile, c'est effectivement de continuer à vivre avec les conséquences du cancer. Parce que moi, je suis quelqu'un, j'aime beaucoup faire la fête, j'aime beaucoup faire du sport. J'aime beaucoup me dépasser et en fait, le sport, premièrement, c'est quelque chose qui fait énormément de bien pour moi, aussi bien mentalement que par rapport à mon rapport que j'ai avec mon corps dans le miroir. Donc de devoir composer avec un corps qui a changé, avec de la fatigue, un traitement hormonal, des douleurs, c'est pas toujours évident. Et puis il y a aussi toute cette question de féminité dans un couple. Et je pense que c'est très important d'en parler parce qu'à 24 ans, je dois composer avec un traitement que je n'ai pas choisi. Je dois apprendre à vivre avec pendant plusieurs années. Et c'est une situation qui me met dans une situation de ménopause. Je ne l'ai pas choisi en fait. Je n'ai pas choisi ça. Je n'ai pas voulu ça. Je ne dis pas que je voulais avoir un enfant tout de suite. mais le fait d'y être... contrainte de ne pas pouvoir le faire et surtout de ne pas savoir avec certitude si je pourrais le faire, c'est quelque chose qui me rend triste et qui me fait extrêmement peur parce qu'effectivement, lors du premier rendez-vous avec l'oncologue, t'apprends plein de choses, on te balance un amas d'informations et on te demande si tu veux des enfants et on te dit que potentiellement, tu sais pas si tu pourras en faire un jour. Et ça, ça fait tellement peur parce que j'ai que 24 ans à ce moment-là, aujourd'hui j'en ai 25. Et voilà, moi, j'ai envie de donner la vie. J'ai envie de donner la vie aussi pour ma maman, parce que j'ai que ma maman, j'ai que mon petit frère dans ma vie. Et j'ai envie de leur offrir... Voilà, un enfant, j'ai envie de pouvoir offrir un enfant à mon copain. Et puis, il n'y a pas que ça. Il y a aussi, d'ailleurs, toute cette question de libido, de retrouver sa place dans un couple, dans son couple, en tant que femme, de continuer à garder cette petite flamme, cette complicité. Mais j'essaie quand même d'en tirer quelque chose de positif parce que finalement, le cancer, il m'a appris à écouter mon corps, à prendre soin de moi et à savoir dire stop quand il le faut. Et ça, je pense que c'est quelque chose qu'il ne faut pas attendre de découvrir une fois qu'il est trop tard. Et moi, c'est malheureusement ce qui m'est arrivé. Et en fait, le corps humain, ce n'est pas quelque chose qu'on doit malmener. Alors oui, le corps, il est extrêmement bien fait. Le cerveau est extrêmement bien fait. Mais on vit dans ce corps et il faut qu'on en prenne soin et il faut qu'on sache l'écouter. Et c'est tellement important de savoir le faire, de maîtriser la connexion qu'on a avec nous-mêmes. C'est très important pour savoir écouter les signaux que notre corps il envoie et pas se réveiller quand c'est trop tard. Parce qu'aujourd'hui, moi, j'ai beaucoup plus de recul par rapport à ça. J'ai beaucoup plus envie de prendre soin de mon corps, de faire attention à ce que je lui apporte et de profiter davantage de la vie, mais de la bonne manière. Mais je pense que c'est quelque chose qu'il faut réussir à faire perdurer dans le temps, malgré la fatigue, les douleurs, etc. J'essaye surtout de reprendre possession de ma vie. De continuer le sport, c'est quelque chose d'ailleurs que je n'ai pas lâché pendant les traitements, mais que j'avais diminué. Bien sûr, je n'allais pas soulever des charges qui faisaient quatre fois mon poids en pleine chimiothérapie, bien sûr. Mais là, je recommence à avoir des projets, je voyage, je crée du contenu, je me projette dans mon avenir et j'essaye surtout de voir mon corps autrement parce que oui, pendant la maladie, je l'ai vu comme un corps qui changeait, qui me faisait souffrir et qui était malade. Aujourd'hui, j'essaye de voir mon corps comme un corps qui m'a permis de traverser tout ça, parce que c'est bien d'aller à ces rendez-vous, mais c'est aussi le corps qui traverse tout ça. Il n'y a pas que la tête, il y a le corps. Et aujourd'hui, je réapprends à lui faire confiance. Ça prend du temps. Je ne vais pas dire qu'aujourd'hui, je suis complètement réconciliée avec mon corps, mais je suis sur le bon chemin. Je ne dévie pas de ma route. Le but est que je reprenne la connexion à 100% de mon corps, de ma tête et de mon corps ensemble. Et c'est en bonne voie. Alors mon rêve d'hôtesse de l'air, il est complètement présent. Il est toujours là, il est omniprésent. D'ailleurs, il occupe énormément mes pensées après le cancer. C'est juste, effectivement, ça avait été mis en pause. Et puis, par rapport à mon avenir, en fait, aujourd'hui, moi, je vois les choses complètement différemment. Je veux arrêter de remettre ma vie à plus tard, mais je veux aussi arrêter de courir après le temps. Donc oui, mon projet d'hôtesse de l'air, il est toujours là et j'espère pouvoir le reprendre dans les mois à venir. Et je pense que ce sera aussi une certaine manière pour moi de me dire que ça y est, je peux reprendre ma vie. J'ai encore énormément de choses que j'ai envie de faire, beaucoup de choses que je veux voir, que je veux découvrir, que je veux accomplir. J'ai toute une bucket list qui est énorme de choses que je veux faire. Et je pense que le cancer, il m'a surtout appris à ne plus attendre d'avoir le temps pour vivre. Si je pouvais parler à la Samantha d'avant le cancer, qu'est-ce que je lui dirais ? Déjà, je lui dirais de profiter, vraiment, de vraiment profiter des choses qu'elle pense être normales, de profiter de son corps, de ses cheveux, de sa santé, de sa beauté, du temps. Parce qu'on réalise souvent la valeur de certaines choses uniquement quand on les perd. Et je lui dirais aussi de ne pas remettre ses rêves à plus tard. Je lui dirais aussi qu'elle va traverser quelque chose qu'elle n'aurait jamais imaginé pouvoir traverser, mais qu'elle va y arriver. Et qu'elle ne redeviendra peut-être pas la Samantha d'avant, voire même pas du tout, mais qu'elle va réapprendre à devenir une nouvelle version d'elle-même, qu'elle va se découvrir des nouvelles passions. Des nouvelles façons de penser, une relation plus saine avec elle-même et avec sa façon de penser, de réfléchir. Et surtout, ce que j'ai envie de faire, c'est de ne pas laisser le cancer décider de la suite de ma vie. Il a déjà pris beaucoup de choses et je ne veux pas lui laisser prendre mes projets, mes rêves et tout ce que j'ai encore envie de vivre.