Speaker #1Je dis souvent que la maladie a toujours fait partie de ma vie. Depuis toute petite, j'ai grandi avec ça autour de moi. Ma maman a eu deux cancers. Et elle s'en est sortie. Alors pendant longtemps, j'ai grandi avec l'idée que c'était quelque chose de grave, mais qu'on pouvait en guérir. Mais en janvier 2015, tout bascule. J'ai 30 ans et ma sœur tombe gravement malade. Un cancer. En un mois à peine, elle disparaît. Elle avait 36 ans. Je me souviens de la colère, de la tristesse immense, du choc, mais surtout de ce sentiment d'injustice profond. Après sa mort, une idée s'impose très vite. Il faut comprendre, il faut savoir, et pour ça, il faut faire les tests génétiques. Ma maman passe le test, elle est porteuse du gène. Je le fais à mon tour, et là le verdict tombe, je suis porteuse du gène BRCA1. Le gène qui favorise les cancers du sein et des ovaires. Étrangement, je ne suis pas vraiment surprise, c'est comme si quelque part... je le savais déjà, comme si cela faisait partie de mon histoire et que maintenant, il fallait agir. Très vite, je suis prise en charge par une équipe médicale. On met en place une surveillance très étroite avec des examens réguliers tous les ans. Et on commence aussi à parler d'opérations préventives. D'abord, une ovariectomie. Et puis plus tard... vers la quarantaine, une double mastectomie. Quand le médecin me parle de l'ovariectomie, je comprends qu'il y a beaucoup de choses à anticiper, comme la ménopause précoce à 35 ans, les effets secondaires, mais surtout de créer ma famille, ce que je fais avec mon compagnon. Les années passent, rythmées par les examens médicaux et la naissance de mes enfants. Vers 38 ans, Après mûre réflexion, je prends la décision d'effectuer cette double mastectomie prophylactique. Je me renseigne, je rencontre des chirurgiens et je pose des questions. Le projet commence à se construire et à infuser en moi. Mais un imprévu arrive, je dois subir une opération d'airain et mon corps doit récupérer et la mastectomie est repoussée. Et puis arrive ce rendez-vous annuel qui va tout changer. J'ai 40 ans, je fais une IRM et une mammographie. La radiologue regarde les images et elle me dit qu'elle voit une petite masse. Elle pense que c'est probablement cancéreux. Je pleure, mais je pleure un peu et j'appelle mon compagnon. Après ça, tout s'enchaîne très vite. Les prises de sang, biopsie, examen, pep scan, pose du pack. La biopsie confirme le diagnostic. C'est un cancer. C'est un cancer du sein triple négatif, agressif, un petit costaud me dit-on. Alors la bonne nouvelle, si on peut dire ça comme ça, c'est qu'il a été détecté très tôt. La tumeur est encore très petite et surtout il n'y a pas de métastase. Mais à cause de mon histoire familiale et du gène BRCA1, le protocole est très lourd. Une tumorectomie, 16 séances de chimiothérapie. 15 séances de radiothérapie et ensuite la double mastectomie préventive. Il faudra faire une pause pendant un an minimum, voire deux ans, m'annonce la gynécologue. Alors là, je me souviens que je m'effondre car je ne m'attendais pas du tout à ce protocole qui est très très lourd. Je n'entends plus ce qu'elle me dit, mais heureusement, mon compagnon est avec moi et c'est lui qui prend le relais. À partir de ce moment-là, je décide de me préparer mentalement comme un soldat. Je coupe mes cheveux, je suis en cours de sophrologie, je me renseigne, j'écoute des podcasts de témoignages, je lis des articles, et surtout, je dois être forte pour mes enfants. Les quatre premières chimiothérapies sont les plus lourdes. Je les supporte plutôt bien, mais je suis extrêmement fatiguée. Et puis les cheveux tombent, les cils, les sourcils, le corps change. Nous sommes à l'été 2025 et je continue de me battre. Après ces premières chimiothérapies, qui sont très lourdes, je pars retrouver mes enfants pour me reposer avant de commencer les douze séances de taxol. Je suis toujours très fatiguée, mais le mental tient. Et au même moment... La vie me met face à une nouvelle épreuve, et quelle épreuve ? Ma maman tombe gravement malade. Mes journées deviennent alors des allers-retours permanents entre deux hôpitaux, le sien et le mien. Son état se dégrade et elle est transférée très rapidement en soins palliatifs. Et alors là, je comprends que la fin est proche. À ce moment-là, je ne réfléchis plus vraiment. J'agis et je passe le plus de temps possible avec ma maman, mais elle décède un lundi. Et le lendemain, je dois aller faire ma chimiothérapie, car il me reste encore 6 séances, puis de la radiothérapie et l'opération. Le chemin est encore si long pour moi. Aujourd'hui, je suis dans une période de deuil et de reconstruction. Je réalise que je n'ai pas de vie. pas encore vraiment pris le temps d'intégrer tout ce qu'il s'est passé, le cancer, les traitements, la mort de ma maman, et aussi le fameux post-cancer qui est parfois vraiment plus difficile à vivre que les traitements. Mais s'il y a une chose que j'ai apprise dans ma vie, c'est la résilience. Elle fait partie de moi depuis l'enfance. C'est elle qui me permet de continuer à avancer. Et puis j'ai aussi une immense chance, je suis... très bien entouré. Mon compagnon a été là à chaque instant. Il ne m'a jamais lâché. Il est mon pilier, il est le père de mes enfants. Peu de gens peuvent comprendre la violence inouïe et brutale que de perdre sa maman alors qu'on est soi-même en pleine chimiothérapie. Et puis il y a mes amis, des amis incroyables. Certains m'ont écrit tous les jours, toutes les semaines, à chaque étape. Je les ai beaucoup vues. Il y a aussi ma belle famille, et puis il y a surtout mes enfants. Toutes ces présences m'ont portée à chaque instant. Si je partage mon histoire aujourd'hui, c'est parce que ces épreuves me rendent plus forte. C'est parce qu'aussi, malgré les drames, malgré le sentiment de solitude extrême qui me traverse tous les jours, je continue à rire, à pleurer. à regarder cet arbre fleurir de mon balcon, à danser avec mes enfants, bref, à vivre et non plus à survivre. Je le fais pour moi, bien sûr, mais je le fais surtout pour mes enfants, pour les voir grandir, pour mon compagnon, parce qu'ils sont ma force et parce que ce sont eux qui font battre mon cœur chaque jour.