- Speaker #0
Il y a des instants où tout s'arrête. Un mot, un regard, une annonce, et soudain la vie d'avant semble déjà loin. Il y a le vertige, les questions qui se bousculent, la peur qui s'installe sans prévenir. Il y a ce corps qui devient un terrain de combat. Il y a les repères qui tombent, les projets qu'on suspend, et l'impression que plus rien ne tient vraiment. Puis il y a Marie. Marie, avec sa sensibilité, sa lucidité, son courage. Elle raconte ce que le cancer a bouleversé dans sa vie, dans son corps, dans son esprit. Elle raconte aussi la violence des traitements, la fatigue, la perte de soi, le regard des autres, l'isolement, et cette force qu'on découvre parfois au cœur même de l'épreuve. Vous êtes sur Etat d'âme, le podcast au cœur de votre santé, pour toutes les femmes dont le corps et l'esprit ont été bouleversés. Excellente écoute.
- Speaker #1
Ma vie a sérieusement basculé du jour au lendemain. Octobre 2025. J'avais déjà des doutes sur ce qu'on allait m'annoncer, mais entre avoir des doutes et la certitude, il y a un monde d'écart. Celui de la maladie. Le médecin a essayé de me l'annoncer de manière délicate après m'avoir posé une série de questions auxquelles j'avais l'habitude d'y répondre depuis deux mois environ, par des confrères lors de mes précédents examens.
- Speaker #0
Quand on voit qu'il y a des ganglions au-dessus des cervicales, On n'aime pas trop cela généralement.
- Speaker #1
C'est pour cela qu'on fait des examens supplémentaires. Vu qu'il y avait plusieurs boules au niveau des aisselles et du thorax, principalement côté gauche, qui s'avèrent être malines. Je me souviens que la seule chose que j'ai répondu alors que mes larmes coulaient déjà, c'était « en d'autres mots, j'ai un cancer » . À ce moment-là, j'ai cru que ma vie était vraiment occupée de s'écrouler. J'avais plein de questions dans ma tête. notamment si j'allais ou non perdre mes cheveux, mais surtout est-ce que j'allais guérir. En tant que personne borderline, nous qui avons l'habitude d'être dans les extrêmes, cette notion de la mort, elle est très vite venue dans ma tête. Mais je n'ai jamais supposé cette question au médecin. Comme si au fond de moi, je savais que j'allais pouvoir guérir. C'est seulement quand je lui ai dit « et si je guéris ? » , elle m'a directement répondu « Madame, vous allez guérir ? » Mais même en me disant cela, je croyais juste le fait que j'avais un cancer. C'était déjà de trop. J'avais la haine contre la vie, le monde, pourquoi j'avais attrapé cette foutue maladie, surtout comment, pourquoi moi, qu'est-ce que j'ai fait ? La seule réponse en fait que les médecins ont su me répondre, c'était Ausha pas de chance » . Aucune réponse à mes questions pendant plusieurs jours. Je n'arrivais pas à croire ni à comprendre ce qui m'arrivait. Tout est allé très vite après. Deux jours plus tard, j'ai eu une biopsie. Il y a une opération en anesthésie générale afin de connaître principalement l'avancée de mon cancer. Le prochain rendez-vous était planifié au 30 septembre avec une oncologue. Sauf que quelques jours avant, j'ai été consulter mon dossier d'analyse sur le réseau santé Wannon que l'on a en Belgique pour voir si tout hasard des résultats y étaient mis. J'étais seule dans mon salon, je me souviens, et j'ai lu cette phrase qui m'a glacé le sang. compatible à la faune de chicken. Je pleurais parce que je me rendais compte petit à petit que ça devenait réel. J'ai directement appelé ma maman et on a longuement parlé ensemble. Et je ne parvenais pas à comprendre ce qui m'arrivait. J'avais plein de questions en tête, mais il fallait encore attendre quelques jours pour avoir des réponses. Pour moi, j'allais pouvoir jongler entre ma vie scolaire à Lille en étant dans une formation près de professeur de danse, donc assez sportive, demandant beaucoup d'énergie. de temps, du travail, d'équipe. Je savais que j'allais potentiellement mettre mes collègues dans un pétrin avec mes absences à répétition, mais je tenais coûte que coûte à participer à mon année, malgré tous les traitements. Je vivais de sport, de danse, d'amis, de musique. J'avais enfin l'impression de récupérer doucement une vie stable, après une année auquel j'ai passé quatre mois en psychiatrie où on m'a diagnostiqué un trouble de la personnalité borderline. J'avais... Plein de projets d'audition, de création, Je me levais le matin, je déjeunais, je partais à la danse, j'allais au sport, je rentrais, je mangeais, je travaillais pour l'école et j'allais dormir. J'avais un train de vie chronométré par le sport et une vie « sur mesure » afin de protéger mon corps à la fatigue et les blessures. Pour moi, le fait de danser, c'était mon échappatoire à tous mes soucis. Je me libérais, je ne parlais plus, mon corps parlait à ma place. Quand je créais, je me sentais libre. Seule au studio, je me sentais à ma place. C'était la sécurité pure et simple pour moi. Quand je suis à la salle, j'y suis toujours avec des amis. On se dépassait, on rigolait. C'était la suite de l'entraînement de la journée. Je me défoulais, je parlais. Et ça me faisait du bien après certaines journées où c'était plus dur. Ben, les jours entrés, j'étais toute légère. Une séance structurée, des rires avec les copains, le dépassement de soi avec des intensités plus lourdes, des poids plus lourds et un esprit léger à la fin de la journée. C'est comme ça que je résume la salle de sport. Quand on m'a dit que tout cela était terminé et que je devais tout mettre en pause afin de me faire soigner, j'ai cru qu'au début que j'allais devenir folle. Ce n'était pas possible pour moi. L'impression que mes efforts depuis plusieurs mois s'étaient mis à la poubelle dans l'espace de quelques secondes. Qu'on faisait tout pour m'arrêter encore et encore. Que je n'allais jamais y arriver. Tout s'effondrait, tout partait en fumée. Les entraînements, les efforts, tout ce dont... Des fois, j'ai dû renoncer pour la danse pour en arriver là. Ma place n'était pas là où j'étais. La vie essaie de me le faire comprendre, mais moi, je ne voulais pas l'accepter. Il a fallu beaucoup de travail sur moi-même ainsi que de la résilience pour comprendre que c'était bien au-delà. Mon cancer est arrivé parce que justement, je ne prenais pas soin de moi. Enfin, je ne prenais plus soin de moi de nouveau.
- Speaker #0
Je faisais passer tout le monde avant moi.
- Speaker #1
Les mois précédents... mon cancer ont été mouvementés. J'ai eu pas mal de soucis personnels auxquels j'essayais d'être là pour tout le monde alors que je sentais que mon corps commençait justement à me dire stop, qu'il fallait que justement je me protège. Mais j'essayais toujours d'aller au-dessus et je me disais toujours c'est une mauvaise passe et après ça va aller. Non mais après ça va aller mieux, ça va passer, Ausha et de toute façon dans la vie c'est comme ça que ça va. Pour moi c'était juste une mauvaise passe. et que ce que je ressentais dans mon corps, c'était rien de grave. Quand j'ai accepté de me mettre en arrêt, enfin, accepter est un grand mot, j'ai jamais vraiment accepté. Je n'ai jamais vraiment, ouais, jamais vraiment su l'accepter. Mais là, on parle de raison médicale. Ce sont les médecins qui m'ont forcé, après plusieurs négociations, voilà, à chaque rendez-vous. L'équipe médicale me donnait une durée de traitement de 4 à 6 mois. J'avais l'impression que ça allait être interminable. Mon année gâchée. J'essayais de calculer plus ou moins quand j'allais pouvoir reprendre en fonction du protocole de soins que l'on m'avait donné. J'avais quatre cures de chimiothérapie dispatchées sur douze séances, avec peut-être des rayons à la fin, si celle-ci n'avait pas été concluante au bout de ces cures.
- Speaker #0
Les deux premières étaient étalées à chaque fois sur une semaine, jour 1, 2, 3 et jour 8.
- Speaker #1
Deux semaines de pause et on reprenait une deuxième fois. Après, on faisait un premier contrôle au PET scan et on descendait vers une cure qu'on m'avait dit plus légère. Et ça a été un peu plus compliqué. C'était une fois par semaine, toutes les deux semaines, pendant deux mois. Je priais de toutes mes forces pour être en prémission le plus vite, espérant ne pas faire les rayons, peut-être supprimer une cure de chimio pour pouvoir rentrer à Lille le plus vite possible. Effectivement, au bout de deux cures, on m'a annoncé ma rémission complète. Je n'ai donc pas eu de rayon, mais par précaution, j'ai dû aller jusqu'au bout du protocole et faire toutes mes cures. C'était très dur, j'avais pas mal d'effets secondaires, des nausées, des maux de ventre, vomissements, fatigue, perte de cheveux, perte d'appétit. J'étais très faible physiquement, je tombais malade une semaine après la chimio. J'avais le cerveau embrumé, c'était très compliqué. À plusieurs reprises, j'ai voulu arrêter mon protocole et je pense que ce n'est pas une... honte de lui dire, parce que notre corps il est mis à rude épreuve, les produits qu'on me donnait pour me soigner ça me rendait beaucoup plus mal que quand j'avais entre guillemets juste mon cancer et que je ne le savais pas encore. Tous les jours, je vivais dans le stress, les angoisses, à espérer que mon prochain contrôle soit bon pour que tout cela se termine le plus rapidement possible. La seule chimie auquel je suis allée avec moins d'angoisse, c'était la dernière. Je savais qu'après c'était fini et dans ma tête ça ne pouvait pas être autrement. Ça devait être fini dans tous les cas. Il faut quand même comprendre qu'un protocole de soins, ça peut se changer, se modifier. Ça peut prendre plus de temps ou moins. Les traitements de cancer, ça ne va pas être... comme on va dire soigné à mal de tête avec du Doliprane. La comparaison, elle est très grande. Pour ce type de maladie, c'est toute une équipe qui se réunit avec des spécialistes, des médecins, peut-être le médecin traitant. Et eux vont, en fonction de mon dossier médical, tel ou tel produit, ils vont venir les ajuster. C'est vraiment du cas par cas. Les traitements, ils étaient assez lourds quand on m'a dit que le sport, c'était fini pour la durée des soins, que j'allais être trop faible. que pour en faire, je suis rentrée dans un gros dingue. Je comparais mon cancer à une grosse grippe. J'allais tout faire pour continuer le sport. Ça a duré un moment, jusqu'au jour où je suis rentrée de Shinyo la première fois et que je suis tombée dans mon fauteuil à dormir. Là, j'ai compris. J'ai compris que justement, je ne pouvais plus faire de sport et que ça allait être trop compliqué. J'avais beaucoup de mal à récupérer ma respiration quand je marchais, quand je montais un escalier. ou quoi, c'était trop compliqué. Et là, j'ai compris. Je suis allée dans un centre de bien-être pour personnes cancéreuses avec de nombreux soins individuels, collectifs, sports. Au début, je ne voulais faire que les cours collectifs sportifs. Et je revois encore ma maman qui m'accompagnait le premier jour, regardant la bénévole qui s'occupait de mon dossier et lui dire que j'étais encore dans le déni de ce qui allait m'arriver prochainement. Ça aussi, c'était très difficile à comprendre. Le corps malade, je n'allais plus pouvoir faire ce que je voulais qu'en avant. Très sportive, j'ai l'habitude d'aller à l'entraînement presque tous les jours. Là, j'ai dû accepter d'être au repos. J'ai vu mon corps fondre au niveau des muscles, maigrir, prendre du gras. J'ai eu très peur de tomber dans mes troubles alimentaires, ma dépression. Un coup, je me voyais maigre. Un coup, je me voyais graisseuse, grosse, sans forme. C'était vraiment aléatoire d'un jour à l'autre. Sans compter que plus la chimie avançait, plus je me rendais compte que je ne saurais pas faire de sport. J'étais donc, entre guillemets, un peu mise sur le fait accompli.
- Speaker #0
C'était vraiment une grosse claque dans la figure.
- Speaker #1
Au bout d'un certain moment, j'ai compris que je ne pouvais pas punir mon corps de quelque chose, donc il n'était pas responsable. Les conséquences des traitements, on ne pouvait pas les contrôler. J'ai appris à lâcher prise sur ce côté-là. Et finalement, ça m'a fait un bien fou. Je ne regardais plus comme avant les kilos que je perdais, ce que je mangeais ou autre. Je vivais quelque chose d'assez compliqué. Alors pour une fois, je me suis permise d'être plus gentille avec moi-même, que mon corps et moi ne faisons qu'un, une équipe, et que c'est ensemble qu'on allait devoir se battre contre cette maladie. Une phrase... que je me répétais souvent, c'était que si ça faisait du bien à mon ventre de manger quelque chose, alors ça allait faire du bien aussi à mon esprit. La nourriture était devenue un peu comme quelquefois un réconfort, non pas de manière toxique, mais justement, je me donnais l'autorisation de me faire plaisir à mon estomac. Malgré tout, ce n'était pas toujours tout rose. Le regard dans le miroir était parfois très difficile. 12 jours après ma première séance de chimio, J'ai commencé à perdre mes cheveux. Et en six jours, je me suis retrouvée chauve. Ça a été vraiment très dur quand il a fallu aller se raser les cheveux. C'est mon papa et mon meilleur ami, qui maintenant vit au paradis, qui m'ont accompagnée chez le coiffeur. Mon meilleur ami m'a tenu la main tout du long, me rassurant, m'aidant. J'ai eu les bonnes personnes en bon moment durant cette longue période. Quand je me suis retrouvée chauve, ça m'a fait tout bizarre. Il m'a fallu quelques jours pour m'y habituer. Quand je me suis montrée à mon entourage, ils m'ont donné tellement de force que ça m'a aidée justement à m'assumer. Et même si à l'heure d'aujourd'hui, il y a encore des moments difficiles, je n'ai en aucun cas honte de me montrer choc.
- Speaker #0
J'ai des amis qui se sont, fois trace de la tête, coupé leurs cheveux pour les donner le cancer, pour me soutenir. Quand je me regardais dans le miroir, des moments où je pouvais voir
- Speaker #1
juste un corps malade. Quand je voyais mon crâne, comme d'autres, je pouvais voir une femme survivante de son trouble mental et d'une maladie qui aurait clairement pu me tuer si je n'avais pas pris soin de me soigner. Je pense que c'est seulement maintenant, une fois tout le traitement terminé, que j'arrive à être fière de mon corps et de la manière dont il a géré les traitements. C'est pas facile tous les jours. Mais petit à petit, l'oiseau fait son mot.
- Speaker #0
Comme je faisais mes études sur l'île pour la danse, mais que j'habite en Belgique, je suis rentrée chez mes parents.
- Speaker #1
Je pensais pouvoir cumuler mes études et le cancer, rentrer juste pour les chignots et repartir une fois, que je me sentais mieux. Mais cela inquiétait les médecins. Il y avait trop de risques que je tombe malade. Ou un trop gros risque d'infection. Comme je n'avais plus de globules blancs, c'était trop dangereux. Au début, j'ai essayé d'en profiter pour regarder des séries, des films.
- Speaker #0
Commencer le crochet, reprendre la visite.
- Speaker #1
J'essayais de m'occuper comme je pouvais, mais je retombais toujours dans l'année. Les journées, elles étaient très longues. Je devais principalement rester chez moi, je ne voyais presque plus personne. Quand je devais partir quelque part, j'étais toujours avec un masque. Je ne pouvais plus prendre de transport ni rien. C'est là que ma sauveuse est arrivée. Yona, mon chien, ma chienne. On en a beaucoup discuté avec mes parents. Un petit chiot de 8 semaines avait pu être mis à l'adoption, malgré qu'elle a aussi eu des problèmes de santé à la naissance. Quand je n'étais pas en chimio, mes journées ont très vite tourné autour d'elle. Les balades, le dressage, jouer avec elle. Elle m'aidait quand je craquais. Elle est restée avec moi tout du long du traitement. Grâce à elle, les journées passaient plus vite. J'avais de la compagnie et de quoi m'occuper. Ce n'était pas toujours évident, mais quand j'avais mes chignots et que je ne savais pas m'occuper d'elles, j'étais trop faible. Mes parents, des amis m'aidaient et s'en occupaient. Mais l'une comme l'autre, on sentait la séparation à certains moments et ça, ce n'était pas facile. Alors tout n'était pas toujours tout rose non plus. J'ai quand même ressenti beaucoup de colère, des moments où j'avais l'impression que c'était injuste. Je voyais sur les réseaux sociaux des jeunes de mon âge aller à la salle, à l'école, avoir une vie, tout simplement. Tandis qu'à certains moments, j'avais des envies d'exposer à l'intérieur de moi, ce qui me mettait fort en colère. C'était quand j'entendais des personnes se plaindre de devoir aller travailler, alors que j'aurais rêvé de pouvoir, moi, y aller. Quand je voyais mes collègues pouvoir travailler sur des projets à la danse, alors que moi je n'avais plus de force que pour faire le moindre mouvement, ça me mettait très très mal, j'étais très triste, ça me décourageait très fort. Et c'était surtout dans ces moments-là que je me renfermais. Je montais dans ma chambre, je pleurais, je me sentais très seule. Une des seules sociabilisations que j'avais, c'était quand j'allais sortir mon chien en promenade. et que je rencontrais des personnes aussi avec leurs chiens. Ça faisait beaucoup de bien. Je rencontrais, je parlais. J'ai eu de nombreuses personnes présentes pour moi qui m'ont beaucoup aidée. Mais j'ai aussi eu des personnes qui m'ont dit des phrases extrêmement blessantes. Des types,
- Speaker #0
moi je travaille 6 jours sur 7, alors que toi tu ne fous rien de tes journées. C'est bon, ce sont des cheveux, ça repousse. Garde ton bonnet, je ne veux pas te voir sans cheveux. Je connais des personnes en chimio, ils faisaient plus que toi.
- Speaker #1
Ça va, c'est pas un gros cancer. T'as un court traitement quand même. Vous ne saurez pas reprendre le sport comme avant. Ou si tu vomis, je veux pas ramasser ton vomi, donc pars. Il y a eu des moments où j'ai des fois crié sur des personnes qui me lâchaient ce genre de phrases. J'avais l'impression de ne pas être écoutée, de ne pas être entendue, que je n'étais pas légitime de me reposer, que même avec un cancer, je devais aller bien quoi qu'il arrive. Dans ces moments, je prenais mon chien. Je partais promener. Je lâchais ma haine sur mes amis et ma famille. Heureusement, ils m'écoutaient et me soutenaient beaucoup. Plusieurs moments, je ne me sentais pas du tout comprise. Les seules personnes qui comprenaient, c'était ceux qui le vivaient. J'ai eu la chance ultime de rencontrer une fille qui avait le même cancer que moi. On a beaucoup parlé, on s'est beaucoup soutenus. Ça a été notre force durant ces mois de combat. C'est d'être ensemble. J'en ai aussi parlé sur les réseaux sociaux. C'était pour moi une façon de m'exprimer, de rester en contact avec la société et de sensibiliser des personnes sur le cancer, qui se sentent moins seules et qui en apprennent justement, ainsi que de sensibiliser sur la santé mentale. C'est quelque chose de très important pour moi au Côte-Miet. Quand c'était trop, j'allais voir ma psychologue, avec qui j'ai essayé de voir mon cancer non pas comme une punition de la vie, mais plutôt comme un cadeau, celui de pouvoir tout reprendre à zéro. reprendre la vie que j'ai toujours voulu avoir, l'occasion de prendre enfin soin de mon corps,
- Speaker #0
de moi, prendre du temps pour moi.
- Speaker #1
C'est le 10 décembre 2025 qu'on m'a annoncé que j'étais en rémission complète. J'allais entamer la deuxième partie de mon traitement, ça a été un soulagement énorme pour moi. Je l'avais tellement imaginé, prié que je n'en revenais pas. J'avais envie de le crier en fait sur tous les toits, partout, tellement c'était magique. Et je pense que c'est là que j'ai compris la beauté de la vie. Je pleurais dans les bras de ma maman en lui disant qu'on avait réussi. On avait réussi à battre ce foutu cancer et que c'était l'un des plus beaux jours de ma vie. Peu de temps avant, on avait conclu avec mes parents. Après les deux premières chiméos qui étaient les plus fortes, j'allais pouvoir prendre mes cours pour passer mon permis de conduire. C'est vraiment à partir de là que j'ai recommencé à avoir des projets. Des projets qui des fois partaient dans tous les sens. J'avais l'impression de vouloir tout faire et tout en même temps. Une impression de naissance à ma propre vie et plus à une vie qui dépend du regard de l'autre. J'allais au centre de ma nette, je prenais mes cours de conduite, masqué évidemment. J'ai été invitée par mon ancien professeur de violon à participer au concert de Noël du conservatoire où j'étais avec un orchestre symphonique et une chorale. Et je me souviens que je voulais à tout prix fêter ma rémission. Étant une habituée de la scène, une fois le concert terminé, je me suis rendue compte que c'était comme ça que j'allais fêter ma rémission. Sur scène, avec des personnes que j'aime devant un public extraordinaire. J'ai aussi acheté ma voiture dernièrement. En fait, plus la vie avance, plus j'ai des projets, mais surtout, plus je vis et je vis pour moi. Je fais des choses dont moi j'ai envie. C'est en parlant avec des personnes qui ont aussi vécu la maladie qu'eux aussi ont cette envie de tout faire, de partir. C'est donc là aussi que j'ai compris que ce n'était pas mon trouble qui prenait le dessus également. Je pense que justement, la maladie m'a permis... de diminuer l'intensité de mon trouble borderline, de voir la vie différemment et d'arrêter de m'énerver très vite et très fort et de pouvoir profiter de l'instant présent que la vie m'apporte. Mon traitement s'est fini le 21 janvier 2026 avec une aide-honneur de la part de mes infirmières de l'hôpital où je me suis faite soigner. Tout du long, elles ont été fantastiques. C'était vraiment elles qui étaient le plus à l'écoute quand je n'allais pas bien.
- Speaker #0
Elles avaient toujours le sourire,
- Speaker #1
elles essayaient toujours de me remonter le moral, ainsi que de me donner beaucoup de courage durant les jours de traitement. J'ai seulement pu reprendre le sport à petite dose à partir du 1er février 2026. Même si à chaque fois, ce n'est pas facile, je me rends compte que je suis beaucoup plus à l'écoute de mon corps et que j'accepte beaucoup plus facilement de me reposer quand mon corps a des difficultés. Je n'ai pas encore pu reprendre la danse ni retourner à l'école. Mais je sais que ça ne saurait tarder. J'ai peur, je l'avoue, de reprendre. Je ne sais pas du tout ce qui reste dans mon corps. Puis, à force, je suis devenue assez raide. Mais j'ai une chance, c'est que mon école a été très à l'écoute et hyper compréhensive de ma situation. Et je sais que je ne... Je ne passerai pas mon année, mais j'ai vaincu un cancer. Ça, ça vaut bien plus qu'une année de formation que je pourrais reprendre même dans dix ans si je le souhaite. Je me rends compte que la vie n'a pas changé, entre guillemets, que pour arriver à mes fins. Je dois toujours autant travailler. Mais mon mindset, lui, a énormément changé. Il a évolué de manière très positive. En ce moment, j'accuse encore tout ce qui s'est passé ces derniers mois. Je me rends compte à quel point, pour une fois, ce n'était pas... pas moi qui me faisais du mal, mais les produits qui ont fait du mal à mon corps. Grâce à ça, je me rends compte de l'importance d'être gentille avec soi-même, de vivre avec soi. Je ne redanse pas encore. J'ai l'impression d'avoir perdu tout ce qui est en proprioception, conscience de l'espace, synchronisation, mais je sais que ce n'est qu'une question de temps.
- Speaker #0
Il me faudra beaucoup de temps, je pense, avant que je puisse récupérer ma forme.
- Speaker #1
Mais je sais une chose, c'est que je ne veux pas redevenir celle que j'étais avant. Je souhaite être heureuse avec moi-même et me donner les moyens que pour y arriver. Je ne vois plus les soucis du quotidien comme une montagne, mais juste des challenges de la vie. Ce n'est pas une montagne, mais tout va se régler en temps et en heure. Je ne vois plus la vie comme quelque chose de négatif, même si des fois, quand je suis fort fatiguée, je peux encore broyer du noir, mais je relativise plus facilement. J'arrive à mieux contrôler mes moments de crise, mes angoisses. Aujourd'hui, je me vois comme quelqu'un de plus fort, quelqu'un qui sait se dépasser, qui n'a plus peur d'aller se confronter aux problèmes de la vie. Et j'apprécie d'autant plus le moment présent. Je profite de mes journées, même si celles-ci sont encore des fois compliquées à remplir. J'en profite pour me reposer, car mon corps, lui, est fatigué également de ce qu'il a enduré ces dernières années. Je pense que si je devais parler à une femme ou un homme neuroatypique, qui a atteint, atteinte d'un cancer, ce serait de lui dire clairement que oui, le combat va être dur, oui, cette personne va craquer à plusieurs reprises. Mais c'est normal et c'est ok. Elle est légitime de ses émotions et de ce qu'elle ressent. C'est un combat du quotidien. Un combat de front, mais la victoire ne sera que plus belle. Si, comme moi, elle est privée de son travail ou de son école, ne pas hésiter à prendre un morceau de papier, écrire ce qu'elle ressent. Aller écouter des témoignages, parler autour de soi, ça aide aussi beaucoup. Lister des projets qu'elle a envie d'accomplir pendant et après le cancer. Ça aide à avancer, voire au-delà du cancer, mais surtout de ne pas oublier qu'avant tout, cette personne, elle est humaine et qu'il ne faut pas hésiter à parler avec ses médecins si quelque chose ne va pas. Ils sont aussi là pour adapter les traitements et nous écouter. Si je devais laisser une phrase à cette personne, ce serait de lui dire que, quoi qu'elle ressente, elle en est parfaitement légitime et qu'il ne faut surtout pas oublier que malgré la maladie ou les épreuves qu'elle traverse, La vie est belle, le sommeil finit toujours par se lever.