- Speaker #0
Bonjour et bienvenue, nous sommes Yvie et Lucie,
- Speaker #1
vos hôtes pour ce podcast.
- Speaker #0
Vous êtes sur FDM V. L'art est une partie intégrante de notre quotidien. Il nous accompagne dans la rue, à la bibliothèque, sur les réseaux sociaux. Même la statue moche dans la cour de ton école entre dans la définition de l'art. Mais en soi, c'est quoi l'art ? Je vais commencer par donner une... petite définition de Larousse. Je trahis Robert parce que ses définitions n'étaient pas convaincantes. Je suis très triste. Mais bon, du coup Larousse. Création d'objets ou mise en scène spécifique destinée à produire chez l'homme un état particulier lié de sensibilité, plus ou moins lié au plaisir esthétique. Et donc aujourd'hui, nous allons parler d'art et plus spécifiquement d'art politique. D'art engagé. générique déjà la question de la semaine dernière c'était l'art est-il politique ? aka une très mauvaise question d'introduction parce que c'est vraiment le titre du podcast mais du coup est-ce que pour toi l'art est engagé aussi au niveau du goût est-ce que t'aimes bien l'art engagé en
- Speaker #1
fait je pense que l'art bien sûr est engagé et il aura toujours une forme d'engagement qui viendra Avec son expression.
- Speaker #0
Toujours engagée, attention.
- Speaker #1
Toujours engagée. Ah,
- Speaker #0
je commence à me... Non mais, est-ce que genre, quand tu choisis des œuvres d'art,
- Speaker #1
enfin,
- Speaker #0
souvent c'est la musique.
- Speaker #1
Quand j'apprécie des œuvres d'art.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Est-ce que le fait qu'elle soit engagée influe ta décision de consommation ?
- Speaker #1
Ouah, oui.
- Speaker #0
De contemplation, excuse-moi.
- Speaker #1
Je pense que... Oui, énormément. Par exemple, je choisis une série pour regarder. En ce moment, je regarde Peaky Blinders. Depuis très longtemps, je regarde Peaky Blinders en réalité. Mais en fait, il y a tout ce truc historique qui m'attire derrière. Et du coup, c'est très engagé parce que ça essaie de dépeindre ce qui s'est passé ces années-là au Royaume-Uni. Et du coup, je pense que c'est aussi une de mes motivations pour regarder cette série. Je n'ai pas énormément de temps libre. Et du coup, j'aimerais bien aussi avoir quelques apports historiques et avoir des reconstitutions assez fidèles. Et du coup, dans ce sens-là, oui, c'est très politique. Et c'est vrai que je m'oriente vers des choses qui sont politiques. Mais je pense que parfois, certaines représentations d'engagement politique... dans l'art quand elles sont trop je vais pas dire simplistes mais des fois je les trouve très maladroites et des fois je pense qu'il y a des mauvaises manières d'exprimer certaines choses que oui j'apprécie pas simplement ou je sais pas apprécier quoi et des fois ça peut me saouler genre carrément ah putain ils ont voulu me montrer ça mais ils l'ont fait genre si d'une manière genre très grotesque. Aucune forme d'élégance. Travaillez un peu pour votre sujet. Faites pas quelque chose de politique juste pour être politique. Faites de l'art politique. Et des fois, ça peut être, comme tu dis, que je le consomme. Ça peut être très fait pour la consommation, par exemple. Et des fois, ça me saoule quand c'est tellement évident, tellement gros.
- Speaker #0
Oui, il y a des démarches qui ne sont pas honnêtes.
- Speaker #1
Et toi, du coup, qu'est-ce que... Déjà, pourquoi... C'est un peu toi qui as influencé aussi le choix de cet épisode. Pourquoi cet épisode ? Est-ce que tu consommes aussi certaines formes d'art plutôt que d'autres ?
- Speaker #0
Moi, je pense que les deux sont importants pour moi. Les deux... Enfin, l'art engagé, mais aussi l'art qui parle d'autres sujets que... les sujets qui sont graves. L'amour peut être un sujet qui m'intéresse lorsque je regarde quelque chose, quand j'entends quelque chose. Mais c'est sûr qu'il y a des jours où l'art engagé... est ultra important, je pense. Enfin, surtout quand il te touche, toi, personnellement. Bien sûr, je trouve que c'est important de t'exposer à plusieurs formes d'art différentes qui s'engagent pour différents sujets pour pouvoir justement avoir cette ouverture d'esprit. Mais par exemple, moi, ce qui est un type d'art qui me touche particulièrement engagé, c'est l'art quand il est féministe et genre, il y a des jours où j'ai juste besoin d'écouter Suzanne. chanter genre j'accuse ou même viril, c'est des chansons qui me viennent comme ça mais c'est des chansons engagées et je les écoute parce qu'elles sont engagées parce que j'ai envie d'être aussi me sentir moins seule dans des expériences du quotidien qu'on peut avoir autant que femme après moi c'est le seul problème de ma vie que d'être une femme Merci. Je n'appartiens pas à une communauté particulièrement stigmatisée, mais je pense que l'art engagé a aussi ce rôle de représentation pour certaines personnes. Et peut-être que parfois, l'art n'est pas fait pour être engagé, mais plutôt pour représenter. Même Bad Bunny, il est vu comme un artiste ultra engagé. Et en vrai, il l'est, mais au fond, il ne fait que représenter sa culture. Et rien que de faire ça, c'est perçu comme engagé parce que c'est pas le mainstream. Donc on peut...
- Speaker #1
Oui !
- Speaker #0
En fait, l'art n'est pas toujours engagé de manière intentionnelle. C'est pour ça qu'il y a une limite qui est très floue entre l'art engagé et qui ne l'est pas. Même quand Taylor Swift, elle te fait une chanson comme Dear John, dans Speak Now, j'ai pas l'année. Mais une chanson comme The O'Jern, qui est une chanson de rupture, elle y parle de rupture, d'amour, mais aussi d'emprise et d'une relation où il avait, je crois, 39 ans, un truc comme ça. Elle en avait 19, peut-être pas 39, j'abuse, mais 32, je crois. Et genre, cette chanson, bien que tu peux dire oui, c'est juste une... La musique de rupture, c'est une chanson réellement engagée qui a pour but de révéler l'esprit de jeunes filles qui parfois se sont choisies par des hommes de 39 ans. C'est dégueulasse.
- Speaker #1
Il y a un vrai message derrière.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. La limite est floue. Et c'est ça qui est intéressant. Mais je pense qu'on va traiter de deux sens. d'art engagé. Parce qu'il y a un sens artistique, ce que l'auteur veut parler, partager, exprimer, mais il y a aussi le côté l'art engagé dans la société. Comment l'art est une forme d'enjeu sociétal et social. Donc on va commencer par le côté artistique.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Donc à travers les siècles, différents mouvements ont eu différents vision du sujet de l'art engagé on peut parler de mouvements qui étaient très engagés, notamment le réalisme le réalisme était engagé mais surtout l'expressionnisme, on pense tous aux joueurs d'échecs de Autodix qui montrent les horreurs de la guerre et en fait les personnes qu'on a oubliés après la guerre, qui sont allés au front et qui ont été juste déniés par la société. Et de l'autre côté, on a des mouvements qui renient l'art engagé et qui... Le courant le plus connu, c'est le Parnasse, qui déclarait l'art pour l'art. Mais d'autres mouvements, le mouvement classique, représente la beauté, un peu académique. dans les beaux-arts dans les années 17ème, début 18ème. C'est après qu'on a eu une ouverture à l'art engagé assez impressionnante. Mais donc, selon les mouvements, il y a eu des visions différentes sur le sujet. Donc, on ne peut pas réellement trancher. Mais du coup, maintenant qu'on a fait un petit point historique, quels sont les arts engagés qui, toi, t'ont touché ? Enfin, genre. Parce que je trouve que c'est aussi intéressant de parler d'art autant que tel, et de partager des expériences.
- Speaker #1
Du coup, je vais vous pitcher un peu le film que j'ai vu pendant Pâques. Donc, imaginez-vous au sommet de votre carrière... Vous enseignez, vous jouez sur les plus grandes scènes, et un matin vous receviez une simple lettre jaune, et c'est fini, vous n'existez plus professionnellement. C'est du coup le point de départ de Yellow Letters, d'Ilker Satak. Et pour moi, ça rentrait dans notre sujet du jour, comme quoi on peut se demander si l'art, il peut rester neutre en fait, quand le pouvoir... essaie de le chambouler, de le briser. Et pour moi, au-delà de parler, du coup, ce film met en scène des acteurs de théâtre et professeurs également. Et en fait, au-delà de mettre en lumière ces métiers-là qui sont parfois très oubliés et très malmenés dans nos sociétés, on peut se demander est-ce que l'engagement politique finalement dans ces métiers C'est un choix ou alors une condamnation qu'ils essaient d'exprimer. Et en fait, ça va montrer comment l'art devient politique, non pas par son message, mais par le simple fait d'exister face à la répression. Et dans ce sens-là, c'est un art qui est engagé, qui est politique. Et l'art, il est dépeint comme quelque chose de très physique. Et en fait... Il existe dès que le pouvoir tente de l'effacer. Et c'est cette mise en lumière que j'ai particulièrement appréciée, parce que là, on ne le voit pas directement, on le voit à travers un régime répressif. Et du coup, par exemple, ce n'est pas le contenu des pièces de théâtre d'Aria, l'une des personnages principales, qui va poser problème, c'est plutôt ce qu'elle représente en tant qu'artiste. C'est une pensée qui est libre et du coup que l'État ne peut pas contrôler. Et en fait, le film, il va illustrer comment le système politique peut transformer un artiste, on va dire, en un fantôme social. Et à travers des lettres jaunes, qui est un outil du coup de mort civile, ça va réévoquer du coup les deux protagonistes, Aziz et Daria. Ces lettres, c'est simplement des lettres de démission qui vont leur être envoyées par le gouvernement turc, du coup. Et en fait, ça va leur enlever un salaire, mais aussi ça va leur enlever le droit à la parole. Parce qu'en tant que... c'est un enseignant et une actrice, du coup, ça va leur enlever leur seul moyen d'expression, en fait. C'est ce qu'ils sont dans la société. Ils sont artistes. Et du coup, ici, l'art politique, c'est... plutôt exprimé par soustraction, c'est-à-dire qu'en interdisant à Daria du coup de monter sur scène, l'État en fait va reconnaître implicitement qu'en fait, leur simple présence dans la société, c'est une menace. Et du coup, on voit à travers leur déambulation physique, dégradation aussi dans leur niveau de liberté, on va dire. Et du coup, je voulais aussi mettre en avant ce côté-là. que l'art engagé aussi peut être soumis à des formes de répression.
- Speaker #0
Oui, je trouve ça très intéressant parce qu'on revient à la limite entre l'art engagé et juste l'art. Il y a deux exemples qui me viennent en tête. Déjà, par exemple, en parlant d'État répressif aux États-Unis, l'une des premières mesures de Trump, ça a été... Enfin, je ne sais même pas si... c'était Trump, mais je sais que vers 2024, ils ont supprimé des écoles, des bibliothèques, je crois, nationales, des romances gays, ou des romances qui montraient des personnes transgenres dans des écoles. Enfin, juste des histoires qui racontent ou des... Juste des jeux à... à la cour d'école avec ce genre de personnes ou juste des romances en fait c'est quelque chose qui comme on parlait l'amour c'est pas quelque chose qui est vu comme politique mais en interdisant cette représentation ces oeuvres elles deviennent déjà censurées et profondément politiques et je me rappelle que ça m'avait pas mal touché parce que je sais que moi-même ce genre de sujet notamment le fait de la Et... la connaissance des personnes transgenres, je l'ai découvert grâce à un livre dans mon lycée. Le livre, il s'appelait Normal, je crois, avec le E entre parenthèses. Et il racontait l'histoire d'un garçon qui ne se sentait pas garçon, qui voulait être une fille. Et je me rappelle d'avoir lu ce livre et d'avoir mieux compris ces personnes. Parce qu'on sait qu'elles existent. Je n'ai jamais été intrinsèquement fermée. Je viens d'une famille assez ouverte. quand j'ai découvert que... Ces livres ont été censurés, entre autres. Je me suis dit, justement, tu mets une barrière politique. Et vu que l'art ne peut pas s'exprimer, l'art ne peut pas éduquer. L'art éduque. Ça, ça date du Moyen-Âge. L'art éduquait les personnes qui ne pouvaient pas lire, notamment sur la religion à l'époque. Mais le pouvoir de l'art est... et politique, et c'est ce que tu décris aussi, c'est que en fait, elle pouvait monter sur scène, dire que quoi que ce soit, des trucs complètement ridicules, mais par qui elle était, elle était une menace, bah visiblement.
- Speaker #1
Mais en fait, c'est surtout cette notion que l'art est politique parce qu'il va refuser d'être réévoqué. On peut, par exemple, brûler un livre. Je dis ça en mode extrême, genre l'image de brûler un livre. On peut, genre, fermer un théâtre.
- Speaker #0
Autodafé. Oui,
- Speaker #1
autodafé. Mais on ne peut pas effacer la mémoire d'un geste ou alors d'une idée qui a été présente à un moment, dans un temps de l'histoire même. Et du coup, c'est pour ça que ce film, Gilker s'attaque, pour moi, il est... J'avais vraiment l'image que la politique était partout et dans tous nos gestes et que juste, par exemple, c'est le cas dans le film, le silence d'un acteur, le silence d'un artiste qui ne peut plus jouer, qui ne peut plus s'exprimer. Ça montre qu'on peut aussi refuser de se soumettre. Genre, c'est très fort le silence d'un artiste.
- Speaker #0
En fait, l'art est la première chose attaquée par un État lorsqu'il penche du côté autoritaire. et des petites. Juste pour finir sur l'art autant qu'art engagé, je voulais défendre une figure de l'histoire. On revient à l'état, comment l'état manipule l'art, peut manipuler l'art, et je voulais parler de Wagner. Donc bien sûr, Wagner... le compositeur préféré d'Hitler. Oui. En fait, pendant longtemps, je me suis dit, Wagner le connard, il était auteur des nazis. Comment a-t-il pu ? Alors que Wagner, il est mort. Déjà. Très, très vite. Et en fait, dans la mémoire de la majorité des personnes, Wagner est vu comme... un compositeur raciste, antisémite et est associé à ce mouvement du nazisme si bien que il n'en a pas fait partie et il a juste eu la malchance d'être apprécié par un artiste déchu et donc je voulais parler de ça parce que je trouve que l'art devient politique malgré lui parfois parce qu'il représente, et parfois parce qu'il est manipulé pour représenter quelque chose. Parce que du moment où tu veux plier une société à ton souhait, tu vas essayer de transmettre le message du plus de moyens possible. Et c'est la même chose... On va reparler des nazis, mais il y avait Rémi Liefenstahl, qui était réalisatrice pour Hitler. Et donc, tout cet écosystème est, entre autres, motorisé, mis en place par une propagande et qui peut être très bien artistique. Et c'est quelque chose qui est... beaucoup plus inconscient que si on te dit En fait, si on va te crier dessus, les Juifs, je ne sais quelle atrocité, tu te rends compte qu'on essaie de te l'imposer. Et donc, souvent, tu as un rejet de la chose. Mais si cette chose vient de manière beaucoup plus subtile, on peut même penser, encore en prenant l'exemple des Juifs, En France, à l'époque, il y avait plein de caricatures de juifs qui circulaient dans les journaux, avec le nez, je ne sais même pas comment il s'appelle, mais bref. La caricature du juif, on leur mettait tout sur le dos. Ça rentre dans le cerveau d'humain d'une manière beaucoup moins agressive, et ça peut être très dangereux.
- Speaker #1
Oui, mais c'est aussi... des moyens, par exemple visuels pour le cinéma en fait le cinéma c'est quelque chose de très accessible, niveau compréhension, c'est pas un gros livre où c'est écrit en police neuf ou huit et que t'as pas envie de lire c'est vraiment quelque chose d'accessible aussi il y a une certaine forme de choix des moyens de communication et c'est des moyens d'expression d'une idéologie qui sont pas anodins ses choix sont clairement réfléchis et ça montre que l'art politique peut aussi être très manipulé pour des fins commerciales ici c'est vraiment purement commercial et pour faire passer une idéologie de la manière la plus rapide efficace possible pour tout le monde et
- Speaker #0
là on parle des années 1940 mais j'avais noté l'exemple de Bardella qui a récemment fait une vidéo sur une musique de Théodora
- Speaker #1
Boss Lady
- Speaker #0
Boss Lady Mais tu t'imagines genre Bardella qui est bien sûr le président désormais du Rassemblement National qui est contre l'immigration contre enfin qui est pour la suprématie blanche let's be honest enfin, candidat d'extrême droite aux prochaines présidentielles et qui, en fait, utilise une chanson d'une artiste noire, une artiste engagée, une artiste femme, une artiste qui touche les jeunes et qui représente une fraîcheur dans la société française et qui a énormément de succès. Et en fait, face à tout ce que... Bardella et son parti renient. Mais en fait, ils n'ont pas le choix que de l'utiliser et de le manipuler. Et en fait, j'ai trouvé ça dégueulasse. Ah,
- Speaker #1
vous savez. Vraiment, la récupération politique est tellement forte chez le RN. Ils récupèrent tout ce qu'ils peuvent. Ils les mettent sur les réseaux sociaux sans aucun scrupule. Et ça, ça me terrifie vraiment. Là, c'est de l'appropriation, genre, pour le coup.
- Speaker #0
C'est de l'appropriation. Mais c'est la même stratégie que Trump, genre. Whatever.
- Speaker #1
C'est fatigant.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Mais je voulais aussi, parce que là, on se demande si l'art est politique. Et moi, du coup, je n'arrêtais pas de chercher. Mais est-ce qu'on pourrait penser que l'art est neutre, par exemple ? Parce que, je me dis, quand on était enfant, on pensait peut-être que l'art était neutre. On n'avait pas tout ce recul, cette connaissance de la société qu'on a maintenant, qui nous permet d'associer énormément les choses et de faire des parallèles. Et donc avant, moi je pensais que l'art était neutre. Quand j'étais petite, je ne vais pas dire « Barbie, elle est putain de politique ! » Du coup, j'ai cherché et j'ai trouvé un texte de Jean-Paul Sartre qui en fait... Il remet en question le fait que, est-ce qu'un artiste peut choisir d'être neutre ? Là, c'est vraiment choisir. Et du coup, j'ai vu dans ce texte qui s'intitule « Qu'est-ce que la littérature ? » , qui est sorti en 1948, donc c'est contemporain à ce que tu disais avant, il affirme en fait que le silence, c'est une signature aussi. Et il écrit « L'écrivain est, du coup, en situation de son époque, chaque... » parole a des retentissements, chaque silence aussi. On n'est pas écrivain pour avoir choisi de dire certaines choses, mais pour avoir choisi de les dire d'une certaine façon. Et il va même plus loin en tenant pour responsable les artistes qui ne disent rien face à l'injustice. Et du coup, pour lui, l'art est un pistolet chargé. Et du coup, ça pourrait être aussi intéressant dans ce que tu disais sur l'Allemagne. Est-ce qu'un artiste qui choisit de se taire et de ne pas s'engager pourrait être complice finalement ? Sydney Sweeney ok oui tu voulais un exemple le coup elle ferme sa gueule ok donc Sydney Sweeney et les problèmes de jeans et
- Speaker #0
beaucoup d'autres choses même c'est une artiste qui joue quand même sur le flou politique Mais aujourd'hui, dans l'Amérique de Trump, ce n'est pas suffisant. Et en fait, de toute façon, Sidney Swinney, elle est presque assumée là. Elle est presque ouvertement trumpiste. Mais avant, elle était un peu plus silencieuse, mais son silencieuse parlait très très fort. Bon, dernier petit point, parce que l'art, l'enjeu de l'art, l'enjeu de contempler l'art, l'enjeu d'avoir accès à l'art, c'est aussi une forme d'art. politique en fait. Et on va parler plus spécifiquement je pense du cas de la France.
- Speaker #1
Oui. En France on a quand même eu vachement des manifestations sociales. J'ai l'exemple des Gilets Jaunes. Donc au-delà les Gilets Jaunes d'être un mouvement pour les hydrocarbures et le gasoil et tout le bordel ils voulaient quand même avoir accès à beaucoup de choses et ils étaient légitimes. Parce que dans les zones rurales, on n'a pas forcément accès, pour moi, on n'a pas assez accès à des moyens d'acculturation.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et je trouve ça extrêmement dommage. Et oui, l'autre jour, j'étais tombée, je t'avais dit sur un post Insta qui disait... En fait, il donnait des pourcentages et il disait que la France avait perdu des points dans beaucoup de domaines dans la culture. En gros... Un Français sur cinq va une seule fois par an voir un spectacle, un concert, sur plein de domaines comme ça. Mais ça m'a vraiment marqué ce post Insta, parce que vraiment, on a une baisse de l'accès à la culture. Tu remarques que les gens se cultivent moins qu'avant, ils vont moins sortir pour se cultiver, et ils sont peut-être moins curieux, je sais pas. Qu'est-ce que t'en penses, toi, du coup ?
- Speaker #0
Mais... Moi, j'aimerais juste prendre un petit contre-pied. Enfin, ça nie pas du tout le fait qu'en zone rurale, il y a beaucoup moins de propositions artistiques. C'est ce qui est un fait. Mais je voulais quand même citer, parce que je me rappelle, je pense, il y a deux ans, j'ai été voir une pièce de théâtre dans un bled paumé dans une cave premier degré. Vraiment, cave avant. Et j'ai trouvé ça... tellement beaux, on était je pense une vingtaine dans la cave entassés les uns sur les autres et en fait une pièce de théâtre ultra engagée pour le coup, qui parlait notamment de l'affaire Grégory et c'était une pièce ultra simple il y avait une seule actrice mais en fait elle était tellement forte dans son expression dans son En fait, son jeu était extraordinaire et je voulais juste mettre en avant ce genre d'initiative qui justement ramène le théâtre notamment à la campagne. Et ensuite, pour parler de l'accès aux œuvres, il y a... Peut-être un désintérêt, je ne sais pas. Enfin, moi, j'avais une petite logique en mode, après le Covid, on a tous commencé à aller au musée, genre vraiment parce qu'on n'en pouvait plus. Et peut-être qu'il y a eu une petite redescente depuis.
- Speaker #1
Après, je ne sais pas. Enfin, pour moi, après le Covid, on a plus eu besoin de retrouver des interactions sociales. Et on fait beaucoup, par exemple, de dates au musée. Oui,
- Speaker #0
c'est ça.
- Speaker #1
Au cinéma, ce genre de choses.
- Speaker #0
On a dynamisé parce qu'on l'avait perdu.
- Speaker #1
Mais peut-être que ça a beaucoup manqué aussi à des gens de se retrouver dans ces lieux-là et de pouvoir y accéder, c'est assez sûr.
- Speaker #0
Mais peut-être qu'il y a eu une perte d'habitude aussi, il y a eu une énorme sortie du... un énorme essor du streaming. En tout cas, depuis le 4 avril 2009, les musées en France, les musées nationaux en France, sont gratuits pour les moins de 26 ans. Donc ça, je trouve que... C'est une news à double tranchant parce que c'est incroyable. Déjà, tous les jeunes de moins de 26 ans peuvent aller au musée national gratuitement. Et en fait, c'était une mesure justement pour démocratiser l'art et le rendre moins élitiste. Et une mesure qui du coup presque... 15 ans plus tard, apportent des résultats mitigés parce qu'on observe que la démographie qui va au musée reste globalement la même. On a beaucoup de personnes qui sortent d'environnement avec des parents avec beaucoup de diplômes qui y vont. Et du coup... Est-ce que ce genre de mesures a vraiment un intérêt ? Oui, s'il vous plaît, moi j'adore. Mais en fait, je trouve ça dommage parce que il y a des personnes qui n'y vont pas parce qu'elles ne se sentent pas légitimes. Il y a aussi ce sentiment de légitimité qui est ultra important. Je trouve que le même sentiment de légitimité qu'on a quand on va voter, par exemple, autant que citoyen, On devrait avoir une légitimité à contempler l'art. Et en fait, même si tu ne sais rien de ce qui se passe, peut-être que tu iras au musée et tu découvriras une œuvre qui est parmi les 100 œuvres qui t'ennuyaient et que tu ne comprenais pas. Peut-être qu'il y en aura une qui te touchera. Et ça, ça te construit déjà ton palmarès. Mais oui, comment envoyer tout le monde au musée ?
- Speaker #1
Oui, mais après, ça, je me souviens. Je ne veux pas dire dans le sens qu'il faut être éduqué pour pouvoir rentrer dans un musée, mais c'est vrai qu'il faut avoir une certaine forme de confiance en soi et de se sentir légitime, comme tu dis.
- Speaker #0
Oui, oui, certaines personnes ne se sentent pas. Après, tu entends des gens qui disent « ouais, j'ai la flemme, c'est ennuyant » , tu vois. Mais c'est aussi une manière de se donner des excuses et de ne pas tester. Après, ce n'est peut-être pas de l'intérêt de tout le monde.
- Speaker #1
Oui, bien sûr. Mais ce que je voulais dire aussi, c'est que, par exemple, moi, j'ai des souvenirs très marquants dans ma jeunesse, dans mon enfance, d'aller au musée avec l'école, de faire des sorties scolaires au musée. Et j'ai été dans beaucoup de musées archéologiques, notamment, où on produisait carrément, même avec des intervenants, nos pièces archéologiques. Par exemple, on va chercher une pierre et on va dessiner un mammouth dessus. Et rien que ça, de le faire dans le musée, observer. mettre en relation et même pratiquer après l'art, c'était très fort pour moi et ça m'a vraiment marqué et après plus tard aller voir des expositions en classe, entendre des personnes nous commenter les oeuvres mais de manière extrêmement ludique et genre ça je pense que ça m'a ouvert certaines voies et ça m'a permis de débloquer certaines choses maintenant dans un musée je me sens tout à fait à ma place et je trouve pas ça gênant ou une perte de temps tu vois, je sais comment appréhender et comment
- Speaker #0
avoir une sensibilité face aux oeuvres enfin je sais comment amorcer une sensibilité face à des oeuvres et comment essayer de les comprendre ou essayer de les apprécier tout simplement mais c'est de là où vient l'inégalité parce que du coup il y a des jeunes qui n'ont jamais eu de sortie au musée même si théoriquement c'est obligatoire mais il y a tellement de choses obligatoires théoriquement dans l'éducation nationale que on ne peut pas plus les compter, mais ce serait bien une étude de voir Combien de jeunes ont déjà été en France, parce que dans le monde, on ne parle pas, mais en France, au musée, avec l'école ? Parce que c'est quand même un élément qui est... Enfin, je trouve que c'est un élément de l'éducation qui est absolument fondamental.
- Speaker #1
Mais maintenant, j'aimerais bien parler de la relation avec... Enfin, du coup, sur ce sujet, c'est plus la relation entre l'art et les politiques. Genre, les politiques. Parce que du temps où la France était un peu plus de gauche... il y avait beaucoup plus de budget qui était déjà attribué à l'éducation et ensuite à l'art. Ok, l'art, pour moi, c'est tout à fait relié. Et maintenant, on voit bien que c'est en déclin avec nos nouveaux gouvernements. Et du coup, là, c'est plus avec les politiques plutôt que la politique et l'idée qu'on s'en fait. Mais oui, c'est très intéressant de relever ça. Est-ce que l'art est accessible de nos jours ? Est-ce qu'il devient moins accessible qu'avant ou plus accessible et plus diversifié ? On peut se poser ces questions-là et ce n'est pas forcément des réponses binaires. Ce n'est pas forcément oui ou non et ça ne l'est clairement pas. Mais c'est intéressant de mettre en relation ces choses-là et d'y penser. Parce que pour moi, je parle de l'éducation nationale. Pour le coup, on a l'éducation qu'on a, on est comme on est, on n'a pas le choix. Mais voilà, pour moi, c'est très relié, le rôle de l'éducation nationale. Et on en parle beaucoup dans tous nos sujets. Mais vu qu'on est dedans, on le ressent réellement.
- Speaker #0
En fait, je trouve que la France a un héritage artistique qui est tellement énorme et précieux. En réalité, tous les pays... Mais la France a eu la chance de pouvoir le garder. Il est assez bien conservé par rapport à d'autres pays qui ont été à certains moments détruits et pillés.
- Speaker #1
Des fois, on les a pillés aussi.
- Speaker #0
Oui, justement. Mais le fait que, justement, comme tu parles, les politiques abandonnent tellement cet art Merci. qui est pris pour acquis que l'on puisse voler des œuvres de joaillerie au Louvre, c'est un scandale. Et c'est quelque chose qui ne devrait pas exister.
- Speaker #1
Je ne sais pas si tu avais vu cet extrait d'interview d'un des ministres de la Culture. Je ne sais pas si c'est l'actuel ou pas, parce que je ne me renseigne pas, ça va tellement vite. Mais il était sur un plateau et il a eu cette réponse en mode... Est-ce que toutes les formes d'art sont équivalentes ou est-ce qu'il y a une seule culture ou des cultures ? Et en gros, il a sous-entendu que certaines formes de culture étaient plus importantes que d'autres, ou sa phrase était tellement mal tournée et tellement maladroite pour un ministre de la Culture. Je ne sais pas si c'était la ref, mais genre...
- Speaker #0
Je n'ai pas la ref, mais ça me fait penser beaucoup à ce qu'on étudiait en terminale en SES et le fait d'avoir une... bonnes cultures. Enfin, c'est une qu'il... Lire les bons livres, vous voyez, parce que enfin, c'est quelque chose qu'on a étudié en sociologie qui a été absolument passionnant, et que dans la socialisation, on nous apprend à vivre d'une certaine manière, et aussi consommer une certaine forme d'art, et comme quoi, l'art... et en réalité classifié dans notre société tu vois deux gamins l'un lit les fables de la fontaine l'autre lit un manga il y en aura un qui sera plus récompensé pour ce qu'il aura acquis que l'autre et donc je trouve que la culture elle se limite à une certaine élite et même quand on parle d'aller au musée euh Pourquoi certains musées sont gratuits, d'autres pas ? Pourquoi certains types d'art sont valorisés, d'autres pas ? Et c'est quelque chose qui est ultra intéressant parce que l'art, en réalité, il est un peu partout. Et pareil, au collège, on étudie la musique. On n'a jamais étudié de morceaux de rap. jamais étudié de et Franchement, je ne trouve pas que tous les morceaux de rap sont dignes d'être étudiés. Mais il y a dans... Je suis sûre que... Justement, moi, je n'ai aucune connaissance en rap. Mais je me rappelle d'une prof en SES qui nous avait montré un morceau de rap en particulier qui était justement écrit d'une manière très intéressante tout en gardant les codes entre gros guillemets de la cité. Et en fait... Pourquoi y mettre cette distanciation dans l'art ? Et en fait, c'est une distance entre le bon art et le mauvais art qui a toujours été là. À l'époque, le mauvais art, c'était le pop art, l'art contemporain, l'art expressionniste. Il y a toujours eu une forme d'art, l'art fauve, qu'on a regardé de haut. et qui n'étaient pas dans les standards. Ensuite, elles rentrent dans l'histoire et a posteriori, on en reconnaît la valeur. Mais c'est pour ça qu'il faut faire attention parce que l'art est souvent l'expression d'un état, d'une société, d'une communauté. Et il faut toujours faire attention à ne pas les classifier et ne pas rentrer dans ce truc où les... bons livres sont ceux qui sont lus par l'homme cis blanc. Écrit aussi par l'homme cis blanc.
- Speaker #1
Oui, il ne faut pas seulement que ce soit lu. Mais c'est très intéressant ce que tu dis. Je trouve que, par exemple, Banksy, il le critique fortement également.
- Speaker #0
Tu sais que Banksy, on sait qui c'est maintenant ?
- Speaker #1
Ah oui ? Genre son identité est connue ? C'est un collectif. Quoi ? Le phénomène Banksy, c'est un collectif. C'est pas une seule personne.
- Speaker #0
C'est une personne et ils l'ont révélé le 26 mars. C'est ultra récent. Je ne suis pas allée voir parce que ça baisse l'or. Mais il y a une société britannique qui l'a dévoilé.
- Speaker #1
Ah mais c'est pas lui-même, il a pas décidé de le faire ? Genre des paparazzi en mode...
- Speaker #0
Non, non, il leur a écrit une petite lettre, il les a dit s'il vous plaît, ne dites rien, et ils étaient là euh... bah non, on va le révéler.
- Speaker #1
Ouais. Ok, bon.
- Speaker #0
Super !
- Speaker #1
Tant pis.
- Speaker #0
C'est pour ça que je vais pas voir.
- Speaker #1
À part le mythe, genre... Il décrivait aussi cette façon de privatiser l'art. Et en fait, lui, son art, le street art, il demande pas... une permission d'exister. Il ne demande pas une permission d'être valorisé ou pas. Là, il est sur les murs, il est sur des casernes militaires, il est sur une banque.
- Speaker #0
Et il n'est pas éternel.
- Speaker #1
Et oui.
- Speaker #0
Et même, tu te rappelles, je ne sais pas, en 2018, il avait fait une reproduction de la jeune fille au ballon et qui avait fait scandale parce qu'il l'a fait auto-détruire en... en pleine auction. Et l'image est super forte parce qu'en plus, je crois, récemment, ils ont revendu la pièce semi-détruite. Et en fait, il y avait le cadre et au milieu de l'auction, le dessin a commencé à tomber et en dessous, il y avait des lames et c'était comme un coupe papier, tu vois. Et en fait, je trouve ça passionnant parce que l'art, autant que strict art, est à sa base illégale, déjà. Et on ne lui donne pas l'autorisation d'être créé et il n'est pas éternel. Il sera effacé par les autorités et autres. Et je trouve que ce message était super fort parce que du moment où Banksy... a été connu et où son art a pris de la valeur, on a voulu mettre un prix dessus. Et c'était plus un déchet, en fait. Soudainement, c'était plus quelque chose qui dérangeait. Et donc, il voulait dénoncer ça lors de cette auction. Je vous invite à aller regarder les photos, je les mettrai en description. Ok, donc là, nous venons de nous concerter sur notre petite question de cette semaine. La question est, quels sont vos souvenirs les plus loufoques de vacances ?
- Speaker #1
Exactement. Donc, vous pouvez répondre, en fait, à la question en commentaire. Et on y répondra au prochain podcast.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Et le thème du podcast sera, donc, celui-ci.
- Speaker #0
en... sera en conséquence.
- Speaker #1
En conséquence.
- Speaker #0
Ainsi s'achève cet épisode.
- Speaker #1
Nous vous invitons à écouter le prochain.
- Speaker #0
D'ici là, portez-vous bien.
- Speaker #1
Et on se revoit dans deux petites semaines pour une nouvelle discussion.
- Speaker #0
Bye !