- Speaker #0
Bonjour à tous, bienvenue dans Phase B, le podcast dans lequel je reçois une fois par mois un professionnel du cinéma. Ça fait un moment que je voulais parler du métier de producteur et aujourd'hui je le fais avec Robin Robles. Merci d'être ici. Tu travailles et tu as créé même Top Shot Film, une société de production. On va parler un petit peu de tous les projets qu'il y a dans cette société de production. En préparant cette interview, j'ai regardé le format Un artiste à l'école. Après que tu aies eu le César pour le court-métrage de Partir un jour, quand tu es retourné dans ton ancien lycée, tu dis que ce n'est pas anodin de revenir là où tu as vécu des années intenses. En quoi cette période a été décisive pour ton parcours ?
- Speaker #1
Ok, je ne m'attendais pas à cette question. En fait, je dirais pas que ça a été... Comment dire ? J'ai du mal à identifier un lien de cause à effet clair entre cette période, donc quand j'avais entre 15 et 18 ans, disons, et le choix qui est beaucoup plus tardif. de travailler dans le cinéma et dans la production en particulier, puisque à l'époque, à vrai dire, je n'avais aucune idée de ce qu'était le métier de producteur. Je me souviens que j'avais un pote qui pensait à la production. À ma connaissance, il n'est pas du tout dans le milieu du cinéma aujourd'hui. Mais on s'était recroisés plus tard, quand j'étais en école de cinéma, justement. Mais je vois enfin disons que c'était le seul lien que j'avais à l'époque c'était par le biais de cet ami qui lui rêvait de travailler dans le cinéma. Mais voilà moi je sais même pas je savais que c'était le métier de producteur enfin je savais qu'il y avait des producteurs sur les films mais je savais pas en quoi ça consistait exactement. Personne de mon entourage travaillait dans le cinéma. C'était très nébuleux et ça n'est que bien plus tard, enfin 5-6 ans plus tard, que c'est devenu un peu plus concret. Et que je me suis dit que ça pouvait être une voie possible après avoir essayé d'autres choses et fait des études qui n'avaient rien à voir avec le milieu du cinéma. Mais peut-être que si j'avais dit ça à l'époque, c'est aussi parce que finalement, c'est quand même des années structurantes en tant qu'individu. Et je pense que ce que ça m'a appris, c'est une forme de curiosité, de goût pour les histoires. À l'époque, je n'étais pas cinéphile à proprement parler. Ça m'arrivait de voir des films, d'aller au cinéma ou avec des potes ou avec ma famille et tout. Mais je n'avais pas un rapport structuré, je dirais, si réfléchi et intelligent que ça au film. en revanche J'aimais le théâtre, j'étais à l'atelier théâtre, donc c'est la littérature, les bandes dessinées aussi, et mon goût pour les histoires, qui est je pense moteur de mon désir de travailler dans le cinéma et de produire des films en particulier, il vient d'une certaine manière de là.
- Speaker #0
Et du coup t'as fait quoi comme études si t'as pas fait d'études dans le cinéma, et ça a été quoi le déclic après pour rentrer dans le cinéma ?
- Speaker #1
En fait, ouais, ouais. Au lycée, j'étais en section scientifique, à une époque où beaucoup de choix nous échappent, je crois. Et donc j'avais fait ça par recommandation, parce que mes parents et le corps professionnel soral, bienveillant mais assez directif néanmoins, m'avaient incité à faire ce choix. Et par contradiction... Après le bac, j'ai fait une prépa littéraire où là j'étais beaucoup plus épanoui je dirais, même si je ne savais pas trop quel était mon... j'avais pas d'objectif clair, je ne savais pas ce que je voulais faire de ma vie à l'époque et tout. Donc ça pouvait parfois être un peu frustrant, d'avoir la sensation de bachoter un peu parce que les prépas littéraires ça prépare un concours etc que j'ai pas eu
- Speaker #0
Et le déclic après ?
- Speaker #1
Le déclic... Après ça, j'ai fait des études de relations internationales à la fac. Et en fait, à l'occasion d'un stage où j'étais au service économique de l'ambassade de France à New York, une ex-copine de l'époque, elle faisait une école de cinéma à Tiches, c'est NYU. Il se trouve que, c'est une anecdote marrante aujourd'hui, mais elle était dans la promotion de Chloé Zhao, la réalisatrice. oscarisé de Nomadland et qui a fait un film qui est sorti récemment qui s'appelle Amnet. Et donc j'avais vu ses tout premiers films d'école à l'époque et donc au contact de ses étudiants et parce que j'ai filé des coups de main le week-end sur des tournages et que je discutais tous les jours et tous les soirs avec ma copine de ses films, je lisais ses scénarios etc. Je me suis rendu compte que enfin en fait j'aimais ça. J'ai découvert l'existence des écoles de cinéma, enfin l'existence, je savais que ça existait, mais je veux dire, j'ai découvert la réalité des écoles de cinéma. Et j'ai rencontré aussi, à la même époque, un producteur, qui était le frère de cette copine, qui m'a aussi, enfin, qui a été assez généreux avec moi, je veux dire, de son temps, et qui m'a permis de voir ce que c'était. que le métier de producteur. Tout s'est joué à peu près à ce moment-là. J'avais entre 20 et 24 ans. Après, je suis rentré à Paris. J'ai passé le concours d'une école publique qui s'appelle la FEMIS, qui se trouve avoir un département de production, ce qui n'est pas si commun. Il y a peu d'écoles qui ont des départements de production. J'ai eu la chance d'être accepté. Après, tout s'est passé de manière assez fluide, je dirais.
- Speaker #0
Est-ce que tu avais envisagé d'autres métiers au cinéma avant la production ?
- Speaker #1
J'ai passé le concours de mon école en production. Je savais pas si bien en quoi consistait le métier de producteur. Ou en tout cas, à l'époque, à postériori, je me rends compte que j'en avais une idée qui était un peu lacunaire, voire parfois erronée. Mais en même temps, j'avais l'intuition que ça me correspondait plutôt pas trop mal, l'idée d'être à l'interface entre différents corps de métier, d'être proche du scénario, de l'artistique, disons, et en même temps de l'organisationnel, de la vie d'une société de production. de combiner un peu enjeux artistiques et pragmatiques, ça me correspondait assez bien sur le plan psychologique, je dirais, enfin de tempérament, mais ça, c'était de l'ordre, ça relevait d'une intuition. Après, ça m'est arrivé, si je suis honnête, de penser à la réalisation ou au scénario, mais comme je pense beaucoup de gens, sinon la majorité des gens qui travaillent dans le cinéma, enfin différents postes. C'est normal et je pense que c'est même sain de s'intéresser à ce que c'est que d'écrire une histoire ou de la raconter avec des images, de la réaliser. Et il se trouve qu'à La Fémis, on réalise tous un film, au moins une fois. Et donc, d'être passé par là, ça m'a aussi permis de... voir que j'étais bien à ma place. Et donc aujourd'hui, en tout cas, je ne suis pas du tout frustré de n'être que producteur ou quoi. J'embrasse avec passion et toute confiance toutes les spécificités de mon métier sans avoir envie de faire autre chose.
- Speaker #0
J'écoutais il n'y a pas longtemps un épisode du Masque et la Plume et il y a Muriel Joudet qui disait « Un producteur, c'est quelqu'un qui voit ce que les autres ne voient pas. » Est-ce que tu es d'accord avec cette affirmation ?
- Speaker #1
C'est en tout cas quelqu'un, j'apporterais peut-être une précision, c'est quelqu'un qui voit avant tout le monde. C'est-à-dire qu'on est vraiment le premier regard sur les projets. Après, il peut qu'il y ait d'autres personnes, les agents des Réals par exemple, leurs proches ou quoi. se trouve être au courant en même temps que nous sinon avant nous des films mais mais on est On fait partie, disons, de l'initiative du projet, de la première pierre posée, si on prend une métaphore architecturale. En tout cas, on est au point de départ d'un film. Et nous, on accompagne, on est là pour accompagner un désir d'histoire et donc un projet. Et donc forcément, on doit voir quelque chose. On voit aussi le talent d'un metteur en scène et parfois oui ça peut être le voir avant tout le monde mais pour que ça marche pour que notre métier enfin pour qu'on disons que c'est quand on est plus seul à le voir que ça marche on a réussi on a on a on a réussi à montrer aux autres ce qu'on a vu initialement quoi Je dirais que c'est un enjeu.
- Speaker #0
Et toi, quand tu reçois des projets, qu'est-ce que tu cherches en fait ? Qu'est-ce qui va faire que tu te dis, celui-là, j'y vais ?
- Speaker #1
C'est intéressant. C'est à la fois une histoire et un réalisateur ou une réalisatrice, ou en tout cas quelqu'un pour porter cette histoire. Et pas forcément dans cet ordre. Parfois... On reçoit un scénario et on est emballé par le texte qui est écrit, ce qui n'a pas forcément vocation à être sous la forme d'un scénario dialogué. D'ailleurs, ça peut être un synopsis. C'est même souvent préférable, en tout cas sur des formats longs, parce qu'en court-métrage, c'est un peu différent. On a plus tendance à recevoir des scénarios dialogués. sous une forme dialoguée en court-métrage. En long-métrage, on passe le plus souvent, mais pour des questions juste de méthodologie d'écriture, par des étapes plus embryonnaires et synthétiques. Et donc, après, il faut juste confirmer qu'il y a quelqu'un qui a une vision pour réaliser ce film. Et si possible... ce quelqu'un il a déjà fait des précédents films et on y trouve un sens particulier pour la mise en scène le cinéma c'est un art de l'espace c'est l'art de créer de l'espace et du temps donc tu peux juger des capacités d'un réalisateur ou d'une réalisatrice sur une précédente réalisation parce que tu te dis la caméra elle est toujours au bon endroit ça joue bien l'histoire et... Même si parfois le scénario est un peu fragile, en fait, on est quand même pris dans cette histoire, il y a de l'émotion, un sens de la durée. Et parfois, c'est d'abord une rencontre avec quelqu'un, et presque peu importe le scénar. On a juste envie de bosser avec cette personne, et après on va faire l'effort de l'accompagner. dans un travail d'écriture qui va aboutir à un scénario mais auquel on n'a pas forcément connaissance au moment où on décide de s'engager dans une relation de travail.
- Speaker #0
C'est intéressant parce que tu parlais des courts-métrages et souvent c'est des formats qui sont vus comme des laboratoires, avant le long-métrage. Est-ce que tu es d'accord avec ça déjà ? Et est-ce que tu penses que c'est un passage obligé avant de faire un long-métrage ?
- Speaker #1
Je... Je crois qu'avant que nous on commence à produire des films, en gros j'ai rencontré mes deux associés Arthur Gouasset et Bastien Daray quand on était à l'école et on en est sortis il y a 11 ans je crois et donc on a créé la société à ce moment-là. Donc avant qu'on sorte de l'école, il me semble que ça arrivait assez fréquemment que des... des réalisateurs ou des réalisatrices de premiers films ne soient pas passés par le court-métrage, qu'ils ou elles aient quand même des expériences notables, soit à d'autres postes, et juste un bon scénar et une bonne note d'intention, et ça suffisait à financer des films. Aujourd'hui, je pense que c'est vraiment un passage obligé, et en financement, au moment de financer un long-métrage, on nous demande... quasi systématiquement et nécessairement un court métrage à montrer. Ça n'a pas besoin d'être le long métrage, n'a pas besoin d'être une adaptation stricto sensu du court métrage, comme c'est parfois le cas. Et nous, ça nous est arrivé plusieurs fois de procéder comme ça. Mais d'avoir un film juste réussi, qui montre que les comédiens sont bien dirigés et qu'il y a à nouveau un sens de la mise en scène. et que ce soit si possible un peu dans la même humeur quoi c'est à dire financer une comédie quand ton court métrage c'est un drame social c'est pas forcément enfin, idéal. Mais bon, après tout, si le film est réussi, je pense qu'il n'y a pas de souci.
- Speaker #0
Et jusqu'où ça va, ton rôle créatif sur un film ? Est-ce que, par exemple, tu as un mot à dire sur le casting ou tu passes sur le tournage ?
- Speaker #1
Alors, pour répondre dans l'ordre, le casting, c'est une discussion. Sur les courts-métrages, le casting, c'est un enjeu qui est strictement artistique. Il n'y a pas d'autres répercussions puisqu'il n'y a pas vraiment d'enjeu commercial. Alors qu'en long-métrage, pour te dire, le casting, c'est la première étape de financement d'un film aujourd'hui. C'est-à-dire qu'en fait, on a un scénar qui est abouti. La première chose qu'on fait avant de le faire lire aux partenaires financiers du film, c'est qu'on casse Merci. le film et donc enfin voilà il ya un enjeu serait un peu long de rentrer dans les détails et tout mais en tout cas de d'avoir essayé de le vendre en fait d'aller bien et des films et diènes voilà c'est ça qui sont enfin suffisamment identifiés pour que les différents acteurs de la chaîne quoi et donc trouve que c'est rassurant enfin en tout cas que qu'ils y voient Donc l'enjeu artistique, ce double disons d'un enjeu industriel auquel assez naturellement on se retrouve à prendre part.
- Speaker #0
Et comment tu réagis quand la réalité économique se confronte à la vision artistique d'un réalisateur ou d'une réalisatrice ?
- Speaker #1
J'essaye de faire au mieux pour qu'on ait jamais l'impression de sacrifier le film ou d'abîmer le film. Il y a l'enjeu du casting qu'on évoquait là, mais je ne sais pas par exemple, et a fortiori aujourd'hui où les financements ont tendance à se contracter dans le contexte d'une économie en crise et tout, qui ne concerne d'ailleurs pas que notre secteur, même si notre secteur est impacté. Là en 2025, c'était une année avec moins d'entrées que d'habitude, donc les comptes du CNC sont moins... rempli par la TSA, etc. Donc ça a des effets en cascade. Et donc, on fait les films avec moins d'argent. Faire les films avec moins d'argent, ça veut dire concrètement avoir moins de jours de tournage. Donc là, il se trouve qu'on est en préparation d'un film qu'on va tourner le 2 mars, d'un long-métrage, où le premier plan de travail qu'on a reçu, je crois qu'il y avait 40 jours, On a fait une première... Nous on a demandé au réalisateur et à sa co-scénariste de réécrire le film pour couper des jours de tournage. On est arrivé sur 35 jours et puis plusieurs semaines plus tard, alors qu'on était en préparation du film et qu'on se rendait compte que le film était toujours plus cher que ce qu'on voulait, on lui a redemandé de couper une journée de tournage et on est passé de de 35 jours à 34 jours. Ce qui soit dit en passant, pour un premier film, est déjà très confortable. Je crois qu'il y a des études qui sont sorties récemment qui attestent une baisse du nombre moyen de jours de tournage sur les films. Donc ça, typiquement, c'est un cas de figure auquel on est confronté sur tous les films. C'est-à-dire qu'un scénario n'est jamais terminé. Et donc, c'est parce qu'on est confronté à une certaine réalité qu'on va devoir aménager le film. Et puis parfois il y a des accidents, un comédien qui se casse la jambe une semaine avant le début du tournage et il faut le changer, ou alors on perd un décor super important, en fait on est en permanence confronté à des imprévus, et ça c'est typiquement ce que tu disais, c'est la réalité qui fait obstacle à ton désir ou à tes plans, et il faut réussir à rebondir. Nous, on est là pour accompagner les réalisateurs et les réalisatrices dans ce genre de grandes décisions à prendre.
- Speaker #0
Tu as été aussi le producteur de Partir un jour qui a été présenté à Cannes l'année dernière et qui est nommé au César dans plusieurs catégories cette année. À quel moment tu sais que le court-métrage va devenir un long-métrage pour Partir un jour et qu'est-ce qui faisait qu'il fallait faire un long-métrage ?
- Speaker #1
Alors, ce n'était pas un projet qui précédait l'écriture et la fabrication du court métrage, comme c'est parfois le cas à nouveau. Mais, et c'est Amélie qui nous le rappelait, pour être honnête j'avais un peu oublié, elle nous rappelait qu'à une séance de visionnage du court métrage en cours de montage, Alors même qu'on était très heureux de ce qu'on était en train de voir, on a suggéré, Arthur, Bastien et moi, la possibilité qu'il puisse y avoir un long métrage tiré un peu de cette histoire. Et je crois que cette intuition, elle vient notamment du fait que dans le court métrage... Pour aboutir à la version du court métrage finalisé, on a dû sacrifier pas mal d'éléments, enfin de scènes même, qui concernaient les parents. Et c'est cette frustration de ne pas pouvoir, de ne pas avoir le temps dans une économie narrative propre au court métrage, il faisait 25 minutes je crois, d'explorer à fond la question de la transmission. de la relation à la famille qu'on a quittée, qu'on s'est dit que peut-être un long-métrage pourrait permettre tout à la fois de raconter l'amour irrésolu et en même temps cette histoire de famille.
- Speaker #0
Est-ce que le fait que le film ait été présenté pour l'ouverture en plus de Cannes, ça change un peu les relations que vous avez avec les partenaires financiers, avec les diffuseurs, etc. ?
- Speaker #1
Alors oui, évidemment. Ce n'est pas pour autant qu'on a un blanc-seing et que d'un coup on peut faire ce qu'on veut. Disons qu'il y a un enjeu pour une structure comme la nôtre. Moi j'ai 40 ans en tout cas aujourd'hui, donc dans d'autres métiers, je vois des potes qui ont fait d'autres métiers, ils sont... Ils ne se considèrent pas comme jeunes dans leur métier. Souvent, ils sont à des étapes de leur carrière qui sont plus avancées que là où je me trouve aujourd'hui. Mais pour des jeunes producteurs, il y a un enjeu, et alors même que Partir un jour, c'est notre troisième long-métrage, à être... crédible vis-à-vis des partenaires financiers. Quand on finance un film, on demande de nous confier des sommes d'argent qui sont considérables, on parle en millions d'euros. Cette confiance-là, elle s'acquiert. Chaque petite étape dans notre... carrière de jeune producteur, elle est décisive. Et en l'occurrence, avoir fait un film qui a une reconnaissance de l'industrie symbolique avec le Festival de Cannes et qui, par ailleurs, marche relativement bien en salle, puisqu'il fait 680 000 entrées, ce qui n'est pas un succès délirant, mais ce qui est très très bien, je veux dire, a fortiori aujourd'hui et même dans une année comme je le disais plus tôt. plutôt morose du point de vue des entrées et de la fréquentation de salles. Forcément, les gens se disent « Ah tiens, peut-être que ça vaut le coup de les écouter ces gars-là et de lire les scénars qu'ils vont nous envoyer. » Ça ne veut pas dire qu'ils vont le prendre les yeux fermés, parce qu'à un moment, c'est les projets qui parlent. Et je vois là aujourd'hui qu'il y a des films qu'on galère à financer plus que je l'aurais espéré. Donc chaque film, on repart à zéro presque. C'est une nouvelle aventure en tout cas, ça c'est clair.
- Speaker #0
Et justement dans ce combat un petit peu pour faire financer les films, aujourd'hui avec l'arrivée des plateformes de streaming, est-ce que c'est plutôt une aide ou il y a aussi une concurrence là-dessus ?
- Speaker #1
En fait, le... l'arrivée des plateformes et la manière dont elles se sont positionnées dans L'industrie dans l'écosystème aujourd'hui, ça permet de varier un peu les sources de financement. Après récemment, il y a eu, je ne serai pas la meilleure personne pour en parler, mais avec l'arrivée de Disney, il y a quand même eu... une baisse des investissements de Canal+, pour compenser la place faite à Disney, mais la place prise par Disney, mais qui, je pense, fait perdre quand même au secteur la possibilité de financer un nombre non négligeable de films. Et même si on considère que Disney compense en partie, en bonne partie, la baisse des investissements, il y a les films qui vont être touchés par cette modification de l'écosystème, c'est précisément les films qu'on fait nous, c'est-à-dire les films du milieu, le cinéma indépendant et tout, puisque je ne pense pas que... En gros, Canal, ils investissent autour de 40 millions en moins, et les films qu'ils ne vont plus préacheter, ce n'est pas forcément les films que l'enveloppe dédiée par Disney au cinéma français. va les conduire à acheter. Je pense qu'ils vont se positionner sur des films un peu équivalents. Donc, d'une certaine manière, plus d'acteurs, ça fait sur le papier plus de sources de financement possibles. Et ça, je pense que c'est bien. Et en même temps, il faut voir un peu sur le long terme ce que ça va donner. Quant à... Donc là, ça, c'est pour la partie pré-achat des plateformes, donc sur la partie cinéma, et après pour la partie audiovisuelle, donc les originals ou... l'équivalent des unitaires pour la télévision mais sur les plateformes. Ça concerne des... Nous on n'est pas trop concernés par ça pour le moment. Quand on voit juste les sociétés qui font des films de plateforme et tout, c'est une approche qui est beaucoup plus marché, commerciale et tout. On a essayé de pitcher un peu des projets, ça n'a jamais vraiment... marché. Peut-être que ça va marcher un jour, pour le moment. En tout cas, c'est pas une perspective d'activité si nette en ce qui nous concerne. Je pense que ça concerne des boîtes un peu plus grosses, plus installées, qui travaillent avec des talents aussi plus identifiés.
- Speaker #0
Et quand on regarde un petit peu les films que tu as produits, il y a pas mal de... Personnes en fait qui sont pas des acteurs, je pense à Juliette Armani pour Partir un jour, Camilla Giordana, Sofiane Zermani qui sont à la base des chanteurs. Est-ce que c'est plus compliqué du coup quand c'est des talents moins identifiés de faire financer un film ?
- Speaker #1
Bon en ce qui les concerne ils sont... Maintenant ils sont bien installés oui. Camilla elle avait un César déjà avant de travailler avec nous, enfin et... et c'est juste qu'elle a plusieurs cordes à son arc, elle est comédienne et... et chanteuse, Sofiane pareil, il avait déjà joué dans plusieurs films et tout. En fait, il faudrait poser la question aux réalisateurs et réalisatrices. Je crois que c'est Rebecca Zlotowski qui a donné son premier rôle à Sofiane dans sa série pour Canal. Il se trouve que Juliette, c'est Amélie qui lui a donné son premier rôle, parce qu'elle avait déjà fait mais... plutôt des apparitions et tout, enfin c'était un peu plus discret quoi ce qu'elle avait fait jusque là mais son envie de jouer en tout cas elle remonte à beaucoup plus loin puisqu'elle a fait une école de jeu quand elle était plus jeune avant de percer dans la chanson et les concernant enfin tous les trois puisque tu les cites en fait c'était pas du tout une difficulté en financement, puisque justement le fait qu'ils soient leur notoriété dans la chanson, c'était plutôt perçu comme un atout.
- Speaker #0
Est-ce que tu te souviens de ton premier petit combat pour essayer de faire exister un film, là où personne n'y croyait et toi tu as voulu y aller ?
- Speaker #1
Ouais, je ne sais pas si c'est une anecdote intéressante, mais c'était... L'année où je préparais le concours de la FEMIS, j'avais un pote qui lui faisait une école d'art et il voulait faire un... Et en fait on faisait des trucs un peu ensemble et tout, mais à une époque on savait pas du tout ce que c'était exactement de faire des films, peut-être lui un peu plus que moi. Et on avait rencontré un producteur de musique qui représentait une chanteuse. Et on lui avait vendu que...
- Speaker #0
qu'on était un binôme de clippers quoi, genre un peu prod real et tout, et qu'on avait déjà fait des trucs alors que c'était pas vrai. Je pense qu'on avait carrément menti sur la marchandise, et ils nous avaient confié un budget de 10 000 euros pour faire le clip, et on avait vraiment tout fait tout seul, un peu à l'arrache, mais le résultat était d'ailleurs... pas si mal, mais en tout cas, on y avait mis beaucoup d'énergie, on travaillait tout le temps et tout, on avait tout découvert sur le tas, c'était une super école. Et je me souviens que cette anecdote que j'avais mieux racontée à l'époque au concours de la FEMIS avait peut-être fait pencher un peu la balance de mon côté, puisque j'avais dû montrer que j'étais en tout cas assez déterminé et plutôt...
- Speaker #1
Est-ce qu'encore aujourd'hui, quand on est un producteur avec une société, quand on a une filmographie derrière soi, il y a des décisions qui se font au bluff aussi ? Après, peut-être que tu ne peux pas dire parce que sinon, aujourd'hui, tu es…
- Speaker #0
Non, non. Est-ce qu'il y a des… Après, c'est un métier où… Ça repose quand même souvent parfois un peu sur le paraître. On se retrouve dans pas mal de situations. On doit quand même... C'est pas la composante essentielle. Et heureusement d'ailleurs, parce que je pense que sinon ça me rebuterait. Mais on doit vendre nos projets. On doit vendre qui on est. Et on doit vendre les gens avec lesquels on travaille. Et on est des vendeurs de tapis parfois. Et donc, je ne sais pas si on peut dire que c'est du mensonge, mais en tout cas, à chaque étape de la fabrication d'un film, on doit convaincre les gens qu'on a un projet super qui mérite... qu'ils s'y investissent, voire qu'ils prennent des risques quand il s'agit de convaincre un distributeur qui va parfois investir beaucoup d'argent dans un film, dans une période compliquée, parfois c'est des structures fragiles, ils sont très en risque. Et donc si tu fais le compte à la sortie du film et que tu vois que le film c'est un échec, on pourrait dire « Ah ouais mais t'as… » C'était un peu de let's groove, en fait. Ce projet, il n'avait aucun potentiel et tu nous as fait croire que machin et tout. Mais bon, en tout cas, ce n'est pas un mensonge, je dirais, malfaisant. On croit, on est convaincu par ce qu'on fait et on fait de notre mieux pour que les gens... qu'on essaye de... Enfin, le soi aussi, quoi. On convainc les gens, pour qu'ils soient aussi convaincus que nous, que ça vaut le coup de venir travailler sur nos films ou d'investir sur nos films.
- Speaker #1
Pour finir les épisodes de Phase B, en général, je demande les projets en cours de mon invité et les projets futurs. Est-ce que c'est quelque chose de très secret chez Top Shot ou tu peux essayer de donner des bribes de prochains films ?
- Speaker #0
Ouais, ouais, carrément, non, non, c'est pas secret. Là, on tourne le 2 mars, donc dans trois semaines, le premier long-métrage de Bastien, qui se trouve être un de mes deux associés. Lui, en fait, avec Arthur, on était dans le département production de notre école, et Bastien, lui, il était dans le département scénario. Et donc, il y a... Il a d'ailleurs toujours continué à écrire des scénarios. C'est lui qui a écrit l'affaire Ausha de Jean-Paul Salomé, qui est sorti récemment. Et il a continué toutes ces années à écrire aussi pour d'autres. Et il a toujours eu envie de réaliser. Et nous, on a toujours eu envie d'accompagner ce désir qui, là, se concrétise avec ce film, qui est une comédie de braquage. avec José Garcia, Baptiste Le Caplin et Isabelle Carré. C'est une comédie de braquage sur fond de réconciliation entre un père et son fils. Après là on est en financement du film de Dimitri Lucas qui est le co-scénariste de Partir un jour, avec qui on a fait un court-métrage. Et on travaille... avec pas mal d'autres réalisateurs et réalisatrices après enfin je peux les citer comme ça mais là c'est les liens on fait un film aussi avec haute turiste qui est la co scénariste du film de bastien et donc c'est un film qu'elle va qu'elle va réaliser avec noémie lovski qui est en financement aussi et tout ça pour dire que c'est vrai que pas mal des réalisateurs et des réalisatrices avec lesquels on travaille. En fait, c'est des gens qui sont proches de nous, soit d'ailleurs. C'est des amis et des gens qu'on connaît dans l'intimité, mais souvent des gens avec qui on a travaillé sur d'autres trucs. Là, quand c'est des scénaristes et réalisateurs, réalisatrices et c'est beaucoup aussi pour le moment, en tout cas des gens avec qui on a fait des... courts métrages là on est en post production d'un film d'un réalisateur qui s'appelle léopold croce avec qui on avait fait un court métrage à quelques années c'est une comédie de jeunes avec abraham vapler félix lefebvre et raïka zainab issus notamment et voilà parce qu'à ses chouettes c'est d'avoir aussi des projets à différents stades de de la vie d'un film, de pouvoir passer de la prépa au montage et à l'écriture. C'est assez stimulant sur le plan.
- Speaker #1
J'ai hâte de découvrir tout ça. très bientôt. Merci beaucoup, Robin, d'avoir été là pour répondre à mes questions pour Phase B.
- Speaker #0
Avec plaisir.
- Speaker #1
Vous pouvez retrouver tous les épisodes de Phase B sur YouTube et en podcast et sur les réseaux sociaux aussi, TikTok et Instagram. C'est phaseb.podcast. Et puis aussi toute l'actualité de Top Shot. Je crois que vous avez un compte Instagram. En effet. Ouais. Comme ça, on peut aller suivre les activités de la... de production de Top Shot. Merci, Robin.
- Speaker #0
Avec plaisir. Merci à toi.