- Speaker #0
Bon, c'est n'importe quoi. On s'en fout. C'est pour ça que c'est cool le cinéma. Ça sert à rien, ok ? C'est le scénario qui déclenche tout. Pas tout, mais enfin beaucoup de choses. Oui, parce que je trouve que c'est la chose sur laquelle on doit être le plus exigeant. C'est l'histoire.
- Speaker #3
Bonjour à tous, bienvenue dans ce nouvel épisode de Face B. On est en janvier quand on enregistre cet épisode et j'étais invité à la première édition du festival Gueule d'amours par Camille et Benoît. Déjà, est-ce que vous pouvez vous présenter tous les deux ?
- Speaker #4
Eh bien oui. Donc, moi, je suis Camille. En travaillant en duo, Benoît et moi, depuis déjà une bonne dizaine d'années, on a cofondé une association qui s'appelle Collectif des Routes pour porter des projets de clips, de courts-métrages et en fait de projets artistiques pluridisciplinaires. Et dans cette structure, moi je suis plus en charge de la production et Benoît est à la réalisation, à la direction artistique de ses projets.
- Speaker #3
Ça vous est venu d'où l'idée de créer Gueule d'amour, le premier festival de cinéma LGBT à Lille ?
- Speaker #4
Justement,
- Speaker #0
comme ça fait longtemps qu'on a ce collectif et qu'au fur et à mesure du temps, on s'est vraiment orienté vers des films LGBT. Et moi, c'est vrai qu'en tant que réalisateur, je réalise des films exclusivement, des films ou des clips, des objets vidéo qui soient gays. À un moment donné, on s'est dit, autour de nous, qui est-ce qui fait aussi ça ? Et le collectif s'est beaucoup réduit, on s'est finalement retrouvé à deux par la force des choses. Et on a ressenti le besoin de trouver autour de nous des gens qui pouvaient faire les mêmes choses que nous, essayer de... On s'est interrogé, en fait. Et cette interrogation fait qu'on a rencontré différentes personnes dont on était plus ou moins proches. Et voilà, on savait qu'ils étaient effectivement dans l'audiovisuel queer. Et ce qui est apparu, c'est qu'au nord de Paris, il n'y a pas de festival LGBT. Après, c'est Bruxelles. Et donc, c'était déjà une première façon de peut-être resserrer les liens, se rencontrer. justement voir qui pourrait répondre présent. Donc le festival, il est né comme ça. Et on s'est rendu compte que tout le monde en avait envie, mais que personne finalement n'osait trouver peut-être l'espace, le temps pour le faire. Donc à un moment donné, on s'est dit, faisons cette première édition. Après cette première édition, comme ça, on pourra voir qui a envie d'y aller avec nous et puis de faire grandir cette aventure du coup.
- Speaker #4
C'est ça, en fait, au départ, la réflexion, elle était vraiment de se dire qu'on avait aussi envie de créer un projet collectif avec plein d'énergies différentes. Et comme tu disais, on a senti que ça répondait à un besoin et une envie à plein d'endroits, que ce soit plein d'endroits dans la région des Hauts-de-France ou même auprès de réalisateuristes ou de programmateuristes. C'était vraiment assez... assez vaste même dans les fonctions des personnes avec lesquelles on s'est entretenu. Et puis, les mois passés, ça fait déjà deux ans qu'on réfléchit à ce projet. Et là, on s'est dit, mais en fait, je crois qu'il faut juste y aller avec un projet à notre échelle. Pour lancer les choses, il faut trouver un nom de festival, faire une programmation sur... comme pour cette première édition, sur un gros week-end, ne pas faire les choses trop de façon démesurée, lancer les choses et puis voir ensuite comment on peut réunir ces différentes énergies pour l'avenir.
- Speaker #3
Dans cet épisode, on va parler un petit peu de l'organisation, mais c'est du détail à côté du thème ou du sujet de ce festival qui est le cinéma LGBT. J'ai divisé cette interview en huit thèmes selon les huit séances proposées en reprenant à chaque fois le... l'intitulé de la séance. La séance 1, c'était vendredi soir, gueule en question. Et ma première question, c'est est-ce qu'on se questionne toute sa vie sur sa gueule, sur qui on est, et est-ce que le cinéma le permet ?
- Speaker #4
Alors, je pense qu'on peut se questionner toute sa vie sur qui on est. Et je pense que oui, en effet, le cinéma permet d'enclencher un processus d'identification pour nourrir un peu les réflexions qu'on peut avoir, nous, individus. comme le cinéma, la littérature, les arts en général, permettent aussi d'aller nous questionner sur des problématiques qu'on n'aurait pas dans notre quotidien, dans notre vie à nous, et de se dire, ok, dans tous ces parcours, de tous ces personnages qui sont hyper différents, donc nous, là, dans le festival et dans les courts-métrages qui sont proposés, c'est au sein de la communauté queer, mais de manière générale, c'est vraiment de se rendre compte que dans les films, il y a un éventail énorme de... de questionnement, je pense que ça peut enrichir aussi nos propres questionnements d'individus dans la vie.
- Speaker #0
Et c'est vrai qu'il n'y a pas que dans cette séance où, bien sûr, les personnages sont en questionnement. La question est souvent... Se questionner, c'est quelque chose qui est présent dans beaucoup de films. Et c'est vrai que dans cette séance, on a par exemple Touche-Pipi de Philippe Chattard qui est... C'est vraiment des enfants qui ont un magazine porno gay. Et du coup, par accident, ils sont avec ça. Et qu'est-ce qui se passe ? C'est un petit peu la découverte. Donc ça, c'est vraiment un des films où on a ces premières questions qui apparaissent. Et puis, il y a d'autres films, effectivement, où ce sont d'autres questions. ensuite quand on grandit, etc. Je pense que juste en tant qu'humain, on se pose tout le temps des questions. Là, on met le point sur effectivement des questions particulières, spécifiques, et les réalisateurs se sont emparés de ces questions qui nous sont propres, finalement, pour nous montrer la façon dont finalement tout ça, ça se fait, et puis pour peut-être nous faire aussi nous-mêmes soit nous souvenir de nos propres questions, soit nous reposer des questions ... et c'est aussi une séance dans laquelle on a un film bisexuel et c'est intéressant parce que cette question par exemple de la bisexualité on l'a très très peu reçue dans les films qu'on a représenté
- Speaker #3
dans la production donc c'était aussi un des films qui a fait le nom de cette séance par exemple là si je vous demande spontanément s'il y a un film qui vous vient en tête qui vous a aidé à vous questionner Ouki.
- Speaker #4
qui peut aider à questionner ? Oui. C'est assez difficile. Dans la première séance, à la fin de la première séance, il y a un film d'animation qui s'appelle Quelqu'un de spécial et qui raconte l'histoire de deux personnes qui se rencontrent via une appli de rencontre. Et il y avait vraiment aussi la question de l'authenticité, en fait, puisque il y a... Du coup, l'idée que un des personnages fait croire qu'elle parle la langue de l'autre alors que c'est pas le cas, et tant qu'il y a la barrière du numérique, c'est facile de faire croire ça, et quand elle se rencontre en vrai, ces deux personnes, on est au pied du mur, et il faut révéler un peu le mensonge. Tout ça pour dire que la question qui était au centre de ça, c'était la question de l'authenticité. Et j'aime bien la raccorder au questionnement qu'il y a dans la communauté queer au moment du coming out, au moment de rupture, au moment de rencontre, etc. Parce que c'est aussi ça qui fait qu'on peut dire qui on est, et que ce soit auprès des cercles proches, la famille, le cercle professionnel, la société, etc. Mais aussi... par rapport à la personne qu'on va rencontrer et dont on va tomber amoureux.
- Speaker #0
Et si la question, c'était peut-être nous, un film dans notre parcours qui nous a fait justement nous questionner. Moi, je ne pense pas à un film en particulier, mais je pense que... Parce que personnellement, je n'ai pas un film qui m'a déclenché quelque chose par rapport à ma sexualité ou par rapport à mon désir. Mais je pense à un film qu'on verra ce soir. et à certains autres aussi, qui nous montrent des situations justement assez peut-être normales. Je pense à Mattel, par exemple, d'Andréa Negroni, qui raconte juste une rencontre fortuites je voudrais pas spoiler le film mais qui raconte une rencontre fortuite et où finalement les personnages se retrouvent deux personnages se retrouvent deux garçons se retrouvent seuls à un moment donné et il y en a un qui ose faire le premier pas vers l'autre et en fait toute l'histoire est finalement une situation presque j'allais dire normale en fait de vie mais il y a ce moment où il se passe quelque chose et où on sent que les personnages là vivent cette question qui est qui doivent certainement se poser en dehors de tout ça. Et ce que je veux dire par là, c'est que ces films nous montrent aussi des situations dans lesquelles on vit ces questions. Et c'est ça qui est beau, je trouve, aussi dans le cinéma, c'est de pouvoir justement nous dire ces personnages peuvent avoir vécu la même situation que vous, ou bien c'est dans ce genre de situation que finalement... Il peut se passer quelque chose par rapport à toutes ces questions. Et c'est ça qui est très beau. C'est aussi ça, finalement.
- Speaker #3
Sur ce week-end, il y a eu huit séances, plus de 40 courts-métrages qui ont été sélectionnés. Comment vous avez choisi les courts-métrages ? Est-ce que vous avez plutôt privilégié une qualité technique, un message ou une émotion particulière ?
- Speaker #0
On a reçu beaucoup de films. et c'était très intéressant de voir l'ensemble de ces films. Au fur et à mesure du visionnage de tout ça, il nous est apparu assez clairement les fils rouges de ces séances qu'on avait envie de tracer. Et c'était très intéressant de construire une programmation autour de ces fils rouges. Et des points communs, voilà, on a par exemple cette séance Amours Ensoleillés, où à un moment donné, on s'est dit, c'est vraiment intéressant de voir que l'été, le soleil, l'eau aussi, la rivière, etc., le lac, sont des éléments qui reviennent dans nos histoires et dans nos récits queer. Et donc, on a trouvé ça vraiment intéressant de choisir les films pour programmer des thèmes. Et voilà, en fait, se faire dialoguer ces histoires, justement, pour que, à travers une séance, on ait aussi, on vive un fil rouge, une émotion. Je pense que c'est aussi quelque chose qui est très intéressant avec le cinéma, c'est de pouvoir, et avec le court-métrage en particulier, c'est de pouvoir se faire des échos entre les récits. Et comme on se disait juste avant, voilà, une question qui peut être posée dans le premier film. peut être répondu ou requestionné dans le deuxième, le troisième film et qu'à la fin de la séance, on se dise que cette diversité est très belle. C'est en ce sens-là qu'on a construit notre programmation par rapport aux films qu'on a reçus. On n'a pas fait de distinction de quoi que ce soit, si c'est des films professionnels, amateurs, semi-amateurs. On n'a pas fait de distinction non plus sur le genre, la sexualité, etc. On ne voulait vraiment pas faire de catégorie. mettre les films dans des cases, on avait vraiment envie de les faire se répondre.
- Speaker #4
Oui, c'est vrai que l'appel à film était vraiment ouvert à tout type de film, que ce soit des films de fin d'études, des films amateurs ou même pro. Et en fait, quand on les a regardés, on n'a pas trop fait attention à ça. On s'est dit, voilà, voyons le film. Et c'était aussi ouvert à des films d'animation. C'était très, très large, fiction, documentaire, clip. Et au fur et à mesure, en effet, on a un peu construit ça comme un puzzle. Sur la question des séances, on ne voulait justement pas étiqueter chaque séance avec l'idée qu'on allait voir que des films de récits lesbiens, que des films de récits trans, etc. On s'est plutôt dit, voyons s'il y a un point commun au niveau de l'esthétique ou au niveau de l'univers. Par exemple, là, on a une séance. Ce soir, qui s'appelle Gueule de rêve, où le point commun, c'est plus le rapport à l'onirisme, avec des films qui sont très artistiques, où il y a de forts partis pris, esthétiques. Du coup, c'est un peu comme ça que se sont construits les choses, on va dire au feeling, mais avec en arrière-plan l'idée de créer des groupes.
- Speaker #0
Oui, et je crois que ce que tu dis au feeling, c'est aussi cette question qui nous importe à tous les deux, c'est cette question du récit. Et que le récit, pour nous, je pense que c'est ça qui prime sur tout le reste. Puisque ce qu'on nous raconte à travers un film, c'est avant tout une histoire. Et ce que les spectateurs vont recevoir, ce sont des histoires. Et je crois qu'on a été surtout attentifs à ça.
- Speaker #3
On en parlait juste avant, la séance numéro 2, ça s'appelle Amour ensoleillé. Donc ça met plutôt un avant des amours d'été, des amours de vacances. Pourtant cette séance elle est programmée, bon c'est le calendrier du festival qui veut ça, elle est programmée en plein hiver à Lille. Est-ce que pour vous ça veut dire que le cinéma peut représenter un refuge ? Ou une petite parenthèse ?
- Speaker #4
Oui, ça peut être un refuge.
- Speaker #0
Disons que ça fait du bien de voir du soleil et l'été. Ça fait du bien de se rappeler que l'été est derrière nous,
- Speaker #4
mais qu'il arrive. On est en plein mois de janvier, c'est un peu ça l'idée.
- Speaker #0
C'est bientôt.
- Speaker #4
Et en fait, ouais, on a eu... Non,
- Speaker #0
mais voilà, je crois que par rapport à ce que je disais juste avant, je crois que l'été, c'est un moment où il se passe plein de choses, etc. J'ai l'impression que c'est aussi un moment qui marque finalement nos histoires queer. Je pense à Brûlure douce, où c'est deux copains qui vont en vacances ensemble dans la famille de l'un. Et puis, c'est le moment où finalement, il y a une proximité, une promiscuité qui est là parce que c'est l'été. Et c'est le moment où finalement, par rapport à la séance 1, les questions de cette séance 1 peuvent peut-être... On peut peut-être aller plus loin que cette question et puis essayer quelque chose. Qu'est-ce que ça amène ? Alors, des nouvelles questions, bien sûr. Mais le soleil est là malgré tout. Peut-être que ça amène autre chose. Donc, un refuge pour les spectateurs ? Je ne sais pas. On ne leur a pas posé la question comme ça.
- Speaker #4
Après, c'est vrai que quelques personnes à la sortie de la salle nous disaient « J'aime bien, ça me fait penser à l'esthétique de Call Me By Your Name. » Il y a quelque chose qui résonne avec des grands films assez connus dans le cinéma queer. Je pense que ça fait du bien parce que c'est aussi une proposition de court métrage qui renvoie peut-être aussi à la nostalgie, avec ce qu'on disait avant sur le questionnement sur nos identités. mais c'est vrai que l'été c'est un peu une période Un espace-temps un peu suspendu en dehors du quotidien, en dehors de pas mal de choses. Et on a ces personnages qui sont hyper émouvants dans les films de cette sélection.
- Speaker #3
Et puis tu parles de nostalgie. Ce qui est fou, c'est que dans la plus... Enfin, si ce n'est tous, je n'ai plus tous en tête, mais c'est principalement des histoires d'ados ou d'enfants, en fait. Donc c'est presque... En fait, les deux sont liés. Les amours d'été et les amours... d'enfance ou d'adolescence. Vous avez reçu beaucoup de films ensoleillés, j'ai envie de dire, pour pouvoir en faire une catégorie.
- Speaker #0
Oui, on en a reçu beaucoup. On ne les a pas tous mis dans cette catégorie parce que certaines fois, le décor de l'été n'était pas forcément le décor principal. Mais effectivement, oui, on sent que... Il y a un vrai plaisir aussi, je pense, pour les réalisateurs d'être dans cette période où je pense qu'en tant qu'être humain, j'ai la sensation qu'on a quand même quelque chose de plus... Voilà, où l'été, le soleil, etc., ça nous crée quelque chose physiquement. Donc oui, je pense que pour revenir à ta question du refuge, à tous les moments de voir des belles choses ensoleillées au cinéma, ça nous procure un sentiment de plaisir, effectivement. Mais je voulais quand même ajouter en un sens une nuance parce qu'on a aussi, je pense à ce film, le moment suspendu, en fait, où le personnage se pose une vraie question. Et ce n'est pas parce que c'est l'été qui fait beau et qu'il y a le soleil et la rivière et les oiseaux, etc. que forcément, c'est heureux, joyeux, feel good. Il y a quand même aussi des vraies questions d'identité qui se posent pour les personnages à ce moment-là. dans ses films. Donc l'été, oui, c'est cool, mais parfois, c'est pas si simple quand même.
- Speaker #3
La séance numéro 3, c'était la séance Goldissi avec les films régionaux, qui étaient complètes. Il y a eu quasiment toutes les équipes qui sont venues pour défendre les films. Avant de parler un petit peu de la séance et des films, ici, on est au cinéma L'Univers. Pour vous, en quoi ce lieu associatif, c'était le lieu euh... parfait ou le lieu idéal pour organiser cette première édition ?
- Speaker #0
Je réponds peut être à cette question. Moi, je suis très, très impliqué dans le milieu associatif lillois et plus largement en région de France, du cinéma et de l'audiovisuel. En fait, le cinéma à l'univers a un fonctionnement très, très spécifique, assez, je pense, même unique en France, c'est à dire que c'est un lieu qui est une association et c'est un collectif d'associations qui programme. qui fait la programmation du cinéma. L'univers, c'est aussi un laboratoire de tirage argentique et numérique. C'est un collectif d'associations qui programme et des membres de photographes. Et donc, c'est vraiment un lieu d'expérimentation, c'est vraiment un lieu ouvert où chacun programme ce qu'il a envie. Donc, on n'a pas un public, on n'a pas, comment dire, c'est très vivant, c'est très mouvant comme lieu, puisque on a des publics différents de différentes associations qui viennent. Et c'est très important, moi, je pense, dans le paysage culturel. d'avoir ce genre de lieu parce que justement, ce dont on n'a pas parlé, c'est qu'aujourd'hui, ce festival, comme je le disais tout à l'heure, c'est une initiative qu'on lance. Donc, il n'y a aucun financement. Voilà, c'est vraiment, on porte ça d'une façon autonome. Et avoir un lieu comme ça, ça permet aussi, en fait, cette autonomie, justement. Ça permet de ne pas dépendre. de financement, ça permet une grande liberté. Et je pense qu'aujourd'hui, on a aussi besoin, pour défendre aussi ce qui nous semble être une vision juste des choses, d'avoir des espaces de programmation et de diffusion libres. On peut faire ce qu'on veut ici. Donc voilà. J'ai un peu perdu le fil de la question, mais ça, c'est le décor. Je crois que c'était le lieu. Effectivement, je pense que j'y réponds. Enfin, c'est une partie de la réponse, je pense.
- Speaker #4
Non, mais tu as dit le principal. Après, c'est vrai que juste là, sur ce week-end, ce qui est aussi très bien dans ce lieu, c'est qu'il y a des espaces pour se rencontrer, pour discuter en dehors de la salle de cinéma. C'est un espace qui est fait de façon à ce qu'on puisse accueillir aussi. du public pour le côté un peu bar, un peu rencontre. Enfin, voilà, donc il est vraiment idéal, en fait. Oui, c'est ça.
- Speaker #0
Et il est assez complémentaire, puisque je pense qu'on va en parler juste après sur cette question, justement, de la séance régionale. En fait, on a aussi une aide en région Hauts-de-France qui est très spécifique, qui est une aide pour les associations, pour faire des films, qui est soutenue par Pictanovo en région Hauts-de-France. Et donc, effectivement, on est l'une des seules régions à avoir ce dispositif où les associations, n'importe quelles associations, peuvent demander des fonds pour faire des films, des clips ou de la vidéo pour les spectacles vivants. Et effectivement, du coup, ça amène à une production de films associatifs qui est très importante. Et il y a aussi un parc de matériel professionnel, mais qui est uniquement destiné à ces associations. Donc, en fait, on a aussi quelque chose qui... On a des dispositifs régionaux d'aide qui font que cette production, elle est de plus en plus importante, de plus en plus qualitative. Et finalement, ici, en fait, on a un lieu qui nous permet de diffuser aussi ces productions, en fait. Puisque le court-métrage, effectivement, il a quand même une petite difficulté à trouver sa place en salle. Mais cette structure de l'univers permet aussi à ces associations... de prendre le lieu, d'investir le lieu et de diffuser aussi ces éléments, ces productions.
- Speaker #3
Quand vous avez lancé l'appel à film, vous saviez déjà que vous alliez recevoir un certain nombre de films, de clips ?
- Speaker #4
De la région,
- Speaker #0
oui.
- Speaker #4
En fait, même si c'était une volonté de mettre en avant la production régionale, du milieu associatif ou non, pas que, mais en tout cas de se dire que... si on avait fait le constat d'un manque d'espace de diffusion en Haute-France, pour cette première édition en tout cas, on voulait mettre l'accent sur aussi les productions qui venaient de Haute-France. Et du coup, on savait déjà un petit peu que ces trois dernières années, il y avait eu pas mal de courts-métrages, pas mal de clips qui avaient été réalisés. Donc on s'est dit que c'est l'occasion de faire un focus régional. Et puis comme tu le disais tout à l'heure, beaucoup de personnes des équipes des films sont venues présenter leurs projets et en fait ça permet aussi plus d'échanges, plus de rencontres et puis même nous on a rencontré parfois des équipes avec qui on échange par mail ou qu'on connaît de nom mais qu'on n'avait jamais vraiment rencontré. En vrai, et donc voilà, ça permettait aussi cet an de rencontre au cinéma à l'univers. C'est vrai que ça, c'est possible.
- Speaker #0
Oui, c'était quelque chose qu'on voulait mettre,
- Speaker #4
qui doit faire partie pour nous du festival.
- Speaker #3
Dans cette sélection régionale, il n'y a pas que des courts-métrages, il y a aussi des clips. Pourquoi vous avez choisi de casser la frontière entre le grand cinéma et la musique ?
- Speaker #4
C'est vrai que c'est uniquement dans cette séance régionale qu'on a du clip et du court métrage. La volonté, ce n'était pas forcément qu'il y ait des frontières ou de casser la frontière. En plus, dans la façon dont les projets ont été présentés, on a ouvert la séance avec un clip et on l'a fermé avec un clip. Il y a eu deux clips dans cette séance. On trouvait, en tout cas pour le clip réalisé par Aurore Froissart, on trouvait qu'il était construit un peu comme un court métrage aussi. On suit deux personnages ou en tout cas un personnage, son alter ego, dans un récit un peu parallèle aux paroles de la chanson. Donc, c'est vrai qu'il a ce format un peu court métrage presque. et Et je crois que ça s'intègre bien au reste de la programmation et enfin dans le... Oui, en fait...
- Speaker #0
Ouais, non,
- Speaker #4
mais je voulais dire, et dans le dernier clip, il y a un peu ça aussi, même s'il est encore différent parce qu'il y a beaucoup d'images sur l'interprète, enfin la chanteuse en fait, de la chanson dans le clip. Mais voilà, il y a à chaque fois un récit qu'on peut lire en parallèle. Donc oui, ça s'inscrivait quand même malgré tout assez bien dans l'ensemble.
- Speaker #0
Et en fait, l'appel à films qu'on avait lancé était ouvert sur le genre, c'est-à-dire qu'on pouvait déposer effectivement documentaires, fictions et clips. Finalement, on a reçu des clips que pour cette séance. Et c'est intéressant parce que la production de clips LGBT, il n'y en a pas forcément tant que ça, justement. Et je pense aussi que, comme je le disais précédemment, le fait qu'en région, on ait cette aide qui permet de financer du clip, au même titre que de la fiction, les équipes, les réalisateurs, les réalisatrices queer saisissent cette opportunité et produisent effectivement des clips de qualité. Je pense que c'est vrai que c'est une vraie richesse et qu'on a donc... En tout cas, j'espère que la prochaine édition, on recevra peut-être des clips autres que ceux régionaux. Mais pour l'instant, ça s'est présenté comme ça, effectivement.
- Speaker #3
L'intitulé de la séance 4, c'est Gueule d'amour comme le nom du festival. Donc, ma première question, c'est le nom du festival. Pourquoi vous l'avez mis au pluriel, Gueule au pluriel et Amour au pluriel ? Et qu'est-ce que ça dit de l'identité du festival ?
- Speaker #4
Oui, alors, c'était un petit pied de nez d'intituler la séance 4 « Gueule d'amour » comme le mot devrait s'écrire, parce que même « gueule d'amour » au pluriel, normalement, on ne met pas de S à « amour » . Et pour le festival, on a choisi de faire cette petite entorse à la langue française pour, justement, signifier les amours au pluriel et le fait qu'il y a plein de façons de s'aimer et que c'est ça qu'on... On revendique dans le festival et je pense même au cœur de tous les films qu'on a reçus.
- Speaker #0
Et surtout, le mot « amour » change de genre en fonction du singulier ou du pluriel.
- Speaker #4
Et donc du coup, la fluidité dans ce mot nous intéressait. On s'est dit, allez, on part pour le nom du festival sur « gueule » au pluriel, « amour » au pluriel. Et puis, c'est vrai que « gueule » , ça faisait penser à la question du... des comédiens et comédiennes, souvent par rapport au visage à l'écran, c'est « quelle gueule d'acteur, quelle gueule d'actrice » . Donc il y avait un peu ce jeu de mots dans le monde du festival, et dans la séance, on est revenu au nom classique de « gueule d'amour » pour cette séance qui est autour de romance et de sentiments.
- Speaker #3
si je lit le résumé de cette séance entre désir et réalité, ces courts-métrages illustrent des occasions manquées des chances et opportunités qu'on laisse passer ainsi que la non-réciprocité des sentiments
- Speaker #0
Est-ce que vous avez eu des occasions manquées ? Quelque chose que vous auriez aimé faire sur cette première édition qui n'a pas pu avoir lieu ?
- Speaker #1
Plein de choses.
- Speaker #2
Plein de choses. On s'est même un peu freinés. Parce que c'est vrai que c'était hyper excitant d'organiser le festival. Enfin, de l'organiser d'abord en théorie. Et puis, au départ, on s'était même dit on le fait sur dix jours avec une grande soirée d'ouverture. avec un petit concert ici, avec une rencontre ici, une table ronde là, et puis projection. Et en fait, on s'est dit non, mais l'idée, c'est de faire un lancement à notre échelle, sans financement, sans subvention, donc sur du travail en préparation 100% bénévole. Donc, on s'est beaucoup freiné.
- Speaker #1
On a quand même fait 8 séances.
- Speaker #2
Et on a quand même malgré tout fait 8 séances. donc non on va pas dire qu'il y a des... Les occasions manquées, c'est plus des perspectives pour les éditions à venir.
- Speaker #0
La séance numéro 5, c'est celle qui va commencer tout à l'heure, dimanche à 14h, qui s'intitule « T'as vu ma gueule ? » . Dans cette séance, les personnages cherchent leur place. Quand on est un jeune festival LGBT, est-ce qu'on se sent parfois un peu comme ces personnages, un peu perdus face au grand festival, face à la masse ? de films, de courts-métrages qu'il y a ?
- Speaker #1
Alors, je dirais pas forcément. Pas forcément parce que dernièrement, alors je crois que ça date de l'année dernière, il y a une fédération des festivals LGBT qui s'est montée. Et voilà, donc je pense que ça montre aussi le besoin aussi de se fédérer à toutes les échelles. Donc moi, j'ai la sensation en tout cas que... On a des partenaires aussi avec qui dialoguer, on a reçu du soutien et des encouragements de leur part. Et on sait qu'en cas de besoin, on peut les solliciter. Je crois aussi qu'on se serre les coudes, tous ensemble. En tout cas, j'ai l'impression de me sentir soutenu et aidé par mes pairs. Donc oui, effectivement.
- Speaker #2
Après, ça dépend si tu entends grands festivals comme les autres festivals de films, films de genre ou même gros festivals de séries. Par exemple, à Lille, c'est vrai qu'il y a un énorme festival de séries. Et si c'est ça, je pense qu'on ne se sent pas forcément perdu, mais il y a quand même l'idée de faire sa place. Mais qu'à partir du moment où le festival est connu par des personnes qui peuvent s'intéresser aux films LGBT, En fait, il y a quand même une création de communauté qui fait qu'on est ensemble et dans ce sens-là, on ne se sent pas forcément perdus.
- Speaker #1
J'ai l'impression que ce soit Cérimania ici à Lille ou bien nous, tout petit festival naissant Gueule d'amour, en fait, on aime le cinéma. Donc, on a tous les mêmes envies et on n'a juste pas le même prisme, etc. Et en fait... Peut-être qu'on peut le présenter aussi comme ça. Ici à Lille, on est tous très accueillants et on est tous très bienveillants les uns et les unes vis-à-vis des autres. Donc je sais que si on a besoin d'aide, si on a besoin de quelque chose, on va pouvoir demander à tout le monde un petit coup de main, un petit coup de pouce et tout le monde s'entraide. Je pense qu'il y a aussi ce sentiment de bienveillance qui nous anime et qui nous encourage et qui nous fait nous sentir confiants.
- Speaker #0
La séance numéro 6, c'est la séance avec le titre le plus choc, ça s'appelle Ta Gueule. Dans l'histoire de la communauté LGBT, la société a parfois dit Ta Gueule avec la répression, des interdictions parfois pour les personnes queer. Est-ce que ce festival et de manière générale le cinéma LGBT, c'est un symbole de révolte ou un symbole de changement ? Comment vous voyez ce cinéma-là ?
- Speaker #2
Alors,
- Speaker #1
il n'y a pas qu'une réponse. Oui, c'est difficile pour nous aussi de se placer. On n'est pas historien du cinéma non plus. Donc déjà, notre réponse va valoir ce qu'elle vaut par rapport à cette grande question. Peut-être notre positionnement par rapport à ça.
- Speaker #2
Non, mais je ne sais pas. C'est intéressant cette question de positionnement parce que je crois qu'on peut lire de façon hyper différente le même film et qu'on peut considérer qu'un film qui se veut très poétique, intime, qui sort des tripes de quelqu'un qui l'a fait pour raconter quelque chose d'hyper onirique, malgré tout, il pourrait être classifié comme un film très militant. et dans ce sens être un symbole de révolte, justement pour contrer énormément de discours qu'on peut avoir qui sont à l'encontre de la communauté. Nous, on ne se place pas vraiment d'une façon militante.
- Speaker #1
Ce n'est pas non plus notre point de départ. On est avant tout amoureux du cinéma.
- Speaker #2
Mais effectivement,
- Speaker #1
on a conscience que malgré nous, il y a ce militantisme qui existe et que c'est un acte peut-être militant, le fait de programmer, le fait de créer des choses, de visibilité, de rendre visible. Et on est content que ça existe, on est content que ça permette ça. et que du coup, chacun, chacune puisse s'emparer de ce moment, de ce temps pour, voilà, s'ils en ont besoin ou s'ils ont envie d'en faire un geste militant, quelque chose de, voilà, de revendiquer une place, etc. Nous, on a avant tout eu l'envie de proposer au public des récits, voilà, des films pour créer des émotions. Et voilà, effectivement, on a ce prisme LGBTQIA+. Mais en fait, j'ai l'impression que c'est particulier, effectivement, de se positionner en se disant qu'on n'a pas de combat. Alors peut-être qu'on devrait par rapport justement à tout ce qui se passe dans le monde, etc. Mais effectivement, on a... En fait, j'ai l'impression que pour cette première édition, on avait surtout ce prisme du cinéma et on a l'impression que ce militantisme, il va falloir qu'il trouve sa place. il va falloir qu'il trouve son son entrée dans le festival et voir comment, justement, on peut, ces bribes de choses qui pouvaient justement exister à travers cette séance, notamment, en fait, comment ça va pouvoir se composer. Et c'est vrai qu'on a eu des contacts qui nous disaient qu'il faut qu'on organise des conférences, notamment sur la question trans, sur du militantisme, sur des points très spécifiques qui ont besoin encore plus de visibilité. Et ça, je pense que ça va venir parce que c'est nécessaire, effectivement.
- Speaker #0
Pardon, mais ça ouvre en fait une autre discussion. Ce que tu dis, c'est que depuis le début du festival, quand je discute avec des personnes qui ont assisté aux projections, on a un peu ce même sentiment quand on sort des projections. C'est, ça fait du bien parce qu'en fait, le côté LGBT, l'homosexualité, la transidentité, ce n'est pas le sujet du film. C'est pas... Et puis, il n'y a pas de côté militant. C'est comme ça, c'est OK. Et on parle d'autre chose. On parle d'une sœur qui part au Canada, de quelqu'un qui fait de la musique, de quelqu'un qui fait des films, de quelqu'un qui boit une bière. Mais c'est jamais le sujet, l'élément principal du film. Et en fait, ça fait du bien. Et moi, c'est la question que je me suis posée en revenant ici. Je me suis dit, quand je vais les voir tous à la suite, les uns des autres, est-ce que ça va pas être trop lourd, entre guillemets ? Et en fait, pas du tout. Vous... C'était aussi une volonté de ne pas mettre des films trop militants, du coup ?
- Speaker #1
Non,
- Speaker #2
ce n'était pas une volonté de départ. Je pense que c'est arrivé par rapport à nos affinités, à nous. Et en fait...
- Speaker #1
Mais on a reçu peu de films de militantisme aussi. Je veux dire, en tout cas, ça ne représente pas un volume important qu'on n'aurait de toute façon pas sélectionné.
- Speaker #2
Et puis, ce qui est intéressant aussi, c'est comme tu dis, la question queer, elle est intégrée à un récit dans lequel on développe avec beaucoup de justesse, avec énormément de richesse aussi. On développe l'histoire de ces personnages et donc dans chaque court métrage du festival. Et ce qui est intéressant aussi, c'est que malgré tout, aujourd'hui, il y a un peu plus de visibilité de personnages LGBT dans les séries ou à la télévision. on va dire dans les productions même grand public mais mais il ya un gros retour de d'énormes clichés sur chacun de ces personnages et parfois on sent un peu de pinkwashing et hélas ce qui est ce qui est chouette c'est que on est dans des histoires et il ya enfin on ressent de façon beaucoup plus authentique le le parcours de ces personnages c'est beaucoup plus dans l'introspection Enfin voilà et dans ce sens c'est... C'est peut-être un peu à contre-courant de ce qui se fait aujourd'hui, mais dans le sens, je pense que c'est pour ça aussi que tu as pu avoir des retours de spectateurs et spectatrices qui ressentent cette grande bouffée d'air.
- Speaker #1
Oui, et je crois qu'on a besoin, en tant que réalisateur, d'exprimer des choses qui nous touchent et qui peuvent être simplement des... des émotions comme tout à chacun, tout à chacune. Et donc, je pense qu'être artiste, réalisateur, réalisatrice, LGBT ne veut pas forcément dire qu'on va se mettre dans une position de militantisme et qu'on a un message fort à revendiquer. On a juste parfois l'envie d'exprimer ses émotions, son amour. Et je pense que du coup... Peut-être qu'en tant que spectateur, on peut se dire que si on décide de faire du cinéma, c'est parce qu'on est militant et qu'on a des choses à dire. En fait, non, je pense que quand on fait du cinéma et qu'on est artiste, on est un artiste ou une artiste comme... toutes et tous. On n'a pas une étiquette militante obligatoirement. C'est peut-être une idée, un préjugé à déconstruire chez les spectateurs. Et peut-être aussi que parfois dans certains festivals qui ne sont pas uniquement centrés sur les récits queer, on va les choisir plus facilement. Les programmateurs, les programmatrices vont choisir un film LGBT un peu militant parce que pour eux, c'est ça l'étiquette du film queer. Et parce que c'est cliché. Donc ici, on a l'espace et le temps justement de montrer la diversité de ces récits et la façon dont ces artistes ont envie de s'exprimer, de faire passer leur message à leur public justement.
- Speaker #0
Et à l'image de ce que la société peut renvoyer parfois aux personnes LGBT, qu'est-ce qui a été le plus difficile à mettre en place au sein du festival, dans le sens, dans l'organisation, dans la préparation ?
- Speaker #1
Alors, on ne va pas dire qu'on n'a pas rencontré de difficultés, mais...
- Speaker #2
Qu'est-ce qui a été la plus grosse difficulté ?
- Speaker #1
Je pense que, comme on le disait tout à l'heure, finalement, on a dimensionné cette première édition à notre échelle. Donc je pense que la plus grosse difficulté, comme tu le disais tout à l'heure, c'était de se retenir, de ne pas vouloir en faire davantage. Voilà, mais... Bien sûr, il y a énormément de films qu'on a laissés de côté et qu'on aurait aimé aussi montrer. Déjà, comme je disais, on fait huit séances, ce qui est quand même assez conséquent. Et voilà, c'est aussi ce sentiment de frustration de se dire « Ah, il y a aussi ce film qu'on aurait voulu montrer, ce film qui traite de ce sujet aussi. » Parfois, voilà, des choses qui ont eu du mal à trouver leur place dans notre sélection. Moi, en tant que réalisateur, je soumets aussi mes films à des festivals. Je ressens aussi, ce que je veux dire, c'est que maintenant je suis de l'autre côté et je vois aussi comment on doit construire tout ça. Donc c'est intéressant de voir que parfois, ça ne veut pas dire que le film qu'on réalise est mauvais. Voilà, toutes ces questions qu'on peut se poser quand on est réalisateur et réalisatrice émergent. En fait, effectivement, on doit penser à notre public. Qu'est-ce qu'on a envie de lui raconter ? Quel est le sentiment qu'on veut qu'il ait à la sortie de chaque séance et à la sortie du festival s'il participe à l'ensemble des séances ? Et ça, c'est choisir, c'est renoncer. C'est finalement ça le plus difficile, je pense.
- Speaker #0
La dernière séance dont on va parler, c'est la séance 8, celle qui va clôturer le festival, qui s'appelle Triste Gueule. Donc on ouvre le festival avec des amours ensoleillées, on le termine avec des tristes gueules. Est-ce que la tristesse, c'est un passage obligé de l'amour ? Et deuxième question, est-ce qu'au cinéma, c'est plus facile de pleurer ?
- Speaker #2
Parfois, l'été peut être un peu sombre. Et malgré tout, même si on est en plein été, sous la canicule, près de l'eau, il y a quand même beaucoup de tristesse dans pas mal de films de cette sélection. Oui, dans Triste Gueule, il est beaucoup question... De rupture, mais aussi de deuil, principalement. La tristesse, elle est en filigrane de tous ces films. Mais en fait, on parle d'individus au centre de cercles familiaux, sociétaux. Ça fait vraiment écho à être au monde dans des communautés ou des cercles plus larges.
- Speaker #1
Et encore une fois... On ne parle pas uniquement d'être queer dans cette séance, on parle aussi juste de la vie. Et parfois, dans la vie, il se passe des choses et elles ne sont pas toujours joyeuses. Et comment, finalement, ça résonne aussi en nous, en tant que personnes queer ? Est-ce que, justement, comme on le disait, pour chercher le garçon, est-ce que le deuil amène encore un nouveau combat ? Voilà comment finalement la vie, dans ces moments-là aussi, nous pousse, en tant que LGBTQIA+, à devoir mener de nouveaux combats, et puis amène peut-être, comme on le disait par rapport à la première séance, des nouvelles questions auxquelles il va falloir aussi répondre.
- Speaker #0
De manière globale, est-ce que c'est plus facile de pleurer au cinéma ?
- Speaker #1
En fait, c'est sûr que le cinéma permet d'exacerber les émotions, les sentiments. Et oui, il y a des films qui sont faits pour qu'on pleure, il y a des films qui sont faits pour qu'on se sente pousser des ailes. En fait, on a un panel d'émotions et je pense que la force des cinéastes, c'est d'aller nous faire nous interroger, nous faire... Aussi ressentir des choses parfois qui peuvent nous déstabiliser. J'ai beaucoup aimé, j'aime bien demander malgré tout aux personnes qui sortent de la tête. Alors, c'était comment ? Quel film ? Et j'ai eu une réaction de ce film m'a énervé. Et ma réponse a été c'est génial parce que ça fait partie du panel d'émotions qu'on... peut ressentir. Et en fait, si c'est parfois l'intention aussi du film, du réalisateur, de la réalisatrice, c'est vraiment génial parce que parfois, on a aussi besoin de ressentir et qu'on nous amène dans ces émotions. La personne me disait, non mais j'aime pas vraiment. Et je trouvais ça vraiment intéressant parce que justement...
- Speaker #2
Ça peut créer de la gêne, en fait, ça peut tout déplacer. C'est vrai que c'est hyper fort de se sentir déplacé dans son point de vue quand on va au cinéma parce que... Parfois, on se dit, mais mince, est-ce que je suis le seul à penser ça ? Est-ce que justement, ce film m'a forcé à penser autrement ? Et ça, c'est une grande richesse.
- Speaker #1
Et ça veut aussi dire qu'on est ouvert, justement. Et que même si on n'a pas aimé, on a aimé, on n'a pas aimé. En fait, on a ressenti quelque chose. Et ça veut dire qu'on a été ouvert à ce récit. Et que voilà, c'est ça. Donc oui, nous, en tout cas, je pense que c'est aussi ce qu'on recherche. Ce qu'on a recherché dans ces films, c'est que... il donne à nos spectateurs et spectatrices des émotions.
- Speaker #0
Ce soir le festival se termine, qu'est-ce que vous espérez avoir laissé derrière vous dans l'esprit de celles et ceux qui ont fréquenté le festival pendant un, deux ou trois jours ?
- Speaker #1
Je pense, voilà comme on le dit en filigrane finalement, la richesse de ces propositions et puis la beauté aussi de ce qu'on peut faire, de ces histoires qu'on peut se raconter. Et aussi leur donner envie justement de sortir des sentiers battus et d'aller chercher des nouveaux récits, des nouvelles histoires queer, d'explorer finalement ce qui se fait même de façon autofinancée, etc. En gros, peut-être un goût et une curiosité pour le court métrage et puis pour les films. différents de ce qu'on peut trouver tout venant. Et puis de montrer qu'il y a de l'authenticité dans ces récits. Je pense qu'un festival comme ça permet de mettre en avant et qu'il existe d'autres festivals qu'il faut accompagner. Je pense que pour ma part, c'est ça.
- Speaker #2
En fait, ce que je trouve intéressant avec Le Recul, c'est aussi d'avoir programmé que des courts-métrages. Au départ, nous, c'était parce que c'était plus simple. Et en fait, je me rends compte que beaucoup de personnes qui sont venues connaissent le long-métrage ou la série. Et que le court-métrage, pour les gens du milieu du cinéma ou de l'audiovisuel, c'est quelque chose d'assez connu. Mais au final, un peu moins du grand public, on peut dire. Et en effet, oui, avec beaucoup d'a priori. Et là, je crois que cette question de la curiosité dont tu parlais, c'est vraiment ça aussi, de se dire que si on peut rendre le public curieux de ce format-là dans cette catégorie du cinéma queer, c'est hyper fort parce que ça va encourager aussi le fait de... de faire des films et de s'intéresser à ces films-là.
- Speaker #1
Et peut-être aussi pour ouvrir, pour celles et ceux qui nous écoutent, au final, on ne s'en rend pas forcément compte, mais il y a beaucoup d'autoproductions qui se font et beaucoup de films qui sont accessibles en ligne sur les plateformes. Mais juste en tant que spectateur, spectatrice, on ne fait pas forcément l'effort de se dire « Tiens, je vais aller sur YouTube et chercher des films » , alors qu'en fait, il y en a énormément, énormément. Et donc parfois, voilà, je pense que j'espère que, comme on se disait, on va amener ce goût et cette envie de faire ces recherches et de découvrir des nouvelles choses.
- Speaker #0
Ma dernière question va finir là-dessus. Là, on est à quelques heures de la clôture de cette première édition. Quel est le moment, l'image ou la rencontre qui va vous rester après cette édition ?
- Speaker #2
Je pense que c'est là, hier soir, le moment où les équipes se sont rencontrées et ont fait le petit débrief après avoir vu les films de chacun chacune. Et qu'il y ait cette émulsion aussi entre les artistes qui sont venus présenter leurs films. Je me suis peut-être un petit peu aussi identifié et je me suis dit que c'est chouette aussi. En tout cas, c'était un des points qu'on voulait mettre. L'ADN du festival, c'était cette question de la rencontre. C'est chouette que ça, ça ait vraiment fonctionné. Il y a ça. Et ensuite, je suis aussi très content d'avoir personnellement rencontré des personnes qui sont venues dans ce festival et qui m'ont dit « Ah, mais moi, en fait, j'ai le projet d'ouvrir un bar lesbien à Lille. Moi, j'ai le projet de faire un festival queer pluridisciplinaire au mois de juin. Est-ce qu'on peut se voir après ? » et qu'on s'est tous retrouvés à un même endroit, que ces rencontres et ces échanges ont pu avoir lieu. Donc ça, c'était vrai que c'était un temps fort. Bon, il y en a plein d'autres. En tout cas, ces moments de rencontres et de discussions un peu après, avant les projections, ça, c'était vraiment chouette.
- Speaker #1
Et aussi, entendre le public qui applaudit à la fin de chaque film. qui applaudit et qui crie parfois. Waouh ! C'est toujours... Ça dit que... On parlait d'émotion, le public est touché.
- Speaker #2
Et puis, tout comme cette question de... Enfin, la question qu'on se posait, est-ce que le festival qu'on va créer va correspondre à un besoin, à une envie du public ? D'avoir que les premières séances, enfin, en fait, quasi toutes les séances ont été complètes. ou... ou presque complète, ça nous a fait nous dire qu'il y avait une vraie envie et un engouement même pour le court-métrage queer. Donc ça, c'est aussi un point marquant de cette première édition.
- Speaker #0
Merci beaucoup à tous les deux.
- Speaker #2
Merci.
- Speaker #0
C'est la fin de ce petit épisode de Phase B que vous pourrez retrouver sur YouTube, sur toutes les plateformes, et sur les réseaux sociaux aussi, Instagram et TikTok, phaseb.podcast. On peut suivre le Festival Gueule d'Amour sur... Instagram, c'est gueule d'amour tout attaché avec un F et voilà au deux et tous les deux on peut aussi vous suivre sur Instagram pour voir un petit peu vos projets et moi je vous dis au mois prochain pour un nouvel épisode de Phase B, ça sera avec Jean-Louis Autré qui a supervisé les effets, les VFX sur le règne animal et qui a gagné le César pour, donc un aspect très technique du cinéma que je vous invite à découvrir dans un mois sur Phase B