- Speaker #0
Mon métier n'est pas le même depuis... Ça n'a fait que changer. Donc quand j'arrive sur un projet, je suis comme tout le monde, j'ai juste un scénario, et je cherche à comprendre quelle est la part d'effet visuel là-dedans. En vrai, le petit instant là, où ils ouvrent l'enveloppe, tu te dis, en fait, il y a moyen que ce soit un autre, parce qu'il n'y a pas de raison. À chaque projet, il y a un peu ce truc de pourquoi je suis là. Pour ma part, en tout cas. On est très vite tenté de se dire qu'on a ce qu'on voulait sur un plateau, on filme, parfois on filme dans des corps vides, enfin je veux dire, il y a des fois c'est très abstrait ce qu'on fait.
- Speaker #1
Bonjour, vous écoutez Phase B, un podcast dans lequel je reçois des professionnels du cinéma pour parler de leur métier, de leur parcours et de leur vision. Aujourd'hui, mon invité s'appelle Jean-Louis Autré, il est superviseur VFX, on va détailler un petit peu après ce que c'est. Il a gagné le César des meilleurs effets visuels en 2024 pour le Ragné Animal. Bonjour Jean-Louis Autré.
- Speaker #0
Bonjour.
- Speaker #1
Merci d'être dans Phase B aujourd'hui. Pour commencer, est-ce que tu peux me parler un petit peu de ton métier, de ce que c'est concrètement ?
- Speaker #0
C'est assez vaste, mais c'est vrai que les effets visuels sont finalement une manière de produire des images qu'on n'arriverait pas à faire avec une caméra dans des conditions de tournage classique. Donc ça touche beaucoup de domaines finalement dans le cinéma. Ça va des extensions de décors, ça va sur des créatures, c'est un peu les grandes familles on va dire, et puis des effets plus spectaculaires dans certains cas. Et mon métier consiste à conseiller les productions, les réalisateurs, et à les accompagner tout du long de la fabrication du film. Merci.
- Speaker #1
Tu as commencé dans le milieu en étant assistant caméra. Qu'est-ce que tu retiens d'abord de ce premier métier qui te sert encore aujourd'hui ?
- Speaker #0
Absolument tout. C'est un métier, alors c'était vraiment ce vers quoi je me destinais. Je voulais être directeur photo. Et j'étais très à l'aise avec les caméras. Globalement, c'était vraiment un outil que j'aimais appréhender. J'aimais découvrir de nouvelles caméras. J'ai appris en plus à une époque où c'était du film, ce qui inculque une certaine rigueur. Ça demande des gestes, ça demande une connaissance du geste. C'est assez procédurier finalement comme métier, beaucoup plus qu'on le pense. Et j'ai appris à évoluer sur des plateaux de manière discrète. tout en étant au centre de ce qui se passe. Et ça, la caméra, pour ça, c'est vraiment génial. Ça donne cet accès-là vraiment au plateau. Outre tout ce qui est la technique, c'est-à-dire tout ce que j'ai appris de la prise de vue, des techniques de prise de vue, c'est vraiment l'attitude à avoir sur un plateau ou en tout cas le fonctionnement d'un plateau qui m'a beaucoup servi et qui me sert encore aujourd'hui.
- Speaker #1
Quand tu dis l'attitude, c'est comment interagir avec les gens, avec leur langage, etc. Tu avais fait des études dans le cinéma avant ou pas ?
- Speaker #0
Non, pas vraiment. Je suis plutôt du genre sous-diplômé. J'ai suivi des formations qui sont d'habitude des formations destinées à des professionnels déjà ancrés dans le milieu, qui cherchent soit à se perfectionner ou à changer de voie. On a un système en France qui est assez bien fichu pour ça. ou un ingénieur du son peut faire une formation en déco, ou enfin voilà, des choses comme ça. Donc j'ai suivi un cursus comme ça, c'est à coup de quelques semaines, disons. Donc j'en ai fait un pour vraiment apprendre les fondements de la vidéo, c'était Alina, après j'ai fait une formation qui a duré huit mois, dans un centre qui a disparu, un truc un peu obscur, comme il peut y avoir dans les formations de ce milieu. mais qui m'a beaucoup servi, j'ai rencontré plein de gens super et donc j'ai appris un peu comme ça, donc il y avait un peu des rudiments de langage disons qui viennent avec ce genre de formation, mais sinon c'est vrai que j'ai beaucoup appris sur le terrain finalement, c'est en faisant et en étant en contact des autres.
- Speaker #1
Du coup tu as fait assistant caméra pendant combien de temps ?
- Speaker #0
J'ai fait à peu près 6-7 ans comme assistant caméra, c'était assez empointillé, c'était pas des projets d'envergure, c'était pas des... C'est un domaine assez difficile à pénétrer, alors peut-être moins maintenant, mais c'est vrai que c'était beaucoup des familles, des familles au sens large, des familles professionnelles. Je t'aime qu'est très organisée la caméra, il y a vraiment des assistants qui gravissent des échelons, on gagne la confiance au gré des projets, au gré des années, ça a un peu changé, les nouvelles générations ont changé ça, et puis les caméras numériques, l'avènement du numérique. que j'ai connu du coup, j'ai connu cette bascule, a aussi changé les profils des assistants, c'est à dire que les gens qui s'intéressaient à ce métier étaient différents de ceux de la génération d'avant finalement.
- Speaker #1
Et du coup le passage assistant caméra VFX ça a été quelque chose qui se fait progressivement ou c'est tout d'un coup ?
- Speaker #0
Non, c'était très progressif, c'était une curiosité au départ, c'est à dire que j'avais... Quasiment en même temps que ce que j'apprenais la vidéo, la photo ou ce genre de choses, j'apprenais la retouche photo, j'apprenais... C'était surtout axé là-dessus. Et puis, par curiosité, je me suis intéressé à la 3D. J'avais un pote qui faisait des jeux vidéo dans son coin, qui m'avait un peu branché sur des logiciels de 3D. J'essayais de comprendre, de me dépatouiller de tout ça. Et le moment... Enfin... Ce que je considère comme étant le point de départ, c'est vraiment, j'ai fait un stage chez Eclair, c'était un laboratoire, un des plus gros laboratoires d'Europe, qui a disparu maintenant. Sa disparition a été un peu progressive, mais disons que j'ai vraiment connu la grosse industrie, c'était une industrie chimique à cette époque-là, les labos, c'était vraiment des usines où il y avait des kilomètres de pellicules qui défilaient toute la journée. Et il y a eu la transition au numérique qui s'est faite en premier, en tout cas par les laboratoires, parce que l'étalonnage est devenu progressivement numérique. Maintenant, aujourd'hui, c'est comme ça pour tout, on ne se pose plus la question. Mais j'ai fait ce stage à une époque où c'était vraiment une démarche d'étalonner en numérique. Il fallait scanner la pellicule, c'était des machines assez complexes. Il n'y avait pas une aussi grande liberté qu'aujourd'hui. Et j'ai découvert un truc, j'ai découvert vraiment un outil où je me suis dit, ah ouais, c'est vraiment, j'ai senti le côté, c'est le futur, c'est comme ça qu'on va faire. Et je trouvais ça génial de pouvoir retoucher de l'image à ce point, même si à l'époque c'était vraiment hyper, c'était finalement assez anecdotique, mais je trouvais ça vraiment génial. Et du coup, en fait, je suis rentré chez moi et j'ai commencé à bidouiller. Alors, ce n'était pas du tout ces outils-là, c'était autre chose. Mais en fait, j'ai un peu mis le doigt comme ça dans le compositing, un peu dans l'application à la vidéo de ce qui est Photoshop.
- Speaker #1
Depuis un ordi chez toi, en fait. Oui, c'est ça. Et quand je t'ai écrit il y a quelques jours pour préparer cet épisode, tu m'as dit qu'enfin, les cinéastes qui t'ont donné envie de faire du cinéma, c'était Steven Spielberg et Robert Zemeckis. Avant de poursuivre sur ce sujet, est-ce que tu aurais un film coup de cœur pour chacun à me donner ?
- Speaker #0
Euh ouais alors... Spielberg c'était vraiment Jurassic Park je crois, que j'avais vu au cinéma. A cette époque-là je savais pas du tout que je voulais faire du cinéma même. Enfin si ça m'intéressait mais c'était pas très concret. Le côté magique quoi, vraiment, de faire des dinosaures qui prennent vie c'était quand même assez génial. Zemeckis c'est plutôt... c'est venu plus tard. C'était Retour vers le futur quand même. Retour vers le futur, je trouve que le sujet était hyper...
- Speaker #1
Ambitieux.
- Speaker #0
Oui, ambitieux, mais en tant que spectateur, c'était génial à regarder. Et je pense que ça fait partie de ces réalisateurs qui ont vraiment une maîtrise des effets visuels, dans le sens où c'est vraiment narratif, ce n'est pas purement esthétique, c'est vraiment... Et particulièrement Zemeckis, je suis retombé d'ailleurs un peu sur... sur des choses sur Zemeckis, j'avais pas... Si tu m'avais posé la question il y a trois mois, je t'aurais pas répondu Zemeckis, par exemple.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui a changé depuis trois mois ?
- Speaker #0
Je pense que je suis retombé sur des articles, sur des choses comme ça, et je me suis rendu compte que ça fit le mot, en fait, et t'es vraiment jalonné de films qui ont vraiment changé l'histoire des effets visuels à chaque fois. Et en fait, ce ne sont que des films à effet visuel vraiment ambitieux et vraiment révolutionnaires à chaque fois. Et pourtant, si on prend un film comme Forrest Gump, on ne se dit pas que c'est un film à effet visuel. Et pourtant, il a vraiment révolutionné une manière d'aborder les effets qu'on retrouve aujourd'hui dans des films hyper actuels. L'Inconnu de la Grande Arche, par exemple, c'est les mêmes procédés. On prend des images d'archives et on vient intégrer un acteur dedans, par exemple. Et ça, c'était hyper nouveau, en fait. Et il l'a fait. C'est pas dans tout le film, mais il l'a fait vraiment de manière hyper intelligente.
- Speaker #1
Et justement, ce qui différencie ces cinéastes, leur manière de travailler et la tienne, c'est que les effets étaient réalisés, je m'imagine, directement sur les plateaux, en partie, ou pas forcément ?
- Speaker #0
Non, c'est là, c'est intéressant comme question. on touche à... Une histoire de terminologie, il y a les effets spéciaux qu'on continue de faire aujourd'hui sur les plateaux, qui sont les effets physiques, qu'on appelle les SFX, les Special Effects, et les Visual Effects, les VFX, qui sont faits dans un second temps. Et ta question est un peu à tiroir, parce qu'en fait, on assimile les VFX à de l'informatique, finalement. C'est-à-dire qu'on pense que ça a un peu démarré avec l'avènement de l'informatique. Alors que si on regarde le premier Oscar pour les effets visuels, ça date des années 50 par exemple. A l'époque, c'était de la photographie spéciale. Donc on filmait dans des conditions spécifiques qui permettaient, par procédé optique, d'aller apposer l'image sur une autre image. Et le premier qui a fait ça, c'est Georges Méliès. Donc ça date finalement de l'invention du cinéma et parallèle à l'invention des effets visuels.
- Speaker #1
pour poursuivre sur... Ton métier, pour toi, c'est quoi un bon effet visuel, un effet visuel réussi ?
- Speaker #0
La réponse un peu bateau, c'est de dire les effets qui ne se voient pas. Mais ce n'est pas complètement vrai non plus, parce que je trouve qu'il y a dans beaucoup de films, et il y en a un qui m'a marqué cette année d'ailleurs, où les effets se voient énormément. Donc je pense que c'est un effet qui ne se voit pas dans le sens où il sert l'histoire. Et on n'a pas l'impression qu'il est là pour des raisons purement esthétiques. Et ça pour moi c'est vraiment la définition d'un bon effet, d'un effet réussi.
- Speaker #1
C'est quoi ce qui t'a marqué cette année ?
- Speaker #0
Et bien c'est, à ma grande surprise, c'est le film Better Man sur Robbie Williams. Je ne m'y attendais absolument pas, j'étais très perplexe. J'étais en prépa d'un projet avec un réalisateur, on faisait nos repérages dans la rue, dans le métro, tout ça, et puis on tombait tout le temps sur les affiches, on bloquait sur l'affiche en se disant je ne sais pas quoi penser de ce truc. Et je suis tombé dessus un soir sur Canal. et en fait j'ai pris une claque monumentale et là pour le coup c'est beaucoup d'effets qui se voient mais qui servent complètement le propos à tout point de vue et ça a été une vraie claque et j'en ai parlé après avec le monteur de ce projet on en était assez raccord sur ce côté film complètement ovni qui fait pas forcément super envie comme ça et qui en fait... qui en fait vraiment vous retourne la tête.
- Speaker #1
Donc c'est un film que tu conseilles parce que moi je ne l'ai toujours pas vu. Ok. Et comment on peut garder une certaine patte artistique sans verser dans le too much, sachant qu'avec les effets visuels, tout est possible ? Comment on fait pour justement ne pas verser là-dedans ?
- Speaker #0
Qu'est-ce que c'est le too much ? C'est-à-dire si c'est écrit... Moi, mon premier outil de travail, c'est le scénario. Donc, quand j'arrive sur un projet, je suis comme tout le monde, j'ai juste un scénario et je cherche à comprendre quelle est la part d'effet visuel là-dedans. Donc, ça part de là. Si c'est too much dans le scénario, il y a de grandes chances que ce soit too much à l'écran. Enfin, ça, c'est de toute façon... Et après, disons que la patte, le côté réussite... La maîtrise technique, on va dire, c'est plutôt dans des choix esthétiques. Ça se fait en collaboration avec toujours un réalisateur, un chef opérateur et un chef déco. C'est-à-dire qu'on s'inscrit vraiment dans ce petit groupe. Je pense que c'est ça qui est intéressant, sur chaque film c'est différent. Sur L'Animal, c'était beaucoup les costumes par exemple. J'étais plus en contact avec les costumes qu'avec la déco. Sur le projet que j'ai fait après, qui était un film d'époque, j'étais en contact permanent avec la déco. Ça change un peu d'un film à l'autre, on n'est pas tout à fait avec les mêmes personnes, mais c'est un travail qui est réalisé conjointement. Ce que j'estime apporter comme expertise, c'est par exemple conseiller un chef opérateur sur une lumière. Par exemple, une explosion qu'on va générer en numérique derrière ou qu'on va filmer à part pour l'intégrer à l'image, on va quand même sur le plateau faire une explosion de lumière. On va mettre des projecteurs qui vont simuler cette lumière pour éclairer le décor, les acteurs, etc. J'estime que mon savoir-faire, c'est de conseiller le directeur photo et le réalisateur sur la puissance de cette lumière, à quel point c'est crédible ou pas, en sachant que j'ai déjà un peu cette vision de ce que sera l'explosion qui sera rajoutée par la suite. Et du coup, je sais déjà à peu près doser ce qu'il faut faire à la prise de vue pour... pour que l'intégration fonctionne au mieux. Ça, c'est par exemple, c'est dans ce genre de micro-décision que ma patte, disons, apparaît. C'est un petit exemple comme ça.
- Speaker #1
Et du coup, ton métier, c'est aussi d'aller en plateau. Et est-ce que tu interviens aussi au moment de l'écriture ou pas ?
- Speaker #0
Non, ça peut. Je n'ai pas réellement eu l'occasion d'intervenir au moment de l'écriture, mais en fait... On peut faire intervenir un superviseur dès le développement du film, c'est-à-dire quand on est encore sur une période d'écriture, mais globalement, on intervient au plus tôt avant la prépa, mais l'écriture continue pendant la prépa. Donc oui, on intervient un peu sur l'écriture d'une manière ou d'une autre.
- Speaker #1
Et c'est quoi les logiciels ou les outils de travail que tu utilises ?
- Speaker #0
Bah en fait... Les logiciels ne sont que des outils. C'est-à-dire qu'il y a deux grandes familles dans les effets. Il y a les effets 2D qui constituent 80% des trucages. Et puis il y a la 3D. La 3D sert à générer une image qu'on n'a pas pu filmer. En 2D, on va intégrer toutes ces images entre elles. C'est-à-dire qu'au compositing, c'était le métier que je faisais avant, on va prendre... l'image, ce qu'on appelle la pelure, la plate, qui est en fait l'image qu'on destine à mettre dans le film, à laquelle on va ajouter ou enlever des éléments. Ces éléments peuvent être un autre élément filmé, un élément photographié ou un élément généré en 3D. Mais la finalité reste la même, c'est qu'à un moment donné, on assemble tous ces éléments pour faire l'image finale avant de la mettre dans le montage.
- Speaker #1
C'est une sorte de superposition ?
- Speaker #0
C'est ça, exactement. qui correspond en fait à ce qu'on faisait avant optiquement avec le trucage optique. Donc à l'époque de la pellicule, on prenait deux pellicules, un élément qui était filmé sur un fond noir et qui après par transfert optique apparaissait sur l'autre image qui était en dessous finalement.
- Speaker #1
Mais du coup tu travailles un petit peu en tandem avec l'équipe du montage ? Ou c'est vraiment parallèle ou c'est deux choses distinctes ?
- Speaker #0
Non c'est parallèle. Dans le processus de fabrication d'un film, en gros on tourne, les images sont transcodées pour le montage, les monteurs travaillent sur une version proxy des images, et moi en parallèle, sur des séquences à effet, je vais soit faire des maquettes des effets, parce qu'il y a des choses qu'on n'a pas fait du mal à se faire. à s'imaginer, ou je vais les faire fabriquer par un studio. Donc, il y a des petits allers-retours qui se font comme ça entre le montage et nous, jusqu'au moment où le montage est vraiment fixé, finalement. Et à ce moment-là, on repart des images générées par la caméra et on les fabrique, vraiment, on fabrique les pixels finaux qui finiront dans le film. Et ça, en termes de temporalité, c'est effectivement... Ça peut commencer un petit peu avant le montage, s'il y a des maquettes un peu lourdes à fabriquer, qui peuvent influer une décision sur une prise par exemple. Est-ce qu'une prise est meilleure qu'une autre ? On va faire des maquettes de chacune de ces prises-là pour déterminer laquelle est la plus pertinente à utiliser. Et après, en fabrication pure, on lâche un petit peu le montage, parce que le montage est... fixé mais c'est très parallèle et on vient s'intercaler juste avant l'étalonnage qui est la partie où en fait on vient harmoniser toutes les couleurs. A la base c'est un truc plutôt technique mais c'est devenu vraiment, et notamment avec l'étalonnage numérique, c'est devenu une vraie démarche artistique de finalisation de l'image.
- Speaker #1
En 2024 tu remportes le César des meilleurs effets visuels pour le règne animal. Déjà, comment ton implication sur ce projet a commencé ?
- Speaker #0
Alors, elle a commencé à la fois tôt et tard. C'est-à-dire qu'on m'a appelé en fait. pour reprendre le projet parce que... Alors Cyril était déjà impliqué, donc Cyril Bonjean, qui a eu le César avec Bruno Saumier et moi, Cyril était déjà impliqué, lui, parce qu'il était avec le studio MPC, qui était en charge de la fabrication de Fix et de Grenouille, les deux personnages principaux du film. Et là, le... L'ampleur du projet et les besoins d'accompagnement quotidien justifiaient qu'il y ait un autre superviseur qui vienne sur le projet. Donc moi j'ai été engagé par Norwest, la boîte de production, pour accompagner Thomas tous les jours du premier jour de prépa quasiment jusqu'à la fin du tournage. Et donc mon rôle était... On pourrait parler... On pourrait discuter de la terminologie, je faisais plutôt office de producteur VFX, c'est-à-dire que j'étais vraiment là pour rassembler les talents, les informations nécessaires à la fabrication du film. Donc j'ai fait un état des lieux finalement des besoins sur le film. Il y avait un énorme travail de maquillage, de prothèse et de costume. Et il y avait évidemment beaucoup d'effets numériques qui allaient intervenir après. Donc finalement, j'ai un peu hiérarchisé les besoins des uns et des autres pour aider à organiser le tournage déjà, parce qu'il y avait des cas de figure où on avait besoin des prothèses, parfois non. Sachant que tout ça, il y a un petit temps d'installation, le maquillage de... Le maquillage de Fix, c'était pas loin de 4 heures, donc il fallait savoir à quel jour on en avait besoin, jusqu'à quel point et tout ça. Il y avait des fois où il était entièrement numérique, du coup on tournait avec des drones par exemple, donc moi j'allais parfois avec l'équipe de drones pour tourner les plans nécessaires à intégrer Fix derrière. Voilà, j'étais vraiment dans un... J'étais un peu le facilitateur et puis j'ai aussi aidé à préparer pour le montage, on a utilisé des caméras un peu comme celle-ci, des caméras témoins dans certains cas, pour avoir des angles différents qui allaient aider à coller les ailes de fixe sur ses épaules par exemple. Donc j'ai un peu organisé tout ça, j'ai fait aussi office un peu de pédagogue auprès de la production pour leur faire comprendre que... Le projet était quand même d'une assez grosse ampleur. Et puis j'ai fait aussi de la pédagogie auprès des studios pour, dans certains cas, expliquer quelles étaient les intentions réelles derrière certains plans et tout ça, qui n'étaient pas forcément hyper claires sur un storyboard ou une prévisualisation.
- Speaker #1
Mais juste avant de revenir sur les Césars, toi ton statut aujourd'hui c'est quoi ? T'es salarié par une boîte de prod ? t'es intermittent, ça se fait comment ?
- Speaker #0
je suis indépendant je suis plus intermittent du spectacle c'est un truc technique juridique on va dire mais oui je suis indépendant je suis à mon compte et c'est les réalisateurs
- Speaker #1
production qui t'appellent pour travailler avec toi du coup ?
- Speaker #0
ça passe beaucoup par les productions parce que c'est très financier les VFX, il y a une part financière assez importante dans les VFX euh Il y a tout un tas de règles, de crédits d'impôts, de choses comme ça. Donc c'est difficile de dissocier ça de la partie financière. Et en fait, je pense que les studios de VFX sont vraiment des boîtes de prod un peu à part entière. Donc c'est vraiment ce que je disais au début. Ce qu'on n'arrive pas à filmer, on va s'adresser à un studio VFX pour le faire. Et du coup, ils prennent un peu ce... ces studios prennent le statut de producteurs d'images. C'est vraiment un univers de production d'images.
- Speaker #1
Et pour revenir au règne animal, ça a été quoi l'effet visuel le plus difficile à faire ? Pas dans le sens technique, mais dans le sens à convaincre la production, etc. de « il faut le faire » .
- Speaker #0
Ça, c'était beaucoup Thomas, en fait, finalement. C'était son film, lui avait une idée très précise de ce qu'il voulait faire, c'était pas tellement à moi de convaincre. Moi, la partie où j'ai eu à convaincre, c'était sur les besoins sur le plateau, mais qui étaient plus des besoins techniques ou logistiques, finalement. Parce que je savais, d'expérience, je sais que c'est... On est très vite tenté de se dire qu'on a ce qu'on voulait sur un plateau, on filme, parfois on filme un décor vide, il y a des fois c'est très abstrait ce qu'on fait. C'était plutôt Thomas qui avait vraiment... C'était son film, c'était lui qui avait écrit en partie, c'était lui qui savait de quoi il avait besoin dans le film. Les arbitrages qui ont pu être faits entre la prod... Thomas et moi, enfin moi j'ai aidé à faire ces arbitrages, ils étaient plus financiers finalement, c'est-à-dire qu'on pouvait pas se permettre de tout faire dans le film. On mettait un peu dans la balance tout ce qui était de l'ordre de ça coûte moins cher de faire un animatronic ou pas, est-ce qu'on a vraiment besoin de cette séquence, est-ce qu'on a vraiment besoin de ces plans-là, et ça c'est plus une discussion entre un réalisateur et son producteur.
- Speaker #1
Et techniquement, ça a été quoi du coup le truc le plus difficile ?
- Speaker #0
Le plus difficile, je pense que c'est vraiment tous les plans où Fix a des ailes rajoutées.
- Speaker #1
Il y en a beaucoup.
- Speaker #0
Il y en a beaucoup, ouais ouais. Alors moi j'ai pas fait la fabrication, donc c'est Cyril qui a fait la fabrication de cette partie-là, donc lui il pourrait te dire vraiment lesquelles étaient hyper... Enfin spécifiquement lesquelles ont été les plus compliquées. Mais au moment du tournage, dans la conception, dans tout ça, c'était vraiment tous ces moments où Fix a des ailes... qui ne sont pas les siennes. Et ça nécessitait de se projeter vraiment sur ce que ça allait donner. Donc on avait des aides, on avait des gabarits, on avait des choses comme ça qui nous aidaient. Mais dans plein de cas de figure, la question de la dynamique, quand il s'entraîne sur son arbre par exemple, qu'il était vraiment sur un arbre, qu'il avait parfois des gabarits qui pesaient extrêmement lourds. Et je trouvais que ça le gênait, moi je voyais que ça le gênait dans ses mouvements par exemple. Et ça, tous ces trucs-là, je me souviens avoir pris, c'est des micro-actions tout ça, c'est vraiment de l'influence. C'est vraiment, je suis pas du genre à débarquer, stop, on arrête tout. Mais c'est d'aller murmurer à l'oreille du réalisateur ou du chef opérateur que peut-être ça vaudrait le coup de faire un peu différemment, parce qu'on perçoit un truc. Un tournage, ce n'est pas non plus un moment de réflexion, donc ce n'est pas stop, arrêter, on discute pendant 20 minutes, enfin, ou rarement. Donc c'est plutôt établir un lien de confiance. Moi, je regarde l'écran, je vois des choses qui me semblent bizarres et je vais un peu... Je vais murmurer à l'oreille des personnes qui peuvent changer ça, finalement. C'était plus ça mon rôle et...
- Speaker #1
toi comment tu t'es senti au moment où vous avez remporté le césar c'est que tu t'y attendais comment ça s'est passé pour toi dans la salle tu veux dire ouais ouais je pense qu'on s'y attendait un peu en fait on
- Speaker #0
s'y attendait un peu mais en vrai les films qui étaient aussi en compétition enfin j'aurais pas été j'aurais pas été étonné que ce soit vermine non plus quoi Enfin, je joue... ou je sais plus, il y en avait un autre...
- Speaker #1
J'ai pas regardé la sélection de la fée.
- Speaker #0
J'ai un peu oublié là, mais en vrai, le petit instant là où ils ouvrent l'enveloppe, tu te dis, en fait, il y a moyen que ce soit un autre, parce qu'il n'y a pas de raison.
- Speaker #1
Il y avait Acide, La Montagne, Les Trois Mousquetaires et Vermine.
- Speaker #0
Ouais, franchement, ça aurait pu être quasiment... J'aurais pas été étonné que ce soit un des autres, vraiment.
- Speaker #1
Mais tu l'espérais quand même.
- Speaker #0
Oui, forcément, oui. Mais en fait, c'est là où je me rends compte quand même que c'est quand même le... Si je devais reformuler un peu, c'est pas forcément les meilleurs effets, c'est peut-être les effets du meilleur film. Enfin, je sais pas comment dire, mais c'est... je pense que c'est parce que ça s'inscrivait dans un film aussi qui les effets sont super je vais clairement pas remettre en question la qualité des effets mais la pertinence des effets mais je pense qu'il ya il ya une part de ça aussi c'est que c'est forcément parce que le film a plu c'est c'est évident mais pour les compagnie voudrait compenser vraiment l'aspect technique et tout ça enfin c'est parce que ça s'inscrit dans un film qui était qui était lui même très réussie.
- Speaker #1
Et donc maintenant, tu peux voter pour les Césars, pour les nommer. Est-ce que tu as le temps de voir tous les films ?
- Speaker #0
Pas du tout. Hélas, non. J'aimerais. J'aimerais prendre ce temps là mais il y en a beaucoup trop. Il y en a beaucoup trop, je vais être hyper honnête, j'ai pas voté l'année dernière justement parce que je voulais pas faire comme je pense font beaucoup, c'est à dire voter pour les copains ou tout ça. Donc j'avais envie de prendre le truc très au sérieux. Parce que je pense que c'est une chance de faire partie de l'Académie en fait, enfin c'est quand même... Enfin voilà, je trouve ça chouette, j'avais un peu envie justement de me... me remettre un peu à regarder ce qui se fait et tout ça. Et en fait, je n'ai pas du tout eu le temps. Du coup, j'ai voulu être en paix avec moi-même et me dire non, je ne voterai que parce que j'ai vu les choses et parce que je suis capable de juger. Donc, c'est vrai que c'est un peu délicat. C'est très chronophage quand même tout ça.
- Speaker #1
En octobre dernier, j'avais un petit échange sur ça avec une réalisatrice, Salomé Dassouza, qui était nommée l'année dernière. Et on avait cette discussion. elle ne savait pas trop encore si cette année elle allait pouvoir voter dans... toutes les catégories ou uniquement la catégorie où elle avait été nommée est-ce que toi t'as été faire un tour sur le portail et t'en sais un peu plus ?
- Speaker #0
Ah oui bien sûr tu peux voter, tu dois voter dans toutes les catégories justement, et c'est ça qui est très chronophage d'ailleurs.
- Speaker #1
Tu commences à voter, tu votes partout ?
- Speaker #0
Bah c'est un peu ça oui c'est le but, c'est la grille de l'auto quoi,
- Speaker #1
faut remplir c'était vraiment l'interrogation qu'on avait et depuis que t'as remporté le César, est-ce que tu dirais que ça t'apporte plus d'opportunités dans le cinéma ?
- Speaker #0
Je ne sais pas. Je n'ai pas l'impression. Je n'ai pas l'impression. Je pense que ça reste... En fait, c'en est un point où je me demande si les gens le savent déjà. Parce que moi, ce n'est pas un truc que j'arrive pas... Je n'arrive pas quelque part en disant... Avec le... Ouais, non, voilà. Donc, il y a des fois où je me demande si les gens le savent. et je sais pas moi ça j'ai pas j'ai pas le sentiment que ça m'ait vraiment ramené quelque chose peut-être ça viendra après et c'est des temps enfin le césar je les eus j'étais déjà largement passé à autre chose depuis longtemps en fait donc en fait il ya une fin la vie continue après après le film après les césar donc en fait c'est vrai que Juste après, à la fin du règne animal, j'ai fait une pause et je suis parti sur un projet qui m'a emmené un an et demi à l'étranger. Le jour où j'ai eu le César, je bossais avec des anglais, j'ai terminé un projet. Ils ne savaient pas ce que c'était un César. Ils étaient super contents pour moi, mais je pense que c'était comme si j'avais gagné un trophée au tennis. Et puis, juste à la fin de ce truc-là, j'ai enchaîné sur le tournage de L'Homme qui rétrécit. Et puis, à la fin de ça, j'ai enchaîné sur le projet que je fais là. Et en fait, il y a un truc de... Je ne serais pas capable de dire est-ce que c'est parce qu'il y a eu un César ou pas. Peut-être que je le saurais plus tard, mais...
- Speaker #1
En tout cas, cette récompense, ça t'a permis de participer à un programme qui s'appelle Un artiste à l'école, qui est un programme qui fait revenir les lauréats d'un César dans un établissement où ils ont étudié. Donc toi c'était ton ancien lycée à Rouen. Avant de me raconter un peu comment c'est fait cette transmission, je me demandais est-ce que c'est un choix d'y participer ? Oui, mais juste une curiosité toute bête, est-ce que tu as eu le choix entre ton ancien collège ou ton ancien lycée ?
- Speaker #0
Dans l'absolu, oui. La première fois qu'ils m'ont contacté, c'est l'Académie des Césars qui organise ça, conjointement avec une association, un artiste à l'école. J'étais pas hyper partant, je vais m'expliquer. Je voulais plutôt intervenir dans une association, par ce biais là, je voulais plutôt intervenir dans l'association qui m'avait accompagné quand j'étais plus jeune, une association qui existe encore, qui est très vieille, Armand, qui s'appelle Archimède Film, et j'avais plutôt envie d'intervenir. puisque c'est filmé, enfin pas retransmis, mais disons que c'est très relayé, tout ça. J'avais un peu envie de faire connaître l'association comme ça. Et puis c'était plutôt cette association-là que j'avais envie d'inclure à cette réussite, disons. Le lycée, ce n'était pas un super souvenir pour moi. Et puis le collège, j'aurais pu, mais en fait, ça n'avait pas trop de sens pour moi. Et puis de toute façon, il n'existe plus ce collège, donc comme ça, c'était réglé. et puis ils m'ont convaincu ils font j'en profite de parenthèses l'académie des césars c'est ils sont pas beaucoup ils sont quatre ou cinq jours ils ont vraiment une une vocation à à faire connaître le cinéma aux jeunes C'est pas quelque chose d'élitiste, on se fait une image des Césars forcément très tapis rouge et tout ça. L'Académie en tant que telle, elle n'a pas trop cette couleur-là en fait. C'est-à-dire qu'il y a effectivement la cérémonie qui est très prestigieuse, mais toute l'année, il y a des missions comme ça, et ce genre de rendez-vous, déjà il y en a beaucoup. Et puis ça fait partie un peu de cette mission de faire connaître le cinéma aux jeunes, leur montrer que c'est accessible, enfin voilà, donc c'est la petite parenthèse. Et donc ils m'ont convaincu de retourner dans ce lycée qui était, alors je le dis sans vexer personne, mais c'était un lycée qui représentait assez bien pour moi l'élitisme qui va autour justement de tous ces métiers artistiques et du cinéma notamment. C'est un lycée qui a un BTS audiovisuel qui est très bien doté. qui est super coté, tant mieux. Il y a une classe cinéma qui est aussi très recherchée. Et moi j'en ai un peu fait les frais, c'est-à-dire que ce sont des sections qu'on attribue qu'aux meilleurs élèves, ce qui n'était pas mon cas. Donc je me suis longtemps senti exclu de tout ça, parce que pour moi c'était un truc de bon élève. Et donc c'est plutôt par le biais de l'association.
- Speaker #1
que j'ai découvert que non c'était finalement plutôt une sorte de métier d'artisanat qu'on apprend entre copains quoi et puis que c'est plutôt comme ça qu'on le fait et donc si tu avais aujourd'hui un conseil à donner un jeune qui veut se lancer dans le cinéma et notamment dans les effets spéciaux ça serait quoi ce
- Speaker #0
serait d'apprendre à faire des films tout court Très sincèrement, à titre personnel, je ne sais pas si je ferai des effets visuels toute ma carrière. C'est-à-dire que c'est un métier dans lequel je me sens bien là, mais ça pourrait être autre chose finalement. J'ai commencé ailleurs. Donc, ce qui compte à la fin de tous ces métiers, quel qu'il soit, quelle que soit la spécialité, c'est qu'on fait des films. Donc, comprendre comment on fait un film, quels sont les enjeux. On le voit à différentes échelles. Quand on commence, on ne voit que l'aspect technique, forcément. prend une caméra dans les mains faut apprendre à la maîtriser c'est compliqué mais mais c'est plutôt comprendre en fait qu'est ce qu'on filme pourquoi qu'est ce qu'on raconte à travers une image un son et et tout ça finalement déjà de comprendre tout ça après si on a envie de se spécialiser dans de la déco dans des costumes dans des effets visuels dans du son dans l'image en fait ça après ça Ça vient après, je dirais.
- Speaker #1
J'ai vu sur ton compte UniFrance que tu avais aussi bossé sur Tekken 3, ce qui était sorti en 2015. Ça a été quoi ton rôle sur ce film ?
- Speaker #0
C'est le premier film sur lequel j'étais superviseur. J'étais superviseur VFX sur... J'ai un compte UniFrance ?
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
D'accord. C'est bien. C'est le premier film que j'ai fait comme superviseur. J'étais chez Mike Gough, un studio très renommé, auquel je suis entré assez vite. Et c'est le premier film que j'ai supervisé.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a une exigence différente entre la France et les autres pays du coup ?
- Speaker #0
Oui et non. Alors, Taken 3, enfin Taken. toute la trilogie, ce sont des films français en fait. C'est des films produits par Luc Besson, par Europa Corp. Donc ça a une dimension internationale certes, mais le réalisateur est français, le montage s'est fait en France, à la Cité du cinéma, enfin c'est très français finalement comme film. L'exigence, alors l'exigence elle est à géométrie variable. C'est-à-dire qu'il y a des films... L'exigence sur un film comme Le Reign Animal, elle n'est pas extrême, mais elle est vraiment très élevée. C'est-à-dire qu'on est vraiment sur un film où on a envie que tout soit réussi. C'est-à-dire qu'on n'a pas envie de questionner quoi que ce soit. Sur un film d'action comme ça, qui est une franchise, on a envie que ce soit maîtrisé techniquement, mais la notion de... La notion d'exigence, elle est variable en fonction. Enfin, le but premier, c'est quand même de raconter l'histoire, de raconter les choses, quoi. Donc, je ne sais pas, je ne les mettrais pas tout à fait sur le même plan.
- Speaker #1
Ton métier aujourd'hui, tel qu'il est maintenant, est-ce que tu penses que ça sera le même demain ?
- Speaker #0
Je sais pas, mon métier n'est pas le même depuis... Ça n'a fait que changer. Donc en fait, chaque projet... Tu vois, là je suis en post-prod sur un projet, j'y suis depuis un an pratiquement. J'ai commencé il y a un an, j'ai fait la prépa, le tournage. Là je suis sur la post-prod, je suis vers le milieu de la post-prod. Je cherche encore à comprendre mon métier. tu vois là dedans donc en fait à chaque projet il ya un peu ce truc de pourquoi je suis là enfin c'est enfin pour ma part en tout cas c'est ce qu'on me demande sur ce film là c'est pas la même chose que ce qu'on m'a demandé sur le film d'avant c'est pas la même chose que sur le film d'avant et je pense que ça c'est valable en fait pour tous les métiers c'est qu'un directeur photo je pense que quand il arrive sur un sur un projet on va pas lui demander la même chose que sur le film d'avant on va tourner de manière différente on va faire les choses de manière différente, donc lui va devoir s'adapter. Et moi, c'est un peu la même chose. Je dois m'adapter à pourquoi je suis là. Est-ce que je suis là pour faciliter certains aspects ? Est-ce que je suis là pour donner une dimension impressionnante à une séquence ? Ça change à chaque film.
- Speaker #1
Je ne vais pas être très originel en te posant cette question parce que tout le monde pourrait te la poser, et on te l'a déjà posée d'ailleurs. La question de l'intelligence artificielle dans ton métier, tu l'approches comment ?
- Speaker #0
C'est un vaste sujet. En fait, c'est un mot un peu fourre-tout, l'intelligence artificielle. C'est-à-dire que là, je pense que ce qui est vraiment au cœur des conversations depuis quelques années, c'est l'IA générative, qui permet de fabriquer une image de toute pièce de manière plus ou moins facile. C'est pas si simple. Maintenant, la notion de machine learning, qui est en fait qu'on peut entraîner des ordinateurs à un modèle en disant je veux ça, et je te donne tout un tas de data. Tant que tu n'y arrives pas,
- Speaker #1
tu recommences.
- Speaker #0
Ouais, en fait, ça fait un petit moment que ça existe. c'est à dire qu'il y a déjà des outils intégrés au logiciel de compositing que j'utilise ça fait déjà presque une dizaine d'années qu'il y a des outils qui permettent de dire ça fait trois fois que je fais ce plan là de cette manière là les disques qui suivent fais les pareils en fait ça marche plus ou moins bien il y a un tas de paramètres à maîtriser au milieu mais en fait c'est la juste continuité de tout ce qui est en train de se mettre en place depuis de... depuis l'invention de l'informatique presque en fait c'est à dire que c'est donc donc ça je le vois comme un moyen de productivité c'est à dire que je sais que tout d'un coup il ya dix ans quand on me disait tu vois sur ce film là il y aura 300 plans avec un fond bleu et il faudra mettre paris derrière on se fait un peu tous quoi maintenant grâce à ce pas de lia nécessairement mais Grâce à tous ces outils de productivité, on se dit que c'est les 300 plans de fond bleu, c'est géré. Donc ça s'inscrit aussi dans une demande très croissante d'images. Après, l'IA générative, ou en tout cas tous ces outils très récents qui permettent d'aller vraiment presque remplacer certaines actions traditionnelles. On y vient tout doucement, j'aimerais bien d'ailleurs en utiliser là sur le projet que je fais, mais en ce heure, tu as beaucoup de problématiques qui sont vraiment hyper importantes. Les premières sont les droits d'auteur, les droits... Au-delà de l'éthique, il y a déjà la question éthique qui se pose évidemment, mais... Ça, on ne fait qu'emprunter à chaque fois, toujours. Donc finalement, on peut... La question éthique, je la mets un petit peu à part. La question vraiment purement du droit d'utilisation des images, elle est centrale en fait. Parce qu'à partir du moment où on fait quelque chose qui ressemble à quelque chose, ça pose un problème. Et même aujourd'hui, sans faire de l'IA. donc ces outils là en fait déjà on se rend compte qu'on peut pas faire n'importe quoi avec et et en plus il ya quand même la question technique de est ce que c'est vraiment fiable au sens où est ce que j'irai miser là là j'ai une séquence compliquée à faire est ce que j'irai miser sur une techno que deux personnes comprennent enfin moi j'ai Moi j'ai besoin de livrer le film à la fin quand même. On est arrivé à un point de maîtrise, même dans les images filmées, on est à un point où on veut avoir la main sur tout jusqu'au dernier moment. C'est-à-dire que tu peux arriver à l'étalonnage, t'as filmé une scène en lumière artificielle avec des teintes très jaunes, tu peux arriver au dernier jour d'étalonnage et dire finalement tout sera froid et vert. Et c'est possible. Donc on a envie d'avoir cette maîtrise jusqu'au bout. Et pour l'instant, les outils d'IA ne remplissent pas complètement la promesse, en tout cas.
- Speaker #1
Et toi, de ce que tu peux voir sur des plateaux, dans des bureaux, etc., je parle du côté purement technique, pas des réalisateurs ou des scénaristes, par exemple, mais il y en a qui sont plutôt très réticents ou plutôt « on va l'utiliser » .
- Speaker #0
Il y a de tout, c'est comme toute nouvelle technologie. Honnêtement, moi j'ai... C'était pas la même ampleur et tout ça, mais c'est ce que j'ai vécu avec le passage au numérique des caméras. Franchement, c'est pareil. Et quand ce genre d'appareil est sorti, a commencé à faire des vidéos, moi je suis encore assistant caméra, j'avais des... J'avais une copine notamment productrice qui cherchait à produire des courts métrages qui n'avaient pas forcément beaucoup de moyens et tout ça. Elle utilisait exactement les mêmes arguments un peu provoques sur le fait que ce genre d'appareil allait remplacer les équipes de caméra, que ça ne servait plus à rien de tourner en film, que le métier d'assistant caméra allait disparaître. Bon bah là, 2025, j'ai tourné donc on avait 27 caméras. J'avais jamais vu une équipe caméra aussi grosse et on avait parfois des appareils comme ça, ça fait maintenant longtemps que ça existe, bon bah ça restait un truc qu'on utilisait le moins possible parce que c'était pas fiable. Donc... Donc oui, quelque part, ça a chamboulé le métier, mais ça n'a fait que grossir. On a inventé des postes, carrément. Donc c'est vrai que je ne sais pas trop quoi penser de ça encore. Moi, ce que je vois surtout, c'est que je pense que dès lors que ça va devenir plus facile de faire des choses, on va nous en demander encore plus. C'est plutôt comme ça que je vois.
- Speaker #1
Toi, est-ce que tu as un effet visuel que tu rêverais de faire, mais que tu n'as pas encore pu réaliser, soit parce qu'on ne te l'a jamais demandé, soit parce que ça serait trop compliqué à faire aujourd'hui ?
- Speaker #0
que j'aimerais bien faire en fait ça a déjà été fait c'est pas du tout nouveau moi j'aime beaucoup les il ya deux effets que je trouve vraiment hyper intéressant dans ses dents zodiaque et dans et dans lord of war je connais très bien le superviseur de l'ordre de foire justement il m'en a souvent parlé de ce plan ce sont des plans en time lapse dans lord of war c'est quand il ya un avion qui est un antonov qui s'écrasent dans dans un désert et on voit tous les villageois autour qui viennent désosser l'avion en time lapse donc ça ça a été fait entièrement en 3d je trouve que c'est un plan qui est hyper narratif hyper intéressant et tout ça et un plan un peu équivalent dans dans zodiac où c'est la construction d'une c'est un time lapse de la construction d'une tour j'ai oublié le nom d'un building à san francisco qui sert à qui sert d'ellipse en fait qui sert à raconter que le temps passe entre entre deux... entre deux rebondissements dans l'affaire du Zodiac. Ça c'est le genre d'effet que j'adore parce que c'est... Il y a un enjeu narratif qui est hyper fort là-dedans, il y a un besoin de recherche visuelle, parce que moi mon métier c'est beaucoup de faire de la recherche visuelle, c'est de se dire qu'est-ce qu'on va fabriquer, moi à un moment donné je deviens un peu donneur d'ordre aussi, donc je dois dire à quelqu'un, faisons ce truc-là de cette manière-là, et c'est hyper intéressant de faire ce genre de recherche. Et puis après dans l'exécution pour que ce soit vraiment réussi, pour qu'à la fin on se dise vraiment on regarde le plan et ça vient s'intégrer dans le film, avec toute la satisfaction que ça procure, ça c'est vraiment le genre de plan que j'aimerais faire.
- Speaker #1
Est-ce que tu travailles en ce moment sur un projet, est-ce que tu peux en parler un petit peu, le teaser ou c'est vraiment un truc très secret ? Non,
- Speaker #0
pas du tout.
- Speaker #1
C'est très secret ouais, ok, c'est depuis un an c'est ça tu m'as dit ? Ok, et c'est un an, c'est la durée ? Donc là, tu arrives sur la fin ?
- Speaker #0
Ouais, on termine vers avril, un truc comme ça.
- Speaker #1
Ok, donc c'est un truc un peu plus long que d'habitude.
- Speaker #0
Non, moi, c'est mon temps de travail, c'est mon temps de croisière.
- Speaker #1
Et pour finir, en général, je demande un petit peu un film que mon invité a vu dernièrement, qu'il a un petit peu marqué, que ce soit...
- Speaker #0
pour la technique ou pour autre chose toi ça serait quoi dernièrement ouais bah je te dis c'était vraiment better man je crois qu'il m'a qui m'a marqué bon bah on en a parlé ouais tout à l'heure parfait merci beaucoup jean-loup autre est d'être venu dans
- Speaker #1
face b aujourd'hui c'est la fin de cet épisode que vous pouvez retrouver en version vidéo sur youtube et sur toutes les plateformes de podcasts et je vous invite aussi à aller suivre le compte instagram de phase b Et moi, je vous dis au mois prochain pour un nouvel épisode de Phase B. Merci, à bientôt !