Speaker #0Lors d'une visio dans mon association sur ce thème, j'ai demandé quels sont les mots qui vous viennent à l'esprit quand il s'agit de communiquer avec vos proches. Voici quelques réponses reçues. Incompréhension, appréhension, doute, malentendu, étrange, déni, dur, échec, jugement, conflit, évitement, fermeture. Ensuite j'ai demandé, et pour vous, quels sont les mots qui représenteraient une bonne communication. On m'a répondu fluide. Respect, écoute, crédibilité, accueil, empathie, intérêt spécifique, compréhension. Je suis Maya, père aidante familiale en formation, entre autres, et dans ces chroniques, je vous partage des tas de mes explorations dans l'autisme. Entourée de personnes avec TSA dans ma famille, dans ma vie personnelle, associative et professionnelle, j'aime creuser et chercher pour comprendre, et essayer de traduire un système pour l'autre. Et on commence 2025 avec un thème qui finalement régit plein de choses, que ce soit notre couple, nos relations familiales, notre travail, nos relations de voisinage avec les soignants, dans la rue, la communication. Alors, si d'un côté on constate que ça ne marche pas vraiment, et de l'autre on attend beaucoup de cette communication, d'où peut venir cet antagonisme ? D'un manque de connaissances ? De nos habitudes ? Est-ce que ça viendrait des normes de la société qui auraient défini ? un type de communication, de nos différences d'éducation peut-être, ou alors nos rigidités, nos blessures, nos propres difficultés, le fait d'être sur la défensive, de se sentir en danger, un peu de tout ça et encore d'autres choses. Cette chronique sera faite en 8 chapitres et on va parler de la pensée intuitive et la pensée réfléchie, et comment il peut être difficile de se comprendre quand on n'est pas sur le même mode. Ensuite de la communication autistique, on va évoquer l'affect ou la raison. Ensuite le temps. les reproches et s'en éloigner. On va parler un petit peu d'intelligence artificielle pour finalement évoquer des pistes pour préparer un échange et comment éventuellement, et si c'est possible, et si c'est souhaitable aussi d'ailleurs, être mieux perçu. C'est parti avec le système 1 et le système 2. Selon les travaux de Kahneman et Tversky, pensée rapide et lente, nous avons deux modes de pensée. Le premier serait le système 1. la pensée automatique qui permet de fonctionner au quotidien, qui serait peu coûteux en énergie, plutôt instantanée et basée sur nos expériences, notre instinct. Ça constitue notre intuition et notre créativité aussi. Ce système permet aussi d'évaluer presque instantanément la dangerosité d'une personne ou d'une situation. Le cerveau met en lien des choses, des événements, et prend une décision en prenant le chemin le plus facile, en mode c'est facile donc c'est correct. Or ceci, et on le verra tout à l'heure, est facilement manipulable, ce qui va nous amener à parler de biais cognitifs. Le système 1, il est plutôt crédule et considère comme plutôt vrai toute information nouvelle. La plupart des gens, lorsqu'ils sont confrontés à une difficulté, à un nouveau problème auquel leur système 1 ne sait pas répondre, vont du coup passer en système 2. Ce système 2 qui serait la pensée lente, un processus contrôlé, qui demande plus d'efforts, qui est plus logique aussi. plus analytique pour résoudre des problèmes plus complexes, qui demandent de la concentration et de l'attention de la part de la personne. Le système 2, il est plus suspicieux, à condition qu'il ne soit pas occupé à d'autres tâches, qu'il ne soit pas épuisé ou simplement paresseux. Autrement, la personne suivra la pente naturelle de son système 1. Attention, les croyances et les préjugés sous-tendent aussi ces décisions. et ce système de pensée plus lent et plus contrôlé si on n'y prête pas garde. On peut croire que parce qu'on a réfléchi à une décision, on a réfléchi, on a posé les choses avant de poser un jugement, de faire une remarque, on peut croire que c'est logique. Mais si on n'interroge pas nos propres croyances, nos certitudes, nos évidences, notre culture, nos préjugés, notre éducation, alors nos pensées du système 2 restent complètement soumises à différents biais et ne sont pas nécessairement plus fiables que celles du système 1. Les auteurs expliquent, le système 1 a tendance à tirer des conclusions hâtives et ne rend pas compte de la plurivocité, le fait d'avoir plusieurs sens de certaines informations. De plus, le système 1 est crédule et considère comme vrai toute information nouvelle. Seul le système 2 est suspicieux, à condition qu'il ne soit pas occupé à d'autres tâches, qu'il ne soit pas épuisé ou simplement paresseux, sinon l'individu suivra la pente naturelle de son système 1. pour manipuler Quelqu'un en système 1, on peut viser plusieurs biais. L'exposition répétée, donc la publicité typiquement c'est un exemple d'exposition répétée. La bonne humeur, si la personne se sent bien, contente, elle sera plus incline à ne pas réfléchir en système 2. Une présentation claire, et oui c'est aussi un biais, une façon de manipuler, parce qu'il a été démontré que les phrases, par exemple, les phrases courtes, claires, dans une police connue, entre guillemets, et bien affichées sont majoritairement tenues pour vraies dans un article. On parle aussi du biais d'amorçage, d'ancrage, qui est la première idée qui va fixer l'esprit. Fin de citation. On aurait tendance à dire que bon nombre d'autistes fonctionneraient plutôt en système 2, que les gestes, actions et décisions ne sont pas automatiques, instantanées, qu'ils réfléchissent, analysent des données. Quand la personne autiste a aussi un TDAH, elle peut aussi faire les deux en même temps, devoir se préparer à toutes ces situations, plutôt système 2, tout en ayant beaucoup d'impulsivité, ce qui peut rajouter à la complexité pour se comprendre et comprendre l'autre. Les alistes, dans la vie de tous les jours, quand ils arrivent chez belle-maman, au boulot, ou quand ils croisent la voisine, en général sont en système 1. Le « bonjour, comment ça va ? » suivi de la bise est automatique. Alors que vous, ou vos enfants autistes, vous avez déjà calculé, étudié vos gestes, vos paroles, pour savoir à quel moment et de quel côté pencher la tête pour la bise. Et si la question « comment ça va ? » est une question rhétorique, ou appelle une vraie réponse. Ça signifie que d'entrée de jeu, ça vous demande plus d'efforts. L'autre a donc un avantage sur vous d'une certaine façon, d'où l'intérêt de vous préparer. Certains prennent le temps de jouer les scènes dans leur tête, d'imaginer ce qui va être dit. En parler avec une personne de confiance aussi, ou dans un groupe de parole, ou d'habileté sociale, peut permettre à certains de mieux appréhender les scénarios, de se préparer. Un autre conseil, c'est de ne pas cumuler. Vous faites 4 heures de route, en famille. Vous dormez chez la cousine le soir même et vous avez le repas avec la famille, alors j'ai 15 personnes chez les grands-parents, ça va être trop pour les meilleurs d'entre nous. La majorité des gens sont donc en système 1 dans ce repas. C'est spontané, c'est inné de se saluer, de raconter son trajet, les galères au péage, se prendre dans les bras, se mettre à jour des derniers potins, se complimenter, partager des sentiments, des émotions. Pour vous, c'est comme si vous venez assister à une conférence sur laquelle vous passez un examen, donc vous n'avez pas le choix, vous serez noté. Il y a un énorme enjeu. Ou pire, c'est comme si c'est vous qui donnez la conférence ou qui devez jouer sur scène. Vous, vous êtes en système 2. C'est donc indispensable de vous préparer, de prévoir un plan B, une autre possibilité pour ne pas être obligé à être présent lorsque c'est trop d'un coup. Et si vous êtes le proche de cette personne autiste ou atypique, diagnostiquée ou non, et si elle module ou décline vos invitations, surtout ne la jugez pas et mettez-la à l'aise. C'est un grand cadeau que vous pouvez lui faire. Ne pas insister, ne pas la forcer, ou encore mieux, en amont. Lui demander comment elle voit les choses, ce qu'elle voudrait, ce qu'elle attend, ce qui lui va bien, ce qui fait que c'est gérable et confortable pour elle. Et toujours lui laisser un plan B. Ok, on a prévu tel type de sortie, mais si ça ne va pas, qu'est-ce qui te va ? Est-ce que tu préfères te reposer ici, partir avant, ne pas venir ? Tout ça, c'est ok. Ce que je trouve aussi très intéressant dans cette clé de lecture du système 1 et 2, c'est d'identifier les situations dans lesquelles on bug. On bloque parce qu'il y a eu un caillou dans la chaussure ou simplement parce que ce sont trop d'efforts et d'accumulation. Notre mode automatique ne fonctionne plus et il faut de l'énergie pour faire fonctionner le système 2. Par exemple, vous allez au drive chercher votre commande de la semaine. Et cette semaine-là, vous avez commandé tous les produits spéciaux pour l'anniversaire à venir. Tout est organisé, millimétré. Vous arrivez au drive. Pas d'informatique, ils n'ont pas pu faire votre commande, elle a été retardée pour demain. Vous pouvez soit revenir demain ou annuler votre commande. Et si vous annulez, est-ce que vous laissez tomber ? Est-ce que vous rentrez dans le supermarché en essayant de vous rappeler ce qui était prévu ? Vous, vous êtes arrivé en système 1, conduite, parking, appel pour signaler votre arrivée, prêt à ouvrir le coffre, chargement. Et là, il faut se mettre, sans que ce soit prévu, en système 2. Vous devez réfléchir, penser à votre organisation du lendemain. Qu'est-ce que vous allez faire tout de suite ? Vous aviez tout planifié pour aujourd'hui, prévu de ranger les courses, commencer la cuisine ce soir, c'est loupé. En face, le vendeur s'impatiente et veut une réponse. Votre système 2 est plus lent, il a besoin d'énergie, de temps. L'autre vous presse, vous restez paralysé à ne pas savoir quoi faire. Certains vont dire, laissez tomber, c'est pas grave, pour ne pas susciter plus de colère en face. Et vont rentrer chez eux en pilote automatique, système 1. Et ensuite vont s'effondrer. rien ne s'est passé comme prévu, il y a un bug total dans le cerveau. En résumé, dans la plupart des situations simples du quotidien, les personnes non autistes fonctionnent, pour les échanges du quotidien donc, en système 1, de façon plutôt spontanée, sans préparation, avec leur intuition forgée par leur expérience. Et c'est ce mode-là qui est utilisé notamment pour ce qu'on appelle le small talk, dans lequel la plupart des autistes sont si mal à l'aise. Et précisément, cette personne TSA, de par son fonctionnement cérébral différent, va souvent être en système 2 lors des échanges avec les autres, en particulier avec les non-autistes. Et ça, on va en parler plus tard. Une des difficultés rencontrées dans la communication peut venir du fait qu'une personne est en mode 1, automatique, spontanée, tandis que l'autre essaye de construire un propos réfléchi. complexe, analytique. Et vous aurez noté que le système 2 est plus coûteux en énergie. Ça vous parle par rapport à la fatigue autistique, à cet épuisement mental ressenti après des échanges, des rencontres ? Et finalement, pour nuancer tout ça, rappelons quand même que les deux sont imbriqués. La plupart du temps, notre cerveau se servirait des deux systèmes pour arriver à une conclusion. Le système 1 et le système 2, c'est une métaphore utile. Ce n'est pas une réalité scientifique. Et avant de passer à la suite, prenons justement un instant pour critiquer ce que je viens d'énoncer. Sauf erreur de ma part, il y a quatre principales critiques qui ont été faites à propos des travaux de Kahneman et Tversky. J'en ajouterai une cinquième, plus personnelle. La première critique, c'est la méthode. Ils sont tous les deux psychologues et ils auraient, selon certains, utilisé des méthodes moins rigoureuses qu'on utilise habituellement en psychologie. en statistique, en mathématiques, tout au moins des méthodes différentes pour évaluer les comportements. La deuxième critique, c'est que Daniel Kahneman a mis en lumière la notion de biais cognitif, avec toute une panoplie de biais qui altèreraient notre jugement, notre perception des choses. On en parle beaucoup ces dernières années de ces fameux biais cognitifs. Donc, une des critiques qui lui seraient faites... Ça serait de se considérer comme lui-même exemple de biais et pouvant les définir. Est-ce que c'est une critique recevable ou justement on est dans un biais d'attribution ? Je l'ignore. Mais dans une longue critique faite sur son travail, le commentaire suivant me paraît intéressant pour nuancer les choses. J'ouvre les guillemets. La surestime de soi. et une confiance infaillible en ses propres jugements sans prendre une quelconque distance entre l'auteur du problème et celui qui tente de le résoudre. Il est juge et parti, dirait le juriste, improbable observateur observé par lui-même. L'aveu de son tempérament intuitif et pressé n'en est que plus amusant alors qu'il s'évertue à en démontrer par ailleurs des limites. Il écrit pour justifier cette méthode contestable, quand nous nous entendions sur un choix, nous pensions, presque toujours à juste titre, comme il s'est avéré par la suite que la plupart des gens partageaient nos préférences. Et nous continuions donc comme si nous disposions de preuves solides. Nous savions bien sûr qu'il nous faudrait vérifier nos intuitions ultérieurement, mais en jouant le rôle à la fois d'expérimentateur et de sujet, nous avons pu progresser rapidement. Fin de la citation. Je vous mets les liens, si je n'oublie pas, de toutes les études. et articles auxquels je fais référence dans le descriptif, comme d'habitude. La troisième critique, celle-ci me paraît plutôt intéressante, c'est que Kahneman et Tversky présentent leur théorie du système 1 et 2 comme une métaphore, précisant que ces deux systèmes n'existent pas tels quels dans le cerveau, qu'en réalité ils sont liés et nuancés. Donc la critique serait qu'à la fois ils ancrent, biais d'ancrage, cette notion dans les 500 premières pages de leur ouvrage, tout en rappelant de temps à autre, et surtout vers la fin, qu'il s'agit en fait d'une allégorie qu'il faut nuancer. La quatrième critique porte sur les biais, les biais cognitifs, et est formulée de cette façon. En effet, la science politique s'inspire de la science économique, puisque Kahneman et Tversky ont étudié tous ces biais, surtout pour des implications économiques. En effet, la science politique s'inspire de la science économique pour justifier son modèle de gestion et de gouvernement en vertu de cette prétendue rationalité économique et de gestion. On parle du paradoxe d'Allais et que l'écart de méthode est à l'origine d'un quiproquo anthropologique qui biaise le dialogue entre les économistes et les psychologues. J'en arrive à une critique qui est en réalité une opinion personnelle. Ces notions de pensée rapide et de pensée lente, ainsi que les biais qui orienteraient nos pensées et nos prises de décision ont servi à modéliser, donc on le dit à l'instant, des notions économiques, des comportements. Personnellement, je suis très gênée par la capacité de manipulation qu'elles offrent. Manipulation déjà au sens marketing du terme, orienter l'acheteur, miser sur ses biais pour qu'il cède à l'action, agisse en mode pensée rapide. Et là encore, à titre personnel, je trouve ça intéressant et comprend mieux à la fois mes résistances avec cette approche, mais aussi la façon dont j'ai mené mes entreprises ces 20 dernières années. Je vous en parlerai quand ma transition professionnelle sera finie. Mais en tant que chef d'entreprise, je n'ai presque jamais fait de publicité. J'ai refusé les partenariats avec les influenceurs. Je ne dis pas que c'est une bonne chose, ce sont des choix personnels. Jamais voulu faire de newsletter. Ma façon de faire était d'être visible et trouvée par des gens qui cherchaient de la qualité, mais jamais d'entrer dans les chaumières, de faire désirer ce qu'on propose de pousser à l'achat. Et en étudiant un peu les travaux de Kahneman et Tversky, je réalise à quel point le système 1 pour favoriser l'adhésion et la vente, me semble, de la manipulation. Pourtant, aujourd'hui, et depuis des siècles, en fait, c'est comme ça que ça marche. On pourrait même dire, pour faire le lien avec la série en cours sur le couple, que la séduction, chez la plupart des gens, fonctionne comme ça aussi. Il s'agirait de se vendre, de se mettre en valeur, de susciter l'envie et l'adhésion chez l'autre pour qu'il veuille de nous. Là encore, on est dans un partage d'opinion sur ce dernier point et non dans un partage de données et de savoir. Ça m'intéresserait de savoir si c'est étudié. C'est un autre sujet. Mais il me semble que précisément, que ce soit pour consommer ou pour trouver l'amour, apprendre ou éduquer certaines personnes leur permet d'être moins vulnérable et perméable à ces techniques. En revanche, si vous êtes par exemple autiste avec un TDAH en plus, votre impulsivité pourrait vous jouer des tours dans vos prises de décision, dans ce qui vous meut. Alors voilà, hormis ces cinq critiques, on parlait donc de la méthode, du procès d'intention de se croire exemple de biais, du fait d'ancrer la métaphore sur le système 1, le système 2, de l'implication en politique et de la manipulation possible via les biais. Hormis ça, je n'ai pas repéré d'autres soucis majeurs avec cette théorie. D'ailleurs, ces critiques portent surtout sur les biais cognitifs plus que sur le système de pensée lente et de pensée rapide. Mais gardons à l'esprit que tel quel, ces systèmes n'existent donc pas réellement, que nos cerveaux sont sacrément plus nuancés et complexes que ça. C'est quand même une clé de lecture qui me semble rester très intéressante pour imager ce qui peut se passer dans un échange et comprendre pourquoi certains réagissent très trop vite tandis que d'autres prennent le temps de la réflexion et que soi-même on peut passer d'un mode à l'autre et selon les situations on peut être plutôt instinctif, rapide ou plutôt... poser, réfléchir, avoir besoin de temps, voire réagir complètement après coup. Pourquoi on n'a pas le même rythme ? Pourquoi c'est difficile d'avoir un échange constructif avec votre voisin ou belle-maman quand elle a un système 1 ? Pourquoi c'est intéressant de se préparer et de préparer l'autre pour un échange posé dans un espace et un moment qui le permettra ? Si vous voulez échanger ou apporter vos lumières sur le sujet ou sur un autre, vos commentaires, vous le savez, sont toujours les bienvenus. Et on continue avec le deuxième chapitre qui sera un petit peu plus court, la communication autistique. Est-ce que vous avez des difficultés à communiquer avec tout le monde, avec les autistes ? Ou justement, est-ce que c'est plus facile qu'avec les non-autistes ? Traditionnellement, la communication autistique a été qualifiée de déficit social. Et on disait que les difficultés de communication des autistes viennent de lacunes, de quelque chose qui manque à l'autiste pour communiquer. Et vous le savez. Je parle ici d'autisme sans déficience intellectuelle, voire avec des hautes capacités cognitives. Actuellement, on a des nouvelles perspectives qui apportent un autre regard. On parle pour l'autisme beaucoup plus de différence plutôt que de déficience de communication. Preuve en est que les autistes, entre eux, la plupart du temps, n'ont pas de problème de communication et se comprennent très bien, comme les non-autistes se comprennent très bien la plupart du temps également. Le souci ? ne serait donc pas une déficience chez l'autiste, mais bien la difficulté de se comprendre entre autiste et alliste, et réciproquement, parce que les styles de communication sont différents. D'une façon générale, les autistes ne sont pas nuls en communication, ne sont pas des personnes asociales ou en déficit, ce sont des personnes qui ont des compétences sociales différentes et spécifiques. Une étude a montré ceci, si l'autisme était vraiment un déficit de communication sociale, nous nous attendrions ? à la pire performance des pères autistiques. Ils ont testé des gens autistes communiqués ensemble, des gens non autistes, et ensuite ils ont mélangé tout ça. Puisqu'il s'agirait de deux personnes, entre guillemets, socialement inaptes, qui interagissent. Cependant, l'étude a révélé le contraire. La correspondance neurologique comptait plus que le fait qu'une personne soit autiste ou non. Par ailleurs, la même étude dit que les participants autistes ont produit des réponses plus réfléchies que les participants non autistes. Cependant, les deux groupes, super intéressant, ont produit des réponses comparativement plus intuitives et moins réfléchies dans la condition rapide, donc le système 1 dont on parlait juste avant. J'en conclue que les autistes, entre eux, avec leur similarité de fonctionnement, arrivent tout à fait à fonctionner de façon également rapide, intuitive. Et pour revenir aux différences de communication entre autistes et halistes, on peut parler de trois choses. La réciprocité sociale, le comportement verbal plutôt singulier, et les relations. La réciprocité sociale, donc. L'expression de cette réciprocité est différente. L'expression, ce n'est pas une absence de réciprocité, c'est la façon de la vivre. Chez les halistes, ça pourrait être ponctué de « Oh mais non, c'est dingue ce que tu me racontes ! » suivi de nomatobés, ah là là, ah mes genres, et signes, différents signes d'intérêt, des signes physiques, d'étonnement, de curiosité, d'attention, des sourcils qui se lèvent, un regard qui s'intensifie, les mains qui bougent, etc. Alors qu'entre deux autistes, il y a de fortes probabilités que la réciprocité sociale s'exprime par l'écoute des intérêts du moment de l'un et puis de l'autre. au lieu de rebondir ou de s'intéresser. Il y aura probablement moins de nomatopées aussi. Par rapport au comportement verbal singulier, singulier dans le sens qui attire l'attention par son caractère étrange, étonnant, qui sort de l'ordinaire, donc mathématiquement qui sort de la courbe de Gauss. Alors oui, chez les autistes, ce comportement verbal, il est souvent différent de cette norme. Par exemple, il présentera moins de nomatopées, de relances, peut-être plus de longueurs, beaucoup de détails, souvent un besoin exhaustif de description, la presque impossibilité de raconter sans mettre tous les détails absolument dans l'ordre. Et à chaque fois que la personne le raconte, de les remettre tous ces détails, la difficulté à improviser, à réduire, à résumer. L'impression parfois, d'ailleurs souvent vérifiée, que le texte est répété à la lettre. C'est singulier. Ça sort de la norme, encore une fois au sens mathématique du terme. Ça n'est pas anormal ou problématique pour autant. Et enfin, les relations. Eh bien oui, chez les autistes, il y aura des particularités pour entrer en relation, pour développer et pour maintenir la relation. Ça ne se fera généralement pas via le small talk, les échanges rapides ou en promenant de chien, ni chez la boulangère. J'en rajoute une couche. Une personne TSA. avec des bonnes capacités cognitives, comprendra vite les différences et mettra en place des stratégies de communication, de l'adaptation. Elle parviendra la plupart du temps assez facilement à naviguer d'un style de communication à l'autre avec une apparente aisance, au prix, souvent, d'un très important besoin de solitude, de décompensation, de répit, pour justement compenser le niveau d'implication et d'effort. Alors pour résumer ce second point, si vous parlez avec une personne autiste ou non, vous aurez probablement une qualité d'échange différente, une forme aussi d'échange différente. Il me semble fréquent aussi que les autistes sans déficience intellectuelle, voire plutôt bien cortiqués, s'entendent fort bien avec des personnes identifiées à haut quotient intellectuel, autrement dit HPI ou HQI, ainsi qu'avec des personnes qui ont un TDAH. Ce sont souvent des relations qui sont plus fluides, qui sont moins fatigantes. plus stimulantes et agréables, nettement moins coûteuses en énergie parce qu'une partie des codes sociaux sont partagés. Et en parlant de codes sociaux, je pense notamment à l'usage plus fréquent, à mon avis, du système 2 chez ces personnes, ainsi que les trois choses dont on vient de parler, cette réciprocité sociale, autrement dit l'échange, exprimée de façon différente, la deuxième, le comportement verbal singulier, ainsi que les particularités dans la relation. On parle maintenant de l'affect ou de la raison. Dans un article dont le titre est « Raison et des raisons » , Nicolas Gauvry, enseignant-chercheur, nous explique que le vocabulaire de l'émotion et de l'intuition a reculé de 1850 à 1975, au profit de celui de la logique et de la raison. Mais que cette tendance s'est inversée dans les années... 75-80, et que depuis 1980, la raison perd continuellement du terrain face aux émotions dans les ouvrages, y compris si on exclut la fiction. Et les auteurs interprètent les données avec prudence parce que l'exercice est délicat, dit-il, comme le reflet d'un basculement culturel. Alors que la raison des Lumières montait depuis 1850 au moins, la fin des années 1970 marque le tournant vers un monde tourné vers soi, vers l'émotion. le ressenti, l'intuition. Ce constat fait d'ailleurs écho à la montée de l'intérêt scientifique pour l'affectif avec la montée des sciences affectives depuis les années 1980. Le psychologue Cyril Malca, quant à lui, dans un article nommé « 1981, le grand bouleversement de la justice française » nous dit notamment, et là aussi c'est un extrait, les articles complets sont en lien, je cite « en 1974, Un discours prononcé par Baudot, figure importante du syndicat de la magistrature, illustre parfaitement cette nouvelle approche, s'adressant aux futurs magistrats, il les exhorte à « examiner toujours où sont le fort et le faible, qui ne se confondent pas nécessairement avec le délinquant et sa victime » . Il va jusqu'à suggérer un préjugé favorable pour la femme contre le mari, pour l'enfant contre le père, pour le voleur contre la police, pour le plaideur contre la justice. Cette vision, qui remet en question l'approche traditionnelle punitive, pour promouvoir une vision plus sociale et plus préventive, représente un renversement complet de la perspective judiciaire traditionnelle. Elle invite les juges à considérer non plus seulement l'acte criminel en lui-même, mais le contexte social plus large dans lequel il s'inscrit. Elle suggère que la justice doit jouer un rôle de rééquilibrage social plutôt que de simple punition. Parallèlement, un magistrat français nommé Marc Ancel développe le concept de défense sociale nouvelle. Cette philosophie, inspirée de courants de pensée italiens, propose de considérer le délinquant non plus d'après ses antécédents judiciaires extérieurs ou d'après les circonstances objectives de l'infraction de l'acte qui a été posé, mais d'après la nature et les besoins profonds du sujet envisagé en lui-même et dans son milieu. Fin de citation. On pourrait ajouter à cela que ce sont aussi les années où l'accès généralisé à la contraception et le droit à l'avortement en France en 1975 ont permis un autre changement très important de société. L'enfant qui était une conséquence inévitable de la vie normée, normative, on se marie, on fait des enfants, c'est comme ça, cet enfant devient non seulement un choix, mais aussi un projet. On l'investit. on s'intéresse à ses besoins émotionnels. On va placer le lien, la relation avec lui, plus haut que la logistique, où il s'agirait de nourrir l'enfant, lui donner un toit, lui permettre de recevoir une éducation de la part de la société. Point. Non, la relation vient au centre. Alors, dans les 50 dernières années, avec ces trois exemples, on voit que nos sociétés ont mis l'accent plutôt sur l'émotion, sur l'affect, sur le lien. La relation, la prise en compte des besoins, plutôt que sur la logique, la raison, le factuel. On s'est dirigé vers plus d'individuels, vers la prise en compte des circonstances personnelles, peut-être en défaveur, parfois, du collectif. La personne autiste étant généralement plus attentive à la logique des choses de par sa structure mentale, et peut-être justement parce que le plus souvent en mode réflectif, analytique, moins spontané, cette personne peut sembler accorder moins d'importance à l'émotion. Je dis sembler parce qu'il y a autant d'autisme que d'autiste, et des traits de personnalité très variés chez chacun. Certains autistes seront réellement logiques. et peut-être froids et distants au niveau émotionnel, mais pas tous. D'autres auront des qualités émotionnelles très développées. Mais ce système de pensée plutôt réflectif chez eux va faire qu'ils vont généralement appuyer plus sur le fond que sur la forme. Et ça, c'est aussi une autre clé de lecture qui pourrait expliquer bon nombre de difficultés de communication. Certains parlent de raison, de logique, tandis que d'autres seront plus sur l'émotion, le plaisir. l'affectif, le lien. Et donc identifier ceci avec nos proches, ça peut nous permettre de mieux comprendre certains échecs de communication, certains enjeux de communication. Ou parfois on a l'impression de vraiment pas parler la même langue, ni de la même chose. Ou parfois on se reproche, on reproche à l'autre son manque de logique et ses excès émotionnels, tandis que lui nous reprocherait notre froideur, ou l'inverse. Parlons maintenant du temps. Non, pas la météo, le temps. Nous ne sommes pas toujours dans un moment propice à la communication. Il y a des périodes où c'est complètement vain d'essayer de communiquer, que ce soit pour nous ou pour nos proches. On va simplifier les choses en parlant de quatre phases. La phase A, tout va bien. La phase B, turbulence. La phase C, introspection. Et la phase D, mise en route. Tout va bien. Phase A, stabilité, énergie. Je garde le cap. Je peux conserver les bénéfices. Je navigue sur une mer plutôt calme, prévisible, je sais où je vais. J'ai mon objectif, mon bateau va bien, je sais bien le manier. Phase B, turbulence, la mer s'agite. Je perds le nord, je lutte pour limiter les dégâts, je suis stressée, je suis en colère, je me rebelle, je subis la violence des événements. Il y a de la casse, j'ai peur, mes émotions sont complètement dérégulées, je suis en mode survie. Phase C, introspection, j'analyse les dégâts. Le calme est revenu. J'évalue la casse. J'ai besoin de calme, de respirer. Je ne peux pas encore prendre de décision, ni reprendre la route. Je suis trop affectée physiquement, mentalement. Il faut me reposer et me poser. Je l'ai échappé belle. Et la phase D, la mise en route. Je retrouve des forces. J'ai pu procéder à quelques réparations, j'ai réfléchi, j'ai compris pourquoi j'en suis arrivée là. Pourquoi en fait je me suis pris, j'ai pas vu cette tempête venir ou alors j'ai foncé dedans ? Pourquoi elle m'a surprise et comment j'aurais pu m'y préparer ? Je peux changer de direction ou tirer profit de cette tempête pour changer ma façon de naviguer, justement adapter des choses sur mon bateau, sur ma façon de faire, ajuster ma destination, ménager justement ma monture ou mon bateau. Là j'ai envie de me mettre en route, je suis décidée à agir. Quand vous êtes en phase B, ou que la personne, donc les turbulences, ou que la personne avec qui vous voulez communiquer l'ait. En fait, c'est inutile de chercher à parler. Il faut juste limiter la casse, gérer les urgences. C'est complètement le mode survie dans la tempête. Et en phase C, l'introspection, j'ai envie de dire que c'est encore un peu tôt. C'est préférable de laisser du temps. C'est une phase idéale pour être accompagnée d'ailleurs dans ses prises de conscience, pour parler avec un professionnel. Et je clôt ce chapitre-là en remerciant et en faisant un petit coucou, un grand coucou à Mélanie Jean-Naudin, qui est une camarade de promo dans notre troisième fournée d'étudiants de Père Aidant Familiaux à Lyon. Nous sommes 13 cette année à Lyon 3. Mélanie est accompagnante pour parents d'enfants atypiques. Et c'est elle qui a écrit « Parents d'enfants atypiques HPI, TDAH, Trouble 10, TSA » . Et si on parlait de vous pour une fois ? Et ce chapitre-là sur le temps, c'est une libre interprétation et adaptation d'une discussion et d'éléments clés qu'elle m'a donnés en pause pendant nos cours. Les reproches et s'en éloigner. Parfois, la communication, ce n'est pas possible. Avec les clés qui précèdent, vous aurez peut-être identifié certaines choses. Pas possible parce que l'un a un discours réfléchi, tandis que l'autre démarre au quart de tour. Et que tous les deux, d'ailleurs. ont des biais cognitifs tout en étant persuadés que ce n'est pas le cas, sinon ce n'est pas drôle. Pas possible non plus d'échanger sereinement, parce que l'un est autiste, l'autre non, les codes ne sont pas les mêmes. Ou difficile de s'entendre, parce qu'il y en a un qui parle sur le plan de la logique, tandis que l'autre est complètement dans l'affect, la prise en compte des sentiments et des émotions. Impossible d'échanger pour une question de temps, de moment à vivre. Un des deux est en crise, en turbulence, en mode survie, qui gère la tempête, et ce n'est pas du tout le moment pour lui d'écouter ce que vous avez à dire, ou pour vous de réussir à formuler vos pensées. Ou encore compliqué, lorsque le référentiel est très différent. Cette enseignante a vécu à une autre époque, où les enfants étaient dressés et acceptaient les règles par peur du péché qui pourrait conduire à la condamnation éternelle. Tandis que vous, vous avez été élevés par des hippies qui prônent l'expérience, le dialogue et la tolérance. Vos valeurs, vos références sont tellement différentes que si aucun des deux n'arrive à comprendre celle de l'autre et à parler le langage de l'autre, vous aurez vraiment du mal à vous écouter et vous entendre. Mais il y a autre chose. dont j'ai envie de vous parler, deux autres murs devant lesquels je pense que c'est inutile de taper, il n'y a pas de porte, il n'y a pas d'ouverture. Par exemple, si la personne en face de vous est profondément narcissique, autocentrée, considère que ses besoins sont prioritaires aux vôtres, qu'elle vaut mieux que vous, et qu'il est normal, évident et attendu que vous vous adaptiez totalement à elle, le mur est difficilement franchissable. Et également si la personne est en mode reproche en continu. Tout est toujours de votre faute, jamais de la sienne. Elle ne se questionne jamais. C'est peut-être parce qu'elle est très autocentrée ou qu'elle est conne. Dans les deux cas, ça va quand même être très très compliqué de dialoguer. Une troisième hypothèse, c'est que la personne aille vraiment mal et soit en pleine tempête. Ces reproches incessants à votre égard, ou cette façon de vous mettre tout sur le dos, ou sur le dos de votre conjoint, de votre auto. de votre enfant autiste. En fait, c'est une protection. Elle se protège en rejetant la faute sur quelqu'un d'autre. Là, ça devient explicable, mais pas pour autant gérable ni excusable. Vous avez la liberté de dire stop, de dire merde, de dire je ne veux pas ou je ne veux plus de ce mode de relation, même si vous comprenez que la personne ne vous en veut pas directement, malgré son flot de reproches. Vous n'êtes pas obligé de le subir. A vous de voir quel est votre seuil de tolérance, mais en tenant compte, surtout si vous êtes autiste, que vous aurez sûrement tendance à ne pas le remarquer et à vous écouter un petit peu tardivement, à vous prendre en compte un peu tardivement. Et qu'à un moment donné, vous allez exploser ou imploser à force de subir ses reproches et ses accusations. Et vous avez le droit d'imploser ou d'exploser. On a le droit de craquer, de ne pas voir le truc venir et finalement d'exploser parce que c'était trop, ça arrive, c'est pas la fin du monde. C'est juste le signe que cette fois-ci, encore, on est allé trop loin, on a laissé trop faire, on s'est pas assez écouté, on a trop supporté, qu'on a besoin de dormir, de calme, de solitude, de nous poser, et là, c'était vraiment le truc de trop. L'explosion ou l'implosion, c'est comme si c'était un air. mental, un air physiologique signale la douleur, non pas pour faire mal, mais pour indiquer un dysfonctionnement. Et c'est super dangereux pour les personnes qui ont des nerfs qui fonctionnent mal, qui ne souffrent pas ou peu, c'est peut-être confortable, mais en réalité c'est vraiment dangereux, parce qu'ils ne sont pas au courant qu'il y a un truc qui ne va pas. Donc craquer en soi, c'est pas top, et c'est très désagréable pour soi et pour les autres. Mais c'est un signal d'alerte, c'est un air de notre mental qui nous avertit. qu'il y a souffrance, qu'il y a un truc qui ne va pas. Un petit survol à propos de l'intelligence artificielle. Certaines personnes autistes se réjouissent de la facilité de l'accès à l'IA, qui peut être utilisée comme une sorte de coach, ou de traducteur, de soutien en communication, en rédaction. Je ne vais pas m'étaler longuement sur le sujet. Ici, simplement, je vous partage une opinion. Je pense qu'en effet, pour certaines personnes, c'est un réel soutien qui peut aider. et faciliter les choses. Mais, au vu des conséquences écologiques, sans parler de la sécurité de données, du pouvoir qu'on pourrait donner, sans aller jusque-là, mais simplement en parlant des conséquences de la réalité écologique, de ce que consomme une IA simplement pour générer, répondre à une question, faire un échange, ou générer une image, je ne peux pas m'empêcher de penser que c'est dommage, et dommageable, d'en faire une utilisation quotidienne. Aussi consommatrice de ressources, pour des tâches qu'on pourrait probablement faire soi-même. Donc quand c'est un soutien ponctuel, pourquoi pas ? Si ça devient un mode de fonctionnement, j'y suis réticente. Et vous faites ce que vous voulez de mon opinion, je suis personne pour vous dire ce qu'il faut faire, mais je vous le partage ici. Et là encore, à titre personnel, je préfère la maladresse, les hésitations, voire les erreurs d'un propos humain qui tâtonne, qui cherche, qui essaye, plutôt que l'aspect lisse et efficace d'un propos généré par une IA. Quelques pistes pour préparer un échange, une communication, un dialogue. On va parler de l'objectif, du moment. de l'identification et de la méthode. L'objectif, quel est mon objectif lors de cet échange ? Est-ce que je veux avoir raison ? Est-ce que je veux obtenir des aménagements pour mon enfant ? Est-ce que je souhaite que ce médecin m'entende ? Est-ce que je souhaite accéder à quelque chose ? Est-ce que je veux poser des limites à mes proches sans abîmer la relation ? Est-ce que je veux mettre un terme à cette situation ou cette relation ? Définir l'objectif va clairement aider à analyser ce qui se passe et à définir les outils. Le moment, est-ce que c'est le moment pour moi, pour l'autre ? Le moment dans la période de vie qu'on traverse, mais aussi le moment là concrètement entre ces deux portes, dans cet espace très fréquenté avec beaucoup de bruit à côté, ou dans cette pièce où n'importe qui peut rentrer. Ensuite, l'identification, quel est mon référentiel ? Quelles sont mes valeurs ? Mes attentes, les choses importantes pour moi. Et pareil, le référentiel, les valeurs, les attentes que je peux comprendre de l'autre. Si on est sur des choses complètement différentes, ça va être beaucoup plus compliqué. Il va falloir trouver un terrain d'entente, il va falloir trouver des références et des valeurs communes sur lesquelles on va pouvoir communiquer. C'est quand même beaucoup plus fluide. Et enfin, la méthode. On peut utiliser des questions ouvertes. Ou alors plutôt des questions fermées, selon notre but. On peut fixer un rendez-vous, on peut choisir de passer par l'écrit, on peut s'envoyer des messages vocaux. Je continue les pistes pour ces échanges en abordant plutôt l'échange entre autiste et alliste, puisque, on l'a vu, l'échange non autiste, non autiste ou autiste autiste est quand même en général plus fluide. Donc, est-ce qu'il faut faire un effort pour communiquer ? Avec des neurotypiques, quand on est atypique. Oui ou non ? Eh bien, j'ai envie de dire ça dépend. Si vous ressemblez à Mercredi Adams quand elle essaye de sourire, c'est pas toujours efficace. Si ça vous permet, comme Sheldon Cooper, de moins passer pour un gonard, c'est quand même bien utile de faire quelques efforts. Mais en réalité, il n'y a pas de règles fixes. Il y a des situations, il y a des gens, il y a des moments de la vie, et surtout, on apprend par essais-erreurs. C'est intéressant d'essayer. condition de ne pas s'y épuiser, de choisir les situations où c'est utile, voire important, et les moments où on peut le faire. En fait, pour bien communiquer, il n'y a pas de clé, d'outil complètement établi, je suis navrée, en tout cas pas à ma connaissance. Ça demande de se connaître, d'avoir une espèce de cartographie de notre fonctionnement personnel. Est-ce que je suis impulsive et je dis tout ce qui me passe par la tête, sans filtre ? Ou alors, quand on me pose une question inattendue, je suis quelqu'un qui va complètement se paralyser. Ou je suis plutôt quelqu'un qui n'écoute pas, qui parle sans cesse, sans prendre en compte les signaux de fatigue ou de désintérêt des autres, parce que j'ai une espèce d'impulsion, d'injonction interne qui fait que j'ai l'impression que si je ne dis pas tout ce qui me passe par la tête là maintenant, on ne va pas comprendre mon propos. Je respire. Est-ce qu'au contraire, je suis trop lent à réagir ? Je n'ai aucune répartie. j'arrive jamais à rien répondre, j'y pense après. Ou quand mon papa commence à me dire que je m'y prends super mal avec mes enfants, c'est un truc qui me crispe, qui m'énerve et je deviens virulent. Se connaître, ça va être une des clés pour communiquer, parce que ça va nous permettre de temporiser, de prendre le temps ou l'espace dont on a besoin, d'être moins dur avec soi-même et de choisir les outils qui nous aident. Et ça demande aussi de la métaconnition. réfléchir à nos propres valeurs, nos propres fonctionnements, et accepter que l'autre n'a pas nécessairement le même référentiel fonctionnement et valeur que nous. On termine avec cette question, comment être mieux perçu, au-delà simplement de la communication verbale, comment quelque chose de plus général peut nous aider à être mieux perçu. Alors je vais peut-être vous surprendre, mais un outil que j'aime beaucoup, outre... les groupes de parole, groupes d'habilité sociale, etc. Ce sont les ateliers de théâtre. Je suis convaincue que ça peut beaucoup aider. Et les personnes autistes, la plupart du temps, apprennent beaucoup par imitation. Donc, regardez ! les comportements dans les séries ou chez les proches, c'est une mine d'informations. Les pratiquer dans des jeux de théâtre, les expérimenter dans cette espèce d'espace sain, protégé, où on va pouvoir tester des choses, c'est super intéressant. Mais je me demande si c'est possible pour tout le monde d'arriver à maîtriser, entre guillemets, le sujet. J'en suis pas certaine. On a tous des personnalités, des vécus, et des capacités aussi, et des intérêts différents. Et si c'est pas possible, eh bien, ça va rester des tentatives maladroites qui vont être détectées. Donc, ils peuvent produire l'effet inverse. Une autre question autour de ce comment être mieux perçu, c'est est-ce que c'est gérable et souhaitable en termes de fatigue ? et encore une fois de personnalité, de valeur, d'essayer d'être mieux perçu. Quelle est la balance bénéfice-risque ? Eh bien ça, ça va dépendre de chaque personne. Pour certains qui ont une capacité à le faire, et aussi la motivation ou la nécessité à le faire, eh bien ça va être bien et préférable de faire l'effort de jouer ce rôle, parce que ça va leur permettre une certaine stabilité. Pour d'autres, l'effort sera trop lourd et les conséquences... Trop forte, trop lourde également. Et puis il y a un autre problème. Parfois, quoi qu'on fasse, en réalité c'est joué d'avance. On est étiqueté, notre rôle a été défini par les autres. Et il faut un changement externe, un départ, une arrivée, un changement de structure, un changement dans l'organisation interne, une crise importante. Je parle notamment de ce qui se passe dans des groupes sociaux, au travail. Quand certaines personnes sont étiquetées, quoi que fasse la personne, quelle que soit l'énergie qu'elles mettent, il y a des choses qui se sont jouées en dehors d'elles en réalité. Et sans ce changement extérieur à elles, dans la structure, les cartes ne seront pas redistribuées. En conclusion, et s'il y a un conseil à retenir de tout cela, je résumerai en disant que la première chose à faire pour améliorer notre communication, c'est l'observation. Ne pas se jeter dans l'action. observer l'autre, prendre le temps de l'écouter, d'essayer de comprendre comment il fonctionne, quelles sont ses attentes, ses besoins, sans oublier de s'observer soi-même. Cette fameuse métaconnition, cette cartographie de notre fonctionnement. À partir de là, on va pouvoir commencer à essayer de communiquer. Je dirais qu'il ne faut pas hésiter à poser des questions ouvertes aussi. Est-ce que tu veux m'en dire plus ? Demandez des précisions. Mais qu'est-ce que tu attends de moi ? Ou quel type de réponse est-ce que tu attends ? En principe, ça permet à l'autre, s'il est honnête et pas malveillant, de vous préciser justement là où il veut en venir, quel est son besoin, son attente. L'observation va permettre de mieux identifier le mode de communication de l'autre, si il est en mode système 1 ou système 2, en gardant donc à l'esprit que les deux, en réalité, sont imbriqués et qu'aucun n'est infaillible. Et puis en observant, on va aussi voir que c'est moins compliqué d'échanger avec ses pairs, avec des personnes qui ont le même type de communication que nous. Et on va apprendre à se préparer, se donner du temps en amont, mais aussi après coup pour récupérer quand on est autiste et qu'on doit parler avec une personne qui ne fonctionne pas comme nous. Cette observation va permettre également de regarder ce qui est important pour nous et pour l'autre. Plutôt la logique, le raisonnement ou alors plutôt le lien, l'aspect émotionnel. Un peu des deux. Quelles sont nos valeurs, nos référentiels ? Est-ce qu'on parle de la même chose et de la même manière ? Prendre le temps d'écouter et regarder l'autre. Donne aussi des indices sur le moment qu'il traverse. S'il est en pleine tempête, il est en mode survie. Ce n'est pas du tout le moment d'essayer de lancer une discussion de fond. Au mieux, on va se prendre un coup. L'IA, pour certaines personnes avec un TSA, va permettre d'avoir des idées de scénario et va également aider certaines personnes avec un TDAH, notamment, à mieux structurer leurs pensées avec la réserve personnelle dont je vous ai parlé tout à l'heure. Et enfin, dans les pistes. Pour préparer un échange, je vous ai invité à réfléchir à votre objectif, à regarder si c'est le bon moment, à essayer d'identifier les modes de fonctionnement et réfléchir à la méthode que vous allez employer, tout en rappelant que parfois, quand ça ne veut pas, ça ne veut pas, parfois ça ne le fait pas, et c'est inutile de forcer, de taper dans un mur. Voilà, c'est tout pour aujourd'hui. J'espère que cette chronique vous aura apporté quelques clés. Et je termine avec le classique, inévitable, pensez à vous abonner ou à mettre 5 étoiles et un commentaire sur ce podcast. C'est barbant, je sais, je suis la première barbée par ça. Mais je vous avoue qu'en étant de l'autre côté, ça fait quand même super plaisir, ça soutient mon travail, ça le fait connaître aussi à d'autres personnes, et je me régale à faire ceci. Si vous voulez échanger avec d'autres personnes sur ce thème, faites-moi signe, je vous transmets le lien du groupe privé d'échange. Et spoiler ! Pas de contenu caché aujourd'hui, vous pouvez vous épargner le générique de fin si vous voulez gagner quelques secondes. Moi je l'aime bien, c'est ma fille qui l'a composé, alors je le mets.