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Découvrez dans cet épisode un échange entre les membres du collectif PA.F, Parentalité Féministe ✨
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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Bienvenue dans la playlist 2026 des Merveilleuses, composée d'audio féministe exclusif enregistré à l'occasion de la fête des mères par des personnalités engagées aux côtés de la Fondation des Femmes. Au fil des audios, nous tenterons de vous faire découvrir la maternité et la sororité. dans toute leur richesse et toute leur diversité, grâce à des témoignages, des extraits de romans, des analyses, des chansons. Merci à toutes celles qui ont participé à cette playlist merveilleuse. Et maintenant, place à l'épisode !
Bonjour, on est ravis d'être réunis toutes les trois aujourd'hui pour échanger sur le PAF et sur ce qui nous réunit autour de cet engagement qui est le Collectif pour une parentalité féministe. C'est important pour nous de partager notre expérience sur ce que c'est que le militantisme féministe pour la parentalité. Et donc je vais commencer, j'ai avec moi Marine Haddine et Gabi et je vais peut-être commencer par Marine Haddine. Marie-Nadine, est-ce que tu peux nous parler un peu de toi et ce qui te plaît au PAF et pourquoi tu as rejoint ce projet ?
Alors moi, je suis arrivée au PAF vraiment à sa genèse, c'est-à-dire qu'on était en 2018 et le PAF est né d'une tribune dans le monde. Et à l'époque, on était dans un temps assez différent, on ne parlait pas encore beaucoup des difficultés, des contraintes de la maternité. Et quand j'ai lu cette tribune, à l'époque, j'avais deux enfants tous. tout petit, une petite fille de deux ans et demi et un petit garçon qui avait moins d'un an. Et j'étais là à maternité jusqu'au cou. Et je ne trouvais pas de ressources pour comprendre ce qui m'arrivait, c'est-à-dire ce sentiment d'aliénation, cette incompréhension des différences d'engagement et de responsabilité entre mon conjoint et moi, qui se faisait très naturellement et de façon très désagréable. Et j'ai lu cette tribune qui parlait de tout ça. Et j'ai rejoint immédiatement le collectif. Et le collectif s'est depuis structuré. en association et a grandi et s'est développée. Les nouvelles personnes nous ont rejointes et aujourd'hui existent avec de nombreux projets de gens autour de nous. Est-ce que je te passe la parole Camille pour nous raconter comment tu es arrivée au PAF ?
Oui, alors moi je suis arrivée au PAF avant la naissance de mon deuxième enfant, donc c'était à l'après la naissance de mon vrai enfant et j'ai rencontré les mêmes interrogations que toi je pense à ce moment-là. C'est-à-dire qu'avant, je ne m'étais jamais vraiment posée la question de l'égalité au sein du couple, etc. Parce que quand tu n'as pas d'enfant, peut-être que les choses se font au départ de façon un peu plus égalitaire dans le travail. Et à partir du moment où un enfant arrive dans la vie, j'ai observé effectivement qu'on avait beaucoup d'attentes. La société avait beaucoup d'attentes envers moi et comment j'allais éduquer mes enfants. Est-ce qu'il fallait que je fasse ? Est-ce qu'il fallait que j'arrête de travailler ? Pas de travailler ? Est-ce qu'il fallait que j'allaite ? Pas que j'allaite ? En fait, les gens devenaient vraiment un conseil permanent dans ma vie sur ce qu'il fallait que je fasse et ce que je ne fasse plus. Et donc, j'ai commencé à vraiment sentir une disparité dans le couple entre les hommes et les femmes. Et je me suis dit, j'ai ressenti une colère. Et je me suis dit, c'est pareil, je n'ai pas les ressources, je ne sais pas ce qui se passe. Je ne sais pas si c'est que moi qui ressens ça ou si on est... plusieurs à ressentir ça. Et c'est là que j'ai commencé à faire des recherches sur Internet et que j'ai vu qu'il y avait des associations féministes. Au début, je n'ai pas forcément trouvé tout de suite des associations sur la parentalité. Puis, je suis tombée sur le PAF et j'ai assisté à une assemblée générale qui m'a absolument passionnée parce que je me suis rendue compte qu'on était... dans un problème systémique, que beaucoup de gens se posaient les mêmes questions, les mêmes interrogations que moi. Et j'ai décidé de rejoindre justement à cette occasion le conseil d'administration du PAF. Et depuis, je suis très heureuse d'être là. Et je vais laisser la parole à Gaby maintenant, il faut qu'elle nous explique aussi un peu d'où elle vient dans son parcours militant.
Oui, carrément. Alors moi, j'ai rejoint le PAF il y a maintenant 6 ou 7 ans, en 2019. J'avais 24 ans et j'étais étudiante à Sciences Po en master en politique publique sociale. Et pour la fin de l'année, on devait choisir une politique publique de notre choix. Et moi, vu que j'avais toujours chevillé au corps les valeurs et les combats du féminisme depuis déjà quelques années, j'ai décidé de le faire sur les congés. et surtout les congés paternités et comparer en fait ce qui existait en France et ce qui existait dans les pays nordiques. Et ce qui m'a vraiment marquée, c'est à quel point en fait des politiques publiques pouvaient de manière tangible réduire les inégalités entre les hommes et les femmes quand en fait il y avait des congés paternités plus égalitaires. Et en fait, ce qui je trouvais hyper intéressant, c'était de... que ces sujets matérialisaient vraiment le concept du privé et politique. Et ça donnait vraiment corps à ça. Et donc je me suis renseignée, je voulais absolument regarder s'il existait des initiatives en France qui militaient pour l'allongement du congé paternité comme une des clés systémiques pour répondre aux inégalités hommes-femmes. Et je suis tombée sur un apéro débat, je crois. organisée par l'association au tout début. Et j'ai adoré. J'ai adoré les conversations. En fait, j'ai l'impression qu'on ouvrait un autre univers parce qu'évidemment, je n'étais pas mère et je n'avais pas de parents autour de moi. Mais de voir ces mères surtout se mobiliser pour un changement de loi notamment, je trouvais ça passionnant. Et voilà, depuis, je suis au PAF et ça fait déjà un petit moment.
Et alors ? Tu n'as pas encore d'enfant et ça fait quand même six ans que tu chemines avec nous. Et qu'est-ce que tu as trouvé dans ces six ans de cheminement, de militant avec nous ? Alors qu'effectivement, les questions dont on parle sont peut-être encore un petit peu éloignées de ta vie concrète. Qu'est-ce que ça t'a apporté ?
Alors, deux choses. Je pense que d'un point de vue très humain, ça m'a apporté un cercle hyper sorore, de joie militante, de sororité profonde. de discussions de fond hyper passionnantes. Et après, sur un deuxième plan plus politique et intellectuel, c'était un espace aussi, enfin, c'est un espace de lutte où, en fait, on se met en action et en mouvement pour essayer de faire bouger les lignes. Et pour moi, en fait, c'est la racine. Enfin, c'est vraiment la racine. du combat, c'est une des racines en tout cas très importante du combat pour le féminisme et pour l'égalité effective et donc pour moi je me sens moins impuissante en étant en PAF et voilà.
C'est vrai que toi comme moi Gabi on est militante depuis longtemps et on a un environnement militant qui nous construit beaucoup hors du PAF moi j'ai un parcours militant avant le PAF dans les partis politiques dans un parti politique C'est vrai que moi, j'y trouve aujourd'hui, alors que le monde politique est un petit peu difficile et très frustrant, j'y trouve un espace où on peut continuer à discuter de questions de fond ensemble, collectivement, à porter des idées. C'est devenu aujourd'hui mon espace privilégié, d'autant plus qu'on le construit vraiment comme ça. On est dans des temps de vie où on est très contrainte en temps. Le militantisme ordinaire est quand même très, très difficile à absorber pour les maires qui ont un travail par ailleurs. Donc, c'est vrai que se militer sur un sujet qui est vraiment très concret pour nous et très immédiat, c'est assez agréable d'avoir cet espace-là et qui soit en même temps très politique. Camille, toi, tu n'as pas ce parcours militant parallèle. Et donc, du coup, comment est-ce que tu vis ça et qu'est-ce que ça t'apporte cet espace militant ?
En fait, je pense que c'est vraiment ce qui m'a plu au PAF, comme Gabi, quand j'ai assisté à l'Assemblée générale. C'est que justement, ça m'a ouvert un champ des possibles que je n'appréhendais pas forcément dans ma vie. Et ça m'a ouvert sur plein de questionnements, ça m'a fait lire beaucoup d'ouvrages, ça m'a permis de penser la société différemment. Et je pense qu'une fois qu'on a compris les mécanismes de pouvoir qui se jouent, la façon dont la société est structurée, etc. On ne peut pas revenir en arrière, en fait. Pour moi, j'ai l'impression d'avoir franchi un cap dans ma compréhension du monde et de la société. Ça me paraît compliqué maintenant de me dire que je peux faire marche arrière. C'est impossible, en fait. C'est trop fort. Et ça, ça m'accompagne et ça me donne une ligne de compte vite, en fait. Et ça m'accompagne après au quotidien. C'est cette opinion que je me suis forgée et créée grâce à nos conversations au PAF. c'est... et à toutes les actions qu'on mène au quotidien et toutes les femmes qu'on rencontre. Voilà, c'est une ligne de conduite de vie, en fait, et je trouve ça vraiment passionnant. Et moi, ça m'a apporté une connaissance politique que je n'avais pas du tout et qui, aujourd'hui, vraiment me passionne. Donc, moi, je suis très reconnaissante de cette association du PAF pour ça, vraiment.
C'est vrai que moi je suis assez fière qu'on ait réussi à construire cet espace où on peut justement amener des femmes qui généralement n'ont pas de parcours militant à se rassembler pour avoir des discussions de fond, pour justement penser au-delà de leur situation individuelle. C'est vraiment l'enjeu du féminisme, c'est d'arriver à pouvoir comprendre et à prendre conscience du fait qu'au-delà de ces situations personnelles privées, En réalité, il y a des enjeux sociaux et politiques, et c'est d'ailleurs tout l'objet de nos groupes de parole. Et je suis assez fière qu'on ait pu construire un espace où on a même des femmes qui sont assez loin du politique dans leur vie, qui ont des parcours professionnels et personnels assez loin du politique, finalement, à échanger sur des sujets très politiques. Et c'est vrai que le monde féministe, c'est un espace vraiment de transformation de soi. de transformation de son regard sur soi et sur le monde extérieur. Et ce que tu dis, cette déconstruction, évidemment, de tout notre environnement patriarcal et qui va très loin, puisque ça vient remettre en question des choses qui nous paraissaient finalement soit pas très graves, soit assez ordinaires, ça transforme vraiment la vie en soi. Ça va assez loin, au-delà finalement de ce qu'on partage, des petites choses quotidiennes qu'on partage. Et toi, Gabi, comment tu as vécu ça ? Comment tu vis ça ?
Moi, ce que tu me dis là, pour moi, ça me fait penser au fait que le PAF, c'est vraiment deux jambes. Tu as la jambe très concrète, en fait, qui apporte des espaces où les femmes peuvent juste déposer, ne pas être jugées, être écoutées et s'écouter entre elles. Et voilà, un espace de partage, de vécu et du coup de sororité très concrète. Je pense notamment au groupe de parole, tu pourras peut-être en parler. Et en même temps, on a aussi l'autre jambe qui est... tourner sur des sujets plus politiques avec les apéros débats qu'on a pu organiser, des événements avec des interventions intéressantes, toute la partie plus communication, sensibilisation, de plaidoyer. Donc on a vraiment les deux au cœur du parc.
Moi, ce que je vois dans les groupes de paroles que j'anime, c'est... C'est déjà un espace d'échange qui est hyper bienveillant, où tout le monde s'écoute. Il y a des mères dans des situations qui sont évidemment très différentes. On a des mères qui viennent d'avoir un enfant, on a des mères qui ont des enfants de 10-12 ans, des mères qui sont sola ou en couple, dans des couples hétéros ou non. Donc c'est vraiment une grande diversité de mères, ça nous apporte énormément. Et en fait, quand on arrive, on ne sait jamais qui sera là, combien de temps ça va durer. Et en fait, on se rend compte qu'assez vite, nos discussions qu'on pensait très individuelles sont très collectives et très partagées. Et généralement, on ressort de là, même en tant qu'animatrice, galvanisée par toutes les informations qu'on a pu échanger. Donc, c'est hyper enrichissant. Moi, je conseille à tout le monde. Moi, si j'avais eu ça tout de suite après la naissance de mes enfants, quand j'étais en plein postpartum, ça m'aurait fait énormément de bien, ne serait-ce que de pouvoir déverser un peu tout mon ressenti et avoir cette écoute bienveillante autour de moi. Et je rebondis juste sur ce que tu as dit avant sur la partie politique. Je pense qu'effectivement, dans la partie politique qu'on a... On intervient aussi parfois pour expliquer ce qu'on fait à des partis politiques. Et en fait, on se rend compte souvent que les militants ont très peu de connaissances sur ce que c'est que la parentalité féministe. Les gens comprennent ce que c'est que le féminisme, mais la parentalité féministe, c'est un peu un angle mort chez les politiques. Et en fait, c'est passionnant parce qu'on arrive en tant qu'assaut avec finalement des choses assez concrètes. sur ce que c'est que d'accoucher, d'avoir des douleurs, d'arrêter de travailler, l'impact économique que ça a sur le couple, les femmes, etc. Et en fait, on pense que c'est des choses que les gens ont en tête, des gens militants ont en tête, mais pas forcément en fait. Je ne sais pas ce que tu en penses, Marina Dine. Moi, je trouve ça assez passionnant, justement, de... d'avoir ces conversations-là avec des gens qui pourtant font de la politique ?
Déjà, peut-être qu'on pourrait essayer de se dire entre nous ce que c'est que la parentalité féministe. Finalement, qu'est-ce qui nous mobilise ? Comment on se représente la parentalité ? Moi, je reste, et c'est ça qui m'a amenée au PAF, je reste toujours éberluée par le décalage qu'il y a entre la promesse qu'on nous a faite quand on était petite, c'est-à-dire on nous a dit, enfin moi on m'a dit en tout cas, fais des bonnes études. Et puis après, la société m'a dit aussi, tu peux sortir comme un homme, tu peux faire tes choix amoureux comme un homme. Enfin, la question ne se posait même pas de savoir si j'allais avoir une vie différente des garçons autour de moi. Et puis, quand on arrive dans le couple avec un enfant ou hors du couple avec un enfant, on se rend compte que ce n'est pas du tout la réalité encore aujourd'hui. Et ce décalage entre la représentation qu'on peut avoir de la vie qu'on va avoir avant d'avoir un enfant et la vie qu'on a par rapport aux hommes. à nos conjoints, aux hommes autour de nous, une fois qu'il y a un enfant. Et la façon dont cette parentalité, cette maternité nous contraint en termes économiques, en termes de temps, en termes de liberté, en termes psychologiques aussi, avec les injonctions qui pèsent, on a beaucoup parlé Camille, le fait qu'on se sent beaucoup jugé, qu'il y a beaucoup d'angoisse qui repose sur la mère et beaucoup moins sur le père probablement, les renoncements professionnels qui se font clairement ou moins clairement. brutalement ou progressivement, les cercles vicieux d'un point de vue financier dans lesquels on se retrouve prise sans les avoir vu venir, finalement, c'est ça qu'on partage, c'est ça sur quoi on échange, c'est ça pour quoi on se mobilise, c'est-à-dire pour que les femmes ne subissent plus ces inégalités qui n'ont plus lieu d'être, puisqu'on n'est plus du tout dans un cadre social où il y a une répartition des tâches, des charges. des responsabilités entre la sphère privée et la sphère professionnelle. Et voilà, moi je ne comprends toujours pas pourquoi tout le monde ne trouve pas ça complètement évident que les tâches soient partagées à 50-50 dans le foyer, comme elles le sont beaucoup d'un point de vue financier ou professionnel dans les coupes. Ce n'est pas toujours 50-50, mais en tout cas, c'est beaucoup plus équilibré du côté financier et professionnel aujourd'hui que ça peut l'être dans la charge domestique.
juste Marina Dean, est-ce que tu peux expliquer peut-être un peu plus ce pourquoi le PAF milite ? Comment tu vois l'évolution de la société ? Quelle est ta société parfaite de demain ? Je pense que la société a beaucoup progressé.
Les femmes d'aujourd'hui, elles ne se projettent plus dans un rôle maternel exclusif. Elles ont vraiment intégré l'idée qu'elles sont... des professionnels, qu'elles vont gagner leur vie, qu'elles vont avoir une autonomie, qu'elles ont de la liberté, des libertés de choix. Mais, en fait, elles payent encore un prix que ne payent pas les hommes à la parentalité et aux responsabilités familiales. Et on le voit pas seulement pendant la durée du couple, on le voit a fortiori à la sortie du couple, c'est-à-dire quand il y a une séparation. On voit bien que la charge qui pèse sur les pères séparés n'a rien à voir, statistiquement bien sûr, avec celle qui pèse sur les mères séparées. Et on voit un appauvrissement des mères séparées ou des mères seules. On voit une responsabilité accrue des mères après la séparation par rapport aux pères. Et pour moi, une société idéale, c'est une société où les hommes, les pères, se sentent déjà évidemment engagés à tout point de vue par la parentalité. et où la société construit le cadre qui, le leur... permet et où les y astreint. Et par exemple, une société idéale, c'est une société où les pères ne se posent pas la question une seule seconde de prendre un jour d'enfant malade, un jour de congé d'enfant malade. Les mères ne se posent pas la question de savoir s'il faut garder l'enfant le jour où il est malade. S'il n'y a personne pour le garder, elles vont se mettre en arrêt, se débrouiller. Les hommes vont quand même encore beaucoup avoir tendance à dire « moi j'ai du travail, j'ai une réunion, j'ai du travail, je ne peux pas » . Donc ça, c'est totalement anormal, selon moi, à l'heure où la plupart des femmes travaillent.
Et les nouveaux pères, parce qu'en ce moment, on parle beaucoup des nouveaux pères. Et d'ailleurs, je pense que ce qu'a vécu ma génération, c'est vraiment, vous avez de la chance, aujourd'hui, les pères sont quand même beaucoup plus investis que les mères. On se rend compte que c'est un mirage, le mirage des nouveaux pères. Quand on regarde les statistiques, elles n'ont pas bougé depuis 20 ans sur la répartition des tâches domestiques et parentales. C'est quoi, vous, votre idée là-dessus, Gabi ou Marina Zine ?
Moi, j'ai l'impression que c'est un concept qui a été... qui a été utilisé justement au CRE pour se donner l'illusion que ça y est, les nouveaux pères sont en place, l'égalité est là, c'est des petits changements à la marge qu'il faut peut-être ajuster, mais on a fait le boulot. Alors que vraiment, les statistiques nous montrent encore une fois qu'on est encore très très loin du compte, et que la charge domestique, parentale... et encore vraiment sur les épaules des mères. Donc, je n'ai pas lu tous les travaux de recherche sociologique sur le sujet, mais je ne sais pas ce que tu en penses, Marie-Anne.
Surtout, ce qu'on entend chez nous, c'est que ce n'est pas du tout le cas dans nos foyers. C'est qu'on a globalement toutes des compagnons, entre guillemets, de bonne volonté, c'est-à-dire pas des pères qui abandonnent leur poste. Mais de fait, la tâche n'est pas partagée à 50-50. sur l'éducation des enfants, sur le soin de la maison et sur les sacrifices qu'on fait pour élever ces enfants. Donc ça, ça nous conduit même très souvent à parler d'une forme de misandrie, à avoir le sentiment que le PAF, c'est un endroit où on peut exprimer une forme de misandrie, donc de rejet, on va dire, des hommes où on se dit mais vraiment, ils ne sont pas du tout à la hauteur par rapport aux exigences de la société en termes de parentalité. ils ne sont pas du tout au rendez-vous par rapport à ce que... à ce qu'ils nous ont promis en termes d'égalité, par rapport à ce qu'on s'est représenté comme couple et comme relation dans le couple, ils ne sont pas au rendez-vous de nos attentes en termes de responsabilité.
Et je pense, pour revenir à ton point de vue, quand on parle au parti, il y a des politiques qui nous disent qu'ils ne réalisent pas forcément encore le combat qui reste à mener. Ce concept de nouveau père, ça nous dessert aussi, ça dessert la cause dans la mesure où justement ça nourrit cette illusion que le combat est déjà bien avancé. Et du coup, ça ne va pas donner, ce n'est pas incitatif pour des politiques, surtout des hommes qui dominent aujourd'hui quand même encore l'espace politique, de s'y intéresser. Et par ailleurs, je trouve que ce concept de nouveau père, en fait, a tendance à valoriser des pères exceptionnels qui... s'investissent juste de manière égale. Et du coup, ça invisibilise aussi en creux tous les mouvements féministes, les collectifs féministes, des femmes qui, depuis des dizaines et des dizaines d'années, s'attellent à montrer ce qui se passe derrière la porte de leur foyer, montrer que le privé est politique, etc. Et du coup, on vient applaudir et féliciter ces hommes en tant qu'individus, alors que derrière, c'est des... C'est des dizaines et des dizaines de femmes qui essaient de faire bouger les lignes. Oui,
et puis il faut quand même... Moi, je trouve ça assez hallucinant aujourd'hui de se dire que le congé paternité n'est toujours pas égal au congé maternité. C'est-à-dire qu'on nous a dit, quand le congé paternité a été rallongé, ce qui est une très bonne chose, qu'il était rallongé. Mais aujourd'hui... De faire un enfant, ça reste pour la femme, d'un point de vue professionnel, un arrêt qui peut la pénaliser à l'embauche, alors que l'homme aura moins cette problématique. Donc c'est quand même fou de se dire qu'aujourd'hui, on a l'impression que c'est bon, on a réglé tous les problèmes, mais en fait non, les problèmes de gestion du temps des pères ne sont pas réglés du tout. Ils seront plus au travail à gagner de l'argent qu'au foyer à faire du travail domestique gratuit.
C'est même pire que ça, c'est-à-dire que c'est presque contre-intuitif par rapport à ce qu'on se représente en matière d'égalité aujourd'hui, de se rendre compte que plus il y a d'enfants au foyer, plus l'homme travaille et moins la femme travaille. C'est-à-dire qu'en fait, il y a une espèce de spécialisation et c'est ça, moi, qui me sidère toujours. La spécialisation des tâches dans le couple, elle persiste. Elle persiste avec des effets très délétères pour les femmes, en termes économiques notamment. C'est-à-dire qu'on continue dans les couples à se représenter le rôle principal de chacun, comme la mère étant la parentalité et le père étant gagner de l'argent pour faire vivre le foyer. Les chiffres le montrent. Les chiffres montrent que plus, encore une fois, plus il y a d'enfants dans le couple, moins l'homme en fait à la maison et plus il travaille. À l'inverse, plus il y a d'enfants dans le couple, moins la femme travaille. Et c'est lié au fait que, généralement, il y a des inégalités de salaire dans le couple au détriment des femmes et qu'il y a des arbitrages qui sont faits au sein du couple pour dégager du temps pour la famille du côté de la femme et ramener plus d'argent du côté de l'homme pour la famille toujours. Et ça, je pense, au-delà des choix... personnel, qu'on peut comprendre parce que cumuler les charges, c'est lourd, c'est important que les femmes le sachent. On est consciente de ça, c'est-à-dire consciente du fait qu'en fait, au-delà des choix qu'elles ont l'impression de faire, elles sont victimes de la persistance d'un stéréotype qui conduit à spécialiser les tâches au sein du couple. Voilà, ça fait aussi partie de notre travail et de notre engagement et de nos discussions. que d'amener chacune d'entre nous et toutes celles qu'on pourra autour à prendre conscience de ça pour faire ses propres choix et pour mener ses propres combats dans le couple. Parce qu'en fait, il y a des combats à mener dans le couple, il y a même des conflits à ouvrir pour préserver ses intérêts quand on est une femme.
Est-ce que ça participe à l'hétérofatigue ? On en parle de plus en plus en ce moment. C'est vrai que quand on lit des ouvrages comme Le genre du capital et qu'on se rend compte qu'au moment du congé, maternité, la femme va arrêter de progresser dans sa carrière pendant un très très long moment alors qu'au contraire l'homme va surperformer et continuer de monter tout le travail domestique va reposer sur la mère donc forcément le père aura plus de temps pour continuer à travailler ce qui est intéressant de voir dans des ouvrages comme ceux-là c'est vraiment que cet écart il ne se rejoindra jamais dans un couple hétérosexuel Merci. Et que dans un couple homosexuel, à un moment, ça redeviendra égalitaire. C'est-à-dire que ce n'est pas parce que l'autre retourne travailler pendant que l'un est en congé maternité qu'il va complètement déléguer les charges parentales et domestiques. Il va y avoir un équilibre qui va se refaire à un moment, pas tout de suite, mais à un moment. Donc ça, c'est vraiment, pour le coup, une particularité du couple hétérosexuel.
Et on en revient du coup aussi aux enjeux qu'on traite au sein du PAF sur... L'éducation non sexiste et non genrée, avec un enjeu de vraiment faire en sorte que l'éducation ne perpétue pas éternellement des inégalités de comportement même. Je ne sais pas si vous le voyez au sein de vos familles.
Oui, c'est sûr que ce dont tu parles Camille, c'est vraiment la persistance de stéréotypes de genre basiques. Et qu'il y a effectivement, ce que tu dis bien Gabi, c'est qu'on a fait une forme de parcours intellectuel au PAF. On est parti, on s'est réunis au départ entre des femmes qui étaient en postpartum pour toutes. On avait des tout-petits à la maison et donc on parlait de ça. Et puis petit à petit, on a ouvert des sujets au fil de nos parcours et de nos réflexions. On a ouvert la question du partage des tâches domestiques, la question économique. Donc qu'est-ce que cette mauvaise répartition des tâches domestiques ? entraîne comme inégalité économique au sein du couple et au sein de la société. Et puis effectivement, de sujet en sujet, on se rend compte qu'on arrive aujourd'hui, suite à cette espèce de hiatus qui persiste dans le couple et d'inégalités qui persistent, liées effectivement à ces persistances tellement fortes de comportements genrés, stéréotypiques, on se rend compte que le... Le sujet qu'il faut attaquer, c'est vraiment l'éducation des garçons et la prise de conscience des hommes aussi de ça et de ce qu'ils pourraient avoir à perdre, de ce qu'ils pourraient avoir envie de transmettre ou de ce qu'ils pourraient avoir envie de voir leurs filles vivre. Parce qu'après tout, les hommes d'aujourd'hui peuvent avoir des filles de main, des femmes de main et il n'est pas sûr qu'ils seraient ravis de les voir subir ces inégalités-là. Donc, on se rend compte qu'il y a un vrai chemin à faire pour que les hommes... se sentent engagés, se sentent partenaires à 50% de la parentalité.
Oui, il y a encore quand même très peu d'hommes qui partagent nos combats. Alors peut-être ici, ils soutiennent moralement la chose, mais je veux dire qu'ils s'engagent et qu'ils remontent leur manche pour vraiment s'y atteler. On n'a pas encore beaucoup d'alliés, malheureusement.
Et puis, il y a peu d'hommes qui sont prêts dans leur vie concrète, dans leur foyer. à se contraindre pour amener cette égalité et pour offrir à leurs compagnes cette égalité. Parce que ça a un coût pour les hommes aujourd'hui, à court terme, de renoncer à un certain nombre de privilèges.
Donc en fait, on vous engage. On vous invite à nous rejoindre si vous aimez les deux pieds du PAF, que sont le côté politique et le côté plus opérationnel. terrain, groupe de paroles à nous rejoindre. Vous avez toutes les informations sur notre site internet. C'est donc le collectif pour une parentalité féministe. Et puis, bonne journée. Et merci. Merci Camille.
Merci à notre invitée pour son partage et merci à vous pour votre écoute. A bientôt pour le prochain épisode de la playlist. Merveilleuse !
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Bonjour, on est ravis d'être réunis toutes les trois aujourd'hui pour échanger sur le PAF et sur ce qui nous réunit autour de cet engagement qui est le Collectif pour une parentalité féministe. C'est important pour nous de partager notre expérience sur ce que c'est que le militantisme féministe pour la parentalité. Et donc je vais commencer, j'ai avec moi Marine Haddine et Gabi et je vais peut-être commencer par Marine Haddine. Marie-Nadine, est-ce que tu peux nous parler un peu de toi et ce qui te plaît au PAF et pourquoi tu as rejoint ce projet ?
Alors moi, je suis arrivée au PAF vraiment à sa genèse, c'est-à-dire qu'on était en 2018 et le PAF est né d'une tribune dans le monde. Et à l'époque, on était dans un temps assez différent, on ne parlait pas encore beaucoup des difficultés, des contraintes de la maternité. Et quand j'ai lu cette tribune, à l'époque, j'avais deux enfants tous. tout petit, une petite fille de deux ans et demi et un petit garçon qui avait moins d'un an. Et j'étais là à maternité jusqu'au cou. Et je ne trouvais pas de ressources pour comprendre ce qui m'arrivait, c'est-à-dire ce sentiment d'aliénation, cette incompréhension des différences d'engagement et de responsabilité entre mon conjoint et moi, qui se faisait très naturellement et de façon très désagréable. Et j'ai lu cette tribune qui parlait de tout ça. Et j'ai rejoint immédiatement le collectif. Et le collectif s'est depuis structuré. en association et a grandi et s'est développée. Les nouvelles personnes nous ont rejointes et aujourd'hui existent avec de nombreux projets de gens autour de nous. Est-ce que je te passe la parole Camille pour nous raconter comment tu es arrivée au PAF ?
Oui, alors moi je suis arrivée au PAF avant la naissance de mon deuxième enfant, donc c'était à l'après la naissance de mon vrai enfant et j'ai rencontré les mêmes interrogations que toi je pense à ce moment-là. C'est-à-dire qu'avant, je ne m'étais jamais vraiment posée la question de l'égalité au sein du couple, etc. Parce que quand tu n'as pas d'enfant, peut-être que les choses se font au départ de façon un peu plus égalitaire dans le travail. Et à partir du moment où un enfant arrive dans la vie, j'ai observé effectivement qu'on avait beaucoup d'attentes. La société avait beaucoup d'attentes envers moi et comment j'allais éduquer mes enfants. Est-ce qu'il fallait que je fasse ? Est-ce qu'il fallait que j'arrête de travailler ? Pas de travailler ? Est-ce qu'il fallait que j'allaite ? Pas que j'allaite ? En fait, les gens devenaient vraiment un conseil permanent dans ma vie sur ce qu'il fallait que je fasse et ce que je ne fasse plus. Et donc, j'ai commencé à vraiment sentir une disparité dans le couple entre les hommes et les femmes. Et je me suis dit, j'ai ressenti une colère. Et je me suis dit, c'est pareil, je n'ai pas les ressources, je ne sais pas ce qui se passe. Je ne sais pas si c'est que moi qui ressens ça ou si on est... plusieurs à ressentir ça. Et c'est là que j'ai commencé à faire des recherches sur Internet et que j'ai vu qu'il y avait des associations féministes. Au début, je n'ai pas forcément trouvé tout de suite des associations sur la parentalité. Puis, je suis tombée sur le PAF et j'ai assisté à une assemblée générale qui m'a absolument passionnée parce que je me suis rendue compte qu'on était... dans un problème systémique, que beaucoup de gens se posaient les mêmes questions, les mêmes interrogations que moi. Et j'ai décidé de rejoindre justement à cette occasion le conseil d'administration du PAF. Et depuis, je suis très heureuse d'être là. Et je vais laisser la parole à Gaby maintenant, il faut qu'elle nous explique aussi un peu d'où elle vient dans son parcours militant.
Oui, carrément. Alors moi, j'ai rejoint le PAF il y a maintenant 6 ou 7 ans, en 2019. J'avais 24 ans et j'étais étudiante à Sciences Po en master en politique publique sociale. Et pour la fin de l'année, on devait choisir une politique publique de notre choix. Et moi, vu que j'avais toujours chevillé au corps les valeurs et les combats du féminisme depuis déjà quelques années, j'ai décidé de le faire sur les congés. et surtout les congés paternités et comparer en fait ce qui existait en France et ce qui existait dans les pays nordiques. Et ce qui m'a vraiment marquée, c'est à quel point en fait des politiques publiques pouvaient de manière tangible réduire les inégalités entre les hommes et les femmes quand en fait il y avait des congés paternités plus égalitaires. Et en fait, ce qui je trouvais hyper intéressant, c'était de... que ces sujets matérialisaient vraiment le concept du privé et politique. Et ça donnait vraiment corps à ça. Et donc je me suis renseignée, je voulais absolument regarder s'il existait des initiatives en France qui militaient pour l'allongement du congé paternité comme une des clés systémiques pour répondre aux inégalités hommes-femmes. Et je suis tombée sur un apéro débat, je crois. organisée par l'association au tout début. Et j'ai adoré. J'ai adoré les conversations. En fait, j'ai l'impression qu'on ouvrait un autre univers parce qu'évidemment, je n'étais pas mère et je n'avais pas de parents autour de moi. Mais de voir ces mères surtout se mobiliser pour un changement de loi notamment, je trouvais ça passionnant. Et voilà, depuis, je suis au PAF et ça fait déjà un petit moment.
Et alors ? Tu n'as pas encore d'enfant et ça fait quand même six ans que tu chemines avec nous. Et qu'est-ce que tu as trouvé dans ces six ans de cheminement, de militant avec nous ? Alors qu'effectivement, les questions dont on parle sont peut-être encore un petit peu éloignées de ta vie concrète. Qu'est-ce que ça t'a apporté ?
Alors, deux choses. Je pense que d'un point de vue très humain, ça m'a apporté un cercle hyper sorore, de joie militante, de sororité profonde. de discussions de fond hyper passionnantes. Et après, sur un deuxième plan plus politique et intellectuel, c'était un espace aussi, enfin, c'est un espace de lutte où, en fait, on se met en action et en mouvement pour essayer de faire bouger les lignes. Et pour moi, en fait, c'est la racine. Enfin, c'est vraiment la racine. du combat, c'est une des racines en tout cas très importante du combat pour le féminisme et pour l'égalité effective et donc pour moi je me sens moins impuissante en étant en PAF et voilà.
C'est vrai que toi comme moi Gabi on est militante depuis longtemps et on a un environnement militant qui nous construit beaucoup hors du PAF moi j'ai un parcours militant avant le PAF dans les partis politiques dans un parti politique C'est vrai que moi, j'y trouve aujourd'hui, alors que le monde politique est un petit peu difficile et très frustrant, j'y trouve un espace où on peut continuer à discuter de questions de fond ensemble, collectivement, à porter des idées. C'est devenu aujourd'hui mon espace privilégié, d'autant plus qu'on le construit vraiment comme ça. On est dans des temps de vie où on est très contrainte en temps. Le militantisme ordinaire est quand même très, très difficile à absorber pour les maires qui ont un travail par ailleurs. Donc, c'est vrai que se militer sur un sujet qui est vraiment très concret pour nous et très immédiat, c'est assez agréable d'avoir cet espace-là et qui soit en même temps très politique. Camille, toi, tu n'as pas ce parcours militant parallèle. Et donc, du coup, comment est-ce que tu vis ça et qu'est-ce que ça t'apporte cet espace militant ?
En fait, je pense que c'est vraiment ce qui m'a plu au PAF, comme Gabi, quand j'ai assisté à l'Assemblée générale. C'est que justement, ça m'a ouvert un champ des possibles que je n'appréhendais pas forcément dans ma vie. Et ça m'a ouvert sur plein de questionnements, ça m'a fait lire beaucoup d'ouvrages, ça m'a permis de penser la société différemment. Et je pense qu'une fois qu'on a compris les mécanismes de pouvoir qui se jouent, la façon dont la société est structurée, etc. On ne peut pas revenir en arrière, en fait. Pour moi, j'ai l'impression d'avoir franchi un cap dans ma compréhension du monde et de la société. Ça me paraît compliqué maintenant de me dire que je peux faire marche arrière. C'est impossible, en fait. C'est trop fort. Et ça, ça m'accompagne et ça me donne une ligne de compte vite, en fait. Et ça m'accompagne après au quotidien. C'est cette opinion que je me suis forgée et créée grâce à nos conversations au PAF. c'est... et à toutes les actions qu'on mène au quotidien et toutes les femmes qu'on rencontre. Voilà, c'est une ligne de conduite de vie, en fait, et je trouve ça vraiment passionnant. Et moi, ça m'a apporté une connaissance politique que je n'avais pas du tout et qui, aujourd'hui, vraiment me passionne. Donc, moi, je suis très reconnaissante de cette association du PAF pour ça, vraiment.
C'est vrai que moi je suis assez fière qu'on ait réussi à construire cet espace où on peut justement amener des femmes qui généralement n'ont pas de parcours militant à se rassembler pour avoir des discussions de fond, pour justement penser au-delà de leur situation individuelle. C'est vraiment l'enjeu du féminisme, c'est d'arriver à pouvoir comprendre et à prendre conscience du fait qu'au-delà de ces situations personnelles privées, En réalité, il y a des enjeux sociaux et politiques, et c'est d'ailleurs tout l'objet de nos groupes de parole. Et je suis assez fière qu'on ait pu construire un espace où on a même des femmes qui sont assez loin du politique dans leur vie, qui ont des parcours professionnels et personnels assez loin du politique, finalement, à échanger sur des sujets très politiques. Et c'est vrai que le monde féministe, c'est un espace vraiment de transformation de soi. de transformation de son regard sur soi et sur le monde extérieur. Et ce que tu dis, cette déconstruction, évidemment, de tout notre environnement patriarcal et qui va très loin, puisque ça vient remettre en question des choses qui nous paraissaient finalement soit pas très graves, soit assez ordinaires, ça transforme vraiment la vie en soi. Ça va assez loin, au-delà finalement de ce qu'on partage, des petites choses quotidiennes qu'on partage. Et toi, Gabi, comment tu as vécu ça ? Comment tu vis ça ?
Moi, ce que tu me dis là, pour moi, ça me fait penser au fait que le PAF, c'est vraiment deux jambes. Tu as la jambe très concrète, en fait, qui apporte des espaces où les femmes peuvent juste déposer, ne pas être jugées, être écoutées et s'écouter entre elles. Et voilà, un espace de partage, de vécu et du coup de sororité très concrète. Je pense notamment au groupe de parole, tu pourras peut-être en parler. Et en même temps, on a aussi l'autre jambe qui est... tourner sur des sujets plus politiques avec les apéros débats qu'on a pu organiser, des événements avec des interventions intéressantes, toute la partie plus communication, sensibilisation, de plaidoyer. Donc on a vraiment les deux au cœur du parc.
Moi, ce que je vois dans les groupes de paroles que j'anime, c'est... C'est déjà un espace d'échange qui est hyper bienveillant, où tout le monde s'écoute. Il y a des mères dans des situations qui sont évidemment très différentes. On a des mères qui viennent d'avoir un enfant, on a des mères qui ont des enfants de 10-12 ans, des mères qui sont sola ou en couple, dans des couples hétéros ou non. Donc c'est vraiment une grande diversité de mères, ça nous apporte énormément. Et en fait, quand on arrive, on ne sait jamais qui sera là, combien de temps ça va durer. Et en fait, on se rend compte qu'assez vite, nos discussions qu'on pensait très individuelles sont très collectives et très partagées. Et généralement, on ressort de là, même en tant qu'animatrice, galvanisée par toutes les informations qu'on a pu échanger. Donc, c'est hyper enrichissant. Moi, je conseille à tout le monde. Moi, si j'avais eu ça tout de suite après la naissance de mes enfants, quand j'étais en plein postpartum, ça m'aurait fait énormément de bien, ne serait-ce que de pouvoir déverser un peu tout mon ressenti et avoir cette écoute bienveillante autour de moi. Et je rebondis juste sur ce que tu as dit avant sur la partie politique. Je pense qu'effectivement, dans la partie politique qu'on a... On intervient aussi parfois pour expliquer ce qu'on fait à des partis politiques. Et en fait, on se rend compte souvent que les militants ont très peu de connaissances sur ce que c'est que la parentalité féministe. Les gens comprennent ce que c'est que le féminisme, mais la parentalité féministe, c'est un peu un angle mort chez les politiques. Et en fait, c'est passionnant parce qu'on arrive en tant qu'assaut avec finalement des choses assez concrètes. sur ce que c'est que d'accoucher, d'avoir des douleurs, d'arrêter de travailler, l'impact économique que ça a sur le couple, les femmes, etc. Et en fait, on pense que c'est des choses que les gens ont en tête, des gens militants ont en tête, mais pas forcément en fait. Je ne sais pas ce que tu en penses, Marina Dine. Moi, je trouve ça assez passionnant, justement, de... d'avoir ces conversations-là avec des gens qui pourtant font de la politique ?
Déjà, peut-être qu'on pourrait essayer de se dire entre nous ce que c'est que la parentalité féministe. Finalement, qu'est-ce qui nous mobilise ? Comment on se représente la parentalité ? Moi, je reste, et c'est ça qui m'a amenée au PAF, je reste toujours éberluée par le décalage qu'il y a entre la promesse qu'on nous a faite quand on était petite, c'est-à-dire on nous a dit, enfin moi on m'a dit en tout cas, fais des bonnes études. Et puis après, la société m'a dit aussi, tu peux sortir comme un homme, tu peux faire tes choix amoureux comme un homme. Enfin, la question ne se posait même pas de savoir si j'allais avoir une vie différente des garçons autour de moi. Et puis, quand on arrive dans le couple avec un enfant ou hors du couple avec un enfant, on se rend compte que ce n'est pas du tout la réalité encore aujourd'hui. Et ce décalage entre la représentation qu'on peut avoir de la vie qu'on va avoir avant d'avoir un enfant et la vie qu'on a par rapport aux hommes. à nos conjoints, aux hommes autour de nous, une fois qu'il y a un enfant. Et la façon dont cette parentalité, cette maternité nous contraint en termes économiques, en termes de temps, en termes de liberté, en termes psychologiques aussi, avec les injonctions qui pèsent, on a beaucoup parlé Camille, le fait qu'on se sent beaucoup jugé, qu'il y a beaucoup d'angoisse qui repose sur la mère et beaucoup moins sur le père probablement, les renoncements professionnels qui se font clairement ou moins clairement. brutalement ou progressivement, les cercles vicieux d'un point de vue financier dans lesquels on se retrouve prise sans les avoir vu venir, finalement, c'est ça qu'on partage, c'est ça sur quoi on échange, c'est ça pour quoi on se mobilise, c'est-à-dire pour que les femmes ne subissent plus ces inégalités qui n'ont plus lieu d'être, puisqu'on n'est plus du tout dans un cadre social où il y a une répartition des tâches, des charges. des responsabilités entre la sphère privée et la sphère professionnelle. Et voilà, moi je ne comprends toujours pas pourquoi tout le monde ne trouve pas ça complètement évident que les tâches soient partagées à 50-50 dans le foyer, comme elles le sont beaucoup d'un point de vue financier ou professionnel dans les coupes. Ce n'est pas toujours 50-50, mais en tout cas, c'est beaucoup plus équilibré du côté financier et professionnel aujourd'hui que ça peut l'être dans la charge domestique.
juste Marina Dean, est-ce que tu peux expliquer peut-être un peu plus ce pourquoi le PAF milite ? Comment tu vois l'évolution de la société ? Quelle est ta société parfaite de demain ? Je pense que la société a beaucoup progressé.
Les femmes d'aujourd'hui, elles ne se projettent plus dans un rôle maternel exclusif. Elles ont vraiment intégré l'idée qu'elles sont... des professionnels, qu'elles vont gagner leur vie, qu'elles vont avoir une autonomie, qu'elles ont de la liberté, des libertés de choix. Mais, en fait, elles payent encore un prix que ne payent pas les hommes à la parentalité et aux responsabilités familiales. Et on le voit pas seulement pendant la durée du couple, on le voit a fortiori à la sortie du couple, c'est-à-dire quand il y a une séparation. On voit bien que la charge qui pèse sur les pères séparés n'a rien à voir, statistiquement bien sûr, avec celle qui pèse sur les mères séparées. Et on voit un appauvrissement des mères séparées ou des mères seules. On voit une responsabilité accrue des mères après la séparation par rapport aux pères. Et pour moi, une société idéale, c'est une société où les hommes, les pères, se sentent déjà évidemment engagés à tout point de vue par la parentalité. et où la société construit le cadre qui, le leur... permet et où les y astreint. Et par exemple, une société idéale, c'est une société où les pères ne se posent pas la question une seule seconde de prendre un jour d'enfant malade, un jour de congé d'enfant malade. Les mères ne se posent pas la question de savoir s'il faut garder l'enfant le jour où il est malade. S'il n'y a personne pour le garder, elles vont se mettre en arrêt, se débrouiller. Les hommes vont quand même encore beaucoup avoir tendance à dire « moi j'ai du travail, j'ai une réunion, j'ai du travail, je ne peux pas » . Donc ça, c'est totalement anormal, selon moi, à l'heure où la plupart des femmes travaillent.
Et les nouveaux pères, parce qu'en ce moment, on parle beaucoup des nouveaux pères. Et d'ailleurs, je pense que ce qu'a vécu ma génération, c'est vraiment, vous avez de la chance, aujourd'hui, les pères sont quand même beaucoup plus investis que les mères. On se rend compte que c'est un mirage, le mirage des nouveaux pères. Quand on regarde les statistiques, elles n'ont pas bougé depuis 20 ans sur la répartition des tâches domestiques et parentales. C'est quoi, vous, votre idée là-dessus, Gabi ou Marina Zine ?
Moi, j'ai l'impression que c'est un concept qui a été... qui a été utilisé justement au CRE pour se donner l'illusion que ça y est, les nouveaux pères sont en place, l'égalité est là, c'est des petits changements à la marge qu'il faut peut-être ajuster, mais on a fait le boulot. Alors que vraiment, les statistiques nous montrent encore une fois qu'on est encore très très loin du compte, et que la charge domestique, parentale... et encore vraiment sur les épaules des mères. Donc, je n'ai pas lu tous les travaux de recherche sociologique sur le sujet, mais je ne sais pas ce que tu en penses, Marie-Anne.
Surtout, ce qu'on entend chez nous, c'est que ce n'est pas du tout le cas dans nos foyers. C'est qu'on a globalement toutes des compagnons, entre guillemets, de bonne volonté, c'est-à-dire pas des pères qui abandonnent leur poste. Mais de fait, la tâche n'est pas partagée à 50-50. sur l'éducation des enfants, sur le soin de la maison et sur les sacrifices qu'on fait pour élever ces enfants. Donc ça, ça nous conduit même très souvent à parler d'une forme de misandrie, à avoir le sentiment que le PAF, c'est un endroit où on peut exprimer une forme de misandrie, donc de rejet, on va dire, des hommes où on se dit mais vraiment, ils ne sont pas du tout à la hauteur par rapport aux exigences de la société en termes de parentalité. ils ne sont pas du tout au rendez-vous par rapport à ce que... à ce qu'ils nous ont promis en termes d'égalité, par rapport à ce qu'on s'est représenté comme couple et comme relation dans le couple, ils ne sont pas au rendez-vous de nos attentes en termes de responsabilité.
Et je pense, pour revenir à ton point de vue, quand on parle au parti, il y a des politiques qui nous disent qu'ils ne réalisent pas forcément encore le combat qui reste à mener. Ce concept de nouveau père, ça nous dessert aussi, ça dessert la cause dans la mesure où justement ça nourrit cette illusion que le combat est déjà bien avancé. Et du coup, ça ne va pas donner, ce n'est pas incitatif pour des politiques, surtout des hommes qui dominent aujourd'hui quand même encore l'espace politique, de s'y intéresser. Et par ailleurs, je trouve que ce concept de nouveau père, en fait, a tendance à valoriser des pères exceptionnels qui... s'investissent juste de manière égale. Et du coup, ça invisibilise aussi en creux tous les mouvements féministes, les collectifs féministes, des femmes qui, depuis des dizaines et des dizaines d'années, s'attellent à montrer ce qui se passe derrière la porte de leur foyer, montrer que le privé est politique, etc. Et du coup, on vient applaudir et féliciter ces hommes en tant qu'individus, alors que derrière, c'est des... C'est des dizaines et des dizaines de femmes qui essaient de faire bouger les lignes. Oui,
et puis il faut quand même... Moi, je trouve ça assez hallucinant aujourd'hui de se dire que le congé paternité n'est toujours pas égal au congé maternité. C'est-à-dire qu'on nous a dit, quand le congé paternité a été rallongé, ce qui est une très bonne chose, qu'il était rallongé. Mais aujourd'hui... De faire un enfant, ça reste pour la femme, d'un point de vue professionnel, un arrêt qui peut la pénaliser à l'embauche, alors que l'homme aura moins cette problématique. Donc c'est quand même fou de se dire qu'aujourd'hui, on a l'impression que c'est bon, on a réglé tous les problèmes, mais en fait non, les problèmes de gestion du temps des pères ne sont pas réglés du tout. Ils seront plus au travail à gagner de l'argent qu'au foyer à faire du travail domestique gratuit.
C'est même pire que ça, c'est-à-dire que c'est presque contre-intuitif par rapport à ce qu'on se représente en matière d'égalité aujourd'hui, de se rendre compte que plus il y a d'enfants au foyer, plus l'homme travaille et moins la femme travaille. C'est-à-dire qu'en fait, il y a une espèce de spécialisation et c'est ça, moi, qui me sidère toujours. La spécialisation des tâches dans le couple, elle persiste. Elle persiste avec des effets très délétères pour les femmes, en termes économiques notamment. C'est-à-dire qu'on continue dans les couples à se représenter le rôle principal de chacun, comme la mère étant la parentalité et le père étant gagner de l'argent pour faire vivre le foyer. Les chiffres le montrent. Les chiffres montrent que plus, encore une fois, plus il y a d'enfants dans le couple, moins l'homme en fait à la maison et plus il travaille. À l'inverse, plus il y a d'enfants dans le couple, moins la femme travaille. Et c'est lié au fait que, généralement, il y a des inégalités de salaire dans le couple au détriment des femmes et qu'il y a des arbitrages qui sont faits au sein du couple pour dégager du temps pour la famille du côté de la femme et ramener plus d'argent du côté de l'homme pour la famille toujours. Et ça, je pense, au-delà des choix... personnel, qu'on peut comprendre parce que cumuler les charges, c'est lourd, c'est important que les femmes le sachent. On est consciente de ça, c'est-à-dire consciente du fait qu'en fait, au-delà des choix qu'elles ont l'impression de faire, elles sont victimes de la persistance d'un stéréotype qui conduit à spécialiser les tâches au sein du couple. Voilà, ça fait aussi partie de notre travail et de notre engagement et de nos discussions. que d'amener chacune d'entre nous et toutes celles qu'on pourra autour à prendre conscience de ça pour faire ses propres choix et pour mener ses propres combats dans le couple. Parce qu'en fait, il y a des combats à mener dans le couple, il y a même des conflits à ouvrir pour préserver ses intérêts quand on est une femme.
Est-ce que ça participe à l'hétérofatigue ? On en parle de plus en plus en ce moment. C'est vrai que quand on lit des ouvrages comme Le genre du capital et qu'on se rend compte qu'au moment du congé, maternité, la femme va arrêter de progresser dans sa carrière pendant un très très long moment alors qu'au contraire l'homme va surperformer et continuer de monter tout le travail domestique va reposer sur la mère donc forcément le père aura plus de temps pour continuer à travailler ce qui est intéressant de voir dans des ouvrages comme ceux-là c'est vraiment que cet écart il ne se rejoindra jamais dans un couple hétérosexuel Merci. Et que dans un couple homosexuel, à un moment, ça redeviendra égalitaire. C'est-à-dire que ce n'est pas parce que l'autre retourne travailler pendant que l'un est en congé maternité qu'il va complètement déléguer les charges parentales et domestiques. Il va y avoir un équilibre qui va se refaire à un moment, pas tout de suite, mais à un moment. Donc ça, c'est vraiment, pour le coup, une particularité du couple hétérosexuel.
Et on en revient du coup aussi aux enjeux qu'on traite au sein du PAF sur... L'éducation non sexiste et non genrée, avec un enjeu de vraiment faire en sorte que l'éducation ne perpétue pas éternellement des inégalités de comportement même. Je ne sais pas si vous le voyez au sein de vos familles.
Oui, c'est sûr que ce dont tu parles Camille, c'est vraiment la persistance de stéréotypes de genre basiques. Et qu'il y a effectivement, ce que tu dis bien Gabi, c'est qu'on a fait une forme de parcours intellectuel au PAF. On est parti, on s'est réunis au départ entre des femmes qui étaient en postpartum pour toutes. On avait des tout-petits à la maison et donc on parlait de ça. Et puis petit à petit, on a ouvert des sujets au fil de nos parcours et de nos réflexions. On a ouvert la question du partage des tâches domestiques, la question économique. Donc qu'est-ce que cette mauvaise répartition des tâches domestiques ? entraîne comme inégalité économique au sein du couple et au sein de la société. Et puis effectivement, de sujet en sujet, on se rend compte qu'on arrive aujourd'hui, suite à cette espèce de hiatus qui persiste dans le couple et d'inégalités qui persistent, liées effectivement à ces persistances tellement fortes de comportements genrés, stéréotypiques, on se rend compte que le... Le sujet qu'il faut attaquer, c'est vraiment l'éducation des garçons et la prise de conscience des hommes aussi de ça et de ce qu'ils pourraient avoir à perdre, de ce qu'ils pourraient avoir envie de transmettre ou de ce qu'ils pourraient avoir envie de voir leurs filles vivre. Parce qu'après tout, les hommes d'aujourd'hui peuvent avoir des filles de main, des femmes de main et il n'est pas sûr qu'ils seraient ravis de les voir subir ces inégalités-là. Donc, on se rend compte qu'il y a un vrai chemin à faire pour que les hommes... se sentent engagés, se sentent partenaires à 50% de la parentalité.
Oui, il y a encore quand même très peu d'hommes qui partagent nos combats. Alors peut-être ici, ils soutiennent moralement la chose, mais je veux dire qu'ils s'engagent et qu'ils remontent leur manche pour vraiment s'y atteler. On n'a pas encore beaucoup d'alliés, malheureusement.
Et puis, il y a peu d'hommes qui sont prêts dans leur vie concrète, dans leur foyer. à se contraindre pour amener cette égalité et pour offrir à leurs compagnes cette égalité. Parce que ça a un coût pour les hommes aujourd'hui, à court terme, de renoncer à un certain nombre de privilèges.
Donc en fait, on vous engage. On vous invite à nous rejoindre si vous aimez les deux pieds du PAF, que sont le côté politique et le côté plus opérationnel. terrain, groupe de paroles à nous rejoindre. Vous avez toutes les informations sur notre site internet. C'est donc le collectif pour une parentalité féministe. Et puis, bonne journée. Et merci. Merci Camille.
Merci à notre invitée pour son partage et merci à vous pour votre écoute. A bientôt pour le prochain épisode de la playlist. Merveilleuse !
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Découvrez dans cet épisode un échange entre les membres du collectif PA.F, Parentalité Féministe ✨
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Bienvenue dans la playlist 2026 des Merveilleuses, composée d'audio féministe exclusif enregistré à l'occasion de la fête des mères par des personnalités engagées aux côtés de la Fondation des Femmes. Au fil des audios, nous tenterons de vous faire découvrir la maternité et la sororité. dans toute leur richesse et toute leur diversité, grâce à des témoignages, des extraits de romans, des analyses, des chansons. Merci à toutes celles qui ont participé à cette playlist merveilleuse. Et maintenant, place à l'épisode !
Bonjour, on est ravis d'être réunis toutes les trois aujourd'hui pour échanger sur le PAF et sur ce qui nous réunit autour de cet engagement qui est le Collectif pour une parentalité féministe. C'est important pour nous de partager notre expérience sur ce que c'est que le militantisme féministe pour la parentalité. Et donc je vais commencer, j'ai avec moi Marine Haddine et Gabi et je vais peut-être commencer par Marine Haddine. Marie-Nadine, est-ce que tu peux nous parler un peu de toi et ce qui te plaît au PAF et pourquoi tu as rejoint ce projet ?
Alors moi, je suis arrivée au PAF vraiment à sa genèse, c'est-à-dire qu'on était en 2018 et le PAF est né d'une tribune dans le monde. Et à l'époque, on était dans un temps assez différent, on ne parlait pas encore beaucoup des difficultés, des contraintes de la maternité. Et quand j'ai lu cette tribune, à l'époque, j'avais deux enfants tous. tout petit, une petite fille de deux ans et demi et un petit garçon qui avait moins d'un an. Et j'étais là à maternité jusqu'au cou. Et je ne trouvais pas de ressources pour comprendre ce qui m'arrivait, c'est-à-dire ce sentiment d'aliénation, cette incompréhension des différences d'engagement et de responsabilité entre mon conjoint et moi, qui se faisait très naturellement et de façon très désagréable. Et j'ai lu cette tribune qui parlait de tout ça. Et j'ai rejoint immédiatement le collectif. Et le collectif s'est depuis structuré. en association et a grandi et s'est développée. Les nouvelles personnes nous ont rejointes et aujourd'hui existent avec de nombreux projets de gens autour de nous. Est-ce que je te passe la parole Camille pour nous raconter comment tu es arrivée au PAF ?
Oui, alors moi je suis arrivée au PAF avant la naissance de mon deuxième enfant, donc c'était à l'après la naissance de mon vrai enfant et j'ai rencontré les mêmes interrogations que toi je pense à ce moment-là. C'est-à-dire qu'avant, je ne m'étais jamais vraiment posée la question de l'égalité au sein du couple, etc. Parce que quand tu n'as pas d'enfant, peut-être que les choses se font au départ de façon un peu plus égalitaire dans le travail. Et à partir du moment où un enfant arrive dans la vie, j'ai observé effectivement qu'on avait beaucoup d'attentes. La société avait beaucoup d'attentes envers moi et comment j'allais éduquer mes enfants. Est-ce qu'il fallait que je fasse ? Est-ce qu'il fallait que j'arrête de travailler ? Pas de travailler ? Est-ce qu'il fallait que j'allaite ? Pas que j'allaite ? En fait, les gens devenaient vraiment un conseil permanent dans ma vie sur ce qu'il fallait que je fasse et ce que je ne fasse plus. Et donc, j'ai commencé à vraiment sentir une disparité dans le couple entre les hommes et les femmes. Et je me suis dit, j'ai ressenti une colère. Et je me suis dit, c'est pareil, je n'ai pas les ressources, je ne sais pas ce qui se passe. Je ne sais pas si c'est que moi qui ressens ça ou si on est... plusieurs à ressentir ça. Et c'est là que j'ai commencé à faire des recherches sur Internet et que j'ai vu qu'il y avait des associations féministes. Au début, je n'ai pas forcément trouvé tout de suite des associations sur la parentalité. Puis, je suis tombée sur le PAF et j'ai assisté à une assemblée générale qui m'a absolument passionnée parce que je me suis rendue compte qu'on était... dans un problème systémique, que beaucoup de gens se posaient les mêmes questions, les mêmes interrogations que moi. Et j'ai décidé de rejoindre justement à cette occasion le conseil d'administration du PAF. Et depuis, je suis très heureuse d'être là. Et je vais laisser la parole à Gaby maintenant, il faut qu'elle nous explique aussi un peu d'où elle vient dans son parcours militant.
Oui, carrément. Alors moi, j'ai rejoint le PAF il y a maintenant 6 ou 7 ans, en 2019. J'avais 24 ans et j'étais étudiante à Sciences Po en master en politique publique sociale. Et pour la fin de l'année, on devait choisir une politique publique de notre choix. Et moi, vu que j'avais toujours chevillé au corps les valeurs et les combats du féminisme depuis déjà quelques années, j'ai décidé de le faire sur les congés. et surtout les congés paternités et comparer en fait ce qui existait en France et ce qui existait dans les pays nordiques. Et ce qui m'a vraiment marquée, c'est à quel point en fait des politiques publiques pouvaient de manière tangible réduire les inégalités entre les hommes et les femmes quand en fait il y avait des congés paternités plus égalitaires. Et en fait, ce qui je trouvais hyper intéressant, c'était de... que ces sujets matérialisaient vraiment le concept du privé et politique. Et ça donnait vraiment corps à ça. Et donc je me suis renseignée, je voulais absolument regarder s'il existait des initiatives en France qui militaient pour l'allongement du congé paternité comme une des clés systémiques pour répondre aux inégalités hommes-femmes. Et je suis tombée sur un apéro débat, je crois. organisée par l'association au tout début. Et j'ai adoré. J'ai adoré les conversations. En fait, j'ai l'impression qu'on ouvrait un autre univers parce qu'évidemment, je n'étais pas mère et je n'avais pas de parents autour de moi. Mais de voir ces mères surtout se mobiliser pour un changement de loi notamment, je trouvais ça passionnant. Et voilà, depuis, je suis au PAF et ça fait déjà un petit moment.
Et alors ? Tu n'as pas encore d'enfant et ça fait quand même six ans que tu chemines avec nous. Et qu'est-ce que tu as trouvé dans ces six ans de cheminement, de militant avec nous ? Alors qu'effectivement, les questions dont on parle sont peut-être encore un petit peu éloignées de ta vie concrète. Qu'est-ce que ça t'a apporté ?
Alors, deux choses. Je pense que d'un point de vue très humain, ça m'a apporté un cercle hyper sorore, de joie militante, de sororité profonde. de discussions de fond hyper passionnantes. Et après, sur un deuxième plan plus politique et intellectuel, c'était un espace aussi, enfin, c'est un espace de lutte où, en fait, on se met en action et en mouvement pour essayer de faire bouger les lignes. Et pour moi, en fait, c'est la racine. Enfin, c'est vraiment la racine. du combat, c'est une des racines en tout cas très importante du combat pour le féminisme et pour l'égalité effective et donc pour moi je me sens moins impuissante en étant en PAF et voilà.
C'est vrai que toi comme moi Gabi on est militante depuis longtemps et on a un environnement militant qui nous construit beaucoup hors du PAF moi j'ai un parcours militant avant le PAF dans les partis politiques dans un parti politique C'est vrai que moi, j'y trouve aujourd'hui, alors que le monde politique est un petit peu difficile et très frustrant, j'y trouve un espace où on peut continuer à discuter de questions de fond ensemble, collectivement, à porter des idées. C'est devenu aujourd'hui mon espace privilégié, d'autant plus qu'on le construit vraiment comme ça. On est dans des temps de vie où on est très contrainte en temps. Le militantisme ordinaire est quand même très, très difficile à absorber pour les maires qui ont un travail par ailleurs. Donc, c'est vrai que se militer sur un sujet qui est vraiment très concret pour nous et très immédiat, c'est assez agréable d'avoir cet espace-là et qui soit en même temps très politique. Camille, toi, tu n'as pas ce parcours militant parallèle. Et donc, du coup, comment est-ce que tu vis ça et qu'est-ce que ça t'apporte cet espace militant ?
En fait, je pense que c'est vraiment ce qui m'a plu au PAF, comme Gabi, quand j'ai assisté à l'Assemblée générale. C'est que justement, ça m'a ouvert un champ des possibles que je n'appréhendais pas forcément dans ma vie. Et ça m'a ouvert sur plein de questionnements, ça m'a fait lire beaucoup d'ouvrages, ça m'a permis de penser la société différemment. Et je pense qu'une fois qu'on a compris les mécanismes de pouvoir qui se jouent, la façon dont la société est structurée, etc. On ne peut pas revenir en arrière, en fait. Pour moi, j'ai l'impression d'avoir franchi un cap dans ma compréhension du monde et de la société. Ça me paraît compliqué maintenant de me dire que je peux faire marche arrière. C'est impossible, en fait. C'est trop fort. Et ça, ça m'accompagne et ça me donne une ligne de compte vite, en fait. Et ça m'accompagne après au quotidien. C'est cette opinion que je me suis forgée et créée grâce à nos conversations au PAF. c'est... et à toutes les actions qu'on mène au quotidien et toutes les femmes qu'on rencontre. Voilà, c'est une ligne de conduite de vie, en fait, et je trouve ça vraiment passionnant. Et moi, ça m'a apporté une connaissance politique que je n'avais pas du tout et qui, aujourd'hui, vraiment me passionne. Donc, moi, je suis très reconnaissante de cette association du PAF pour ça, vraiment.
C'est vrai que moi je suis assez fière qu'on ait réussi à construire cet espace où on peut justement amener des femmes qui généralement n'ont pas de parcours militant à se rassembler pour avoir des discussions de fond, pour justement penser au-delà de leur situation individuelle. C'est vraiment l'enjeu du féminisme, c'est d'arriver à pouvoir comprendre et à prendre conscience du fait qu'au-delà de ces situations personnelles privées, En réalité, il y a des enjeux sociaux et politiques, et c'est d'ailleurs tout l'objet de nos groupes de parole. Et je suis assez fière qu'on ait pu construire un espace où on a même des femmes qui sont assez loin du politique dans leur vie, qui ont des parcours professionnels et personnels assez loin du politique, finalement, à échanger sur des sujets très politiques. Et c'est vrai que le monde féministe, c'est un espace vraiment de transformation de soi. de transformation de son regard sur soi et sur le monde extérieur. Et ce que tu dis, cette déconstruction, évidemment, de tout notre environnement patriarcal et qui va très loin, puisque ça vient remettre en question des choses qui nous paraissaient finalement soit pas très graves, soit assez ordinaires, ça transforme vraiment la vie en soi. Ça va assez loin, au-delà finalement de ce qu'on partage, des petites choses quotidiennes qu'on partage. Et toi, Gabi, comment tu as vécu ça ? Comment tu vis ça ?
Moi, ce que tu me dis là, pour moi, ça me fait penser au fait que le PAF, c'est vraiment deux jambes. Tu as la jambe très concrète, en fait, qui apporte des espaces où les femmes peuvent juste déposer, ne pas être jugées, être écoutées et s'écouter entre elles. Et voilà, un espace de partage, de vécu et du coup de sororité très concrète. Je pense notamment au groupe de parole, tu pourras peut-être en parler. Et en même temps, on a aussi l'autre jambe qui est... tourner sur des sujets plus politiques avec les apéros débats qu'on a pu organiser, des événements avec des interventions intéressantes, toute la partie plus communication, sensibilisation, de plaidoyer. Donc on a vraiment les deux au cœur du parc.
Moi, ce que je vois dans les groupes de paroles que j'anime, c'est... C'est déjà un espace d'échange qui est hyper bienveillant, où tout le monde s'écoute. Il y a des mères dans des situations qui sont évidemment très différentes. On a des mères qui viennent d'avoir un enfant, on a des mères qui ont des enfants de 10-12 ans, des mères qui sont sola ou en couple, dans des couples hétéros ou non. Donc c'est vraiment une grande diversité de mères, ça nous apporte énormément. Et en fait, quand on arrive, on ne sait jamais qui sera là, combien de temps ça va durer. Et en fait, on se rend compte qu'assez vite, nos discussions qu'on pensait très individuelles sont très collectives et très partagées. Et généralement, on ressort de là, même en tant qu'animatrice, galvanisée par toutes les informations qu'on a pu échanger. Donc, c'est hyper enrichissant. Moi, je conseille à tout le monde. Moi, si j'avais eu ça tout de suite après la naissance de mes enfants, quand j'étais en plein postpartum, ça m'aurait fait énormément de bien, ne serait-ce que de pouvoir déverser un peu tout mon ressenti et avoir cette écoute bienveillante autour de moi. Et je rebondis juste sur ce que tu as dit avant sur la partie politique. Je pense qu'effectivement, dans la partie politique qu'on a... On intervient aussi parfois pour expliquer ce qu'on fait à des partis politiques. Et en fait, on se rend compte souvent que les militants ont très peu de connaissances sur ce que c'est que la parentalité féministe. Les gens comprennent ce que c'est que le féminisme, mais la parentalité féministe, c'est un peu un angle mort chez les politiques. Et en fait, c'est passionnant parce qu'on arrive en tant qu'assaut avec finalement des choses assez concrètes. sur ce que c'est que d'accoucher, d'avoir des douleurs, d'arrêter de travailler, l'impact économique que ça a sur le couple, les femmes, etc. Et en fait, on pense que c'est des choses que les gens ont en tête, des gens militants ont en tête, mais pas forcément en fait. Je ne sais pas ce que tu en penses, Marina Dine. Moi, je trouve ça assez passionnant, justement, de... d'avoir ces conversations-là avec des gens qui pourtant font de la politique ?
Déjà, peut-être qu'on pourrait essayer de se dire entre nous ce que c'est que la parentalité féministe. Finalement, qu'est-ce qui nous mobilise ? Comment on se représente la parentalité ? Moi, je reste, et c'est ça qui m'a amenée au PAF, je reste toujours éberluée par le décalage qu'il y a entre la promesse qu'on nous a faite quand on était petite, c'est-à-dire on nous a dit, enfin moi on m'a dit en tout cas, fais des bonnes études. Et puis après, la société m'a dit aussi, tu peux sortir comme un homme, tu peux faire tes choix amoureux comme un homme. Enfin, la question ne se posait même pas de savoir si j'allais avoir une vie différente des garçons autour de moi. Et puis, quand on arrive dans le couple avec un enfant ou hors du couple avec un enfant, on se rend compte que ce n'est pas du tout la réalité encore aujourd'hui. Et ce décalage entre la représentation qu'on peut avoir de la vie qu'on va avoir avant d'avoir un enfant et la vie qu'on a par rapport aux hommes. à nos conjoints, aux hommes autour de nous, une fois qu'il y a un enfant. Et la façon dont cette parentalité, cette maternité nous contraint en termes économiques, en termes de temps, en termes de liberté, en termes psychologiques aussi, avec les injonctions qui pèsent, on a beaucoup parlé Camille, le fait qu'on se sent beaucoup jugé, qu'il y a beaucoup d'angoisse qui repose sur la mère et beaucoup moins sur le père probablement, les renoncements professionnels qui se font clairement ou moins clairement. brutalement ou progressivement, les cercles vicieux d'un point de vue financier dans lesquels on se retrouve prise sans les avoir vu venir, finalement, c'est ça qu'on partage, c'est ça sur quoi on échange, c'est ça pour quoi on se mobilise, c'est-à-dire pour que les femmes ne subissent plus ces inégalités qui n'ont plus lieu d'être, puisqu'on n'est plus du tout dans un cadre social où il y a une répartition des tâches, des charges. des responsabilités entre la sphère privée et la sphère professionnelle. Et voilà, moi je ne comprends toujours pas pourquoi tout le monde ne trouve pas ça complètement évident que les tâches soient partagées à 50-50 dans le foyer, comme elles le sont beaucoup d'un point de vue financier ou professionnel dans les coupes. Ce n'est pas toujours 50-50, mais en tout cas, c'est beaucoup plus équilibré du côté financier et professionnel aujourd'hui que ça peut l'être dans la charge domestique.
juste Marina Dean, est-ce que tu peux expliquer peut-être un peu plus ce pourquoi le PAF milite ? Comment tu vois l'évolution de la société ? Quelle est ta société parfaite de demain ? Je pense que la société a beaucoup progressé.
Les femmes d'aujourd'hui, elles ne se projettent plus dans un rôle maternel exclusif. Elles ont vraiment intégré l'idée qu'elles sont... des professionnels, qu'elles vont gagner leur vie, qu'elles vont avoir une autonomie, qu'elles ont de la liberté, des libertés de choix. Mais, en fait, elles payent encore un prix que ne payent pas les hommes à la parentalité et aux responsabilités familiales. Et on le voit pas seulement pendant la durée du couple, on le voit a fortiori à la sortie du couple, c'est-à-dire quand il y a une séparation. On voit bien que la charge qui pèse sur les pères séparés n'a rien à voir, statistiquement bien sûr, avec celle qui pèse sur les mères séparées. Et on voit un appauvrissement des mères séparées ou des mères seules. On voit une responsabilité accrue des mères après la séparation par rapport aux pères. Et pour moi, une société idéale, c'est une société où les hommes, les pères, se sentent déjà évidemment engagés à tout point de vue par la parentalité. et où la société construit le cadre qui, le leur... permet et où les y astreint. Et par exemple, une société idéale, c'est une société où les pères ne se posent pas la question une seule seconde de prendre un jour d'enfant malade, un jour de congé d'enfant malade. Les mères ne se posent pas la question de savoir s'il faut garder l'enfant le jour où il est malade. S'il n'y a personne pour le garder, elles vont se mettre en arrêt, se débrouiller. Les hommes vont quand même encore beaucoup avoir tendance à dire « moi j'ai du travail, j'ai une réunion, j'ai du travail, je ne peux pas » . Donc ça, c'est totalement anormal, selon moi, à l'heure où la plupart des femmes travaillent.
Et les nouveaux pères, parce qu'en ce moment, on parle beaucoup des nouveaux pères. Et d'ailleurs, je pense que ce qu'a vécu ma génération, c'est vraiment, vous avez de la chance, aujourd'hui, les pères sont quand même beaucoup plus investis que les mères. On se rend compte que c'est un mirage, le mirage des nouveaux pères. Quand on regarde les statistiques, elles n'ont pas bougé depuis 20 ans sur la répartition des tâches domestiques et parentales. C'est quoi, vous, votre idée là-dessus, Gabi ou Marina Zine ?
Moi, j'ai l'impression que c'est un concept qui a été... qui a été utilisé justement au CRE pour se donner l'illusion que ça y est, les nouveaux pères sont en place, l'égalité est là, c'est des petits changements à la marge qu'il faut peut-être ajuster, mais on a fait le boulot. Alors que vraiment, les statistiques nous montrent encore une fois qu'on est encore très très loin du compte, et que la charge domestique, parentale... et encore vraiment sur les épaules des mères. Donc, je n'ai pas lu tous les travaux de recherche sociologique sur le sujet, mais je ne sais pas ce que tu en penses, Marie-Anne.
Surtout, ce qu'on entend chez nous, c'est que ce n'est pas du tout le cas dans nos foyers. C'est qu'on a globalement toutes des compagnons, entre guillemets, de bonne volonté, c'est-à-dire pas des pères qui abandonnent leur poste. Mais de fait, la tâche n'est pas partagée à 50-50. sur l'éducation des enfants, sur le soin de la maison et sur les sacrifices qu'on fait pour élever ces enfants. Donc ça, ça nous conduit même très souvent à parler d'une forme de misandrie, à avoir le sentiment que le PAF, c'est un endroit où on peut exprimer une forme de misandrie, donc de rejet, on va dire, des hommes où on se dit mais vraiment, ils ne sont pas du tout à la hauteur par rapport aux exigences de la société en termes de parentalité. ils ne sont pas du tout au rendez-vous par rapport à ce que... à ce qu'ils nous ont promis en termes d'égalité, par rapport à ce qu'on s'est représenté comme couple et comme relation dans le couple, ils ne sont pas au rendez-vous de nos attentes en termes de responsabilité.
Et je pense, pour revenir à ton point de vue, quand on parle au parti, il y a des politiques qui nous disent qu'ils ne réalisent pas forcément encore le combat qui reste à mener. Ce concept de nouveau père, ça nous dessert aussi, ça dessert la cause dans la mesure où justement ça nourrit cette illusion que le combat est déjà bien avancé. Et du coup, ça ne va pas donner, ce n'est pas incitatif pour des politiques, surtout des hommes qui dominent aujourd'hui quand même encore l'espace politique, de s'y intéresser. Et par ailleurs, je trouve que ce concept de nouveau père, en fait, a tendance à valoriser des pères exceptionnels qui... s'investissent juste de manière égale. Et du coup, ça invisibilise aussi en creux tous les mouvements féministes, les collectifs féministes, des femmes qui, depuis des dizaines et des dizaines d'années, s'attellent à montrer ce qui se passe derrière la porte de leur foyer, montrer que le privé est politique, etc. Et du coup, on vient applaudir et féliciter ces hommes en tant qu'individus, alors que derrière, c'est des... C'est des dizaines et des dizaines de femmes qui essaient de faire bouger les lignes. Oui,
et puis il faut quand même... Moi, je trouve ça assez hallucinant aujourd'hui de se dire que le congé paternité n'est toujours pas égal au congé maternité. C'est-à-dire qu'on nous a dit, quand le congé paternité a été rallongé, ce qui est une très bonne chose, qu'il était rallongé. Mais aujourd'hui... De faire un enfant, ça reste pour la femme, d'un point de vue professionnel, un arrêt qui peut la pénaliser à l'embauche, alors que l'homme aura moins cette problématique. Donc c'est quand même fou de se dire qu'aujourd'hui, on a l'impression que c'est bon, on a réglé tous les problèmes, mais en fait non, les problèmes de gestion du temps des pères ne sont pas réglés du tout. Ils seront plus au travail à gagner de l'argent qu'au foyer à faire du travail domestique gratuit.
C'est même pire que ça, c'est-à-dire que c'est presque contre-intuitif par rapport à ce qu'on se représente en matière d'égalité aujourd'hui, de se rendre compte que plus il y a d'enfants au foyer, plus l'homme travaille et moins la femme travaille. C'est-à-dire qu'en fait, il y a une espèce de spécialisation et c'est ça, moi, qui me sidère toujours. La spécialisation des tâches dans le couple, elle persiste. Elle persiste avec des effets très délétères pour les femmes, en termes économiques notamment. C'est-à-dire qu'on continue dans les couples à se représenter le rôle principal de chacun, comme la mère étant la parentalité et le père étant gagner de l'argent pour faire vivre le foyer. Les chiffres le montrent. Les chiffres montrent que plus, encore une fois, plus il y a d'enfants dans le couple, moins l'homme en fait à la maison et plus il travaille. À l'inverse, plus il y a d'enfants dans le couple, moins la femme travaille. Et c'est lié au fait que, généralement, il y a des inégalités de salaire dans le couple au détriment des femmes et qu'il y a des arbitrages qui sont faits au sein du couple pour dégager du temps pour la famille du côté de la femme et ramener plus d'argent du côté de l'homme pour la famille toujours. Et ça, je pense, au-delà des choix... personnel, qu'on peut comprendre parce que cumuler les charges, c'est lourd, c'est important que les femmes le sachent. On est consciente de ça, c'est-à-dire consciente du fait qu'en fait, au-delà des choix qu'elles ont l'impression de faire, elles sont victimes de la persistance d'un stéréotype qui conduit à spécialiser les tâches au sein du couple. Voilà, ça fait aussi partie de notre travail et de notre engagement et de nos discussions. que d'amener chacune d'entre nous et toutes celles qu'on pourra autour à prendre conscience de ça pour faire ses propres choix et pour mener ses propres combats dans le couple. Parce qu'en fait, il y a des combats à mener dans le couple, il y a même des conflits à ouvrir pour préserver ses intérêts quand on est une femme.
Est-ce que ça participe à l'hétérofatigue ? On en parle de plus en plus en ce moment. C'est vrai que quand on lit des ouvrages comme Le genre du capital et qu'on se rend compte qu'au moment du congé, maternité, la femme va arrêter de progresser dans sa carrière pendant un très très long moment alors qu'au contraire l'homme va surperformer et continuer de monter tout le travail domestique va reposer sur la mère donc forcément le père aura plus de temps pour continuer à travailler ce qui est intéressant de voir dans des ouvrages comme ceux-là c'est vraiment que cet écart il ne se rejoindra jamais dans un couple hétérosexuel Merci. Et que dans un couple homosexuel, à un moment, ça redeviendra égalitaire. C'est-à-dire que ce n'est pas parce que l'autre retourne travailler pendant que l'un est en congé maternité qu'il va complètement déléguer les charges parentales et domestiques. Il va y avoir un équilibre qui va se refaire à un moment, pas tout de suite, mais à un moment. Donc ça, c'est vraiment, pour le coup, une particularité du couple hétérosexuel.
Et on en revient du coup aussi aux enjeux qu'on traite au sein du PAF sur... L'éducation non sexiste et non genrée, avec un enjeu de vraiment faire en sorte que l'éducation ne perpétue pas éternellement des inégalités de comportement même. Je ne sais pas si vous le voyez au sein de vos familles.
Oui, c'est sûr que ce dont tu parles Camille, c'est vraiment la persistance de stéréotypes de genre basiques. Et qu'il y a effectivement, ce que tu dis bien Gabi, c'est qu'on a fait une forme de parcours intellectuel au PAF. On est parti, on s'est réunis au départ entre des femmes qui étaient en postpartum pour toutes. On avait des tout-petits à la maison et donc on parlait de ça. Et puis petit à petit, on a ouvert des sujets au fil de nos parcours et de nos réflexions. On a ouvert la question du partage des tâches domestiques, la question économique. Donc qu'est-ce que cette mauvaise répartition des tâches domestiques ? entraîne comme inégalité économique au sein du couple et au sein de la société. Et puis effectivement, de sujet en sujet, on se rend compte qu'on arrive aujourd'hui, suite à cette espèce de hiatus qui persiste dans le couple et d'inégalités qui persistent, liées effectivement à ces persistances tellement fortes de comportements genrés, stéréotypiques, on se rend compte que le... Le sujet qu'il faut attaquer, c'est vraiment l'éducation des garçons et la prise de conscience des hommes aussi de ça et de ce qu'ils pourraient avoir à perdre, de ce qu'ils pourraient avoir envie de transmettre ou de ce qu'ils pourraient avoir envie de voir leurs filles vivre. Parce qu'après tout, les hommes d'aujourd'hui peuvent avoir des filles de main, des femmes de main et il n'est pas sûr qu'ils seraient ravis de les voir subir ces inégalités-là. Donc, on se rend compte qu'il y a un vrai chemin à faire pour que les hommes... se sentent engagés, se sentent partenaires à 50% de la parentalité.
Oui, il y a encore quand même très peu d'hommes qui partagent nos combats. Alors peut-être ici, ils soutiennent moralement la chose, mais je veux dire qu'ils s'engagent et qu'ils remontent leur manche pour vraiment s'y atteler. On n'a pas encore beaucoup d'alliés, malheureusement.
Et puis, il y a peu d'hommes qui sont prêts dans leur vie concrète, dans leur foyer. à se contraindre pour amener cette égalité et pour offrir à leurs compagnes cette égalité. Parce que ça a un coût pour les hommes aujourd'hui, à court terme, de renoncer à un certain nombre de privilèges.
Donc en fait, on vous engage. On vous invite à nous rejoindre si vous aimez les deux pieds du PAF, que sont le côté politique et le côté plus opérationnel. terrain, groupe de paroles à nous rejoindre. Vous avez toutes les informations sur notre site internet. C'est donc le collectif pour une parentalité féministe. Et puis, bonne journée. Et merci. Merci Camille.
Merci à notre invitée pour son partage et merci à vous pour votre écoute. A bientôt pour le prochain épisode de la playlist. Merveilleuse !
Description
Découvrez dans cet épisode un échange entre les membres du collectif PA.F, Parentalité Féministe ✨
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Bienvenue dans la playlist 2026 des Merveilleuses, composée d'audio féministe exclusif enregistré à l'occasion de la fête des mères par des personnalités engagées aux côtés de la Fondation des Femmes. Au fil des audios, nous tenterons de vous faire découvrir la maternité et la sororité. dans toute leur richesse et toute leur diversité, grâce à des témoignages, des extraits de romans, des analyses, des chansons. Merci à toutes celles qui ont participé à cette playlist merveilleuse. Et maintenant, place à l'épisode !
Bonjour, on est ravis d'être réunis toutes les trois aujourd'hui pour échanger sur le PAF et sur ce qui nous réunit autour de cet engagement qui est le Collectif pour une parentalité féministe. C'est important pour nous de partager notre expérience sur ce que c'est que le militantisme féministe pour la parentalité. Et donc je vais commencer, j'ai avec moi Marine Haddine et Gabi et je vais peut-être commencer par Marine Haddine. Marie-Nadine, est-ce que tu peux nous parler un peu de toi et ce qui te plaît au PAF et pourquoi tu as rejoint ce projet ?
Alors moi, je suis arrivée au PAF vraiment à sa genèse, c'est-à-dire qu'on était en 2018 et le PAF est né d'une tribune dans le monde. Et à l'époque, on était dans un temps assez différent, on ne parlait pas encore beaucoup des difficultés, des contraintes de la maternité. Et quand j'ai lu cette tribune, à l'époque, j'avais deux enfants tous. tout petit, une petite fille de deux ans et demi et un petit garçon qui avait moins d'un an. Et j'étais là à maternité jusqu'au cou. Et je ne trouvais pas de ressources pour comprendre ce qui m'arrivait, c'est-à-dire ce sentiment d'aliénation, cette incompréhension des différences d'engagement et de responsabilité entre mon conjoint et moi, qui se faisait très naturellement et de façon très désagréable. Et j'ai lu cette tribune qui parlait de tout ça. Et j'ai rejoint immédiatement le collectif. Et le collectif s'est depuis structuré. en association et a grandi et s'est développée. Les nouvelles personnes nous ont rejointes et aujourd'hui existent avec de nombreux projets de gens autour de nous. Est-ce que je te passe la parole Camille pour nous raconter comment tu es arrivée au PAF ?
Oui, alors moi je suis arrivée au PAF avant la naissance de mon deuxième enfant, donc c'était à l'après la naissance de mon vrai enfant et j'ai rencontré les mêmes interrogations que toi je pense à ce moment-là. C'est-à-dire qu'avant, je ne m'étais jamais vraiment posée la question de l'égalité au sein du couple, etc. Parce que quand tu n'as pas d'enfant, peut-être que les choses se font au départ de façon un peu plus égalitaire dans le travail. Et à partir du moment où un enfant arrive dans la vie, j'ai observé effectivement qu'on avait beaucoup d'attentes. La société avait beaucoup d'attentes envers moi et comment j'allais éduquer mes enfants. Est-ce qu'il fallait que je fasse ? Est-ce qu'il fallait que j'arrête de travailler ? Pas de travailler ? Est-ce qu'il fallait que j'allaite ? Pas que j'allaite ? En fait, les gens devenaient vraiment un conseil permanent dans ma vie sur ce qu'il fallait que je fasse et ce que je ne fasse plus. Et donc, j'ai commencé à vraiment sentir une disparité dans le couple entre les hommes et les femmes. Et je me suis dit, j'ai ressenti une colère. Et je me suis dit, c'est pareil, je n'ai pas les ressources, je ne sais pas ce qui se passe. Je ne sais pas si c'est que moi qui ressens ça ou si on est... plusieurs à ressentir ça. Et c'est là que j'ai commencé à faire des recherches sur Internet et que j'ai vu qu'il y avait des associations féministes. Au début, je n'ai pas forcément trouvé tout de suite des associations sur la parentalité. Puis, je suis tombée sur le PAF et j'ai assisté à une assemblée générale qui m'a absolument passionnée parce que je me suis rendue compte qu'on était... dans un problème systémique, que beaucoup de gens se posaient les mêmes questions, les mêmes interrogations que moi. Et j'ai décidé de rejoindre justement à cette occasion le conseil d'administration du PAF. Et depuis, je suis très heureuse d'être là. Et je vais laisser la parole à Gaby maintenant, il faut qu'elle nous explique aussi un peu d'où elle vient dans son parcours militant.
Oui, carrément. Alors moi, j'ai rejoint le PAF il y a maintenant 6 ou 7 ans, en 2019. J'avais 24 ans et j'étais étudiante à Sciences Po en master en politique publique sociale. Et pour la fin de l'année, on devait choisir une politique publique de notre choix. Et moi, vu que j'avais toujours chevillé au corps les valeurs et les combats du féminisme depuis déjà quelques années, j'ai décidé de le faire sur les congés. et surtout les congés paternités et comparer en fait ce qui existait en France et ce qui existait dans les pays nordiques. Et ce qui m'a vraiment marquée, c'est à quel point en fait des politiques publiques pouvaient de manière tangible réduire les inégalités entre les hommes et les femmes quand en fait il y avait des congés paternités plus égalitaires. Et en fait, ce qui je trouvais hyper intéressant, c'était de... que ces sujets matérialisaient vraiment le concept du privé et politique. Et ça donnait vraiment corps à ça. Et donc je me suis renseignée, je voulais absolument regarder s'il existait des initiatives en France qui militaient pour l'allongement du congé paternité comme une des clés systémiques pour répondre aux inégalités hommes-femmes. Et je suis tombée sur un apéro débat, je crois. organisée par l'association au tout début. Et j'ai adoré. J'ai adoré les conversations. En fait, j'ai l'impression qu'on ouvrait un autre univers parce qu'évidemment, je n'étais pas mère et je n'avais pas de parents autour de moi. Mais de voir ces mères surtout se mobiliser pour un changement de loi notamment, je trouvais ça passionnant. Et voilà, depuis, je suis au PAF et ça fait déjà un petit moment.
Et alors ? Tu n'as pas encore d'enfant et ça fait quand même six ans que tu chemines avec nous. Et qu'est-ce que tu as trouvé dans ces six ans de cheminement, de militant avec nous ? Alors qu'effectivement, les questions dont on parle sont peut-être encore un petit peu éloignées de ta vie concrète. Qu'est-ce que ça t'a apporté ?
Alors, deux choses. Je pense que d'un point de vue très humain, ça m'a apporté un cercle hyper sorore, de joie militante, de sororité profonde. de discussions de fond hyper passionnantes. Et après, sur un deuxième plan plus politique et intellectuel, c'était un espace aussi, enfin, c'est un espace de lutte où, en fait, on se met en action et en mouvement pour essayer de faire bouger les lignes. Et pour moi, en fait, c'est la racine. Enfin, c'est vraiment la racine. du combat, c'est une des racines en tout cas très importante du combat pour le féminisme et pour l'égalité effective et donc pour moi je me sens moins impuissante en étant en PAF et voilà.
C'est vrai que toi comme moi Gabi on est militante depuis longtemps et on a un environnement militant qui nous construit beaucoup hors du PAF moi j'ai un parcours militant avant le PAF dans les partis politiques dans un parti politique C'est vrai que moi, j'y trouve aujourd'hui, alors que le monde politique est un petit peu difficile et très frustrant, j'y trouve un espace où on peut continuer à discuter de questions de fond ensemble, collectivement, à porter des idées. C'est devenu aujourd'hui mon espace privilégié, d'autant plus qu'on le construit vraiment comme ça. On est dans des temps de vie où on est très contrainte en temps. Le militantisme ordinaire est quand même très, très difficile à absorber pour les maires qui ont un travail par ailleurs. Donc, c'est vrai que se militer sur un sujet qui est vraiment très concret pour nous et très immédiat, c'est assez agréable d'avoir cet espace-là et qui soit en même temps très politique. Camille, toi, tu n'as pas ce parcours militant parallèle. Et donc, du coup, comment est-ce que tu vis ça et qu'est-ce que ça t'apporte cet espace militant ?
En fait, je pense que c'est vraiment ce qui m'a plu au PAF, comme Gabi, quand j'ai assisté à l'Assemblée générale. C'est que justement, ça m'a ouvert un champ des possibles que je n'appréhendais pas forcément dans ma vie. Et ça m'a ouvert sur plein de questionnements, ça m'a fait lire beaucoup d'ouvrages, ça m'a permis de penser la société différemment. Et je pense qu'une fois qu'on a compris les mécanismes de pouvoir qui se jouent, la façon dont la société est structurée, etc. On ne peut pas revenir en arrière, en fait. Pour moi, j'ai l'impression d'avoir franchi un cap dans ma compréhension du monde et de la société. Ça me paraît compliqué maintenant de me dire que je peux faire marche arrière. C'est impossible, en fait. C'est trop fort. Et ça, ça m'accompagne et ça me donne une ligne de compte vite, en fait. Et ça m'accompagne après au quotidien. C'est cette opinion que je me suis forgée et créée grâce à nos conversations au PAF. c'est... et à toutes les actions qu'on mène au quotidien et toutes les femmes qu'on rencontre. Voilà, c'est une ligne de conduite de vie, en fait, et je trouve ça vraiment passionnant. Et moi, ça m'a apporté une connaissance politique que je n'avais pas du tout et qui, aujourd'hui, vraiment me passionne. Donc, moi, je suis très reconnaissante de cette association du PAF pour ça, vraiment.
C'est vrai que moi je suis assez fière qu'on ait réussi à construire cet espace où on peut justement amener des femmes qui généralement n'ont pas de parcours militant à se rassembler pour avoir des discussions de fond, pour justement penser au-delà de leur situation individuelle. C'est vraiment l'enjeu du féminisme, c'est d'arriver à pouvoir comprendre et à prendre conscience du fait qu'au-delà de ces situations personnelles privées, En réalité, il y a des enjeux sociaux et politiques, et c'est d'ailleurs tout l'objet de nos groupes de parole. Et je suis assez fière qu'on ait pu construire un espace où on a même des femmes qui sont assez loin du politique dans leur vie, qui ont des parcours professionnels et personnels assez loin du politique, finalement, à échanger sur des sujets très politiques. Et c'est vrai que le monde féministe, c'est un espace vraiment de transformation de soi. de transformation de son regard sur soi et sur le monde extérieur. Et ce que tu dis, cette déconstruction, évidemment, de tout notre environnement patriarcal et qui va très loin, puisque ça vient remettre en question des choses qui nous paraissaient finalement soit pas très graves, soit assez ordinaires, ça transforme vraiment la vie en soi. Ça va assez loin, au-delà finalement de ce qu'on partage, des petites choses quotidiennes qu'on partage. Et toi, Gabi, comment tu as vécu ça ? Comment tu vis ça ?
Moi, ce que tu me dis là, pour moi, ça me fait penser au fait que le PAF, c'est vraiment deux jambes. Tu as la jambe très concrète, en fait, qui apporte des espaces où les femmes peuvent juste déposer, ne pas être jugées, être écoutées et s'écouter entre elles. Et voilà, un espace de partage, de vécu et du coup de sororité très concrète. Je pense notamment au groupe de parole, tu pourras peut-être en parler. Et en même temps, on a aussi l'autre jambe qui est... tourner sur des sujets plus politiques avec les apéros débats qu'on a pu organiser, des événements avec des interventions intéressantes, toute la partie plus communication, sensibilisation, de plaidoyer. Donc on a vraiment les deux au cœur du parc.
Moi, ce que je vois dans les groupes de paroles que j'anime, c'est... C'est déjà un espace d'échange qui est hyper bienveillant, où tout le monde s'écoute. Il y a des mères dans des situations qui sont évidemment très différentes. On a des mères qui viennent d'avoir un enfant, on a des mères qui ont des enfants de 10-12 ans, des mères qui sont sola ou en couple, dans des couples hétéros ou non. Donc c'est vraiment une grande diversité de mères, ça nous apporte énormément. Et en fait, quand on arrive, on ne sait jamais qui sera là, combien de temps ça va durer. Et en fait, on se rend compte qu'assez vite, nos discussions qu'on pensait très individuelles sont très collectives et très partagées. Et généralement, on ressort de là, même en tant qu'animatrice, galvanisée par toutes les informations qu'on a pu échanger. Donc, c'est hyper enrichissant. Moi, je conseille à tout le monde. Moi, si j'avais eu ça tout de suite après la naissance de mes enfants, quand j'étais en plein postpartum, ça m'aurait fait énormément de bien, ne serait-ce que de pouvoir déverser un peu tout mon ressenti et avoir cette écoute bienveillante autour de moi. Et je rebondis juste sur ce que tu as dit avant sur la partie politique. Je pense qu'effectivement, dans la partie politique qu'on a... On intervient aussi parfois pour expliquer ce qu'on fait à des partis politiques. Et en fait, on se rend compte souvent que les militants ont très peu de connaissances sur ce que c'est que la parentalité féministe. Les gens comprennent ce que c'est que le féminisme, mais la parentalité féministe, c'est un peu un angle mort chez les politiques. Et en fait, c'est passionnant parce qu'on arrive en tant qu'assaut avec finalement des choses assez concrètes. sur ce que c'est que d'accoucher, d'avoir des douleurs, d'arrêter de travailler, l'impact économique que ça a sur le couple, les femmes, etc. Et en fait, on pense que c'est des choses que les gens ont en tête, des gens militants ont en tête, mais pas forcément en fait. Je ne sais pas ce que tu en penses, Marina Dine. Moi, je trouve ça assez passionnant, justement, de... d'avoir ces conversations-là avec des gens qui pourtant font de la politique ?
Déjà, peut-être qu'on pourrait essayer de se dire entre nous ce que c'est que la parentalité féministe. Finalement, qu'est-ce qui nous mobilise ? Comment on se représente la parentalité ? Moi, je reste, et c'est ça qui m'a amenée au PAF, je reste toujours éberluée par le décalage qu'il y a entre la promesse qu'on nous a faite quand on était petite, c'est-à-dire on nous a dit, enfin moi on m'a dit en tout cas, fais des bonnes études. Et puis après, la société m'a dit aussi, tu peux sortir comme un homme, tu peux faire tes choix amoureux comme un homme. Enfin, la question ne se posait même pas de savoir si j'allais avoir une vie différente des garçons autour de moi. Et puis, quand on arrive dans le couple avec un enfant ou hors du couple avec un enfant, on se rend compte que ce n'est pas du tout la réalité encore aujourd'hui. Et ce décalage entre la représentation qu'on peut avoir de la vie qu'on va avoir avant d'avoir un enfant et la vie qu'on a par rapport aux hommes. à nos conjoints, aux hommes autour de nous, une fois qu'il y a un enfant. Et la façon dont cette parentalité, cette maternité nous contraint en termes économiques, en termes de temps, en termes de liberté, en termes psychologiques aussi, avec les injonctions qui pèsent, on a beaucoup parlé Camille, le fait qu'on se sent beaucoup jugé, qu'il y a beaucoup d'angoisse qui repose sur la mère et beaucoup moins sur le père probablement, les renoncements professionnels qui se font clairement ou moins clairement. brutalement ou progressivement, les cercles vicieux d'un point de vue financier dans lesquels on se retrouve prise sans les avoir vu venir, finalement, c'est ça qu'on partage, c'est ça sur quoi on échange, c'est ça pour quoi on se mobilise, c'est-à-dire pour que les femmes ne subissent plus ces inégalités qui n'ont plus lieu d'être, puisqu'on n'est plus du tout dans un cadre social où il y a une répartition des tâches, des charges. des responsabilités entre la sphère privée et la sphère professionnelle. Et voilà, moi je ne comprends toujours pas pourquoi tout le monde ne trouve pas ça complètement évident que les tâches soient partagées à 50-50 dans le foyer, comme elles le sont beaucoup d'un point de vue financier ou professionnel dans les coupes. Ce n'est pas toujours 50-50, mais en tout cas, c'est beaucoup plus équilibré du côté financier et professionnel aujourd'hui que ça peut l'être dans la charge domestique.
juste Marina Dean, est-ce que tu peux expliquer peut-être un peu plus ce pourquoi le PAF milite ? Comment tu vois l'évolution de la société ? Quelle est ta société parfaite de demain ? Je pense que la société a beaucoup progressé.
Les femmes d'aujourd'hui, elles ne se projettent plus dans un rôle maternel exclusif. Elles ont vraiment intégré l'idée qu'elles sont... des professionnels, qu'elles vont gagner leur vie, qu'elles vont avoir une autonomie, qu'elles ont de la liberté, des libertés de choix. Mais, en fait, elles payent encore un prix que ne payent pas les hommes à la parentalité et aux responsabilités familiales. Et on le voit pas seulement pendant la durée du couple, on le voit a fortiori à la sortie du couple, c'est-à-dire quand il y a une séparation. On voit bien que la charge qui pèse sur les pères séparés n'a rien à voir, statistiquement bien sûr, avec celle qui pèse sur les mères séparées. Et on voit un appauvrissement des mères séparées ou des mères seules. On voit une responsabilité accrue des mères après la séparation par rapport aux pères. Et pour moi, une société idéale, c'est une société où les hommes, les pères, se sentent déjà évidemment engagés à tout point de vue par la parentalité. et où la société construit le cadre qui, le leur... permet et où les y astreint. Et par exemple, une société idéale, c'est une société où les pères ne se posent pas la question une seule seconde de prendre un jour d'enfant malade, un jour de congé d'enfant malade. Les mères ne se posent pas la question de savoir s'il faut garder l'enfant le jour où il est malade. S'il n'y a personne pour le garder, elles vont se mettre en arrêt, se débrouiller. Les hommes vont quand même encore beaucoup avoir tendance à dire « moi j'ai du travail, j'ai une réunion, j'ai du travail, je ne peux pas » . Donc ça, c'est totalement anormal, selon moi, à l'heure où la plupart des femmes travaillent.
Et les nouveaux pères, parce qu'en ce moment, on parle beaucoup des nouveaux pères. Et d'ailleurs, je pense que ce qu'a vécu ma génération, c'est vraiment, vous avez de la chance, aujourd'hui, les pères sont quand même beaucoup plus investis que les mères. On se rend compte que c'est un mirage, le mirage des nouveaux pères. Quand on regarde les statistiques, elles n'ont pas bougé depuis 20 ans sur la répartition des tâches domestiques et parentales. C'est quoi, vous, votre idée là-dessus, Gabi ou Marina Zine ?
Moi, j'ai l'impression que c'est un concept qui a été... qui a été utilisé justement au CRE pour se donner l'illusion que ça y est, les nouveaux pères sont en place, l'égalité est là, c'est des petits changements à la marge qu'il faut peut-être ajuster, mais on a fait le boulot. Alors que vraiment, les statistiques nous montrent encore une fois qu'on est encore très très loin du compte, et que la charge domestique, parentale... et encore vraiment sur les épaules des mères. Donc, je n'ai pas lu tous les travaux de recherche sociologique sur le sujet, mais je ne sais pas ce que tu en penses, Marie-Anne.
Surtout, ce qu'on entend chez nous, c'est que ce n'est pas du tout le cas dans nos foyers. C'est qu'on a globalement toutes des compagnons, entre guillemets, de bonne volonté, c'est-à-dire pas des pères qui abandonnent leur poste. Mais de fait, la tâche n'est pas partagée à 50-50. sur l'éducation des enfants, sur le soin de la maison et sur les sacrifices qu'on fait pour élever ces enfants. Donc ça, ça nous conduit même très souvent à parler d'une forme de misandrie, à avoir le sentiment que le PAF, c'est un endroit où on peut exprimer une forme de misandrie, donc de rejet, on va dire, des hommes où on se dit mais vraiment, ils ne sont pas du tout à la hauteur par rapport aux exigences de la société en termes de parentalité. ils ne sont pas du tout au rendez-vous par rapport à ce que... à ce qu'ils nous ont promis en termes d'égalité, par rapport à ce qu'on s'est représenté comme couple et comme relation dans le couple, ils ne sont pas au rendez-vous de nos attentes en termes de responsabilité.
Et je pense, pour revenir à ton point de vue, quand on parle au parti, il y a des politiques qui nous disent qu'ils ne réalisent pas forcément encore le combat qui reste à mener. Ce concept de nouveau père, ça nous dessert aussi, ça dessert la cause dans la mesure où justement ça nourrit cette illusion que le combat est déjà bien avancé. Et du coup, ça ne va pas donner, ce n'est pas incitatif pour des politiques, surtout des hommes qui dominent aujourd'hui quand même encore l'espace politique, de s'y intéresser. Et par ailleurs, je trouve que ce concept de nouveau père, en fait, a tendance à valoriser des pères exceptionnels qui... s'investissent juste de manière égale. Et du coup, ça invisibilise aussi en creux tous les mouvements féministes, les collectifs féministes, des femmes qui, depuis des dizaines et des dizaines d'années, s'attellent à montrer ce qui se passe derrière la porte de leur foyer, montrer que le privé est politique, etc. Et du coup, on vient applaudir et féliciter ces hommes en tant qu'individus, alors que derrière, c'est des... C'est des dizaines et des dizaines de femmes qui essaient de faire bouger les lignes. Oui,
et puis il faut quand même... Moi, je trouve ça assez hallucinant aujourd'hui de se dire que le congé paternité n'est toujours pas égal au congé maternité. C'est-à-dire qu'on nous a dit, quand le congé paternité a été rallongé, ce qui est une très bonne chose, qu'il était rallongé. Mais aujourd'hui... De faire un enfant, ça reste pour la femme, d'un point de vue professionnel, un arrêt qui peut la pénaliser à l'embauche, alors que l'homme aura moins cette problématique. Donc c'est quand même fou de se dire qu'aujourd'hui, on a l'impression que c'est bon, on a réglé tous les problèmes, mais en fait non, les problèmes de gestion du temps des pères ne sont pas réglés du tout. Ils seront plus au travail à gagner de l'argent qu'au foyer à faire du travail domestique gratuit.
C'est même pire que ça, c'est-à-dire que c'est presque contre-intuitif par rapport à ce qu'on se représente en matière d'égalité aujourd'hui, de se rendre compte que plus il y a d'enfants au foyer, plus l'homme travaille et moins la femme travaille. C'est-à-dire qu'en fait, il y a une espèce de spécialisation et c'est ça, moi, qui me sidère toujours. La spécialisation des tâches dans le couple, elle persiste. Elle persiste avec des effets très délétères pour les femmes, en termes économiques notamment. C'est-à-dire qu'on continue dans les couples à se représenter le rôle principal de chacun, comme la mère étant la parentalité et le père étant gagner de l'argent pour faire vivre le foyer. Les chiffres le montrent. Les chiffres montrent que plus, encore une fois, plus il y a d'enfants dans le couple, moins l'homme en fait à la maison et plus il travaille. À l'inverse, plus il y a d'enfants dans le couple, moins la femme travaille. Et c'est lié au fait que, généralement, il y a des inégalités de salaire dans le couple au détriment des femmes et qu'il y a des arbitrages qui sont faits au sein du couple pour dégager du temps pour la famille du côté de la femme et ramener plus d'argent du côté de l'homme pour la famille toujours. Et ça, je pense, au-delà des choix... personnel, qu'on peut comprendre parce que cumuler les charges, c'est lourd, c'est important que les femmes le sachent. On est consciente de ça, c'est-à-dire consciente du fait qu'en fait, au-delà des choix qu'elles ont l'impression de faire, elles sont victimes de la persistance d'un stéréotype qui conduit à spécialiser les tâches au sein du couple. Voilà, ça fait aussi partie de notre travail et de notre engagement et de nos discussions. que d'amener chacune d'entre nous et toutes celles qu'on pourra autour à prendre conscience de ça pour faire ses propres choix et pour mener ses propres combats dans le couple. Parce qu'en fait, il y a des combats à mener dans le couple, il y a même des conflits à ouvrir pour préserver ses intérêts quand on est une femme.
Est-ce que ça participe à l'hétérofatigue ? On en parle de plus en plus en ce moment. C'est vrai que quand on lit des ouvrages comme Le genre du capital et qu'on se rend compte qu'au moment du congé, maternité, la femme va arrêter de progresser dans sa carrière pendant un très très long moment alors qu'au contraire l'homme va surperformer et continuer de monter tout le travail domestique va reposer sur la mère donc forcément le père aura plus de temps pour continuer à travailler ce qui est intéressant de voir dans des ouvrages comme ceux-là c'est vraiment que cet écart il ne se rejoindra jamais dans un couple hétérosexuel Merci. Et que dans un couple homosexuel, à un moment, ça redeviendra égalitaire. C'est-à-dire que ce n'est pas parce que l'autre retourne travailler pendant que l'un est en congé maternité qu'il va complètement déléguer les charges parentales et domestiques. Il va y avoir un équilibre qui va se refaire à un moment, pas tout de suite, mais à un moment. Donc ça, c'est vraiment, pour le coup, une particularité du couple hétérosexuel.
Et on en revient du coup aussi aux enjeux qu'on traite au sein du PAF sur... L'éducation non sexiste et non genrée, avec un enjeu de vraiment faire en sorte que l'éducation ne perpétue pas éternellement des inégalités de comportement même. Je ne sais pas si vous le voyez au sein de vos familles.
Oui, c'est sûr que ce dont tu parles Camille, c'est vraiment la persistance de stéréotypes de genre basiques. Et qu'il y a effectivement, ce que tu dis bien Gabi, c'est qu'on a fait une forme de parcours intellectuel au PAF. On est parti, on s'est réunis au départ entre des femmes qui étaient en postpartum pour toutes. On avait des tout-petits à la maison et donc on parlait de ça. Et puis petit à petit, on a ouvert des sujets au fil de nos parcours et de nos réflexions. On a ouvert la question du partage des tâches domestiques, la question économique. Donc qu'est-ce que cette mauvaise répartition des tâches domestiques ? entraîne comme inégalité économique au sein du couple et au sein de la société. Et puis effectivement, de sujet en sujet, on se rend compte qu'on arrive aujourd'hui, suite à cette espèce de hiatus qui persiste dans le couple et d'inégalités qui persistent, liées effectivement à ces persistances tellement fortes de comportements genrés, stéréotypiques, on se rend compte que le... Le sujet qu'il faut attaquer, c'est vraiment l'éducation des garçons et la prise de conscience des hommes aussi de ça et de ce qu'ils pourraient avoir à perdre, de ce qu'ils pourraient avoir envie de transmettre ou de ce qu'ils pourraient avoir envie de voir leurs filles vivre. Parce qu'après tout, les hommes d'aujourd'hui peuvent avoir des filles de main, des femmes de main et il n'est pas sûr qu'ils seraient ravis de les voir subir ces inégalités-là. Donc, on se rend compte qu'il y a un vrai chemin à faire pour que les hommes... se sentent engagés, se sentent partenaires à 50% de la parentalité.
Oui, il y a encore quand même très peu d'hommes qui partagent nos combats. Alors peut-être ici, ils soutiennent moralement la chose, mais je veux dire qu'ils s'engagent et qu'ils remontent leur manche pour vraiment s'y atteler. On n'a pas encore beaucoup d'alliés, malheureusement.
Et puis, il y a peu d'hommes qui sont prêts dans leur vie concrète, dans leur foyer. à se contraindre pour amener cette égalité et pour offrir à leurs compagnes cette égalité. Parce que ça a un coût pour les hommes aujourd'hui, à court terme, de renoncer à un certain nombre de privilèges.
Donc en fait, on vous engage. On vous invite à nous rejoindre si vous aimez les deux pieds du PAF, que sont le côté politique et le côté plus opérationnel. terrain, groupe de paroles à nous rejoindre. Vous avez toutes les informations sur notre site internet. C'est donc le collectif pour une parentalité féministe. Et puis, bonne journée. Et merci. Merci Camille.
Merci à notre invitée pour son partage et merci à vous pour votre écoute. A bientôt pour le prochain épisode de la playlist. Merveilleuse !
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