Speaker #0C'est la veille de Ramadan et chacun le vit à sa manière. Pour certains, c'est un mois béni tant attendu. Pour d'autres, c'est une corvée à respecter parce que c'est comme ça, ou par peur du jugement de la communauté. Pour d'autres, c'est une occasion en or pour pousser un peu plus loin sa réflexion et sa philosophie autour de Dieu et de l'existence. Perso, je fais clairement partie de la troisième catégorie. J'ai l'impression que Ramadan fait partie d'un autre espace temporel. Et je veux, à travers Flo, partager cette vibe spirituelle en mettant en avant les 40 règles de Shems, inspirées du roman Masterpiece, Sophie, mon amour, des livres Shafak. Pour celles et ceux qui ne le connaissent pas, pas de panique, je t'explique brièvement. En fait, c'est une histoire qui entremêle deux récits. Le premier se déroule au XIIIe siècle et raconte la rencontre bouleversante entre Rumi, grand érudit religieux respecté, et Shems de Tsebris, un derviche libre, imprévisible et profondément mystique. Le second récit est contemporain, il suit une femme moderne dont la vie va être transformée par la découverte de cette sagesse soufie. Au cœur de cette histoire, Shems transmet 40 règles spirituelles. Pas des règles au sens juridique, mais des règles comme des éclats de lumière et de vérité qui viennent bousculer, réveiller et transformer. Et même si tu n'as jamais lu ce roman, même si tu le liras peut-être jamais, tu peux totalement profiter de ces règles parce qu'elles ne demandent pas de temps. pas de connaître l'histoire, elle demande à être écoutée et pensée. Donc pendant ces quatre semaines de ramadan, je te propose un voyage, pas pour analyser le livre ou faire une critique littéraire, mais pour utiliser ces règles comme un miroir du cœur et de notre existence. Chaque semaine, je te parlerai de dix règles et pour ce premier épisode, les dix premières nous invitent à une chose essentielle, changer notre regard. 1. Le Dieu que tu imagines parle de toi. Shams nous dit que la manière dont nous percevons Dieu reflète notre propre état intérieur. Si ton Dieu est sévère, distant, constamment en train de juger, peut-être que tu es sévère avec toi-même, peut-être que tu vis ta foi dans la peur plus que dans l'amour. Ramadan est donc une invitation à purifier ce regard, pas seulement nos actes mais aussi notre représentation du divin. Qui est Dieu pour toi ? Un contrôleur ou une présence aimante ? 2. Le chemin vers la vérité passe par le cœur. Nous avons appris à comprendre la religion avec la tête, à accumuler des informations, à mémoriser, à apprendre par cœur des versets que nous ne comprenons même pas. Mais Shams rappelle que la vérité ne traverse pas par l'intellect. Elle se goûte par le cœur. Le jeûne fatigue le corps. Et doucement, il réduit le bruit mental, il crée un espace. Et dans cet espace, le cœur peut enfin parler. 3. Il y a plusieurs niveaux de lecture. Toute révélation possède des couches. le sens apparent, le sens symbolique et le sens intime. On peut pratiquer Ramadan de manière extérieure. Je ne mange pas, je ne bois pas. Ou on peut le vivre intérieurement. Je surveille mes pensées, je purifie mes intentions et je transforme mes réactions. Tu vois, c'est le même acte mais avec deux profondeurs différentes. 4. La connaissance n'est pas la transformation. On peut tout savoir et ne rien incarner. On peut citer, expliquer, argumenter et pourtant ne rien refléter de ce qu'on avance. La vraie spiritualité n'est pas spectaculaire. Elle est douce, silencieuse et invisible. 5. Les épreuves sont des invitations. Quand on jeûne, on devient plus facilement proie à la fatigue, l'irritabilité et la frustration. Et une petite voix nous blâme. « Je devrais être plus spirituel que ça, mais c'est n'importe quoi, comment tu fais ton ramadan ? » Mais je s'aime. nous rappelle que le chaos n'est pas une punition, c'est une invitation. Ce que tu ressens n'est pas un échec, c'est un nettoyage. Ramadan révèle ce qui était déjà là en fait. 6. Ce que tu combats à l'extérieur est en toi. Il est facile de pointer les défauts des autres, surtout pendant Ramadan. Celui qui ne jeûne pas, celui qui ne prie pas, celui qui ne fait pas assez, celui qui ne fait pas comme nous et la liste est longue. Mais le soufisme enseigne que chaque relation est un miroir, ce qui t'agace pas. profondément, parle souvent d'une partie de toi. Le véritable combat commence à l'intérieur. Et ça, c'est une vérité qui dérange. 7. La solitude peut être sacrée. Ramadan est souvent social. Repas, famille, invitations, sortie après le retour, etc. Mais il contient aussi des moments de solitude. Ces instants où tu es seul avec toi-même. Ces moments sont précieux car on ne peut pas rencontrer Dieu. sans accepter de se rencontrer soi-même. 8. La patience est une confiance. La patience n'est pas de subir la faim. Ce n'est pas serrer les dents jusqu'au fort. La patience, c'est faire confiance au processus. Chaque heure de jeûne, viens nettoyer quelque chose en toi, que ce soit physiologique ou psychologique. ou psychique. Chaque inconfort affine ton cœur et ta santé. 9. Chaque être porte une lumière. Quand on jeûne, on devient parfois plus sensible, plus à fleur de peau. C'est justement le moment de se rappeler que chaque être humain porte une étincelle divine, même celui qui te blesse, même celui que tu ne comprends pas. Le vrai jeûne, c'est aussi jeûner du jugement. 10. Le véritable jeûne est celui du cœur. On peut jeûner de nourriture et continuer à nourrir la colère. On peut jeûner d'eau et continuer à nourrir l'ego. Le jeûne véritable est un jeûne intérieur, un jeûne des mauvaises pensées, un jeûne des paroles blessantes, un jeûne des intentions impures. Ramadan n'est pas une abstinence, c'est une élévation. Pour clôturer ce premier épisode, je te propose une observation. Observe ce que le jeûne révèle en toi, sans juger, sans même corriger. Et demande-toi quel voile est en train de tomber. La semaine prochaine, nous entrerons dans des règles plus brûlantes, celles qui parlent d'amour, de transformation radicale et de feu intérieur. D'ici là, Ramadan Mubarak Saïd, que ton jeûne soit doux à l'intérieur et à l'extérieur, et que ton cœur s'ouvre.