- Speaker #0
Aujourd'hui, je vais te parler de mon amie Isabelle. Isabelle, alors c'est mon amie, donc elle est vraiment incroyable. Et je peux dire qu'on en a vécu des choses ensemble. Isabelle, alors on l'appelle Z, entre nous, mais ça c'est juste entre nous. Donc Z, Sylvie et moi, on s'appelait les Mousquetaires. Alors un trio inséparable, et d'ailleurs on s'appelle toujours les Mousquetaires, quelques... dizaines d'années plus tard. Alors, ce n'est peut-être pas l'idée la plus originale qu'on ait eue, mais c'est resté notre petit truc depuis qu'on s'est connus. On s'est connus au lycée, on avait 15 ans. Tu te souviens sûrement de cette période où l'on est sûr que l'on va conquérir le monde. On était inséparables et on a fait à peu près les 400 cours et la gaieté, le rire, faisait partie de notre quotidien. Notre amitié est vraiment solide et toujours joyeuse. Mie ! Il y a à peu près trois ans, Isabelle a vécu un événement alors que l'on ne peut pas balayer simplement avec un éclat de rire. Alors ce qu'elle a vécu ce jour-là, c'est tout à fait exceptionnel, ça n'arrive pas tous les jours et heureusement, mais ça peut arriver à chacun de nous, ça pourrait arriver à chacun de nous sans prévenir et ça peut laisser des traces. Et dans cet épisode, je vais te raconter ce qui est arrivé à Isabelle ce jour-là et cet événement a marqué vraiment un tournant dans sa vie. jusqu'à ce qu'elle décide de faire quelque chose. Je suis Anne Rollo-Lapointe, praticienne certifiée en avenir technique, informée des traumas, formée à la théorie polyvagale. Alors bien que la saison 3 ait pris un nouveau tournant avec le nom de Fortifie-toi, il y a deux épisodes. inédits qui viennent enrichir la saison 2 de l'Essentiel. Alors il y a cet épisode où nous explorons l'événement traumatique qu'a vécu mon ami Isabelle et ce que nous avons travaillé ensemble. Et dans le prochain, j'ai un invité, un invité photographe avec lequel nous parlerons de l'image que nous avons de nous-mêmes. Bienvenue dans l'Essentiel, le podcast qui te guide vers ton équilibre et la vie qui te tient à cœur. Alors plutôt que de raconter moi-même ce qui s'est passé, je vais te laisser écouter Isabelle qui a accepté de partager son histoire avec toi.
- Speaker #1
J'ai une amie qui était partie en week-end avec sa fille à l'étranger et avant de prendre la décision de partir, elle a bien sûr discuté avec son mari qui était malade et en traitement pour soigner un cancer. mais pendant le temps où mon ami partait, il était donc… dans la période des trois semaines où il n'y avait pas de soins. Donc, il était tout à fait OK pour qu'elle parte. Mais j'avais quand même dit, si jamais il a un souci, j'habite pas loin, qu'il m'appelle et moi j'arrive. Donc, un soir, je rentre chez moi et tout d'un coup, mon amie m'appelle du Portugal, je crois qu'elle était partie, en disant qu'elle essayait de joindre son époux et qu'il ne répondait pas au téléphone. Donc j'ai sauté dans ma voiture, je suis partie chez eux qui habitent à 5 minutes de chez moi. Et quand je suis arrivée, la véranda était ouverte mais la porte d'entrée était fermée. Donc j'ai tapé à la porte du garage, je suis descendue à la piscine pour voir si éventuellement il n'était pas là-bas et qu'il n'entendait pas le téléphone. Et puis après avoir fait tout le tour de la propriété, j'ai crié, j'ai tapé, j'ai fait tout ce que j'ai pu, je n'ai jamais eu de réponse.
- Speaker #0
Isabelle est inquiète, même paniquée. Son amie au bout du fil l'est tout autant. Et elle finit par demander de l'aide aux voisins. Ensemble, ils arrivent à mettre une échelle et à entrer dans la maison.
- Speaker #1
Et là, comment je pourrais dire ? Je n'ai même pas de mots pour dire ça. Joël était dans son fauteuil, la tête baissée. On aurait dit qu'il dormait en fait. Donc, le voisin avait fait les gestes de premier secours dans son usine. Donc, il a commencé un peu à faire le massage cardiaque. Moi, en même temps, j'appelais les secours, le SAMU, les pompiers, tout ça. On était en relation. Et puis, en fait, les pompiers sont venus, le SAMU est venu. Ils ont essayé de le ranimer et puis il n'y a rien eu à faire. Et Joël était décédé. Et après, c'est la police qui a annoncé le décès à Christiane par téléphone. Ça a été une nuit d'enfer. Et c'est une image que je n'arrive pas à enlever de ma tête. Enfin, que je n'arrivais pas à enlever de ma tête. La suite, donc mon amie est revenue, bien sûr, il y a eu les funérailles. Et après, elle n'a rien changé dans la maison. Donc, chaque fois que je vais dans cette maison, il y a toujours le fauteuil où on a trouvé Joël. Je revivais la scène à chaque fois, en fait. Chaque fois que je voyais ce fauteuil marron en cuir. je revoyais Joël dedans et sans pouvoir rien dire à personne je peux pas dire à mon ami Christian ce fauteuil ça serait bien que tu le jettes parce que ton mari il est mort dedans ça c'est pas possible chaque fois ça me replongeait dans la nuit que j'avais passé dès que mon esprit n'est pas occupé par quelque chose et que Quand on est en voiture, souvent l'esprit vagabonde, ça va à droite, à gauche. Chaque fois, je repensais à ça. Chaque fois.
- Speaker #0
Alors, quand j'ai proposé à Isabelle de travailler sur cet épisode, elle a un petit peu hésité. Évidemment, ce n'est pas simple de se replonger dans un moment aussi douloureux. Mais je l'avais bien informé que ça n'allait pas être long, juste un bref moment pour pouvoir activer le protocole. et puis Et par ailleurs, quelques années auparavant, je l'avais déjà aidée avec d'autres techniques à réguler des émotions qui la débordaient. Enfin, en tant qu'amie proche, elle avait toute confiance en moi, donc elle a accepté.
- Speaker #1
C'est une expérience à vivre parce que ce n'est pas douloureux en fait. Je me suis laissée guider par Anne et ça a été apaisant. Mon cerveau s'est libéré en fait. Je suis moins dans la douleur. Je suis moins dans... La tristesse, j'ai accepté en fait l'histoire, j'ai accepté le fait que ce soit moi qui ai trouvé le corps et puis c'est comme ça. Je n'ai plus ces flashbacks, non. Je ne repense plus à ça. Et maintenant, je pense que je ne serais plus apte à en parler avec mon ami s'il y avait besoin d'en parler. Non, ça m'a été vraiment bénéfique.
- Speaker #0
Alors, ce qu'Isabelle a traversé, évidemment, c'est un événement exceptionnel. Heureusement que ce genre de situation n'arrive pas tous les jours. Mais en fait, ce n'est pas parce qu'on n'a pas vécu un moment aussi marquant qu'on n'a pas, nous aussi, des souvenirs ou des expériences qui continuent, en fait, de peser sur nous. Un flashback, c'est quoi ? Eh bien, comme dans un film, le passé qui s'invite dans le présent. Et c'est même parfois, et c'est même très souvent déclenché par quelque chose de banal. Par exemple, une odeur. Sentir une odeur de brûlée, ça va te faire penser à quelque chose que tu as vécu. ou bien un bruit ou même une sensation dans notre corps. Le flashback, en fait, ce n'est pas juste se souvenir, c'est vraiment revivre comme si on y était maintenant. On va par exemple revoir une scène comme si elle se rejouait là maintenant. Ou bien on va ressentir les mêmes sensations qu'à l'époque. On va avoir peur, on va être dans la colère, on va être paniqué. Et puis notre corps aussi, notre corps va réagir. On peut avoir le cœur qui s'accélère, la transpiration, on peut transpirer, on peut se mettre à trembler. Ça peut même arriver à n'importe quel moment, même dans des moments où on va se sentir en sécurité, on est en train de discuter avec quelqu'un, on est en train de conduire, et boum, d'un seul coup, il y a le souvenir qui vient s'imposer à nous. Pourquoi est-ce que ça arrive ? En fait, le flashback, c'est une réaction normale de notre cerveau quand il a été confronté à un moment marquant, un moment douloureux. Alors ça peut être un traumatisme ou même une série de petites blessures qui s'accumulent. Et mon cerveau, notre cerveau et plus précisément notre système nerveux, il a gardé une trace de ce moment-là. Quand on vit quelque chose de difficile, notre cerveau il enregistre cette expérience comme une expérience où on a vécu un danger. Parce que son but c'est de pouvoir nous protéger. au cas où ça se reproduise. Et parfois, en fait, ce mécanisme va se dérégler, puisqu'il va se mettre en alerte alors que nous ne sommes pas en danger, nous ne sommes plus en danger. Mais le cerveau, en plus, il ne fait pas la différence entre le passé et le présent, et il va croire que le danger est réellement là à nouveau. C'est pour cette raison. que même si on est en sécurité aujourd'hui, notre corps, notre esprit peuvent réagir comme si on était encore dans une situation du passé qui se rejoue et se rejoue et se rejoue. Et c'est exactement ce qui se passait pour Isabelle lorsqu'elle allait rencontrer son amie. Le passé venait se rejouer dans le présent. Et ces flashbacks, eh bien, peuvent perturber notre quotidien, dans nos relations. Dans notre travail, un flashback, ça peut nous déconcentrer, ça peut nous fatiguer ou nous faire douter de nous. Et comme on l'a vu avec ce qu'a partagé Isabelle, eh bien oui, on peut se libérer de cette problématique. Alors ça peut être très très rapide, ça peut prendre aussi un peu de temps, de la patience et parfois un accompagnement. Ce qu'il est important de comprendre, c'est que nous ne sommes pas obligés de vivre avec ça toute notre vie, même, même. si l'événement marquant s'est produit il y a très longtemps. Et j'ajouterais, même si nous n'avons que peu de souvenirs de l'événement, et même si nous ne souhaitons pas partager des éléments précis de cet événement, nous pouvons travailler sur l'événement tout le long.
- Speaker #1
Surtout, je pense qu'il y a beaucoup de solutions pour être mieux. Et il ne faut pas rester enfermé sur soi-même. Parce qu'un truc pareil, quel que soit le problème, ça ne s'arrange jamais tout seul. Ce n'est pas possible. Il faut de l'aide extérieure avec des gens qui s'y connaissent. Et une aide extérieure est souvent la bienvenue.
- Speaker #2
Voilà,
- Speaker #0
donc merci Isabelle de nous avoir... témoigner de ce qu'elle a vécu, qu'il est possible de transformer un souvenir douloureux en souvenir apaisé. Alors merci d'avoir partagé ce moment avec Isabelle et moi. Et souvenons-nous que nous avons tout ce qu'il faut en nous pour avancer un pas à la fois. Et pour terminer, je t'invite à partager cet épisode à une personne que tu connais et qui peut-être pourrait en avoir besoin. Merci, à très vite.